27 juillet 2010

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TUNISNEWS
10 ème année, N° 3717 du 27.07.2010
 archives : www.tunisnews.net 

Afef Bennaceur: Communiqué Témoignage du D. Magda Sebaii – Fahem Boukadous Omar Mestiri et Sihem Bensedrine: Tunisie: défis citoyens face à une République confisquée Euronews: La France “en guerre” contre Al Qaida au Maghreb Islamique 20minutes: La France va soutenir des actions militaires contre Al-Qaïda au Maghreb islamique AFP: L’Union africaine se mobilise face aux shebab somaliens Mohamed Benchicou: Lettre d’un Africain perplexe à Barack Obama.


 
 Afef Bennaceur Communiqué

 
26 juillet 2010 J’ai rendu visite aujourd’hui à mon mari, Fahem Boukaddous, à onze heures. Il était pâle et m’a informée qu’il avait eu une crise vendredi 23 juillet 2010 à neuf heures du soir. Ce jour-là il faisait très chaud : 46 degrés. La crise est survenue alors qu’il était dans la cellule après la fermeture des portes. Le responsable de la cellule a appelé la garde de nuit qui n’est pas intervenue pour ne pas endosser de responsabilité, aussi des gardiens se sont adressés au district de Zarrouk où réside le sous directeur pour qu’il soit informé. Puis ils se sont adressés à l’hôpital régional de Gafsa où on s’est mis en quête du médecin pour le faire venir. A ce moment-là, Fahem suffoquait et ses co détenus cognaient dans la porte et criaient au secours. Au bout de 40 minutes le médecin est arrivé et a averti l’administration de la gravité de la situation en cas de non intervention, un retard pouvant occasionner un décès. Voilà donc le suivi médical allégué par le Parquet lors de la dernière audience de Fahem : de l’encre sur le papier comme on le voit. Ils s’effondrent dès la première épreuve et révèlent leur cynisme et leur incurie face à sa santé. Je fais part de mon inquiétude plus profonde que jamais quant à la vie de mon mari et je leur fais endosser la responsabilité de ce qui pourrait arriver. J’exige qu’il soit libéré et ne perde pas sa vie derrière les barreaux de la prison. J’exhorte toutes les composantes de la société et tous ceux qui se soucient de la vie de mon mari à prendre une posture courageuse mettant un terme à mes épreuves et aux siennes. Je n’épargnerai aucune forme de lutte pour que soient restituées à Fahem sa liberté et sa santé. Liberté pour Fahem Boukaddous Afef Bennaceur (traduction ni revue ni corrigée par l’auteure de la version en arabe, LT)

Fahem Boukadous :

Témoignage du D. Magda Sebaii

En tant que médecin des hôpitaux publics exerçant à l’hôpital Sahloul de Sousse, j’ai eu à prendre en charge le suivi médical de Fahem Boukadous pendant son séjour aux urgences de ce même hôpital. En lui prodiguant les soins que son état de santé nécessitait et après l’avoir soumis à une série d’examens complets et minutieux, j’ai pu constater l’existence d’un lien étroit entre ses fréquentes crises d’asthme et son état psychologique général. J’ai pu, par la même occasion, prendre la mesure exacte de l’ampleur de ses souffrances ainsi que de son extrême sensibilité à l’injustice. Je puis affirmer avec certitude que sa vie est continuellement en danger, en particulier, s’il venait à manquer des premiers soins de secours, d’oxygène ou des médicaments indispensables comme les corticoïdes, à l’occasion du déclenchement d’une de ses nombreuses crises qui sans cesse le terrassent. Je me vois contrainte de rappeler que les conditions de détention dans les prisons constituent généralement un facteur aggravant pour l’asthme en raison de l’humidité, de la chaleur, du manque d’aération et de l’absence d’hygiène, facteurs de risques et sources de danger aux conséquences graves pour l’évolution de cette pathologie. En tant que praticienne, j’ai juré sur l’honneur de me consacrer à sauver la vie humaine en toute circonstance, à apporter mes soins à tous ceux qui en ont besoin, à contribuer à faire triompher le principe de droit en matière de santé, à ne tenir compte d’autres critères que ceux qui prévalent dans notre profession et à respecter la vie dans ses palpitements infimes… Ayant foi dans la mission de la médecine dont le but premier demeure celui de ne jamais refuser de venir en aide à n’importe quel patient… J’ai tenu, dans cet appel, à associer ma voix à celle de mes confrères pour dire que nous sommes, après Le Très-Haut, responsables de la vie de nos patients, et de ce fait nous ne devons pas rester les bras croisés face aux atteintes au droit à la vie. A partir de mon statut en tant que médecin, j’exige l’arrêt immédiat des poursuites judiciaires contre Fahem Boukadous eu égard à ses problèmes de santé et son élargissement afin qu’il puisse avoir libre accès aux soins et reprendre dans la sécurité ses forces. Pareillement, j’exige la suspension de la peines extrêmement dure et injuste qui lui a été infligée, la fin des filatures et des persécutions de la police politique contre El Fahem, l’arrêt des interventions illégales dans le processus de soins auquel ce patient est soumis, qui constituent une atteinte à l’autonomie et à la neutralité de l’institution médicale et paramédicale, et la cessation des multiples atteintes et humiliations contre le corps médical dans son ensemble, en particulier à la suite de la tentative de faire sortir par la coercition Fahem Boukadous de l’hôpital contre le gré des médecins – tous d’honorables professeurs d’université – qui l’avaient sous leur autorité, à travers un  « coup » lamentable monté par des éléments appartenant à des milieux connus, qui ont violé sans vergogne l’intégrité des bâtiments de santé publique, édifiés non pour servir de terrain pour les agissements policiers, mais pour la sauvegarde et la protection d’hommes et des femmes dans leur humanité. Je tiens à attirer, ici, l’attention de l’ensemble des professionnels pour les inviter à mesurer l’ampleur du danger que représente l’infiltration de ce secteur éminemment sensible par des éléments venus d’ailleurs Je réitère une fois encore mon appel afin que Fahem Boukadous puisse bénéficier de son droit aux soins à l’extérieur de l’enceinte de la prison, c’est-à-dire à l’hôpital, et j’implore l’ensemble de la société civile, les organisations de défense des droits de l’homme et toutes les forces vives de la nation à appuyer cet appel. J’adresse un salut chaleureux à tous ceux qui ont exprimé leur soutien à Fahem Boukadous et à tous les militants du Bassin minier. D. Magda Sbaii  ماجدة السباعي دكتورة Traduit de l’arabe par Abdelatif Ben Salem          

Tunisie: défis citoyens face à une République confisquée


 
Proposé par Omar et Sihem le Dimanche 25 juillet 2010 Frustrés de voir leurs aspirations profondes à une citoyenneté effective déçues, les Tunisiennes et Tunisiens commémorent dans l’indifférence l’avènement d’une République réduite à une façade institutionnelle. Aujourd’hui, ils vivent cette célébration folklorique comme une véritable humiliation.  Le général Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, a choisi cette commémoration pour faire annoncer une énième manipulation de la Constitution qui lui permet de s’y maintenir après 2014 en relevant l’âge maximum pour le candidat à la présidence limité aujourd’hui à 75 ans.  Déjà en 2002, la « réforme » constitutionnelle avait aboli la limitation à trois mandats successifs, introduite lors de la réforme de 1988.   La trahison de Ben Ali  Durant ces 23 ans de pouvoir absolu, Ben Ali s’est appliqué à trahir ses engagements.En s’emparant du pouvoir le 7 novembre 1987, il prétendait «sauver» la République du naufrage d’une «monarchie présidentielle».  Ces termes usités dans la rhétorique officielle font référence à la dérive qu’a connue la Tunisie sous le règne de son prédécesseur, Habib Bourguiba.  Il avait proclamé alors solennellement : «L’époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie, ni succession automatique à la tête de l’Etat desquelles le peuple se trouve exclu. Notre peuple est digne d’une vie politique évoluée et institutionnalisée, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse.»  Quand on parle de valeurs républicaines, on évoque des élections sincères par lesquelles s’exprime la volonté populaire ; la séparation des pouvoir et leur indépendance; Or dans la république de Ben Ali, l’exécutif a phagocyté tous les pouvoirs et vidé la constitution de sa fonction de loi fondamentale et des valeurs républicaines qu’elle fonde.  Il a remplacé les institutions républicaines par une institution unique, la police.   Une constitution manipulée à souhait  Sous son régime, la constitution n’a jamais eu cette force morale qui dissuade ceux qui s’affranchissent de ses principes; pour ce régime, elle n’a jamais été la référence qui régit les institutions du pays de façon permanente.  Bien au contraire, elle a pesé si peu dans la vie publique et subi des manipulations fréquentes au gré des desseins auxquels on l’adaptait ; Le conseil constitutionnel fut instauré par décret présidentiel avant d’être inscrit dans la Constitution.  Aucune cour de justice n’a usé de ses pouvoirs pour refuser de juger au nom de lois inconstitutionnelles.  Les pseudos élections que Ben Ali organise régulièrement pour donner un semblant de légitimité à son pouvoir absolu, sont devenues une sujet de moquerie internationale; lorsqu’on veut signifier des élections frauduleuses avec des scores peu convaincants, on parle d’élections « à la tunisienne » !   Un parlement docile  Le parlement est un modèle de chambre d’enregistrement; ses membres doivent leurs attributions davantage à la volonté du prince qu’aux suffrages des électeurs; en 53 ans d’existence, il n’a pas rejeté le moindre projet gouvernemental, pas plus qu’il n’a eu l’initiative d’une seule loi, ni entrepris de mener une seule enquête parlementaire.  Une chambre haute est venue en 2002 parachever le décor parlementaire et élargir le champ de la concussion politique.   Une justice aux ordres  « Nous veillerons à la bonne application de la loi de manière à bannir toute iniquité et injustice.» avait promis Ben Ali dans cette fameuse « déclaration du 7 novembre».  Pourtant, jamais l’institution judiciaire n’a été autant éloignée du concept même de justice.  Le juge Mokhtar Yahiaoui qui avait osé écrire en 2001 une lettre au président du Conseil de la magistrature, qui se trouve être Ben Ali lui-même, pour attirer son attention sur les graves dysfonctionnements de cette institution, a été révoqué de ses fonctions et il continue de subir à ce jour une répression policière et économique qui s’étend à l’ensemble de sa famille.  Quant à l’Association des magistrats tunisiens (AMT) qui avait de son côté osé adopter une motion lors de son congrès de 2004 où elle exige la mise en conformité du statut des magistrats avec les standards internationaux en matière d’indépendance du judiciaire, a subi un putsch et sa direction sanctionnée; une politique de harcèlements continus s’est abattue sur les membres de la direction légitime qui va de la privation de salaires aux agressions en passant par les mutations disciplinaires et les convocations fréquentes au ministère de tutelle.  La méthode est rodée dans les dictatures soft comme dans l’ex-RDA; en punissant les plus actifs et ceux qui bénéficient d’une notoriété, on obtient le silence des autres !  Ce faisant, une justice aux ordres fonctionne et applique les sanctions décidées par l’exécutif aux récalcitrants qui osent contester l’ordre établi.   Une société rétive à l’absolutisme véreux  Il faut relever cependant que ce pouvoir n’a pas réussi à réduire au silence la société tunisienne.  L’attachement des Tunisiens aux valeurs républicaines et leur rejet de l’absolutisme véreux n’a jamais été aussi prononcé, y compris parmi certains cercles du parti au pouvoir. Cela devrait se refléter dans des déclarations de principes convergentes des différents acteurs (partis, associations, personnalités…) au delà des traditionnelles différences de ton entre «modérés» et «radicaux», à l’instar de ce qui s’était produit en 2002 avec l’organisation de conférences communes.  Il semblerait pourtant que, pas plus qu’elle ne l’était il y a huit ans, l’heure n’est pas aux proclamations solennelles, ne suscitant qu’un intérêt limité de l’opinion.  Les Tunisiennes et les Tunisiens attendent de leurs élites des actes concrets et la mise en place d’une large mobilisation face au défi.  L’usurpation de notre république n’est pas une fatalité ; la reconquête est possible et les luttes de clans des proches de Ben Ali qui se disputent ce qui reste des biens publics augurent d’une fin de règne et constitue une opportunité pour faire émerger les alternatives salutaires.  Il suffit de croire en la vitalité de la société civile et d’oser défier la peur. par  Omar Mestiri et Sihem Bensedrine
(Source: le site  de « Radio Kalima » le 25 juillet 2010)


La France “en guerre” contre Al Qaida au Maghreb Islamique


 euronews 27/07 19:08 CET L’exécution de Michel Germaneau par Al Qaida au Maghreb Islamique, ou Aqmi, a déterré la hache de guerre entre la France et l’organisation terroriste. Une opération franco-mauritanienne jeudi sur une base d’Aqmi n’a pas permis de retrouver l’otage français… Peu après, le groupe, qui a perdu sept membres dans le raid, a annoncé sa mort. François Fillon, Premier ministre français : “Nous sommes en guerre contre Al-Qaida. et si nous apportons depuis maintenant de nombreux mois un appui militaire en particulier aux forces mauritaniennes qui combattent Al-Qaeda au Maghreb, nous le faisons bien parce que c’est une menace pour l’ensemble de nos pays”. Le ministre français des Affaires étrangères s’est, lui, rendu à Bamako pour rencontrer le président malien… Le Mali s’est plaint d’avoir été oublié dans l’organisation du raid contre Aqmi alors même que sa base se trouvait sur son territoire. La lutte contre le terrorisme islamique au coeur du Sahel, une zone immense et désertique, extrêmement difficile à contrôler, passe par une collaboration étroite entre Mali, Niger, Mauritanie et Algérie, une entente que Paris appelle en tous cas de ses voeux aujourd’hui. La France affirme qu’elle soutiendra toute action militaire de ces pays contre le terrorisme, et cela devrait d’abord passer par une coopération en terme de formation des armées.  

La France va soutenir des actions militaires contre Al-Qaïda au Maghreb islamique


Le raid lancé contre un camp d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) au Mali pour libérer Michel Germaneau a été «un échec». François Fillon en a convenu ce mardi matin, mais la France ne compte pas baisser les bras pour autant. Le président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée,Axel Poniatowski, a annoncé après un entretien avec le Premier ministre, que la France apporterait un «soutien logistique» à des actions militaires de la Mauritanie, du Mali ou du Niger contre l’organisation.

Un soutien qui consistera en une «coopération en terme de formation des armées» de ces pays, et non par l’envoi de militaires, a précisé Matignon dans la foulée. Axel Poniatowski semble pourtant envisager une implication un peu plus directe. «On n’est pas dans un conflit avec des armées différentes. Il y a des militaires français qui pourraient être en support logistique d’actions qui seraient menées», a estimé le parlementaire.

Représailles?

Et des bombardements? «Je ne crois pas», a indiqué Poniatowski, invoquant des raisons pratiques: «Ce sont des camps avec une vingtaine d’hommes qui sont très mobiles, qui se déplacent tous les jours ou très régulièrement». Aqmi, a-t-il poursuivi, «sont en fait quelques bandes au milieu du désert», composées «d’une cinquantaine d’hommes» chacune, «qui n’ont pas de connections avec ce qui peut se passer en Europe».

Une façon de rassurer ceux qui craindraient des attentats sur le territoire français en représailles aux représailles. «Il s’agit de groupes qui sont très isolés», a insisté le parlementaire, précisant qu’à son sens, «on ne peut pas parler de représailles, on ne peut pas parler de vengeance» de la part de la France.

J. M.
 
(Source: 20minutes.fr le 27 juillet 2010)


L’Union africaine se mobilise face aux shebab somaliens


De Boris BACHORZ
 
(AFP) – Le27 juillet 2010) KAMPALA — L’Union africaine a décidé d’envoyer plusieurs milliers de soldats supplémentaires combattre les insurgés islamistes en Somalie, mardi au dernier jour de son sommet à Kampala, sur fond de menace croissante d’Al-Qaïda et de ses mouvements affiliés sur le continent. La trentaine de chefs d’Etat — sur 53 pays membres — réunis depuis dimanche ont entériné l’envoi de plusieurs milliers d’hommes en renfort des 6.000 chargés aujourd’hui de repousser les assauts des islamistes shebab à Mogadiscio, a indiqué à la presse le président de la Commission de l’UA Jean Ping. « Nous avons des engagements à apporter rapidement 4.000 troupes supplémentaires, ce qui nous aidera à atteindre le plafond, et peut-être au delà », a indiqué M. Ping. La force de l’UA en Somalie est actuellement composée d’un peu plus de 6.000 hommes, 3.500 Ougandais et 2.500 Burundais, et le mandat de l’ONU la concernant prévoit qu’elle soit constituée au maximum d’un peu plus de 8.000 hommes. Les six pays membres de l’organisation est-africaine Igad (Autorité inter-gouvernementale pour le développement) ont promis 2.000 hommes, la Guinée un bataillon (environ 800 hommes) et Djibouti s’est également engagé à fournir des renforts au nombre non précisé, selon M. Ping. Au cas où les contributions de ses Etats membres dépasseraient le plafond maximum autorisé, « il y a (de la part de l’UA) une demande de relever ce plafond de 8.000 et d’aller peut-être à 15.000, (…) cela n’a pas été décidé », a poursuivi le président de la Commission de l’UA. L’UA a également renforcé les règles d’engagement de sa force en Somalie (Amisom) afin de l’autoriser à « attaquer de façon préventive » en cas de suspicion d’agression en préparation contre elle, a indiqué à l’AFP le porte-parole de l’armée ougandaise, le lieutenant colonel Felix Kulayigye. Les islamistes shebab, qui se revendiquent d’Al-Qaïda, ont pour la première fois opéré hors de leur territoire national en revendiquant un double attentat qui a fait 76 morts le 11 juillet à Kampala. Un autre mouvement africain affilié à Al-Qaïda, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a annoncé dimanche avoir exécuté un otage français, Michel Germaneau, enlevé au Sahel en avril. Le commissaire de l’UA pour la paix et la sécurité, Ramtane Lamamra, a « très énergiquement condamné » l’annonce de la mort de l’otage et relevé « la même idéologie, les mêmes modes opératoires et les mêmes objectifs » des différentes organisations se réclamant d’Al-Qaïda. L’UA a demandé à ce propos à sa Commission de lui présenter des propositions pour renforcer la coordination antiterroriste entre ses membres, notamment en matière judiciaire et policière. Sur le Soudan, l’UA « réitère sa décision selon laquelle les Etats membres ne doivent pas coopérer à l’arrestation du président el-Béchir du Soudan », désormais poursuivi également pour génocide au Darfour par la Cour pénale internationale, selon le texte d’une des décisions finales. Le sommet africain a accusé le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo d’avoir tenu « des commentaires absolument inacceptables, grossiers et condescendants » sur ce dossier. L’UA a enfoncé le clou en refusant d’accueillir un bureau de liaison de la CPI auprès de son siège d’Addis Abeba. L’organisation continentale a également appelé Khartoum et Juba à « assurer une paix durable, une coopération étroite entre le Nord et le Sud ainsi que la protection des droits de chaque Soudanais, quelle que soit l’issue du référendum d’autodétermination » prévu en janvier dans le sud Soudan. Une nouvelle fois, le thème officiel du sommet, la mortalité maternelle et infantile a été éclipsé par l’actualité du continent. Ce sont pourtant 4,5 millions d’enfants et 265.000 mères qui meurent chaque année faute de soins médicaux appropriés 

Lettre d’un Africain perplexe à Barack Obama

Cette lettre est arrivée au bureau du président Obama, par le canal diplomatique.

 

Monsieur le Président,

Il se dit, depuis le sommet du G 8, que vous caressez le projet de recevoir en août, à Washington, 18 chefs d’Etats africains pour fêter les 50 ans d’indépendance de leurs pays. A entendre vos conseillers, il serait question de « débattre de l’avenir avec ces jeunes dirigeants d’Afrique ». Croyez-nous, Monsieur le Président, pas un seul des peuples du continent, du Nil au mont Nyangani, des montagnes du Djurdjura au massif du Chaillu, du Rif au fleuve Ogooué, oui, pas un seul des peuples d’Afrique ne manquerait d’applaudir à cette généreuse initiative si, par bonheur, vous arriviez à dénicher 18 « jeunes dirigeants »  soucieux de se projeter vers le futur. Mais, vous le savez, dans ce continent on ne quitte le pouvoir que pour le cimetière. L’Afrique – et je le vois dans mon pays, l’Algérie –  n’est que le vaste territoire d’une tyrannie endurcie, un continent interdit aux nouvelles générations, otage de vieux potentats grabataires et de quelques potentats en devenir, un continent fermé à l’alternance et à la démocratie, où l’on se demande encore à quoi pourrait bien ressembler l’indépendance, une contrée où les gamins naissent et grandissent dans l’intolérable différence entre les humains, dans un monde maudit,  le monde du malheur de naître et de mourir prosterné, condamné à quémander un répit, un vrai souffle d’amour, un instant de dignité… Un monde que leurs pères croyaient avoir aboli. Le monde qu’a vaincu Rosa Parks, la marraine du miracle qui vous a fait président. Mais un monde qui s’éternise pour nous…  A quelle oreille escomptez-vous  adresser votre « débat sur l’avenir » ? A celle de ces tyrans pittoresques et cyniques, ces monarques archaïques qui règnent par la terreur et la corruption et à qui s’adressait déjà votre discours d’Accra : « Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants s’enrichissent personnellement » ? A celle de Ben Ali qui vient d‘emprisonner son énième journaliste ? Ou à celle de ces treize autres autocrates africains dont la célèbre revue de New-York, Foreign Policy classe parmi les vingt-trois plus grands dictateurs de la planète : Teodoro Obiang Nguema, Hosni Moubarak, Robert Mugabe, Omar el-Béchir, Issayas Afewerki, Mélès Zenawi, Mouammar Kaddafi, Idriss Déby…. Vous ne parlerez pas du même cinquantenaire. Vous êtes la créature d’un triomphe historique sur la haine, le triomphe de Rosa Parks la couturière de Montgomery qui refusa de céder sa place à un homme blanc dans un bus. Assez des lois raciales, assez de l’humiliation ! « That it was the very last time that I would ever ride in humiliation of this kind ». Vous êtes la créature d’un triomphe historique sur la haine. Ils sont les artisans et les légataires de la haine.  A quoi bon leur redire votre crédo d’Accra : « Le continent n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions » ? Ils ont désespéré Tocqueville ; ils désespéreront Rosa Parks. Ils ont désespéré Tocqueville qui préconisait que «  le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui  », eux qui, deux siècles plus tard, persuadent toujours nos peuples de ne pas se passer d’eux. C’est comme une malédiction, Monsieur le Président. En un demi-siècle, l’Amérique a changé de couleurs. Rosa Park a triomphé. Vous êtes là : Premier Noir élu président des Etats-Unis. Après un demi-siècle, l’Afrique n’a toujours pas changé de pouvoir. Eux, ils sont toujours là. La ségrégation raciale a abdiqué, mais pas les oligarchies d’Afrique. Oui, c’est comme une malédiction. Songez, Monsieur le Président,  qu’à votre naissance, en 1961, l’actuel président algérien Abdelaziz Bouteflika était déjà capitaine de l’Armée, chargé de fomenter le premier coup d’Etat de la future Algérie indépendante ; songez que deux ans plus tard, l’année du discours du révérend Martin Luther King, « I have a dream », M. Bouteflika était déjà ministre des Affaires étrangères, Vous aviez 2 ans M. Bouteflika en avait 26. Songez qu’au rétablissement des droits des noirs, lors du « Civil Rights Act » et du « Voting Rights Act » sous la présidence de Lyndon B. Johnson, l’actuel président Bouteflika avait déjà provoqué son deuxième coup d’état contre Ahmed Ben Bella. Vous aviez 4 ans.  M. Bouteflika en avait 28 Et songez qu’à votre  investiture pour le Sénat, en 2004, il venait de réussir son troisième putsch contre son adversaire aux présidentielles, et qu’à votre victoire contre Mac Cain, le 4 novembre 2008, l’actuel président Bouteflika viola la Constitution pour rester au pouvoir.    Vous aviez 47 ans. Premier Noir élu président des Etats-Unis. Abdelaziz Bouteflika en avait 72. Troisième dictateur le mieux élu dans le monde, juste derrière Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, (Guinée Equatoriale) et  Noursoultan Nazarbaïev (Kazakhstan), mais devant Robert Mugabe (Zimbabwe) et Omar Hassan el-Béchir du Soudan. Depuis, j’entends parfois mon compatriote se confier à la mer : « I have a dream… » Si vous recevez M. Bouteflika, vous briserez ce rêve.  

  Si vous recevez ces autocrates, Monsieur le Président, vous les laverez de leurs péchés et ils vivront cinquante autres années de votre absolution. Vous ferez pleurer nos Rosa Parks, Mandela et Lumumba. Ecoutez plutôt l’Africain qui rêve et qui se bat. Vous le savez, aujourd’hui, monsieur le Président : on ne peut rien contre un homme qui rêve et qui se bat. Lui seul saura vous raconter l’avenir. Cet homme existe, monsieur le Président. Il est vivant. Il est dans les geôles des potentats, parfois en exil, souvent traqué, ignoré, mais vivant. Il représente les sociétés civiles de l’Afrique muette. Ecoutez-le, monsieur le Président. Lui seul saura célébrer l’anniversaire des indépendances africaines. Je vous prie de croire, monsieur le Président, à ma plus haute considération.

Mohamed Benchicou

Cette lettre est arrivée au bureau du président Obama, par le canal diplomatique.

(Source: « le Matin » (Quotidien -Algerie) le 26 juillet 2010)

Lien:http://www.lematindz.net/news/3232-lettre-dun-africain-perplexe-a-barack-obama.html

 

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