14 mai 2007

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TUNISNEWS
8 ème année, N° 2547 du 14.05.2007

 archives : www.tunisnews.net


C.R.L.D.H. Tunisie: Des sévices sexuels et corporels gravissimes sur des dizaines de prisonniers politiques et d’opinion C.R.L.D.H. Tunisie: LYNCHAGE POLITIQUE SANS PRECEDANT A L’ENCONTRE DU PARTI DEMOCRATE PROGRESSISTE TUNISIEN (PDP) Reuters: Amnesty urges Bosnia not to deport Muslim fighters Le cyberdissident Mohammed Abbou est soutenu par Categorynet.com Qantara: Islamist Attacks in Tunisia Dallas News: Quiet diplomacy: That will help Tunisia more than cutting aid, says JAMES FALK AFP: 96 immigrants clandestins secourus samedi au large de la Sicile Reuters: Tunisia rescues 35 illegal African migrants Le Temps: Emigration: Qui gagne, qui perd ?Qui gagne, qui perd ? Le Temps: Campagne pour l’élection du Conseil de l’Ordre des avocats et du Bâtonnier


C.R.L.D.H. Tunisie

Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie

Membre du Réseau Euro méditerranéen des Droits de l’Homme

21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS  – Tel/Fax : 00.33. (0)1.43.72.97.34

contact@crldht.org / www.crldht.org

LA MACHINE AVEUGLE DE LA TORTURE EN TUNISIE :

Des sévices sexuels et corporels gravissimes sur des dizaines de prisonniers politiques et d’opinion.

M. Zied Fakraoui,  un jeune sportif de 27 ans, en prison depuis  le 18 avril 2005, est une des victimes  de la loi dite antiterroriste de décembre 2003. Il se trouve depuis plus de deux ans dans un sale état en raison de la torture sauvage et des sévices sexuels qu’il a subis lors de son arrestation et sa détention au secret  pendant 14 jours dans les sous-sols  de Ministère de l’Intérieur, avant d’être transférer à la prison de Borj El Amri.

Zied a entamé depuis le 10 avril 2007 une grève de la faim sauvage à la suite de sa comparution devant la chambre criminelle présidée par le juge Tarek Brahem pour protester contre l’attitude irresponsable de ce dernier qui a refusé d’enregistrer les aveux de la victime quant aux supplices qu’il a endurés pendant ses interrogatoires. Il a aussi parlé de ses tortionnaires et notamment Abderrahmane Gasmi appelé Bokassa, ancien agent de police au commissariat de Zarzouna, dans la région de Bizerte, dans les années 70, grand spécialiste de la suspension «palan» et  maître dans l’art de ficeler les poignets sans laisser la moindre trace. Ces dernières années, il s’est consacré aux violations sexuelles.

Zied a raconté à son avocate, Maître Radhia Nasraoui les raisons qui l’ont amené au déclenchement de la grève de la faim et le calvaire qu’il a vécu pendant son arrestation. Ligoté et mis à nu  lors des séances d’interrogatoire, il a cru ne pouvoir sortir vivant de ce cauchemar. Battu et violenté par des tuyaux en caoutchouc sur ses organes génitaux après avoir subi des attouchements sexuels, son sexe a été garrotté et ses testicules écrasées jusqu’à l’évanouissement. A son réveil, les tortionnaires prennent un briquet et brûlent les zones sensibles de son sexe. Cela a duré des jours et des nuits, Résultat : une impuissance sexuelle évidente et un pissement du sang  des semaines entières, sans le moindre soin. Il  garde jusqu’à aujourd’hui des traces de brûlure de cigarettes sur tout son corps et notamment ses parties génitales. Zied souffre  depuis d’un état d’abattement total, physique et psychologique

Zied a également témoigné à son avocate de la situation tragique des dizaines de ses co-détenus qui ont été victimes, comme lui, de sévices sexuels allant  jusqu’au viol, par l’introduction dans l’anus d’un bâton, de bouteilles voire de matières tranchantes. C’est probablement le cas du prisonnier politique Mimoun Alloucha qui a perdu toutes ses facultés mentales ainsi que de bien d’autres qui, rongés par la honte, n’osent pas parler. 

Un autre cas préoccupe le CRLDHT. Il s’agit du prisonnier politique Khaled Layouni, 27 ans, frère jumeau de Walid Layouni, en prison depuis près de deux ans. (voir communiqué du CRLDHT du 7 mai 2007)

Père de deux enfants, Khaled est victime depuis plusieurs semaines d’un traitement inhumain et des violences répétées sans aucune raison apparente. Menotté vingt quatre heures sur vingt quatre et privé de nourriture, celle apportée par la famille et celle donnée par la prison, Khaled vit un cauchemar sans fin. Il est battu sans relâche par un certain Fouad ; la promenade lui est interdite et dort chaque soir à même le sol, sans lit ni matelas.

Sa mère,Ftima Bouraoui, en grève de la faim à son domicile de Kelibia depuis le 3 mai 2007 pour obtenir la libération de ses deux fils, Walid, qui vient d’être transféré à l’hôpital Razi à la Mannouba, où il est attaché à son lit, et Khaled, qui, dit-elle, paye très fort la mobilisation et la combativité de la famille pour l’élargissement des siens.

Son épouse Sarah Lazrhab est, quant à elle, en butte à des brimades et tracasseries de tout genre. A son domicile comme chez ses parents à Ezzahra, elle est surveillée de prés et doit répondre de ces faits et gestes à un nombre incalculable de policiers venus, de Khélibia, d’Ezzahra ou du Ministère de l’Intérieur.

Plusieurs familles et mères de prisonniers accompagnent Mme Ftima Bouraoui dans sa grève de la faim. Mme Zeïneb Chebli, mère du prisonnier politique Khaled Arfaoui et présidente du « Comité des mères des victimes de la loi antiterroriste » a tenté, le 7 mai dernier,  avec une délégation composée des mères des prisonniers de se rendre au siège de la Croix Rouge à Tunis pour exposer la situation alarmante de leurs fils et demander une intervention afin qu’ils puissent se faire soigner. Le siège était encerclé, la rue barricadée, les femmes présentes dispersées et refoulées de force.

Le CRLDHT, très inquiet quant à ces graves dérives qui causent la perte de centaines de nos jeunes et poussent leurs familles au désespoir, lance un cri d’alarme pour mettre fin à cette barbarie qui sème la haine dans les rangs de notre société.

Il demande pressement encore une fois le respect de la dignité des prisonniers conformément à la loi sur les prisons ainsi que leurs familles et de mettre fin à cette politique de punition collective exercée à l’encontre des proches,

Il exige l’ouverture d’une enquête sur le phénomène des sévices sexuels et de la torture dans les prisons, des sanctions contre les tortionnaires et leurs commanditaires.

Paris, le 13 mai 2007.


C.R.L.D.H. Tunisie

Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie

membre du RéseauEuro-méditerranéen des Droits de l’Homme

21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS  – Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34

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LYNCHAGE POLITIQUE SANS PRECEDANT A L’ENCONTRE DU PARTI DEMOCRATE PROGRESSISTE TUNISIEN (PDP)

Le  Parti Démocrate Progressiste (PDP), une des principales formations politiques  de l’opposition légale et son organe hebdomadaire Al-Mawquif sont en butte depuis plusieurs mois à des manoeuvres politiques de la part du pouvoir tunisien destinées à paralyser l’action politique militante du parti et le rôle courageux que joue son journal dans la défense des droits et des libertés dans le pays et ce, en tentant de les déloger de leurs locaux à Tunis qu’ils occupent depuis plus de treize ans.                                                                                                                                 

Lors d’une conférence de presse organisée au siège du parti au centre ville de la capitale, le lendemain du déclenchement de l’affaire le 13 avril 2007, Mme MayaJeribi, secrétaire générale  du parti et M. AhmedNéjib Chebbi, directeur de son journal El Mawquif, ont dénoncé, sans réserve, cette nième tentative de  déstabilisation politique qui vise  l’étouffement de toutes les opinions divergentes ainsi que les activités des partis politiques d’opposition et des associations de la société civile indépendante. 

La mise en demeure du propriétaire du siège central à Tunis du PDP et de son organe Al –Mawquif a suivi la perte des sièges des fédérations régionales  de Gabès, Tataouine, Tozeur (dans le sud du pays) Kairouan (centre), Jendoubi (nord).Quant au siège de Mednine (sud) est menacé par une action semblable. Au total une dizaine de sièges régionaux sont «évacués» ou menacés d’être l’objet d’expulsion.  Les efforts engagés par les militants et responsables régionaux du PDP pour retrouver des nouveaux locaux sont restés vains. Ceci ne s’explique que par la pression exercée par les autorités sur les propriétaires privés pour les dissuader de louer leurs biens au PDP.

Le CRLDHT considère que le démenti formulé par les autorités tunisiennes et leurs allégations que «l’affaire n’est autre qu’un contentieux civil immobilier entre un propriétaire et locataire » ne sont pas dignes d’un Etat qui se dit être un Etat droit. Les méthodes qui consistent à se cacher derrière des «contentieux immobiliers » tout en exerçant la pression sur les propriétaires privés pour les pousser à refuser ou à dénoncer les baux qu’ils ont signés pour « une prétendue utilisation non conforme » ont été appliquées par le passé à l’encontre de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH), victime d’un acharnement sans merci qui s’est traduit notamment par la perte de plusieurs locaux de ses sections régionales. L’objectif est  de la priver  tout simplement d’une existence physique et visible.. C’est également le cas de la direction légitime de  l’Association des Magistrats tunisiens (AMT) qui, prélude au putsch dont elle a été la cible, a constaté brutalement  le changement de serrure du local de l’association et s’est trouvée ainsi sans lieu où elle peut se réunir!

La liste  est encore longue ! 

Créé en 1983 sous le nom de Rassemblement socialiste progressiste (RSP) le PDP est un parti politique d’opposition, reconnu officiellement en septembre 1988.             Le PDP  s’est engagé depuis sa fondation en faveur des réformes politiques qui répondent aux aspirations de l’ensemble des tunisiens dans leur diversité. Il a en particulier mis en avant les questions urgentes telles que l’amnistie générale, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’ information libre la presse indépendante, les élections libres traduisant le droit à une alternance politique…ainsi que les  réformes économiques et sociales basées sur les principes de transparence et de distribution juste des richesses nationales.                

Depuis son 4ème congrès organisé à la fin de l’année 2006, le PDP est dirigé par une femme, Mme Maya Jribi, membre fondateur du parti et une des rares femmes engagées dans l’opposition politique tunisienne. Jointe par téléphone, Mme Jeribi a affirmé au CRLDHT l’intention de son parti à défendre leur parti et  son droit à l’existence par tous les moyens pacifiques, y compris une grève de la faim illimité dans les locaux du parti.                                                                                      

Le CRLDHT s’élève contre cette politique de domestication de la vie politique qui prive le peuple tunisien de ses moindres droits et libertés et dénonce ces méthodes  de désertification  politique  qui conduisent le pays au désastre.

Il  exprime au PDP et à tous ses cadres et militants ainsi qu’aux différentes sensibilités politiques, sociales et associatives indépendantes  son soutien total  et sa solidarité agissante dans leurs combats pour leur droit à  une existence effective, loin des menaces et des coups bas.                                                                              

 Paris, le 13 mai 2007.


Le cyberdissident Mohammed Abbou est soutenu par Categorynet.com

 

Écrit par Crew 10-05-2007   Mohammed Abbou est avocat auprès de la cour d’appel de Tunis. Cyberdissident, il a été arrêté en mars 2005. Il est parrainé par Greg Manset, directeur de la rédaction de Categorynet.com. Sa libération est prévue en 2008. Mohammed Abbou a été condamné en première instance, le 29 avril 2005, à trois ans et six mois de prison ferme. Dans une première affaire, l’avocat a été reconnu coupable d’une agression physique sur l’une de ses consoeurs, Dalila Ben Mrad, lors d’une conférence, en 2002. Pour cette prétendue agression, l’avocat a été condamné à deux ans de prison. La deuxième affaire porte sur la « publication d’écrits de nature à troubler l’ordre public » et sur la « diffamation d’instances judiciaires ». Il a ainsi été condamné à un an et demi de prison pour avoir publié sur le site Tunisnews, le 26 août 2004, un article dans lequel il comparait les tor_tures infligées en Tunisie à des prisonniers politiques aux exactions des soldats américains à Abou Ghraib (« L’Abou Graïeb d’Irak et l’Abou Graïeb de Tunisie »). En réalité, sa condamnation serait due à un autre article, publié sur Tunisnews le 28 février 2005, juste avant son arrestation, et intitulé « Ben Ali – Sharon ». Mohammed Abbou y dressait un parallèle entre le Président tunisien et le Premier ministre israélien, critiquait l’invitation faite à Ariel Sharon d’assister au Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) et dénonçait, sur un ton ironique, la corruption de la famille du Président. Lieux de détention Mohammed Abbou est tout d’abord écroué à la prison civile de Tunis (prison du 9 avril) avant d’être transféré, le 11 mars 2005, à la prison de la ville du Kef, à 170 km de la capitale. Ce transfert est illégal, dans la mesure où le mandat de dépôt émis par le juge d’instruction précise que la prison où il doit être détenu est celle du 9 avril à Tunis. Conditions de détention Des confrères de Me Abbou se heurtent au refus de l’administration de la prison civile du 9 avril de les autoriser à lui rendre visite, alors qu’ils sont détenteurs d’un permis de visite délivré par le juge d’instruction. Ses proches ne sont pas non plus épargnés : lorsque sa femme lui rend visite, elle est soumise à un contrôle d’identité chaque fois qu’elle traverse une circonscription. Elle a un droit de visite une fois par semaine pendant lequel elle peut voir son époux à peine 15 minutes. Mohammed Abbou souffre durement de cet éloignement géographique et de son isolement. Le 17 juin 2005, Mohammed Abbou se voit proposer un marché : s’il signe une lettre de pardon à l’adresse du président Ben Ali et s’excuse auprès de lui des propos publiés sur Tunisnews dans l’article le comparant à Sharon, Mohammed Abbou pourrait avoir droit à une grâce présidentielle. La réponse de Mohammed Abbou est plus qu’éloquente : il entama une grève de la faim contre les conditions de son incarcération et l’interdiction qui lui est faite de voir ses avocats. Le 25 juillet, Mohammed Abbou effectue une première grève de la faim de plusieurs jours, dans l’espoir d’obtenir une grâce présidentielle. Il fait une seconde grève de la faim du 1er au 4 octobre après s’être cousu la bouche. Le 2 mars 2006, l’épouse de Mohammed Abbou, accompagnée de quatre de ses avocats, parvient à manifester quelques instants devant la prison du Kef où est détenu son mari. Le petit groupe brandit des portraits de l’avocat en scandant son nom. Leur voiture est arrêtée une quinzaine de fois par la police sur la route menant de Tunis au centre pénitentiaire. D’autres militants des droits de l’homme qui cherchaient à rejoindre le rassemblement sont forcés de rebrousser chemin. Des agents de sécurité armés ont menacé Samia Abbou, le jeudi 26 octobre, alors qu’elle rentrait chez elle accompagnée de l’avocate Radia Nasraoui. Terrorisée, cette dernière n’a pas osé regagner son domicile pendant plusieurs jours. Circonstances de l’arrestation Malgré l’absence de flagrant délit et de mandat d’amener, les forces de l’ordre arrêtent Mohammed Abbou dans la nuit du 1er mars 2005. La police tente ensuite de dissimuler l’illégalité de cette arrestation en se procurant a posteriori une commission rogatoire du juge d’instruction du deuxième bureau du tribunal de première instance de Tunis, datée du 28 février. Mohammed Abbou n’est par conséquent pas en état d’arrestation légale lorsqu’il est présenté le 2 mars au juge d’instruction Faouzi Sassi. Celui-ci renvoit son interrogatoire au 16 mars et émet un mandat de dépôt à la prison civile de Tunis. Déroulement du procès Le 16 mars 2005, jour de l’interrogatoire de Mohammed Abbou, une altercation éclate entre le juge d’instruction et le bâtonnier. Ce dernier refuse en effet de limiter le nombre d’avocats autorisés à assister aux travaux de l’instruction, comme l’a suggéré le juge d’instruction. Le 2 mars, ce même juge n’intervient pas lorsqu’une cinquantaine d’agents de police brutalisent les avocats qui attendent dans son bureau l’attente de l’autorisation d’assister à l’interrogatoire de Mohammed Abbou. Lors du procès, le 28 avril 2005, en signe de solidarité, 815 avocats se constituent pour défendre leur confrère. Mais nombreux sont ceux qui se voient refuser l’accès à la salle d’audience. La défense n’est informée que tardivement du chef d’inculpation concernant l’agression ; elle n’est donc pas en mesure de se préparer efficacement. Mohammed Abbou voit sa peine confirmée en appel le 10 juin 2005. Les débats de l’audience ne durent que quelques minutes. Toutes les personnes présentes dans la salle d’audience sont évacuées tour à tour. Seuls les avocats de la défense et ceux mandatés par les ONG internationales peuvent finalement assister à l’audience. Le juge ne posent à Mohammed Abbou que deux questions, auxquelles il doit nécessairement répondre par l’affirmative ou la négative. Il n’a donc pas le loisir de livrer au juge sa propre version. Les avocats eux-mêmes ne peuvent pas prendre la parole. En ce qui concerne l’agression dont il se serait rendu coupable, aucun élément tangible n’est venu appuyer cette accusation, si ce n’est une attestation médicale non signée. Éléments biographiques Mohammed Abbou est avocat auprès de la cour d’appel de Tunis, ex-membre du Comité directeur de l’Association des jeunes avocats, membre du bureau exécutif du Centre de Tunis pour l’indépendance de la justice et du barreau, membre fondateur de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques et du Conseil national pour les libertés en Tunisie. Mohammed Abbou écrivait depuis six ans pour Tunisnews. Son épouse, Samia Abbou, fait l’objet d’harcèlements constants de la part des autorités. Elle a mené, le 13 août 2006, une grève de la faim pour demander la libération de son mari et depuis, un important dispositif de police a été déployé autour du domicile familial. Abbou est soutenu par : RSF, Categorynet.com, ISR Info, Cambio 16, El Periodico de Catalunya, CIBL FM, Campus, Quartier Libre, Le Métropolitain, Contact Belgique, La maison de la presse de Charleroi source : http://www.categorynet.com


Islamist Attacks in Tunisia

Mystery Days

 

Over four months have passed since the government reported fierce gun battles between the police and an armed group in a suburb to the south of

Tunis. And still today, no one in Tunisia knows what really happened.

Slim Boukhdhir reports    | Ever since the discussion of the armed conflict began, organizations in civil society as well as political parties have been demanding an explanation of the true background behind the incidents. But week after week has passed by and still no satisfactory explanation has been offered. At first, newspapers close to the regime announced that the exchange of fire at the end of December 2006 was set off by heated conflicts between the police and a suburban gang of drug dealers. But on January 12, 2007 Tunisian Interior Minister Rafik Haj Kacem explained that, during a session of the ruling party from December 23 to January 3, there had been clashes between Tunisian security forces and armed Islamists from the « Salafist Group for Preaching and Combat » (GSPC), 15 of whom were subsequently arrested and 12 killed in the conflict. The minister said the group had infiltrated the country from Algeria and was under police observation. After the 15 members were arrested, it came to light that the armed group had been planning attacks on foreign embassies and diplomats, according to Rafik Haj Kacem. Just a few weeks later, the judges received the list of charges from the authorities, and there were suddenly 31 defendants instead of the 15 in the minister’s account. Also in contrast to the statements made by the minister, the charge was this time an attempt to overthrow the government, with no mention of attacks on foreign embassies. Many unanswered questions All of this only served to magnify the confusion surrounding the events of December 23, 2006 to January 3, 2007. Some Tunisians are already referring to these ten days as the « Mystery Days. » Many presume that the riddle of the armed confrontations will only be solved after several years have gone by. Why did the Minister of the Interior at first claim that the armed fighters intended to attack embassies and not to overthrow the government, as was later alleged? Why did he disclose that the security forces had discovered floor plans of the embassy buildings among the things confiscated from the arrested men? This circumstance is not mentioned once in the list of charges, which instead accuses the fighters of planning a coup. Why did the minister speak of 15 arrested, when 31 defendants were actually brought before the court? Why did he maintain that the conflict had dragged on for the full ten days, when the indictment mentions only two clashes? Why hasn’t any terrorist organization come forward and claimed responsibility for the incidents? Which organization is actually behind the whole thing? These are only some of the questions that remain unanswered. Well-known Tunisian journalist Lotfi Hajji likewise noted that the official reports were full of contradictions. The statements made by the Interior Minister are at odds with what is alleged in the arraignment. Hajji points out that there are no documents (photos or similar) to confirm the government’s account of the events. « I can only take this to mean that the Tunisian government is closing its eyes to the demands of civil society and keeping the details from the public, » remarked Hajji. Lack of evidence The lawyer representing the 31 defendants, Tunisian rights activist and Islamism scholar Raouf Ayadi, testified that the background behind the events still remains unclear. He was amazed to discover, after the accused had been brought before the examining magistrate, that most of the men had already been arrested before January 3rd. What, one wonders, do these men have to do with the incident in the first place? Ayadi is also wondering where the bodies of the 12 men ended up whom the minister claims were killed. « Where are the transport papers and the families’ reports of the burials if what the minister says is true? And where is the concrete evidence that gunfights with the 31 arrested men actually took place at the alleged point in time? » Doubts are prompted not only by the indictments, however; in many of the reports published in the Tunisian press, contradictory statements were made that the regime has yet to resolve. Not least for this reason, the whole affair remains extremely murky. Power struggles within the government? On January 10, the French newspaper « Le canard enchaîné » published some news that met with widespread interest within Tunisia: It reported that the car of the Tunisian President’s wife had been shot at during the clash between the armed combatants and the security forces. The newspaper claimed its story was based on information from « reliable diplomatic sources in Tunis. » In contrast to its usual policy, the Tunisian government did not issue an official statement on this news, which in turn gave rise to new speculations. If the report is true, this might also be the case for other rumors alleging that the conflict was actually about « internal government power struggles. » Nevertheless, this does not stop the majority of observers in Tunisia from fearing that their country might soon join the neighboring states as a target of Islamic terror. Dr. Muhammad al-Nouri, director of the International Association for the Support of Political Prisoners, contends however that: « Just like every other country in the world, Tunisia is not immune to terrorist attacks. It is improbable, though, that a terrorist threat will come from the Tunisians themselves, who are widely regarded as peace-loving; I would tend to expect this kind of threat from abroad instead. « Islamism in Tunisia has for a long time distanced itself from any form of violence or extremism, despite its geographical proximity to nations in which Islamist terror is widespread. That is why the comparison with Algeria, for instance, is unrealistic, and we should by no means anticipate similar developments in Tunisia. » Government repression Dr. al-Nouri also emphasizes that, as far as he knows, there is no indication in Tunisia at the moment of the spread of currents supporting violence as solution, as is the case in other countries. The government must draw a line between the preventive war it has declared on terrorism and the repression of innocent people who were only carrying out ritual actions and have been imprisoned in droves for it. In many cases, it has not been proven that these people engaged in political activities of any kind. Raouf Ayadi is not convinced either that the recent wave of arrests of young Tunisians, who have often been tortured at the police stations simply because they were caught praying, can be regarded as an effective way of dealing with terrorism: « This is a case of the complete repression of absolutely normal Tunisian citizens who do not exhibit even the remotest inclinations toward terrorism. In the files of those arrested there is no mention of what they are guilty of – in fact, they are not even accused of any specific crime. » Since there is no concrete evidence of terrorist activities in Tunisia, according to Muhammad Al-Nouri, the ongoing repression of innocent citizens under the pretense of the war against terrorism is tantamount to the spread of a culture based on violence. This is in direct contrast to the political facade upheld in everyday life and the ideological convictions of the country’s population. The government’s strategy could very well end up backfiring. Defense attorney Raouf Ayadi’s greatest fear is that the Tunisian regime, which is starting to resemble a police state, wants to exploit the omnipresent fear of Islamic terrorism and use the recent events as a way of repressing the Tunisian citizenry and collectively intimidating the society. Their ultimate goal, Ayadi suspects, is to cow the Tunisians and hinder both their participation in the political arena and the practice of their religion. This constitutes an attempt to suffocate demands for political reforms and for more freedom and democracy in Tunisia. Slim Boukhdhir © Qantara.de 2007 Translated from the German by Jennifer Taylor-Gaida Slim Boukhdhir is a Tunisian journalist and lives in Tunis.

(Source : le site « Qantara.de », le 13 mai 2007)

Lien:http://www.qantara.de/webcom/show_article.php/_c-476/_nr-781/i.html


Quiet diplomacy

That will help Tunisia more than cutting aid,

says JAMES FALK,jfalk@dfwworld.org

At the northern tip of Africa sits Tunisia, an anomalous nation, a model for moderate Arab voices. The 2006-07 Davos Global Competitiveness Report carries good news for its 10 million citizens: Tunisia ranked third (ahead of India and Thailand), the highest-ranking Arab economy among the 40 countries in the « middle state of development. »

As a teen, I lived in Tunisia at a time when the country was one of the largest beneficiaries of U.S. foreign assistance. And it is heartening to see the country’s continued progress.

At a time when most news from the Middle East is troubling, Tunisia presents a different model that merits our respect and support. Shortly after independence from France in 1956, Tunisia abolished polygamy (still the only Arab country to have done so), brought divorce before the secular courts, and set the minimum age for marriage at 17.

In recent years, Tunisia has legislated non-discrimination in the workplace, child support for women who have been given custody, and full financial equality between men and women. The results are tangible: 52 percent of university students are women, and women make up more than 25 percent of the country’s working population, serving as judges, elected representatives and professors. In the early 1970s, Syria and Tunisia had the same population; today their populations are 18.6 million and 10 million, respectively – a powerful indicator of Tunisia’s progressive reforms, including acceptance of family planning.

Tunisia and the United States have enjoyed strong diplomatic relations for two centuries. Yet, while they remain mutually supportive, concerns among Tunisians about both the Iraq war and the Bush administration’s criticism of Tunisia’s rate of progress towards democratic reforms foster an unease that has the potential to destabilize a politically progressive and U.S.-friendly country.

While acknowledging Tunisia’s social and economic achievements, the United States has been adamant that Tunisia « increase the pace and substance of critical political and human rights reforms. » Tunisia has responded with caution; one senior Tunisian diplomat wonders why the U.S. prefers loud rhetoric when quiet diplomacy would be more constructive.

Many Tunisians are fearful that a new wave of fundamentalism could obliterate the hard-won rights they cherish. Bordered by Libya and Algeria, Tunisia lives in a rough neighborhood, where al-Qaeda has increased terrorist activity.

The threat to Tunisia became undeniably real in January when a terrorist plot to bomb the embassies of the United Kingdom and the U.S. was uncovered. Tunisian authorities acted decisively in disabling the terrorist cell.

Given our experience with terror, many Tunisians express surprise that we are not more empathetic. That Tunisia’s record of accomplishments is undervalued in the U.S. was a theme often heard during a recent visit, from government officials down to the students.

Certainly, there are some valid concerns about Tunisian policy. Notwithstanding the country’s economic progress and potential, the government must lift all restrictions to the Internet, especially since most citizens have access to satellite TV. There should be open debate in the press about the government. The concerns raised by Amnesty International regarding possible human rights violations of prisoners should be fully addressed.

But at a time when this moderate Arab nation needs helicopters and other hardware as well as training for border security and counter-terrorism, the U.S. is cutting its foreign military financing to Tunisia from $8.5 million to just over $2 million in 2007. Such a reduction is puzzling, especially since Tunisia has demonstrated its resolve in the war against terror.

It would seem to this observer that quiet diplomacy and forbearance with gradually evolving public policies will yield more that is in the U.S.’s interests than public criticism and reductions in military aid.

James Falk, president of the World Affairs Council of Dallas/Fort Worth (www.dfwworld.org), along with Frank Kryza, Honorary Consul of Tunisia, recently led a delegation of educators, a documentary producer and civic leaders to Tunis.

(Source : Rubrique « Opinions » du journal « Dallas News » (Quotidien – Texas, USA), le 14 mai 2007)

Lien :http://www.dallasnews.com/sharedcontent/dws/dn/opinion/viewpoints/stories/DN-falk_14edi.ART.State.Edition1.42d4243.html


Amnesty urges Bosnia not to deport Muslim fighters

By Daria Sito-Sucic

SARAJEVO, May 11 (Reuters) – Human rights groups called on Bosnia on Friday not to deport foreign-born Muslims who fought in the Bosnian war to countries where they might face rights abuse, torture and punishment.

« We urge you to take appropriate steps to safeguard the fundamental rights of every person in Bosnia and Herzegovina subject to removal, including those whose citizenship is under review, » they said in a letter to Bosnia’s security minister.

In April Bosnia revoked the citizenship of 367 foreigners, most of them Muslim volunteers from Egypt, Algeria, Syria, Tunisia and Turkey who came to fight alongside the Bosnian Muslims in their 1992-95 war against Serbs and Croats, and ordered their deportation.

They can appeal but will be deported if their appeals fail. Amnesty International, Human Rights Watch and the Bosnian branch of the Helsinki Committee for Human Rights said they feared that those facing deportation might be jailed when they reached their countries of origin.

The Bosnian action is seen as part of an anti-terrorism drive requested by the United States, which called for the ex-fighters’ deportation during the late 1990s and again after the Sept. 11 attacks.

Most of the volunteers who stayed in Bosnia after the war and married local women now live in strict Islamic communities.

They are viewed with suspicion by Bosnians of all faiths, and some see their strict religious practices as a threat to the traditionally tolerant Bosnian Muslims.

Many of them may be regarded as criminals in their countries of origin because they fought in a foreign country.

« I cannot go back to my native country, I fear that I will be exposed to torture there, » said Syrian-born Aimen Awad, who has lived in the Balkans since 1982.

Security ministry officials say no one has been deported yet and the procedure will be conducted in accordance with the law. But Awad said he would be stripped of all his Bosnian documents and not allowed to stay in the country after a 30-day appeal term expired, even if the court had not ruled on an appeal in that period. Amnesty International and other agencies said Bosnia had a poor record where the protection of naturalised citizens’ rights was concerned.

In 2002, Bosnia extradited six Algerian-born men to U.S. military custody although a top regional court had ruled against their detention and the human rights chamber had ruled that they should not be deported, the agencies said. The men were sent to the U.S. Guantanamo Bay prison in Cuba and are still in detention there.

REUTERS


96 immigrants clandestins secourus samedi au large de la Sicile

ROME, 12 mai 2007 (AFP) – La marine italienne a secouru 96 immigrants clandestins à bord de quatre embarcations de fortune interceptées samedi en quelques heures au large de l’île de Lampedusa, dans le détroit de Sicile, ont annoncé les autorités locales.Sept autres clandestins qui avaient réussi à atteindre l’île voisine de Pantelleria, au large de la Tunisie, ont été interceptés également samedi par la gendarmerie locale.Tous ces clandestins seront transportés ultérieurement dans des centres de premier accueil, en Sicile ou ailleurs en Italie. En 2006, selon les chiffres du ministère italien de l’Intérieur,22.016 candidats illégaux à l’immigration sont arrivés en Italie par la mer.

AFP


Tunisia rescues 35 illegal African migrants

TUNIS, May 14 (Reuters) – Tunisia’s coastguard rescued 35 African illegal migrants who lost their way trying to sail a boat to Italy from Libya, a security source said on Monday. The source said the migrants, from sub-Saharan Africa, had set sail from Libya in a small boat and were trying to reach the Italian island of Lampedusa but the motor broke down and the boat drifted off course. They were rescued on Friday. « The coastguard hastened to the rescue after noticing a crowded boat with 35 migrants included one woman, near the coast of Sfax, » the source said, referring to a southern Tunisian town. Europe has urged North African countries to do more to stop the flows of illegal migrants trying to reach Europe via Italy and Spain, the two countries most migrants see as their preferred entry point into the continent.

More than 31,000 illegal immigrants reached Spain’s Canary Islands last year, six times more than in 2005, and Italy and Malta were also targeted heavily. Many died on the journey. The EU has said it expects new flows of illegal migrants this year as the weather gets better.

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Emigration: Qui gagne, qui perd ?

Qui gagne, qui perd ?

Par : Ridha KEFI

La question de l’émigration est en passe de devenir le sujet central du dialogue euro-méditerranéen, surtout pour les Européens, qui cherchent à réduire les flux migratoires en provenance des pays sud-méditerranéens.

 Elle constitue aussi l’une des pierres d’achoppement sur lesquelles butte souvent ce dialogue. Car, malgré les efforts des pays du Nord et du Sud pour rapprocher leurs points de vue et harmoniser leurs politiques en la matière, le débat reste entaché, de part d’autre, d’une grande dose de scepticisme sinon de suspicion.

L’atelier, organisé samedi par la Fondation Friedrich Ebert, en son siège à La Marsa, a montré  l’ampleur du malentendu – et le mot n’est pas fort – qui empêche une véritable coopération internationale pour répondre aux défis – sécuritaires, humanitaires et autres -, que pose ce phénomène que d’aucuns, surtout au Nord, n’hésitent pas à qualifier de fléau, un de plus dans la panoplie des périls, réels et imaginaires, dont ce Nord, développé, repu et un brin égoïste, aime à s’effaroucher.

Aux côtés de Lothar Witte, représentant résident de la fondation allemande à Tunis, trois orateurs se sont succédés à la tribune pour présenter des approches, à la fois, contradictoires et complémentaires, qui traduisent la complexité du problème et la nécessité d’y apporter des réponses concertées et concrètes.

L’Europe ne doit pas en effet chercher à imposer «ses» solutions d’un problème dont elle n’est pas seule à subir les conséquences. Le voudrait-t-elle d’ailleurs qu’elle ne le pourrait pas, surtout qu’elle en est – un peu – responsable, elle aussi ?

De même, ces solutions devraient-elles respecter les intérêts de toutes les parties et, surtout, dépasser le seuil des déclarations de principe (ou d’intention) pour se traduire en politiques, en programmes et en actes.

La preuve par trois

Face au problème de l’immigration, trois positions contrastées se dégagent souvent. Elles ont d’ailleurs été exprimées par les trois orateurs qui se sont succédé à la tribune.

La première, volontariste et consensuelle, a été défendue par l’économiste tunisien Mahmoud Ben Romdhane, partisan d’une politique de régulation des flux migratoires qui tienne compte des besoins de l’Europe en main d’œuvre qualifiée et de ceux des pays Sud-Méditerranéens en emplois pour leurs jeunes chômeurs, dont le nombre, déjà important, est appelé à augmenter au cours des quinze prochaines années.

La seconde, qui se veut réaliste et pragmatique, exprimée par l’Allemand Eberhard Rhein, ancien Vice-président responsable des relations extérieures à la Commission européenne et actuellement Conseiller au sein du Centre de Politique Européenne à Bruxelles, souligne le caractère global des phénomènes sociopolitiques modernes, comme le chômage des jeunes ou les mouvements migratoires, dont l’Europe est loin d’être épargnée elle aussi. L’Allemand appelle aussi les pays Sud-Méditerranéens à faire preuve d’imagination et de créativité, en concevant notamment des politiques intérieure et extérieure en phase avec leurs problèmes spécifiques, et en respectant les exigences de la démocratie, de la transparence et de bonne gouvernance.

Tout en se disant d’accord avec les deux premières approches, l’Espagnol Ivan Martin, professeur d’économie, coordinateur du projet Casa Arabica à Madrid, préfère les concilier. Car, dit-il, «on ne peut parler de l’émigration, sans chercher à comprendre le système économique qui la créée». Or, ce système est fondé, dans les pays du Sud, sur des politiques de développement qui ne créent pas suffisamment d’emplois, et sur un ordre économique international caractérisé par une inégalité croissante entre le Nord et le Sud. Seule donc une politique globale, macro-économique et fondée sur le «co-développement» peut réduire les écarts entre les deux rives de la Méditerranée, doper la croissance au Sud et fixer les populations dans leurs pays respectifs. Il reste cependant à donner un contenu concret à ce concept de «co-développement», très en vogue aujourd’hui, mais qui tarde à être traduit dans des programmes dignes de ce nom.

 Plaidoyer pour l’«immigration temporelle»

L’Europe assiste aujourd’hui à un accroissement sans précédent des flux d’immigrés clandestins. Dans le même temps, les pays européens continuent de régulariser des centaines de milliers de travailleurs clandestins. Certains de ces pays sont pourtant dirigés par des gouvernements de droite, réputés hostiles à l’immigration, un phénomène en passe de devenir «pathologique», selon l’expression de Ben Romdhane, qui évoque les flux croissants de candidats à la «harqa» (immigration) se déversant sur les côtes européennes, parfois au péril de leur vie. L’économiste cite, à ce propos, une étude réalisée récemment par les Nations unis qui montre que 20% des jeunes tunisiens, issus de tous les milieux, sont tentés par la «harqa», dont 10 à 15% sont diplômés de l’université.

Selon le chercheur, de 40 000 à 50 000 migrants tunisiens débarquent chaque année en Europe. Il y a aussi près de 30 000 autres qui rejoignent le Vieux Continent dans le cadre du regroupement familial. Beaucoup d’autres Tunisiens naissent en Europe. La hausse constante des flux financiers envoyés à leurs familles par les Tunisiens résidents à l’étranger traduit (ou trahit) cet aggravation du phénomène de l’immigration, légale et/ou clandestine.

Face à l’ampleur de ce phénomène, des hommes politiques, au Nord comme au Sud, préconisent la réorganisation des flux migratoires selon une formule «gagnant-gagnant», qui sert les intérêts des pays du Sud, lesquels font face à une hausse du chômage, notamment celui des diplômés, et ceux des pays du Nord, qui ont besoin de compenser leurs déficits démographiques – la population active européenne va baisser de 20 millions d’âmes au cours des 15 prochaines années – en accueillant notamment une population jeune et professionnellement qualifiée. Celle-ci viendrait alors des pays du Sud, qui pourraient ainsi placer leurs flots de diplômés chômeurs.

La Tunisie est l’un de ces pays. Avec ses taux de scolarisation très élevés, notre pays a vu le nombre de ses diplômés du supérieur passer, en 10 ans, de 5 000 à 60 000, auxquels s’ajoutent les diplômés des filières de formation professionnelle, qui sont passés, au cours de la même période, de 20 000 à 75 000.

Avec son tissu industriel constitué en majorité de PME, un taux d’encadrement relativement faible et une décélération des recrutements dans l’administration et les entreprises publiques,  la Tunisie  aurait du mal à trouver des emplois aux 100 000 nouveaux demandeurs qui arrivent, chaque année, sur le marché du travail. Pour notre pays, comme pour les autres pays du Sud confrontés au problème du chômage, l’«immigration temporelle», préconisée par l’économiste français Philippe Fargues, pourrait donc constituer une solution.

Les pays européens, qui ont besoin d’une population jeune et bien formée, pourraient absorber, de manière organisée, et pour une durée allant de 5 à 7 ans, de jeunes diplômés issus des pays du Sud. Ces derniers pourraient ensuite rentrer au pays avec une formation et une épargne dont ils pourraient faire profiter les leurs. Cette formule pourrait aussi aider à remédier au problème de la fuite des cerveaux, qui aggrave les écarts de développement entre le Nord et le Sud au bénéfice du premier.

 Des châteaux en… Europe

«Ceci est trop beau. Mais difficile à réaliser», commente Eberhardt Rhein. Qui ajoute, avec humour, que «les Tunisiens et les Français sont passés maîtres dans l’art de construire des châteaux». Sans préciser s’il s’agissait de châteaux de sable, de cartes ou en Espagne. Ce qui revient, bien sûr, au même.

Selon l’hôte allemand, le chômage des jeunes est un phénomène global qui touche même l’Europe. En Allemagne, par exemple, les diplômés de l’université accepteraient aujourd’hui n’importe quel travail et à n’importe quelles conditions. «Je souhaite bonne chance aux jeunes diplômés tunisiens qui voudraient trouver du travail en Allemagne», dit Rhein, avec une franchise décapante. Avant d’ajouter: «Il y a actuellement en Europe une course frénétique aux meilleurs talents partout où ils se trouvent. Je ne pense pas que les 50 000 diplômés tunisiens sont les meilleurs ingénieurs ou informaticiens dont l’Europe a besoin».

Autre bémol avancé par l’Allemand: il y a 30 ans, l’immigration était le privilège des Maghrébins et des Turcs. Or, aujourd’hui, les candidats à l’immigration viennent de l’Inde, du Pakistan, de la Chine, de la Pologne, de la Roumanie… A lui seul, ce dernier pays a donné à l’Europe 2 millions d’immigrés. Près de 3 autres millions sont aujourd’hui candidats au départ. Cette migration intereuropéenne (les Français qui travaillent en Irlande et les Polonais en Irlande…) a encore de beaux jours devant elle. «L’Europe est devenue un melting pot à l’américaine et qui se suffit désormais à elle-même», dit encore Rhein, comme pour mieux enfoncer le clou.

Quid alors du vieillissement du continent dit «vieux» ? L’Allemand préfère relativiser le phénomène. L’Europe compte 500 millions d’âmes. Elle perdra 50 millions d’ici 2050. «C’est une perte avec laquelle nous pourrions bien vivre», explique-t-il.

La baisse de la natalité n’est pas, elle aussi, irréversible. Les politiques de natalité mise en route en France et dans d’autres pays, qui permettent aux femmes de concilier travail et famille, pourraient aider à relancer la démographie européenne.

En retardant l’âge de la retraite de 65 à 67 ans, en améliorant la santé des seniors en âge de travailler et en augmentant la productivité, avec notamment l’apport des nouvelles technologies, l’Europe dispose de réservoirs inépuisables pour maintenir sa prospérité actuelle. Elle pourrait donc, selon Rhein, se passer de l’apport de la main d’œuvre du Sud. Conclusion, sur un ton délibérément provocateur: «Au lieu de chercher à exporter leurs problèmes vers l’Europe, les pays du Sud feraient mieux d’assurer leur survie en instaurant la démocratie, la transparence et la bonne gouvernance, seules garantes du progrès social».

 L’Europe doit mettre la main à la poche

Comme pour atténuer l’effet réfrigérant des propos de son collègue allemand, Ivan Martin s’est montré plus indulgent à l’égard des Sud-Méditerranéens. Selon des études récentes, l’immigration contribue au tiers de la croissance espagnole (près de 1,1%). Cette contribution, estimé à 623 euros par an et par habitant, est quatre fois plus importante que la contribution des réformes structurelles mises en route par le gouvernement espagnol.

Ce qui provoque les mouvements d’immigration, c’est l’écart de revenus qui se creuse entre l’Europe et la rive Sud de la Méditerranée. Pour ralentir ces mouvements, il n’y a pas d’autre solution que le «co-développement».

Il faut donc se situer dans une logique macroéconomique globale, créer un véritable espace économique euroméditerranéen, fondé sur des politiques claires et accompagné de fonds suffisants à même d’aider les pays du Sud à se mettre à niveau. Martin fait, à ce propos, une comparaison assez significative : depuis 1993, l’Espagne a reçu de l’Europe une aide estimée à 230 euros par habitant et par an, contre seulement 4,5 euros pour la Tunisie et le Maroc. «L’aide doit être assez conséquente pour que les pays acceptent de perdre une partie de leur souveraineté économique en se soumettant aux exigences des bailleurs de fonds européens», explique l’économiste.

Bref, au lieu de donner des leçons de bonne gouvernance, l’Europe ferait mieux de se montrer aussi généreuse, aujourd’hui, vis-à-vis de ses voisins du Sud qu’elle l’a été, hier, vis-à-vis de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce, ou, depuis quelque temps, vis-à-vis des pays de l’Europe de l’Est.

Elle ne peut non plus décréter la liberté de circulation des marchandises et, en même temps, des restrictions draconiennes à la circulation des personnes. Ni, encore, disposer des travailleurs du Sud comme d’une main d’œuvre corvéable à merci, des sortes d’esclaves des temps modernes, juste bons pour combler des déficits ponctuels en mains d’œuvre dans certains secteurs et pour des périodes déterminées. C’est la politique que le nouveau président français cherche à mettre en œuvre sous le slogan (presque raciste) d’«immigration choisie».

Le débat qui a suivi les trois interventions a montré l’ampleur du malentendu entre le Nord et le Sud. La plupart des intervenants tunisiens, notamment Me Mohamed Jmour, le Dr Mustapha Ben Jaâfar, chef du FDTL, et les universitaires Malika Horchani, Monia Ben Jemia et Hassen Boubakri, ont souligné, chacun selon son angle d’analyse, l’ambiguïté de la position européenne, qui impose aux pays du Sud ses diktats en matière de réformes, tout en refusant d’accompagner celles-ci par des engagements fermes et concrets. Le sort réservé aux travailleurs immigrés en Europe, souvent privés de leurs droits sinon maltraités, a aussi été évoqué par Me Mokhtar Trifi, président de la LTDH, qui a tenu à exprimer, à la fin du débat, sa profonde déception quant à la position exprimée par M. Rhein et qui se résume en une formule lapidaire: «Débrouillez-vous avec vos problèmes !». De là à penser que le «bon voisinage», proposé par l’Europe à ses voisins du Sud, est mal parti…

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 14 mai 2007)


Campagne pour l’élection du Conseil de l’Ordre des avocats et du Bâtonnier

Me Charfeddine Dhrif, SG du Conseil de l’ordre et candidat au Bâtonnat:  » La profession se porte mal ».

Apparemment Me Charfeddine Dhrif veut la consécration d’une longue carrière et d’un riche itinéraire par un mandat de Bâtonnier. Agé de 55 ans, il est né à Tunis et a obtenu la maîtrise de droit et le certificat d’aptitude à la profession d’avocat de la faculté de droit de Tunis.

 Inscrit au tableau du barreau le 6 mai 1977, Me Dhrif est avocat auprès de la cour de cassation. De 1981 à 1983 il est membre de l’Association Tunisienne des Jeunes Avocats de 1987 à 1989 membre du Conseil de l’ordre des avocats. De même de 2001 à 2004. Actuellement il occupe le poste de secrétaire général du conseil de l’ordre. Interview.

Le Temps : Comment jugez-vous la situation actuelle de la profession ?

Me Charffeddine Dhrif :  » Je considère que la profession est en train de passer par une période difficile sinon critique. Cela est dû à plusieurs raisons. Tout d’abord les avocats se sentent un peu marginalisés sur le plan social du fait qu’ils ne bénéficient pas d’une couverture sociale. Dans ce cadre, il est important de rappeler que c’est la seule profession qui n’a pas de couverture sociale. Un chauffeur de taxi ou un manœuvre est couvert par un régime de couverture sociale lui et sa famille alors que l’avocat s’il lui arrive un accident de santé, il est condamné à la précarité s’il n’a pas les moyens financiers pour se faire soigner. Sur un autre plan, l’avocat ou plutôt les avocats se sentent aussi un peu marginalisés dans leur profession et ceci est dû à la promulgation des lois qui ont rétréci le champ d’intervention de l’avocat. En plus lors des dernières années nous avons assisté à la création de certains corps de métiers qui ont eux aussi participé au rétrécissement du champ d’action de l’avocat.

• Donnez-nous des exemples ?

– Les rédacteurs dans les directions régionales de la conservation foncière, les conseillers juridiques, les conseillers fiscaux et d’autres professions que je préfère ne pas citer pour ne pas soulever de polémiques.

• Revenons aux maux de la profession

– La troisième cause de la situation difficile que traverse la profession est le fait que le Conseil de l’ordre des avocats n’est pas maître de son  » tableau « . Il faut rappeler dans ce sens que tout détenteur d’une maîtrise de droit et d’un certificat d’aptitude ou d’un master de droit (quelle que soit l’origine) à la condition qu’il fasse l’objet d’une décision d’équivalence, peut accéder à la profession d’avocat contrairement à ce qui se passe par exemple chez les experts comptables. Donc, le conseil de l’ordre des avocats se trouve amené sinon obligé en vertu des textes qui régissent la profession à inscrire tout candidat détenteur des diplômes que j’ai cités. Au cas où il refuse l’inscription ou il omet de le faire dans le délai de deux mois à partir de la date du dépôt de la candidature, cela permet au candidat d’interjeter appel et d’obtenir un arrêt ordonnant son inscription au tableau.

• Quels sont les conséquences pour la profession ?

 – Le nombre des avocats stagiaires est actuellement de 1901. Ce nombre est relativement important par rapport aux avocats qui encadrent ces stagiaires. Il y a beaucoup d’entres eux qui passent leurs stages dans des conditions très difficiles. D’autres se sont perdus dans la nature. Les causes de cette situation reviennent essentiellement aux patrons de stages dont certains délivrent des certificats de stages de complaisance. Mais le plus grand danger que court actuellement la profession provient essentiellement de sa politisation et de son instrumentalisation par certains confrères et consœurs à des fins politiques.

• Vous êtes candidat à l’élection de Bâtonnier. Quelles sont d’après-vous les solutions pour remédier à cette situation ?

– Je considère que le prochain Bâtonnier devrait agir dans un but de dépolitisation et de garantir ainsi l’indépendance de la profession par rapport à toutes les tendances politiques. Le Bâtonnier doit être le Bâtonnier de tous les avocats toutes tendances politiques confondues donc un rassembleur. Même en cas de crise ou de problème grave entre deux où plusieurs tendances politiques au sein de la profession, le Bâtonnier doit toujours agir sur la base de sa neutralité et dans le but de garantir les intérêts supérieurs de la profession, quelle que soit la gravité du dossier qui peut être à l’origine d’une crise. Ce dossier ne doit jamais entraver le travail ou la mise en exécution du programme du Bâtonnier. Il faut reconnaître que les deux derniers conseils de l’ordre n’ont fait que gérer la crise engendrée par deux mandats, un dossier par mandat respectif.

• Ceci en ce qui concerne la politisation. Avez-vous des solutions pour les autres problèmes ?

– Il faut reconnaître que la solution de certains de ces problèmes ne peut se faire que par des interventions législatives et de ce fait le prochain Bâtonnier doit fournir beaucoup d’efforts pour renouer et stabiliser le dialogue avec le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme. A mon avis l’action du Bâtonnier et du Conseil de l’ordre doit avoir pour but  essentiel l’élargissement du champ d’intervention des avocats surtout dans les domaines de la consultation juridique, de l’exclusivité de constitution et de plaidoirie devant les tribunaux et de la mise à niveau des avocats et de la formation des avocats stagiaires. Le prochain Bâtonnier et le nouveau Conseil de l’ordre doivent préparer un projet de couverture sociale qu’ils soumettront à une Assemblée Générale Extraordinaire. A ce propos même si l’Assemblée Générale Extraordinaire qui s’est tenue en avril 2006 n’est pas parvenue, pour des  raisons multiples, à prendre une décision quant au choix de la couverture sociale, il me semble qu’il est nécessaire de revenir à l’Assemblée Extraordinaire pour choisir le mode de couverture sociale. Quoi qu’il en soit cette couverture sociale ne  pourra être, à mon sens, efficace que si elle réunit deux conditions : l’obligation et l’égalité.

En ce qui concerne le timbre qui est le seul mode de financement de la caisse de retraite des avocats, je considère qu’il est de l’intérêt de la profession pour que ce timbre soit vendu et distribué par les structures de la profession. Même si cette opération va engendrer des frais et la création d’un service administratif qui va s’occuper de la vente et de la distribution du timbre, le jeu en vaut quand même la chandelle vu les recettes qui ne peuvent être en dessous de cinq millions de dinars par an.

• Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à vous présenter ?

– A partir de mon expérience dans la profession et dans ses structures, je considère que je suis assez armé de bon sens et d’indépendance pour œuvrer concrètement et trouver sur la base du dialogue des solutions aux problèmes de la profession.

• Qu’est-ce qui différencie votre candidature des autres ?

– Avec tout le respect que je dois à mes confrères candidats, je considère que ma candidature est la plus logique et ce, pour les raisons suivantes : contrairement à certains Bâtonniers qui sont actuellement candidats, je considère que ceux-ci ont eu l’occasion de défendre les intérêts de la profession et donc de faire leur apport et, il est donc logique que ceux-ci laissent place aux nouveaux prétendants. La deuxième raison est qu’il y a des candidats qui n’ont jamais assumé de responsabilité dans les structures donc ces candidats qui ne connaissent pas les dossiers et qui n’ont pas d’expérience, il est préférable qu’ils commencent par se présenter à l’élection de membre de sections ou à la limite à celle de membre du Conseil de l’ordre. La troisième raison : il y a des candidats qui se présentent pour la 3ème voire la 4ème fois et je ne vois pas si les conditions ont vraiment changé pour cette fois-ci.

• Donc supposons que vous soyez élu que feriez-vous ?

Je serais le Bâtonnier de tous les avocats tout en confirmant que je n’assumerai cette charge que pour un seul mandat et si je ne suis pas élu je ne renouvellerai pas une autre fois ma candidature.

Interview réalisée par

Néjib SASSI

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 14 mai 2007)


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