22 janvier 2011

TUNISNEWS 10 Úme année, N° 3896 du 22.01.2011 archives : www.tunisnews.net

L’UGTT demande la dĂ©mission du gouvernement Collectif pour les libertĂ©s et la dĂ©mocratie en Tunisie: En Tunisie, Ben Ali a Ă©tĂ© virĂ© par son peuple mais la rĂ©volution populaire continue Mouvement des Jeunes Tunisiens: Un message de paix, d’union et de rĂ©conciliation pour tous les tunisiens Tarak Ben Salah: En Tunisie aussi on a fĂȘtĂ© le bouc ! Et, en K-do, un i-coup d’Etat ! Ahmed BEN AMOR: DAM ELFAREH, RENTREZ CHEZ VOUS ! RABAM: MARCHE SUR LA « BASTILLE » : la KASBAH ! Enquete & Debat: Entretien avec Habib Sayah : Panorama de la RĂ©volution tunisienne


Reuters: Nouvelles manifestations en Tunisie contre Mohammed Ghannouchi AFP: Tunisie: un leader islamiste veut rentrer AFP: Tunisie: fin de l’autorisation prĂ©alable pour importer livres, revues, films AFP: Tunisie: le parti de l’opposant Marzouki rĂ©clame une nouvelle Constitution AFP: Tunisie: des centaines d’habitants du centre-ouest marchent sur la capitale AFP: Tunisie: grĂšve illimitĂ©e dans l’enseignement primaire dĂšs lundi AFP: Tunisie: rĂ©ouverture progressive des universitĂ©s Ă  partir du 25 janvier ATS: Tunisie: des policiers “victimes” de l’ancien rĂ©gime dans la rue AFP: Tunisie: les policiers veulent se distancier de l’ancien rĂ©gime AFP: Tunisie: nouvelles manifestations, les policiers dans la rue


REVUE DE PRESSE


Voici le texte d’une nouvelle rĂ©union importante de la commission administrative de l’UGTT (syndicat) rĂ©unie hier le 21 janvier 2011


Traduction rapide et sommaire L’UGTT aurait appelĂ© Ă  des grĂšves tournantes dans les rĂ©gions 1)      La CA rĂ©affirme que l’UGTT est une organisation nationale concernĂ©e par le fait politique, et ce vu son histoire de lutte durant l’époque coloniale ou durant la pĂ©riode de la construction de l’Etat moderne et en considĂ©ration des liens dialectique entre l’économie, le social , le politique, le culturel qui existent dans un processus de dĂ©veloppement et surtout durant ces jours

2)      Ils rappellent que le retrait des ministres de l’UGTT du gouvernement est du au fait qu’il n’a pas Ă©tĂ© rĂ©pondu aux conditions posĂ©es par le bureau exĂ©cutif de l’UGTT dans sa dĂ©claration du 15 janvier, position qui s’est avĂ©rĂ©e juste et correspond aux demandes des manifestants et des composantes de la sociĂ©tĂ© politique et civile

3)      Vu les grandes manifestations dans le pays qui rĂ©clament la dissolution du gouvernement et le refus d’y voir la participation de reprĂ©sentants du RCD, en considĂ©ration, vu les dĂ©missions nombreuses vu au refus d’un certain nombre de partis et courants politiques, et vu la nĂ©cessitĂ© de rassurer tout le monde pour se consacrer effectivement aux rĂ©formes annoncĂ©es ; les membres de la  CA demandent la dissolution du gouvernement et la crĂ©ation d’un gouvernement de coalition et de « sauvetage » nationale qui rĂ©pond aux demandes des manifestants et des partis politiques, des associations, des ONG et de l’ensemble du peuple.

4)      Il dĂ©cident en vue de la participation effective Ă  une commission de rĂ©formes politiques ; la crĂ©ation de comitĂ©s syndicaux composĂ©s d’experts et de spĂ©cialistes pour la prĂ©paration des projets de l’UGTT en matiĂšre de rĂ©formes politiques, Ă©conomiques , sociales qu’il y a lieu de mettre en place pour l’édification de la dĂ©mocratie ; ainsi que des Ă©lections transparentes qui permettent des la libertĂ© de choix et la crĂ©ation d’un gouvernement parlementaire, une information honnĂȘte. En outre l’UGTT demande a participer  la commission d’enquĂȘte sur les meurtres par balles en vue de juger les responsables et aussi sa participation dans la commission contre la corruption

5)      Ils appellent tous les travailleurs Ă  se dresser contre les tentatives d’entraves au fonctionnement normal des institutions et leurs retour Ă  la normal , et aussi Ă  rester sur ses gardes pour la dĂ©fense de nos acquis  et Ă©viter au pays tout vide

6)      Ils rĂ©affirment leur droits de lutter lĂ©gitimement soit par la grĂšve ou les manifestations pacifiques jusqu’à la composition du gouvernement selon les conditions posĂ©es par l’UGTT et qui correspondent aux demandes de toutes les composantes politique et Ă  celles du peuples

7)      Ils demandent la proclamation du 14 janvier comme fĂȘte nationale

8)      Ils demandent de toute urgence aux travailleurs de maintenir l’unitĂ© de leur organisation pour permettre la continuitĂ© de la lutte et la satisfaction des revendications et de rester vigilants contre les tentatives de division

(Source: Message de Mr Tarek BEN HIBA le 22 janvier 2011)

 


 

Mouvement des Jeunes Tunisiens Un message de paix, d’union et de rĂ©conciliation pour tous les tunisiens:


La Tunisie a besoin de tous ses enfants. rcdistes ou islamistes, communistes ou fĂ©ministes… l’unitĂ© est sacrĂ©. la vengeance ne mĂšne qu’a la… vengeance. Non aux attaques des rcdistes, Non aux rĂšglements de comptes, Non a la vengeance. Oui a la Justice. Notre combat est contre la dictature, l’injustice et la corruption. Contre des idĂ©ologies, contre des structures et des symboles, mais jamais contres des individus, des compatriotes que peut ĂȘtre ont fait des erreurs, que peut ĂȘtre se sont trompĂ©s mais ils ne sont et ne seront pas les responsables de nos malheurs. Biensure sont oublier les vrais responsables et les complices qui doivent ĂȘtre jugĂ©s. La dictature excite bel et bien avant l’arrivĂ©e de ben Ali et elle ne partira pas juste avec son dĂ©part. C’est tout un systĂšme basĂ© sur l’injustice, l’abus de pouvoir, la corruption et la terreur. C’est une mentalitĂ© enracinĂ©e dans notre sociĂ©tĂ© depuis longtemps commençant par le pĂšre dans sa famille, l’Ă©ducateur dans son Ă©cole, le directeur dans son usine,
 le grand chantier rĂ©volutionnaire doit se faire dans la tĂšte de chaque tunisien. Notre rĂ©volution doit ĂȘtre plus globale et plus structurĂ©, elle doit toucher tous les aspects de notre vie, de notre sociĂ©tĂ©. Notre rĂ©volution ne devra pas s’arrĂȘtĂ©e a une rĂ©volte ou un soulĂšvement populaire. Elle ne s’accomplira pas juste par des Ă©lections dĂ©mocratiques ou par la libertĂ© de l’expression. Nous devons continuer notre combat en regroupement toutes les forces de la jeunesse tunisienne derriĂšre un programme rĂ©volutionnaire a long terme, derriĂšre une vision plus vaste d’une nouvelle Tunisie, une Tunisie qui permettra a sa jeunesse de rĂȘver et d’accomplir, une Tunisie capable de relever les dĂ©fis du prĂ©sent et du future, une Tunisie libre, moderne et juste envers tous ses enfants. On est un peuple qui a charmĂ© le monde entier par son courage, sa maturitĂ©, son intelligence, et son civisme. On ne doit pas dĂ©truire cette belle image, ce beau portrait d’une Tunisie solidaire et unie. Laissons la justice faire son travail. Concentrons-nous sur notre rĂ©volution : travaillons travaillons pour la reconstruction de notre pays. L’UnitĂ© fait la Force – vive la Tunisie, une Tunisie pour tous les tunisiens. Mohamed Ali Mhalla Mouvement des Jeunes Tunisiens


                                                                 En Tunisie, Ben Ali a été viré par son peuple mais la révolution populaire continue

 


 

L’annĂ©e 2011 restera dans l’histoire comme celle de la formidable rĂ©volution populaire tunisienne. Pour la premiĂšre fois un dictateur est contraint par son peuple de s’enfuir. Cette victoire des masses populaires de Tunisie est porteuse d’un espoir immense pour tous les peuples opprimĂ©s. Elle montre la voie et annonce de nouvelles rĂ©voltes populaires dans le monde arabe et africain et dans toute l’Afrique. Partout les tyrans tremblent et ont peur que leurs peuples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

En AlgĂ©rie aprĂšs plus d’une semaine d’émeutes des centaines de manifestants restent incarcĂ©rĂ©s et l’état d’urgence est en vigueur. Au Maroc les manifestations de solidaritĂ© avec le peuple tunisien sonnent comme un avertissement aux oreilles du rĂ©gime du Maroc. Au YĂ©men, des affrontements ont eu lieu dans plusieurs villes. Dans la capitale Sanaa, les manifestants appelaient les populations du monde arabe Ă  prendre exemple sur la rĂ©volution tunisienne. En AlgĂ©rie, au YĂ©men, en Egypte, en Mauritanie, au Caire des citoyens se sont immolĂ©s pour dĂ©noncer l’absence de libertĂ©s et de droits dĂ©mocratiques. Partout la colĂšre gronde.

Dans ce contexte de rĂ©veil des peuples, on comprend la tentative de reprise en main par le premier ministre tunisien. Le dictateur est parti mais la dictature est toujours prĂ©sente. Au nom de l’impĂ©ratif de « stabilité », les dirigeants tunisiens tentent de confisquer la rĂ©volution populaire. Le gouvernement provisoire soutenu par toutes les grandes puissances compte ainsi de nombreux complices de Ben Ali et des membres de son parti d’assassins, le RCD. Le peuple tunisien n’est pas dupe et continue son combat. Nous devons continuer Ă  soutenir le combat du peuple tunisien car il est en mĂȘme temps celui de tous les peuples opprimĂ©s. Avec le peuple tunisien, nous devons exiger :

– la dissolution du RCD, l’arrestation et le jugement des responsables des assassinats qui ont endeuillĂ©s la rĂ©volution, et  ceux des crimes politiques et Ă©conomiques durant les 23 ans passĂ©s,

– le respect de la volontĂ© du peuple tunisien pour un Etat dĂ©mocratique, populaire et laĂŻc,

– En AlgĂ©rie, nous devons exiger la libĂ©ration immĂ©diate et l’amnistie des centaines de manifestants encore emprisonnĂ©s et la levĂ©e immĂ©diate de l’état d’urgence.

Parce que l’histoire de la libertĂ© et de la dĂ©mocratie s’écrit aujourd’hui en Tunisie, nous appelons à soutenir le peuple tunisien en se mobilisant largement pour les initiatives suivantes :

         Dimanche 23 Janvier : Ă  11 Heures Ă  un rassemblement au marchĂ© de Wazemmes Ă  Lille (A l’angle des rues Jules Guesde et des Sarazins)

         Dimanche 30 : Janvier à 10 heures à une manifestation publique au départ du marché de Wazemmes (Métro Wazemmes), Lille;

         Dimanche 6 fĂ©vrier : 14h Ă  20 heures, JournĂ©e de Solidarité  (dĂ©bat public avec des reprĂ©sentants de forces politiques dĂ©mocratiques de Tunisie, du Maroc et d’AlgĂ©rie, TĂ©moignages, restauration, chants), Salle Concorde, 65 Boulevard St Bernard Ă  Lille.

—————————————————————————————————-

Collectif pour les libertés et la démocratie en Tunisie

Soutenu par (premiers signataires) : Association des  Tunisiens du Nord de la France, Collectif Afrique, La Voie DĂ©mocratique, CSP 59, MĂ©moire Vive, Les Amis de l’Association Marocaine des Droits Humains, ADN, MRAP, Coordination communiste


En Tunisie aussi on a fĂȘtĂ© le bouc !

Et, en K-do, un i-coup d’Etat !

 

Tarak Ben Salah    

 

Le 4 novembre 1987, le GĂ©nĂ©ral  Ben Ali, adepte de l’ordre et des logiques binaires, dernier Premier ministre de Bourguiba, recevait l’ambassadeur des USA Ă  Tunis en prĂ©sence de son ministre des 
 affaires sociales ! Ce mĂȘme ministre, HĂ©di Baccouche, deviendra l’éphĂ©mĂšre et aigri Premier ministre du GĂ©nĂ©ral, au lendemain du coup d’Etat mĂ©dical du 7 novembre 1987 !

Deux dĂ©cennies infĂąmes plus tard, le 14 janvier 2011, le GĂ©nĂ©ral est chassĂ© en douce du pays qu’il a tenu d’une main cupide, d’une main de fer et de plomb, avec la complicitĂ© active et passive d’une partie de la population tunisienne et une trĂšs large partie de l’élite Ă©conomique et culturelle du pays. Mais aussi avec le soutien de nombreux pays « frĂšres et amis ».

Les hivers sont chauds en Tunisie ! Le 26 janvier 1978, la rĂ©pression de la grĂšve gĂ©nĂ©rale par la police et l’armĂ©e tunisiennes avait coĂ»tĂ© la vie Ă  des centaines de Tunisiens – plus de 500 morts selon la police, et plus de mille selon l’opposition. Bourguiba n’est pas chassĂ© du pouvoir ! Le 29 dĂ©cembre 1983, la suppression des subventions aux produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© conduisit au dĂ©clenchement des «émeutes du pain ». Encore des centaines de morts sous les coups conjuguĂ©s de l’armĂ©e et de la police. Bourguiba, « trompé », aussi, avait, aussi « compris » les besoins de cette « poussiĂšre de peuple » ! Il annula l’augmentation des prix de la misĂšre. Il fut acclamĂ© en hĂ©ros ! Le 13 dĂ©cembre 2011, un jeune Tunisien, Bouazizi, un jeune atomisĂ©, comme des centaines de milliers d’autres, en dĂ©tresse solitaire dans un pays de tradition tribale encore vivace dans certaines rĂ©gions, retourne la violence du pouvoir contre sa propre vie. Cette fois-ci, les jeunes Tunisiens,  spontanĂ©ment,  rĂ©agissent, comme un seul homme ! Fayçal Baraket, en 1992, n’avait pas eu droit Ă  tant d’honneur et d’empathie ! Ces jeunes vont manifester avec une dĂ©termination toute Ă©lectronique leur solidaritĂ©, leur ras-le-bol et leur haine du pouvoir, incarnĂ© par le GĂ©nĂ©ral-et-sa-famille. Encore des morts ! Mais « seulement » 78 morts ! Sous les seules balles de la police du GĂ©nĂ©ral ! L’armĂ©e, cette fois-ci, a refusĂ© de tirer ! C’est une armĂ©e qui protĂšge dĂ©sormais le peuple ! C’est une armĂ©e rĂ©publicaine ! Le GĂ©nĂ©ral, seul, est chassĂ© avec une cĂ©lĂ©ritĂ© virtuelle du pouvoir ! Le systĂšme, c’est le GĂ©nĂ©ral-et-sa-famille ! Et le RCD, alors !

Les hivers sont chauds en Tunisie ! Pourtant, nos hibernations sociales sont courageusement longues ! Notre poĂšte Abou El Kacem Chabbi, lui, nous a parfaitement compris et dĂ©crits 


Quoi de plus ordinaire ! Un dictateur adepte de l’informatique a Ă©tĂ© dĂ©fait par une Ă©trange mobilisation collective Ă©lectronique ! Etrange, car cette mobilisation a semblĂ© avoir Ă©tĂ© remontĂ©e comme une horloge mĂ©canique. Wikileaks divulgue la teneur de tĂ©lĂ©grammes diplomatiques, triĂ©s sur le volet semble-t-il – bizarrement, aucun tĂ©lĂ©gramme « fuité » ne disserte sur les opposants embedded – concernant la situation politique en Tunisie. Leur contenu indique clairement que les USA ne soutiennent plusleur Salaud tunisien et qu’aucun membre du clan « quasi-mafieux » ne leur semblait crĂ©dible pour assurer la survie du rĂ©gime. L’évĂ©nement  de l’immolation rĂ©elle surgit opportunĂ©ment. Cela aurait pu ĂȘtre une immolation virtuelle, une immolation fabriquĂ©e, une falsification de rĂ©sultats d’un concours de recrutement, un Timisoara tunisien etc. Les consĂ©quences auraient Ă©tĂ© les mĂȘmes que par le passĂ© tant une partie de la jeunesse tunisienne Ă©tait dans le dĂ©sarroi, la frustration et le dĂ©sespoir : une rĂ©volte, un soubresaut populaire plus ou moins matĂ© et rĂ©cupĂ©rĂ©. Mais cette fois-ci, on  a assistĂ© Ă  une mobilisation de trois semaines, organisĂ©e sans faille sur le rĂ©seau Facebook. Toutes les informations, toutes les rumeurs, toutes les opinions canalisaient la colĂšre des jeunes vers un mĂȘme objectif : occuper la rue et exiger le dĂ©part du GĂ©nĂ©ral-et-sa-famille ! TrĂšs peu y ont vu un mouvement aux consĂ©quences majeures. Sauf le DĂ©partement d’Etat amĂ©ricain ! Les responsables du secteur Tunisie au sein de ce mĂȘme DĂ©partement convoquent, dĂšs la premiĂšre semaine de mobilisation lĂ©gitime l’ambassadeur de Tunisie et lui transmettent une seule exigence : ne pas censurer le rĂ©seau social amĂ©ricain ! Heureusement, cette mobilisation de la jeunesse sera rapidement encadrĂ©e par les sections rĂ©gionales de la centrale syndicale et Ă©chappera Ă  la manipulation. Le 14 janvier 2011, Ă  la nuit tombĂ©e, Ă  18 heures 35 minutes, le GĂ©nĂ©ral quitte le pays de maniĂšre plus Ă©lĂ©gante que Manuel Noriega mais moins glamour que le Shah d’Iran ! RĂ©action immĂ©diate de M. Obama, qui salue « le courage et la dignitĂ© du peuple tunisien » pour s’ĂȘtre dĂ©barrassĂ© du tyran et de son rĂ©gime ! Mission accomplie, semble-t-il, pour ce Seigneur de l’instrumentalité ! Fichtre ! Un prĂ©sident amĂ©ricain qui sait que notre petite Tunisie existe ! Que ce pays est habitĂ© par un peuple et non par des « rues » ! Notre « bravitude » a transpercĂ© les montagnes et traversĂ© mers et ocĂ©ans ! Sous les Bush, la Tunisie, comme ses sƓurs arabes, Ă©tait peuplĂ©e de « rues » qui gigotent de temps Ă  autre ! Le mot d’ordre Ă©tait de terroriser ces rues et de les tĂ©taniser par la puissance de feu amĂ©ricaine. Sous les Bush, on prenait langue avec la « rue arabe » par des opĂ©rations de type « TempĂȘte du dĂ©sert » ou « Stupeur et effroi » ! M. Obama semble privilĂ©gier les opĂ©rations « flatter et sĂ©duire » ! Il nous rend visite modestement. Il nous susurre des mots en arabe. BientĂŽt, il va nous rĂ©citer des versets 
 sataniques pour nous dire dans quel Islam nous devons nous draper !  DĂšs la fuite du GĂ©nĂ©ral et l’intervention de M. Obama, une partie des Tunisiens a considĂ©rĂ© que « la RĂ©volution du jasmin » Ă©tait achevĂ©e ! Le rĂ©seau Facebook a relayĂ© cette position. Les informations, les opinions, les mots d’ordre qui y circulent depuis, ont dĂ©stabilisĂ© la cohĂ©sion et l’assurance de la mobilisation, disloquĂ© les opinions et commencĂ© Ă  semer le doute sur la suite Ă  donner au mouvement populaire. Les troubles, l’insĂ©curitĂ©, les actions des simili escadrons de la mort et le ralliement prĂ©mĂ©ditĂ© des opposants embedded sont en train de redonner confiance aux rhinocĂ©ros, vĂ©ritables piliers du rĂ©gime du RCD-milice-police en place depuis plus de 50 ans. Ce rĂ©gime a construit en particulier depuis 1987, un systĂšme totalitaire modĂšle.

La constitution d’un gouvernement d’ « unitĂ© nationale » indique clairement que le jasmin est gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©. Il vire vers une drĂŽle de couleur orange et exhale une Ă©trange odeur de rose fanĂ©e.

En Ukraine et en GĂ©orgie, les politiques de « sortie » du totalitarisme ont Ă©tĂ© assujetties Ă  des intĂ©rĂȘts Ă©trangers et conduites, de ce fait, par des hommes  qui ont ignorĂ© les attentes lĂ©gitimes de leurs peuples. RĂ©sultat : la gabegie, l’instabilitĂ© intĂ©rieure et l’aventurisme extĂ©rieur.

La République dominicaine paiera cher sa transition constitutionnelle assurée par un fantoche du tyran macabre Trujillo. Balager, décrit comme un homme austÚre et effacé, reprit le flambeau et régna sur les Dominicains durant quinze ans. 

La Tunisie a fĂȘtĂ© le bouc mais elle n’a pas encore fĂȘtĂ© sa libertĂ© et encore moins son  Ă©mancipation ! Sa rĂ©volution a Ă©tĂ© prise de vitesse par un i-coup d’Etat et une rĂ©volution de palais. Si ce mouvement populaire Ă©choue, la Tunisie risque d’habiter pour longtemps le passĂ© de l’AmĂ©rique latine.

 Rien n’est encore perdu, rien n’est encore gagnĂ©.

Aujourd’hui, une partie du peuple tunisien occupe pacifiquement l’espace public et exige un changement radical. Pour enrayer toute tentative de retour en arriùre.

Demain, il n’en sera peut-ĂȘtre pas de mĂȘme. Nous devons absolument profiter de cette fenĂȘtre de rĂ©sistance pour parachever la rĂ©appropriation de notre destin. Ne nous laissons pas berner par les discours fallacieusement flatteurs ; nous ne sommes ni les plus braves, ni les plus courageux des peuples. Nous le savons, nous avons tendance Ă  tergiverser, Ă  composer. Ne ratons pas ce moment historique.

Nous devons renouer avec notre mĂ©moire sociale et Ă©thique, rĂ©actualiser le destin brisĂ© de Farhat Hached. L’attitude des syndicalistes de base redonne Ă  tous de l’espoir. C’est grĂące Ă  notre Centrale syndicale que le mouvement s’est d’abord Ă©mancipĂ© de la manipulation et a retrouvĂ© sa vigueur et sa dĂ©termination.

L’UGTT doit retrouver la place qu’elle n’aurait jamais dĂ» perdre.

L’assassinat de Ferhat Hached le 5 dĂ©cembre 1952 avait fragilisĂ© le mouvement syndical tunisien et ouvert la voie Ă  l’hĂ©gĂ©monie du Destour. Cette hĂ©gĂ©monie explique en grande partie la situation d’aujourd’hui. La Tunisie avait perdu ainsi un contre-pouvoir et la perspective d’un dĂ©veloppement politique et Ă©conomique Ă©quilibrĂ©. Qui a tuĂ© Hached ? Qui sont les Tunisiens qui ont participĂ© Ă  son Ă©limination ? Nous ne le savons pas jusqu’à ce jour. La France, en cette pĂ©riode cruciale pour la Tunisie,  s’honorerait et regagnerait de sa crĂ©dibilitĂ© auprĂšs des Tunisiens et pas seulement, en levant le secret dĂ©fense sur cette affaire d’assassinat.

La vĂ©ritĂ© aidera les Tunisiens Ă  comprendre leur passĂ© pour mieux construire leur avenir. La vĂ©ritĂ© aidera l’UGTT Ă  retrouver son autonomie et son statut de contre-pouvoir et de contre-proposition.

Aujourd’hui, sous la houlette des syndicalistes de base de l’UGTT et de l’opposition, l’opposition authentique, le mouvement vers la libertĂ© reprend de l’ampleur. L’enjeu Ă©tant d’arracher tout espoir Ă  tous ceux qui ont avili le peuple tunisien pendant plus de cinquante ans, tout espoir de statu quo ou de possibilitĂ© de repartir comme en 1987. L’agenda immĂ©diat est la dĂ©construction du parti-Ă©tat RCD.

Aujourd’hui, la situation risque de dĂ©gĂ©nĂ©rer. Il n’y a rien Ă  espĂ©rer de cette nouvelle « transition constitutionnelle », rien Ă  attendre de ce gouvernement « d’unitĂ© nationale ».   

L’armĂ©e nationale tunisienne a refusĂ© de tirer sur la population. Elle l’a dĂ©cidĂ© en toute libertĂ© et en toute conscience parce qu’elle est patriotique et rĂ©publicaine. Elle a pris cette fois-ci le parti du peuple. C’est ce qu’elle prĂ©tend. Qu’elle le prouve. Qu’elle parachĂšve ce qu’elle a entrepris.

L’armĂ©e, patriotique et rĂ©publicaine, libre dans ses choix et dĂ©cisions, peut superviser le processus de sortie du totalitarisme. Elle peut transformer l’étrange i-coup d’Etat en coup d’Etat clair et franc qui ouvrira la voie Ă  une vĂ©ritable alternative dĂ©mocratique. L’armĂ©e pourra s’appuyer sur de grands commis de l’Etat qui ont su prĂ©server leur intĂ©gritĂ©, pour la gestion des affaires courantes et la reprise d’une activitĂ© Ă©conomique et sociale normale. Elle se chargera de la sĂ©curitĂ© des citoyens et de leurs biens.

Sera-t-elle en mesure de mettre les bases pour un espace public dĂ©mocratique ? Elle pourra confier cette mission Ă  un comitĂ© de la Constituante. Ce comitĂ© pourrait ĂȘtre chapeautĂ© par Ahmed Mestiri et Ahmed Ben Salah, deux personnalitĂ©s politiques historiques, sociologiquement et politiquement complĂ©mentaires. Ils se sont opposĂ©s Ă  Bourguiba, certes pas toujours quand il le fallait et comme il le fallait. Ils se sont opposĂ©s dĂšs le dĂ©part au GĂ©nĂ©ral Ben Ali. AgĂ©s, ils sont fragiles physiquement mais restent vigoureux intellectuellement et moralement. Ahmed Mestiri et Ahmed Ben Salah disposent de cette lĂ©gitimitĂ©. Ce comité  devra prĂ©parer les conditions juridiques et institutionnelles pour une refondation de la Constitution et l’établissement des institutions d’un nouveau rĂ©gime. Cette prĂ©paration devra se dĂ©rouler en concertation avec les candidats lĂ©gitimes aux futures Ă©lections prĂ©sidentielles, tels que Moncef Marzouki, Sihem Ben Sedrine, Hamma Hammami, ou encore Mokhtar Yahyaoui. Ils seront les principaux visages de la Tunisie nouvelle.
 


DAM ELFAREH, RENTREZ CHEZ VOUS !


La fĂȘte est finie, rentrez  chez  vous.  Tout est promu et on va raser gratis. AprĂšs des semaines de rĂ©volte, nos tĂȘtes pensantes trouvent que le peuple a trop « trainĂ© » dans la rue.  Certes la Tunisie n’a pas de pĂ©trole pour se permettre  un arrĂȘt  prolongĂ© du rouage Ă©conomique. Il faut reconstruire, mais reconstruire quoi ?  avec qui ?  et  comment ?   La Tunisie s’est dĂ©barrassé  de la tĂȘte du mal mais le mal est partout. Le pays est profondĂ©ment malade. Des anciens s’érigent en sages pour nous montrer la sortie du tunnel. Et chacun va de son conseil. On veut rĂ©soudre les maux du pays dans le mĂȘme cadre constitutionnel et juridique tissĂ© par le pouvoir dĂ©chu.  Les tunisiens ne doivent pas Ă©vacuĂ©s la rue.  MĂȘme en revenant au travail il faut consacrer un moment de la journĂ©e pour manifester , rappeler que le peuple ne cĂšde pas. Comme on consacre un moment pour le passer au cafĂ© , un moment pour la rue. C’est pour enraciner dans nos habitudes les formes  de  la contestation pacifique.  Il faut  s’habituer Ă  s’exprimer  et occuper l’espace public. L’exercice de la libertĂ© est  un travail perpĂ©tuel.  Et pourquoi pas  innover en s’exprimant par des  scĂšnes artistiques : musique, mimĂ©tisme,  peinture , expression corporelle.  La rue est l’espace libĂ©rĂ© aujourd’hui , les institutions le seront demain.  La crĂ©ativitĂ© libĂ©rĂ©e l’imagination sera sans limite.
Ahmed BEN AMOR       Paris le 22/01/2011

 MARCHE SUR LA « BASTILLE » : la KASBAH !


  Demain, dimanche 23 Janvier 2011, le vaillant peuple tunisien finira sa marche sur sa « bastille » : la KASBAH, dernier prĂ© carrĂ© de retranchement d’une Ă©quipe gouvernementale « provisoire », toujours abhorrĂ©e puisque reliquat  du despote dĂ©posĂ©, BEN ALI. Les gens, Ă©chaudĂ©s, ne pouvant plus croire les promesses de camĂ©lĂ©ons politiques du RCD, son parti Ă©tat, commencent la procession aujourd’hui, samedi soir dĂ©jĂ , cap sur Tunis.
 
  L’objectif sera la dĂ©pose dĂ©finitive de l’équipe autoproclamĂ©e, et donc illĂ©gale. C’est la condition sine qua non, pour pouvoir former un gouvernement de Salut National Provisoire, rĂ©unissant tous les courants politiques du pays, afin de commencer le travail tout de suite, et dĂ©finir les Ă©tapes traçant le cheminement dĂ©mocratique, tant attendu.   Il faut absolument rĂ©ussir la tache, pour achever la rĂ©volution si bien commencĂ©e, et garantir sa sauvegarde, face Ă  de multiples manigances locales et Ă©trangĂšres.   Le temps presse et la vie tourne au ralenti. Tous les secteurs d’activitĂ© doivent redĂ©marrer et atteindre la vitesse de croisiĂšre escomptĂ©e, pour assurer une stabilitĂ© politique et un dĂ©collage Ă©conomique.   D’autre part, de la mĂȘme maniĂšre que d’avoir exigĂ© le gel des avoirs de BEN ALI et ses familles, en Tunisie et ailleurs, il faut absolument le faire aussi vis-Ă -vis de toutes les richesses illĂ©gales du pays. Et lĂ , il y a un paquet.   Une fois que ces fonds soient rĂ©cupĂ©rĂ©s par l’état, il faut commencer par au moins doubler les pensions actuelles des travailleurs, perçues en guise de salaires, afin d’augmenter substantiellement le pouvoir d’achat des citoyens. En mĂȘme temps que de geler le prix des biens de consommations. Ce sera une condition fondamentale, pour dĂ©marrer la reprise Ă©c onomique. En outre, cela permettra  l’investissement dans le capital humain, par lĂ  mĂȘme, puisque participant Ă  l’amĂ©lioration des conditions de vie.   En avant donc, un marathon commence toujours par un pas.   RABAM, toujours debout.


 Entretien avec Habib Sayah : Panorama de la Révolution tunisienne


21 janvier 2011, 19:20

Jeune tunisien, Habib Sayah est étudiant en droit à la Sorbonne. Il préside par ailleurs le think-tank français Energie Libérale.

Nous avons tous Ă©tĂ© surpris par la chute de Ben Ali. Comment se fait-il qu’il a Ă©tĂ© dĂ©chu si rapidement ? Il est vrai qu’un mois auparavant, dans l’esprit des Tunisiens, Ben Ali Ă©tait encore ce dictateur immortel, indĂ©boulonnable et terrifiant. Pourtant, deux semaines aprĂšs le dĂ©but de cette rĂ©volte qui a durĂ© prĂšs d’un mois, les gens commençaient Ă  parler du dĂ©part du tyran. Ce mouvement qui a pris naissance Ă  Sidi Bouzid suite Ă  l’immolation d’un vendeur ambulant, dont la marchandise a Ă©tĂ© confisquĂ©e par les autoritĂ©s, s’est Ă©tendu rapidement Ă  une douzaine de villes dans l’ensemble du pays. Mais nous avions peur de l’essoufflement du mouvement.

Nous attendions tous que Tunis, la capitale, se joigne Ă  la contestation. Et quand Tunis s’est rĂ©voltĂ©e, nous avons su que c’en Ă©tait fini de Ben Ali parce-que les classes moyennes ont Ă  leur tour protestĂ©, sachant que cette catĂ©gorie Ă©tait la plus docile car ayant tout Ă  perdre. La peur Ă©tait annihilĂ©e. Or, cette peur Ă©tait la pierre angulaire sur laquelle tout le rĂ©gime de Ben Ali reposait. Une fois que toutes les rĂ©gions et que toutes les milieux sociaux s’étaient affranchis de la peur, nous pouvions prĂ©dire la fin de la dictature. Puis, les Tunisiens ne pouvaient plus reculer. L’ensemble de la population Ă©tait engagĂ© et un relĂąchement aurait permis Ă  la vengeance des autoritĂ©s de s’abattre sur les innombrables voix qui avaient osĂ© s’élever. Ce n’était donc qu’une question de temps. Mais j’avoue que nous pensions que Ben Ali tiendrait le coup encore quelques mois.

En quoi la peur permettait-elle à Ben Ali de se maintenir ?

L’homme qui avait mis en place une police de 120 000 hommes pour 10 millions d’habitants (la France en a autant pour 65 millions d’ñmes), en usait pour terrifier le peuple. Je crois que la Tunisie Ă©tait l’un des rares pays dont les habitants avaient peur de prononcer le nom de leur prĂ©sident, que ce soit pour en dire du bien ou du mal. Tout petit, je me souviens de mon amusement lorsque, dans les salons, j’entendais les adultes parler de la politique Ă©conomique de « Tarzan », ou de la rĂ©ception que « le Patron » dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom organisait en l’honneur du PrĂ©sident du Ghana


Il faut dire que le gĂ©nie de Ben Ali fut d’imprimer dans l’esprit des Tunisiens le schĂ©ma de la servitude volontaire, de l’autocensure. Les gens Ă©taient terrorisĂ©s. MĂȘme Ă  Paris, MontrĂ©al ou Bruxelles, les Tunisiens Ă  l’étranger craignaient de parler de Ben Ali dans les lieux publics, de peur qu’un agent du Consulat ne les Ă©coute. Cette peur justifiĂ©e par un appareil rĂ©pressif redoutable empĂȘchait toute opinion contestataire d’émerger. Une fois la barriĂšre de la peur surmontĂ©e, plus rien n’empĂȘchait les Tunisiens d’abattre ce rĂ©gime dĂ©nuĂ© de toute lĂ©gitimitĂ©.

Et Ben Ali avait des soutiens Ă  l’étranger, notamment de la part de la France


En effet, la France a apportĂ© un soutien inconditionnel au dictateur, jusqu’à la derniĂšre minute. Pour se dĂ©fendre, le gouvernement français invoquait le devoir de non-ingĂ©rence, mais ce n’est pas de l’ingĂ©rence que l’on attendait de lui. Nous ne lui demandions pas de s’opposer au rĂ©gime Tunisien, mais simplement de ne pas le soutenir, car la France a fait preuve d’un zĂšle inĂ©galĂ© dans son soutien Ă  Ben Ali. De Mitterrand Ă  Chirac, en passant par Jospin et Sarkozy, tous ont saluĂ© le prĂ©tendu « miracle Ă©conomique » tunisien. Hier encore, Sarkozy dĂ©clarait que l’espace des libertĂ©s en Tunisie avait progressĂ©, alors que la brutalitĂ© de la rĂ©pression ne cessait de croĂźtre.

Je me permets de raconter Ă  ce sujet une anecdote significative : il y a quelques jours, nous Ă©tions un groupe de onze jeunes tunisiens qui manifestions devant le Quai d’Orsay pour protester contre la venue du Ministre des Affaires EtrangĂšres tunisien qui Ă©tait reçu par Alliot-Marie alors mĂȘme que les hommes de Ben Ali tiraient sur la population Ă  balles rĂ©elles. Lorsque nous avons scandĂ© « Ben Ali assassin ! La France complice ! », une cinquantaine de CRS armĂ©s de boucliers et de matraques a accouru pour nous encercler. Un agent des RG est ensuite venu recueillir nos noms, avant de nous indiquer qu’ils seraient transmis au Consulat de Tunisie, sachant que toute action Ă  l’étranger susceptible d’écorner l’image du rĂ©gime de Ben Ali se solde habituellement par une arrestation, du moins par un retrait de passeport au moment du retour en Tunisie. Nous avons ensuite Ă©tĂ© transportĂ©s vers l’HĂŽtel de Police – oĂč nous avons passĂ© une partie de la nuit – dans un fourgon avec une escorte composĂ©e de cinq voitures avec sirĂšnes et gyrophares dignes d’un transfert de terroristes d’Action Directe. C’était ridicule.

Comment expliquez-vous cette attitude de la part de la France ?

Cela peut s’expliquer par la volontĂ© d’assurer le maintien des liens Ă©conomiques entre la France et la Tunisie. Mais il s’agit d’une analyse erronĂ©e, analyse que les Français ont sans doute adoptĂ©e dans leur aveuglement. La Tunisie est dĂ©pendante Ă©conomiquement de la France, il faut l’avouer. La France n’avait pas besoin de recourir Ă  la mesquinerie pour obtenir les marchĂ©s qu’elle convoitait. L’attitude Allemande semble ĂȘtre la bonne : ne jamais se rendre complice des injustices, mais les dĂ©noncer la tĂȘte haute
 ce qui n’empĂȘche pas les Allemands d’emporter de gros marchĂ©s. La diplomatie française, non contente d’ĂȘtre dĂ©nuĂ©e d’éthique, a montrĂ© qu’elle ne voyait pas plus loin que le bout de son nez et que sa stratĂ©gie s’inscrivait dans le trĂšs court terme. Pour prĂ©server ses intĂ©rĂȘts immĂ©diats avec Ben Ali, la France s’est durablement aliĂ©nĂ© la confiance de la population tunisienne. Les gens ne sont pas prĂȘts d’oublier l’attitude des gouvernements français successifs.

En revanche, les Etats-Unis, notamment depuis la nomination de l’ex-Ambassadeur Robert F. Godec (dont les tĂ©lĂ©grammes diplomatiques rĂ©vĂ©lĂ©s par Wikileaks ont dĂ©montrĂ© une ferme opposition au rĂ©gime de Ben Ali) n’ont jamais hĂ©sitĂ© Ă  critiquer de maniĂšre frontale la dictature en Tunisie. L’Ambassade US Ă  Tunis a reçu les membres de l’opposition et les reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile et n’a cessĂ© de faire pression sur le gouvernement tunisien pour Ă©largir l’espace des libertĂ©s.

La France a justifiĂ© son attitude en affirmant que Ben Ali Ă©tait un rempart contre l’islamisme. Or, les Etats-Unis ont compris que l’oppression constituait un terreau pour l’obscurantisme et l’extrĂ©misme, en faisant Ă©chec Ă  la dynamique moderniste qui animait la Tunisie depuis la fin du 19e siĂšcle. L’Islamisme Ă©tait anecdotique il y a peu. C’est les erreurs de Ben Ali qui ont favorisĂ© sa vive Ă©mergence au cours de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente.

A propos d’islamisme, on disait que la chute de Ben Ali favoriserait la victoire des islamistes aux prochaines Ă©lections. Qu’en est-il ?

La menace islamiste, bien que rĂ©elle, est Ă  relativiser. La Tunisie a une tradition libĂ©rale dans sa pratique de l’Islam, notamment en ce qui concerne les rapports entre la religion et l’Etat. Nombreux sont les Tunisiens qui y sont solidement attachĂ©s.

En outre, lors des manifestations qui ont menĂ© Ă  la RĂ©volution, les islamistes Ă©taient quasiment absents. Ce mouvement Ă©tait en grande partie apolitique et dĂ©connectĂ© de toute considĂ©ration religieuse. D’ailleurs, la plupart des grands acteurs de la sociĂ©tĂ© civile qui ont soutenu la rĂ©volution Ă©taient laĂŻcs. Il faut Ă©galement rappeler que le parti islamiste Enahdha est davantage assimilable au conservatisme qu’à l’intĂ©grisme. Ennahdha ressemble plus Ă  l’AKP turc qu’aux talibans afghans. Or, les mĂ©dias français ont surfĂ© sur la vague de la peur en brandissant la menace de l’intĂ©grisme au cours des semaines prĂ©cĂ©dentes. Aujourd’hui, les islamistes pourront participer Ă  la vie politique tunisienne. Ils auront sans doute un poids non nĂ©gligeable, mais ce sera l’occasion pour les forces vives laĂŻques de remporter la bataille contre l’islamisme sur le terrain des idĂ©es, et nous avons une Ă©cole de pensĂ©e trĂšs riche en matiĂšre de rĂ©formisme musulman, marquĂ©e par son libĂ©ralisme thĂ©ologique qui s’inscrit dans la tradition initiĂ©e par Salem Bouhageb dĂšs le 19e siĂšcle.

En tout cas, la menace islamiste n’était pas une raison pour mettre fin Ă  la RĂ©volution. Le maintien de Ben Ali au pouvoir aurait, bien au contraire, servi les islamistes car l’ancien rĂ©gime Ă©touffait la sociĂ©tĂ© civile laĂŻque qui est le seul vĂ©ritable rempart contre l’obscurantisme.

Avez-vous d’autres reproches en ce qui concerne le traitement de l’actualitĂ© tunisienne par les mĂ©dias français ?

Les mĂ©dias français ont, pour la plupart, prĂ©sentĂ© une vision erronĂ©e de la rĂ©volte tunisienne. Ils l’ont mise sur le mĂȘme plan que la rĂ©volte algĂ©rienne, la « rĂ©volte du sucre » qui, elle, Ă©tait d’ordre purement social. En Tunisie, les premiĂšres manifestations ont rĂ©pondu Ă  l’immolation d’un jeune homme qui rĂ©clamait la libertĂ© d’entreprendre. Mohamed Bouazizi, qui s’était vu confisquer sa marchandise, revendiquait le droit d’entreprendre pour s’en sortir par ses propres moyens, Ă©tant donnĂ© que l’emploi ne lui Ă©tait pas assurĂ©. Cet homme n’a pas demandĂ© un RMI, encore moins un emploi subventionnĂ©. Par la suite, si elles ont portĂ© des revendications sociales lĂ©gitimes, les manifestations ont essentiellement visĂ© Ă  la contestation de la dictature sous tous ses aspects. Les mĂ©dias français parlaient de troubles sociaux


Des troubles, il y en a encore
 MalgrĂ© la chute de Ben Ali !

DĂšs le dĂ©part du dictateur, le chaos s’est vite rĂ©pandu sur tout le territoire. Depuis des annĂ©es, nombreux sont les Tunisiens qui craignaient ce chaos, assimilant la libertĂ© Ă  l’anarchie. Or, ce chaos n’était pas le fait de citoyens avides, mais bien l’Ɠuvre des hommes de Ben Ali. Il avait, en effet, mis en place une milice composĂ©e de policiers et de membres du parti RCD. DĂšs le dĂ©but des manifestations, le PrĂ©sident leur avait donnĂ© l’ordre de piller et de saccager des biens privĂ©s et publics en vue de faire porter le chapeau aux manifestants, d’alimenter la crainte du chaos et de dĂ©solidariser la population qui soutenait la rĂ©volte. Mais les Tunisiens n’étaient pas dupes. Sur les rĂ©seaux sociaux, des tĂ©moignages et des vidĂ©os largement diffusĂ©s ont prouvĂ© que les pillages Ă©taient le fait de la police.

A la suite du dĂ©part de Ben Ali, ces milices ont continuĂ© Ă  agir, commettant des viols, tirant sur les passants, saccageant des commerces, s’introduisant dans les foyers
 Nous ne savons pas si elles agissent de maniĂšre autonome ou si elles sont encore sous les ordres de Ben Ali. Peut-ĂȘtre bĂ©nĂ©ficient-elles du soutien logistique de la Lybie, qui s’est montrĂ©e critique Ă  l’égard des aspirations rĂ©volutionnaires des Tunisiens


Le calme est-il revenu ?

L’armĂ©e s’est dĂ©ployĂ©e et a menĂ© tous les efforts pour neutraliser ces milices. Le calme revient peu Ă  peu. Mais je tiens Ă  saluer l’attitude de la population tunisienne face Ă  ces milices.

Quelle attitude ?

Les effectifs de l’armĂ©e Ă©taient insuffisants et les hommes de Ben Ali Ă©taient nombreux Ă  mener cette politique de la terre brĂ»lĂ©e. La coopĂ©ration de la population Ă©tait cruciale.

DĂ©jĂ , lors des manifestations, nous avons vu les habitants sortir dans la rue, munis de pelles, pour nettoyer les rues dĂ©vastĂ©es par les affrontements avec la police anti-Ă©meute, car ces manifestants voulaient la chute de Ben Ali, pas le chaos. Des collectes de dons ont Ă©galement Ă©tĂ© organisĂ©es par les jeunes dans les quartiers pour subvenir aux besoins des victimes de la police. Ce bĂ©nĂ©volat qui a permis d’assurer l’ordre public et la solidaritĂ© en l’absence de l’Etat est le signe d’une grande maturitĂ©.

Lorsque Ben Ali est parti et que ses milices ont continuĂ© Ă  attaquer la population, nous avons vu des « comitĂ©s de quartier » se former dans tous les coins de la Tunisie. Des jeunes et des moins jeunes, tous milieux sociaux confondus, armĂ©s de bĂątons, ont immĂ©diatement organisĂ© des patrouilles, mis en place des barrages et traquĂ© les miliciens pour protĂ©ger leurs maisons, celles de leurs voisins, ainsi que les commerces. C’est un formidable exemple d’ordre spontané ! Non seulement ils n’ont pas profitĂ© du dĂ©sordre pour piller Ă  leur tour, mais ils ont fait preuve d’une solidaritĂ© remarquable en prenant en main leur destin et en assurant l’ordre et la sĂ©curitĂ© Ă  un moment oĂč l’Etat n’en Ă©tait pas capable. Oui, les Tunisiens semblent matures et dignes de la libertĂ© dont ils se sont emparĂ©s.

Comment se passe maintenant la transition ?

Un gouvernement de transition a été mis en place, non sans quelques remous. Le Premier MinistÚre, ainsi que plusieurs portefeuilles-clés ont été conservés par les membres du RCD.

L’implication des partis d’opposition dans le gouvernement n’est pas une prioritĂ©. Ceux-lĂ  devront faire leurs preuves lors des prochaines Ă©chĂ©ances Ă©lectorales. Le dĂ©fi actuel est d’assurer la transition et de balayer les stigmates de l’ancien rĂ©gime. Or, ce n’est pas la prĂ©sence du RCD dans le gouvernement qui va permettre d’y parvenir. D’autant que la compĂ©tence de certains ministres RCD, tels que M. Friaa, mathĂ©maticien de formation, qui a conservĂ© le MinistĂšre de l’IntĂ©rieur, est trĂšs douteuse. Sans oublier le passif de certains en matiĂšre de corruption


L’approche idoine semble ĂȘtre la nomination de personnalitĂ©s indĂ©pendantes, apartisanes, dont la compĂ©tence est reconnue, et dont l’opposition Ă  Ben Ali est notoire. Dans cette optique, on peut se fĂ©liciter de la nomination d’Ahmed OunaĂŻes (fin diplomate et penseur brillant) et d’Yadh Ben Achour (juriste remarquable). Nous avons suffisamment d’hommes et de femmes intĂšgres et dotĂ©s d’une compĂ©tence redoutable pour ne pas ĂȘtre contraints Ă  recourir encore aux services des valets de Ben Ali


Comment la population a-t-elle réagi à la mise en place de ce gouvernement ?

A cela, de nombreux Tunisiens ont rĂ©pondu en manifestant pour demander la dissolution du RCD et la dĂ©mission des ministres RCD. Plusieurs ministres issus de l’opposition ont dĂ©missionnĂ©, se joignant Ă  la critique populaire.

Certains tunisiens ont l’impression que le rĂ©gime de Ben Ali survit encore. Le gouvernement ne se plie pas Ă  la volontĂ© de la population sur des questions essentielles. Il faut donner satisfaction aux Tunisiens Ă  l’heure actuelle.

Le gouvernement s’obstine Ă  maintenir en vie le RCD, tandis que les manifestants scandaient « Le parti de la Constitution succombera (RCD) ! Le bourreau du peuple succombera ! ». Pour ma part, je suis favorable au dĂ©mantĂšlement du RCD, d’autant plus qu’au vu de ses activitĂ©s criminelles et terroristes (les milices), nous avons les bases lĂ©gales pour une dissolution judiciaire. Les anciens du RCD sont libres de participer Ă  la vie politique tunisienne, en formant de nouveaux partis ou en rejoignant des partis existants, mais le RCD en tant que structure doit disparaitre.

Comment expliquer l’attitude du gouvernement ?

Si la population n’est pas habituĂ©e Ă  la libertĂ© et Ă  la dĂ©mocratie, les ministres RCD encore moins ! Certains parlent de la compĂ©tence des technocrates du parti de Ben Ali, mais ils semblent oublier que ces hommes ont gouvernĂ© pendant 23 ans sans jamais avoir Ă  tenir compte de l’opinion publique. Ils n’ont ni l’expĂ©rience ni les compĂ©tences pour gouverner dans ce nouveau paradigme car leurs dĂ©clarations rĂ©centes dĂ©montrent qu’ils ne savent pas anticiper l’impact de leurs actions sur l’opinion publique. Des ministres comme Friaa ou Ghannouchi semblent mimer l’attitude adoptĂ©e par Ben Ali lors des derniĂšres semaines, Ă  savoir le jeu de la carotte et du bĂąton, sachant qu’aujourd’hui le bĂąton se trouve entre les mains du peuple.

A de fortes revendications populaires, on rĂ©pond par de maigres concessions et une langue de bois maladroite. Or, les Tunisiens sont Ă©veillĂ©s et n’ont plus peur de s’exprimer. Le gouvernement ne peut pas les duper, et doit faire face au redoublement de la contestation et Ă  la perte de confiance. Au lieu de plier, le gouvernement continue de rĂ©pondre par des concessions ridicules. Quand le peuple rĂ©clame la dislocation du RCD et la saisie de son patrimoine, ce n’est pas la dissolution de son Politburo qui va calmer le jeu. A force de rĂ©pĂ©ter ce schĂ©ma (utilisĂ© par Ben Ali lors de ses trois derniers discours en tant que prĂ©sident, et qui s’est soldĂ© par un Ă©chec retentissant), le gouvernement va s’aliĂ©ner la confiance de la population, renforcer le mouvement de contestation et ainsi ralentir la reprise Ă©conomique. Cette stratĂ©gie inutile ne tiendra pas et aboutira Ă  l’inĂ©luctable disparition du RCD, mais avec des pertes supplĂ©mentaires, car les Tunisiens sont dĂ©terminĂ©s Ă  en dĂ©coudre avec le RCD. Et il succombera au prix de manifestations rĂ©pĂ©tĂ©es. En maintenant le RCD, le gouvernement divise la population et favorise le dĂ©sordre, d’autant que les partis d’opposition impliquĂ©s dans le gouvernement transitoire laissent la rue aux islamistes qui, jusque-lĂ  silencieux, vont sans doute en profiter pour rĂ©cupĂ©rer la contestation du RCD.

La confiance est le terreau sur lequel la transition doit se construire, pour que la page soit tournée et que la vie reprenne. Mais la dissolution du RCD est le symbole indispensable pour que les acteurs de la transition gagnent la confiance de la population. Ils doivent montrer patte blanche.

La communication avec le gouvernement est-elle si difficile ?

Il doit y avoir un dialogue incessant entre le gouvernement et la population. Les responsables, dont l’objectif affichĂ© est « l’union nationale », doivent absolument tenir compte des messages que leur adresse la rue.

Les vecteurs des messages des Tunisiens reprennent vie Ă  travers le dĂ©veloppement de plateformes de dĂ©bat en ligne (comme le site Nawaat.org), mais aussi la rĂ©appropriation des mĂ©dias publics. Cependant, la Tunisie doit se doter des structures d’expression de l’opinion publique qu’une scĂšne politique moderne doit possĂ©der. J’appelle de mes vƓux l’apparition d’instituts de sondage dignes de ce nom, car dans une sociĂ©tĂ© moderne les messages ne passent pas forcĂ©ment pas la rue, qui doit rester un ultime recours. Qui sait ? Peut-ĂȘtre que la Tunisie dĂ©veloppera dans ce domaine des compĂ©tences qu’elle pourra exporter chez ses voisins


Que comptent faire les jeunes ?

Les jeunes tunisiens s’expriment abondamment sur la Toile, relaient l’information, diffusent leur opinion. Par ailleurs, de nombreuses initiatives ont Ă©tĂ© lancĂ©es, en vue d’Ɠuvrer pour la concrĂ©tisation des espoirs de la RĂ©volution et de prĂ©parer les prochaines Ă©lections. Je crois que la sociĂ©tĂ© civile tunisienne va se reconstruire trĂšs rapidement, car son Ă©mergence, portĂ©e par ces initiatives, rĂ©pond Ă  un besoin pressant.

Pour ma part, j’estime que les deux objectifs Ă  atteindre au cours des prochains mois sont, d’une part, la diffusion des idĂ©aux de libertĂ© et la dĂ©fense de la laĂŻcitĂ© au sein de l’opinion publique tunisienne ; d’autre part, je souhaite l’émergence d’une force politique libĂ©rale et centriste, en vue d’offrir une alternative aux tunisiens qui ne se reconnaissent ni dans l’islamisme ni dans la vieille opposition soixante-huitarde. Propos recueillis par Jean Robin (Source: “Enquete & Debat” le 21 janvier 2011)

http://www.enquete-debat.fr/archives/entretien-avec-habib-sayah-panorama-de-la-revolution-tunisienne/


Nouvelles manifestations en Tunisie contre Mohammed Ghannouchi


Reuters – PubliĂ© le 22/01/2011 Ă  18:29 – ModifiĂ© le 22/01/2011 Ă  18:30 par Lin Noueihed et Andrew Hammond TUNIS (Reuters) – EncouragĂ©s par la fuite il y a une semaine du prĂ©sident Zine Ben Ali, des milliers de Tunisiens sont Ă  nouveau descendus dans les rues samedi pour exiger le dĂ©part de ses anciens collaborateurs membres du gouvernement d’union nationale. Ne se satisfaisant pas de la promesse faite la veille par le Premier ministre Mohamed Ghannouchi de se retirer de la vie politique aprĂšs la tenue d’Ă©lections libres, des centaines de manifestants ont franchi un cordon de police dĂ©ployĂ© devant les bureaux oĂč il avait rĂ©uni ses ministres. “Pas de place pour les hommes du tyran dans un gouvernement d’union nationale”, pouvait-on lire sur une banderole. Dans une interview tĂ©lĂ©visĂ©e vendredi soir, le Premier ministre, Ă  la tĂȘte du gouvernement depuis 1999, s’est engagĂ© Ă  quitter la vie politique Ă  l’issue des prochaines Ă©lections. Cette promesse visait Ă  calmer la colĂšre d’une partie de la population, furieuse de la prĂ©sence au sein de la nouvelle Ă©quipe dirigeante d’anciens membres du Rassemblement constitutionnel dĂ©mocratique (RCD), le parti de l’ancien prĂ©sident Ben Ali, contraint par la rue de quitter le pays aprĂšs 23 ans de pouvoir sans partage. “Nous voulons rappeler Ă  M. Ghannouchi la dĂ©finition du mot ‘rĂ©volution’ – cela signifie un changement radical et non le maintien du mĂȘme Premier ministre”, dĂ©clarait un manifestant. Moncef Marzouki, dissident laĂŻc rentrĂ© d’exil en France, a exhortĂ© le chef de l’Etat par intĂ©rim, jusqu’Ă  la semaine derniĂšre prĂ©sident du Parlement, Ă  dĂ©signer un nouveau Premier ministre, indĂ©pendant. Il a fait valoir que la prĂ©sence de Ghannouchi entravait les efforts de rĂ©tablissement de la stabilitĂ©, au lieu d’y contribuer. Mais conscient de la soif de vengeance contre le clan Ben Ali et la police qui le soutenait, il a lancĂ© un appel au calme aux manifestants. Il s’est fĂ©licitĂ© de ce que la rĂ©volution avait Ă©tĂ© pacifique. “S’il vous plaĂźt, continuez ainsi et ne vous livrez pas Ă  la vengeance”, a-t-il dit. OPPOSITION ISLAMIQUE Pour Salah Jourchi, expert des mouvements islamistes, sous Ben Ali, le mouvement islamiste tunisien a Ă©tĂ© le plus opprimĂ© de tous les mouvements d’opposition, ce qui expliquerait en partie son manque de visibilitĂ©. Cependant, ses partisans pourraient ĂȘtre beaucoup plus nombreux que ceux de l’opposition laĂŻque. L’un de ses principaux dirigeants est Rached Ghannouchi, sans lien de parentĂ© avec le Premier ministre. Il dirige le mouvement interdit Ennahda (Renaissance), qui selon certaines estimations aurait obtenu prĂšs d’un tiers des voix aux Ă©lections 1989 dont Ben Ali a choisi de ne pas tenir compte des rĂ©sultats. Rached Ghannouchi, qui vit en exil Ă  Londres, a dĂ©clarĂ© samedi Ă  la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision al Djazira que sa formation soutenait l’aspiration dĂ©mocratique. “Nous sommes un mouvement islamique modĂ©rĂ©, un mouvement dĂ©mocratique basĂ© sur des idĂ©aux dĂ©mocratiques de (…) la culture islamique”, a-t-il dit. Il a qualifiĂ© d'”extrĂ©mistes” ceux qui ont de la sympathie pour les idĂ©es antidĂ©mocratiques d’Al QaĂŻda et de mouvements similaires, ajoutant qu’ils ont une conception erronĂ©e de l’islam. “Je ne suis pas Khomeiny”, a-t-il dit en faisant allusion au dĂ©funt guide de la RĂ©volution islamique iranienne. Depuis sa formation au dĂ©but de la semaine, le gouvernement tunisien a notamment annoncĂ© une amnistie gĂ©nĂ©rale pour les prisonniers politiques et la reconnaissance de tous les partis politiques, y compris l’opposition islamiste interdite sous Ben Ali. Mais des manifestants ont dĂ©noncĂ© le fait que, en dĂ©pit de l’amnistie promise, seules quelques centaines de personnes parmi toutes celles emprisonnĂ©es pour des raisons politiques ont Ă©tĂ© relĂąchĂ©es. Le nouveau gouvernement a par ailleurs annoncĂ© que les Ă©coles et les universitĂ©s rouvriraient lundi et que les Ă©vĂ©nements sportifs reprendraient prochainement. La date des Ă©lections prĂ©sidentielle et lĂ©gislatives n’a pas encore Ă©tĂ© fixĂ©e. Les dirigeants des groupes d’opposition font valoir qu’il pourrait leur falloir six mois pour se faire connaĂźtre, aprĂšs des annĂ©es de censure. Avec Tark Amara; Guy Kerivel, Marine Pennetier et Nicole Dupont pour le service français


Tunisie: un leader islamiste veut rentrer


 
AFP 22/01/2011 | Mise Ă  jour : 15:38
Le leader du mouvement islamiste tunisien Ennahdha, actuellement en exil Ă  Londres, mais concernĂ© par une prochaine amnistie, dĂ©clare espĂ©rer retourner “trĂšs bientĂŽt” en Tunisie, dans un entretien Ă  l’hebodmadaire allemand Der Spiegel Ă  paraĂźtre lundi. “Je suis avant tout un citoyen tunisien qui veut rentrer chez lui”, a annoncĂ© Rached Ghannouchi, prĂ©cisant que ce retour se ferait “trĂšs bientĂŽt, j’espĂšre”. InterrogĂ© sur ses ambitions, M. Ghannouchi assure qu’il n’est “pas un Khomeiny (l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, fondateur de la rĂ©publique islamique, ndlr) et la Tunisie n’est pas l’Iran”, mais qu’il veut “apporter une contribution intellectuelle Ă  ce tournant historique qui sort la Tunisie d’une Ăšre de rĂ©pression pour la mener Ă  la dĂ©mocratie”, ajoute-t-il. “Nous ne voulons pas d’un rĂ©gime Ă  parti unique, quel qu’il soit”, ni instaurer la charia. “Ce dont la Tunisie a besoin aujourd’hui, c’est de libertĂ© et (…) d’une vĂ©ritable dĂ©mocratie”, souligne-t-il, Il rĂ©clame aussi le dĂ©part des “membres de la vieille garde” encore prĂ©sents dans les institutions de transition qui ne veut que mettre en place “une parodie de systĂšme pluraliste dĂ©mocratique”. En outre, Ă  titre personnel, Ă  bientĂŽt 70 ans, il “ne brigue aucun mandat (…) il y a des jeunes gens pour ça dans notre mouvement”, poursuit-il. Rached Ghannouchi a fondĂ© en 1981 le mouvement islamiste Ennahda (renaissance), avec des intellectuels inspirĂ©s par les FrĂšres musulmans Ă©gyptiens. TolĂ©rĂ©, y compris Ă  l’arrivĂ©e au pouvoir de Ben Ali en 1987, le parti avait Ă©tĂ© rĂ©primĂ© aprĂšs les Ă©lections de 1989, oĂč la liste qu’il soutenait avait recueilli 17% de suffrages. Ghannouchi avait alors quittĂ© la Tunisie pour l’AlgĂ©rie, puis pour Londres. En 1992, il avait Ă©tĂ© condamnĂ© par contumace Ă  la prison Ă  perpĂ©tuitĂ© avec d’autres responsables religieux, pour un complot contre le prĂ©sident. Le gouvernement tunisien de transition, instaurĂ© aprĂšs la chute de Zine El Abidine Ben Ali, qui a fui le 14 janvier en Arabie saoudite Ă  l’issue d’un mois de rĂ©volte populaire sans prĂ©cĂ©dent, a adoptĂ© jeudi un projet de loi d’amnistie gĂ©nĂ©rale qui sera soumis au Parlement. Le parti islamiste a annoncĂ© lundi dernier qu’il demanderait sa lĂ©galisation.

Tunisie: fin de l’autorisation prĂ©alable pour importer livres, revues, films


TUNIS – L’importation en Tunisie de livres, revues, films, “n’est plus soumise Ă  autorisation prĂ©alable”, a annoncĂ© samedi l’administration des douanes dans un communiquĂ© citĂ© par l’agence officielle TAP. “L’administration gĂ©nĂ©rale de la douane informe samedi que l’importation des libres, des publications, des CD-Roms, des films et de tous les supports Ă©lectroniques n’est plus soumise Ă  autorisation prĂ©alable”, selon le communiquĂ© citĂ© par l’Agence tunisienne de presse (TAP). L’importation de livres, revues, films en Tunisie, que ce soit Ă  titre individuel ou collectif, Ă©tait auparavant soumise Ă  une autorisation dĂ©livrĂ©e par un organe de censure du ministĂšre de l’IntĂ©rieur. Le “gouvernement d’union nationale” formĂ© lundi avait promis “la libertĂ© totale” de l’information et aboli le ministĂšre de la Communication, l’organe de propagande et de censure des mĂ©dias de l’ancien rĂ©gime. Avant mĂȘme l’annonce des douanes, les quotidiens français ont fait leur retour dans les kiosques tunisiens, alors qu’ils Ă©taient souvent interdits de vente pendant les 23 ans de pouvoir du rĂ©gime du prĂ©sident dĂ©chu Zine El Abidine Ben Ali, renversĂ© le 14 janvier par la “rĂ©volution du jasmin”. (©AFP / 22 janvier 2011 20h23)

Tunisie: le parti de l’opposant Marzouki rĂ©clame une nouvelle Constitution


MANOUBA (Tunisie) – Le CongrĂšs pour la RĂ©publique, le parti de l’opposant tunisien Moncef Marzouki, a rĂ©clamĂ© samedi la crĂ©ation d’un Conseil national chargĂ© de rĂ©diger une nouvelle Constitution, ainsi que la dĂ©mission du gouvernement de transition. “Ce que nous demandons est trĂšs simple: la situation exige la suspension de la Constitution et de toutes les lois tyranniques”, a expliquĂ© Abdelwahab MĂąattar, vice-prĂ©sident du CPR, lors d’une confĂ©rence de presse Ă  Manouba, prĂšs de Tunis. Le prĂ©sident de transition, Foued Mebazaa “pourrait facilement former un comitĂ© indĂ©pendant, qui aura pour seule mission la mise en place d’une loi pour l’Ă©lection d’un Conseil national chargĂ© de rĂ©diger une nouvelle Constitution”, a-t-il ajoutĂ©. Ce conseil devra rassembler des personnalitĂ©s “issues de toutes les sensibilitĂ©s politiques”, et pourrait former un gouvernement de transition qui aura pour mission de gĂ©rer les affaires du pays en attendant la mise en place de la nouvelle Constitution, selon lui. Le CPR exige aussi la dĂ©mission du gouvernement d’union nationale, dominĂ© par les caciques de l’ancien rĂ©gime. Issu de la gauche laĂŻque, opposant historique au rĂ©gime du prĂ©sident dĂ©chu Zine El Abidine Ben Ali, Moncef Marzouki, rentrĂ© d’exil en France mardi, a appelĂ© de son cĂŽtĂ© le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, chef du gouvernement de Ben Ali pendant onze ans, Ă  “rentrer chez lui”. “Il reprĂ©sente un facteur d’instabilitĂ©”, a-t-il soulignĂ©, faisant rĂ©fĂ©rence aux milliers de personnes qui descendent quotidiennement dans la rue en Tunisie pour demander la dĂ©mission du gouvernement de transition, oĂč des membres de l’Ă©quipe de Ben Ali occupent tous les postes clĂ©s et notamment les portefeuilles de l’IntĂ©rieur, la DĂ©fense, des Affaires Ă©trangĂšres et des Finances. Moncef Marzouki a aussi qualifiĂ© de “suicide politique” l’entrĂ©e de deux chefs de parti d’opposition dans ce gouvernement de transition formĂ© lundi. M. Marzouki avait Ă©tĂ© le premier candidat dĂ©clarĂ© Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle qui doit se tenir dans les prochains mois en Tunisie. Mais il a expliquĂ© samedi qu’il ne maintenait sa candidature que si un nouveau gouvernement Ă©tait formĂ© et une nouvelle Constitution adoptĂ©e. Ancien prĂ©sident de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, M. Marzouki, ĂągĂ© de 65 ans, a créé le CongrĂšs pour la RĂ©publique en 2001. Il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  un an de prison en 2000. (©AFP / 22 janvier 2011 20h14)

Tunisie: des centaines d’habitants du centre-ouest marchent sur la capitale


REGUEB (Tunisie) – Des centaines d’habitants du centre-ouest de la Tunisie, d’oĂč est partie la “rĂ©volution du jasmin”, ont entamĂ© samedi une marche sur Tunis, “la Caravane de la libĂ©ration”, pour rĂ©clamer le dĂ©part du gouvernement des caciques de l’ancien rĂ©gime, selon un correspondant de l’AFP. Ils Ă©taient environ 300 au dĂ©part samedi matin de Menzel Bouzaiane, Ă  280 km au sud de la capitale, mais ont agglutinĂ© d’autres manifestants en chemin et approchaient dans la soirĂ©e de la localitĂ© de Regueb (centre-ouest) oĂč ils Ă©taient attendus par la population. Selon le correspondant de l’AFP, ils Ă©taient environ 800 dans la soirĂ©e. Un syndicaliste qui participe Ă  la marche, Mohamed Fadhel, a avancĂ© le chiffre de 2.500. Des appels circulent sur les rĂ©seaux sociaux pour que d’autres manifestants d’autres rĂ©gions rejoignent la marche qui compte arriver Ă  Tunis “dans quatre ou cinq jours”, selon M. Fadhel. Les marcheurs de cette “Caravane de la libĂ©ration”, selon le nom que ses initiateurs lui ont donnĂ©e, comptaient dormir Ă  Regueb, oĂč environ 2.500 habitants les attendaient, dont certains avec l’intention partir avec eux dimanche. Des femmes prĂ©paraient des repas pour les manifestants, parmi lesquels de nombreux jeunes, selon le correspondant de l’AFP. Dimanche, les participants Ă  cette marche, d’abord spontanĂ©e mais Ă  laquelle se sont joints des syndicalistes et des dĂ©fenseurs des droits de l’homme, vont reprendre la route en direction de la ville de Kairouan (centre, 153 km au sud de Tunis), selon M. Fadhel. “Cette marche est volontaire et a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par des jeunes, mais notre rĂŽle de syndicalistes est de les encadrer”, a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP Rabia Slimane, une institutrice et syndicaliste de 40 ans. “Le but de cette caravane est de faire tomber le gouvernement, notamment les ministres qui sont issus du RCD”, le Rassemblement constitutionnel dĂ©mocratique, ancien parti au pouvoir du temps de Ben Ali, a-t-elle ajoutĂ©. “Cela prendra trop de temps de marcher sur Tunis, donc nous allons emprunter des moyens de transport et nous arrĂȘter dans chaque ville sur notre chemin, pour faire une marche symbolique de quelques km avant de repartir avec les habitants venus grossir nos rangs”, a expliquĂ© cette institutrice. D’autres marches similaires vont partir de Kasserine (centre-ouest), autre foyer de la rĂ©volte populaire d’un mois qui a prĂ©cipitĂ© le 14 janvier la chute du prĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali, ainsi que de la ville miniĂšre de pays Gafsa (sud-ouest), a pour sa part assurĂ© M. Fadhel. Selon ce syndicaliste, c’est dans la localitĂ© de Menzel Bouzaiane, situĂ©e au sud de Sidi Bouzid et d’oĂč est partie l’initiative, que sont tombĂ©es sous les balles de la police les premiĂšres victimes de la rĂ©volte populaire qui a entraĂźnĂ© la chute du rĂ©gime Ben Ali. (©AFP / 22 janvier 2011 19h02)

Tunisie: grĂšve illimitĂ©e dans l’enseignement primaire dĂšs lundi


TUNIS – Le syndicat tunisien des enseignants du primaire a appelĂ© ses adhĂ©rents Ă  observer une grĂšve illimitĂ©e dĂšs la rentrĂ©e prĂ©vue lundi pour exiger “la dissolution du gouvernement”, a indiquĂ© samedi Ă  l’AFP un porte-parole de l’Union gĂ©nĂ©rale des travailleurs tunisiens (UGTT). “Les enseignants du primaire vont observer une grĂšve illimitĂ©e Ă  partir de lundi pour demander la dissolution du gouvernement de transition”, a dĂ©clarĂ© Ifa Nasr, joint au tĂ©lĂ©phone par l’AFP. Cette grĂšve est Ă©galement destinĂ©e Ă  marquer leur solidaritĂ© avec les victimes de la rĂ©volte populaire d’un mois, rĂ©primĂ©e dans le sang, par la police, qui a prĂ©cipitĂ© la chute du prĂ©sident Ben Ali le 14 janvier, a-t-il ajoutĂ©. (©AFP / 22 janvier 2011 18h53)


Tunisie: réouverture progressive des universités à partir du 25 janvier


TUNIS – Les grandes Ă©coles et universitĂ©s tunisiennes, fermĂ©es depuis le 10 janvier, vont rouvrir progressivement Ă  partir du mardi 25 janvier, a annoncĂ© samedi le ministre de l’Enseignement supĂ©rieur, Ahmed Ibrahim, au cours d’une confĂ©rence de presse.

Les cours reprendront le mardi 25 janvier dans les Ă©coles d’ingĂ©nieurs et de formation des enseignants, le jeudi 27 janvier dans les universitĂ©s dont les examens ont Ă©tĂ© interrompus en raison des manifestations de la “RĂ©volution du jasmin”, et le vendredi 28 janvier pour tous les autres Ă©tablissements de l’enseignement supĂ©rieur, a indiquĂ© le ministre.

Les cours se dérouleront de 08H00 à 16H00 (07H00 à 15H00 GMT), en raison du couvre-feu, qui est en vigueur en Tunisie de 20H00 à 05H00 (19H00 à 04H00 GMT), a précisé Ahmed Ibrahim.

Une minute de silence sera observée au début de chaque cours le jour de la rentrée en mémoire des victimes du soulÚvement populaire qui a provoqué la fuite en Arabie Saoudite le 14 janvier du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, aprÚs 23 ans de rÚgne sans partage.

Dans un communiquĂ©, le ministĂšre de l’Enseignement supĂ©rieur a annoncĂ© un ensemble de dĂ©cisions telles que la rĂ©cupĂ©ration des locaux utilisĂ©s par l’ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel dĂ©mocratique (RCD), au sein des Ă©tablissements universitaires.

Il a dĂ©cidĂ© aussi de lever toutes les sanctions infligĂ©es aux Ă©tudiants pour leur activitĂ©s politiques et syndicales, d’accĂ©lĂ©rer leur rĂ©intĂ©gration dans les Ă©tablissements, et de nommer un Ă©tudiant comme conseiller auprĂšs du ministre chargĂ© des affaires estudiantines.

Il appliquera la dĂ©cision du gouvernement de mettre fin Ă  la police universitaire dans tous les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur.

Vendredi, le ministĂšre de l’Education avait annoncĂ© que les cours reprendraient la semaine prochaine de maniĂšre graduĂ©e dans les Ă©coles et lycĂ©es de Tunisie, Ă  partir de lundi.

Les cours dans les Ă©coles et les universitĂ©s avaient Ă©tĂ© suspendus le 10 janvier “jusqu’Ă  nouvel ordre par le rĂ©gime de Ben Ali, alors confrontĂ© Ă  une rĂ©volte populaire qui a conduit Ă  sa chute quatre jours plus tard.

Le gouvernement d’union nationale formĂ© lundi par le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, avait annoncĂ© jeudi la “suppression du corps de sĂ©curitĂ© des universitĂ©s en application du principe de l’inviolabilitĂ© des campus”, selon le communiquĂ© du Conseil des ministres.

Cette police politique surveillait de prĂšs tout mouvement contestataire dans les facultĂ©s rĂ©parties Ă  travers le pays. Elle en interdisait aussi parfois l’accĂšs aux Ă©tudiantes portant le voile islamique.

Les campus universitaires ont Ă©tĂ© historiquement un foyer de fronde contre le rĂ©gime, mĂȘme Ă  l’Ă©poque de l’ancien prĂ©sident Habib Bourguiba (1955-1987).

Le mouvement Ă©tudiant d’abord animĂ© par les courants de la gauche a Ă©tĂ© au fil des annĂ©es dominĂ© par les islamistes, notamment depuis l’arrivĂ©e au pouvoir du prĂ©sident Ben Ali.

(©AFP / 22 janvier 2011 17h27)


Tunisie: les policiers veulent se distancier de l’ancien rĂ©gime


Des milliers de Tunisiens ont manifestĂ© samedi, mĂȘlant revendications sociales et appels Ă  dĂ©barrasser le nouveau gouvernement des caciques de l’ancien rĂ©gime. Parmi eux, on dĂ©nombrait de nombreux membres de la police, de la garde nationale et des pompiers. “Nous sommes innocents du sang des martyrs”, ont scandĂ© certains des policiers venus manifester samedi, deuxiĂšme des trois jours de deuil national en hommage aux dizaines de manifestants tombĂ©s pendant la “RĂ©volution du jasmin”. Selon le gouvernement, il y a eu 78 morts en un mois, tandis que l’ONU parle d’une centaine de victimes. A Sidi Bouzid, la ville dĂ©shĂ©ritĂ©e d’oĂč est partie la contestation aprĂšs l’immolation d’un marchand de fruits, une centaine de policiers se proclamant “victimes” de l’ancien rĂ©gime ont Ă©galement manifestĂ©. Depuis la fuite du prĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali, la population exprime ouvertement son hostilitĂ© envers la police, forte de 100’000 hommes et instrument privilĂ©giĂ© de l’ancien rĂ©gime rĂ©pressif. Plusieurs manifestations D’autres cortĂšges ont eu lieu de maniĂšre Ă©parpillĂ©e Ă  Tunis. Ils prenaient souvent un tour social, des salariĂ©s de mairie exigeant ici une amĂ©lioration de leurs conditions de travail, des employĂ©s de mĂ©nage dans les entreprises rĂ©clamant lĂ  des augmentations de salaires. Tentant d’apaiser la colĂšre de la rue, le premier ministre de transition Mohammed Ghannouchi a promis vendredi soir qu’il s’effacerait de la scĂšne politique aprĂšs les prochaines Ă©lections. Dans une interview tĂ©lĂ©visĂ©e, il a aussi annoncĂ© l’abrogation de “toutes les lois antidĂ©mocratiques”, dont les loi Ă©lectorales et antiterroristes, ainsi que le code de la presse. Il s’est engagĂ© Ă  prĂ©server le statut de la femme qui interdit la polygamie, la gratuitĂ© de l’enseignement et l’accĂšs Ă  la santĂ©. (ats / 22 janvier 2011 18:17)

 

Tunisie: des policiers “victimes” de l’ancien rĂ©gime dans la rue


Une centaine de policiers tunisiens se proclamant “victimes” de l’ancien rĂ©gime du prĂ©sident Ben Ali ont dĂ©filĂ© samedi matin dans les rues de Sidi Bouzid. Cette dans cette ville que la “rĂ©volution du jasmin” a dĂ©butĂ© il y a cinq semaines.

“Nous sommes aussi les victimes de la bande des Trabelsi”, scandaient les policiers, en civil et en uniforme, en rĂ©fĂ©rence Ă  la famille honnie de la seconde Ă©pouse du prĂ©sident dĂ©chu Zine El Abidine Ben Ali, LeĂŻla Trabelsi, qui avait mis le pays en coupe rĂ©glĂ©e.

Depuis vendredi, des policiers portant des brassards rouges se joignent Ă  Tunis et dans plusieurs autres villes aux manifestations quotidiennes qui dĂ©noncent la mainmise de caciques de l’ancien rĂ©gime sur le gouvernement d’union nationale, et ils demandent la crĂ©ation d’un syndicat pour dĂ©fendre leurs droits.

La population tunisienne exprime dĂ©sormais ouvertement son hostilitĂ© Ă  l’Ă©gard de la police, instrument privilĂ©giĂ© du pouvoir de Ben Ali, qui s’est illustrĂ©e dans la rĂ©pression sanglante de la “rĂ©volution du jasmin”, qui a fait 100 morts en un mois selon les Nations unies.

Sidi Bouzid, petite ville rocailleuse au milieu d’une rĂ©gion d’oliviers et d’amandiers, dans le centre-ouest de la Tunisie, est l’un des principaux foyers du soulĂšvement qui a emportĂ© le rĂ©gime de Ben Ali. L’ex-prĂ©sident a fui le 14 janvier en Arabie saoudite, lors de la premiĂšre rĂ©volution populaire du monde arabe.

C’est lĂ  que le 17 dĂ©cembre un jeune vendeur de fruits, Mohammed Bouazizi, s’est immolĂ© par le feu aprĂšs une Ă©niĂšme humiliation policiĂšre, marquant le dĂ©clenchement de la “rĂ©volution du jasmin”.

(ats / 22 janvier 2011 14:59)  

Tunisie: nouvelles manifestations, les policiers dans la rue


AFP le 22/01/2011

Le ministĂšre de l’Enseignement supĂ©rieur a annoncĂ© que les grandes Ă©coles et universitĂ©s tunisiennes, fermĂ©es depuis le 10 janvier, vont rouvrir progressivement Ă  partir du mardi 25 janvier.

Des milliers de Tunisiens, dont de nombreux policiers, ont de nouveau manifestĂ© samedi, mĂȘlant revendications sociales et appels Ă  dĂ©barrasser le nouveau gouvernement de transition des caciques de l’ancien rĂ©gime, maintenus malgrĂ© les promesses de rupture.EnAlgĂ©rie voisine, la police a empĂȘchĂ© dans le centre d’Alger une manifestation “pour la dĂ©mocratie” appelĂ©e par l’opposition mais interdite. Le prĂ©sident du parti d’opposition organisateur,SaĂŻd Sadi, a affirmĂ© Ă  l’AFP que 42 de ses partisans ont Ă©tĂ© blessĂ©s par la police.

Des membres de la famille de l’ancien prĂ©sident tunisienZine El Abidine Ben Ali sont arrivĂ©s vendredi Ă MontrĂ©al, selon une source gouvernementale Ă Ottawa qui a confirmĂ© Ă  l’AFP, sans dĂ©tails, une information du Journal de QuĂ©bec sur son site internet.Selon ce dernier, un des frĂšres de la femme de Ben Ali, son Ă©pouse, leurs deux enfants et leur gouvernante ont atterri Ă  MontrĂ©al vendredi matin Ă  bord d’un jet privĂ©.Le leader du mouvement islamiste tunisien Ennahdha, en exil Ă Londres et concernĂ© par une prochaine amnistie, a dit espĂ©rĂ© retourner “trĂšs bientĂŽt” enTunisie, dans un entretien Ă  l’hebdomadaire allemandDer Spiegel Ă  paraĂźtre lundi.

“Nous ne voulons pas d’un rĂ©gime Ă  parti unique, quel qu’il soit, ni instaurer la charia (loi islamique, ndlr). Ce dont la Tunisie a besoin aujourd’hui, c’est de libertĂ© et (…) d’une vĂ©ritable dĂ©mocratie”, a-t-il dĂ©clarĂ©.A Tunis, en ce deuxiĂšme et avant-dernier jour de deuil national, des milliers de personnes ont manifestĂ© dans des cortĂšges Ă©parpillĂ©s dans le centre ville, avenue Habib Bourguiba, devant le siĂšge du gouvernement, ou celui de l’Union gĂ©nĂ©rale des travailleurs tunisiens (UGTT), ont constatĂ© des journalistes et photographes de l’AFP.

De nombreux policiers en civil ou en uniforme, se disant “Tunisiens comme les autres”, ont dĂ©filĂ© pour rĂ©clamer un syndicat de police et de meilleures conditions de travail, mais aussi se faire pardonner par la population la sanglante rĂ©pression de la “rĂ©volution du jasmin”.Les manifestations, qui ont durĂ© toute la journĂ©e dans un joyeux dĂ©sordre, ont pris souvent un tour social: employĂ©s de mairie qui exigent une amĂ©lioration de leurs conditions de travail, employĂ©s de mĂ©nage dans les entreprises qui rĂ©clament des augmentations de salaires. Des chauffeurs de taxis et des pompiers se sont joints aux manifestants.

“Y’en a marre de recevoir les ordres et pour une fois on veut crier notre colĂšre”, tempĂȘtait un policier devant le siĂšge de l’UGTT, la puissante centrale syndicale qui a jouĂ© un rĂŽle crucial dans la chute de Ben Ali le 14 janvier, en canalisant et politisant une rĂ©volte Ă  l’origine sociale.Des policiers manifestant devant le siĂšge du gouvernement en ont bloquĂ© un moment l’accĂšs au prĂ©sident de transition, Foued Mebazaa, avant d’ĂȘtre Ă©cartĂ©s en douceur par des collĂšgues en service.ASidi Bouzid (centre-ouest), la ville dĂ©shĂ©ritĂ©e d’oĂč est partie la contestation aprĂšs l’immolation d’un marchand de fruits, une centaine de policiers se proclamant “victimes” de l’ancien rĂ©gime ont Ă©galement manifestĂ©, a constatĂ© un correspondant de l’AFP.

Tentant d’apaiser la rue qui craint de se faire confisquer sa rĂ©volte par un gouvernement dominĂ© par les ministres de l’ancienne Ă©quipe Ben Ali, le Premier ministre de transition Mohammed Ghannouchi, a promis vendredi soir qu’il s’effacera de la scĂšne politique.Dans une interview tĂ©lĂ©visĂ©e, il a aussi annoncĂ© que “toutes les lois antidĂ©mocratiques seront abrogĂ©es”: les loi Ă©lectorales et antiterroriste, ainsi que le code de la presse. Il s’est engagĂ© Ă  prĂ©server le statut de la femme qui interdit la polygamie, la gratuitĂ© de l’enseignement et l’accĂšs Ă  la santĂ©.”Il y a une volontĂ© de sortie de crise, mais toujours dans la mĂȘme incomprĂ©hension de l’ampleur du rejet exprimĂ© par la population de tous les symboles de l’ancien rĂ©gime”, a rĂ©agi samedi l’opposant Mustapha Ben Jaafar, dirigeant du Forum dĂ©mocratique pour le travail et les libertĂ©s, dĂ©missionnaire du gouvernement de transition.

Le ministĂšre de l’Enseignement supĂ©rieur a annoncĂ© que les grandes Ă©coles et universitĂ©s tunisiennes, fermĂ©es depuis le 10 janvier, vont rouvrir progressivement Ă  partir du mardi 25 janvier.AuMaroc, deux hommes ont tentĂ© de s’immoler par le feu, portant le total Ă  trois depuis les Ă©vĂ©nements de Tunisie, a rapportĂ© samedi le quotidien arabophone Assabah. Des actes similaires ont aussi eu lieu en Egypte et en AlgĂ©rie.Enfin, un homme qui avait tentĂ© de s’immoler en dĂ©but de semaine Ă Nouakchott est mort de ses brĂ»lures samedi au Maroc oĂč il avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©, a dĂ©clarĂ© sa famille


Des proches de Ben Ali réfugiés au Canada


Par FTV (avec AFP)

Des membres de la famille de l’ancien prĂ©sident tunisien dĂ©chu Ben Ali sont arrivĂ©s vendredi au Canada en jet privĂ©
Une source gouvernementale Ă  Ottawa a confirmĂ© l’information samedi Ă  l’AFP. Selon le Journal de QuĂ©bec, il s’agit d’un des frĂšres de la femme de Ben Ali, son Ă©pouse, leurs 2 enfants et leur gouvernante. Jeudi, 33 membres de la  famille de l’ancien couple prĂ©sidentiel ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en Tunisie, mais les autoritĂ©s n’ont pas  

M. Ben Ali s’est rĂ©fugiĂ© en Arabie Saoudite. Plusieurs pays europĂ©ens ont gelĂ© ses avoirs et ceux de sa famille, qui s’Ă©tait fortement enrichie sous sa prĂ©sidence. Imed Trabelsi, maire de la Goulette, est vivant et aux mains de la police DonnĂ© pour mort la semaine derniĂšre, le neveu de l’Ă©pouse de Ben Ali est bien vivant et aux mains de la police, a annoncĂ© vendredi le ministre de l’IntĂ©rieur, au cours d’une confĂ©rence de presse. Samedi 15 janvier, un membre du personnel de l’hĂŽpital militaire de Tunis avait indiquĂ© qu’Imed Trabelsi avait succombĂ© la veille Ă  une blessure par arme blanche. “Le chouchou de LeĂŻla a Ă©tĂ© poignardĂ© ces derniers jours et admis aux urgences. Il est dĂ©cĂ©dĂ© vendredi”, avait-il affirmĂ©. Mais depuis plusieurs jours, des rumeurs le donnaient encore en vie, aprĂšs la diffusion sur internet d’une vidĂ©o le reprĂ©sentant aux mains de la police. Imed Trabelsi avait Ă©tĂ© “Ă©lu” en mai 2010 maire de La Goulette, une commune au nord de Tunis, sur laquelle il rĂ©gnait bien avant les Ă©lections. Il avait Ă©tĂ© poursuivi sans succĂšs en France pour “vols en bande organisĂ©e” pour s’ĂȘtre appropriĂ© le prestigieux yacht de Bruno Roger, l’un des dirigeants de la Banque Lazard et proche de l’ex-prĂ©sident Jacques Chirac et de l’actuel  chef de l’Etat Nicolas Sarkozy. En mai 2007,la justice française avait Ă©mis un mandat d’arrĂȘt Ă  son  encontre, mais la justice de son pays avait refusĂ© de l’extrader. 33 proches de Ben Ali arrĂȘtĂ©s, enquĂȘte ouverte Une source officielle a indiquĂ© jeudi qu’une enquĂȘte serait ĂȘtre ouverte pour que les membres du clan de l’ancien prĂ©sident soient traduits en justice. La tĂ©lĂ©vision tunisienne a diffusĂ© des images d’un vĂ©ritable trĂ©sor de guerre constituĂ© de bijoux, montres et cartes bancaires saisis lors des arrestations jeudi de 33 proches de l’ancien prĂ©sident Ben Ali. Le Comité tunisien des musĂ©es a lancĂ© un appel aux autoritĂ©s pour ordonner “la saisie des piĂšces archĂ©ologiques dont regorgent les palais et maisons appartenant aux membres les plus en vue de l’entourage de l’ancien prĂ©sident”. Une enquĂȘte judiciaire pour “acquisition illĂ©gale de biens”, “placements financiers illicites Ă  l’Ă©tranger” et “exportation illĂ©gale de devises” a Ă©té ouverte mercredi par la justice tunisienne contre le prĂ©sident dĂ©chu et sa  famille. Elle vise nommĂ©ment l’ancien chef d’Etat, sa femme Leila Trabelsi, ainsi que “les frĂšres et gendres de Leila Trabelsi, les fils et les filles de ses frĂšres, et toute personne dont l’enquĂȘte prouvera l’implication dans ces crimes”. Gel des avoirs de Ben Ali en France, Suisse, et bientĂŽt dans l’UE Quelques heures aprĂšs l’annonce de la fuite de Ben Ali,la France avait annoncĂ© avoir pris “les dispositions nĂ©cessaires” pour bloquer d’Ă©ventuels “mouvements financiers suspects concernant des avoirs tunisiens en France”. La Suisse lui a emboĂźtĂ© le pas mercredi en dĂ©cidant de bloquer d’Ă©ventuels  fonds de l’ex-prĂ©sident tunisien et de son entourage dans la ConfĂ©dĂ©ration  helvĂ©tique. Jeudi, les pays europĂ©ens sont tombĂ©s d’accord lors d’une rĂ©union d’experts sur le principe d’un gel des avoirs du prĂ©sident dĂ©chu et de ses proches. “On a un consensus”, a soulignĂ© une source diplomatique europĂ©enne Ă  l’AFP. Mais des dĂ©tails restent encore Ă  prĂ©ciser. L’UE attend Ă  prĂ©sent que les nouvelles autoritĂ©s tunisiennes au pouvoir  lui transmettent une liste prĂ©cise des personnes Ă  cibler pour ces sanctions, selon le diplomate. De son cĂŽtĂ©, l’Etat tunisien a fait savoir qu’il rĂ©cupĂšrerait tous les avoirs appartenant Ă  la famille de Ben Ali, a indiquĂ© jeudi le ministre de l’Industrie et de la Technologie. L’Etat rĂ©cupĂšrera tous les avoirs, que ce soit des actions de sociĂ©tĂ©s ou des biens immobiliers et assurera, sous une forme ou une autre, la direction de ces entreprises, a-t-il ajoutĂ©. Plainte de trois ONG pour corruption contre Ben Ali Trois ONG ont annoncĂ© mercredi avoir dĂ©posé plainte Ă  Paris, notamment pour corruption, contre l’ex-prĂ©sident tunisien et son entourage. Outre la corruption, la plainte dĂ©posĂ©e par Sherpa, Transparency International et la Commission arabe des droits humains vise le dĂ©lit de dĂ©tournement de fonds publics, abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment aggravĂ© commis en bande organisĂ©e. “La fortune personnelle de l’ancien prĂ©sident tunisien, M. Zine el-Abidine Ben Ali, et de son Ă©pouse, Mme LeĂŻla Ben Ali nĂ©e Trabelsi, serait estimĂ©e à prĂšs de 5 milliards de dollars”, affirment les plaignants qui reprennent des informations parues dans la presse. Sherpa affirme en outre que l’ex-prĂ©sident tunisien “possĂšde au moins une propriĂ©tĂ© dans Paris Ă©valuĂ©e Ă  elle seule Ă  37 millions d’euros”.

 

(Source: France2.fr le 22 janvier 2011)


Dans les villas pillées de Ben Ali


Le pays observait hier un premier jour de deuil national en mĂ©moire des victimes, une semaine aprĂšs la chute de Ben Ali. Les luxueuses propriĂ©tĂ©s de ce dernier, symboles du rĂ©gime dĂ©chu, ont Ă©tĂ© mises Ă  sac. PASCALE ÉGRÉ | PubliĂ© le 22.01.2011, 07h00   hammamet (tunisie), hier. Les habitants de cette station balnĂ©aire viennent rĂ©cupĂ©rer les dĂ©bris d’une villa luxueuse qui appartenait Ă  une famille proche de Ben Ali, le prĂ©sident dĂ©chu. | (lp/philippe de poulpiquet.) Haner sourit derriĂšre ses lunettes de soleil. « Tout cela est revenu au peuple ! » se rĂ©jouit la jeune femme en dĂ©signant la villa blanche qui se dresse en front de mer, derriĂšre de hauts murs couverts de graffitis vengeurs. L’enceinte de ce qui Ă©tait encore il y a peu l’inviolable et luxueuse propriĂ©tĂ© d’un frĂšre du prĂ©sident dĂ©chu Ben Ali, dans ce quartier qu’une armĂ©e de vigiles interdisait Ă  la population locale, se franchit par le cĂŽtĂ©. Les habitants d’Hammamet, station balnĂ©aire touristique que la rĂ©volution tunisienne a mise au chĂŽmage technique, viennent dĂ©sormais visiter et s’approprier ce qui reste du saccage des lieux, pillĂ©s et en partie brĂ»lĂ©s par des Ă©meutiers le 14 janvier. « Nous sommes venus voir ce que le clan Ben Ali-Trabelsi (NDLR : du nom de son Ă©pouse LeĂŻla) avait fait de l’argent qu’il nous a volĂ© ! » justifie-t-on en emportant quelques dĂ©bris. A Hammamet comme Ă  Sidi Bou SaĂŻd ou Grammath, banlieue huppĂ©e proche du palais de Carthage, au nord de Tunis, ces villas symboles de la corruption de l’ancien pouvoir avaient Ă©tĂ© attaquĂ©es dĂšs l’annonce du dĂ©part en Arabie saoudite de l’ancien chef d’Etat. Une semaine aprĂšs sa chute, ces singuliers mausolĂ©es dĂ©sossĂ©s se sont mus en lieux de promenade, symboles de l’opĂ©ration mains propres lancĂ©e depuis en France, en Suisse et en Tunisie contre les biens mal acquis du rĂ©gime dĂ©chu. L’enquĂȘte ouverte mercredi par la justice tunisienne pour acquisition illĂ©gale de biens, placements financiers illicites Ă  l’étranger et exportation illĂ©gale de devises aurait d’ores et dĂ©jĂ  conduit Ă  l’arrestation de trente-trois proches de la famille de l’ex-prĂ©sident et de son Ă©pouse. CommentĂ©es avec enthousiasme, les saisies sont listĂ©es dans les journaux ou exhibĂ©es Ă  la tĂ©lĂ©vision nationale — comme ces bijoux, cartes bancaires et fusils filmĂ©s jeudi aprĂšs une nouvelle perquisition. « MusĂ©e Trabelsi des voleurs », annonce un tag sur l’ancienne villa d’un des frĂšres de LeĂŻla. « Famille Gabsi », clame un autre slogan sur celle d’Hammamet. « Gabsi est le nom des vrais propriĂ©taires du terrain », explique l’une de leurs proches, qui raconte comment ces derniers en avaient Ă©tĂ© peu Ă  peu spoliĂ©s et chassĂ©s. « VoilĂ  un exemple de ce systĂšme Ben Ali-Trabelsi fondĂ© sur les menaces, les mensonges et les pots-de-vin », rĂ©sume-t-elle rĂ©voltĂ©e. Agent de la municipalitĂ©, Anouar, 53 ans, a pĂ©nĂ©trĂ© dans ce palais avec les premiers Ă©meutiers : « Je n’avais jamais vu un tel luxe ! Vingt-sept chambres, chacune sa tĂ©lĂ©vision gĂ©ante ! Et de la porcelaine partout dans la cuisine
 » Alors qu’un petit garçon repart, concentrĂ© sur l’énorme pan de marbre gris qu’il serre dans ses bras, Majda, coiffeuse, se prend Ă  rĂȘver : « On pourrait en faire une maison de retraite pour tous les petits vieux qui n’ont rien. » Le Parisien 

 
(Source: “Le Parisien” le 22 janvier 2011)


Parler la dictature de Ben Ali


 | 22.01.11 | 14h10  ‱  Mis à jour le 22.01.11 | 14h11

Depuis trois semaines, une effervescence mĂ©diatique sans prĂ©cĂ©dent rattrape deux dĂ©cennies de mutisme, de mensonges et d’ignorance sur la nature du rĂ©gime tunisien. La rĂ©volution de janvier oppose un dĂ©menti cinglant Ă  tous les discours de complaisance ou de complicitĂ© qu’il est inutile de recenser ici : un wall of shame se construit actuellement sur Facebook pour archiver la succession des dĂ©clarations honteuses des responsables français depuis la prise du pouvoir par Ben Ali en 1987.

Comment expliquer que de si nombreuses voix tunisiennes, depuis prĂšs de vingt ans, aient alertĂ© l’opinion publique sans ĂȘtre entendues ? Comment comprendre qu’aprĂšs tant de rapports de la Ligue tunisienne des droits de l’homme relayĂ©s par la FĂ©dĂ©ration internationale des droits de l’homme (FIDH), Amnesty International, Reporters sans frontiĂšres, la Tunisie ait continuĂ© Ă  passer pour le pays ami vantĂ© par les slogans publicitaires ? Ben Ali a d’abord rĂ©ussi, Ă  l’intĂ©rieur du pays, Ă  rĂ©duire la parole publique autorisĂ©e Ă  un niveau de mĂ©diocritĂ© rarement atteint. J’ai vĂ©cu, enfant, en Tunisie le “coup d’Etat mĂ©dical” du 7 novembre 1987 et grandi dans le rĂ©gime de Ben Ali. Comme tous les proches, conjoints et enfants des militants des droits de l’homme, journalistes et opposants – Sihem Ben Sedrine, Hamma Hammami, Radhia Nasraoui, Taoufik Ben Brik parmi tant d’autres -, j’ai Ă©tĂ©, plus que le reste de la population tunisienne, et plus tĂŽt qu’elle, peut-ĂȘtre, exaspĂ©rĂ©e par la prose perverse du rĂ©gime parce que nous avons Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  l’Ă©cart entre le discours public et le prix que ces adversaires du rĂ©gime ont payĂ© individuellement – grĂšves de la faim, emprisonnement, harcĂšlement de tout ordre, procĂšs arbitraires. En 1992, aprĂšs avoir quittĂ© la Tunisie, oĂč j’ai grandi, pour Ă©tudier en France, chaque retour a d’abord Ă©tĂ© le choc du contact avec la langue de la dictature. N’en dĂ©plaise Ă  FrĂ©dĂ©ric Mitterrand, la Tunisie de Ben Ali a bien Ă©tĂ© la moins Ă©quivoque des dictatures, pour qui se donnait la peine d’ouvrir les yeux et de ne pas se boucher les oreilles. De l’arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport jusque dans la plus misĂ©rable des Ă©choppes, dans les halls d’hĂŽtel clinquants, sur les routes, des affiches de Ben Ali ornĂ©es de slogans Ă  la gloire de l’“Artisan du changement” : “Ensemble derriĂšre Ben Ali” ou encore “Ben Ali, on t’aime”. Dans les taxis, impossible d’Ă©viter l’omniprĂ©sente RTCI, Radio Tunis ChaĂźne Internationale : entre la milliĂšme rediffusion d’un tube ringard de pop occidentale – Whitney Houston ou Elton John – et un Ă©change navrant avec un auditeur, le flash info : inlassablement, avant les brĂšves indigentes de l’actualitĂ© internationale, une sĂ©rie de communiquĂ©s lus par le “journaliste” porte-voix du rĂ©gime, du type : “Le prĂ©sident Zine El-Abidine Ben Ali incite en permanence les associations et les organisations nationales Ă  adhĂ©rer avec une responsabilitĂ© totale et avec efficience Ă  la vie publique et au processus de dĂ©veloppement global.” On n’a pas seulement Ă©touffĂ© un peuple en le privant de tout espace de parole et de contestation mais aussi en produisant une novlangue inĂ©dite, hybridation monstrueuse de verbiage technocratique, de lexique pompeux, d’un usage dĂ©lirant de la majuscule : l’“Ere du Renouveau”, la “Voie du DĂ©veloppement “, la “Promotion du Changement” ont noirci des milliers de pages des journaux officiels que plus aucun Tunisien ne se donnait la peine de lire depuis de nombreuses annĂ©es. Il faudrait de toute urgence archiver tous les numĂ©ros de La Presse, l’organe de propagande bĂ©naliste oĂč l’on pouvait lire Ă  longueur de pages des prouesses stylistiques telles que : “Les journalistes tunisiens ont saluĂ© hautement le souci permanent du prĂ©sident Zine El-Abidine Ben Ali de promouvoir davantage le paysage mĂ©diatique tunisien, en cohĂ©rence avec la mutation qualitative du secteur de la communication, dans le monde, de maniĂšre Ă  servir les ambitions de la sociĂ©tĂ© tunisienne, prĂ©server son identitĂ© civilisationnelle et accroĂźtre davantage le rayonnement de la Tunisie, Ă  l’Ă©chelle rĂ©gionale et internationale, dans le cadre de l’engagement pour la crĂ©dibilitĂ©, l’objectivitĂ© et l’allĂ©geance Ă  la Tunisie.” Comment a-t-on pu penser si longtemps que les symptĂŽmes de la dictature sont uniquement l’assassinat politique en pleine rue ? Le cas tunisien a tĂ©moignĂ© avec une forme de gĂ©nie de la bassesse que la dictature manifeste aussi dans l’instrumentalisation des discours que les opinions et les dirigeants occidentaux veulent entendre. C’est ainsi qu’au moment oĂč de plus en plus de voix, tunisiennes et occidentales, commençaient, dans les annĂ©es 1990, Ă  alerter sur la situation des droits de l’homme, le rĂ©gime tunisien a inventĂ© une ahurissante propagande en faveur des droits de l’homme, promouvant Ă  tout-va la libertĂ© d’expression dans un pays oĂč presque aucun journal occidental d’information n’Ă©tait disponible dans le hall d’un aĂ©roport international, oĂč LibĂ©ration et Le Monde entraient au compte-gouttes, rĂ©guliĂšrement interdits pendant plusieurs mois. En revanche, quotidiennement, les Tunisiens se sont vu infliger une prose pathĂ©tique, voire comique. Alors mĂȘme que tous les journaux d’opposition Ă©taient peu Ă  peu laminĂ©s, alors que le droit d’association Ă©tait supprimĂ©, qu’aucune manifestation n’a jamais Ă©tĂ© autorisĂ©e, pendant que les opposants politiques Ă©taient harcelĂ©s, on pouvait lire dans La Presse en 2010 : “Les journalistes tunisiens cĂ©lĂšbrent cette fĂȘte dans l’engagement Ă  accomplir le rĂŽle qui leur revient dans la consĂ©cration des attributs d’une sociĂ©tĂ© moderniste et ouverte fondĂ©e sur les principes de libertĂ©, de dĂ©mocratie, de dialogue, de pluralisme et d’acceptation de l’opinion contraire.” Cette dĂ©termination puise sa force dans la volontĂ© politique du prĂ©sident qui ne cesse d’accorder au secteur de l’information et de la communication une attention particuliĂšre et un appui constant et qui oeuvre inlassablement Ă  renforcer davantage le rĂŽle de ce secteur dans l’impulsion du processus dĂ©mocratique pluraliste, Ă  travers la consĂ©cration d’une information libre, pluraliste et objective qui rĂ©pond aux aspirations et aux intĂ©rĂȘts du citoyen et qui interagit avec ses prĂ©occupations et ambitions, sur la base du principe que la responsabilitĂ© est le corollaire de la libertĂ©. J’ai aussi le souvenir surrĂ©aliste d’un Festival du logiciel libre organisĂ© dans le port de plaisance d’une ville touristique : des chaises en plastique, vides, surmontĂ©es de banniĂšres blanches avec des slogans, quelques types en bermuda et tongs, avachis derriĂšre un ordinateur, Ă©cran Ă©teint, et des touristes en short flĂąnant devant, indiffĂ©rents. La cause des femmes, extraordinaire caution auprĂšs des opinions publiques occidentales, a elle aussi Ă©tĂ© totalement manipulĂ©e par le rĂ©gime de Ben Ali. Voici ce qu’on pouvait lire par exemple dans La Presse en 2003 : “Ouvrant les travaux du congrĂšs, prĂ©sidĂ© par Chadlia Boukhchina, prĂ©sidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), M. Kamel Haj Sassi, secrĂ©taire d’Etat auprĂšs du ministre de la culture, de la jeunesse et des loisirs, a soulignĂ© l’intĂ©rĂȘt dont bĂ©nĂ©ficie la jeune fille tunisienne depuis le changement et la place stratĂ©gique qu’elle occupe dans l’Ă©chelle des prioritĂ©s du projet social du chef de l’Etat, relevant que la jeunesse fĂ©minine est une pionniĂšre dans l’action menĂ©e par les associations fĂ©minines en matiĂšre d’encadrement, d’enracinement des valeurs du Changement et de sensibilisation aux dĂ©fis de la modernitĂ©.” Il n’y a pas jusqu’Ă  la cause environnementale qui n’ait Ă©tĂ© elle aussi rĂ©cupĂ©rĂ©e : alors mĂȘme que le dĂ©veloppement d’un tourisme de masse aux mains de la clique au pouvoir a accĂ©lĂ©rĂ© une destruction sans prĂ©cĂ©dent du littoral, tous les Tunisiens ont eu l’occasion de se voir gratifier, jusque dans la ville la plus modeste, d’un boulevard de l’Environnement, avenue sinistre, vaguement agrĂ©mentĂ©e de trois misĂ©rables palmiers et de quelques lauriers flĂ©tris. Cette langue absurde et vide imposĂ©e dans les frontiĂšres d’un pays cadenassĂ© a Ă©tĂ© soutenue en Ă©cho, Ă  l’extĂ©rieur, et tout particuliĂšrement en France, par le discours de nombreux responsables politiques, agences de communication et Ă©ditorialistes influents. Les arguties lexicales sur la nature du rĂ©gime tunisien sont le symptĂŽme criant de l’incapacitĂ© et du refus franco-français Ă  distinguer le signifiant du signifiĂ©. La Tunisie de Ben Ali a servi sur un plateau dorĂ© tous les signes dĂ©mocratiques que l’Occident voulait voir : des femmes cheveux lĂąchĂ©s, des plages accueillant des touristes autorisĂ©es Ă  s’exhiber en monokini, des supermarchĂ©s remplis, des entreprises accueillies Ă  bras ouverts, une libĂ©ralisation des services, une coopĂ©ration active en faveur de la lutte contre le terrorisme. L’histoire de la relation franco-française pendant deux dĂ©cennies est celle d’un aveuglement volontaire, d’une acceptation de tous les signes clinquants d’un toc dĂ©mocratique. Elle est l’exemple de la complaisance Ă  l’Ă©gard du discours de communication, de la capacitĂ© des dĂ©mocraties Ă  rester les yeux figĂ©s sur un dĂ©cor. La fin de la dictature tunisienne est Ă  l’image grotesque de ce qu’on aurait pu qualifier de “dictature d’opĂ©rette” si tant d’hommes et de femmes n’avaient pas payĂ© pendant prĂšs d’un quart de siĂšcle le prix d’une vĂ©ritable oppression. Un despote gominĂ© fuyant en avion, une rĂ©gente de Carthage se rĂ©fugiant quelques jours dans un hĂŽtel de carton-pĂąte Ă  Disneyland avec une tonne et demie d’or sous le bras : quand les signes de la fin de l’ancien rĂ©gime sont devenus Ă  ce point criants, il est devenu impossible Ă  la France, aux mĂ©dias et aux responsables politiques de conserver ses “Ă©lĂ©ments de langage” sur la Tunisie.  

NĂ©e en France en 1975, Myriam Marzouki a passĂ© son enfance en Tunisie. Metteure en scĂšne, elle adapte des textes contemporains qui abordent la question politique Ă  travers l’Ă©criture poĂ©tique, tels United Problems of coĂ»t de la main-d’oeuvre, de Jean-Charles Massera, en 2008, et Europeana, de Patrik OurednĂ­k, en 2009. Elle est la fille du militant des droits de l’homme Moncef Marzouki. Myriam Marzouki, Metteure en scĂšne et professeure de philosophie
Article paru dans l’Ă©dition du 23.01.11
 
(Source: “Le Monde” (


Le «Che Guevara» de la Tunisie


 

Ne cherchez pas la ville de Sidi Bouzid dans un guide touristique de la Tunisie, vous ne la trouverez pas. Jusqu’Ă  tout rĂ©cemment, cette ville du centre du pays n’avait rien Ă  offrir aux touristes, qui viennent dans le pays du Maghreb pour ses plages. Mais c’Ă©tait avant qu’elle ne devienne le foyer de la premiĂšre rĂ©volution dĂ©mocratique du monde arabe. Visite d’un tout nouveau lieu de pĂšlerinage et rencontre avec la famille de Mohamed Bouazizi, hĂ©ros tragique de cette rĂ©volution.

Il est facile de repĂ©rer la maison des Bouazizi Ă  Sidi Bouzid. Il s’agit de demander Ă  l’un des jeunes hommes qui font le pied de grue par centaines sur la place principale de cette petite ville de quelque 50 000 habitants. À les entendre, ils sont tous le voisin ou le cousin de la famille. On peut aussi suivre les rutilants 4×4 qui s’enfoncent dans le quartier poussiĂ©reux.

Il y en a justement trois garĂ©s devant la petite maison blanche cachĂ©e derriĂšre un mur tout aussi blanc. Al-Jazira est dĂ©jĂ  sur place. Une chaĂźne de tĂ©lĂ©vision française s’impatiente.

Depuis un mois, les voisins regardent, les yeux Ă©carquillĂ©s, les ministres tunisiens, les figures de proue de l’opposition et les journalistes Ă©trangers dĂ©barquer devant la modeste demeure des Bouazizi. La famille se compose d’une maman aux traits tirĂ©s, de trois jeunes femmes qui portent le hidjab et de trois garçons.

L’histoire de Mohamed

Jusqu’Ă  tout rĂ©cemment, ils Ă©taient huit. Le chef du clan s’appelait Mohamed. Orphelin de pĂšre Ă  3 ans, le jeune Tunisien aux cheveux frisĂ©s a dĂ» trĂšs tĂŽt devenir l’homme de la maison. «Il avait 10 ans quand il a commencĂ© Ă  vendre des fruits et lĂ©gumes. Il allait Ă  l’Ă©cole en mĂȘme temps», raconte sa soeur Samira, Ă©tudiante de 19 ans aux yeux tristes.

À 26 ans, mĂȘme s’il avait terminĂ© ses Ă©tudes au lycĂ©e, Mohamed vendait encore des fruits et des lĂ©gumes. Des carottes, des tomates, des oignons. GrĂące Ă  son travail, il rapportait 50 dinars Ă  la maison chaque semaine. L’Ă©quivalent de 30$. À peine assez pour nourrir tout le monde. «Il nous disait: «Moi, je travaille; vous, vous finissez vos Ă©tudes»», relate Samira.

Le 17 dĂ©cembre dernier, il a Ă©tĂ© interpellĂ© par une agente municipale. Rien de bien neuf. Il en avait l’habitude. Les autoritĂ©s de la ville le taxaient sans cesse, raconte sa famille. L’agente voulait confisquer sa marchandise sous prĂ©texte qu’il n’avait pas de permis. Quand Mohamed a rouspĂ©tĂ©, elle l’a giflĂ©. Sans le savoir, elle venait de mettre en marche une rĂ©volution.

Sans le dire Ă  personne, Mohamed a achetĂ© un bidon d’essence comme on en trouve partout sur le bord des routes Ă  Sidi Bouzid. Il se l’est versĂ© sur la tĂȘte. Et il a craquĂ© une allumette. Du coup, il a Ă©tĂ© l’Ă©tincelle dans un baril de poudre.

S’acheter un boulot

Le jour mĂȘme, les manifestations ont commencĂ©. Tous les jeunes chĂŽmeurs qui, comme aujourd’hui, flĂąnaient dans la rue principale de cette bourgade situĂ©e Ă  plus de 250 km de la capitale ont laissĂ© Ă©clater leur colĂšre.

Dans cette rĂ©gion du centre de la Tunisie, l’Ă©conomie est basĂ©e sur la culture des olives, des figues de Barbarie et des lĂ©gumes, sur l’Ă©levage de bĂ©tail et sur le commerce au dĂ©tail. On estime que 40% des jeunes y sont au chĂŽmage, et ce, mĂȘme si une bonne partie d’entre eux ont des diplĂŽmes. La situation est particuliĂšrement prĂ©caire depuis l’an dernier, alors que la sĂ©cheresse s’est abattue sur la province dĂ©jĂ  mal en point.

DĂ©sespĂ©rĂ©s, la plupart des jeunes sont prĂȘts Ă  n’importe quoi pour dĂ©crocher un boulot. Ils racontent que les autoritĂ©s corrompues avaient pris l’habitude de vendre les emplois. Le prix pouvait varier entre 5000 et 20 000 dinars tunisiens, soit de 3500$ Ă  14 000$. Une fortune dans un pays oĂč le salaire minimum est de 150$ par mois.

Lorsqu’ils se sont mis en marche, les manifestants de Sidi Bouzid dĂ©nonçaient non seulement le manque d’emploi, mais aussi le sous-dĂ©veloppement de leur rĂ©gion, la corruption et le mĂ©pris dont ils se sentaient quotidiennement victimes sous le rĂ©gime du prĂ©sident Zine el-Abidine Ben Ali.

»Encore une gifle»

Leur ras-le-bol a vite eu des Ă©chos dans le reste du pays. Les villes voisines, Kasserine et Tala, ont Ă©tĂ© parmi les premiĂšres Ă  s’embraser. À la fin du mois de dĂ©cembre, la capitale s’est jointe au mouvement.

DĂ©semparĂ© devant cette vague de contestation, le prĂ©sident, qui menait le pays d’une main de fer depuis 23 ans, a essayĂ© de calmer le jeu. Il a visitĂ© les Bouazizi et invitĂ© la mĂšre du jeune immolĂ© Ă  le visiter.

Mais quand, dans un deuxiĂšme discours diffusĂ© Ă  la tĂ©lĂ©, Ben Ali a annoncĂ© qu’il sĂ©virait contre les manifestants, il a perdu les rĂȘnes de son pays, estiment les jeunes de Sidi Bouzid qui ont Ă©tĂ© au coeur de la rĂ©volte. «Encore une gifle, et on en a trop reçu», lance Nasser, un jeune chĂŽmeur.

Mohamed Bouazizi n’est pas le seul Ă  avoir laissĂ© sa vie dans la vague de contestation. Un nouveau rapport de l’ONU estime qu’au moins 100 personnes sont mortes dans les Ă©vĂ©nements qui ont secouĂ© la Tunisie. La plupart ont Ă©tĂ© tuĂ©es par les forces policiĂšres. Le pays observe actuellement trois jours de deuil en leur mĂ©moire.

Les habitants de Sidi Bouzid ont laissĂ© Ă©clater leur joie lorsque, le 14 janvier, ils ont appris que Ben Ali avait quittĂ© le pays avec sa femme.Leur David, Mohamed Bouazizi, mort de ses blessures le 4 janvier, venait de gagner contre Goliath. «Mohamed est le symbole de la rĂ©volution, c’est notre Che Guevara», lance avec enthousiasme Sofian Dhouibi, qui a Ă©tĂ© de presque toutes les manifestations depuis un mois.

Depuis ce que les jeunes de Sidi Bouzid appellent «leur rĂ©volution», Sofian et ses compagnons se sont emparĂ©s d’un monument Ă  la gloire de l’ancien rĂ©gime. Ils ont remplacĂ© la photo de Ben Ali par celle de Mohamed Bouazizi. À longueur de journĂ©e, ils scandent son nom.

DiscrĂšte, la soeur du dĂ©funt ne cache pas que l’attention que reçoit sa famille depuis la mort de son frĂšre est difficile Ă  vivre, bien que nĂ©cessaire. Elle espĂšre que la rĂ©gion de Sidi Bouzid deviendra une prioritĂ© pour le nouveau gouvernement et que ce dernier combattra, dans la «nouvelle Tunisie», le systĂšme corrompu qui a plongĂ© son frĂšre dans le dĂ©sespoir.

«Je veux que la mĂ©moire de mon frĂšre soit reconnue, dit-elle, alors que des larmes lui montent aux yeux. Je ne veux pas que son sang ait coulĂ© pour rien. Si on essaie encore de nous priver de nos droits, je suis capable de m’immoler demain.»

Source: ”cyberpresse.ca” Le 22-01-2011

A Sidi Bouzid, malgrĂ© la rĂ©volution du jasmin, “on meurt de pauvretĂ©”


 

Le prĂ©sident honni Ben Ali a fui la Tunisie, mais la colĂšre Ă  l’origine de la “rĂ©volution du jasmin” brĂ»le toujours dans les coeurs des habitants de Sidi Bouzid, ville marquĂ©e par la pauvretĂ© oĂč le soulĂšvement populaire a dĂ©butĂ© il y a plus d’un mois.

“Le rĂ©gime nous a tout pris et laissĂ© dans la misĂšre. Nous n’avons pas le droit de vivre comme tout le monde”, accuse Yusfi, 42 ans, maçon, dĂ©filant dans Sidi Bouzid, au milieu de plusieurs centaines de personnes.

“Nous voulons l’Ă©galitĂ©”, scande un manifestant, tandis qu’un passant, portant la tenue traditionnelle, confie: “Nous mourons de pauvretĂ© ici”.

Sidi Bouzid, petite ville rocailleuse au milieu d’une rĂ©gion d’oliviers et d’amandiers, dans le centre de la Tunisie, est un des principaux foyers du soulĂšvement qui a emportĂ© le rĂ©gime de Zine El Abidine Ben Ali. AprĂšs 23 ans de pouvoir, le prĂ©sident a fui le 14 janvier en Arabie saoudite, lors de la premiĂšre rĂ©volution populaire du monde arabe.

C’est lĂ  que le 17 dĂ©cembre un jeune vendeur de fruits, Mohammed Bouazizi, s’est immolĂ© par le feu aprĂšs une Ă©niĂšme humiliation policiĂšre, marquant le dĂ©clenchement de la “rĂ©volution du jasmin”.

“On en a assez. On n’est pas des terroristes, mais des pacifistes, qui demandons seulement l’Ă©galitĂ©. On va continuer la rĂ©volution”, promet Mohammed Dali, 58 ans, travailleur saisonnier, alors que des dizaines de soldats patrouillent le secteur Ă  bord de vĂ©hicules blindĂ©s.

“Nous sommes tous prĂȘts Ă  nous sacrifier et devenir des martyrs”, proclame une banderole, tandis qu’une autre dit “Non au terrorisme d’Etat, Oui Ă  la libĂ©ration des prisonniers politiques”.

“RCD dĂ©gage”, scandent les manifestants, en rĂ©fĂ©rence au Rassemblement constitutionnel dĂ©mocratique, l’ancien parti au pouvoir, dont sont issus les ministres qui occupent, provoquant la colĂšre de la rue tunisienne, les postes clĂ©s du gouvernement de transition formĂ© lundi.

Mais au-delĂ  des mots d’ordre politique, dans cette ville misĂ©rable de plusieurs dizaines de milliers d’habitants, ce sont bien les questions sociales et Ă©conomiques qui prĂ©occupent les esprits.

“La plupart des gens ici sont au chĂŽmage”, tĂ©moigne Zyad Al Gharbi, 27 ans, qui se souvient avec Ă©motion de son “ami” Mohammed Bouazizi.

“La police nous rackette pour nous laisser vendre nos produits. Pourquoi ? Pourquoi ne nous laisse-t-on pas tranquille pour gagner notre vie ?”, interroge un jeune vendeur de fruits.

Pour lui comme pour ses nombreux collĂšgues, il ne fait aucun doute que Mohammed Bouazizi a Ă©tĂ© victime d’un systĂšme de corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

“C’est une tragĂ©die, il a Ă©tĂ© victime des puissants qui nous exploitent. Et c’est toujours les pauvres qui payent”, regrette prĂšs de la mosquĂ©e un vendeur d’oranges ambulant.

Les autoritĂ©s locales ont rebaptisĂ© la place du 7 Novembre (date du coup d’Etat qui a portĂ© en 1987 Ben Ali au pouvoir) place Mohammed Bouazizi, en l’honneur de qui un mĂ©morial a Ă©tĂ© dressĂ©, ornĂ© d’une immense photo du nouveau hĂ©ros national.

Il sert de lieu de rassemblement quotidien pour tous les mécontents.

“Nous avons Ă©tĂ© dĂ©truits par la pauvretĂ©. Ce dont ont besoin les jeunes ici, c’est d’abord de travail. Nous voulons la vraie dĂ©mocratie, un pays qui soit europĂ©en, pas nord-africain”, demande Abassi Toufik, 47 ans, devant des dizaines de jeunes portant blousons de cuir et casquettes.

Source : « La Depeche » Le 22-01.2011

Tunisie. Quelle place pour le parti islamiste Ennahdha?


Quel est le poids rĂ©el du parti islamiste tunisien et quel pourraient ĂȘtre sa place et son rĂŽle dans l’échiquier politique de la Tunisie dĂ©mocratique de demain?

A peine deux semaines aprĂšs la chute du prĂ©sident dĂ©chu Zine-el-Abidine Ben Ali, les yeux et les esprits se tournent vers l’avenir et les Tunisiens se posent des questions sur la relĂšve. Qui se hissera au pouvoir? Ou plus exactement qui «mĂ©rite» de s’asseoir sur le trĂŽne? Dans ce contexte, vous n’avez sans doute pas pu Ă©chapper Ă  des mots tels qu’Ennahdha, Rached el Ghannouchi, islamisme… Mais quels sont les islamistes, et est-ce qu’ils reprĂ©sentent une menace sur la Tunisie?

 

La sociĂ©tĂ© entre islam et islamisme Le parti islamiste tunisien, Ennahdha a participĂ© aux Ă©lections prĂ©sidentielles en 1989 avec des listes dites indĂ©pendantes et a mĂȘme rĂ©uni 15% des voix, un mini-succĂšs, qui a valu Ă  30.000 de ses partisans l’emprisonnement et Ă  son leader, Rached El Ghannouchi, l’exil en Angleterre depuis maintenant 20 ans. Un leader, rappelons-le, qui projette de rentrer au pays trĂšs prochainement Les islamistes restent rationnels et ne cessent d’affirmer que leur mouvement ne vĂ©hicule en aucun cas l’intention d’organiser «un retour Ă  la Khomeiny». Rappelons que Rouhollah Khomeiny est un dignitaire religieux chiite iranien. Ennahdha se dĂ©finit plutĂŽt comme proche du parti turc au pouvoir l’Akp qui est trĂšs modĂ©rĂ©, malgrĂ© ses relations Ă©troites avec la religion musulmane. Le parti de Ghannouchi (Rached) proclame la reconnaissance du multipartisme et son droit de participer aux prochaines Ă©lections. Ennahdha devra, pour cela, se faire «lĂ©galiser» sachant que la Constitution tunisienne interdit les partis Ă  caractĂšre religieux. Cette obligation semble avoir Ă©tĂ© levĂ©e puisque le gouvernement d’union nationale a annoncĂ©, par la voix de son porte-parole, TaĂŻeb Baccouche, Ă©galement ministre de l’Education, la lĂ©galisation de tous les partis politiques actifs dans le pays.

Ce qu’en pensent les tunisiens? «Les tunisiens, affirme le chercheur Pierre Vermeren, ont une trĂšs forte sensibilitĂ© islamiste. En effet, le discours religieux se nourrit de la dĂ©nonciation de la corruption et des comportements Ă©conomiques mafieux». La sociĂ©tĂ© tunisienne est donc trĂšs favorable Ă  l’implantation d’un parti islamiste. De plus, les Tunisiens dĂ©noncent une jeunesse trĂšs influencĂ©e par l’Occident et qu’il faudrait ‘‘remettre sur les rails’. D’autres affirment que le peuple tunisien n’est pas «dupe» et qu’il n’acceptera pas de mettre sa libertĂ© en jeu pour quelque prix que ce soit. D’autant qu’aprĂšs ce qui passĂ© en AlgĂ©rie, en Irak, en Afghanistan, et dans d’autres pays oĂč les mouvements islamistes ont pu investir la vie politique, les libertĂ©s ont subi de graves restrictions.    Les Tunisiens, qui ont arrachĂ© leur libertĂ© au prix d’aussi importants sacrifices, ne s’en laisseront pas priver facilement.   Ennahdha arrivera-t-il Ă  s’imposer dans un paysage politique Ă©clatĂ© d’oĂč Ben Ali a rĂ©ussi d’éloigner les islamistes? C’est une question qui restera sans rĂ©ponse jusqu’aux prochaines Ă©lections, mais ce qu’on peut dire avec certitude c’est que la prudence est de mise.

Source : « Kapitalis » Le 22-01-2011

Un groupe féministe français met en garde contre les islamistes en Tunisie

 


 

La prĂ©sidente du mouvement fĂ©ministe français “Ni putes ni soumises”, Sihem Habchi, a mis en garde vendredi Ă  MontrĂ©al contre les islamistes en Tunisie.

Venue au QuĂ©bec pour renforcer les contacts de son organisation avec les fĂ©ministes canadiennes, Mme Habchi, d’origine algĂ©rienne, a dĂ©noncĂ© lors d’une rencontre avec l’AFP ce qu’elle appelle la “tentation obscurantiste” en Tunisie. 

“Je suis stupĂ©faite de voir qu’Ă  l’extĂ©rieur de la Tunisie, et notamment en France, le leader d’un mouvement islamiste tunisien (Rached Ghannouchi, du parti Ennahda, longtemps exilĂ© Ă  Londres) se prĂ©sente comme un modĂ©rĂ© (…) et comme une possible alternative, Ă  l’image de la Turquie”, a-t-elle dĂ©clarĂ©.

“Je m’inquiĂšte pour les femmes tunisiennes, parce qu’elles avaient acquis des droits et que ces droits ont Ă©tĂ© maintenus”, a poursuivi Mme Habchi, citant notamment la laĂŻcitĂ© et l’avortement. “Il faut les soutenir et faire attention Ă  toute tentation obscurantiste (tolĂ©rĂ©e) pour des raisons de facilitĂ©, raisons de jeu politique et de jeu gĂ©opolitique international”, a-t-elle encore affirmĂ©. “Ce parti islamiste modĂ©rĂ© n’a pour l’instant pas beaucoup de bases en Tunisie. Mais l’argent peut beaucoup quand il faut s’organiser, se structurer, nous l’avons dĂ©jĂ  vu, et je ne souhaite pas voir ce que j’ai vĂ©cu en AlgĂ©rie se reproduire. 

Source: “ Angolapress” Le 14-01-2011

Les nouveaux monstres


 

Je me morfonds. Terrible le sérieux des intégristes


Ben Ali, s’en est allĂ©, sur qui et quoi je vais Ă©crire ? AprĂšs Ben Ali, qui vais-je faire sortir de ses gonds ? Sous Ben Ali, je n’ai pas arrĂȘtĂ© de le narguer en lançant ma candidature virtuelle. Il s’avĂšre que ça marche aussi sous M’bazĂąa et Ghannouchi.

Je croyais qu’on peut rĂȘver
 je croyais possible de dĂ©sirer platoniquement possĂ©der la bombe atomique. Non, c’est rĂ©servĂ© aux puissants et aux gĂ©rants. Qui sont ces cerbĂšres, ces nouveaux monstres qui veulent encager ma poĂ©sie ? Sous Ben Ali, j’ai arrachĂ© l’EXPRESSION
et je m’en foutais de la libertĂ©. Personne ne peut arrĂȘter mon alphabet. Je m’exprimerais mĂȘme devant dieu s’il le faut. Est-ce un blasphĂšme ?

Ma candidature s’impose d’abord Ă  moi et je la garderai face aux candidatures colportĂ©es par le tank El Jazira.

Je serai le candidat, peut-ĂȘtre, minoritaire face aux candidats qui mangent dans tous les rĂąteliers et toutes les tĂ©lĂ©s. Ces tĂ©lĂ©s rĂ©unissaient un mĂ©lange assez rĂ©ussi de technocrates arrivĂ©s, de demoiselles cultivĂ©es, de jeunes intellectuels parlant l’arabe classique, d’avocats fortunĂ©s, d’industriels prospĂšres, d’actrices sur le retour. S’y mĂȘlaient quelques pieds tendres, fils de famille de l’ancien rĂ©gime, ralliĂ©s Ă  Ben Ali, dont les parents avaient eu l’habilitĂ© de renier RCD. Pour couronner le tout, un paquet de profiteurs que la rĂ©volution avait fait dĂ©barquer en Tunisie : flambeurs, dĂ©putĂ©s, filous, experts dans le jonglage financier et autres escroqueries. Sans compter quelques journalistes de la Presse de Tunisie et d’Essabah, Ă©crivains du dimanche et fils de commissaire de police. Une sociĂ©tĂ© trop mĂ©langĂ©e pour se sentir sĂ»re d’elle-mĂȘme.

A la fois trop cynique et trop frustre. En voyant ces gens franchir le Rubicon, je me suis dit, qu’à cette sociĂ©tĂ©, il manque pour se sentir Ă  l’aise, des femmes de taulards, des syndicalistes gauchistes, des vendeurs Ă  la sauvette et moi, le troubadour basanĂ©, pour prĂ©sident.

Source : « Le nouvel observateur » Le 22-01-2011

Taoufik Ben Brik avenir de la Tunisie ?


 

Journaliste et Ă©crivain tunisien, opposant de toujours Ă  Ben Ali, Ben Brik brigue la prĂ©sidence de la rĂ©publique tunisienne dans le cadre des prochaines Ă©lections dans ce pays. “Prochaines” n’est d’ailleurs pas le qualificatif le plus appropriĂ© car les Ă©lections prĂ©cĂ©dentes auxquelles Ben Brik s’est prĂ©sentĂ© (entre deux persĂ©cutions) Ă©taient des simulacres. Cet homme a-t-il ses chances aujourd’hui ? Et est-ce l’intĂ©rĂȘt de son pays ? Qu’en pensent les Tunisiens ?

Une belle image en France

Taoufik est connu chez nous (du moins d’un public averti) pour ses articles dans divers hebdos et surtout pour ses deux ouvrages majeurs :“Le rire de la baleine” (Seuil 2000) oĂč parallĂšlement au rĂ©cit de sa grĂšve de la faim, il dĂ©cortique sans complaisance les tares de la sociĂ©tĂ© tunisienne et s’interroge sur les vraies motivations des humanitaires faussement naĂŻfs et les arriĂšre pensĂ©es des prĂ©tendus dĂ©mocrates qui le soutiennent.

L’annĂ©e suivante, dans “une si douce dictature” dont le titre est suffisamment explicite (publiĂ© chez La dĂ©couverte – RSF) il rĂ©cidive en dĂ©nonçant sous forme de chroniques bien enlevĂ©es un systĂšme violent, corrompu et mafieux. Mais aussi les difficultĂ©s du peuple Ă  s’organiser pour rĂ©sister. Et les trahisons intĂ©ressĂ©es.

Bref, depuis 10 ans, on ne pouvait plus dire : “Je ne savais pas…”

En outre, il faut saluer son courage. Alors que la France lui avait offert l’asile politique, il a tenu Ă  retourner dans son pays pour y continuer son combat en faveur de la dĂ©mocratie et de la libertĂ©. Et mĂȘme si sa notoriĂ©tĂ© le protĂ©geait du pire (encore qu’une disparition “inexpliquĂ©e” n’aurait pas empĂȘchĂ© le dictateur de dormir) elle ne le mettait pas Ă  l’abri des brimades et des tabassages.

Un écrivain président ?

On a le prĂ©cĂ©dent de l’auteur VĂĄclav Havel, dissident puis opposant au rĂ©gime communiste, devenu prĂ©sident de la TchĂ©coslovaquie en 1989 aprĂšs l’effondrement du bloc soviĂ©tique. Ben Brik peut-il faire de mĂȘme aprĂšs la faillite du systĂšme et la fuite pitoyable du “parrain” de la mafia tunisienne ?

Il s’est dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© en 2004, une tentative sans espoir mais parce qu’il fallait bien tĂ©moigner que tout le monde n’Ă©tait pas d’accord… Et il a Ă©tĂ© empĂȘchĂ© par le pouvoir d’ĂȘtre candidat en 2009. En usant d’une crapulerie juridictionnelle (qui semble avoir inspirĂ© les ennemis de Julian Assange) : une accusation de violences sexuelles et d’atteinte aux bonnes moeurs survenant juste avant le scrutin truquĂ©.

EnfermĂ© 6 mois en prison, juste aprĂšs le simulacre d’Ă©lection pour l’empĂȘcher de protester, sans jugement ni avocat, il sera finalement condamnĂ© Ă  6 mois fermes… Un jugement couvrant la prĂ©ventive, histoire de complaire au pouvoir, mais lui permettant de recouvrer la libertĂ© sans amplifier le scandale dĂ©clenchĂ© par son principal soutien : Reporters sans frontiĂšres.

Quel impact en Tunisie ?

Dans une interview donnĂ©e le 21 janvier au Nouvel Obs’, Ben Brik affirme bĂ©nĂ©ficier d’une grande considĂ©ration de la part de ses concitoyens. InstallĂ© dans la notoriĂ©tĂ© grĂące au web, malgrĂ© la censure qui l’ignorait entre deux accusations fantaisistes, il est reconnu dans la rue et acclamĂ© par les “gens d’en bas” dont il est lui mĂȘme issu (un pĂšre mineur et un frĂšre meneur de la revendication ouvriĂšre)

Par ailleurs il pense avoir le soutien des syndicalistes, des dĂ©fenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des intellectuels qui, dit-il, sont ses amis et alliĂ©s de toujours et ont soutenu son action. Sans Ă©carter pour autant l’Ă©ventualitĂ© d’une candidature issue directement de ces structures. En tout cas, il a dĂ©cidĂ© de se prĂ©senter quoi qu’il advienne.

Un projet politique cohérent

Bien sĂ»r, c’est aux Tunisiens premiers concernĂ©s de se prononcer, mais vues de France, les idĂ©es de Taoufik Ben Brik semblent Ă  la fois rĂ©alistes et porteuses d’espoir.

D’aprĂšs son entourage, il ne prĂ©tend pas faire table rase du passĂ©, mais au contraire rĂ©cupĂ©rer parmi les Ă©paves de l’ancien rĂ©gime ceux qui n’ont pas de sang sur les mains et n’ont Ă©tĂ© que des complices passifs de la corruption. C’est-Ă -dire pas mal de monde, tant les soutiens fictifs de Ben Ali Ă©taient nombreux et obligatoires pour avoir un emploi, passer un marchĂ©, ou obtenir une autorisation administrative.

Son premier objectif politique serait la crĂ©ation d’une assemblĂ©e constituante pour voter une nouvelle constitution offrant toutes garanties Ă  la libertĂ© d’expression, d’organisation et de vote. AprĂšs quoi, il projette d’organiser une convention nationale des responsables politiques, syndicaux et associatifs reprĂ©sentant toutes les sensibilitĂ©s de la sociĂ©tĂ© afin de dĂ©finir une dĂ©coupage de circonscriptions et des lois Ă©lectorales acceptĂ©es par tous.

Dans sa vision de la rĂ©organisation de l’Ă©tat, prioritĂ© serait donnĂ©e aux services publics. Jusque lĂ , rien Ă  dire.

Questions sur l’Ă©conomie

Seule son approche d’une “Ă©conomie de collectivitĂ©” peut poser problĂšme, tant il est vrai que partout oĂč le collectivisme a Ă©tĂ© tentĂ©, au sens dirigiste, ce fut un fiasco. Y compris en Tunisie dans les sixties sous l’inspiration d’Ahmed Ben Salah et l’action de Mansour Moalla. Et cela peut-il ĂȘtre compatible avec un pays qui, au plan Ă©conomique, est trĂšs avancĂ© et devance tous les autres pays du continent africain en termes de compĂ©tences et de productivité ?

Mais bon, reste Ă  savoir ce que Ben Brik place sous ce vocable inquiĂ©tant ? Un capitalisme populaire ? Des oligopoles incitatifs ? Un Ă©tat providence ? Une juxtaposition de structures coordonnĂ©es mais peu hiĂ©rarchisĂ©es ? Des supervisions techniques pour adapter le marchĂ© aux besoins ? Un systĂšme d’autogestion de petites et moyennes structures ?

Je suppose que, dans le cadre d’une vĂ©ritable campagne Ă©lectorale, l’intĂ©ressĂ© aura l’occasion de prĂ©ciser sa pensĂ©e. Alors, qui vivra, verra… Inch’allah !

Source : « Agoravox » Le 22-01-2011

Le Moyen-Orient analyse la révolution tunisienne


 

andis que les Tunisiens sont toujours baux prises avec les événements accélérés de ces derniers jours, la chute de Zine El Abidine Ben Ali et sa fuite, les blogueurs arabes poursuivent et partagent leurs réflexions sur la révolution tunisienne et sa signification pour le reste de la région.

Tandis que les Tunisiens sont toujours aux prises avec les événements accélérés de ces derniers jours, la chute de Zine El Abidine Ben Ali et sa fuite, les blogueurs arabes poursuivent et partagent leurs réflexions sur la révolution tunisienne et sa signification pour le reste de la région.

Le Syrien Abou Kareem, de Levantive Dreamhouse, explique ce qu’il y a de ‘stimulant’ dans la rĂ©volution tunisienne pour ses voisins arabes. VoilĂ  ce qu’il écrit:

C’est peut-ĂȘtre sa spontanĂ©itĂ©, son absence de chefs dĂ©signĂ©s qui lui donnent l’air d’une authentique rĂ©volution populaire et non d’un coup d’Ă©tat Ă  motif idĂ©ologique destinĂ© Ă  servir les dĂ©sirs d’un Ă©lectorat Ă©troit. Il est facile en tant qu’Arabe de se rĂ©signer au fait que les systĂšmes politiques stagnants et sclĂ©rosĂ©s sont immuables. C’est exactement cet Ă©tat de dĂ©sespĂ©rance et d’inertie que la plupart des dirigeants de la rĂ©gion s’efforcent d’instiller dans leurs peuples. ll tue l’espoir, empĂȘche le progrĂšs et maintient les dirigeants au pouvoir. J’espĂšre donc que les dirigeants de toute la rĂ©gion vont prendre note et qu’un frisson glacĂ© leur court l’Ă©chine pendant qu’ils observent la suite des Ă©venements Ă  Tunis ; cela leur fera peut-ĂȘtre reconsidĂ©rer leurs mĂ©thodes.

Le Bahraini Emoodz a rompu son silence de blogueur pour crier VIVE LA TUNISIE !

Il note :

J’ai suivi avec beaucoup d’excitation le dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements en Tunisie ; en toute honnĂȘtetĂ© j’avais trĂšs peu d’espoir que les choses Ă©voluent et en arrivent au point d’aujurd’hui. Je peux chercher autant que je veux, je n’arrive toujours pas Ă  comprendre comment les Tunisiens ont pu renverser un rĂ©gime en un mois.

Emoodz d’ajouter:

Il y a toute cette impression d’excitation qui fait le tour du monde arabe sur ce qui s’est passĂ©, soudain les agences d’information et les politologues expliquent que la Tunisie n’est que le dĂ©but de ce qu’on annonce comme un effet domino appelĂ© Ă  s’Ă©tendre aux autres gouvernements arabes dans la rĂ©gion, ce que je crois hautement improbable


Dans un billetintitulé Tunisie, dis que nous nous trompons, Saudi Hala_In_USA pose ces questions :

Par la suite, tous les yeux du monde arabe se tournent vers la Tunisie, est-ce que ce serait un nouveau commencement d’une dĂ©mocratie sans prĂ©cĂ©dent pour le Moyen-Orient ? attirant d’autres pays Ă  suivre l’exemple ? ou tomberait-elle sous la coupe des islamistes ou des hommes du mĂȘme vieux Ben Ali sous d’autres noms ?

Et elle exprime son anxiété :

J’ai des sentiments mĂȘlĂ©s Ă  cet Ă©gard, et partage les craintes de Robert Fisk de l’affreuse vĂ©ritĂ©, que les pays de la rĂ©gion tout comme en Occident ne soutiendront probablement jamais une dĂ©mocratie vĂ©ritable en Tunisie, de peur qu’il en sorte des effets dĂ©favorables, que les gens au pouvoirs n’acceptent que des Etats arabes soutenant les intĂ©rĂȘts occidentaux, la haine pour l’Iran et un contrĂŽle resserrĂ© de leur peuple
 Je n’en crois pas moins que les Tunisiens ont bien retenu les leçons de l’oppression et des corruptions, qu’ils n’oublieront pas facilement le corps en flammes de Bouazizi, ils se souviendront toujours des jours d’oppression, de pauvretĂ© et de pĂ©nurie amenĂ©s par le rĂ©gime totalitaire, mon espoir est que la Tunisie ouvre la voie Ă  une nouvelle Ăšre, pour voir la justice et vivre pour la premiĂšre fois un gouvernement du peuple, pour montrer que nous nous trompons, et prouver que les gens ont bien le choix, qu’ils peuvent avoir le choix et se construire un meilleur avenir


L’AmĂ©ricain-AlgĂ©rien Kal, qui Ă©crit sur The Moor Next Door, partage ces apprĂ©hensions, et note :

Le cas tunisien, avec toutes ses particularitĂ©s (l’hĂ©ritage de Bourguiba, la laĂŻcitĂ©, le niveau Ă©levĂ© d’Ă©ducation et de droits des femmes) reprĂ©sente une nouveautĂ© dans la politique arabe Ă  laquelle les observateurs doivent continuer de prĂȘter attention. Au dĂ©part les Ă©vĂ©nements de Sidi Bouzid Ă©taient minimisĂ©s comme des Ă©meutes du pain et non pas apprĂ©ciĂ©s pour la tournure qu’ils allaient prendre. Ce blogueur Ă©tait prudent, essentiellement pour la mĂȘme raison que les autres : des choses pareilles n’Ă©taient pas supposĂ©es se produire dans des pays comme la Tunisie. Ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit ici pendant le soulĂšvement ne l’a Ă©tĂ© que parce que cela arrivait au Maghreb (et parce que cela paraissait . . . Ă©trange). Ce serait vraiment triste, si toute la peine que les Tunisiens ont mise dans leur intifada Ă©tait confisquĂ©e par les vieux du parti et de l’armĂ©e pour se remettre en selle avec des comitĂ©s ou des hommes forts, comme cela a Ă©tĂ© le cas tant de fois auparavant. La question demeure : qu’est-ce qui sera fait ?

D’IsraĂ«l, Yael, sur Life in Israel, prĂ©dit que l’Egypte pourrait ĂȘtre la prochaine :

Il y a peu de chances, du moins dans l’avenir immĂ©diat, que les Ă©vĂ©nements de Tunisie –la premiĂšre chute d’un rĂ©gime autocratique dans le monde arabe à la suite d’un soulĂšvement populaire Ă  avoir des implications pour toute la rĂ©gion – enclenchent un effet domino de rĂ©volutions et de renversements de rĂ©gimes dans les autres pays du voisinage. Mais la quasi-totalitĂ© des spĂ©cialistes conseillent de suivre de trĂšs prĂšs l’Egypte parce qu’il est tout Ă  fait que celle-ci soit la prochaine Ă  suivre.

Elle poursuit :

Les masses arabes (pas seulement en Afrique du Nord, aussi au Levant et dans la pĂ©ninsule arabique) ont suivi la chute du rĂ©gime tunisien coup aprĂšs coup, crĂ©ant la possibilitĂ© que l’opinion dans de nombreux pays trouve une inspiration dans l’expĂ©rience tunisienne. Il est trop tĂŽt pour dire comment les choses vont se dĂ©rouler au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, chaque pays ayant son contexte unique qui dĂ©terminera sa trajectoire. Mais ce qui est certain, c’est qu’un glissement rĂ©gional est Ă  l’oeuvre, au moins dans cette mesure que les gouvernements ne peuvent plus continuer comme si de rien n’Ă©tait.”

Le Syrien Qunfuz examine de plus prĂšs la possibilitĂ© d’un tel “effet domino” dans la rĂ©gion. Il Ă©crit :

Si effet domino il y a, il ne sera pas immĂ©diat et n’avancera pas sans Ă -coups. Les conditions actuelles en Irak ne permettront pas, Ă  l’Ă©vidence, une rĂ©volution nationale unifiĂ©e contre le pouvoir. Un tel langage n’a mĂȘme aucun sens. En Syrie le prĂ©sident est raisonnablement populaire, mĂȘme si le rĂ©gime autour de lui ne l’est pas. Et si le prĂ©sident devait brutalement perdre la grĂące populaire, les Syriens craignent que la rĂ©volution ne conduise Ă  la guerre de religions et Ă  l’intervention israĂ©lienne – deux Ă©ventualitĂ©s rĂ©elles. L’Arabie saoudite est trop divisĂ©e entre tribus, et de nombreuses fractions de la sociĂ©tĂ© sont trop aisĂ©es pour des dĂ©sordres rĂ©volutionnaires. La population la plus en colĂšre dans le royaume est la communautĂ© chiite opprimĂ©e, mais tout ce qu’elle pourrait entreprendre se heurterait Ă  l’opposition fĂ©roce du wahhabisme profond. Bahrain, avec une majoritĂ© chiite politisĂ©e et intelligente face une famille rĂ©gnante sunnite oppressive, est un candidat plus probable au changement. L’Egypte est l’inconnue. D’un cĂŽtĂ©, l’Ă©chec du rĂ©gime mafieux de Moubarak est devenu retentissant. De l’autre, la plupart des Egyptiens n’ont pas le loisir de penser Ă  autre chose que leur prochain repas. Ils ne suivent pas les Ă©vĂ©nements sur Facebook ni mĂȘme al-Jazeera.Et c’est une quasi-certitude que toute tentative sĂ©rieuse de rĂ©volution populaire se traduirait par des milliers de morts. (Mais cela peut jouer dans les deux sens – rien de tel pour engendrer une rĂ©volution qu’une sĂ©rie de funĂ©railles. Voir la photo d’Ali Farzat ci-dessus.)

Peut-ĂȘtre que dans six mois les commentateurs non arabes jugeront que la rĂ©volution tunisienne Ă©tait une simple anomalie dans un monde arabe vouĂ© Ă  une stagnation Ă©ternelle. Mais ils se tromperont. La rĂ©volution exercera une contagion Ă  long terme Ă  travers toute la culture arabe, comme l’a fait avant elle la rĂ©volution iranienne. Elle changera l’air que respirent les Arabes et leurs rĂȘves.

Entre temps, retour Ă  Bahrain, oĂč Mahmood Al Yousif s’inquiĂšte que la Tunisie puisse maintenant passer d’un extrĂȘme Ă  l’autre. IlĂ©crit :

Je suis prĂȘt Ă  parier que le pendule va maintenant passer d’un extrĂȘme – dĂ©pouiller les Tunisiens d’un Ă©lĂ©ment important de leur identitĂ©, la religion – Ă  l’autre, et nous allons assister Ă  la montĂ©e de l’islamisme et des sentiments islamistes.

Alors, qui et quoi va ĂȘtre sacrifiĂ© sur l’autel de l’extrĂ©misme ? Le bon sens et la modĂ©ration.

Al Yousif ajoute :

Nous avons Ă©normĂ©ment Ă  apprendre de l’ “expĂ©rience tunisienne”, et les sages en bĂ©nĂ©ficieront le plus s’ils prennent le temps de comprendre ce qui a transpirĂ© et essaient d’appliquer ces leçons dans leurs propres sociĂ©tĂ©s en inculquant le respect des droits humains et leurs libertĂ© de foi, d’association, de pensĂ©e et de parole, et non en forçant les gens Ă  avaler telle ou telle doctrine.

Source: ”LeuroMag” Le 22-01-2011

Tunisie : Ben Ali et le culte du chiffre 7


 

Saviez-vous que Ben Ali porte une attention toute particuliĂšre au chiffre 7 ? En effet, c’est un vĂ©ritable culte que l’ex-prĂ©sident tunisien voue Ă  ce chiffre ! En Tunisie, rien n’est Ă©pargné : Places, marchĂ©, aĂ©roports, billets de banque… DĂšs l’arrivĂ©e au pouvoir de Ben Ali, en 1987,ce chiffre a pris une place prĂ©pondĂ©rante dans le pays.

Lorsque l’on s’y penche de plus prĂšs, on s’aperçoit qu’en Tunisie bon nombre d’endroits portent le chiffre 7, comme par exemple : la place du 7 novembre, la rue du 7 novembre, l’universitĂ© du 7 novembre, l’aĂ©roport international de Tabarka-7 novembre… Et parmi tant d’exemples nous retrouvons Ă©galement ce chiffre imprimĂ© au revers de certains billets de banque !

Un groupe Facebook a mĂȘme Ă©tĂ© créé avec pour thĂšme : “Contre le ridicule culte du chiffre 7 en Tunisie”. Hamadi Kaloutcha, cybermilitant et crĂ©ateur de ce groupe facebook, dĂ©clare sur sa page : “avons-nous si peu de personnages historiques, avons-nous si peu de rĂ©fĂ©rences culturelles, pour ne pas trouver de quoi appeler nos rues ?” Ironiquement, il va mĂȘme jusqu’à dire que Ben Ali a tellement surenchĂ©ri dans les rĂ©fĂ©rences Ă  ce chiffre qu’au final on pourrait se demander ce que la Tunisie possĂšde d’original, Ă  part le chiffre 7.

7 novembre 1987 : Cette date marque l’arrivĂ©e au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali Ă  la suite du coup d’Etat qui lui a permis d’écarter son prĂ©dĂ©cesseur, Bourguiba. Depuis, il marque, en quelque sorte, l’ensemble du territoire avec le chiffre 7. Mais alors pourquoi un tel dĂ©vouement pour ce chiffre ? Vincent Geisser, chercheur Ă  l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAN) explique sur LibĂ©ration que Ben Ali serait superstitieux. Et c’est ainsi que le 7 novembre 1987 deviendra jour fĂ©riĂ© dans le pays.

MĂȘme l’ancienne chaĂźne de tĂ©lĂ©vision nationale portait le chiffre 7 : TV7. Le logo Ă©tait tout en mauve, couleur favorite de Ben Ali. D’ailleurs, Ă  chaque rassemblement politique en faveur de l’ancien prĂ©sident, les militants « pro Ben Ali » portaient des Ă©charpes mauves. Notons que la chute du rĂ©gime Ben Ali a provoquĂ©, depuis le week-end dernier, le changement du nom de la chaĂźne, que rien ne justifiait Ă  part cette marotte prĂ©sidentielle. TV7 devient donc logiquement “TĂ©lĂ©vision tunisienne nationale”. La couleur de l’ancien logo change aussi au profit du rouge et du blanc, qui rappellent celles du drapeau national.

Les tunisiens mettent un terme Ă  ce culte

Dans sa chute, l’ancien rĂ©gime entraĂźne avec lui le culte du chiffre 7. Les Tunisiens sont dĂ©cidĂ©s Ă  mettre un terme Ă  tout ce qui fait allusion Ă  ce chiffre. Une vidĂ©o publiĂ©e sur Youtube montre un homme arrachant le portrait de Ben Ali sur un chiffre 7 pour le remplacer par le drapeau tunisien.

Source: “Afrik.com” Le 22-01-2011

Tunisie : quelques observations


 

Je termine Ă  l’instant une Ă©mission de radio Ă  Europe 1 avec Dominique Souchier qui me conduit Ă  quelques observations.

D’abord son invitation est la premiĂšre des mĂ©dias français, ce qui a suscitĂ© quelques surprises un peu partout, je vais donc remercier M. Souchier et son Ă©quipe. Mais j’ai Ă©tĂ© amenĂ© Ă  rĂ©futer des questions qui pour moi n’ont aucun sens.

Pourquoi, m’a-t-on demandĂ©, avais-je conservĂ© des relations avec le prĂ©sident Ben Ali ?

Comme je n’ai jamais eu de relation avec ce prĂ©sident, je ne vois pas comment j’aurais pu les conserver. J’Ă©tais au contraire parmi les tous premiers français Ă  publier des enquĂȘtes contre son rĂ©gime policier, et en particulier Ă  dĂ©fendre nos confrĂšres tunisiens.

D’autre part, je n’ai jamais pensĂ© que les autoritĂ©s françaises avaient bien fait de garder un silence embarrassĂ© aprĂšs la fuite du prĂ©sident Ben Ali.

J’ai dit en revanche et je veux rĂ©pĂ©ter ici que Mme Alliot-Marie, quand elle offre ses services pour mater les patriotes tunisiens en rĂ©bellion, fait une gaffe dont elle ne guĂ©rira jamais. Mais elle exprime les sentiments du gouvernement tout entier, comme ceux de Sarkozy. Pour ce dernier, la chute de Ben Ali ne pouvait ĂȘtre provoquĂ©e que par des ennemis de la France et de l’Occident et par des idĂ©es virtuelles de l’islamisme. C’est-Ă -dire que contrairement aux AmĂ©ricains, des responsables français ont sous-estimĂ© gravement, trĂšs gravement, des rĂ©voltes que suscitaient les comportements dĂ©sastreux, et digne du grand banditisme, de la famille de Ben Ali.

En mĂȘme temps on ne peut jamais savoir ce que devient une rĂ©bellion. Un ministre a le droit de se demander s’il peut encourager les insurgĂ©s sans ĂȘtre au fait que l’insurrection va rĂ©ussir. Avant la fuite de Ben Ali et l’Ă©croulement du rĂ©gime, il fallait que des tĂ©moignages discrets puissent ĂȘtre donnĂ©s aux insurgĂ©s mais il ne fallait surtout pas donner l’impression qu’on Ă©tait complice de Ben Ali.

Source : « Le nouvel obsevateur » Le 22-01-2011

Pamiers. Ils vivent la révolution tunisienne à distance


 

Regards de deux AppamĂ©ens d’origine tunisienne sur la situation de leur pays aujourd’hui. Attendaient-ils cette rĂ©volution ? Sont-ils inquiets pour leurs proches?

Ils sont nĂ©s en Tunisie et ils habitent Pamiers depuis des dĂ©cennies. Cette rĂ©volution qui s’opĂšre aujourd’hui dans leur pays d’origine, ils la vivent de loin. Par tĂ©lĂ©phone, avec leurs proches restĂ©s au pays, ou encore Ă  la tĂ©lĂ©vision. Tous ont des tas de choses Ă  raconter, la plupart s’y attendaient et sont « heureux », mĂȘme s’ils restent prudents face Ă  ce changement « si radical ». Tous ont peur en tout cas puisque ici, Ă  Pamiers, Ă  plus de 1 000 km de la capitale, deux AppamĂ©ens nĂ©s en Tunisie, tous deux professionnels de santĂ©, ont acceptĂ© de s’exprimer. A une seule condition : que leurs tĂ©moignages restent anonymes.

« En France, les gens ne se rendent pas compte, lance R.J. Je retourne tous les deux mois en Tunisie, je ne veux pas que mon nom apparaisse dans le journal, j’ai peur de ne pas pouvoir revenir Ă  Pamiers et j’ai peur pour ma famille qui vit lĂ -bas. »

Professionnel de santĂ©, R.J. est arrivĂ© en France pendant ses Ă©tudes et il comprend la rĂ©volte de ces jeunes diplĂŽmĂ©s qui restent dĂ©sespĂ©rĂ©ment sans emploi. À l’image du jeune Sidi Bouzid, aujourd’hui Ă©rigĂ© en martyr, qui avait fini par devenir marchand ambulant pour survivre. « Mon neveu est ingĂ©nieur, tĂ©moigne-t-il, il gagne 400 euros par mois ; pour la Tunisie, ce n’est pas trop mal, mais il a eu vraiment beaucoup de chance de trouver un emploi. »

Les autres ? Ils survivent, avec des petits boulots, ou tentent de partir ailleurs : l’Europe, le Canada. « Faire des Ă©tudes n’a jamais Ă©tĂ© une garantie de rĂ©ussite, obtenir un visa pour l’Ă©tranger, c’Ă©tait ça le passeport pour avoir une vie normale. Mais c’est devenu de plus en plus dur, alors les jeunes ont craquĂ©, et je les comprends. »

Indulgents envers l’ancien gouvernement

Bizarrement, R.J. et A.R., lui aussi installĂ© Ă  Pamiers, ne condamnent pas l’ancien PrĂ©sident Ben Ali aussi fermement que leurs compatriotes sur place. « Le chef de l’État s’en est mis plein les poches, c’est sĂ»r, mais est-ce vraiment diffĂ©rent en France ou ailleurs ? Il y a du favoritisme partout dans les hautes sphĂšres ». L’autre tempĂšre : « Peut-ĂȘtre plus chez nous qu’ailleurs ». Pour sa dĂ©fense, R.J. dresse un constat de la Tunisie d’aujourd’hui : « Jl y a 70 % de jeunes, il y a beaucoup trop de demandeurs d’emploi pour trop peu de places ; la crise Ă©tait inĂ©vitable, n’importe quel gouvernement n’aurait pu y Ă©chapper ».

Tous sont en tout cas unanimes pour qualifier ce mouvement de vĂ©ritable « rĂ©volution » et se disent « heureux » de voir leur pays « libĂ©rĂ© ». « C’est la fin d’un État policier, il faut imaginer le nombre d’agents qu’il y a dans les rues ; les Tunisiens ont besoin de s’exprimer, de travailler, de vivre ! » dĂ©clare R.J.

Quant Ă  parler de lendemains qui chantent, notre AppamĂ©en Tunisien reste frileux, voire sceptique : « Il ne faut pas s’emballer, moi j’attends de voir ; je ne peux pas analyser la situation Ă  chaud, il faut attendre, confie-t-il. Je ne veux pas ĂȘtre nĂ©gatif mais je reste prudent ».

Source : « La Depeche » Le 22-01-2011

Tunisie : tous victimes de Ben Ali


 

Les policiers tentent de rallier la rĂ©volution du Jasmin en Tunisie. Ils manifestaient ce matin devant le siĂšge du gouvernement, rĂ©clamant la crĂ©ation d’un syndicat pour dĂ©fendre leurs droits. Ils ont bloquĂ© un moment l’accĂšs du bĂątiment Ă  la voiture du prĂ©sident tunisien, Foued Mebazaa.

En premiÚre ligne dans la répression sanglante qui a fait une centaine de morts, ils redoutent des représailles.

Une peur partagĂ©e par les anciens caciques du rĂ©gime recyclĂ©s dans le gouvernement de transition, Premier ministre en tĂȘte. Ce dernier a tentĂ© d’apaiser les esprits hier soir. “Ce Ă  quoi je m’engage en tant que responsable de ce gouvernement provisoire, c’est Ă  me retirer de la vie politique aprĂšs cette pĂ©riode de transition,” a dĂ©clarĂ© Mohamed Ghannouchi.

Mohamed Ghannouchi a décrété trois jours de deuil national en hommage aux victimes du soulÚvement et a promis des compensations à leurs familles.

Alors que l’armĂ©e assure la sĂ©curitĂ©, les policiers se sentent abandonnĂ©s. “On n’a rien nous pour nous protĂ©ger et en plus on est attaquĂ© par tout le monde ! On veut la libertĂ©, mais on n’est pas encore libre !” se plaignait un manifestant.

Le gouvernement de transition a libĂ©rĂ© les prisonniers politiques et s’est engagĂ© Ă  organiser des Ă©lections sous six mois. Mais la population tunisienne maintient la pression, de peur qu’on ne lui confisque sa rĂ©volution.

Source : « euronews » Le 22-01-2011

Tunisia’s future hangs on electoral reform


 

All eyes are now on the composition of Tunisia’s new transitional government. Its primary purpose is to prepare for democratic elections so that Tunisians can decide who should represent them in the long term. The makeup of the government is crucial: people must have confidence that it is preparing the elections in good faith.

Without such confidence there could be turmoil and unrest at every stage in the coming months. The preparation of genuinely democratic elections requires nothing less than a systematic overhaul of the country’s electoral laws and practices, which are deeply flawed after decades of dictatorship.

First, efforts must be made to create a level playing field for political contestants. The announcement onreleasing political prisoners and lifting restrictions on press freedoms, human rights groups and political party registration is an important step forward. This must be effectively and speedily implemented. Freedom of speech and assembly must be fully respected so that people can freely express their opinions and organise political campaigns.

Discussions on electoral reforms must include a wide range of stakeholders to agree an improved framework to regulate the conduct of the elections. Given the urgency of the situation, the transitional government may be tempted to use the old electoral law or to proceed without consultation. But either of these steps is likely to undermine public and international trust in the integrity of the elections.

The opposition has already demanded the creation of an impartial body to supervise elections. It is right. Past elections were organised by the interior ministry which, although technically competent, was not impartial. A new election body must have wide powers, be broad-based, and command the confidence of political stakeholders and the wider public.

Given current time constraints, a new election body will not be able to develop the capacity to organise the elections. However, it can make all the major decisions and supervise implementation by the public administration, which has the necessary technical means to run elections. The 2007transition elections in Mauritania were successfully conducted within such a framework.

An election body would need to look at the voter registers. While Tunisia has the capacity to establish a reliable register, there have been allegations that some groups of potential opposition supporters, such as young urban voters, were deliberately excluded from the lists. The accuracy of the existing lists should be carefully reviewed and the new register publicly displayed.

Candidates and parties should be given proper access to the media, in particular public channels, which should be committed to fair coverage. Generous free airtime should be provided so that new parties and candidates can present their platforms. Public campaign finance should be available to offset the likely financial advantages of those who were allied to the Ben Ali regime. Both campaign expenditure and media coverage should be carefully regulated, with the latter independently monitored.

Transparency is required in all aspects of the process and must be open to scrutiny by media, civil society and Tunisian and international election observers, as well as party representatives and candidates. Most important, the election body should conduct elections in an open and consultative manner. Election results should be immediately published in polling stations and posted on the internet.

Finally, a fair, accessible and timely process for adjudicating electoral disputes should be established. Again, this must command confidence among those participating in the elections and the wider public. Recently contested elections in Kenya, Haiti and Ivory Coast have demonstrated the price of getting this part of the electoral process wrong.

The key issue now is how fast all these things can be achieved. According to the constitution, the presidential election needs to take place by 15 March at the latest. This would leave precious little time to truly reform the electoral framework and provide parties and candidates with a chance to become known to the electorate. The alternative is to ignore the constitution and set a later election day. For the stability of the country, it will be important to have a degree of consensus on whatever decision is made.

In addition to the general framework, a specific provision requiring a presidential candidate to have the support of 30 members of the lower house of parliament or municipal mayors, which would give representatives of the old regime a say in determining who can stand, must be abolished before the presidential election is held.

As far as parliamentary elections are concerned, there is no deadline to be met. When deciding on the timing, competing considerations come into play. On the one hand, the momentum for change can get lost if elections are not held soon. On the other, they should not be held before the flaws in the electoral framework have been fixed.

The complicating factor with parliamentary elections is that, beyond arrangements to encourage a level playing field, the electoral system must be changed. Currently it ensures that one party will gain hegemonic control of parliament. In the past, parties of the legal opposition were merely allowed quotas of seats to create a democratic facade.

Given decades of repression, a real political-party spectrum has yet to emerge. A new election system should allow independent candidates to compete. It should also be designed to produce relatively proportional results so that all new political groupings have a chance of winning representation.

The elections will bring Tunisia to a crossroads. If they are open and credible, they will create the confidence and legitimacy required for genuine long-term stability. But if Tunisians view the elections as no more than political window-dressing, the country is bound to see more trouble and a “once in a generation” opportunity to establish a democracy will be wasted.

Source: “The Guardian” Le 22-01-2011

Lire aussi ces articles

6 septembre 2009

Home – Accueil   TUNISNEWS 9 Úme annĂ©e, N° 3423 du 06.10.2009  archives : www.tunisnews.net   LE PSE CONDAMNE L’EXCLUSION DE

En savoir plus +

5 mars 2006

Home – Accueil – Ű§Ù„Ű±ŰŠÙŠŰłÙŠŰ© TUNISNEWS 6 Úme annĂ©e, N° 2113 du 05.03.2006  archives : www.tunisnews.net VĂ©ritĂ©-Action Tunisie: Elargissement de quelques

En savoir plus +

Langue / لŰșŰ©

Sélectionnez la langue dans laquelle vous souhaitez lire les articles du site.

Ű­ŰŻŰŻ Ű§Ù„Ù„ŰșŰ© Ű§Ù„ŰȘي ŰȘŰ±ÙŠŰŻ Ù‚Ű±Ű§ŰĄŰ© Ű§Ù„Ù…Ù†ŰŽÙˆŰ±Ű§ŰȘ ŰšÙ‡Ű§ Űčلى موقŰč Ű§Ù„ÙˆÙŠŰš.