29 juillet 2010

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Un effort quotidien pour une information de qualité sur notre pays, la Tunisie. Everyday, we contribute to abetter information about our country, Tunisia
TUNISNEWS
10 Úme année, N° 3719 du 29.07.2010
 archives : www.tunisnews.net 

AISPP: L’administration pĂ©nitentiaire et la politique de la mort lente LibertĂ© et EquitĂ©: La police politique empĂȘche Aymen Louati de cĂ©lĂ©brer son mariage ComitĂ© National de Soutien aux Populations du Bassin Minier: Info Parti du Travail Patriotique et DĂ©mocratique de Tunisie: HarcĂšlement policier Ă  Tunis Yahyaoui Mokhtar: L’Eau amer de Sakher El Matri Le Temps: LTDH – Texte de la mise au point adressĂ©e par Me Chedly Ben YounĂšs au journal Le Monde Tekiano: Tunisie : Meilleure connexion internet dans le monde arabe RĂ©alitĂ©: Concubinage en Tunisie – Les sans-papiers de l’amour LÂŽExpress: La lettre de Bourguiba Ă  ses amis français

Prof. Taoufik BAHROUCH: Démocratie et le Grand Turc


Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques

43 rue Eldjazira, Tunis

E-mail : aispp.free@gmail.com

Tunis, le 29 juillet 2010

L’administration pĂ©nitentiaire et la politique de la mort lente


 

 

L’AISPP reçoit toujours de nombreuses plaintes de familles de dĂ©tenus politiques incarcĂ©rĂ©s dans divers Ă©tablissements au sujet des mauvais traitements dont sont victimes les leurs.

1-    Le jeune Zyed Labidi a menĂ© une grĂšve de la faim entre les 11 et 22 juillet 2010 pour protester contre le fait que l’administration de la prison continuait de lui refuser un traitement. Le jeune Zyed Labidi a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© le 28 fĂ©vrier 2010 dans la rĂ©gion de Babouche, dans la dĂ©lĂ©gation d’AĂŻn Draham avec son Ă©pouse, Houda Ouertani, alors qu’ils tentaient de fuir l’enfer du contrĂŽle administratif imposĂ© au mari et de se dĂ©barrasser des brimades et du harcĂšlement constants auxquels ils Ă©taient en butte. Des agents de la garde nationale ont ouvert le feu sur eux et les ont blessĂ©s lors de leur arrestation. Zyed Labidi a Ă©tĂ© conduit Ă  l’HĂŽpital des Forces de SĂ©curitĂ© IntĂ©rieures de la Marsa oĂč il a reçu des soins puis il a Ă©tĂ© Ă©crouĂ© Ă  la prison de Mornaguia. En dĂ©pit de la dĂ©tĂ©rioration de son Ă©tat de santĂ©, l’administration de la prison lui refuse l’accĂšs aux soins, d’oĂč la dĂ©gradation de son Ă©tat ; il a commencĂ© Ă  ressentir des douleurs aigues au niveau de sa jambe gauche et il a urinĂ© du sang Ă  plusieurs reprises. Une radio de sa jambe a rĂ©vĂ©lĂ© que les mĂ©decins de l’HĂŽpital des Forces de SĂ©curitĂ© IntĂ©rieures n’avaient procĂ©dĂ© Ă  l’extraction de la balle logĂ©e dans sa jambe, Ă  l’origine des problĂšmes. Il a dĂ©posĂ© nombre de requĂȘtes Ă  l’administration de la prison de Mornaguia afin d’ĂȘtre hospitalisĂ© et de subir une intervention chirurgicale visant Ă  lui extraire la balle mais l’administration lui dĂ©nie ce droit aux soins et Ă  chaque fois qu’il ressent des douleurs les infirmiers qui le suivent se contentent de lui administrer des calmants (ADOL)
 !!!

2-    Le prisonnier Hatem Hermi a menĂ© une grĂšve de la faim du mercredi 21 juillet 2010 au lundi 26 juillet 2010 aprĂšs que l’administration de la prison de Mornaguia l’ait transfĂ©rĂ© du pavillon T3-1 au pavillon A1-1. Depuis son transfert, sa situation s’est dĂ©gradĂ©e : la cellule est bondĂ©e, elle compte une centaine de prisonniers, il y a trois prisonniers pour un seul lit, de la saletĂ©, un ventilateur au plafond alors qu’il a un rhume, etc,

3-    Le jeune Saber Ben Abdelhamid Amri, Ă©tudiant en troisiĂšme cycle Ă  la facultĂ© des sciences de Jarzouna, nĂ© le 17/7/1981), dĂ©tenu Ă  la prison civile de Kasserine sous le matricule 982, qui effectue une peine de quatre ans d’emprisonnement en vertu de la loi sur le terrorisme de sinistre rĂ©putation (il a dĂ©jĂ  effectuĂ© trois ans et demi), souffrait de plusieurs affections avant son arrestation. Il avait subi trois interventions chirurgicales au colon et une quatriĂšme en raison d’une allergie. Il souffre Ă©galement d’une baisse de l’acuitĂ© visuelle. La nĂ©gligence sanitaire dont est le théùtre le pĂ©nitencier de Mornaguia oĂč il a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© l’annĂ©e passĂ©e a eu pour consĂ©quence en ce qui le concerne une aggravation de son Ă©tat : les cicatrices des interventions passĂ©es ont enflĂ© et il a fallu l’opĂ©rer. Il a des pertes de conscience, des cĂ©phalĂ©es et son acuitĂ© visuelle baisse encore Ă  cause de la faible luminositĂ© dans le cachot. Depuis plus de huit mois, il rĂ©clame des soins mais l’administration non seulement observe le silence et refuse d’agrĂ©er ses demandes lĂ©gitimes mais elle incite des prisonniers de droit commun Ă  le provoquer et le harceler (par des attaques, des tentatives d’agressions, des blasphĂšmes). Sa famille a dĂ©posĂ© plusieurs plaintes auprĂšs de l’administration gĂ©nĂ©rale des prisons afin qu’elle intervienne, le rĂ©intĂšgre dans son droit aux soins et amĂ©liore ses conditions d’incarcĂ©ration. Mais rien n’a changĂ© et le jeune Saber Amri a dĂ» faire quinze jours de grĂšve de la faim. Enfin, depuis plus de deux mois, la visite de la famille, le couffin et les vĂȘtements lui sont refusĂ©s.

4-    Les Ă©tudiants Fakher AĂŻdi et Mohamed Anis ChaĂŻeb : le premier est dĂ©tenu et le second fait l’objet d’une condamnation Ă  l’emprisonnement de trois ans et trois mois, (il a dĂ©jĂ  effectuĂ© trois ans et deux mois). Ils sont tous les deux au pavillon H1-6 de la prison de Mornaguia. L’administration de la prison a chargĂ© un prisonnier de droit commun, Slim Ben Ali Ben Messaoud Arfoui, le « kapran » de la cellule, de les harceler par des provocations, des blasphĂšmes lorsqu’ils prient, l’interdiction de la priĂšre collective, du partage de la nourriture, le vol des vĂȘtements et de la nourriture apportĂ©s par la famille, etc. En dĂ©pit des plaintes dĂ©posĂ©es Ă  l’administration de la prison, l’administration ne fait rien pour mettre un terme aux agissements de ce voyou.

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Pour l’association

Le secrétaire générale

MaĂźtre Samir Ben Amor

Annexe : les rÚgles de traitement des prisonniers

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(traduction d’extraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)


LibertĂ© pour Sadok Chourou, le prisonnier des deux dĂ©cennies LibertĂ© pour tous les prisonniers politiques LibertĂ© et EquitĂ© Organisation IndĂ©pendante de Droits de l’Homme 33 rue Mokhtar Atya, 1001, Tunis Tel/fax : 71 340 860 Liberte.equite@gmail.com Tunis, le 28 Juillet 2010

Nouvelles des libertés en Tunisie


 1)   La police politique empĂȘche Aymen Louati de cĂ©lĂ©brer son mariage Des agents de la police politique de Gammarth ont empĂȘchĂ© mardi 27 juillet 2010 le jeune Aymen Louati de cĂ©lĂ©brer son mariage alors qu’il avait dĂ©posĂ© une demande en ce sens il y a trois mois. Il s’agit d’un ex prisonnier politique. Il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en septembre 2006 et condamnĂ© Ă  une peine d’emprisonnement d’un an et Ă  une peine de contrĂŽle administratif de cinq ans. Il n’a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© qu’au bout d’un an et sept mois, en avril 2008. Le jeune Aymen Louati a Ă©tĂ© informĂ© que sa demande avait Ă©tĂ© rejetĂ©e et qu’il lui serait interdit toute cĂ©lĂ©bration collective. Il a Ă©tĂ© menacĂ© d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© avec son Ă©pouse lors de la fĂȘte s’il passait outre les directives. Le jeune Aymen Laouait avait prĂ©sentĂ© une demande Ă©crite en ce sens, conformĂ©ment Ă  ce qui avait Ă©tĂ© exigĂ© de lui aprĂšs qu’il eĂ»t informĂ© les autoritĂ©s verbalement. La troupe musicale qui devait animer la fĂȘte a Ă©galement reçu des menaces. [
] Poue le bureau exĂ©cutif de l’Organisation Le PrĂ©sident MaĂźtre Mohammed Nouri  (traduction d’extraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)


Comité National de Soutien aux Populations du Bassin Minier 29 juillet 2010 Info

Nous avons appris que monsieur Brahim Souilhi, originaire de Redeyef et rĂ©sidant Ă  Nantes en France, avait dĂ» faire face Ă  des tracasseries lors de son retour en Tunisie : il a Ă©tĂ© soumis Ă  une fouille mĂ©ticuleuse le contraignant Ă  rester Ă  l’aĂ©roport plus de quatre heures. Il a Ă©galement Ă©tĂ© convoquĂ© par les services du ministĂšre de l’IntĂ©rieur pour un interrogatoire portant sur son activitĂ© de soutien aux populations du bassin minier en France. Nous avons su par des familles de la rĂ©gion de Redeyef que leurs proches travaillant Ă  l’étranger, notamment Ă  Nantes, ne reviennent pas passer leurs vacances auprĂšs des leurs, par crainte de ce type de tracasseries voire d’une arrestation. [
] ComitĂ© National de Soutien aux Populations du Bassin Minier (traduction d’extraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)


HarcĂšlement policier Ă  Tunis.

Pour la deuxiĂšme fois en l’espace d’un mois, la direction du Parti du Travail Patriotique et DĂ©mocratique de Tunisie se trouve confrontĂ©e Ă  un important dispositif policier.

Le soir du 28 juillet et pendant la journĂ©e du jeudi 29 juillet, des agents en civil Ă  pied, en voiture ou Ă  moto ont fait le siĂšge des domiciles des camarades Abderrazak Hammami, Mohamed Jmour et Mohsen Khalfaoui, respectivement prĂ©sident et membres du comitĂ© constitutif du Parti du Travail. Ces agents ont suivi les camarades au cours de leurs dĂ©placements, et sont allĂ©s jusqu’à empĂȘcher le camarade Khalfaoui de monter Ă  bord de la voiture du PrĂ©sident du Parti.

Le Parti du Travail tient à rappeler ce qui suit :

1)    Le Parti a déposé le 29 avril 2005 une demande en bonne et due forme pour obtenir son agrément en tant que parti légal.

2)    L’administration, n’ayant pas opposĂ© de refus motivĂ© ni fourni le visa lĂ©gal, le Parti a agi ouvertement et publiquement au cours des cinq derniĂšres annĂ©es.

3)    Ainsi le Parti a participĂ© aux campagnes des Ă©lections prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives de l’automne dernier dans le cadre de l’Initiative Nationale pour la DĂ©mocratie et le ProgrĂšs. Il a Ă©galement soutenu les listes citoyennes qui se sont prĂ©sentĂ©es aux Ă©lections municipales de mai dernier.

4)    Notre Parti continue de participer Ă  toutes les initiatives citoyennes et dĂ©mocratiques qu’il considĂšre comme allant dans l’intĂ©rĂȘt du pays

Tout en remerciant les partis, associations et personnalités qui lui ont manifesté leur solidarité, le Parti du Travail demande aux autorités  :

1)     de lever les mesures sĂ©curitaires qui ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©es  de maniĂšre injustifiĂ©e Ă  l’ encontre de ses membres fondateurs .

2)    d’accorder au Parti le visa lĂ©gal qu’il revendique afin qu’il assume pleinement son rĂŽle au service du pays et de son peuple.

Tunis, le 29 juillet 2010.

Parti du Travail Patriotique et Démocratique de Tunisie.

 


L’Eau amer de Sakher El Matri


 

Le MinistĂšre de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la PĂȘche et la SociĂ©tĂ© nationale d’exploitation de distribution des eaux (SONEDE)  ont attribuĂ© au « Groupe Princesse El Materi Holding » et l’entreprise espagnole « Befesa Medio Ambiente company » la concession d’un projet pour la conception, la construction et l’exploitation pendant 20 ans d’une usine de dessalement d’eau de mer sur l’üle de Djerba, dans le golfe de GabĂšs d’aprĂšs une information a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e par un communiquĂ© publiĂ© sur le site de l’entreprise espagnole en date du 14 Juillet 2010.

« Le contrat, d’un investissement de 70 millions d’euros, sera dĂ©veloppĂ© sous la forme d’DBOOT (Design, Build, Own, Operate and Transfer). On estime que les recettes totales provenant de la vente d’eau au cours des 20 annĂ©es de la concession excĂšdent 220 millions d’euros que le revenu annuel prĂ©vu est de plus de 11 millions d’euros. » rapporte le communiquĂ©

Cet important projet fait partie d’un ensemble de mesures mises en Ɠuvre par le gouvernement tunisien pour la promotion et le dĂ©veloppement des ressources en eau non conventionnelles telles que le dessalement, visant Ă  rĂ©soudre les problĂšmes d’pĂ©nuries en eau et de mauvaise qualitĂ© que le pays souffre et de fournir les aggrave la demande croissante dans les principales destinations touristiques comme l’üle de Djerba.

L’usine sera la plus grande usine de dessalement en Tunisie.  elle aura une capacitĂ© de production de 50 000 mĂštres cubes d’eau dessalĂ©e par jour, et en mesure de subvenir au besoins en eau de plus de 250 000 personnes. Cette infrastructure utilisera la technologie de membranes d’osmose inverse, rapporte le mĂȘme communiquĂ©.

RapportĂ© par le site indĂ©pendant « Kapitalis », l’octroi de cette concession n’a fait jusqu’à prĂ©sent l’objet d’aucune communication officielle ou du cotĂ© des autres parties tunisienne concernĂ©s. indĂ©pendamment des doutes qui planent sur la rĂ©gularitĂ© de l’octroi de cette concession et son respect des rĂšglements en vigueur dans ce domaine en Tunisie, le secret dont elle fut entourĂ© et la personne du bĂ©nĂ©ficiĂšre principal qui n’est autre que le gendre du prĂ©sident Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, viennent relancer le dĂ©bat sur le rapport de l’argent et du pouvoir que la fulgurante ascension ces derniĂšres annĂ©es des proches du prĂ©sident Ben Ali a constituĂ© la meilleure dĂ©monstration pour le citoyen ordinaire tunisien.

Simple coĂŻncidence, ou affairisme politique oblige, le mĂȘme jour de l’octroi de l’exploitation de cette concession au gendre du prĂ©sident un arrĂȘtĂ© du ministre de l’agriculture, des ressources hydrauliques et de la pĂȘche et du ministre des finances annonçant l’augmentation du prix de l’eau potable est publiĂ© par le journal officiel. Ainsi les tarifs du prix de l’eau potable sont majorĂ©s pour les toutes catĂ©gories de consommation d’une part  et le tarif supĂ©rieure est appliquĂ© Ă  la totalitĂ© de la consommation trimestrielle de l’abonnĂ© lorsque. Cela fait de cette augmentation la plus Ă©levĂ©e dans les tarifs de l’eau potable enregistrĂ©e en Tunisie depuis son indĂ©pendance.

Avec 400 000 000 de mĂštres cube distribuĂ© par la SociĂ©tĂ© nationale d’exploitation de distribution des eaux (SONEDE) par an Ă  2000 000 d’abonnĂ©s la moyenne de consommation se situe Ă  50 mĂštres cube par trimestre par abonnĂ©. Ainsi la moyenne de consommation qui concerne l’écrasante majoritĂ© des mĂ©nages tunisiens sera facturĂ©e au « tarif trois cent quinze millimes par m3 (0.315d) s’applique Ă  la totalitĂ© de la consommation trimestrielle de l’abonnĂ© lorsque celle-ci est supĂ©rieure Ă  40 m3 et infĂ©rieure ou Ă©gale Ă  70 m3. » d’aprĂšs le decret.

Il apparaĂźt ainsi clairement que le rapport de la nouvelle augmentation des prix de l’eau potable et l’octroi de cette concession de dessalement de l’eau de mer n’est pas fortuite et qu’elle n’est qu’une Ă©tape pour amener les prix au seuil de rentabilitĂ© que nĂ©cessite le nouveau projet. D’aprĂšs le communiquĂ© de la sociĂ©tĂ© espagnole chargĂ© de construire la station de dessalement, l’usine doit produire 50 000 mĂštre cube par jour et gĂ©nĂ©rer des revenus annuel de l’ordre de 11 millions d’euros par an, ce qui veut dire par une simple opĂ©ration de calcul qu’elle va vendre le mĂštre cube d’eau Ă  0,60 Euros qui Ă©quivaut Ă  un dinar tunisien le mĂštre cube d’eau.

Le cout de dessalement de l’eau de mer grĂące Ă  la technologie de membranes d’osmose inverse se situ actuellement dans le 0,40 Euro. Un prix qui reste malgrĂ© l’importante diminution qu’il a connu ces derniĂšres annĂ©es au-dessus des moyens de sociĂ©tĂ© comme la notre sauf dans des cas extrĂȘme comme celle de l’ile de Djerba ou l’eau potable est rare et de mauvaise qualitĂ©. Ainsi l’état doit trouver des solutions quitte Ă  faire supporter les couts supplĂ©mentaire sur le reste des habitants du pays, mais un tel objectif ne peut ĂȘtre atteint par une entreprise privĂ© dont l’objectif principal est le bĂ©nĂ©fice que va lui rapporter son projet.

Quand on sait qu’avec 1 m3 d’eau de mer, l’usine produit 450 litres d’eau potable la saumure rĂ©sultante et qui va ĂȘtre rejetĂ©e en mer constitue Ă  terme un vĂ©ritable danger Ă©cologique pour l’écosystĂšme marin avoisinant partout dĂ©noncĂ©. Pour l’ile de Djerba qui constitue le premier pole touristique du pays ce projet qui dĂ©passe de loin ses besoins n’est pas de bon augure pour son avenir. AprĂšs la destruction des fonds marins de Sfax et de Gabes le tour est-il venu pour que les cotes de Djerba subissent le mĂȘme sort ? jusqu’à quand allons nous subir cette politique dictĂ© d’en haut qui ne fait Ă©gard ni aux lois ni Ă  l’avenir de nos enfants et dont le seul dĂ©terminant se focalise de plus en plus sur une aviditĂ© d’argent au-delĂ  de toute morale ou mesure. Yahyaoui Mokhtar – Korba le 29 Juillet 2010 (Source: “Tunisia Watch” le 29 juillet 2010) Lien: http://www.tunisiawatch.com/?p=2752  


Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme

Texte de la mise au point adressée par Me Chedly Ben YounÚs au journal Le Monde


    Me Chedly Ben YounĂšs nous a fait parvenir le texte de la mise au point qu’il a adressĂ©e au journal « Le Monde », et que le quotidien français n’a pas jugĂ© utile de publier. A Monsieur le directeur de la rĂ©daction du journal Le Monde Objet/ Droit de rĂ©ponse Monsieur, Le  traitement de la situation au sein de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, qui transparaĂźt de l’article paru dans votre Ă©dition du 21 juillet, est partial et totalement  biaisĂ©. L’auteur de l’article, Mme Isabelle Mandraud, s’est contentĂ©e de ne privilĂ©gier qu’un seul  point de vue tout au long de l’article, bien qu’elle ait rencontrĂ© les personnalitĂ©s de son choix et ait eu Ă  sa disposition toutes les informations pertinentes au sujet de la Ligue. Ses allĂ©gations faisant croire que les nĂ©gociations au sujet de la Ligue se dĂ©rouleraient entre « partisans du pouvoir » et « opposants » reflĂštent une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e de dĂ©former les faits, et de faire prĂ©valoir les prĂ©jugĂ©s et les idĂ©es fausses, aux dĂ©pens des rĂ©alitĂ©s objectives.  La vĂ©ritĂ© que Mme Mandraud a choisi de censurer est la suivante : le problĂšme de la Ligue est une affaire interne opposant les militants de la LTDH entre eux. Une partie des membres de la Ligue, mĂ©contente des violations rĂ©pĂ©tĂ©es des statuts et du rĂšglement intĂ©rieur de l’association par l’actuel comitĂ© directeur s’est vue obligĂ©e, devant le refus de cette direction de revenir Ă  la lĂ©galitĂ©, de saisir les tribunaux pour que justice soit rendue. En vertu de cette dĂ©cision judiciaire, le comitĂ© directeur actuel n’est mandatĂ© que pour organiser un congrĂšs de la Ligue conforme aux statuts et rĂšglement intĂ©rieur  de cette association. Il est par consĂ©quent,  particuliĂšrement malhonnĂȘte de faire croire Ă  l’opinion que le comitĂ© directeur actuel aurait Ă©tĂ© illĂ©galement empĂȘchĂ© de fĂȘter  son 33e anniversaire, alors qu’il est de notoriĂ©tĂ© publique qu’il n’a pas la capacitĂ© juridique requise pour organiser autre chose que les prĂ©paratifs du congrĂšs. Mme Mandraud omet sciemment cette explication -que je lui ai clairement fournie – et offre aux lecteurs une interprĂ©tation abracadabrante  selon laquelle l’échec de la manifestation que projetaient le prĂ©sident de la Ligue et ses compagnons du comitĂ© directeur, rĂ©sulterait d’un soi-disant « conflit au sein du pouvoir » ! De toute Ă©vidence, l’envoyĂ©e spĂ©ciale du journal «Le Monde » se trompe de pays et d’époque.  S’il y a conflit, c’est en fait entre le  comitĂ© directeur  qui n’est  actuellement et depuis dix ans qu’un administrateur judiciaire avec une mission bien prĂ©cise et limitĂ©e dans le temps, et la loi. Vos lecteurs ont le droit de savoir que, contrairement Ă  la version favorisĂ©e par Mme Mandraud, la Ligue tunisienne des droits de l’homme n’est paralysĂ©e par personne d’autre que les membres de son comitĂ© directeur actuel qui a Ă©tĂ© chargĂ© par cour d’appel de Tunis depuis juin 2001 de rĂ©organiser le cinquiĂšme congrĂšs aprĂšs le renouvellement des 41 sections de la ligue, et qui donnent l’impression, en bloquant systĂ©matiquement toute tentative de rĂšglement du litige, de vouloir se maintenir Ă  la direction de la Ligue. La direction actuelle, faut-il le rappeler, a Ă©tĂ© mise en place Ă  l’issue d’un congrĂšs dont les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© annulĂ©s par la justice. Depuis, ce comitĂ© directeur empĂȘche toute nouvelle adhĂ©sion et fonctionne comme une organisation fermĂ©e bloquant tout renouvellement des sections. L’affirmation attribuĂ©e Ă  M. Mokhtar Trifi selon laquelle « aucune cotisation ne peut ĂȘtre perçue », est Ă©galement totalement fausse : le comitĂ© directeur a bien perçu les cotisations des adhĂ©rents des sections depuis 2003, en vue de prĂ©parer le congrĂšs de la Ligue. Le comitĂ© directeur de la Ligue a, par contre, dĂ©libĂ©rĂ©ment interdit toute nouvelle adhĂ©sion depuis 1994, en droite ligne de sa stratĂ©gie visant Ă  instaurer sa mainmise sur l’association et Ă  y faire rĂ©gner sa loi, sans aucun Ă©gard ni pour les textes ni pour les droits des  militants. Dans l’article, M. Mokhtar Trifi reconnaĂźt implicitement, du reste, que la dĂ©cision illĂ©gale et controversĂ©e de faire disparaĂźtre des sections et d’en fusionner d’autres ne visait qu’à renforcer son emprise sur la Ligue, les sections visĂ©es ayant Ă©tĂ© jugĂ©es, de façon unilatĂ©rale et subjective, proches du parti au pouvoir. Sur la base de ces aveux flagrants de la part de M. Trifi, il n’aurait pas Ă©tĂ© difficile, en principe, pour l’envoyĂ©e spĂ©ciale du journal Le Monde de se rendre compte de la stratĂ©gie du comitĂ© directeur ainsi mise en Ɠuvre pour prendre la Ligue  en otage indĂ©finiment, puisque cela fait dix ans que ça dure. Mais Mme Mandraud ne pouvait pas sans doute arriver Ă  de telles conclusions objectives, vu ses partis pris, Ă©vidents tout le long de son article. Loin de rĂ©sulter d’un manque de donnĂ©es ou d’une difficultĂ© quelconque de la journaliste Ă  accĂ©der aux sources d’information, ces partis pris ne font que reflĂ©ter une approche journalistique oĂč la vĂ©ritĂ© et l’objectivitĂ© journalistique sont sacrifiĂ©es au profit des prĂ©jugĂ©s et des idĂ©es prĂ©conçues. Ce type de journalisme, oĂč les prĂ©tendues enquĂȘtes ne sont que des alibis pour vĂ©hiculer un seul point de vue, dĂ©note un manque de respect envers le public qui a droit Ă  une information objective et Ă©quilibrĂ©e. Un journal comme le quotidien Le Monde n’a pas le droit, ne serait-ce que par respect pour ses lecteurs, de verser dans la dĂ©sinformation et la manipulation des faits. On peut, d’ailleurs, se demander Ă  quoi bon dĂ©pĂȘcher un « envoyĂ© spĂ©cial » en Tunisie, si c’est pour servir de vielles rengaines depuis longtemps Ă©culĂ©es. En vous remerciant des dispositions que vous prendrez pour publier le prĂ©sent droit de rĂ©ponse, je vous prie, Monsieur le directeur, d’agrĂ©er mes sentiments distinguĂ©s. Me Chedly Ben YounĂšs (Source: “Le Temps” (Quotidien – Tunisie) le 29 juillet 2010)


Tunisie : Meilleure connexion internet dans le monde arabe


Le classement mondial rĂ©alisĂ© par la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine Ookla place la Tunisie Ă  la 1ere place en Afrique et dans le Monde arabe pour la qualitĂ© de sa connexion internet. Selon Ookla, la Tunisie fait mĂȘme mieux que la France, le Danemark, la Suisse, et mĂȘme les Etats-Unis ! La connexion Internet en Tunisie est la meilleure en Afrique et dans le Monde arabe. C’est ce qui ressort du tout premier classement Ă©tabli par la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine Ookla concernant la qualitĂ© de la connexion. Ce classement, qui a Ă©tĂ© publiĂ© le 27 juillet dernier se base sur les milliers de test effectuĂ©s sur le site www.pingtest.net.. Durant les 30 derniers jours, les tests rĂ©alisĂ©s par les internautes tunisiens ont permis Ă  la Tunisie d’avoir la note R Factor 85,74. D’aprĂšs les standards fixĂ©s par l’Union Internationale des tĂ©lĂ©communications, cette note permettrait de bonnes conditions pour l’utilisation de services instantanĂ©es comme les communications audio/vidĂ©o. Au niveau mondial et pour ce premier classement de la qualitĂ© de connexion, Ookla place la Tunisie Ă  la 10iĂšme position sur les 60 pays recensĂ©s. A en croire ce tableau, notre pays rĂ©alise une performance meilleure que celle de la Suisse, la France, le Danemark, ou mĂȘme les Etats-Unis. Le pingtest.net prend en considĂ©ration le nombre des IP qui se connectent au serveur de test. Il retient Ă©galement ceux qui lui sont les plus proches. Les personnes physiques qui se cachent derriĂšre ces IP doivent ĂȘtre approximativement Ă  moins de 500 kms du dit serveur. Quelques conditions qui pourraient avoir favorisĂ© notre position. Mais tout de mĂȘme
 Ce rĂ©sultat (plutĂŽt brillant) est Ă©galement confortĂ© par le dernier classement mondial portant sur la vitesse de navigation par pays. Ce rapport publiĂ© par Ookla la journĂ©e mĂȘme que celui du pingtest.net a fait gagner Ă  la Tunisie 5 positions de plus que le mois dernier. On est passĂ© de la 92iĂšme place Ă  la 87iĂšme avec une vitesse moyenne de dĂ©bit de tĂ©lĂ©chargement de 2,47 Mb/s par IP tunisienne contre 2,29 Mb/s en juin dernier. Cette performance a permis Ă  la Tunisie de garder sa premiĂšre place dans le Maghreb. Elle a pu toutefois se hisser la 4iĂšme position dans le Monde arabe, derriĂšre l’Arabie Saoudite (3,58 Mb/s), le Qatar (2,94 Mb/s) et enfin le KoweĂŻt (2,66 Mb/s). Notons au passage la disparition des Emirats Arabes Unis de cette hiĂ©rarchie, malgrĂ© leur bon classement du mois de juin dernier. Rappelons que Tunisie Telecom a prolongĂ© sa promotion de doublement gratuit de dĂ©bit Ă  tous les abonnĂ©s ADSL le 30 juin dernier. Cette promo qui a Ă©tĂ© initiĂ©e par l’opĂ©rateur historique le 10 janvier 2010, prendra ainsi fin le 30 septembre prochain. Orange Tunisie de son cĂŽtĂ© multiplie les offres tous azimuts pour promouvoir sa clĂ© 3G et son abonnement Internet Everywhere. Autant de mesures, pour un contexte qui ne pouvait qu’ĂȘtre favorables au dĂ©veloppement du Net en Tunisie. W.N
 


Concubinage en Tunisie Les sans-papiers de l’amour


Par Azza Turki Ce sont les sans-papiers de la sphĂšre privĂ©e
Par choix ou par “dĂ©faut”, ces couples ont optĂ© pour l’union libre. Leur situation “matrimoniale” de fait est un pied-de nez Ă  l’Institution sacrĂ©e. Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Ou encore quelles sont les formes de concubinage en Tunisie ? EnquĂȘte
 Comment oublier cet Ă©pisode ? Car il a Ă©tĂ© dĂ©terminant dans sa vie. En le racontant, Mourad ne peut cacher son amertume. C’était un jour de semaine. Il passait une agrĂ©able soirĂ©e dans son appartement avec sa compagne et quelques amis. Il Ă©tait prĂšs d’une heure du matin lorsque la police fit irruption. Pas de flagrant dĂ©lit avĂ©rĂ©. Il n’y avait ni alcool, ni drogue, ni une quelconque dĂ©pravation sexuelle. Ce que les policiers constatĂšrent 
Une soirĂ©e “normale” entre amis. NĂ©anmoins, les lieux furent fouillĂ©s de fond en comble “à la recherche d’une Ă©ventuelle substance illicite”. Toujours rien
 Sur place, l’atmosphĂšre se dĂ©tĂ©riora en un clin d’Ɠil et la stupĂ©faction fit place Ă  la peur. Et pour cause, tout le monde fut emmenĂ© au poste. AussitĂŽt arrivĂ©s, aussitĂŽt relĂąchĂ©s, le calvaire des invitĂ©s prit donc fin rapidement. Mourad et sa compagne, pour leur part, furent retenus. PlacĂ©s dans deux piĂšces sĂ©parĂ©es, ils furent interrogĂ©s par la police. Et la sĂ©ance dĂ©buta
 Quelle est la nature de leur relation ? Vivent-ils ensemble ? Les questions se suivirent et se firent de plus en plus pressantes. Puis l’un d’eux ou les deux, (Mourad ne se souvient plus) lĂąche(nt) la vĂ©ritĂ©. Le concubinage est avouĂ©. Les deux vivaient maritalement sans contrat. C’est ce que retint le procĂšs verbal. Pris de compassion, l’un des policiers lui concĂ©da : «Tu es malchanceux. Ça tombe sur toi. Mais cela aurait pu ĂȘtre n’importe qui ». Et Mourad de prĂ©ciser, comme pour se justifier : « Je ne pensais pas que cela allait prendre une telle ampleur ». Pas de flagrant dĂ©lit
Une soirĂ©e au cours de laquelle sa compagne aurait pu se fondre dans le dĂ©cor amical
 Comment se fait-il que les deux aient Ă©tĂ© ciblĂ©s par la police ? Comment explique-t-il le fait que la police Ă©tait au courant, se “doutait” de quelque chose Ă  son arrivĂ©e ? Mourad l’ignore et ne veut pas le savoir. “Trop peur d’ĂȘtre déçu”. Avant de poursuivre dĂ©pitĂ©, « cela peut-ĂȘtre une ex ou mĂȘme une personne de mon entourage, un supposĂ© ami que je continue de voir ». Et le cauchemar continua. De fait, dĂšs le lendemain, Mourad fut dĂ©fĂ©rĂ© devant le juge. Il en fut de mĂȘme pour sa compagne. Au tribunal, le couple est jugĂ© aux cĂŽtĂ©s des voleurs, des violeurs et autres inculpĂ©s de droit commun. « Le juge n’a pas cherchĂ© Ă  comprendre. Il te voit comme un obsĂ©dĂ© sexuel, un pervers. Nous (ndlr : Mourad et sa compagne) Ă©tions regardĂ©s avec mĂ©pris ». Au regard s’ajouta la sentence. Le couple est condamnĂ© dans le cadre de l’article 36 de la loi rĂ©glementant l’état-civil. La sentence ? Un choix qui eut rapidement raison de leurs convictions, quelles qu’elles soient
 Trois mois de prison ou un mariage dans les plus brefs dĂ©lais. Sans surprise, le couple opta pour le second. Le mariage fut aussitĂŽt cĂ©lĂ©brĂ©. Mourad le considĂšre aujourd’hui comme “sa preuve d’amour”, car « je me suis senti fautif par rapport au calvaire qu’elle a vĂ©cu ». A titre d’anecdote, Mourad interjeta appel
 « Afin d’enlever l’inscription sur le bulletin numĂ©ro 3 ». En Tunisie, le cas de Mourad n’est pas isolĂ©. Les rubriques “faits divers” des diffĂ©rents quotidiens en font rĂ©guliĂšrement leurs choux gras. Et les termes sont loin d’ĂȘtre Ă©logieux pour qualifier ce genre de faits. “DĂ©pravation, dĂ©bauche, vice et amoralitĂ©â€, le concubinage en Tunisie est condamnĂ© par la sociĂ©tĂ© dont le juge n’est que l’expression. Pour ceux qui choisissent de le vivre, le risque est grand. La plupart des personnes interrogĂ©es l’affirment sans hĂ©sitation. Ils n’ont jamais eu de problĂšme avec la police. Mais l’essentiel est de ne pas pousser le bouchon trop loin, la discrĂ©tion est de mise. Les clandestins
 DiscrĂ©tion oblige
 Mis Ă  part “quelques privilĂ©giĂ©s”, le concubinage se vit rarement dans la lumiĂšre. Et de fait, il est “tolĂ©rĂ©â€ tant qu’il n’est pas visible. Du moins, dans les grandes villes
car il a plus de chances de passer incognito. En Tunisie, le mariage Ă©tant la norme, l’idĂ©e d’avoir des voisins concubins traverse rarement l’esprit. Et en prĂ©sence d’un doute, tant que la pratique n’est pas ostentatoire, on ferme les yeux. « Dans la vie de tous les jours, il reste mon mari aux yeux des gens. Et je ne dĂ©mens jamais. Seuls mes intimes connaissent la vĂ©rité», nous explique Salwa, la quarantaine, deux annĂ©es de concubinage. Ainsi soit-il ! Il empruntera donc l’habit de la Norme. Le compagnon devient “l’époux”. La conjointe est souvent introduite comme ma “femme”. Aux yeux des gens, le couple est Monsieur et Madame X. Autre exemple, seul l’un des conjoints reçoit son courrier Ă  domicile. L’autre garde une adresse subsidiaire. Cependant, la clandestinitĂ© ne coule pas de source. Premier obstacle et non des moindres
 celui de la famille. MariĂ©, puis divorcĂ©, Ridha, la cinquantaine, a enchainĂ© les relations sans avoir le courage de franchir l’étape cruciale de l’union libre. « Que dire Ă  ma mĂšre s’il lui venait un jour Ă  l’esprit de me rendre visite d’une maniĂšre impromptue ? Mon respect pour la femme m’empĂȘche de lui dire de partir. Et ma mĂšre ne l’accepterait pas. Je ne peux pas demander Ă  quelqu’un de venir vivre en concubinage avec moi tant que je ne peux l’assumer », explique-t-il. Renouvellement gĂ©nĂ©rationnel ? Sa propre expĂ©rience lui a permis de ne pas imposer les mĂȘmes rĂšgles Ă  son enfant : «Je ne lui ai pas interdit de s’installer avec la personne de son choix. Cette expĂ©rience lui a permis de connaĂźtre l’autre ». Si le regard des gens est plus ou moins facile Ă  gĂ©rer, celui de la famille est souvent insoutenable. Chantage affectif, exclusion, dĂ©ni, isolement, les sanctions sont souvent impitoyables. A titre de prĂ©vention, certains prĂ©fĂšrent mentir Ă  leurs proches. « Ses parents sont Ă  des centaines de kilomĂštres de la Capitale. Lorsqu’ils venaient Ă  Tunis, elle organisait un rendez-vous dans un cafĂ© pour les rencontrer. Sinon, elle se dĂ©plaçait rĂ©guliĂšrement pour aller leur rendre visite. Ils n’ont jamais Ă©tĂ© au courant », nous raconte Mourad. Avant d’ajouter : «C’est assez ironique, pour une femme qui se dit libre, d’ĂȘtre obligĂ©e de mentir ainsi ». Les intolĂ©rances familiales ne sont pas les seules Ă  gĂ©rer. Vivre en concubinage en Tunisie sous l’Ɠil affĂ»tĂ© du voisinage est parfois pĂ©rilleux. Alors des prĂ©cautions sont gĂ©nĂ©ralement prises pour Ă©viter d’attirer l’attention. Mais la condamnation n’est jamais loin. Il suffit d’une banale dispute avec son voisin pour que les accusations et les insultes fusent. «C’était l’AĂŻd. Ma voisine avait achetĂ© un mouton qu’elle avait placĂ© dans l’entrĂ©e de l’immeuble. C’était devenu irrespirable. Le hall n’était pas entretenu. Je suis allĂ© la voir pour en discuter. Mais de fil en aiguille, le ton est montĂ©. Elle m’a dit que je n’avais pas le droit de parler et de venir la voir. Que je n’étais pas une femme de bonnes mƓurs. Et que ma maison Ă©tait comme un moulin pour les hommes », nous a racontĂ© Sarra. Elle n’en revenait pas. Cette voisine lui souriait chaque matin quand elles se croisaient dans les escaliers 
 DurĂ©e de vie limitĂ©e ? Cependant, il existe certains cas oĂč l’entourage fait preuve de comprĂ©hension. Monia, divorcĂ©e, deux enfants, vit avec un homme marié mais sĂ©parĂ© de sa femme et en instance de divorce. Le risque est d’autant plus grand pour elle que tant que le divorce n’a pas Ă©tĂ© prononcĂ©, leur situation est juridiquement qualifiĂ©e de “bigamie”. Mais Monia ne pense pas Ă  cela. VoilĂ  depuis d’un an qu’ils se sont installĂ©s ensemble dans un quartier chic. Son entourage, pĂšre, mĂšre et mĂȘme ses enfants, « le considĂšre aujourd’hui comme un membre Ă  part entiĂšre de la famille ». « Beau, aisĂ© et de bonne famille »  La mĂšre est fiĂšre de son futur gendre. D’ailleurs, c’est ainsi qu’elle le prĂ©sente. Il ne rate aucune fĂȘte familiale, ni Ă©vĂšnement en tout genre. Le concubinage ne serait donc qu’une Ă©tape avant le mariage, ce qui permet de l’accepter plus facilement. Et ceci est la deuxiĂšme caractĂ©ristique, et non des moindres
 Le concubinage en Tunisie est rarement un engagement pour la vie. « En Europe, les gens vivent facilement en concubinage car il n’y a ni pression sociale, ni religieuse qui existe dans leurs contrĂ©es. De mĂȘme, les gens souhaitent souvent mieux se connaĂźtre et s’apprĂ©cier avant de s’engager dans un mariage proprement dit. Il y a de fait une dĂ©valorisation du papier que reprĂ©sente le mariage. Pour eux, «l’engagement est un engagement du cƓur», note le psychothĂ©rapeute Sofiane Zribi. Contrairement Ă  sa conception occidentale, en Tunisie, l’ombre du mariage ne plane jamais bien loin. Aboutissement “naturel” ou “forcĂ©â€Â», la question de la “rĂ©gularisation” se pose un jour ou l’autre au couple. La plupart des personnes qui s’installent en concubinage se projettent dans un avenir consensuel. Car comment envisager “avoir un enfant” si le couple n’est pas mariĂ© ? Le concubinage, gĂ©nĂ©ralement, est une Ă©tape avant le mariage. En outre, il est mis Ă  l’épreuve pas les soubresauts sociaux. L’isolement, les regards, les mensonges et le poids sacral de l’Institution matrimoniale rattrapent le couple. De fait, le concubinage en Tunisie a dans la majoritĂ© des cas une date de pĂ©remption. « Au dĂ©but, il y a un sentiment de dĂ©fi, une sorte d’affirmation de l’ĂȘtre. Par la suite, la rĂ©pression de la famille et de la sociĂ©tĂ© devient trĂšs lourde Ă  gĂ©rer. On se rend compte qu’on ne peut pas aller n’importe oĂč avec son conjoint. L’opposition sociale est difficile et la situation devient intolĂ©rable. Le couple clandestin doit rĂ©gulariser sa situation », nous explique le docteur Zribi. Cette assertion ne s’applique pas Ă  ceux ou celle qui vouent une haine (ou une mĂ©fiance) viscĂ©rale vis-Ă -vis du mariage. Salwa en est l’exemple mĂȘme. Le seul mot pour qualifier son mariage : “chaotique”. «J’ai mis longtemps avant de me marier. Puis j’ai cru trouver la bonne personne. Ce n’était pas la perle rare. Mais il Ă©tait aisĂ© et plutĂŽt d’une bonne famille. Il s’est avĂ©rĂ© que nous Ă©tions complĂštement incompatibles, et ce sur tous les plans. En plus c’était un joueur invĂ©tĂ©rĂ©. Il m’arrivait de rentrer Ă  la maison et dĂ©couvrir que des objets avaient Ă©tĂ© vendus durant mon absence. Je me suis enfuie du domicile conjugal alors que j’étais enceinte de deux mois de ma fille. Aujourd’hui quels que soient les hauts et les bas de ma relation actuelle, je vis pour moi et je suis anti-mariage.». Bref, un engagement libre et sans contraintes
 Le quasi
 Le concubinage, conception occidentale? Pas aussi simple. En Tunisie, il a de multiples formes. Une, en particulier, s’est dĂ©veloppĂ©e ces derniĂšres annĂ©es. En «bonne musulmane”, Amira balaie d’un revers le terme de concubinage. Il n’entre mĂȘme pas dans son lexique. Certes, elle partage la vie d’un homme. Certes, cet homme n’est pas son Ă©poux devant la loi. Certes, il n’existe aucune consĂ©quence juridique. Amira en est consciente. D’ailleurs, elle ne veut pas avoir d’enfants. Mais pour elle, cela ne fait aucun doute : l’homme avec qui elle vit est son Ă©poux. Son mariage “coutumier” a Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ© en prĂ©sence de sa famille, au courant de sa relation, quelques amis triĂ©s sur le volet et un cheikh, “qui les connaĂźt bien”. Le coĂ»t du “mariage” ? Quasiment rien
 Ni rĂ©ception, ni soirĂ©e ruineuse, mais un “hizb allatif” auquel fut conviĂ© le cheikh. Et pourtant rien ne s’opposait Ă  une union “normale ». Il n’existait aucun empĂȘchement Ă  l’union, il n’était pas mariĂ©. Elle a optĂ© pour un mariage coutumier. Sa raison
. FinanciĂšre. Depuis le dĂ©cĂšs de son pĂšre, sa mĂšre Ă©tant dĂ©cĂ©dĂ©e, elle perçoit le salaire de ce dernier au regard de son statut prĂ©caire. Elle ne travaille pas. Cette pension lui aurait Ă©tĂ© enlevĂ©e en cas de mariage. Or elle reprĂ©sente le principal fonds de son indĂ©pendance. Depuis Amira est en paix
 La “reconnaissance divine” est ce qui lui importe le plus. Le reste n’est donc que “superficialitĂ©â€. Aujourd’hui, elle ne se considĂšre pas en infraction. Son statut s’apparente peut-ĂȘtre Ă  un concubinage, il est tout de mĂȘme vĂ©cu comme un mariage. Et pour cause ! Son “mari” prend en charge les dĂ©penses et est “le chef de la famille”. Il fait les courses et paie les factures. Et aux yeux des voisins, ils sont Monsieur et Madame X. Un engagement avant tout! Le concubinage est un quotidien
 Comment est-il vĂ©cu dans la vie du couple ? Certains facteurs, tels que la temporalitĂ©, mettent Ă  l’épreuve la relation. Et les cas sont diffĂ©rents. GĂ©nĂ©ralement, l’un des conjoints vient s’installer chez l’autre, comme cela a Ă©tĂ© le cas chez Mourad ou Sarra. La personne qui a l’appartement continue de payer le loyer (si elle est locataire) comme si de rien n’était. Le concubinage s’est fait “naturellement”. Le partage des dĂ©penses devient spontanĂ©. « Je ne paye pas parce que je dois payer mais parce que je le veux bien. Alors que quand tu es mariĂ©, tu es tenu de payer parce c’est ton rĂŽle de chef de famille», nous explique Mourad. L’expĂ©rience de Sarra a Ă©tĂ© moins satisfaisante. Son conjoint s’était installĂ© chez elle mais le partage des charges n’a pas Ă©tĂ© “assumĂ©â€. « La premiĂšre annĂ©e, il a dĂ©cidĂ© tout seul, alors qu’on Ă©tait installĂ© ensemble, que sa part de contribution serait fixĂ©e Ă  100 dinars. Il a trouvĂ© son confort dans le gain mais pas dans la perte. Il s’est mĂ©pris sur la notion de libertĂ© dans le concubinage ». Et cette derniĂšre de conclure : «Aujourd’hui, je dĂ©conseille de vivre en union libre. La femme n’a rien Ă  gagner, mĂȘme si pour moi ma relation Ă©quivaut Ă  des annĂ©es de bonheur.» La situation est tout autre pour Salwa. AprĂšs deux annĂ©es de relations, elle a dĂ©cidĂ© de s’installer dans un duplex avec son compagnon. De fait, ils vivent ensemble mais ont deux cuisines, deux salons, deux jardins
bref deux maisons communicantes. « Cela permet de nous isoler en temps de crise ». Quant aux dĂ©penses ? Elles sont plus ou moins partagĂ©es. Il faut l’avouer. L’organisation n’est pas la mĂȘme que les couples mariĂ©s…mais presque. « ConcrĂštement, il prend en charge ses dĂ©penses comme son pressing, la femme de mĂ©nage ou encore ses achats personnels. Mais en ce qui concerne les courses, il m’arrive de les payer, sinon c’est lui. Notre organisation financiĂšre n’est pas commune. C’est en fonction des moments». La dĂ©cision Mais alors qu’est-ce qui pousse deux personnes Ă  vivre en concubinage, au risque de s’attirer les foudres de la sociĂ©tĂ©. Pour franchir le pas, les conjoints sont «gĂ©nĂ©ralement deux personnes qui ont accĂ©dĂ© Ă  un certain niveau socio-culturel qui leur permet de vivre en rupture avec leur milieu social, culturel et religieux », selon le psychothĂ©rapeute Sofiane Zribi. Pourquoi acceptent-ils de vivre ainsi ? «En Tunisie, les gens qui choisissent de vivre cela sont pour une grande partie trĂšs influencĂ©s par la culture occidentale Ă  la recherche d’un autre mode de vie, d’autres expĂ©riences et parfois par un souhait d’ĂȘtre en opposition par rapport Ă  la sociĂ©tĂ© », nous indique le Docteur Zribi. Sont-ils tous des adolescents sociaux ? « Pour certains, c’est effectivement cela. Mais pour d’autres, c’est un choix ». Un choix, car malgrĂ© ses difficultĂ©s, ses Ă©preuves, ses ragots collatĂ©raux, pour la majoritĂ© le concubinage est prĂ©fĂ©rable au mariage
Un mariage “strict”, “tue l’amour”, “anti-spontanĂ©itĂ©â€ et qui conduit indubitablement au formatage amoureux. Par opposition, la fragilitĂ© sociale de l’union libre, encourage les concubins Ă  fournir des efforts. Et pour ceux qui de toutes les façons envisagent de se marier ? « Il est vĂ©cu comme une Ă©tape indispensable
afin de connaĂźtre davantage l’autre » ! ** ProcĂ©dure et lois Titre: Dans le langage tunisien, le concubinage brille par son inexistence sĂ©mantique. On parle de “personnes vivant ensemble”. Aucun mot ne le dĂ©signe. DĂ©possĂ©dĂ© de sa dĂ©finition et dĂ©signĂ© par des pĂ©riphrases seules ses caractĂ©ristiques font l’objet de poursuites. La justice le dĂ©signe par deux mots : el mouĂąchara ou el moukhadana. Les deux se traduisent en français par “cohabitation”, avec bien entendu une connotation sexuelle. Mais la subtilitĂ© juridique rĂ©side dans le fait que le premier terme peut aussi bien s’appliquer (et d’ailleurs s’applique gĂ©nĂ©ralement) au mariage alors que le second est utilisĂ© par les magistrats pour dĂ©signer le concubinage. GrossiĂšrement, les juges ont recours Ă  trois textes de loi en fonction des cas. D’abord, les articles 231 et 232 du Code PĂ©nal relatifs Ă  la prostitution, celle-ci n’étant Ă©tabli que si l’existence d’une contrepartie est avĂ©rĂ©e. Elle est laissĂ©e Ă  la seule apprĂ©ciation du juge. Les personnes risquent six mois Ă  deux ans d’emprisonnement en fonction des cas. Le deuxiĂšme article, et le plus appliquĂ©, est l’article 36 de la loi du 1er aoĂ»t 1957 rĂ©glementant l’état-civil. Il incrimine tout mariage non conclu conformĂ©ment Ă  la loi. L’article ne fait pas nommĂ©ment allusion au “concubinage”. GĂ©nĂ©ralement, le concubinage est qualifiĂ© de “mariage” par le juge. Pour ce faire, deux conditions sont nĂ©cessaires. La relation continue (el mouĂąchara al moustamirra) et l’absence de contrat doivent ĂȘtre Ă©tablies. Le flagrant dĂ©lit n’est pas obligatoire. L’aveu relatĂ© ou judiciaire constitue Ă©galement une preuve. A partir du moment oĂč le procĂšs-verbal de la police Ă©voque les deux conditions sus-mentionnĂ©es, le dĂ©lit est avĂ©rĂ©. Le concubinage devient donc mariage. Or Il n’y a pas d’acte authentique. Il est donc illĂ©gal. De fait, les inculpĂ©s risquent trois mois de prison ou doivent rĂ©gulariser leur situation dans les plus brefs dĂ©lais. Et une prĂ©cision de mise
 la continuitĂ© de la relation doit ĂȘtre Ă©tablie. Dernier cas de figure, le plus grave au regard de la loi est celui de l’adultĂšre. De fait, deux articles peuvent ĂȘtre appliquĂ©s, Ă  savoir l’article 236 du code pĂ©nal incriminant le dĂ©lit d’adultĂšre ou l’article citĂ© ci-dessus de la loi sur l’état-civil. Soit le conjoint dĂ©cide de porter plainte et sera alors appliquĂ© le premier article. Il risque alors cinq annĂ©es de prison. Soit le conjoint ne porte pas plainte, l’Etat s’autosaisit de l’affaire et condamne “l’adultĂ©rin” au terme de l’article 36. Dans tous les cas, la condamnation demeure inscrite sur le bulletin numĂ©ro trois. ** Dans le secret absolu Au mariage coutumier, les juges prĂ©fĂšrent le terme de mariage secret (azzaouaj assirri). Car les couples qui contractent ce type de mariage le font avec un objectif en particulier : le prĂ©munir du regard de la sociĂ©tĂ© et des juges. En Tunisie, depuis la promulgation du statut personnel, le lĂ©gislateur a imposĂ© deux obligations. Afin d’éviter les problĂšmes liĂ©s Ă  la preuve, le mariage se fait par un acte authentique (art 4 CSP). Le contrat est donc rĂ©digĂ© par un officier public, d’oĂč sa publicitĂ©. La preuve est de fait Ă©tablie et difficile Ă  briser. Ce faisant, le mariage, de mĂȘme que le divorce qui devient judiciaire, sort de la sphĂšre privĂ©e. Il n’est plus un “simple” accord entre les deux parties. L’article 3 du Code du Statut Personnel (CSP) prĂ©voit « le consentement des deux Ă©poux, la prĂ©sence de deux tĂ©moins honorables et la fixation d’une dot au profit de la femme ». S’il se conforme en gĂ©nĂ©ral, aux trois conditions prĂ©citĂ©es de l’article 3, le mariage “secret” Ă©chappe Ă  la condition de l’acte authentique. Non seulement la preuve est difficile Ă  Ă©tablir mais la publicitĂ© n’a pas Ă©tĂ© faite. Mis Ă  part les invitĂ©s prĂ©sents lors de la cĂ©rĂ©monie, rien ni personne ne peut Ă©tablir la vĂ©racitĂ© de l’union. En Tunisie, de nombreux couples dont l’un des conjoints est d’ores et dĂ©jĂ  engagĂ© dans une relation matrimoniale choisissent de “rĂ©gulariser” leur situation en contractant un mariage “coutumier”. Et afin justement de garder leur relation secrĂšte, ces coulpes font appel Ă  un cheikh qui officie et les unit. A la suite du mariage civil, l’article 36 de la loi rĂ©glementant l’état-civil, promulguĂ©e en 1957, visait ce genre de pratiques. ** Et ailleurs
 On se souvient des larmes de la dĂ©putĂ©e conservatrice française Christine Boutin lors des discussions portant sur le projet de loi sur le pacte civil de solidaritĂ© (PACS). En Europe, le concubinage est une institution lĂ©gale. Certaines sociĂ©tĂ©s ont encore du mal Ă  l’accepter. En France, l’article 515-8 du Code civil français dĂ©finit le concubinage comme « une union de fait, caractĂ©risĂ©e par une vie commune prĂ©sentant un caractĂšre de stabilitĂ© et de continuitĂ©, entre deux personnes, de sexe diffĂ©rent ou de mĂȘme sexe, qui vivent en couple ». Cette institution a des effets juridiques. Elle peut ĂȘtre officialisĂ©e par le biais d’une procĂ©dure juridique depuis 1999. C’est le pacte civil de solidaritĂ© qui peut ĂȘtre rompu Ă  n’importe quel moment. Le concubinage tel qu’il est entendu en Europe n’est pas reconnu dans les pays du Maghreb. Ainsi, au Maroc, il est puni d’un mois Ă  un an de prison en vertu des articles 490 et 493 du Code pĂ©nal. Il est assimilĂ© Ă  «une infraction commise par deux personnes de sexe diffĂ©rent et qui ont entre elles des relations sexuelles alors qu’elles ne sont pas unies par les liens du mariage ». Le Maroc, comme l’AlgĂ©rie, font face Ă©galement au phĂ©nomĂšne des mariages dits “religieux” ou “coutumiers”. D’autant que, contrairement Ă  la Tunisie, dans ces deux pays, le mariage civil n’est pas obligatoire. Le mariage “coutumier” est reconnu par la sociĂ©tĂ© marocaine et est basĂ© sur le consentement des Ă©poux, de leur entourage. Seulement, depuis la promulgation de la Moudawana, les couples qui n’ont pas officialisĂ© leur union doivent le faire dans un dĂ©lai de cinq ans. En AlgĂ©rie, le mariage “religieux” pose d’autant plus problĂšme qu’il n’entraine aucune consĂ©quence juridique. PremiĂšres victimes ? Les enfants. En 2008, l’AlgĂ©rie, a enregistrĂ© plus de 4.000 demandes en reconnaissance de paternitĂ©. *** Maitre Bochra Bel Haj Hmida Ce qui n’est pas interdit est permis ! Que dit la Loi sur le concubinage ? Elle ne dit rien. Il y a un vide juridique. Et l’on veut qu’il soit maintenu. Car quand il y a un vide, ce qui n’est pas interdit est permis. Or, j’ai peur qu’il y ait la volontĂ© de combler ce vide. Alors, si c’est pour le reconnaĂźtre et lui donner des effets juridiques, tant mieux. Mais cela ne risque pas. Il est donc important que, pour le moment, le concubinage ne soit pas considĂ©rĂ© comme un dĂ©lit et que d’une maniĂšre indirecte, il ait des consĂ©quences juridiques. C’est-Ă -dire que les enfants nĂ©s d’un concubinage sont reconnus, ont droit Ă  la pension alimentaire. MĂȘme si malheureusement, ils n’ont pas droit Ă  l’hĂ©ritage du pĂšre. Ce n’est pas un dĂ©lit
 Mais comment expliquer que certains couples sont arrĂȘtĂ©s et mĂȘme dĂ©fĂ©rĂ©s au tribunal ? Malheureusement, je pense que c’est d’abord une volontĂ© politique ou administrative. Il y a rĂ©guliĂšrement des campagnes pour les bonnes mƓurs qui font que des jeunes et des moins jeunes sont arrĂȘtĂ©s pour des relations hors mariage. Alors cela dĂ©pend surtout de la conjoncture. Il y a des pĂ©riodes oĂč il y a des campagnes et je pense qu’elles se prolongent. De plus en plus, on sent que les gens sont arrĂȘtĂ©s Ă  cause de leur attitude. Beaucoup de gens s’en plaignent. On ne peut pas dire que toutes les personnes qui ont Ă©tĂ© interpellĂ©es ont Ă©tĂ© poursuivies. Mais il y a beaucoup d’interpellations. C’est une grande part d’intimidation. Sur quelle base juridique sont-ils arrĂȘtĂ©s ? Le concubinage en lui-mĂȘme n’est pas considĂ©rĂ© comme un dĂ©lit, mais on essaie de lui trouver le qualificatif adĂ©quat pour le sanctionner. On utilise pour cela trois textes. Celui que l’on utilise le plus souvent est celui de la “prostitution”. Alors ça peut ĂȘtre n’importe quoi. Vous avez des situations oĂč un homme paie le café  Donc on les arrĂȘte pour prostitution Ă  partir du moment oĂč l’on prouve l’existence d’une contrepartie. Et ceci, bien que dans notre sociĂ©tĂ© le fait qu’un homme offre des cadeaux Ă  une femme fasse partie des traditions. D’ailleurs la preuve est que le mariage est basĂ© sur le principe de la dot. Le deuxiĂšme texte utilisĂ© est celui du mariage non lĂ©gal. Il faut qu’il y ait cohabitation. Il y a un autre texte, Ă  savoir l’adultĂšre. Mais ce dernier ne s’applique que dans la mesure oĂč le conjoint de la personne mariĂ©e, homme ou femme, porte plainte. A quoi s’expose un couple qui vit en union libre ? Un couple qui vit en concubinage prend des risques. LĂ©galement c’est un droit. Car, je le rĂ©pĂšte, tout ce qui n’est pas interdit est permis. Mais concrĂštement, il y a un risque que les mĂȘmes faits soient qualifiĂ©s autrement, c’est-Ă -dire que ce que nous appelons communĂ©ment concubinage soit qualifiĂ© autrement. Seriez-vous pour un Ă©ventuel changement ? Je suis pour une loi qui mette fin d’abord au dĂ©lit d’adultĂšre. Ma position est en contradiction avec mes plaidoiries et ce que je dis au Tribunal. DeuxiĂšmement les lois sur la prostitution doivent changer complĂštement pour s’adapter Ă  ce qui se passe Ă  l’échelle internationale. Cela veut dire que dorĂ©navant, c’est le client qui doit ĂȘtre puni et non la prostituĂ©e. Car nous avons tendance dans notre pays Ă  sanctionner la prostituĂ©e en lui infligeant une peine plus lourde que celle infligĂ©e au client. Comment faire pour amorcer un tel changement ? Il faut une nouvelle dynamique pour crĂ©er une loi. La Tunisie ne peut plus se permettre le luxe de ne pas ouvrir les dĂ©bats sur toutes ces questions, un dĂ©bat oĂč toutes les positions, et notamment celles conformes aux droits humains, soient prĂ©sentes. Il y a certains dĂ©bats, mais il y a une voix qui manque, celle qui reprĂ©sente la reconnaissance des droits humains de disposer de leur corps tant qu’ils ne portent pas atteinte Ă  l’autre.
 
(Source: “RĂ©alitĂ©s” (Hebdomadaire – Tunisie) le 26 juillet 2010)


Document: L’Express du 16 novembre 1956
La lettre de Bourguiba à ses amis français

Par L’Express, publiĂ© le 28/07/2010 Ă  13:03

Dans ce texte, publiĂ© le 16 novembre 1956, le leader tunisien Habib Bourguiba explique sa dĂ©ception vis-Ă -vis de la France et de sa politique algĂ©rienne. Un document qui rĂ©vĂšle aussi ses attentes – toujours d’actualitĂ©.

Lundi dernier a Ă©tĂ© proclamĂ©e solennellement l’admission, Ă  l’Organisation des Nations unies, de la Tunisie indĂ©pendante. Pour nous autres Tunisiens, cet Ă©vĂ©nement, qui consacre aux yeux du monde notre souverainetĂ©, est considĂ©rable. Nous aurions voulu pouvoir nous en rĂ©jouir pleinement et associer Ă  notre joie tous ceux qui, en France, nous ont aidĂ©s dans notre longue lutte pour accĂ©der Ă  l’indĂ©pendance. Or il semble que cela soit impossible et c’est pourquoi, avant de partir pour les Etats-Unis, je veux m’adresser Ă  vous.  

C’est pour une part grĂące Ă  la France que nous sommes devenus un peuple majeur. C’est la France qui a appuyĂ© notre demande d’admission dans la grande organisation internationale des nations du monde. Et, cependant, le premier vote de la Tunisie indĂ©pendante va ĂȘtre un vote hostile Ă  la France. Il s’agit, vous le savez, de l’inscription, Ă  l’ordre du jour de l’actuelle session Ă  l’ONU, de la question algĂ©rienne.

Je ne m’Ă©tendrai pas longuement sur des faits dĂ©sormais connus de tous.   A l’Ă©poque mĂȘme oĂč il n’Ă©tait question que de l’autonomie interne de la Tunisie, c’est-Ă -dire Ă  l’Ă©poque oĂč Sa MajestĂ© le sultan Mohammed V Ă©tait encore Ă  Madagascar et oĂč l’insurrection algĂ©rienne Ă©tait Ă  peine commencĂ©e, j’ai Ă©tĂ© le premier Ă  prĂ©venir mes interlocuteurs français les plus diffĂ©rents des difficultĂ©s que la France allait avoir en AlgĂ©rie. Je les ai adjurĂ©s de trouver rapidement une solution qui permette une Ă©volution confiante vers une indĂ©pendance inscrite dans les faits. Certains d’entre vous ont peut-ĂȘtre le souvenir de mes craintes : Ă  ce moment, on les jugeait prĂ©maturĂ©es. Pour moi, qui avais connu dans la lutte tous les leaders du nationalisme algĂ©rien, qui Ă©tait persuadĂ© de l’unitĂ© nord-africaine et de l’impossibilitĂ© de sĂ©parer, autrement que par des Ă©tapes, les pays d’Afrique du Nord, j’avais la conviction profonde que la rĂ©volution tunisienne entraĂźnerait toutes les autres et que la France ne pouvait pas refuser ici ce qu’elle accordait lĂ .  

Tout le monde me rĂ©pondait alors par le fameux slogan : l’AlgĂ©rie, c’est la France et, je peux bien le dire, ce qui me surprenait le plus, c’est que ceux qui me faisaient cette rĂ©ponse Ă©taient de bonne foi. Aujourd’hui personne ne le dit plus, au moins avec sincĂ©ritĂ©. Cette Ă©volution, en d’autres temps, aurait pu permettre un certain optimisme. Elle aurait pu inciter les AlgĂ©riens Ă  la lutte pacifique, lĂ©gale, et Ă  l’espĂ©rance dans la sagesse du peuple français. Mais, aujourd’hui, la juste impatience des AlgĂ©riens est telle, les erreurs françaises se sont tellement accumulĂ©es, qu’il est vain de prĂ©tendre rĂ©gler le conflit algĂ©rien par des demi-mesures, d’ailleurs pleines d’arriĂšre-pensĂ©es et de calculs.  

Depuis plus de dix-huit mois que je parle de l’AlgĂ©rie et des problĂšmes qu’elle pose   , non seulement pour nos frĂšres algĂ©riens et nos amis français, mais aussi pour la Tunisie et le Maroc, j’ai entendu, de la part des plus hautes personnalitĂ©s politiques françaises, tous les arguments possibles et imaginables. TantĂŽt, on me disait que l’opinion française, habituĂ©e depuis plus d’un siĂšcle Ă  considĂ©rer l’AlgĂ©rie comme partie intĂ©grante du territoire français, ne pourrait jamais consentir Ă  un tel abandon ; tantĂŽt on me disait que les nationalistes algĂ©riens, plus militaires que politiques, n’Ă©taient pas organisĂ©s comme le NĂ©o-Destour ou n’avaient pas Ă  leur tĂȘte une autoritĂ© morale comme Sa MajestĂ© Mohammed V et que, par consĂ©quent, il Ă©tait difficile, sinon impossible, d’aligner sur la Tunisie et le Maroc la politique algĂ©rienne. Mais ce que je remarquais de plus frappant, dans tous ces arguments, c’est que les Français qui me les servaient prĂ©voyaient, eux, que l’AlgĂ©rie serait un jour indĂ©pendante. Ils se demandaient comment le faire accepter par leur opinion et leur Parlement : ils se demandaient comment ils pourraient s’entendre avec les chefs algĂ©riens ; mais ils savaient qu’il leur faudrait en arriver lĂ . Des hommes d’Etat français dont le nom surprendrait l’opinion française m’ont tenu ce langage : ils sont loin d’ĂȘtre tous Ă  gauche ; ils n’ont pas la rĂ©putation d’ĂȘtre anticolonialistes. En un sens, c’Ă©tait assez rĂ©confortant.  

En fait, il s’agissait de questions formelles, de dĂ©tails somme toute secondaires et qui concernaient la maniĂšre de ne pas porter atteinte Ă  la conception que se font certains du prestige français.  

Aussi, je me suis dit que la façon la plus certaine d’aider alors nos frĂšres algĂ©riens,   c’Ă©tait de faire de la Tunisie une expĂ©rience test, un pays pilote, un prĂ©cĂ©dent Ă©clatant enfin, qui permettrait de laisser la France trouver seule – et Ă  la lumiĂšre de l’exemple tunisien – les voies les plus rapides d’une solution algĂ©rienne.  

Faire de la Tunisie une expérience test, un pays pilote, un précédent éclatant

J’ai eu raison de le penser puisqu’il est public aujourd’hui que des Ă©missaires de M. Guy Mollet ont rencontrĂ© au Caire, Ă  Brioni et Ă  Rome les leaders du Front de libĂ©ration nationale. Mais, pendant ce temps-lĂ , la France continuerait Ă  faire la guerre en AlgĂ©rie, une guerre qui raidissait nos frĂšres algĂ©riens, rĂ©veillait en France des instincts impĂ©rialistes et donnait Ă  certains militaires des rĂȘves de reconquĂȘte de la Tunisie et du Maroc. L’impasse ne devait pas tarder Ă  apparaĂźtre. On ne peut pas faire en Afrique du Nord deux politiques contradictoires. Au lieu d’Ă©tendre la paix dans tous les Maghreb, la France, peu Ă  peu, a Ă©tendu le conflit et a tuĂ© la confiance qui pouvait donner un contenu Ă  l’interdĂ©pendance franco-tunisienne. Les Ă©vĂ©nements allĂšrent de mal en pis, mais cependant nous nous raccrochions malgrĂ© tout Ă  certaines espĂ©rances, justifiĂ©es par des confidences de hauts fonctionnaires français, d’un rĂšglement du problĂšme nord-africain.  

Ces espĂ©rances ne se rĂ©alisant pas, la France ne trouvant pas d’autre solution que la guerre en AlgĂ©rie   , nous avons alors dĂ©cidĂ© de profiter de la confĂ©rence de Tunis et du voyage du sultan Mohammed V dans notre pays pour rechercher avec nos camarades algĂ©riens les conditions du rĂ©tablissement de la paix, et de la refonte de l’ensemble des relations franco-nord-africaines. Sur de nouvelles bases.  

Nous en avions assez que l’on nous rĂ©ponde chaque fois que les chefs du FLN Ă©taient divisĂ©s, sans maturitĂ© politique et sans rĂ©alisme. Nous voulions l’Ă©prouver nous-mĂȘmes, et ĂȘtre Ă  mĂȘme de dire Ă  la France : voici le terrain prĂ©parĂ© pour une solution franco-nord-africaine qui garantit les intĂ©rĂȘts de la France comme ceux de l’importante minoritĂ© europĂ©enne d’AlgĂ©rie. La suite, vous la connaissez, c’est le rapt de Ben Bella et de ses compagnons : un petit exploit policier et une grande faute politique. On a assez vantĂ© en France mĂȘme le bourguibisme pour que je puisse vous dire que la France n’a pas Ă©tĂ© trĂšs bourguibiste dans cette affaire : elle a remplacĂ© l’esprit de compromis par le recours Ă  la force, c’est-Ă -dire le tout ou rien. Au lieu d’ĂȘtre prĂ©sente Ă  Tunis, elle a suscitĂ© contre elle une unitĂ© vindicative.  

En tout cas, par cet acte, les Français donnaient la preuve que ce qu’ils dĂ©siraient n’Ă©tait ni convaincre leur propre opinion publique, ni avoir affaire Ă  des partenaires sincĂšres qui leur facilitent une solution, mais bien continuer Ă  faire en sorte que l’AlgĂ©rie reste la France. Or, d’une part, cela n’est pas possible ; d’autre part, nous ne l’accepterons pas. Il n’y aura pas d’interdĂ©pendance vĂ©ritable franco-tunisienne si l’on ressuscite le vieux slogan de l’AlgĂ©rie française. Les AlgĂ©riens se battront et les Tunisiens ne pourront pas ne pas les aider de leur mieux.

Il y a une autre question qui empoisonne l’opinion publique française Ă  l’heure actuelle   : on agite devant elle, et pour l’exciter, les spectres du panarabisme et du panislamisme. Tout ce que je puis dire sur l’expĂ©dition d’Egypte [le raid franco-britannique du 31 octobre 1956 sur Suez] est qu’elle n’est pas faite pour diminuer la force de ces courants qui inspirent Ă  l’Europe une peur et une rĂ©pulsion si grandes. Je n’entends pas discuter des bienfaits du panarabisme et du panislamisme, mais quelque rĂ©trogrades que ces deux mouvements puissent paraĂźtre aux ignorants, je leur demande de rĂ©flĂ©chir sur les Ă©vĂ©nements de Hongrie [le soulĂšvement de Budapest contre les SoviĂ©tiques en octobre 1956] et de convenir que remplacer le panarabisme par l’impĂ©rialisme soviĂ©tique, c’est jouer avec un feu qui tĂŽt ou tard les dĂ©vorera tous.  

Le plus clair rĂ©sultat de cette campagne d’Egypte – imaginĂ©e pour faire s’effondrer l’arabisme – a Ă©tĂ© de renforcer dans le Proche-Orient l’influence de la Russie communiste, dont l’intervention passe, lĂ -bas au moins, pour avoir stoppĂ© la coalition franco-anglaise.  

J’ai dit ailleurs ce que je pensais des vrais motifs de l’intervention soviĂ©tique. Mais on ne peut pas demander aux Egyptiens de choisir leurs dĂ©fenseurs.  

Le vote de la Tunisie indĂ©pendante sera donc hostile Ă  la France  , mais on se tromperait lourdement en croyant que cette hostilitĂ© sera par nous manifestĂ©e avec gaietĂ© de coeur. Pour ma part, j’aurais bien voulu que la vocation tunisienne de trait d’union entre l’Occident et l’Orient soit symbolisĂ©e par un premier vote du nouvel Etat tunisien souverain et indĂ©pendant en faveur de la France. Puisque cela est impossible, je ne veux pas – ce serait la premiĂšre fois de ma vie – dĂ©sespĂ©rer de la sagesse du peuple comme du gouvernement français. Le jour viendra peut-ĂȘtre, si le gouvernement de la RĂ©publique française s’y prend Ă  temps, oĂč les dĂ©fenseurs de la vraie civilisation française dans les instances internationales seront les chefs de la confĂ©dĂ©ration franco-nord-africaine.

(Source: lexpress.fr le 28 juillet 2010)

Lien: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/la-lettre-de-bourguiba-a-ses-amis-francais_909003.html


Démocratie et le Grand Turc


Prof. Taoufik BAHROUCH      Il est de retour sur la scĂšne arabe, de maniĂšre spectaculaire, et avec panache, dans des conditions tragiques certes, mais par lĂ  oĂč les arabes ont failli, la question palestinienne. Il en est mĂȘme arrivĂ© Ă  verser le sang de ses fils, une fois de plus, une fois de trop, pour une cause qui le dĂ©passe et dont il a Ă©tĂ© la premiĂšre victime, il y a un siĂšcle. En reprenant la dĂ©fense des Palestiniens placĂ©s sous un embargo sĂ©vĂšre, il ne fait que perpĂ©tuer une tradition multisĂ©culaire de protection des Arabes, parfois Ă  leur insu, toujours Ă  son prĂ©judice. Bien que la Nation Arabe se soit constituĂ©e Ă  ses dĂ©pens, il semble oublier ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec ses prĂ©curseurs. Il s’agit du Grand Turc.      Les Arabes eurent recours au service des mercenaires turcs depuis la fin du Moyen Age. Ils ont toujours Ă©tĂ© des guerriers redoutables, et des patriotes ombrageux, bien avant leur entrĂ©e sur la scĂšne musulmane ; ils possĂ©daient le gĂ©nie des armes. Ses reprĂ©sentants Ă©taient prĂ©pondĂ©rants dans les forces armĂ©es fatimides en Egypte. Les Turcs seljoukides (XIe-XIIIe siĂšcles) entreprirent de protĂ©ger les populations musulmanes du joug des non musulmans, avant de conquĂ©rir l’Anatolie. Salah ed-Din Ă©tait d’origine turque. Son nom devint insĂ©parable de la victoire finale des Musulmans sur les CroisĂ©s. Les Turcs Ottomans s’emparĂšrent de Constantinople en 1453 au nom de l’Islam. Ce faisant certains d’entre eux vinrent offrir leurs services en leur qualitĂ© de mercenaires Ă  des dynasties rĂ©gionales en pleine crise, comme celles des Zeyanides de Tlemcen et des Hafsides de Tunis. Ils surent mettre la course Ă  contribution, cette guerre supplĂ©tive, au grand dam de l’Occident chrĂ©tien, pour protĂ©ger le Maghreb central et oriental de ses entreprises hĂ©gĂ©moniques, les Portugais sur les rives atlantiques et les Espagnols sur les rives mĂ©diterranĂ©ennes. Ils furent accusĂ©s de terrorisme et combattus comme tels au nom des droits du genre humain, bafouĂ©s par leurs avanies : le syndrome des Moujahidine en somme. Khayreddine Barberousse en Ă©tait une figure de proue comme grand marin et grand capitaine. Il repose aujourd’hui avec sa lĂ©gende sur un monticule de la rive europĂ©en du Bosphore que sa belle sĂ©pulture de marbre surplombe. Ils sauvĂšrent Alger et Tripoli de l’occupation espagnole et mirent un terme au protectorat que Charles Quint avait Ă©tabli sur Tunis de 1535 Ă  1575 suite Ă  l’appel qui lui avait Ă©tĂ© fait par Moulay al-Hasen. Les faits d’armes accomplis par les Ă©cumeurs ottomans des mers dans nos parages sont lĂ©gendaires. Une colonisation restreinte aux zones cĂŽtiĂšres Ă©tait dĂ©jĂ  en place sous l’égide des rois d’Espagne, quand le Maghreb revint dans le giron politique musulman par le fait des Turcs d’Istanbul. Des hĂ©ros comme Arouj RaĂŻs et Dragut RaĂŻs moururent sur le front nord africain, pour arracher le Maghreb Ă  la domination chrĂ©tienne, pour longtemps heureusement, du XVIe au XIXe siĂšcle. Des milices turques, que ce fĂ»t Ă  Alger, Tunis, Tripoli, le Caire, la Mecque (qu’une base amĂ©ricaine protĂšge aujourd’hui au Hedjaz), JĂ©rusalem, Damas et Bagdad, veillĂšrent sur la sĂ©curitĂ© territoriale du monde de langue arabe. D’oĂč l’idĂ©e selon laquelle les Arabes payent l’impĂŽt et sont de ce fait exonĂ©rĂ©s de l’impĂŽt du sang, et le Turcs perçoivent une solde, moyennant quoi ils ont pour mission de protĂ©ger les Arabes contre leurs ennemis de l’extĂ©rieur, en versant le leur en lieu et place. Ils en sont arrivĂ©s Ă  constituer un organe de dĂ©fense des autoritĂ©s constituĂ©es et une force de coercition Ă  l’encontre de toute vellĂ©itĂ© de dissidence intĂ©rieure.     Mais l’Homme malade aidant, le mouvement des nationalitĂ©s issu des idĂ©aux de la RĂ©volution française gagna les Ă©lites arabes qui revendiquĂšrent Ă  leur tour leur indĂ©pendance de la Sublime Porte, dĂ»ment stylĂ©es au prĂ©alable par des incitateurs europĂ©ens, mais diversement selon qu’il s’agĂźt du Maghreb ou du Machrek. Alger fut accusĂ© de se livrer au terrorisme d’Etat, sous le prĂ©texte duquel il fut conquis en 1830. C’est sous prĂ©texte de libĂ©rer l’Egypte du joug Ottoman et de l’inviter Ă  la table de la civilisation que Bonaparte, traversant une pĂ©riode de passage Ă  vide, conquit le pays comme pour se distraire de son infortune passagĂšre (1797). L’élan qu’il donna quand mĂȘme Ă  la renaissance Ă©gyptienne fut enrayĂ© par la Grande Bretagne dĂšs 1838, en attendant que celle-ci s’emparĂąt du pays en 1882. Tripoli redevint en 1835 une province ottomane replacĂ©e sous administrĂ©e directe, en attendant qu’elle fĂ»t annexĂ©e par l’Italie en 1911. Tunis passa sous un rĂ©gime de protectorat diplomatique français, en attendant son occupation, programmĂ©e depuis le XVIIe siĂšcle, et se rĂ©alise enfin en 1881. AmputĂ©e en Europe, mutilĂ©e en Afrique, la Porte tenait bon dans ses ultimes positions arabes d’Asie, mais pour un temps seulement.     De la grande Syrie, Ă©mergea un puissant mouvement anti-ottoman qui rĂ©clamait l’indĂ©pendance, mĂȘme s’il fallait pactiser avec le Diable. Le ChĂ©rif de la Mecque, un descendant du ProphĂšte, ne fut pas de reste. Un certain anglais du nom de Blunt dĂ©couvrit chez certains OulĂ©mas d’Al-Azhar le rĂȘve de crĂ©er un califat arabe. Il leur emboĂźta le pas. Ce fut la brĂšche idĂ©ologique par laquelle le complexe militaro diplomatique britannique travailla les Ă©lites arabes contre les Turcs. Au Liban et en Syrie, ce furent des Ă©lites placĂ©es sous influence franco-amĂ©ricaine, qui rĂ©clamĂšrent leur indĂ©pendance. La rĂ©volte arabe Ă©clata en 1916, alors que la Turquie Ă©tait en pleine guerre. Les arabes du Hedjaz se rangĂšrent comme un seul homme derriĂšre un homosexuel, aussi notoire qu’ambigu, Lawrence d’Arabie, qui ne se fit pas faute d’écrire Ă  leur propos le plus grand mal dans ses Sept piliers de la Sagesse. Un drĂŽle de libĂ©rateur ! La guerre arabo turque se solda curieusement par une victoire franco-britannique sur les deux camps. Ce fut la duperie du siĂšcle. Son programme Ă©tait simple : opposer les Arabes aux Turcs, mettre le grappin sur les Arabes, les doter d’une mosaĂŻque de principautĂ©s autonomes, mais rivales entre elles pour qu’elles se neutralisent, et faire en sorte que la discorde les divise Ă  jamais. Un programme qui n’a pas vieilli d’une ride.  Les fils du ChĂ©rif Hussein, prĂ©sents Ă  Paris, lors des nĂ©gociations de Paix, durent consentir, en bons descendants du ProphĂšte, Ă  la DĂ©claration Balfour (1917), en Ă©change de quoi ils obtinrent la promesse que fĂ»t créé en leur faveur un grand royaume arabe entre Damas et Bagdad. La propagande arabe dĂ©nonça depuis la dite DĂ©claration sans jamais mettre en cause la partie arabe coupable d’y avoir souscrit et de l’avoir paraphĂ©e. Ce fut la trahison du siĂšcle et leurs armĂ©es leur feront payer ce marchĂ© de dupes, dĂšs lors que le pot au rose fut dĂ©couvert. On connaĂźt le prix de ce troc : la reconnaissance officielle de la crĂ©ation d’un foyer juif en Palestine, sous les auspices des nations victorieuses, et l’octroi en contre partie d’un royaume arabe sous tutelle franco-britannique, d’oĂč Sykes-Picot. Le royaume arabe a disparu, il n’en est restĂ© qu’un avatar : la Jordanie. Alors que le sultan Abdulhamid avait dĂ©clinĂ© obstinĂ©ment l’offre de crĂ©ation d’un foyer juif. On le fit passer pour un Calife sanguinaire, d’oĂč la lĂ©gende de sultan rouge qui lui colla Ă  la peau.     Face Ă  une telle dĂ©fection, si coupable (se dĂ©barrasser de la tutelle turque pour tomber sous le joug franco-anglais et souscrire Ă  la crĂ©ation d’un foyer juif en Palestine), le ressentiment turc fut profond.  Mustapha Kemal tourna la page du passĂ© et boudant le Arabes, il s’employa Ă  bĂątir la nouvelle nation turque quelque part contre eux : il abolit d’abord le sultanat (1922), puis le Califat (1924) et mit en avant la nation Touranienne par dĂ©pit. La patrie occupĂ©e, le peuple turc se lança seul et contre tous dans une vĂ©ritable guerre d’IndĂ©pendance qui dura de 1919 Ă  1923 et qui fut couronnĂ©e d’un succĂšs Ă©clatant. Il remporta victoire sur victoire sur ses multiples agresseurs europĂ©ens. Il Ă©chafauda une patrie nouvelle, Ă  la mesure du rĂȘve de ses Ă©lites, en versant son sang, et non pas celui des autres, et sans jamais appeler Ă  l’aide Ă©trangĂšre comme les Arabes ont eu tendance Ă  le faire.      EchaudĂ©s par l’attitude des Arabes Ă  leur endroit, les Turcs se repliĂšrent sur leur prĂ© rectangulaire d’Anatolie et de RoumĂ©lie et ravirent mĂȘme Alexandrette, que la Syrie ne revendique plus curieusement aujourd’hui. Signe de leur aversion de tout ce qui flaire l’arabe, ils retirĂšrent de leur lexique ottoman un nombre considĂ©rable de mots arabes et les remplacĂšrent par un vocabulaire turc mĂ©thodiquement créé Ă  cet effet, alors que les acadĂ©mies arabes s’assoupissaient sur leur langue. Mais leur fidĂ©litĂ© Ă  l’Islam resta Ă  toute Ă©preuve, malgrĂ© la laĂŻcitĂ© Ă  propos de laquelle Bourguiba a cru un jour Ă©mettre des rĂ©serves, au lendemain de son discours de Ariha. Ce fut le seul pays de la rĂ©gion, avec IsraĂ«l s’agissant de l’hĂ©breu, dont l’amour de la patrie se traduisit par la crĂ©ation d’un corpus linguistique nouveau (le GĂŒnesh dil) et l’adoption des caractĂšres latins Ă  la place des caractĂšres arabes (1938). On ne peut mieux exprimer le dĂ©sir de rupture avec les Arabes. Alors que certains Arabes maltraitent leur langue. Le contingent turc s’offrit le luxe de montrer sa supĂ©rioritĂ© militaire lors de la guerre de CorĂ©e. VolontĂ© de puissance d’un cĂŽtĂ© et volontĂ© d’abandon de l’autre. ManichĂ©en diront tous ceux qui se sont assis sur des certitudes surannĂ©es et ataviques. Et ne poussons pas la casuistique jusqu’à distinguer entre les dirigeants et les peuples, c’est un tout.       Il fallut le reflux prĂ©visible de l’idĂ©ologie kĂ©maliste, patinĂ©e par le temps, et l’instauration d’une dĂ©mocratie religieuse qui se veut moderne, si sous surveillance militaire qu’elle fĂ»t, pour qu’émergeĂąt un rĂ©gime Ă  caractĂšre islamique qui m’agrĂ©e, Ă  la fois fidĂšle Ă  ses fondamentaux, et moderne dans ses manifestations, pour ĂȘtre dans l’air du temps. D’un cĂŽtĂ© des nations issues du dĂ©pĂšcement de l’Empire ottoman, restĂ©es provinciales dans leur calibrage, provinciales dans leur dĂ©sir d’avenir, provinciales dans leurs ambitions, provinciales dans leur identitĂ©, dĂ©pourvues de grandeur de vue, Ă  la traĂźne de l’histoire, se regardant le nombril, et vivant au crochet des autres d’une maniĂšre ou d’une autre. Un gĂ©opoliticien de l’affect les a rangĂ©es dans la catĂ©gorie des populations humiliĂ©es. Et de l’autre, deux nations voisines, impĂ©riales et saillantes par contraste, telles la Turquie et l’Iran, supĂ©rieures par la qualitĂ© de leur positionnement international et de leur volontĂ© de puissance qui les anime. L’opĂ©ration de sĂ©duction qu’ils entreprennent Ă  l’endroit des peuples arabes est exemplaire. Ils obtinrent au plan symbolique ce que la vingtaine de rĂ©gimes arabes Ă©taient incapables de faire, Ă  force de discours creux. Le reste n’est que de l’ordre de la comparaison.      Notre arabitĂ© nous Ă©touffe dans sa formulation officielle actuelle, voire nous dĂ©shonore du fait de nos dirigeants. La Nahdha a Ă©chouĂ© parce que les arabes n’y ont pas consenti le prix scientifique, hors du domaine littĂ©raire. Le Islah religieux s’est perverti parce que obtus et formaliste, Ă  des annĂ©es lumiĂšres des sciences en marche et des arts. L’arabisme s’est achevĂ© en queue de poisson dans les dunes du SinaĂŻ, n’ayant pas Ă©tĂ© Ă©tayĂ© par une vĂ©ritable quĂȘte scientifique et une assise matĂ©rielle solide. Nous avons trop comptĂ© sur l’étranger, s’agissant de nos choses vitales. L’idĂ©ologie du dĂ©veloppement est dans l’impasse parce que les Ă©lites du savoir ne se sont pas transformĂ©es en savants qui crĂ©ent, qui multiplient les brevets d’invention et qui font bouger les lignes du savoir technologique arabe. Leur excuse est que leur environnement ne les prĂ©dispose pas au dĂ©passement, en l’absence d’une volontĂ© politique ferme. On ne peut pas adresser ce reproche aux Iraniens dont les ingĂ©nieurs n’ont pas leurs pareils dans le monde arabe. L’axe turco iranien est un axe de coopĂ©ration scientifique surtout, s’il persiste. DĂ©jĂ  les Turcs prĂ©voient la construction de leur premier avion pour 2014, alors que le Iraniens volent avec les leurs, de leurs propres ailes pour ainsi dire. Les arabes en sont encore aux cartouches, et les plus avancĂ©s, aux armes Ă  feu Ă  main, aux voitures militaires et Ă  certains blindĂ©s au design dĂ©suet. Les Iraniens construisent de grandes fusĂ©es et de longue portĂ©e, les Palestiniens en font de petites et de courte portĂ©e. Le reste des arabes les achĂšte, contre monnaie sonnante et trĂ©buchante.      Quel pays arabe tente au aujourd’hui de concilier, comme la Turquie est en train de le faire, la nature dĂ©mocratique du rĂ©gime, les principes fondateurs de la RĂ©publique et les fondamentaux de l’Islam. Certains pensent que la laĂŻcitĂ© Ă  la turque est en rĂ©gression en cette phase de rĂ©ajustement politique. Ses dirigeants donnent Ă  nouveau l’exemple comme au temps des Tanzimat. Le parti au pouvoir revendique une dĂ©mocratie musulmane comme d’autres se disent des dĂ©mocrates chrĂ©tiens. OĂč est le mal ? Il est Ă  la recherche d’une voie mĂ©diane entre l’Islam et la dĂ©mocratie : c’est le propre de l’Ijtihad. La continuitĂ© historique exige de renouer avec l’Ottomanisme, ce qui en train de se faire. Le cinĂ©ma s’en est saisi. Il est des moments oĂč on ne peut bĂątir en rupture avec l’hĂ©ritage. Il importe pour se sentir le propre auteur de son histoire en marche de tisser des liens de langue, de foi et d’hĂ©ritage avec la modernitĂ© participative, celle de la crĂ©ation crĂ©ative et de l’invention inventive, celle en vertu de laquelle ce qui est compte vraiment. L’erreur des rĂ©gimes arabes et de rĂ©cuser leurs peuples ; ils ne se sont pas en train de se douter qu’ils les empĂȘchent de se constituer en nations pleines et entiĂšres. La modernitĂ© qu’ils leur servent est une alternative de pacotille.      Face aux carences des rĂ©gimes arabes, Gaza sera-t-elle la porte d’entrĂ©e de la Turquie dans la nouvelle question d’Orient ? Exodus a changĂ© de camp, grĂące Ă  la flottille de la libertĂ© : trouvaille gĂ©niale. Les descendants de Juifs passĂ©s par les fours crĂ©matoires sont en train d’étouffer Ă  petit feu leurs cousins du sud en les plaçant dans un shoah Ă  ciel ouvert, dans un four palestinien, et comme pour paraĂźtre comme indulgents, Ă  la maniĂšre des nazis. Lorsque la victime se transforme en bourreau, il faut convoquer Sophocle pour en parler.      Mais voilĂ  qu’Erdogan est un homme d’Etat turc qui a vocation Ă  servir les intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs de son pays. Les imbrications turco israĂ©liennes ne sont pas anodines. Pourtant, s’il court le risque de dĂ©fendre ouvertement les Palestiniens de Gaza, c’est comme pour faire diversion et se doter d’une carte maĂźtresse pour jouer Ă  armes Ă©gales avec les IsraĂ©liens dans le Kurdistan. N’ont-t-ils pas Ă©tĂ© les instigateurs des troubles que les Kurdes fomentent en Turquie, en Syrie, en Irak naguĂšre, et en Iran. Deux causes qui relĂšvent des droits de l’homme. Deux causes qui suscitent une Ă©gale indignation. AprĂšs les discours de protestations tenus Ă  chaud, on semble garder raison, de part et d’autre. Les dessous des cartes apparaĂźtront bientĂŽt. Attendons pour voir.       Pour le moment l’opinion arabe est gagnĂ©e Ă  la cause turque et cela ne fait qu’accentuer le phĂ©nomĂšne de rejet indolent dont pĂątit le rĂ©gime officiel arabe. Avez-vous remarquĂ© que parmi les drapeaux hissĂ©s, il n’y a presque pas de drapeaux appartenant aux pays arabes. L’élimination est grosse de sens. Une fois de plus la question palestinienne n’échappe pas aux spĂ©culations internationales. Pour l’instant, certains arabes sont indignĂ©s d’avoir Ă©tĂ© renvoyĂ©s Ă  leurs structures tribales, qui les travaillent et structurent leurs identitĂ©s politiques. Venant d’un musulman Ă©clairĂ©, c’est accablant. Et jusqu’à plus ample informĂ©, la nation arabe est la meilleure qui soit, « tribalement » parlant.   Prof. Taoufik BACHROUCH  
(Source:”Mouwatinoun” Organe du FDTL nr 134 juillet 2010)

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