21 décembre 2008

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TUNISNEWS

8 ème année,N° 3134 du 21.12.2008

 archives : www.tunisnews.net  


 

Alkarama for Human Rights: Tunisie : Nouvelle arrestation du Dr. Chourou, libéré il y a un mois après 18 ans de détention arbitraire Xinhua: La Tunisie reçoit le prix de l’ONU pour la coopération Sud-Sud Houcine Bardi: LES MARGES DÉSOBÉISSANTES – Vraies accoucheuses du changement ! 8ème Assemblée Générale du Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme: Déclaration finale Le Monde: Les religions à l’épreuve de la mondialisation


Liste actualisée des signataires de l’initiative du Droit de Retour : http://www.manfiyoun.net/fr/listfr.html Celles et Ceux qui veulent signer cet appel sont invités à envoyer leur: Nom, Pays de résidence et Année de sortie de la Tunisie sur le mél de l’initiative : manfiyoun@gmail.com

 

 Tunisie : Nouvelle arrestation du Dr. Chourou, libéré il y a un mois après 18 ans de détention arbitraire

 

 
Alkarama for Human Rights, 19 décembre 2008 Alkarama s’est adressée aujourd’hui au Groupe de travail sur la détention arbitraire et au Rapporteur spécial sur la liberté d’expression pour leur demander d’intervenir dans l’affaire de Dr Sadok Chourou. L’ancien président du mouvement politique tunisien Al Nahdha a été arrêté le 3 décembre 2008 alors qu’il venait tout juste d’être libéré le 5 novembre après 18 ans de détention. Il avait donné quelques jours avant son interpellation plusieurs interviews. Dr Sadok Chourou est né le 10 février 1948. Il est marié et père de quatre enfants. Docteur d’état en chimie, il est professeur d’université et a par le passé enseigné à la faculté de médecine de Tunis. Arrêté une première fois le 17 février 1991 en tant que président du mouvement politique Al Nahdha, il a été détenu au secret durant une longue période et gravement torturé par les services du ministère de l’intérieur. Traduit devant le tribunal militaire de Tunis en 1992, il a été condamné à la prison à vie à la suite d’un procès qualifié d’inéquitable par toutes les ONG de défense des droits de l’homme qui ont unanimement considéré le Dr Chourou comme un prisonnier d’opinion. Il a connu un régime de détention particulièrement dur en étant notamment emprisonné dans une cellule d’isolement absolu durant 14 années. Il a engagé plus d’une dizaine de grèves de la faim pour protester contre ses conditions inhumaines de détention, la dernière en 2007. Il a été remis en liberté le 5 novembre 2008, après 18 années d’emprisonnement, à la suite d’une grâce accordée par le gouvernement à 21 membres du mouvement Al Nahdha à l’occasion du 21ème anniversaire de l’accession au pouvoir du président Zine Ben Ali en 1987. Le 21 novembre suivant, son domicile à Mornag (30 km au sud de Tunis) a fait l’objet d’une perquisition policière et le Dr Chourou a été interpellé durant toute la journée en raison de la réception organisée par sa famille pour fêter sa libération . La réception a été interdite par la police qui a procédé au quadrillage de tout le quartier et a empêché par la force et la menace les invités de s’y rendre. Personnalité politique particulièrement connue en Tunisie et dans le monde arabe, le Dr Chourou a également été sollicité par de nombreux médias. Il a accordé plusieurs interviews par téléphone, dont l’une à la chaîne de télévision arabe Al Hiwar le 1er décembre 2008 au cours de laquelle il a abordé la question des libertés civiles et politiques dans son pays ainsi que les conditions de sa détention. Il a également affirmé au cours de cette même interview son intention de ne pas renoncer à ses droits civils et politiques et de demander aux autorités tunisiennes la légalisation de son mouvement politique au nom de la liberté d’association. C’est la raison pour laquelle il a de nouveau été arrêté le mercredi 3 décembre 2008 à 16 heures 30. Son domicile a été investi par une dizaine d’agents des services du ministère de l’intérieur qui l’ont emmené de force vers une destination inconnue sans présenter ni mandat d’arrêt ni motifs de son arrestation. Emmené au siège des services du ministère de l’intérieur, il a été contraint à rester deux journées entières assis sur un tabouret dans une petite cellule exiguë, dépourvue de toute commodité. Entendu par les services de sécurité dans le cadre de l’enquête préliminaire, il a été interrogé à propos de ses interviews et de ses déclarations aux médias. Il a été présenté devant le tribunal de 1ère instance de Tunis le 05 décembre 2008 à l’issue de sa garde à vue sous l’accusation d’avoir repris ses activités politiques et d’avoir parlé au nom d’un mouvement interdit. Ilt a été inculpé en vertu de l’article 30 du code des associations qui réprime  » la participation, le maintien et la restructuration d’organisations non agréées ». L’audience a été reportée au 13 décembre 2008. Le Dr Sadok CHOUROU a fait une déclaration préliminaire devant le tribunal pour affirmer qu’il ne renoncerait pas à son droit d’exprimer librement ses opinions, dénoncer les conditions illégales de son arrestation et de sa détention en garde à vue. Il a également rappelé dans son intervention  » que ses déclarations contenues dans le procès verbal ont été falsifiées « , que s’il avait effectivement eu l’honneur de présider le mouvement Al Nahda de 1988 à 1991, ce mouvement avait désormais sa direction et ses institutions et qu’il ne lui appartenait pas, en tant que détenu libéré depuis quelques semaines seulement, d’avoir d’autres ambitions que celles de s’informer des évènements, d’essayer de les comprendre et de les analyser et d’exprimer ses opinions à l’occasion « . Le Dr Chourou a également  » exprimé son étonnement de faire l’objet de l’accusation de maintien d’une organisation non autorisée en raison de l’impossibilité à un seul individu, isolé de surcroît, de réaliser une telle action qui requiert des déplacements entre les militants, la tenue de réunions, de congrès, d’élections, la constitution d’un bureau exécutif, l’élection des membres etc. et de s’interroger  » si un individu isolé tel que lui, cerné dans son domicile depuis sa sortie de prison le 5 novembre 2008, auquel même l’accès de ses invités chez lui n’est pas autorisé en raison de la fermeture (par la police) de la voie publique, comment un tel individu pourrait-il penser même à un tel projet ? « . La défense a plaidé au cours de l’audience le caractère irréaliste des accusations, ainsi que « le caractère politique » du procès en démontrant que le Dr Chourou n’avait fait que qu’exprimer ses opinions ». Le Dr Sadok Chourou a cependant été condamné à une peine d’une année d’emprisonnement ferme par jugement rendu le même jour. Cette arrestation ainsi que la condamnation violent à la fois la loi interne tunisienne que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par la Tunisie le 18 mars 1969.

La Tunisie reçoit le prix de l’ONU pour la coopération Sud-Sud

 

 2008-12-21 08:33:04       TUNIS, 20 décembre (Xinhua) — La Tunisie vient d’obtenir le  prix des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud, a rapporté  samedi l’agence Tunis Afrique Presse (TAP).       Nébiha Gueddana, président directeur général de l’Office  National tunisien de la Famille et de la Population (ONFP) a reçu  ce prix lors d’une cérémonie organisée au siège des Nations Unies  à New York, à l’occasion de la célébration de la « journée des  Nations Unies pour la coopération Sud-Sud ».       Le prix est attribué à la Tunisie en reconnaissance des  performances accomplies dans la mise en oeuvre du « projet Kollo ».       Le projet Kollo consiste en coopération trilatérale entre la  Tunisie, le Niger et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) en matière de santé maternelle et reproductive. L’ONFP l’a réalisé dans la localité nigérienne « Kollo ».

 

 

 

LES MARGES DÉSOBÉISSANTES

Vraies accoucheuses du changement !

 

 

 

« Tous les hommes admettent le droit à la révolution ; c’est-à-dire le droit de refuser l’allégeance au gouvernement, et celui de lui résister, quand sa tyrannie où son inefficacité sont grandes et insupportables. Mais, presque tous, disent que tel n’est pas le cas, à présent. »

H. D. THOREAU,La désobéissance civile, Mille et Une Nuits, p. 23

 

 

 

Tout, ou presque, a été dit sur le mouvement social du bassin minier de Gafsa… Tout, sauf l’essentiel. Cette assertion peut paraître, pour certains, provocatrice, voire même arrogante. Mais il n’en est rien. Elle est le résultat d’un constat objectif aussi douloureux que navrant ! Expliquons-nous :

 

Les « réflexions » qui ont été proposées jusqu’à présent, pour tenter de comprendre le phénomène de « rébellion » de Gafsa, se sont contentées de décrire la lutte menée par la population de Gafsa, leur détresse, la disproportion des moyens de répression utilisés par le pouvoir central et son cortège de victimes, et enfin l’utilisation de la justice, dépendante et partiale, pour les contraindre au silence…

 

Or, ce que l’on a appelé essentiel se situe, désormais, ailleurs. Il niche dans les marges. Celles-ci étant définies par référence, tantôt à la centralité (politique, administrative, économique, etc.) de la capitale, voire même les grandes villes tunisiennes (toutes littorales…), tantôt par référence aux centres « institutionnels » de prise de décision et de « représentativité » officielle ou officieuse de « la société civile ». Le premier critère est géo-économico-politique, le second appelons-le institutionnel.

 

Les marges désobéissantes dont il est question peuvent ainsi être déclinées :

 

1)      Sur le plan géographique, déjà, la ville de Gafsa se situe presque au fin fond du Sud-ouest tunisien, c’est-à-dire en marge des « grandes » villes tunisiennes et, a fortiori, loin, très loin de la capitale.

 

2)      Les principaux acteurs de ce mouvement sont eux aussi des « marginaux » : qu’il s’agisse des leaders syndicaux locaux, qui ont pris le parti de la population déshéritée, se positionnant ainsi de facto contre la « petite bureaucratie » (locale) tout autant que sa « mère grande », s’attirant ainsi les représailles « disciplinaires » de la part de la bien-pensance bureaucratique (le cas de Adnane HAJI résume à lui seul cette situation ubuesque… sa réintégration à la veille du procès du 11/12, n’est que trop tardive !) ; il en est de même des chômeurs, deux fois plus nombreux que la moyenne nationale ; parmi eux, les chômeurs diplômés (qui représentent plus de 40 % des sans-emploi en Tunisie) constituent la force motrice du mouvement… Démographiquement, sociologiquement, et économiquement, toutes ces catégories constituent des minorités (plus ou moins marginalisées) dans les groupes et corporations considérés…

 

3)      Les mouvements et partis politiques ne sont pas en reste. Ce ne sont pas les partis d’opposition classique qui ont le plus soutenu le mouvement du bassin minier. Nous avons, en effet, remarqué un engagement incomparablement plusimpliqué de la part de groupuscules habituellement en retrait par rapport à ce qui fait la pluie et le beau temps des partis classiques…

 

4)      Sur la scène « officielle » de la défense des droits de l’homme, on a pu également relever l’apparition de leaders n’occupant pas « les hauts rangs » traditionnels au sein de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme… Ce sont donc des acteurs « provinciaux », en prise directe et réelle avec le vécu quotidien (fait de misère, d’exclusion et de répression) qui ont éclipsé (sur le terrain) la direction nationale, laquelle a cependant continué, paradoxalement, à capitaliser la sympathie à l’échelle internationale… Une sorte de « divorce » a été pratiquement « consommé » entre ceux qui tiennent habituellement le haut du pavé (« droits-de-l’hommiste ») et ceux qui le battent concrètement et sans relâche, en assurant la fluidité des informations et l’instantanéité du soutien… au prix d’incessants harcèlements, d’assignation à résidence de fait, et d’interdictions arbitraires de circuler…

 

5)      L’implication des avocats dans le soutien de ce mouvement a été on ne peut plus évidente. Et là aussi, il nous a été donné de remarquer, le détachement très net de certaines figures se situant en marge de l’institution officielle représentative des porteurs de robes noires… et des « ténors » habituels du Barreau. En dehors du cas de M. le Bâtonnier Abdessattar Ben MOUSSA, ce sont surtout de jeunes avocats (le fait qu’ils ne puissent pas plaider devant la cour de cassation, en est un indice…) qui se sont mobilisés —et nettement distingués— dans la défense des déshérités de Gafsa et des victimes de la répression…

 

6)      De même, on a pu constater la présence massive des femmes de la région (en particulier celles de Redeyef) et leur rôle prépondérant tout le long du Mouvement. Il est vrai que la femme, en Tunisie, occupe une place moins marginale que celle qui est la sienne dans les autres pays arabes, mais elle demeure néanmoins en deçà de l’égalité d’avec l’homme. Cette inégalité est très voyante en particulier dans le champ politique… Notre société conserve toujours ses traits patriarcaux… L’emprisonnement de Mme Zakia DHIFAOUI, tout en étant la preuve de l’implication des femmes dans le Mouvement, consacre la révélation d’un « nom » jusqu’ici peu connu des médias et du public… habitués à entendre presque toujours les mêmes noms de femmes résistantes à l’oppression… Il convient également de signaler que l’une des rares avocates à s’être fortement impliquée dans la défense des populations réprimées a été évincée de la direction de l’ATFD lors du récent congrès de cette association… Encore une fois on enregistre donc le dilemme de l’individu aux prises avec l’institution à laquelle il appartient…

 

7)      En ce qui concerne les médias il est très significatif de constater que ce sont surtout des amateurs (blogueurs, internautes, facebookeurs, etc.) qui ont couvert les événements avec des moyens de fortune, tels les téléphones portables qui ont permis de filmer et de photographier les manifestations, les sit-in, les accrochages avec les forces de l’ordre… De même il est significatif de souligner le rôle singulier joué par un journaliste de la chaîne « AL HIWAR ATTOUNSI » (parias des télévisions tunisiennes !) qui a écopé de six ans d’emprisonnement par contumace, pour avoir persisté à accomplir son devoir de journaliste indépendant, au mépris des interdits illégaux imposés par les autorités…

 

8)      Enfin, l’immigration (à travers certaines associations, et des militants toutes tendances, contestataires, confondues) a joué un rôle considérable dans le soutien des populations du Bassin minier, et le desserrement de l’étau médiatique/officiel imposé par la dictature en vue d’étouffer —dans le silence et l’isolement— le Mouvement. La condamnation du Président de la FTCR à deux ans d’emprisonnement, dans le procès du 11/12, constitue à cet égard une exaction à peine revêtue des oripeaux de la justice tunisienne plus que jamais serve de l’autoritarisme… L’immigration étant ici rattachée, par le jeu de la souveraineté, au pouvoir politique du pays d’origine. Les tunisiens établis en France métropolitaine occupent une place marginale parmi le peuple tunisien… et les acteurs associatifs et politiques qui ont fondé « Le comité de soutien (parisien) à la population du Bassin minier » ne représentent qu’une infime minorité de la « diaspora » tunisienne…

 

Outre ces traits caractéristiques du déplacement de la « contestation » réelle en dehors des cadres institutionnels classiques (UGTT, partis politiques à l’exception du POCT, LTDH, ATFD, SNJ, AJV), deux remarques d’ordre général méritent, de notre part, la plus grande attention :

 

1.      Il s’agit en premier lieu de l’utilisation quasi-systématique de la « torture sexuelle », avec, malheureusement, une redoutable efficacité quant à l’extorsion des « aveux ». Ce qui trahit (et ce n’est nullement un reproche que l’ont fait aux victimes) un manque de professionnalisme chez les personnes qui en ont été victimes, soit directement, soit à travers l’exposition des membres de leurs familles.  Ce qui ne va pas sans nous renvoyer à un attachement typiquement oriental à la tradition, la morale et la culture religieuses, otages, s’il en était, de la « pudeur orientale», qui se transforme en une arme terrible entre les mains des oppresseurs…

 

2.      Il s’agit en second lieu de l’abus manifeste dans le recours, fait par l’Etat, au « monopole de la violence légitime ». C’est un sujet quasiment tabou, que celui de remettre en cause « la légitimité » de l’utilisation de la force publique contre les populations civiles qui protestent de manière pacifique, désarmée et inoffensive…

 

Cette violence policière est la sanction ultime du refus de soumission à la violence économique,  politique, écologique, et symbolique, de l’Etat… d’où l’importance d’une réflexion profonde sur les notions de « droit de résistance à l’oppression » et de son corollaire « le devoir d’insurrection », on y reviendra. Le Pouvoir ne considère pas les contestataires de l’ordre (injuste) établit, en tant qu’« adversaires politiques », mais en tant qu’ennemis, dont il importe d’annihiler l’existence physique, au moyens de la destruction (la répression a fait trois victimes…) ou par le biais de la privation de liberté via l’emprisonnement, ou l’assignation à résidence de fait… C’est le « biopouvoir » Foucaldien au sens brut !

 

Chacune des « observations » mentionnées ci-dessus, mérite sans doute une étude à part et une analyse spécifique approfondie. Si on a choisi seulement de les parcourir, c’est pour en faire ressortir, de la manière la plus évidente, le point commun, à savoir « la posture marginale ». En ce sens où ce n’est guère, par exemple, l’UGTT qui a défendu les ouvriers (ou les chômeurs) des mines, mais des syndicalistes locaux (non connus jusqu’à présent) ; ce n’est pas la LTDH qui a été aux avant-postes de la défense des droits et libertés bafoués dans la région, mais des « ligueurs » « provinciaux » qui ont pris l’initiative de créer « Le Comité National de Soutien aux Habitants du Bassin minier » ; ce n’est pas l’Ordre National des avocats (encore moins l’Association des Jeunes Avocats, accaparées par les RCDistes) qui a assuré directement la défense des victimes « judiciaires » de la répression, mais un groupe d’avocats non représentés au sein dudit Ordre ; ce n’est pas l’ATFD qui a pris à bras-le-corps la cause des déshérités (en particulier, les femmes puisqu’il semblerait que cette association s’obstine à vouloir cantonner son « action » dans les strictes limites du sexe féminin…soi-disant en conformité avec son « objet » associatif…), mais de rares femmes dont la cheffe de file a été évincée de la direction, lors du dernier Congrès de ladite association ; ce n’est pas le Syndicat des Journalistes Tunisiens qui a défendu concrètement le droit des tunisiens à l’information, mais une télévision marginale, et surtout un de ses journalistes qui a bravé « les tabous informationnels » au prix d’une condamnation par contumace à 6 ans d’emprisonnement, etc.

 

 

Je sais pertinemment que ces vérités, pas bonnes à dire, (mais tout de même dites), ne manqueraient pas de déranger, au plus haut point, « l’establishment oppositionnel et démocratique ». Je n’en fais (et ne ferai), en aucun cas, mes adversaires, encore moins mes ennemis, même s’ils (elles) tenteraient immanquablement de m’y acculer (ce sera peine perdue) ! Ces vérités devaient être dites en toute sérénité, si tant est qu’on souhaite réellement construire une opposition démocratique performante. Elles doivent urgemment faire l’objet d’un débat public, contradictoire, argumentatif et constructif, sans concessions ni fausses compromissions !

 

Ce qui s’est passé, durant presque huit mois, dans le bassin minier de Gafsa, dans le Sud-ouest tunisien, a ramené —avec un heureux fracas— au devant de la scène politique du pays cette question cruciale négligée par la plupart des acteurs politiques et associatifs d’opposition. Voici, en effet, toute une région miséreuse qui se révolte contre le pouvoir central et ses représentants locaux (bureaucratie syndicale comprise) pour avoir été totalement « oubliée », méprisée, et livrée à la désertification sociale, économique et culturelle.

 

Ces « gueux », ces « va-nu-pieds » qui refusent « indécemment » de souffrir en silence et qui « osent » déchirer la fibre des habitants du palais par leurs saumâtres complaintes, n’ont eu droit qu’à la seule réponse pouvant venir d’une dictature sourde et impitoyable, celle de la répression sauvage qui a déjà emporté trois vies humaines, blessé des centaines, torturé autant et emprisonné des dizaines…

 

L’intransigeance du pouvoir assassin et son recours systématique à la répression sauvage et généralisée trahit le mépris sans limite qu’éprouvent les gouvernements à l’endroit de cette population appauvrie et totalement abandonnée, situé dans l’arrière-pays insignifiant et inutile… Sauf à procurer — moyennant, au meilleur des cas, des salaires de misère– du phosphate à « l’économie nationale ». La réification massive n’est certes pas une spécificité gafsienne, mais elle est ici incomparablement plus criante que partout ailleurs en Tunisie…

 

Le recours à cette folle répression pour contraindre — dans le sang– au silence des centaines de milliers de tunisiens, dont le seul tort fut de réclamer du travail et une relative amélioration de leurs conditions de vie misérable, trahit également l’essence dictatoriale du pouvoir issu du coup d’état du 7 novembre 1987, qui ne connaît qu’une seule méthode de résolution des conflits sociaux ; un seul moyen de « régulation » sociétale, à savoir la répression et toujours davantage de répression, oubliant dans la foulée de cet engrenage fascisant que l’« on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus » (Talleyrand). Vérité absolue que le régime despotique régnant présentement en Tunisie continue obstinément à ignorer, et dont on entrevoit  —à travers Gafsa la re-belle— l’imminente tombée de la sentence qu’il mérite. On ne peut, en effet, asseoir ad vitam aeternam le pouvoir (n’importe quel pouvoir) sur la répression, et tôt ou tard « la servitude volontaire » se mue en désobéissance, laquelle débouche presqu’inévitablement sur l’insurrection et le régicide !

 

D’après des témoignages qui nous sont parvenus de Gafsa, les forces de l’ordre se sont conduits en parfaits envahisseurs ; Gafsa (et sa population) s’étaient transformés en « terrain conquis » ; certains, non sans raison, sont allés jusqu’à même établir des rapprochements avec Gaza, tant la désolation du spectacle guerrier qui s’offrait à leurs yeux rappelait les tristes forfaits de l’armée d’occupation sioniste : on tire sur les manifestants avec des balles réelles, on saccage les maisons, en arrose les manifestants de bombes lacrymogènes… comme des pires insultes ordurières ; la fumée des pneus enflammés assombrissant le ciel, déjà peu clément, et le jet de pierre sur les « assaillants », « armée de toutes pièces et de pied en cap » (Hamlet), n’étaient pas sans rappeler la glorieuse intifada !

 

Comment, dès lors, ne pas songer au droit imprescriptible de résistance à l’oppression, telle que développé par les révolutionnaires Anglais, Américains et surtout Français qui l’ont immortalisé dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, dont l’article 2 dispose on ne peut plus solennellement : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.» ; ou encore l’article 35 de la Constitution montagnarde du 24 juin 1793, qui dispose : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection et, pour tout le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » (Voir : Dominique GROS, Qu’est-ce que le droit de résistance à l’oppression ? in : Le droit de résistance à l’oppression, Le genre humain, n° 44, seuil de 2005)

 

Il s’agit donc d’un droit naturel et imprescriptible qui n’a nullement besoin d’autorisation pour être mis en œuvre. L’ordre juridique illégitime que les oppresseurs se donnent à eux-mêmes (rappelant l’actualité poignante de l’assertion marxienne « votre droit n’est que la volonté de votre classe érigé en lois », Le Manifeste) est impuissant à proscrire le droit de résistance à l’oppression et son corollaire, l’insurrection. C’est un acte fondateur, ou plutôt re-fondateur, auto-référant, qui puise sa légitimité au-dedans de lui-même et qui s’affirme, se donne naissance (une sorte de parthénogénèse) en détruisant l’ordre injuste établit au détriment des droits du peuple ! C’est l’éternelle lutte entre le nouveau et l’ancien, le présent et le futur, le conservatisme et le progrès…

 

Le droit/devoir de résistance à l’oppression s’origine dans la rupture du contrat (social) « synallagmatique » (la fameuse association politique de l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen) par les gouvernants qui renient leurs obligations à l’égard du peuple, bafouent ses droits fondamentaux et le réduisent à l’état de servitude.

 

D’où la référence au caractère naturel et imprescriptible de la résistance à l’oppression. La résistance indistinctement à l’occupant étranger, comme au tyran local… Lequel droit naturel n’a pas forcément besoin d’être consigné dans la constitution pour pouvoir être exercé. Il est imprescriptible, en ce sens où l’illégitimité (voir même l’illégalité : songez à la « réforme » constitutionnelle de 2002…) installé dans la durée, ne saurait en venir à bout.

Plus de deux décennies de dictature « novembriste », telle qu’issue du coup d’Etat de Plais de 1987, ayant confisqué aux tunisiens la chance et l’occasion de s’affranchir d’un joug trentenaire, ne sauraient couvrir de légitimité factice la réelle usurpation de la souveraine et de libre volonté politique de tout un peuple, dont on s’est employé, cinquante ans durant, à lui faire oublier jusque même ce qui fait d’un homme un homme : la liberté : « On ne regrette jamais ce qu’on n’a jamais connu (…) Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont vécu ainsi. Ils pensent qu’ils sont tenus d’endurer le mal, s’en persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent. » (Étienne de La Boétie : discours de la servitude volontaire, p. 24)

 

Il faut être un Foucauld pour « répondre » à La Boétie, et transmuter le pessimisme de la raison en optimisme de la volonté : « Les soulèvements appartiennent à l’histoire. Mais, d’une certaine façon, ils lui échappent. Le mouvement par lequel un homme seul, un groupe, une minorité ou un peuple tout entier dit : « je n’obéis plus », et jette à la face du pouvoir qu’il estime injuste le risque de sa vie — ce mouvement me paraît irréductible. Parce qu’aucun pouvoir n’est capable de le rendre absolument impossible : Varsovie aura toujours son ghetto révolté et ses égouts peuplés d’insurgés. Et parce que l’homme qui se lève est finalement sans explication ; il faut un arrachement qui interrompt le fil de l’histoire, et ces longues chaînes de raisons, pour qu’un homme puisse, « réellement », préférer le risque de la mort à la certitude d’avoir à obéir.

« Toutes les formes de liberté acquises ou réclamées, tous les droits qu’ont fait valoir, même à propos des choses apparemment les moins importantes, ont sans doute là un point dernier d’ancrage, plus solide et plus proche que les « droits naturels ». Si les sociétés tiennent et vivent, c’est-à-dire si les pouvoirs n’y sont pas « absolument absolus », c’est que, derrière toutes les acceptations et les coercitions, au-delà des menaces, des violences et des persuasions, il y a la possibilité de ce moment où la vie ne s’échange plus, où les pouvoirs ne peuvent plus rien et où, devant les gibets et les mitrailleuses, les hommes se soulèvent. » (Foucauld, Inutile de se révolter ?, Dits et Ecrits II, n° 269)

 

Et c’est justement cette « volonté de libération » (irréductible, nous dit à très fort juste titre Foucauld) qui s’est déployée dans toute sa splendeur, durant presque huit mois, dans le Bassin minier. Exactement dans les termes (profonds) employés par l’auteur de « Surveiller et punir ».

 

Sans doute est-ce la première fois depuis plus de 20 ans qu’une région entière (située dans l’arrière pays, ou plus exactement comme l’a relevé ironiquement un auteur tunisien avertis « dans le derrière de la Tunisie », allusion faite à la carte géographique de la Tunisie qui emprunte la forme d’une femme…) se rebiffe dans la durée face au régime despotique, crie sa détresse et se mobilise pour exiger du travail et des conditions de vie digne.

 

Le démenti cinglant qu’a apporté ce mouvement à la propagande officielle du régime qui se targue, auprès de qui veut l’entendre (toujours aussi nombreux…), de l’« exemplarité » des prouesses économiques du Parti-Etat-RCD, est éminemment significatif. Pouvoir et opposition ont été en effet sur-pris et par l’extrême misère de la population révoltée, et par le caractère durable, imaginatif et hautement solidaire de la mobilisation.

 

Les partis de l’opposition (structurellement faibles et dépourvus de bases sociales notamment populaires) ont « accompagné » le mouvement à travers des reportages et des articles de journaux en lignes ou en papiers (Al Mawqif, Mouatinoun, Attariq Al Jadid) ne disposant que d’une faible audience auprès des lecteurs. Or cette « solidarité » smicarde n’a jamais fournie un quelconque soutien concret aux révoltés, quels qu’ils soient, ni gêné le moins du monde leurs oppresseurs. Le mouvement formidable de « désobéissance civile » mené par les habitants de Gafsa a donc une fois de plus confirmé l’incapacité viscérale des partis d’opposition (reconnus et interdits, tous logés à la même enseigne) à se hisser au niveau de combativité relativement élevé des mouvements sociaux. Ces partis sont presque totalement isolés des masses. Ils ne tiennent pas (ou du moins pas suffisamment) compte des aspirations réelles des « laissés-pour-compte » notamment dans toute la moitié Ouest de la Tunisie. Ils se désintéressent de la classe moyenne épuisée par le surendettement dans lequel elle se trouve piégée (Béatrice Hibou : La force de l’obéissance, Economie politique de la répression en Tunisie, La Découverte, 2007). Ils ne proposent quasiment rien « d’alléchant » à la jeunesse en dérive qui, de Blogs en Chat en réseaux sociaux virtuels, manifeste pourtant une soif de liberté que le pouvoir ne cesse de réprimer (voyez les ravages de la censure exercée par l’ATI…). Bref, nos partis politiques sont des partis purement élitistes, boudés par les mécontents de la politique ultralibérale (inféodée au FMI, BM et OMC) du régime en place, parce qu’ils ne s’y reconnaissent pas, et que rien ou presque n’est fait pour les intéresser. Partant, ce n’est guère en prônant une politique économique libérale pour les déshérités, les chômeurs, et les travailleurs surexploités pour un salaire de misère, que lesdits partis vont émerger !

 

Le pouvoir dictatorial en place a, quant à lui, réagi de manière pavlovienne face à la montée de la « désobéissance » dans la région de Gafsa. Son seul et unique souci (comment pourrait-il en être autrement !) était de soumettre le bassin minier à une sorte de « quarantaine » pour éviter qu’il ne fasse tâche d’huile. Après les promesses creuses qui n’ont guère convaincu leurs destinataires désabusés, il est passé (comme prévu) à la répression sauvage, suivie de l’arrestation brutale et dans des conditions humiliantes « des meneurs » qui ont dû subir la torture et « l’exaction judiciaire » (les peines ont atteint les 10 ans fermes !). C’est la politique de la baïonnette inhérente à tout régime policier, qui commence par rejeter en bloc les revendications populaires légitimes (y faire droit serait, à ses yeux, synonyme de faiblesse pouvant se transformer en « jurisprudence » contestataire…), jusqu’à ce qu’il s’essouffle (sous l’effet de la multiplication des révoltes, suscitées généralement par un appauvrissement au-delà du « supportables » des couches les plus défavorisées de la population…), fléchisse et enfin disparaisse, ou plus exactement laisse place aux nouveaux exploitants !

 

S’agissant de la centrale syndicale (UGTT), gangrené depuis belles lurettes de bureaucratisme (pour ne citer que cela…), elle a pratiqué la politique de l’autruche (selon certains —dont Al Badil, PCOT— la délégation soi-disant dépêchée sur place par le déliquescent Bureau Exécutif a « coordonné » son action avec les autorités dans le but d’étouffer l’insurrection…) tout en continuant à soutenir les membres de la bureaucratie locale contre la population et les syndicalistes qui les ont dénoncés !

Ainsi va la Tunisie. Un régime despotique au pouvoir policier tentaculaire et omniprésent (on en dénombre 163 000 agents) qui rappelle aux tunisiens le devoir permanent d’obéissance ; une population composée en majorité d’une classe moyenne consumériste qui s’est laissée prendre dans le piège du surendettement facile, des déshérités de plus en plus nombreux en particulier dans la moitié Ouest du pays, une jeunesse en perdition qui ne se fait guère d’illusions sur son avenir sans emploi, une opposition extrêmement faible, isolée, divisée et dont les aspirations et méthodes d’actions se confondent quasiment avec celles des associations (ce qu’on a qualifié ailleurs de phénomène d’associativation des partis politiques tunisiens…), une centrale syndicale en pleine dégénérescence bureaucratique et qui s’est érigée en gardien subalterne d’une « paix sociale » dont les travailleurs ne cessent d’en payer le prix en termes de précarité, de chômage déguisé, de licenciements collectifs et de baisse constante du pouvoir d’achat…

 

HB27/12/08

 

Houcine Bardi

Docteur en Droit

Avocat au Barreau de Paris

 


 

 

8ème Assemblée Générale du Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme:

Barcelone12-14 Décembre 2008

Déclaration finale

 

Il y a un an le REMDH fêtait son dixième anniversaire. Créé dans le prolongement de la déclaration de Barcelone, le REMDH a su, tout à la fois, rassembler plus de 80 organisations appartenant à l’Union européenne et aux pays membres du Partenariat euro-méditerranéen, développer son action et sa réflexion sur plusieurs thématiques intéressant cette région du monde, assurer, avec d’autres, la défense des organisations et des défenseurs des droits de l’Homme menacés (notamment par la création de la Fondation euro-méditerranéenne des droits de l’Homme) et, enfin, asseoir son existence matérielle même si cette dernière reste un éternel pari sur l’avenir.

Malgré ces succès, la situation du Partenariat euro-méditerranéen, ainsi que les évolutions que connaissent les rives nord et sud de la Méditerranée sont loin de répondre aux objectifs de la Déclaration de Barcelone et encore moins aux aspirations des peuples.

Si certains pays, en nombre restreint, ont pu bénéficier de réels progrès, la situation générale n’a cessé de se détériorer, notamment en raison de l’apparition de nouveaux conflits et la persistance des anciens.

La paix demeure, en effet, une nécessité absolue pour que la démocratie et les droits de l’Homme puissent s’installer ou progresser. Si elle ne suffira pas à elle seule à permettre l’installation de la démocratie, la résolution du conflit conflit israélo-arabe en reste une condition nécessaire.

Tout en rappelant que le recours à la violence contre des populations civiles, quelles qu’elles soient, n’est en aucune manière acceptable, le maintien de l’occupation israélienne et l’accroissement constant de la colonisation, comme le recours à l’enfermement des populations civiles dans de véritables ghettos territoriaux que symbolise le mur construit en violation du jugement de la Cour de La Haye, le siège des

Territoires palestiniens occupés et en particulier de Gaza, l’usage de punitions collectives, l’éradication de tout développement économique en Palestine et les discriminations et le racisme à l’encontre de la minorité palestinienne en Isräel constituent une violation massive des droits de l’Homme et du droit international humanitaire.

L’élargissement du conflit aux pays voisins, lors des destructions massives et injustifiables infligées au Liban, ou lors de l’entrée en guerre illégitime des U.S.A. et de ses alliés en Irak, qui produit des centaines de milliers de réfugiés dans l’espace euro-mediterranéen, comme l’éventualité d’une attaque contre les installations nucléaires iraniennes ou encore la persistance du conflit au Sahara occidental et les violations massives des droits de l’Homme qu’il entraine attestent que, loin de s’être améliorée, la situation de cette région du monde et de son voisinage immédiat supporte un risque amplifié de conflits dont les conséquences intéressent le monde dans son ensemble.

Dans tous ces cas, force est de constater que l’Union européenne n’a pas su ou voulu jouer le rôle que l’on attendait d’elle. La politique des gouvernements israéliens continue à s’exercer en toute impunité, notamment au prétexte que le peuple palestinien a exercé librement son choix électoral et certains pays membres de l’Union se sont rangés derrière les U.S.A. en Irak. Si l’usage de l’énergie nucléaire à des fins militaires n’est pas acceptable, encore faut-il que cette condamnation s’exerce à l’égard de tous les pays de la région, et donc aussi à l’égard de l’État d’Israël.

Dans ce contexte, force est de constater que les mécanismes démocratiques et le respect des droits de l’Homme n’ont que fort peu évolué. La Déclaration de Barcelone postulait une communauté de destin fondé sur une communauté de valeurs. Ceci supposait, non le décalque d’un quelconque modèle occidental, mais l’appropriation par tous les pays membres du partenariat des principes édictés par la Déclaration universelle des droits de l’Homme et les différentes conventions adoptées pour son application.

En ce soixantième anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, nous ne pouvons que dresser un bilan critique de la situation des pays du Partenariat euro-méditerranéen.

Dans la quasi-totalité des pays partenaires de l’Union européenne, les processus électoraux continuent à être peu crédibles, quant la situation n’a pas régressé. Les parlements sont, pour l’essentiel, des assemblées ou s’agitent des acteurs dépourvus de pouvoirs réels et élus dans des conditions contestables.

La liberté de la presse, à quelques exceptions près, reste largement limitée et les journalistes subissent trop souvent une répression injustifiable. Le fonctionnement des institutions judiciaires demeure sous le boisseau des gouvernements, au point où même lorsque des dispositions plus libérales sont votées, la culture d’indépendance fait défaut à ceux et celles qui sont chargés de les appliquer. Sans compter que le niveau de formation des agents des institutions judiciaires est insuffisant et favorise, avec d’autres motifs, une corruption endémique qui s’étend à de larges secteurs.

Dans le cadre de législations d’exception sans cesse renouvelées ou aggravées, comme dans le cadre du droit commun, l’usage de la torture, de traitements inhumains et dégradants est monnaie courante non seulement contre les opposants politiques mais aussi contre les simples citoyens qui tombent entre les mains de la police.

Malgré les engagements pris et certaines exceptions, les organisations composant la société civile sont victimes de lois ou de pratiques qui portent atteinte à leur indépendance ou qui les empêchent simplement d’exister. Alors que la Déclaration relative à la protection des défenseurs a dix ans, être militant des droits de l’Homme ou syndicaliste dans nombre des pays de la rive sud de la Méditerranée équivaut à l’assurance d’être victime de persécutions voire à mettre sa liberté ou sa vie en péril.

Les choix économiques faits et la quasi-absence de législation sociale rendent encore plus précaire le sort de millions de personnes qui sont frappés de plein fouet par une globalisation qui ne conduit qu’à assurer la suprématie des plus puissants. Les enfants subissent en premier les conséquences de ces inégalités sociales. Faibles parmi les faibles, les migrants qui arrivent vivent dans des zones de non droit.

Au total l’État de droit qu’exigent la démocratie et le respect des droits de l’Homme n’a progressé que faiblement dans un nombre limité de pays. La majorité d’entre eux connaît, tout au contraire, une réelle régression : le débat politique ne trouve plus les moyens de s’exprimer ni les lieux pour le faire et ce au point de lui substituer le fait religieux qu’instrumentalisent les États et certains groupes.

Enfin, si quelques pays ont vu la naissance de législations améliorant les droits des femmes, la discrimination, légale ou de fait, entre les sexes est la règle, y compris au sein même des secteurs les plus mobilisés de la société civile. Les droits des femmes se trouvent d’autant plus menacés que leur situation socio-économique les place en première ligne face au chômage, à la précarité et à la pauvreté.

L’Union européenne quant à elle, notamment depuis les attentats du 11 septembre 2001, développe une politique sécuritaire qui s’embarrasse de moins en moins des principes sur lesquels elle prétend s’appuyer.

Soucieuse de se préserver avant tout des manifestations de terrorisme et d’une immigration qu’elle regarde comme envahissante, elle soumet ses propres citoyens à des législations exceptionnelles et à des contrôles portant atteintes aux libertés élémentaires. Les migrants sont l’objet de mesures discriminatoires, voire à de véritables traques. Les réfugiés sont regardés comme des fraudeurs et ceux qui leur viennent en aide sont poursuivis.

 

Il s’en suit une véritable dégradation de la situation des personnes migrantes dans toute l’Union européenne et, en corollaire un accroissement des réflexes xénophobes, y compris parmi les sphères dirigeantes. Au point de provoquer des manifestations de racisme à l’encontre des personnes ayant une des nationalités européennes mais originaires des pays de la rive sud de la Méditerranée, en particulier à l’égard de ceux et celles qui se revendiquent de l’Islam ou y sont assimilés.

Les pays membres de l’Union européenne, soit collectivement, soit de manière bilatérale, exportent leur savoir faire et conditionnent leur aide au respect des normes sécuritaires qu’ils imposent. C’est ainsi légitimer ceux qui dans le partenariat bafouent ouvertement les libertés et c’est ce qui explique le soutien apporté aux pires dictatures.

Institutionnellement, aux négociations multilatérales de la Déclaration de Barcelone, se sont, peu à peu, substitués des accords bilatéraux, d’abord sous forme d’accords d’association, puis dans le cadre de la Politique européenne de voisinage. Ces accords n’ont pas permis, ou si peu, une réelle évolution démocratique et un meilleur respect des droits de l’Homme.

L’apparition d’une « Union pour la Méditerranée », à l’initiative du gouvernement français, a pu laisser penser qu’un nouvel essor allait être donné au partenariat euro-méditerranéen. La restriction de cette initiative au seul domaine économique et sécuritaire laisse de côté les droits des peuples, l’aspiration à la démocratie et le respect des droits de l’Homme. Sans méconnaître l’intérêt que peuvent avoir des projets d’infrastructure liant les deux rives de la méditerranée, cette initiative ne pourra prospérer que si chacun en tire profit et que si les peuples y sont associés : Et il ne peut y avoir, à terme, un réel développement économique sans démocratie, sans paix et sans respect des droits de l’Homme.

Si ce bilan apparaît comme largement négatif, liés historiquement depuis des dizaines de siècles, partageant une mer qui les rassemble, les pays membres du Partenariat euro-méditerranéen n’ont d’autres alternatives

que de construire un espace commun.

Le REMDH continue à penser qu’il n’est pas d’autres solutions, dans cette région du monde, qu’un réel partenariat fondé sur l’égalité de ses membres mais aussi sur des principes communs, principes qui

découlent des conventions internationales auxquelles chacun a adhéré.

Dans ce cadre, le REMDH décide de poursuivre ses efforts pour l’instauration de régimes démocratiques et respectueux des droits de l’Homme.

Il décide, à cette fin, d’élargir ses capacités d’intervention auprès de toutes les instances internationales qui traitent de cette région du monde.

Il appuiera toute initiative, en particulier la Coordination maghrébine des organisations des droits humains et la Féderation EuroMed contre les disparitions forcées, de nature à renforcer la défense des militants des droits humains.

En particulier, le REMDH demande :

La tenue d’élections libres et régulières sous le contrôle d’observateurs indépendants.

Le respect de la liberté de la presse et plus généralement de la liberté d’expression et de création.

Celles-ci ne doivent subir aucune restriction, notamment au titre d’une religion, autre que celles qui sont nécessaires à l’existence d’une société démocratique.

Le respect de la liberté d’association et de la liberté syndicale et de l’indépendance de ces organisations.

La mise en place d’institutions judiciaires indépendantes du pouvoir politique et soumise au contrôle publique des citoyens, ce qui implique l’abandon des législations d’exception actuellement en vigueur.

Le respect des droits des migrants et des réfugiés, notamment par la ratification et l’effectivité de la Convention internationale sur la protection des droits des migrants et de la Convention de Genève dans tous les pays du partenariat

Une action résolue en faveur d’une éducation aux droits de l’Homme qui permette notamment d’appliquer concrètement le principe de non discrimination à raison de l’origine, de la religion, des opinions politiques, du sexe ou de l’orientation sexuelle. Les réserves à la Convention relative aux droits de l’enfant doivent être levées et la Convention doit être effectivement appliquée.

Plus généralement, le REMDH souhaite que :

La communauté internationale fasse appliquer touts les résolutions qu’elle a adoptées concernant le conflit israélo-arabe, y compris en ce qui concerne les réfugiés. L’Union européenne, en particulier, doit cesser de soutenir la politique des gouvernements israéliens et se dédouaner en subventionnant l’Autorité palestinienne. Elle doit respecter les choix démocratiques du peuple palestinien et de ses représentants légitimes. Elle doit s’opposer au racisme et aux discriminations dont est victime la minorité palestinienne en Israël. Les Etats arabes qui accueillent des réfugiés palestiniens doivent leur reconnaître les droits que confèrent les conventions de Genève.

L’action en faveur de l’égalité des hommes et des femmes soit prioritaire. Non seulement, il s’agit de restituer ses droits à la moitié des populations concernées mais le REMDH est convaincu qu’il s’agit là d’un puissant levier d’évolution de toutes les sociétés et d’une condition de l’existence de la démocratie et du respect des droits de l’Homme. Toutes les réserves à la CEDAW doivent être levées et le Plan d’action d’Istanbul appliqué.

Le débat politique et civique reprenne partout ses droits et qu’il ne soit plus hypothéqué par des préoccupations purement sécuritaires. Il doit être ouvert à toutes les composantes de la société qui acceptent en permanence les règles de la démocratie et le refus de la violence, y compris les acteurs religieux.

Le développement économique ne se fasse pas au profit de quelques personnes ou de quelques sociétés et que les droits sociaux soient pleinement appliqués.

Les migrants et les refugiés puissent béneficier durablement de leurs droits et cesser d’être l’objet et l’instrument de politiques sécuritaires et xénophobes.

L’Union européenne, en accord avec le respect des droits de l’Homme dont elle se réclame dans toutes ses activités et dans ses relations extérieures, adopte une approche plus proactive et plus cohérente en faveur du soutien aux réformes démocratiques et au progrès des droits de l’Homme dans tous les pays concernées par le partenariat euro-méditerranéen. Loin d’affaiblir la stabilité politique et économique des pays en cause et la sécurité des personnes, cette démarche ne fera au contraire que les renforcer.

Le REMDH, qui réunit en son sein des organisations de tous les pays du Partenariat euro-méditerranéen, réaffirme que l’application concrète de ces réformes et la réalisation de ces objectifs sont les conditions qui

permettent un réel dialogue entre les peuples et le partage d’un destin commun.

 
 

 
 
 

Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’islam et du fait religieux, « L’Islam mondialisé » (Seuil, 2002)

Les religions à l’épreuve de la mondialisation

 
 
 Entretien avec Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’islam et du fait religieux, « L’Islam mondialisé ». Internet et les télévisions satellitaires ont peu à peu distendu les liens traditionnels  entre les religions et leurs territoires d’origine. Le catholicisme et l’orthodoxie en souffrent. Le protestantisme et le salafisme en profitent. Quant au retour du religieux, il est à relativiser.  

 

 

 

En dépit de leur ancrage traditionnel dans des cultures et des territoires, les religions semblent ne pas échapper aux effets de la mondialisation. Dans votre dernier ouvrage, La Sainte Ignorance, le temps de la religion sans culture (Seuil, 276 p., 19 euros), vous expliquez que la globalisation s’est emparée du religieux, provoquant ou accompagnant des mutations inédites dans ce domaine. De quelles transformations s’agit-il ?

La mondialisation a créé un marché du religieux. Aujourd’hui, les produits religieux circulent et les religions ne s’arrêtent plus aux frontières. Résultat : alors que traditionnellement les religions se sont connectées aux cultures, voire ont créé du culturel, elles se détachent de leurs territoires et de leur culture d’origine.

 

On pourrait penser que ce phénomène est lié aux déplacements de population, mais seuls 3 % de la population mondiale bougent. Cette mobilité des marqueurs religieux n’est donc pas une conséquence de l’immigration. Elle se produit aussi sur place, grâce à des contacts directs par Internet. De manière inédite, on a donc des conversions massives et individuelles dans toutes les religions ; une nouveauté par rapport aux conversions collectives traditionnelles, qu’elles aient été libres ou contraintes

Mais, pour qu’un produit soit accessible partout et au plus grand nombre, il faut qu’il soit standardisé. S’il est trop identifié à une culture donnée, il ne se vendra pas en dehors de cette culture. D’où le phénomène de déculturation. La connexion entre marqueur culturel et marqueur religieux devient flottante, instable. Le lien traditionnel entre une religion et une culture s’efface : un Algérien n’est plus forcément musulman, un Russe orthodoxe, un Polonais catholique. Un musulman du Maghreb peut avoir accès à une prédication évangélique protestante sans contact physique avec un pasteur au coin de sa rue. Une étude réalisée au Maroc a d’ailleurs montré que 30 % des gens qui se sont convertis au protestantisme l’ont fait grâce aux prédications d’une chaîne de télévision évangélique diffusant en arabe. Autre exemple : le marqueur islamique « hallal » (licite) se pose aujourd’hui sur des marqueurs culturels qui ne sont pas connectés à sa culture d’origine ; d’où l’apparition des hamburgers ou des sushis hallal.

 

Dans ce contexte, certaines religions s’en tirent-elles mieux que d’autres ?

 

Les religions très territorialisées n’arrivent pas à se globaliser, à s’exporter ; c’est le cas de l’orthodoxie russe, par exemple, qui est connectée à une culture, à une nation. Dans une certaine mesure, c’est aussi le cas de l’Eglise catholique, qui a eu le souci de se territorialiser (culte de saints locaux) et de s’inscrire au coeur des cultures concrètes. Les chrétiens d’Orient sont en crise car leurs Eglises reposent sur un communautarisme de type ethnique, alors qu’on a, sur ces mêmes terres musulmanes, le développement d’un protestantisme évangélique et donc l’apparition de nouveaux chrétiens d’Orient.

Dans le christianisme, ce sont toutes les formes d’évangélisme qui s’adaptent le mieux à cette nouvelle réalité ; le pentecôtisme en étant le produit le plus pur. Dans l’islam, c’est le cas du salafisme. Les protestants et les salafistes sont très à l’aise dans la déterritorialisation car le lieu de culte n’y a pas d’importance. Pour les protestants, ce qui prime, c’est « l’esprit saint » qui, par définition, souffle où il veut.

De son côté, l’Eglise catholique, qui prend la crise de plein fouet, tente de la contrer : le pape parle de plus en plus de culture et de moins en moins d’avortement. Il rappelle régulièrement que le christianisme s’est formaté dans l’hellénisme, que les racines de l’Europe sont chrétiennes… Mais il est confronté à une contradiction : comment dire à la fois que la culture européenne a perdu Dieu et qu’elle est chrétienne ? Et comment défendre au niveau universel un catholicisme associé à la culture occidentale, à l’heure où le catholicisme bascule au Sud ?

Par ailleurs, faute de territoire, la notion de communauté de foi prend une grande importance : aujourd’hui, on est dans la communauté ou on est en dehors. Il y a de moins en moins de valeurs communes entre croyants et incroyants, comme le montrent les débats sur la bioéthique. Tout l’espace de l’entre-deux disparaît : le religieux doit être explicite et l’adhésion complète. D’où le développement dans les fondamentalismes contemporains des procédures « d’excommunication ».

 

Est-ce un « retour du religieux » ?

 

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un retour ; les religions qui marchent sont des formes récentes. Dans l’islam, le salafisme vient du wahhabisme de la fin du XVIIIe siècle, dans les christianismes, l’évangélisme vient des mouvements de réveil du XVIIIe, et dans le judaïsme, hassidisme et harédisme sont issus du mouvement de revivalisme du XVIIIe. Les fondamentalismes prétendent souvent revenir aux premiers temps de la révélation, mais en fait leurs origines sont récentes ! A mon sens, on assiste à une mutation. Il s’agit davantage d’une reformulation du religieux qu’à un retour à des pratiques ancestrales délaissées pendant la parenthèse de la sécularisation.

Retour voudrait aussi dire que des gens qui ont cessé d’être croyants redeviennent croyants. C’est vrai pour les born again ; mais d’une manière générale, y a-t-il une augmentation de la pratique ? Ce n’est pas sûr. On a sans aucun doute une visibilité, voire une plus grande exhibition, du religieux. Mais on constate aussi que plus les jeunes catholiques vont aux Journées mondiales de la jeunesse, moins ils s’inscrivent dans les séminaires. Là, on est face au déclin du religieux institutionnel. Je ne vois pas dans l’exhibition des signes religieux une force montante. Vouloir se montrer est plutôt une conséquence de l’intériorisation du fait minoritaire. Une nouvelle perception qui explique aussi en partie la multiplication des procès pour « blasphème » ou diffamation.

 

Déculturation, déterritorialisation : ces nouvelles réalités s’accommodent-elles du clash des civilisations ?

 

Elles discréditent la théorie du choc des civilisations, que l’on appelle aussi choc des cultures ou choc des religions, ce qui suppose d’ailleurs une égalité entre les trois notions. Cette théorie part de l’idée que toute culture est fondée sur une religion et que toute religion est incarnée dans une culture. Or le contexte actuel va à l’encontre de ceux qui pensent que l’on ne peut pas dissocier culture occidentale et christianisme, et que donc les autres religions ne rentrent pas dans le moule. La mondialisation est bien le moule commun.

Pour les partisans de cette théorie, le fondamentalisme serait une réaction identitaire culturelle ; le salafisme serait l’expression d’un islam dépassé par l’occidentalisation. Pour moi, c’est le contraire : les fondamentalismes sont la conséquence d’une crise de la culture et non pas l’expression d’une culture.

 

Justement, quels rapports les fondamentalistes, qui dans toutes les religions ont le vent en poupe, entretiennent-ils avec la culture ?

 

Les fondamentalismes sont ceux qui se sont débarrassés de la culture. Ils définissent le religieux comme en opposition à la culture et rejettent tout ce qui s’est passé entre les « fondements », les origines, et maintenant, c’est-à-dire la culture. Par exemple, les salafistes veulent s’en tenir aux hadiths (les « récits » du Prophète) et, à leurs yeux, la culture est au mieux inutile, au pire, elle éloigne de la religion. Une oeuvre d’art détourne de Dieu. Ignorer une culture perçue comme païenne est donc un moyen de sauver la pureté de sa foi. C’est la sainte ignorance.

C’est d’autant plus vrai que les croyants se vivent désormais comme des minoritaires environnés par une culture profane, athée, pornographique, matérialiste, qui a choisi de faux dieux : l’argent, le sexe ou l’homme lui-même. Porté à son extrême, ce refus de la culture profane se transforme en une méfiance envers le savoir religieux lui-même, et les nouveaux croyants privilégient souvent le témoignage, l’extase, l’émotion… Ainsi, d’une certaine manière, les saints ignorants contribuent à l’épuisement du religieux.

Plus largement, la déconnexion entre culturel et religieux, qui intervient dans un contexte de sécularisation, fait apparaître le religieux comme du pur religieux. C’est-à-dire que le religieux lui-même voit la culture comme profane ou païenne, notamment depuis les années 1960. Jusque-là, même s’ils ne les justifiaient pas de la même manière, croyants et non-croyants partageaient les mêmes valeurs. Désormais, la société profane va se mettre à produire des valeurs perçues comme contraires aux religions : la libération sexuelle, le refus de la différence des sexes… Le religieux va être amené à se définir comme du pur religieux : cela l’amène à dire par exemple que l’avortement ou le mariage homosexuel « c’est mal, parce que c’est contre la loi de Dieu ». Le pur religieux, c’est quand la norme religieuse est découplée de la morale sociale. Régulièrement, le pape déplore que la morale profane ne soit plus habitée par l’esprit de Dieu ou la morale religieuse ; c’est pour cela qu’il définit la culture contemporaine comme une culture de mort.

Parallèlement, et cela est tout à fait nouveau, la culture profane occidentale n’a plus de savoir religieux. Les gens qui ne vont pas à l’église ne connaissent rien du religieux, alors que les anticléricaux du début du XXe siècle ne connaissaient que trop la culture catholique !

L’enjeu est de taille car, faute de comprendre les croyants, l’ignorance profane a tendance à voir dans le religieux une folie ; elle l’envisage comme un phénomène à réduire et, ce faisant, elle contribue à réduire l’espace de la démocratie.

 

Propos recueillis par Stéphanie Le Bars
(Source: « Le Monde » (Quotidien – France) le 21 decembre 2008)

 

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