11 février 2011

TUNISNEWS 10 ème année, N° 3916 du 11.02.2011 archives : www.tunisnews.net


 

Reuters:Arrestation d’un groupe armé lié à Ben Ali, annonce Tunis

AFP:Tunisie: une femme s’immole par le feu, état « grave » (agence officielle)

La FTCR alerte l’opinion publique de la  présence de plus de mille migrants tunisiens sur l’ile de LUMPADUSA

Un responsable tunisien prévoit une présidentielle d’ici juillet

Jeune Afrique:Les lecteurs de JA réagissent à l’actualité tunisienne

Kaïs Saïd : « Nous sommes face à une mascarade constitutionnelle »

Le Temps:Politique: Fethi Jerbi, membre du bureau politique du Parti du Congrès pour la République (PCR)

Le Temps:Lettre à Mustapha Ben Jaâfar

Ridha Kéfi:Tunisie. Au secours, les «benalistes» reviennent !

Kapitalis:L’islamisme, l’alibi de la dictature en Tunisie

Le Quotidien:Grève des poubelles à Tunis : Les milices RCDistes s’y mettent pour que ça dure

Le Quotidien:POCT : La formation d’extrême-gauche qui se battait dans la clandestinité

Ahmed BEN AMOR :L’EVENTEIL ISLAMISTE

Le Nouvel Observateur:L’onde de choc de la révolution du jasmin

La Tribune:Tunisie, mon amour

Le Figaro:Tunisie: la France engagée

France-info:Voyageurs du Monde : « Il faut vite aller en Tunisie »

DonneTonAvis:Des voyagistes français s’engagent à soutenir la Tunisie

1info2;Leïla Ben Ali : Monte dans l’avion

Le Nouvel Observateur:Paris participera a la confrence de Cathage

Afrik.com:Tunisie : quelle Europe « des valeurs » ?

Tekiano:Tunisie : La Révolution vue par Mindshare

Le Quotidien:Après la chute de Ben Ali et Moubarak à qui le tour?

Le Monde:En Algérie, « nous avons besoin d’une révolution, mais d’un autre genre

Sify News:Tunisians celebrate Mubarak departure, Algeria braces for contagion

AFP:Egypte/Tunisie: Guigou regrette qu’on n’ait « pas entendu l’Europe »


Reuters, le 10 février 2011 à 17h57 GMT

Arrestation d’un groupe armé lié à Ben Ali, annonce Tunis


* Le groupe a été arrêté en liaison avec les incidents du Kef * Selon les autorités, il est lié à des proches de Ben Ali
TUNIS, 10 février (Reuters) – Les autorités tunisiennes ont annoncé jeudi l’arrestation d’un groupe armé lié à des proches de l’ex-président Zine Ben Ali et auquel sont imputés des accrochages meurtriers survenus la semaine dernière dans la ville du Kef, dans le nord du pays. C’est la première fois que les autorités font un lien, au moins publiquement, entre un groupe armé et le clan de Ben Ali, qui a fui la Tunisie le 14 janvier après une série de manifestations contre ses 23 ans de présidence. Au sein du gouvernement de coalition mis en place après le départ de Ben Ali pour l’Arabie saoudite, des responsables de la sécurité font état d’un complot de milieux proches de l’ancienne administration visant à semer le chaos pour revenir au pouvoir. Avec l’appui de l’armée, les forces de sécurité ont arrêté « un dangereux groupe de criminels armés » et ont saisi des armes qui étaient en sa possession, rapporte l’agence officielle Tap. « Le groupe a été arrêté à la lumière de son implication dans les derniers incidents sanglants et douloureux survenus la semaine dernière au Kef », précise l’agence. Les membres du groupe sont également soupçonnés de s’être livrés à « des opérations de contrebande et de corruption en complicité avec des membres de la famille du président déchu », écrit Tap en ajoutant qu’ils seront jugés et devront « répondre de leurs actes criminels ». Alors qu’un retour progressif à la normale s’observait en Tunisie trois semaines après la fuite de Ben Ali et de son proche entourage, les autorités ont dâ rappeler des réservistes afin de rétablir l’ordre face à de nouvelles violences.  Cinq personnes au moins ont été tuées depuis vendredi dans des villes de province, dont deux par balles au Kef où la police tentait de disperser des manifestants. Par ailleurs, le gouvernement provisoire tunisien a adopté jeudi un ensemble de « mécanismes pratiques » en vue de récupérer les biens détournés par des personnalités du régime déchu. Une fois recouvrés, « les avoirs et les biens volés et transférés illicitement à l’étranger par les symboles de l’ancien régime » seront utilisés pour le développement du pays, notamment dans les régions de l’intérieur, ajoute Tap.  

Tunisie: une femme s’immole par le feu, état « grave » (agence officielle)


TUNIS, 10 Fev 2011 (AFP) – Une Tunisienne s’est immolée jeudi par le feu à Monastir, à 160 km au sud-est de Tunis, devant le siège du gouvernorat et son état est « jugé grave », a annoncé l’agence officielle TAP. Selon l’agence, qui cite des sources médicales, la femme, originaire de Sfax, la deuxième ville du pays plus au sud, « souffre de brûlures au troisième degré » et a été hospitalisée. La victime « est au bloc opératoire », a indiqué à l’AFP par téléphone une source médicale de l’hôpital Fattouma Bourguiba à Monastir. La soeur de la victime a indiqué que cette dernière « éprouvait des difficultés à obtenir des médicaments pour son mari atteint d’un cancer ». La révolte qui a emporté le 14 janvier le régime du président Zine el Abidine Ben Ali, avait démarré le 17 décembre avec l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes de Sidi Bouzid (centre-ouest). Des gestes de désespoir similaires, une dizaine, s’en sont suivis dans plusieurs pays arabes. Le 8 janvier, en pleine répression des mouvements de révolte par la police du régime tunisien, trois tentatives de suicide s’étaient produites à Kasserine et à Sidi Bouzid dans le centre-ouest tunisien


La FTCR alerte l’opinion publique de la  présence de plus de mille migrants tunisiens sur l’ile de LUMPADUSA


 
La FTCR alerte l’opinion publique de la  présence de plus de mille migrants tunisiens sur l’ile de LUMPADUSA depuis 48 heures. L’Etat italien ne leur a pas porté assistance. Nous ne connaissons pas encore les circonstances exactes de leurs arrivées mais nous mettons en garde les autorités italiennes à tout manquement aux respects des droits humains. Nous les mettons en garde contre toute mesure d’expulsion massive ou contraire aux droits humains. Il ne faut pas accabler la révolution tunisienne par des mesures anti-immigrées Tarek BEN HIBA président de la FTCR ————————————————– Lampedusa, 11 février 2011 852 migrants sont arrivés entre la nuit de hier et l’aube d’aujourd’hui sur plusieurs embarcations. Dans les dernières 48 heures les migrants arrivés sur l’ile sont plus de 1000. Ils arrivent presque tous de Tunisie et ils restent sur le quai du port: car une directive du Ministre des Affaires Intérieures prévoit que le Centre de Lampedusa, fonctionnel 24h sur 24h, doit rester fermé. Face à l’émergence les 137 migrants de hier soir ont été hébergés dans un hôtel, avant d’être transférés par bateau à Porto Empédocle. L’idée du Ministère probablement est que si personne n’est accueillie et fichée dans le Centre de Lampedusa, ça veut dire que personne n’y arrive. La nouvelle émergence, liée à la situation tunisienne, met en crise le dispositif médiatique du Gouvernement. http://palermo.repubblica.it/cronaca/2011/02/11/news/lampedusa_l_assalto_dei_barconi_resta_chiuso_il_centro_di_accoglienza-12322518/?ref=HRER2-1 11 febbraio 2011 Lampedusa, l’assalto dei barconi 852 clandestini soccorsi nella notte Negli ultimi giorni ne sono sbarcati oltre mille. Divampa la polemica sulla decisione del ministro Maroni. I migranti sono stati lasciati all’addiaccio: protestano le associazioni umanitarie di ALESSANDRA ZINITI L’ultimo barcone lo hanno scortato in porto all’alba di oggi.  In cento sono sbarcati sulla banchina stracolma di immigrati che nelle ultime 48 ore hanno preso d’assalto l’isola di Lampedusa. Solo nella notte sono arrivati in 852: sommati a quelli che erano arrivati nei due giorni precedenti, superano quota 1000. E nell’isola è di nuovo emergenza, visto che da Roma persiste la direttiva di non aprire agli extracomunitari le porte del centro di permanenza temporanea che resta perfettamente funzionante 24 ore su 24 ma chiuso, come ha deciso il ministro dell’Interno Maroni. La notte scorsa, Guardia costiera e Guardia di finanza hanno avuto il loro bel da fare. Ben 11 sono state le operazioni di soccorso dei diversi barconi che erano già stati avvistati ieri pomeriggio nel Canale di Sicilia e che sono arrivati, per fortuna, senza incidenti grazie al mare in buone condizioni. Numeri che sono previsti in continuo aumento come raccontanto gli stessi migranti  tutti fuggiti dalla Tunisia in seguito alle tensioni delle ultime settimane. Tutti inneggiano alla caduta di Ben Alì. A Lampedusa, militari e volontari aspettano indicazioni su come gestire questa ondata migratoria che era stata ampiamente prevista e annunciata da minisbarchi delle scorse settimane, mentre ora in ogni barcone arrivano decine e decine di persone. 137 immigrati sbarcati ieri sera sono stati ospitati in un albergo dopo che il parroco dell’isola, don Stefano Nastasi, aveva messo a disposizione i locali della parrocchia pur di non lasciarli all’addiaccio.  — CHERBIB Mouhieddine


Reuters, le 10 février 2011 à 19h43 GMT

Un responsable tunisien prévoit une présidentielle d’ici juillet

 


par Christian Lowe et Tarek Amara
TUNIS, 10 février (Reuters) – Une élection présidentielle devrait se tenir en Tunisie en juillet au plus tard, et sans  les fraudes constatées sous le régime de Zine Ben Ali, a déclaré jeudi Iyadh Ben Achour, qui dirige une commission chargée des réformes politiques.
Confronté à un soulèvement populaire, Ben Ali a fui la Tunisie à la mi-janvier, mais près d’un mois plus tard, aucun échéancier pour des élections n’a été présenté. Iyadh Ben Achour, professeur de droit nommé par le gouvernement provisoire pour participer à la mise en place d’un nouveau système plus démocratique, a souligné que sa commission n’avait pas encore formulé de recommandations et qu’il ne faisait qu’exprimer son opinion personnelle.  
Il a néanmoins exposé à Reuters un projet prévoyant une réforme du code électoral, le début de la campagne dans au moins 45 jours, une élection présidentielle au plus tard à la mi-juillet, la dissolution du Parlement et l’élection d’une assemblée constituante pour rédiger une nouvelle Constitution.
« Mon opinion personnelle est qu’il faut que nous ayons une élection présidentielle dans un délai maximum de six mois », a-t-il dit. « Nous avons un seul objectif et nous ferons tout pour atteindre cet objectif: l’objectif est d’organiser de véritables élections pour la première fois en Tunisie. »  
« C’est l’objectif fondamental. Je ne reculerai pas d’un pouce par rapport à cela. Je démissionnerai si jamais on oublie cet objectif », a souligné Iyadh Ben Achour. Aux termes de la Constitution tunisienne, une élection présidentielle devrait se tenir au plus tard deux mois après le 14 janvier, date du départ en exil de Ben Ali.
« STRATAGÈMES JURIDIQUES »
Iyadh  Ben Achour a déclaré que la Tunisie pouvait invoquer la force majeure pour reculer cette date de sorte que les candidats aient davantage de temps pour se préparer. Il a estimé que le code électoral et la législation qui y a trait devaient être réformés parce qu’ils sont « pleins de pièges et pleins de stratagèmes juridiques » introduits par Ben Ali pour écarter toute contestation de son pouvoir.
Prié de dire combien de temps prendraient l’arrêt de la date du scrutin et le lancement de la campagne électorale, il a répondu: « Pour nous permettre de réformer le code électoral, je pense qu’il nous faudra au moins un mois et demi ».
À son avis personnel, a-t-il ajouté, la prochaine étape après l’élection présidentielle devrait être la dissolution des deux chambres du Parlement et la tenue d’élections législatives pour élire une assemblée législative et constituante.
« La dernière phase sera la préparation d’une nouvelle Constitution qui sera préparée par l’assemblée constituante et permettra à la Tunisie de se diriger vers une Deuxième République », a-t-il dit. Sa commission, a-t-il ajouté, ne publiera ses recommandations sur les étapes à suivre qu’après consultation de tous les groupes concernés, y compris du mouvement islamiste Ennahda, interdit sous Ben Ali. Ennahda a exclu de présenter un candidat à la présidentielle, mais certaines personnes, en Tunisie et à l’extérieur, disent redouter qu’avec la chute du régime résolument laïque de Ben Ali, le pouvoir puisse tomber entre les mains d’islamistes.  
« Ils (les dirigeants d’Ennahda) se sont engagés à ne pas violer les principes de la démocratie, à ne pas recourir à la charia (loi islamique), à se comporter en parti civil », a dit Ben Achour. « J’ai eu des consultations avec les gens d’Ennahda et bien sûr, ils seront écoutés et leur position sera prise en considération et ils auront, comme tout le monde, le droit de s’exprimer, ni plus, ni moins ».

 

Les lecteurs de JA réagissent à l’actualité tunisienne


Félicitations, espoirs, mais aussi inquiétudes pour l’avenir d’une révolution encore fragile : l’actualité tunisienne intéresse au-delà des frontières du pays. « Mon monde s’effondre »
– Si l’ex-président Ben Ali était un écrivain, ce serait peut-être le titre de son dernier roman. Comme un château de cartes, le système politique qu’il a érigé pendant plusieurs années est tombé. Qui l’aurait imaginé ? La Tunisie était souvent présentée comme la Suisse du Maghreb, un pays où il fait bon vivre : des infrastructures hospitalières de haut niveau, des universités, des villes touristiques attirant des milliers de retraités français, une économie avec des indicateurs au vert. Les arbres cachaient visiblement la forêt. L’ex-président est attaqué sur plusieurs fronts ; l’exil ne sera pas de tout repos, d’autant qu’il a l’obligation de garder le silence. La révolution est en marche, et il faut espérer que les Tunisiens trouveront la voie du salut. L’année 2011 sera riche en événements : pas moins de dix-huit élections présidentielles sont prévues sur le continent. Mais les scénarios ne seront pas nécessairement identiques. La Tunisie, c’est la Tunisie… Hugues Mbala, Douala, Cameroun   Il fallait lire entre les lignes
– Je connais Jeune Afrique depuis 1971. Vous m’avez accompagnée et « instruite » durant tout ce temps, sauf un interlude – trop long ­– durant lequel le reste du monde ne m’importait guère ! Pas d’accord avec vos lecteurs râleurs. Il suffisait de lire entre les lignes. Se glissait très souvent, à une autre page que l’article principal, un flash attirant l’attention sur le revers de la médaille. En outre, un journal est fait pour des lecteurs. S’il est interdit ou trop censuré, je ne vois pas l’intérêt. À nous de bouger nos neurones ! Bravo, donc, pour votre couverture de la Tunisie. Un énorme merci à tous. Jacqueline Donnart, Audierne, France   Protéger la deuxième révolution tunisienne
– La révolution que le peuple tunisien a déclenchée le 14 janvier 2011 contre l’arbitraire, la tyrannie et la corruption est la deuxième révolution de grande ampleur lancée en soixante ans par les enfants de cette nation. La première avait été déclenchée le 18 janvier 1952, lorsque le peuple tunisien avait revendiqué sa liberté, la maîtrise de son destin et une vie digne, dénonçant le colonialisme, la perte de l’identité, le pouvoir absolu, la corruption et le népotisme. Aujourd’hui, alors que le peuple a aboli le pouvoir de Ben Ali et connu ses premières victoires grâce aux forces vives qui soutiennent sa détermination et qui croient à la démocratie et à la liberté, il faut faire attention aux dangers qui guettent cette révolution, comme ce fut le cas pour la première. Il convient de rester vigilant pour ne pas se laisser entraîner par les forces qui voudraient se l’approprier ou en accaparer les fruits, déjouer les menées des parties étrangères, des idéologues ou des ronds-de-cuir qui restent rivés aux méthodes et pratiques méprisables inculquées par le régime de Ben Ali.
Béchir Ben Slama, e-mail  
 
Quel avenir pour les islamistes ?
 
– Bonjour monsieur Ben Yahmed,
Je suis très sensible à tout ce qui peut se passer en Tunisie ; j’y ai résidé à la fin des années 1970 et, dans mon cœur, c’est mon deuxième pays. J’ai lu avec intérêt votre article « Jours de victoire… » dans Jeune Afrique n° 2610. J’ai bien compris que le peuple a été poussé à bout depuis des années par le régime et que la crise économique a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le peuple tunisien a gagné la première manche, mais la période de transition qui s’ouvre me semble très aléatoire. J’aimerais avoir votre opinion sur les mouvements islamistes radicaux qui ne vont pas manquer de revenir dans le jeu à la faveur du retour de la liberté d’expression. Je ne suis pas « antimusulman », mais je pense qu’une forme d’islamisme radical ne correspond pas à ce que recherchaient les Tunisiens et les Tunisiennes à travers cet acte de courage qu’a représenté la « révolution du jasmin ».
Patrick Leverrier, e-mail  
 
Les Tunisiens refusent d’être manipulés
 
– À mes concitoyens tunisiens : cette révolution est la vôtre. Vous devez en être fiers et en prendre bien soin. Les ennemis de tout poil espèrent vous voir sombrer dans le chaos, ne leur laissez même pas l’occasion d’y penser. Les nostalgiques de l’ancien régime et les fidèles du « Retour à la Case Départ » (RCD) se dissoudront d’eux-mêmes. Ne vous enlisez pas dans des querelles sans fin. Rejoignez vos lieux de travail, regagnez les bancs de vos écoles et facultés ; faites redémarrer le moteur pour qu’il carbure à plein régime, et nous arriverons à bon port sains et saufs, heureux, libres et fiers de l’être. Et à nos amis et frères arabes, africains et musulmans : cette révolution, qui est par essence populaire, tunisienne, n’est pas à exporter. Les Tunisiens, qui se gardent bien d’inciter à la violence, refusent d’être manipulés. Salem Naceur, Nabeul, Tunisie   Éveiller les consciences, quoi qu’il en coûte  
– Mon cher Béchir, Le peuple tunisien, sous le regard étonné et admiratif du monde entier, a chassé le despote. Un despote que vous – une institution pour des générations de jeunes Africains – avez ménagé durant toutes ces années. Sur ce tyran de Ben Ali, vous vous êtes trompé. L’erreur étant humaine, les milliers de jeunes Africains qui vous lisent avidement chaque semaine n’attendent pas de vous un mea culpa. Mais nous souhaitons que vous cessiez de faire des concessions aux nombreux régimes corrompus qui gangrènent le continent. Continuer d’éveiller les consciences, quoi qu’il en coûte, doit rester votre credo. Les graines que vous semez contre vents et marées porteront forcément leurs fruits. Les Tunisiens ont montré qu’il n’y a pas meilleur rempart pour un peuple qu’une jeunesse éveillée. Dr Boubacar Fall, Médecin à Dakar, Sénégal Source : « Jeune Afrique » Le 11-02-2011 Lien :http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2612p094-097.xml0/tunisie-islamisme-censure-zine-el-abidine-ben-aliles-lecteurs-de-ja-reagissent-a-l-actualite-tunisienne.html


Kaïs Saïd : « Nous sommes face à une mascarade constitutionnelle » Kaïs Saïd : « Nous sommes face à une mascarade constitutionnelle »  


Kaïs Saïd, professeur de droit constitutionnel, trouve la loi habilitant le Président de la République par intérim à légiférer par décrets-loi, « d’une constitutionnalité douteuse ».  A ses yeux, il est aujourd’hui nécessaire, voire vital pour la continuité de l’Etat tunisien, de repenser d’une manière fondamentale l’organisation provisoire des pouvoirs constitutionnels. Ce constitutionnaliste qui fait circuler une pétition « En vue d’une nouvelle constitution pour la Tunisie », pense que le rôle du  gouvernement provisoire n’est pas de préparer l’échéance électorale présidentielle, mais l’élection d’une nouvelle Assemblée constituante, pour l’élaboration et l’adoption d’une nouvelle constitution. Pourriez-vous nous expliquer la portée du projet de loi, voté par les deux Chambres des Députés et des Conseillers, habilitant le Président de la République par intérim à légiférer par décrets-loi ?  
C’est le paragraphe cinq de l’article 28 qui donne le pouvoir au Parlement composé de deux chambres d’habiliter le Président de la République à prendre des décrets-loi pour un délai limité en vue d’un objet déterminé. Il s’agit donc d’une délégation de la part du pouvoir législatif au profit du chef de l’Etat à légiférer en son lieu et place. Il y a en effet, trois sortes de décrets-loi. Ceux prévus par l’article 28, comme c’est le cas maintenant, et c’est la première fois que ça arrive en Tunisie. La deuxième catégorie a trait aux  décrets-loi prévus en cas de vacances parlementaires, tel que le stipule l’article 31. Habib Bourguiba y a eu recours, à plusieurs reprises. Dans ce cas de figure, les décrets-loi doivent-être soumis à l’approbation du pouvoir législatif.  Or, ceux pris par Bourguiba notamment pendant les années 60 n’ont jamais été ratifiés par l’assemblée nationale.  La troisième catégorie est prévue par l’article 63 de la constitution, et n’intervient qu’en cas de  dissolution de la chambre des Députés. Dans le cas d’espèce, quelles sont les raisons qui ont motivé le recours à l’article 28 ?  
Dans cette période transitoire et assez délicate, le gouvernement s’est trouvé acculé à recourir à l’article 28. L’actuel gouvernement a besoin de légiférer dans les matières qui relèvent du domaine de la loi, parce qu’il considère que la procédure législative normale est assez longue, et qu’il y a urgence de légiférer par décrets-loi. Mais, en fait la raison principale de ce recours est que les deux chambres qui constituent le parlement n’ont plus de légitimité, et ne sont plus représentatives. Il y a deux problèmes : l’un est purement juridique, et l’autre est politique. La possibilité de légiférer par décrets-loi repose sur l’idée que le pouvoir législatif censé représenter la volonté générale délègue pour une période déterminée au pouvoir exécutif censé également être légitime. Or, actuellement, ni le pouvoir législatif n’est légitime, ni le chef de l’Etat intérimaire, n’a une légitimité populaire. L’article 28 en question permet cette délégation au profit du président de la République, et non au Président de la République par intérim. Par ailleurs, la loi de promulgation votée par les deux chambres ne délègue pas au  chef de l’Etat par intérim pour un délai limité, or la période doit-être déterminée. Cette loi est-elle, de ce fait, anticonstitutionnelle ?  
Elle est d’une constitutionnalité douteuse. Le président de la République par intérim qui a pris ses fonctions le 15 janvier, dispose d’un délai pour exercer ses fonctions qui ne doit pas dépasser le 13 mars. Ce délai n’a pas été fixé d’une manière définitive et précise. Le véritable problème ne se situe pas au niveau de cette légalité très douteuse, mais à un niveau plus profond et grave, c’est qu’un pouvoir, même s’il se considère encore comme légal, n’est plus légitime. Un pouvoir qui n’est pas représentatif peut-il déléguer ses fonctions législatives, alors qu’il n’a pratiquement plus aucune représentativité, et aucune légitimité. Il est aujourd’hui nécessaire, voire vital pour la continuité de l’Etat tunisien, de repenser d’une manière fondamentale l’organisation provisoire des pouvoirs constitutionnels. L’Etat tunisien doit continuer, mais le régime politique antérieur à la révolution doit cesser d’exister. Quelle est la solution que vous estimez la meilleure pour assurer la continuité de l’Etat, tout en rompant avec le passé ?
Il faut s’inspirer de notre expérience constitutionnelle très riche, celle de la période ayant suivi la proclamation de la République par l’Assemblée nationale constituante. A cette époque, le Président Bourguiba a eu recours à un texte qui date du 21 septembre 1955,  relatif à l’organisation provisoire des pouvoirs publics et l’a modifié au lendemain du 25 juillet 1957 par l’adoption d’un nouveau régime républicain. Aujourd’hui, il faut adapter notre organisation des pouvoirs constitutionnels à la Tunisie après le 14 janvier. L’actuel gouvernement provisoire doit préparer non pas l’échéance électorale présidentielle, mais l’élection d’une nouvelle Assemblée Nationale constituante. Une révolution ne peut pas être mêlée dans un texte constitutionnel qui s’effondre de jour en jour. Si on continue dans les mêmes choix du gouvernement à savoir préparer des présidentielles, celui qui sera élu comme président de la République, exercera ses fonctions dans le cadre du même texte constitutionnel, et aura les mêmes fonctions que le chef de l’Etat déchu, Ben Ali. Et si le parlement envisage de réviser la constitution après les élections, cette révision sera certainement proposée par le chef de l’Etat élu, elle sera son œuvre, reflètera sa manière de faire et ses choix. Il s’agira très probablement d’une réforme du même texte constitutionnel, et non d’une nouvelle constitution. Pourquoi ne pas permettre au peuple souverain de choisir librement une nouvelle constitution, adoptée par une Assemblée constituante librement élue au suffrage universel direct, libre et secret.   Qu’en est-il des aspects organisationnel et juridique d’une éventuelle élection de cette nouvelle constituante ?
Le gouvernement transitoire doit préparer tous les textes relatifs aux élections  de l’Assemblée constituante, de manière à permettre à tous les partis, mais également aux personnalités indépendantes, de s’y présenter. Le choix revient au peuple souverain, et à lui seul. Doit-on partir de l’actuel texte constitutionnel pour élaborer la nouvelle constitution, ou le laisser de côté et repartir à zéro ?
Il faut laisser la constitution actuelle de côté, et reprendre tout dès le départ. Le texte actuel contient des dispositions qui peuvent-être maintenues, mais encore une fois, c’est au peuple de choisir, dire que le peuple n’est pas apte à choisir, n’est en fait qu’une manière de ne pas lui reconnaître sa souveraineté, a fortiori qu’il l’a été en 1956, il ne peut pas, ne pas l’être en 2011. Il faut faire appel à des constitutionnalistes pour élaborer la nouvelle constitution ?
Il faut faire appel à des experts, mais après l’élection des membres de cette constituante, et non avant. Cette opération va nécessiter  beaucoup de temps
Il ne faut pas avoir peur de l’expérience constitutionnelle entre 1956 et 1959. Le texte du 25 mars 1956 n’a été promulgué que le 1er juin 1959. C’est par la volonté de Bourguiba qui a voulu asseoir son pouvoir. La constituante en 1956 a consacré la plupart de ses travaux à une œuvre non constituante en matière budgétaire et autres. Bourguiba a voulu après la proclamation de la République consolider son pouvoir avant l’adoption du texte final de la constitution. La préparation d’un texte constitutionnel ne prend pas beaucoup de temps. Quelques mois suffisent pour préparer un nouveau texte et l’adopter. C’est seulement avec l’adoption d’une nouvelle constitution que le futur président de la République, et les futurs membres du pouvoir législatif élus, auront une légitimité constitutionnelle nouvelle, outre la légitimité que leur confèrera, les élections, sur la base de ce nouveau texte constitutionnel. Mais, on parle maintenant de décréter la loi d’amnistie générale, de réviser les codes de la presse, le code électoral, etc. Le code électoral, la loi sur les partis, le code de la presse… constituent autant de textes importants, mais tout sera fait sur les bases de la constitution du 1er juin 1959. Il faut revoir les priorités ; malgré le caractère déterminant de tous ces textes, ils n’ont pas l’importance du texte fondamental qu’est la constitution. Le gouvernement actuel n’aura pas une légitimité réelle, s’il ne prend pas cette décision de couper avec l’ancien texte constitutionnel, et s’il ne déclare pas que la prochaine échéance électorale sera celle de l’élection d’une constituante. Avec la promulgation du projet de loi habilitant le recours par le chef de l’Etat par intérim aux décrets-loi, les deux chambres se sont sabordées, c’est dire qu’elles ont mis fin, de facto, à leurs missions… Non, les deux chambres existent encore, et le président intérimaire n’a pas le droit de les dissoudre. Mais, ces deux chambres n’ont aucune légitimité. Sous l’ancien régime, les membres de la Chambre des conseillers étaient désignés par Ben Ali, ou en fonction de leur loyauté au régime. Est-il possible qu’ils continuent à être les représentants du peuple. Par ailleurs, les membres de la chambre des Députés ont le droit de proposer des projets de loi au moins dans les domaines qui n’ont pas été attribués par cette loi d’habilitation. Nous sommes face à un blocage, voire une mascarade constitutionnelle, même si certains veulent rester à tout prix dans le sillage de la constitution actuelle.  Plus grave encore s’il y a vacance de la présidence de la République, personnellement je ne le souhaiterai pas, nous serons face à un vide constitutionnel. Il faut voir les choses objectivement, il faut être patriote, responsable, il faut laisser de côté les luttes partisanes, les calculs des politiciens et voir l’avenir de notre pays, c’est notre devoir à tous. Il s’agit avant tout d’une question de morale, nous vivons aujourd’hui, une véritable crise de valeurs. Le peuple tunisien a besoin de gouvernants honnêtes, intègres et capables d’exprimer la volonté du peuple. Quels seront les principaux contours de l’éventuelle future constitution ?
Elle sera l’expression des choix du peuple tunisien. S’il veut maintenir quelques dispositions de l’actuelle constitution comme l’article premier, c’est son choix. S’il veut un régime parlementaire, rationnalisé ou tempéré, ce sera son choix. D’aucuns ont peur pour les acquis de la Tunisie, tel que le CSP, et veulent les intégrer dans la constitution. Qu’en dites-vous ?
La Tunisie a une histoire d’ouverture. C’est un peuple ouvert, il y a des acquis que tout le monde est d’accord à les reconnaître comme irréversibles. Si les gens qui font la prière se tournent vers la Mecque, ils n’oublieront jamais également qu’ils sont proches de l’Europe. Et n’importe quel pouvoir ne peut gouverner, sans voir la position qu’a toujours occupée la Tunisie, tout au long de son histoire, comme un pays arabe, musulman, mais également méditerranéen proche de l’Europe. Le peuple tunisien après le 14 Janvier, est un véritable rempart contre les excès et les extrémismes. Ceci étant, les 3 à 4 générations des droits de l’Homme, et les acquis de la société tunisienne en matière de statut personnel qui font pratiquement l’unanimité de tous aujourd’hui doivent-être intégrés dans le prochain texte de la constitution. Celui-ci doit également aménager les pouvoirs pour éviter tous les excès, pour qu’il y ait séparation et équilibre entre les pouvoirs. Encore une fois, c’est toute la société tunisienne avec toute son histoire d’ouverture et de modernité qui sera le véritable garant de la liberté. La société tunisienne ne sera plus comme avant, et le peuple tunisien qui a fait cette révolution du 14 janvier 2011 n’acceptera jamais une nouvelle dictature, quelque soit sa couleur politique. Etes-vous pour le maintien en Tunisie d’un parlement bicaméral, avec deux chambres ?
Une deuxième chambre peut éventuellement être maintenue, pour représenter les collectivités locales à l’échelle nationale, dans une sorte de démocratie participative. Mais, l’actuelle chambre des Conseillers n’a plus aucune raison d’être. Il faut revoir sa composition et ses attributions. Propos recueillis par H.J (Source : Gnet.tn (Tunis), le 10 Février 2011) Lien : http://www.gnet.tn/temps-fort/tunisie/kais-said-nous-sommes-face-a-une-mascarade-constitutionnelle/id-menu-325.html  


Politique: Fethi Jerbi, membre du bureau politique du Parti du Congrès pour la République (PCR)


 
« Les structures du RCD fonctionnaient pour le compte de la mafia » Titulaire d’un doctorat d’Etat en économie de l’Université libre de Bruxelles, M. Fethi Jerbi est l’un des fondateurs du Parti du Congrès pour la République (PCR) et il occupe le poste de membre du Bureau politique de ce parti. M. Jerbi en tant qu’économiste et homme politique nous parle ici des causes qui sont à l’origine de la Révolution du 14 janvier et les moyens pour redresser la situation actuelle. Interview.    * Le Temps : Quelles sont les causes de la Révolution?
– M.Fethi Jerbi : Ce sont des causes sociales plus que politiques. Durant le règne du président déchu une nouvelle frange de la population s’est appauvrie. En 1987 un rapport confidentiel de la Banque Mondiale a déjà prévu ce phénomène. En plus, les Tunisiens n’avaient plus confiance dans les institutions de l’Etat et dans les institutions para-étatiques du RCD et ses structures. Ils étaient au courant du détournement des revenus pour financer l’Etat mafiosi. Les structures du RCD fonctionnaient pour le compte de la mafia et non pour le compte des classes sociales. Avant 1987, il n’y avait pas de collusion entre l’Etat  et le RCD. Mais après, la collusion est devenue totale. Ils se sont mobilisés pour enrichir les membres de la famille de Ben Ali et ses proches.   • Quels sont les moyens utilisés?
– Ils procédaient par la distribution des liquidités extérieures qui proviennent de l’endettement. Avant ils étaient distribuées aux ménages, aux entreprises et à l’Etat. Ces dernières années c’est la mafia qui en bénéficie. Il y a aussi les créances douteuses. Certaines personnes contractent des prêts mais ne les remboursent pas. Les membres de la famille de Ben Ali et les proches ont pratiquement vidé les banques. Il y a eu donc un déficit de légitimité des institutions étatiques et para-étatiques. La corruption s’est ainsi généralisée.   • Mais le taux de croissance de l’économie tunisienne s’est maintenue à un niveau honorable ?
– Justement, on se pose la question si vraiment l’économie tunisienne fait de la croissance réelle. Tout porte à croire que c’est faux. La preuve, aujourd’hui, elle est en faillite totale. L’ancien régime annonçait le taux de 6% alors que la Banque Mondiale le situait à 1,7%.Il ne faut pas oublier que l’Institut national des statistiques qui publiait les chiffres n’est pas autonome.   • Quelles solutions proposez-vous pour redresser la situation ?
– Des solutions classiques. A commencer par une politique d’austérité qui ne touche pas les ménages mais qui doit être ciblée vers l’Etat et les entreprises quitte à ce que l’Etat creuse un déficit budgétaire. Il faut procéder à un audit et faire appel pourquoi pas à des auditeurs étrangers. Aujourd’hui, on ne sait pas exactement combien on a de chômeurs ni quel est le volume de la masse monétaire. Il faut aussi procéder à une réforme fiscale équitable pour éradiquer la fraude fiscale. Il est nécessaire aussi de réformer le régime de la sécurité sociale qui ne représente que 5 à 6% du PIB alors que dans d’autres pays il dépasse les 40%. Le gouvernement doit appliquer une politique monétaire volontariste au service de l’économie et il doit aussi assurer une totale autonomie de la Banque Centrale. Je souligne avec force que le gouvernement doit le plus rapidement possible baisser de 20% les prix pour augmenter le pouvoir d’achat du Tunisien sans pour autant augmenter les salaires. Source: “Le Temps” Le 11-02-2011 Lien: http://www.letemps.com.tn/article-52876.html  


Lettre à Mustapha Ben Jaâfar


Est-il vrai, comme le dit le secrétaire général du Forum Démocratique pour le travail et les libertés qu’il n’y a pas d’avenir pour un nouveau libéralisme en Tunisie ? La révolution tunisienne a été au départ un soulèvement populaire, essentiellement de jeunes, un soulèvement des déshérités des zones sacrifiées de la Tunisie profonde, de Sidi Bouzid, Kasserine, à Thala et Regueb. Une révolution motivée par des considérations économiques et sociales (chômage, sous- emploi, déséquilibre régional, corruption des autorités locales).    Ce soulèvement s’est, par la suite, rendu instinctivement à l’évidence, en remontant les chaînes de responsabilité de l’édifice politique que, pour l’essentiel, il n’y avait qu’un seul responsable de cette misère économique et sociale : le pouvoir central, ou plutôt la confiscation et l’accaparement du pouvoir par un homme, par une famille, par un clan. Le mal est devenu politique. Le coup de grâce du 14 janvier, la manifestation grandiose de Tunis, était déjà politique. Il est ici question de déchéance du dictateur, de valeurs démocratiques, de liberté. « Otage du pouvoir » Combattre le déséquilibre régional, combattre le chômage, combattre la corruption, c’est d’abord mettre fin à la concentration du pouvoir, à l’autoritarisme d’un régime devenu fondamentalement illégitime depuis quelques années aux yeux des Tunisiens, toutes catégories confondues. La Tunisie est devenue l’otage d’un pouvoir ostensiblement corrompu, qui ne finit pas de se renforcer, incapable par la logique du système de verrouillage sécuritaire de reconnaître une quelconque limite. Le pouvoir de Ben Ali  était devenu tellement illégitime qu’il n’arrivait plus à tenir à la fin que par la matraque policière, le verrouillage brutal de la libre expression, la désinformation et la corruption. Il n’a plus d’assise politique ou idéologique, à supposer qu’il l’ai eu vraiment lorsqu’il s’est substitué à Bourguiba. Il n’a plus de valeurs morales. Le soulèvement populaire visait ainsi directement à faire tomber le dictateur et indirectement à faire le procès de l’excès de pouvoir. Désormais, les pouvoirs du Président de la République doivent être modestes et limités pour que le peuple retrouve la quiétude, la confiance, la sécurité et la liberté. Or, la volonté du peuple d’établir une limitation du pouvoir, en vue de retrouver sa liberté et ses droits individuels, est une finalité authentiquement libérale. Le libéralisme se définit bien par la limitation du pouvoir et la liberté individuelle. C’est ce que demande en l’espèce le peuple tunisien. Il veut en outre une bonne constitution qui puisse lui garantir ces principes. La revendication constitutionnelle a souvent été dans l’histoire en adéquation avec la revendication libérale. La constitution est supposée être un frein à la tyrannie. C’est ce vers quoi tend la révolution tunisienne. On n’est pas encore à proprement parler dans la phase démocratique. Le processus électoral est en attente. On est dans la phase libérale. La liberté n’est-elle pas la dignité ? Les habitants de Sidi Bouzid ont demandé à la caravane de remerciement, venue de Tunis le dimanche 6 février, de ne pas leur apporter de l’aide, même s’ils en ont besoin, mais plutôt de la reconnaissance, la reconnaissance de leur dignité, de leur liberté, de leur droit à l’existence comme tout Tunisien. Pour eux, la « dignité » imposée ne pouvait s’acquérir au prix de l’indignité de tous, surtout pas au prix des plus déshérités d’entre-eux. Or, je m’étonne que M. Mustapha Ben Jaâfar, secrétaire général du Forum démocratique pour le travail et les libertés, ait pu dire dans un meeting de son parti tenu le 5 février, qu’il n’y a pas d’avenir pour un nouveau libéralisme en Tunisie et que les orientations économiques, politiques et sociales doivent être fondées sur de nouvelles bases et de nouveaux principes. D’abord, je rappelle qu’ historiquement, le libéralisme, philosophie de la liberté, a été une philosophie qui a lutté essentiellement contre l’absolutisme et le despotisme dans toutes leurs formes, politiques, économiques, sociales ou religieuses. La hantise première du libéralisme est l’abus de pouvoir. Son antonyme n’est pas dans l’histoire politique le « socialisme », comme on a trop tendance à le croire, mais plutôt « l’autoritarisme », quelle que soit sa tendance : autoritarisme de droite, de gauche ou autoritarisme théologique. Par ailleurs, le libéralisme ne se réduit ni à l’économie de marché, ni au capitalisme, ni a fortiori au capitalisme sauvage, déréglé ou corrompu, comme c’était le cas en Tunisie, source, j’imagine aux yeux de M. Mustapha Ben Jaâfar, de la corruption généralisée du pays, du déséquilibre régional et du chômage. L’économie de marché ou le capitalisme est plutôt le versant économique du libéralisme. L’économie de marché ne donne ses pleins effets que dans le respect de la règle de droit et de la justice, comme en témoigne l’expérience de certains pays occidentaux. Verrouiller les pouvoirs du président de la République Le libéralisme politique vise, lui, principalement à dépouiller le pouvoir de ses attributions excessives. C’est pourquoi le choix en Tunisie d’un régime parlementaire ou présidentiel pour notre future constitution importe peu. Ce qui importe, c’est que parlementaire ou présidentiel, il faudrait dans tous les cas de figure dans le nouveau régime verrouiller les pouvoirs du président de la République. Il faudrait aussi faire attention. Avec un pantin, on risque l’anarchie ou l’instabilité dans une société qui n’a pas encore la culture de la liberté, avec une personne sans contrôle, on risque la réapparition de la dictature. On devrait être entre les deux, mais toujours dans le sens de la limitation. Pour beaucoup, le régime parlementaire est le plus sûr moyen de parvenir à la limitation du pouvoir. Toutefois, appliqué correctement, comme aux Etats-Unis, le régime présidentiel peut avec sa séparation rigide des pouvoirs conduire au même résultat. Le président américain, s’il avance trouve en face de lui le journaliste, s’il va à droite il rencontre le juge, s’il va à gauche il se heurte au congressiste, et s’il s’obstine, on lui rappelle la culture libérale des Pères Fondateurs. Ainsi le président américain, censé représenter la plus grande puissance mondiale, est à l’intérieur de son pays un colosse aux pieds d’argile. Un pouvoir fort s’annule avec un contre-pouvoir fort. Seulement, le régime  présidentiel américain n’a réellement fait ses preuves qu’aux Etats-Unis, où il a été associé au système fédéral et à la culture libérale américaine. Il a été peu exportable. En Europe, il a été mixé avec le parlementarisme. En Amérique Latine, en Afrique et dans les pays arabes, il a conduit brutalement au présidentialisme, un système où tout tournait autour du président de la République. Ainsi, pour l’essentiel, si à l’avenir on voudrait éviter la réapparition du régime autoritaire, il faudrait se résoudre à vider, mais pas trop, la substance de l’autorité centrale, pour n’avoir pas à regretter par la  suite un président faible. Régime parlementaire ou présidentiel, dans la prochaine constitution, il ne faudrait pas encore être soucieux seulement de la séparation ou de la répartition des pouvoirs, il faudrait surtout,  au préalable, avoir à l’esprit la somme totale des pouvoirs à distribuer à l’origine. Car, si on se souciait seulement de la séparation des pouvoirs, il suffirait, comme le disait Benjamin Constant au début du XIXè siècle, que les pouvoirs divisés se liguent entre-eux pour qu’on revienne à une nouvelle forme de concentration des pouvoirs. Comme c’est de nos jours le cas, lorsqu’un parti majoritairement fort, en charge du gouvernement, bénéficie encore d’un soutien fidèle de sa même majorité au sein du parlement. Et cela peut arriver même dans un régime parlementaire. Hatem M’rad Professeur de sciences politiques à la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis Source: “Le Temps” Le 11-02-2011 Lien: http://www.letemps.com.tn/article-52880.html
 

Tunisie. Au secours, les «benalistes» reviennent !


On savait que les «bénalistes» n’allaient pas lâcher le morceau facilement. Mais ces derniers croient-ils vraiment pouvoir manipuler les Tunisiens pour créer les conditions de leur retour?  
Ridha Kéfi  
«No pasarán» (Ils ne passeront pas), serions-nous tentés de répondre à ces nostalgiques de la dictature, en empruntant le slogan des partisans de la seconde république espagnole. Qui sont d’abord ces «benalistes» qui refusent d’admettre la chute de leur ancien protecteur (et parrain) et l’avènement en gestation (et au forceps) d’une deuxième république tunisienne, libre et démocratique? Les «Fedayins de Ben Ali» Au premier rang de ces irréductibles du «benalisme», on trouve les anciens membres de la garde personnelle de l’ex-président, ces «Fedayins de Ben Ali», un corps spécial voué à sa protection et à celle des membres de sa famille. Parmi les quelques milliers de membres de cette milice, dirigée par le général Ali Sériati, aujourd’hui en état d’arrestation et poursuivi, ainsi que cinq autres de ses collaborateurs (Mohamed Ali Smaâli, Marwan Bennour, Nacer Cheniti, Mohamed Mongi BelhajChedly, Mohamed Ben Mohsen Dridi), pour «conspiration contre la sûreté de l’Etat et incitation à la violence armée». D’autres membres de cette milice ont déposé les armes et se sont évanouis dans la nature. D’autres enfin continuent de mener des actes violents visant à terroriser la population et à créer une atmosphère de tension permanente, espérant ainsi créer les conditions d’un hypothétique retour du dictateur déchu. Les «Rcdistes» récalcitrants Les «benalistes» post-Ben Ali ce sont aussi les membres récalcitrants du Rassemblement constitutionnel démocratique (Rcd), qui n’admettent la fin de leur parti, vomi par les Tunisiens et suspendu par le gouvernement de transition. Nombre d’anciens Rcdistes alimentent aujourd’hui les agitations dans certaines villes de l’intérieur. Craignant de perdre les privilèges exorbitants dont ils bénéficiaient sous l’ancien régime et de devoir rendre des comptes de leurs crimes et malversations passés devant une justice enfin indépendante, ils payent de jeunes chômeurs et les poussent à commettre des actes de vandalisme contre des bâtiments publics et des biens privés. On constatera, en passant, que lors de ces attaques orchestrées, des piles de documents administratifs sont souvent détruits. Ce qui traduit une volonté évidente d’effacer les traces de leurs crimes et malversations. Les propagandistes recyclés Autres «benalistes», encore plus dangereux: les confrères (et consœurs), qui étaient hier encore les propagandistes zélés de Ben Ali et les piliers médiatiques de son régime dictatorial et qui, aujourd’hui, en deux temps trois mouvements, se sont transformés en révolutionnaires de la 25ème heure. On les voit pérorer dans les talk-shows télévisés, étrennant leur nouvelle posture de militant de la liberté retrouvée. Affectionnant le jeu de rôle et le double langage, ils essaient d’occuper la scène, en criant plus fort que les autres, croyant pouvoir ainsi se refaire une virginité politique. Calculateurs et pernicieux, leur stratégie de reprise du pouvoir se décline en deux types de manœuvres ou de manipulations. D’abord, ils s’en prennent au gouvernement de transition – aujourd’hui très facile et peu coûteux – et multiplient les attaques contre ses membres, dans une évidente volonté de les déstabiliser et, espèrent-ils, les faire tomber. Ce qui créerait un vide politique et un désordre social qui faciliteraient le retour aux affaires de ces nostalgiques d’un temps révolu. La deuxième manœuvre, cousue de fil blanc, consiste à multiplier les entretiens avec les anciens symboles des régimes de Bourguiba (Mohamed Sayah, Tahar Belkhodja, Mustapha Filali…) et de Zine El Abidine Ben Ali (Hedi Baccouche, Habib Ammar, Iyadh Ouerdreni, Mohamed Ghariani, Moncer Rouissi…). Il ne manquerait plus qu’ils nous sortent maintenant les Ben Ali, Trabelsi, Chiboub et les autres. Usurpations, récupérations et mensonges En mettant ainsi en avant ces anciennes figures du système dictatorial mis en place par le parti Néo-Destour, dans ses deux incarnations historiques: le Parti socialiste destourien (Psd) et Rassemblement constitutionnel démocratique (Rcd), ces anciens propagandistes de Ben Ali cherchent à faire diversion, à noyer la légitimité populaire – incarnée aujourd’hui par la révolution – dans la cacophonie des usurpations et des récupérations. Il est vrai que la Tunisie souffre aujourd’hui des conséquences du vide créé par l’ex-dictateur qui, par une politique systématique de musellement des vocations et de nivellement par le bas, n’a laissé émerger aucune formation politique, aucun leader charismatique et aucune autorité intellectuelle ou morale susceptible de peser sur l’opinion publique. A ce vide a succédé, après la révolution, un trop plein de prétentions, d’ambitions et de mensonges. Les retournements de vestes, les reconversions et les usurpations de toutes sortes nous valent aujourd’hui des scènes pour le moins cocasses où l’on voit les anciens thuriféraires de Ben Ali et ses propagandistes attirés se transformer en révolutionnaires dont on est censé admettre, après coup et sans aucune preuve, les valeureux sacrifices et les atroces souffrances sous l’ancien régime. Reconversions, diversions et opportunisme Parmi les dernières reconversions spectaculaires enregistrées, on citera celle de Ridha Mellouli, hier porte-voix de Ben Ali et pourfendeur déchaîné de ses opposants, qui s’en prend à la tribune de la Chambre des conseillers – où il a été parachuté par le même Ben Ali – au Premier ministre Mohamed Ghannouchi et aux membres de son gouvernement, tournés en dérision et raillés comme des bons-à-rien. Quel culot? M. Mellouli prend-t-il les Tunisiens pour des idiots? Croit-il vraiment pouvoir les tromper de nouveau? Ou compte-t-il seulement sur leur amnésie?$ On citera aussi l’exemple de Fatma Karray, journaliste à ‘‘Echourouq’’, révolutionnaire qui n’a pas honte de mettre sa plume aux services des dictateurs, de Saddam Husseïn, son héros de toujours, à Zine El Abidine Ben Ali, qu’elle a longtemps servi avec zèle. Mme Karray, qui se découvre aujourd’hui des élans démocratiques et libéraux, a été l’un des membres actifs du soi-disant Observatoire des élections qui a avalisé l’élection de Ben Ali, en 2004 et 2009, à près de 99% des voix. Est-ce par un retour de conscience, un retournement de veste ou pour faire diversion que Mme Karray a interviewé, cette semaine, le militant d’extrême-gauche Hamma Hammami, l’un des opposants qui ont le plus souffert de la répression de Ben Ali? Le feuilleton des reconversions des «benalistes» en révolutionnaires de la 25ème heure ne va pas s’arrêter là. Kapitalis se fera un devoir d’en faire la chronique.    (Source : « Kapitalis.com » (Tunis), le 10 Février 2011) Lien: http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/2650-tunisie-au-secours-les-lbenalistesr-reviennent-.html

L’islamisme, l’alibi de la dictature en Tunisie

Kapitalis publie en exclusivité des extraits de l’ouvrage ‘‘Dictateurs en sursis’’ de Moncef Marzouki

, entretien avec Vincent Geisser, co-édité chez Cérès, qui sort aujourd’hui en librairie.

 
Vincent Geisser: A quel moment de votre parcours militant et professionnel, avez-vous découvert le «phénomène islamiste»?  
Moncef Marzouki: J’ai découvert l’islamisme dans les années 1970 à mon retour en Tunisie. Je n’en croyais pas mes yeux de voir se développer un phénomène que je croyais totalement éteint: c’était le retour pur et simple au XIXe siècle, de la mauvaise herbe difficile à déraciner. Je vivais cette résurgence passéiste comme un défi pour les idéaux démocratiques que je défendais.
Plus concrètement, comment s’est opérée cette prise de conscience du phénomène islamiste? Quels sont les faits qui vous ont marqué?
Même si cela peut surprendre, ce qui m’a le plus marqué est le retour d’un certain discours islamiste dans la presse, y compris dans les journaux proches du régime. Il ne faut jamais oublier que l’islamisme a été le «serpent» nourri par le pouvoir qui cherchait des contre-feux aux mouvements inspirés par la gauche et le nationalisme arabe. Sans qu’on puisse à proprement parler de collaboration, le régime a laissé s’implanter les premiers embryons islamistes dans les universités, et aussi dans les mosquées.
En 1979, l’un de mes amis m’a conseillé de me rendre dans une mosquée de la vieille ville de Tunis, la mosquée Saheb Ettaba, pour entendre le discours d’un nouveau prêcheur, dont le nom m’échappe. J’en suis sorti horrifié. Cela n’avait rien à voir avec un prêche religieux. C’était un discours politique antisémite, raciste qui affirmait que tous les malheurs que nous vivions dans le monde arabe étaient dus aux Juifs. C’était pour moi un phénomène nouveau, incompréhensible et inquiétant.
Dans vos activités professionnelles à la faculté de médecine, remarquiez-vous ce développement de l’islamisme ?
Oui, j’avais remarqué la présence de deux syndicats étudiants, l’un de gauche, l’autre islamiste, ce qui était une nouveauté dans le paysage universitaire tunisien qui était traditionnellement dominé par une organisation unique, l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget). Il y avait en permanence des affrontements entre les deux factions, islamistes et gauchistes. Dans la rue, le voile islamique commençait à se répandre. Sur ce plan, les situations sont contrastées selon les pays arabes. En Egypte, par exemple, le mouvement islamiste n’a jamais cessé. Il faut dire qu’il existe depuis 1928, qu’il a imprégné de proche en proche et de haut en bas les couches de la société égyptienne. Ni les Britanniques, ni la monarchie, ni Nasser, n’ont réussi à éradiquer ce mouvement à la fois religieux et politique. Sadate a essayé de récupérer leur discours, mais en vain. Sa paix unilatérale avec Israël a enlevé toute valeur à sa religiosité un peu trop marquée, qui ne l’a pas empêché d’être assassiné par des groupes islamistes dissidents et résolument partisans de la violence. Moubarak a navigué entre leur répression et leur instrumentalisation, en les laissant notamment avoir de nombreux députés.
Rien de tout cela en Tunisie. Dès 1956, Bourguiba avait instauré un Code du statut personnel (Csp) quasi révolutionnaire et balayé tout l’héritage de la prestigieuse université islamique de la Zitouna, l’équivalent d’Al Azhar au Caire et d’Al Qaraouine à Fès. La Tunisie semblait irrémédiablement mise sur le chemin d’une laïcisation «à la turque». Aussi, avions-nous plutôt le sentiment de vivre la résurgence d’un phénomène ancien, après une éclipse de plusieurs décennies.
En vous écoutant, on a le sentiment que vous étiez effrayé par le phénomène islamiste.  
En effet, je dois l’avouer: j’avais une réaction à la fois d’effroi et de rejet. Je voyais l’islamisme comme une régression totalement incompréhensible. Plus tard, j’ai même ressenti une certaine menace. Au début des années 1980, j’ai rédigé pour la presse un article contre un islamiste, Hamid Enneifer. Il remettait en cause le Code du statut personnel (Csp) qui a donné aux femmes tunisiennes des droits considérés à l’époque comme avancé s par rapport à ceux des autres pays arabes: l’interdiction de la polygamie, l’instauration du mariage civil et le remplacement de la répudiation par le divorce. Le texte, paru dans le journal populaire ‘‘Essabah’’ (Le Matin), s’intitulait «En défense de Myriam et Nadia » – mes deux filles. Je disais en substance: «Si cet islamiste accepte par fidélité à la Charia que le témoignage de sa mère devant un tribunal vaut la moitié de celui d’un bizness [voyou] d’El Kantaoui puisque telle est la règle c’est son affaire! Mais, moi je persiste à croire que le témoignage de la mienne vaut celui de mille délinquants aussi mâles soient-ils!» A posteriori, je reconnais que mon article était très virulent mais il fallait s’opposer fermement à toute tentative de remise en cause du principe d’égalité entre les sexes.  
Sur le plan politique, à quand remonte vos contacts officiels avec le mouvement islamiste?
J’ai découvert les islamistes comme interlocuteurs au sein de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (Ltdh). Il faut se rappeler qu’à l’époque, la Ltdh jouait le rôle de «parlement de la société civile». Fait unique dans le monde arabe, toutes les tendances politiques y étaient représentées, y compris les islamistes. Avec l’un deux, Sahoun El Jouhri, j’ai eu des relations tendues. J’étais loin d’imaginer que cet homme allait être torturé et mourir d’un cancer de l’estomac en prison dans les pires conditions et que je serai longtemps hanté par son calvaire. Le conflit avait pour objet le contenu de la Charte de la Ligue.
En 1984, nous avions décidé d’affirmer clairement nos principes et nos valeurs. Or, les islamistes ligueurs, dont il était le représentant au comité directeur, refusaient de reconnaître la Déclaration universelle de 1948 pour quatre raisons principales: le droit pour une musulmane d’épouser un non-musulman, le droit de changer de religion, l’interdiction de la peine de mort et la reconnaissance d’enfants nés hors mariage, toutes choses contraires à une interprétation littérale du Coran. Après des discussions houleuses, nous avons fini par trouver un terrain d’entente. J’ai proposé une formulation du préambule de la Charte de la Ligue qui fasse référence à la fois à la Déclaration universelle, aux «traditions libérales de l’islam» et aussi à la Constitution de la République tunisienne.  
C’est ainsi que nous avons trouvé un moyen terme qui a permis à la Ligue de devenir ce lieu de rencontre fructueux entre laïques et islamistes, afin de mieux débattre et dégager des compromis.
Aujourd’hui, vous êtes plutôt perçu comme un «proche» des islamistes. Certains militants de la gauche laïque vous accusent même de faire ouvertement le jeu des partisans de l’islam politique. A l’époque, vous étiez, au contraire, ce que nous pourrions appeler un «éradicateur», l’un des porte- drapeaux de l’anti-islamisme. N’est-ce pas un retournement surprenant?
Certes, je combattais politiquement et idéologiquement les islamistes mais je considérais qu’ils avaient le droit d’exister et de s’exprimer sur la scène politique. Je n’ai jamais été un partisan de l’interdiction et de l’éradication des islamistes, contrairement à certains «démocrates» algériens, par exemple. Les islamistes font partie du spectre politique du monde arabe. Nous devons donc les accepter. La démocratie, c’est la pluralité. Il me paraît totalement incohérent d’interdire et d’exclure les islamistes au nom de la démocratie. C’est une contradiction que j’ai dénoncée dès les premiers moments de mon engagement politique. Les islamistes tunisiens étaient bel et bien obligés d’admettre que je ne tenais pas de double discours: je les combattais sur le plan des idées, mais je revendiquais simultanément leur intégration dans le jeu politique. Avec la répression, la situation a totalement changé. Alors que beaucoup de mes camarades de la gauche laïque étaient réticents à les défendre, je n’ai pas hésité une seule seconde à dénoncer la répression féroce qu’ils subissaient. J’étais le représentant de tout un courant démocratique attaché par-dessus tout au respect des libertés fondamentales et cela a beaucoup aidé les modérés dans le camp islamiste. Contrairement aux islamistes algériens du Fis qui ont basculé dans le terrorisme, les islamistes tunisiens se sentaient soutenus par les «démocrates» et les «progressistes», facilitant ainsi leur intégration au mouvement démocratique. Cela a eu incontestablement des effets bénéfiques pour la constitution d’un «front anti-dictature» en vue de reconstruire un jour un Etat démocratique.
Quand vous dites «Nous, les démocrates», cela concerne tous les opposants indépendants? N’y a-t-il pas quelques-uns de ces «démocrates» qui ont été tentés de sacrifier les islamistes sur l’autel du compromis avec le régime ?
Si, bien sûr, il existait une tendance proche du régime (Mohamed Charfi, et Khemaïs Ksila) qui disait en substance: «On ne va pas casser la Ligue des droits de l’Homme pour sauver les islamistes!» Cette tendance a préféré se taire, fermant volontairement les yeux sur la répression et la torture. Elle a clairement appelé à collaborer avec le régime, de telle sorte qu’elle nous a chassés de la direction de la Ligue, nous accusant d’être irresponsables et de saborder l’organisation. Nous défendions le principe d’égalité des citoyens, sans faire de distinction entre «islamistes» et «non-islamistes».
Le plus cocasse dans l’affaire, c’est le sort qu’a réservé la dictature à ses zélés serviteurs. Après les avoir utilisés, elle les a jetés comme des mouchoirs en papier. Transiger avec les principes, surtout quand on a des malfrats en face, est une opération encore plus risquée que de choisir la résistance.
Et aujourd’hui, comment vous positionnez-vous à l’égard de l’islam politique, en général, et des islamistes, en particulier? Considérez-vous toujours les islamistes comme des «rétrogrades» et des «obscurantistes»?
Ma position a bien sûr évolué au fil du temps. Je reste très critique sur l’islamisme, c’est-à -dire sur le danger d’asseoir une politique, par essence critiquable, sur une idéologie dont le fondement divin se place par essence, selon ses partisans, hors du champ de la critique. Mais la démocratie est l’organisation de la compétition et de la guerre symbolique entre des adversaires réels. C’est tout le contraire de la gestion politique des dictatures arabes qui en sont actuellement à trafiquer la démocratie en excluant de leur «cirque» électoral les vrais adversaires et en faisant se «battre» leurs compères…
On me pose fréquemment cette question: «Aurait-il fallu alors laisser le Front islamique de salut (Fis) gouverner en Algérie?» Ma réponse est sans ambiguïté: «Oui!» On aurait dû laisser le Fis gouverner. On aurait pu constater toute son incompétence et le remplacer après une législature. En cas d’installation d’une dictature, il aurait pu être évincé par l’armée ou la rue. On aurait sans doute connu des troubles, mais évité le bain de sang qui a endeuillé l’Algérie. Certes, j’admets que ce choix est risqué. Mais ne pas l’assumer, c’est prendre un risque encore plus important: la stagnation permanente sous la dictature. Interrompre le processus électoral a été la pire des solutions, comme aujourd’hui ne pas reconnaître le Hamas palestinien pourtant élu démocratiquement.
Le «risque islamiste» ne doit pas nous condamner à vivre jusqu’à la fin de nos jours sous des régimes tyranniques. Si des élections pluralistes doivent nous conduire dans un premier temps à vivre sous un gouvernement islamiste, nous devons l’accepter. C’est un pari sur l’avenir bien plus fort que celui qui consisterait à pérenniser les dictatures corrompues. De plus, c’est aussi idiot de confondre Ben Laden et Erdogan, le premier ministre turc, que d’assimiler Pol Pot et Dubcek, l’artisan du printemps de Prague en 1968, sous prétexte que les deux étaient communistes. On ne peut réduire l’islamisme à une sorte de bloc monolithique.
* Extrait de ‘‘Dictateurs en sursis’’, de Moncef Marzouki, entretien avec Vincent Geisser ;  p. 80-p 85 ; Cérès éditions, Tunis 2011. (Source : « Kapitalis.com » (Tunis), le 10 Février 2011) Lien: http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/2636-lislamisme-lalibi-de-la-dictature-en-tunisie.html  


Grève des poubelles à Tunis : Les milices RCDistes s’y mettent pour que ça dure


Selon le secrétaire général du syndicat de la municipalité de Tunis, ce sont les milices du RCD qui sont derrière la grève des poubelles à Tunis qui perdure depuis une semaine. Déterminés à avorter la révolution à tout prix, les partisans de l’ancien parti tentent leurs dernières chances en jouant toutes les cartes possibles pour provoquer l’anarchie dans tout le pays. Plusieurs indices confirment aujourd’hui le fait que ce sont les milices du RCD qui sont les auteurs des assauts perpétrés contre les biens collectifs. Outre les incidents déclenchés dans plusieurs villes du pays, prenant pour cibles les établissements scolaires, les postes de police et de la garde nationale, les RCDistes semblent aussi jouer le rôle principal dans la provocation de grèves incontrôlables. Et c’est le cas des éboueurs de Tunis qui confirme cette hypothèse, d’après ce que nous a raconté M. Adel Sagra, le secrétaire général du syndicat de la municipalité de Tunis. Selon lui, ce sont «des milices du RCD qui sont derrière la grève des poubelles qui durent depuis plusieurs jours». Notre interlocuteur dit en fait qu’il est plus que persuadé que les symboles du parti de l’ex-pouvoir sont en train d’empêcher les agents municipaux de reprendre leur travail: «Nous avons appris que des inconnus viennent leur faire comprendre que les autorités leur ont menti à propos de la titularisation», indique-t-il. «Certains d’entre eux ont été harcelés pour qu’ils poursuivent la grève alors que d’autres ont reçu des sommes d’argent», a-t-il ajouté. Profitant du manque de confiance qui a toujours caractérisé le rapport entre les ouvriers et leurs employeurs, ces «inconnus» semblent jusqu’ici réussir à faire durer l’anarchie ordurière dans les artères de Tunis. Après la reprise survenue au cours de la semaine dernière pour ne durer que deux jours, les agents de la propreté urbaine et les camions de ramassage des poubelles ont vite disparu de la circulation laissant la ville s’écrouler sous les ordures. Et pour que cela dure, c’est le syndicat même qui fait aujourd’hui l’objet de menaces. M. Adel Sagra tout comme M. Naceur Sellami, le secrétaire général de la fédération générale des municipaux, ont été carrément menacés de mort s’ils poursuivent leurs tentatives de convaincre les agents municipaux à reprendre leur travail. «Il y a deux jours, j’ai reçu un appel sur mon portable dans lequel une personne inconnue m’a insulté vulgairement et m’a menacé d’être brûlé vif si je ne laisse pas les éboueurs continuer leur grève». Cela prouve, encore une fois, que les milices sont en train d’agir selon un plan très dangereux destiné à paralyser tous les services du pays et faire échouer la révolution. Pour le cas des éboueurs, rien ne justifie en fait la poursuite de la grève étant donné que toutes les revendications ont été satisfaites. La municipalité de Tunis a titularisé plus de 3000 agents entre contractuels et temporaires, et ce depuis le 26 janvier dernier. On apprend également qu’un projet de statut pour cette catégorie d’employés municipaux a été d’ores et déjà approuvé par le ministère de l’Intérieur et remis au ministère des Finances pour sa validation. Pour l’instant, le syndicat ne compte pas céder aux menaces des milices, «nous ne baisserons jamais les bras et les ennemis de la Tunisie n’arriveront jamais à leur fins», assure le syndicaliste, confiant. Source: “Le Quotidien” Le 11-02-2011 Lien:http://www.lequotidien-tn.com/detailarticle.asp

POCT : La formation d’extrême-gauche qui se battait dans la clandestinité


  Contraint de vivre dans la clandestinité pendant 24 ans, le Parti Ouvrier Communiste Tunisien n’a jamais cessé de se battre contre la dictature. Ce parti d’extrême-gauche désormais légal, pense que la révolution n’est pas finie… Leurs photos étaient affichées dans tous les postes de police. Les portefeuilles de tous les agents de la sûreté de l’Etat en contenaient des copies. Durant les vingt-trois ans de règne du président déchu, les dirigeants du Parti Ouvrier Communiste Tunisien (POCT) étaient en cavale. Des clandestins dans leurs propre pays! C’est que ce parti fondé en 1986 par des marxistes léninistes réunis autour de Hamma Hammami a mené, depuis sa naissance, une lutte sans merci contre la dictature. L’opposition farouche au régime du président Bourguiba et de son successeur a valu à ce parti d’être interdit d’exercer ses activités. Mais cette interdiction arbitraire n’a pas entamé la détermination de ses militants qui ont violemment fustigé le tournant libéral qu’a connu l’économie tunisienne au milieu des années 80. Très actif dans l’Université où il dispose d’une organisation de jeunesse, l’Union de la jeunesse communiste de Tunisie (UJCT), le POCT s’est fermement opposé à la répression subie dès la fin des années 80 par les islamistes mais tout en rejetant leurs thèses. «Dès le début de la répression de l’Etat contre les islamistes, dans les années 1980, Hamma Hammami a été l’un des rares à dénoncer cette répression. Pour lui, un pouvoir capable d’actes pareils à un islamiste est capable de le faire à tout le monde. Ce qui n’a pas été loin de l’opinion de toute la gauche qui lui reprochait d’ailleurs de faire alliance avec les islamistes», raconte l’avocate Radhia Nasraoui, militante du parti et épouse de Hamma Hammami. Boycott des «mascarades électorales» A travers son journal Al-Badil (L’Alternative), le POCT a toujours dénoncé le climat de répression et de corruption qui régnait dans le pays. Il avait aussi régulièrement appelé au boycott des «mascarades électorales» qui se terminaient par des scores staliniens de 99% en faveur des représentants du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD). «Ni le contexte politique, ni le contexte juridique actuel ne permettent la tenue d’élections libres et transparentes», avait déclaré Hamma Hammami à la veille du dernier scrutin législatif et présidentiel de 2009. Face à ces positions fermes, la répression s’est abattue sur les dirigeants du POCT. Passages à tabac, humiliations, insultes, filatures et écoutes téléphoniques ont contraint Hamma Hammami et ses compagnons de route à entrer dans la clandestinité en février 1998. Auparavant, il a été condamné plusieurs fois et a purgé des peines de prison, dont l’une était liée à une affaire de droit commun qu’il avait contestée. Durant ces différents procès, le chef du POCT est souvent reconnu coupable des chefs d’inculpations suivants: atteinte à la sûreté de l’?tat, appartenance à une association non reconnue (Le Travailleur tunisien, NDLR), outrage à l’ordre public et propagation de fausses nouvelles, diffusion de tracts de nature à perturber l’ordre public ( le Journal Al-Badil, NDLR) , tenue de réunions non autorisées, collecte d’argent sans autorisation… Grèves de la faim successives Assiégés et assimilés à des membres d’une association qui appelle à la haine, les militants du ce parti non reconnu ont fait plusieurs fois appel à une arme redoutable, mais dangereuse: les grèves de la faim. En février 2002, Hamma Hammami a observé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention et contre les conditions de visite de sa famille (à travers un double grillage). Atteint de sinusite et de tachycardie, le chef historique du POCT était alors confiné dans une cellule de 6 m2, continuellement enfumée et occupée par trois prisonniers de droit commun condamnés à de lourdes peines.
En octobre 2003, Radhia Nasraoui a, de son côté, cessé de s’alimenter pendant plusieurs semaines pour défendre sa «dignité, en tant qu’avocate et en tant que citoyenne». Par son action, elle entendait dénoncer les harcèlements et les violences policières dont étaient victimes ses proches, ses amis, ses clients, ainsi qu’elle-même et exiger l’arrêt de toutes ces persécutions. Et, last but not least, Hamma Hammami a participé à la grève de la faim observée par huit personnalités politiques en octobre 2005 en signe de protestation contre la détérioration de l’état des libertés.
Rejet du gouvernement transitoire
Durant la révolte populaire partie le 17 décembre 2010 de Sidi Bouzid, suite à l’immolation de Mohamed Bouazizi par le feu, le chef du POCT a été le seul dirigeant de l’opposition non exilé à avoir publié une déclaration exigeant le départ de Ben Ali. «Le 11 janvier, nous avons publié une déclaration exigeant le départ de Ben Ali. On a été le seul parti 
à l’avoir demandé. La réaction 
du pouvoir a été violente. 
Une vingtaine d’hommes ont fait irruption chez moi. Ils ont cassé 
la porte de notre appartement(…). Ils m’ont emmené au ministère de l’Intérieur où je suis resté les mains ligotées derrière le dos avant d’être libéré vendredi, le jour où Ben Ali a quitté le pouvoir », a-t-il déclaré peu après sa libération.
Légalisé par décision du gouvernement d’union nationale le 20 janvier 2011, le POCT s’est fermement opposé à ce gouvernement de transition qui comprend des caciques de l’ancien régime. «La démocratie ne peut pas 
être instituée par des hommes qui ont été des proches de Ben Ali, 
qui ont été partie prenante 
du système policier qui a dirigé 
la Tunisie. Il faut faire table 
rase du passé si on veut aller vers un ?tat de droit», a précisé Hamma Hammami.
Cet opposant farouche au régime de Ben Ali va-t-il profiter de la brèche ouverte par la révolution du jasmin pour briguer la magistrature suprême ? Réponse : «La démocratie ne peut pas naître des institutions de la dictature. Des élections dans six mois ne donneront qu’un président qui appartient au parti du président déchu. La révolution n’est pas finie, elle doit continuer»…
Source: ”Le Quotidien” Le 11-02-2011 Lien:http://www.lequotidien-tn.com/detailarticle.asp
 

L’EVENTEIL ISLAMISTE

 Chacun des responsables occidentaux va de son discours pour faire cheminer le peuple tunisien et le peuple égyptien  vers la démocratie. Ce sont eux même qui hier trouvent  que le droit de manger fait partie des  droits de l’homme. L’hypocrisie des occidentaux n’est plus à démontrer. Oui à la démocratie mais une démocratie qui préserve les  intêrets de l’occident.  Une démocratie qui ne met pas en danger la sécurité d’Israel.  D’OBAMA à SARKOZY ,  ils saluent  le soulèvement du peuple arabe tout en appréhendant le « danger »  islamiste. Ils  veulent une expression tronquée  de la volonté populaire. Ils nous disent « on vous donne la liberté mais n’abusez pas ». La France est traumatisé par la drame algérienne ; les Etats Unis d’Amérique n’ont jamais digéré la chute du chah iranien.  Leurs  politiques ont eu toujours un reflexe colonial. Dans leur imaginaire le discours islamiste est anti occidental. C’est de l’anti-islamisme primaire. Les islamistes sont pour l’indépendance de la décision nationale et le respect de la volonté du peuple tunisien. Le fait de dire  que les partis islamistes sont pour un vote une fois pour fermer  le  parenthèse  démocratique n’est qu’un préjugé fallacieux, sans fondement. Alors que le pouvoir déchu a organisé des élections à répétition sans respecter la voix du peuple. C’est le cas de tous les gouvernements du monde arabe qui brillent par la triche électorale.  La  démocratie , la liberté sont des principes universels. Le peuple qui a refusé la tyrannie comme il a refusé le colonialisme  est capable de défendre ses droits par le suffrage universelle et à défaut sur la voie publique (après 23 ans de patience pour les tunisiens et 30 ans pour les égyptiens).  Ce n’est pas le choix des islamistes si le jour de vendredi est fatal pour  le président déchu en Tunisie et le président démissionnaire en Egypte. Ahmed BEN AMOR      Paris le 11/02/2011  


L’onde de choc de la révolution du jasmin


Les analogies historiques peuvent avoir de l’intérêt. Il ne faut cependant pas en abuser après le succès de la Révolution du jasmin en Tunisie et la fuite surprise de Ben Ali. Certains observateurs ont trop rapidement pronostiqué un effet domino dans le Maghreb et même plus largement dans le monde arabe. Or, il est peu probable qu’il y ait un effet domino dans le monde arabe qui verrait les régimes être renversés les uns après les autres dans un temps court. Par contre, la révolution tunisienne va créer une onde de choc qui se fera ressentir bien au-delà des seules frontières du monde arabe. L’effet domino annoncé pour le Maghreb ou pour le monde arabe était le fruit d’une analogie faite avec la fin du communisme dans les pays d’Europe de l’Est dans la deuxième moitié de l’année 89. En quelques mois, tous les régimes communistes que l’on croyait immuables étaient tombés les uns après les autres avec une facilité étonnante. Mais, tous ces régimes avaient un point commun : ils n’avaient aucune légitimité interne et ne tenaient que par la contrainte extérieure exercée par l’Union soviétique. À partir du moment où Gorbatchev avait clairement indiqué que chaque pays membre du pacte de Varsovie pouvait suivre sa voie propre et qu’il ne s’opposerait pas par la force militaire aux choix politiques nationaux qui seraient faits, tous les régimes ont été emportés. Si les pays du Maghreb ou les pays arabes ont des similitudes, ils ont également des différences nationales suffisamment fortes pour que l’effet domino ne joue pas. On ne peut pas faire une analogie entre l’Europe de l’Est de 1989 et le monde arabe contemporain. Comme on l’a vu, le premier pays à subir le contrecoup de la révolution tunisienne n’est pas maghrébin, mais l’Égypte. Évidemment, les trois pays du Maghreb ont des points communs. En Algérie, si une partie de la population se demande où passe l’argent du pétrole, s’il y a un problème d’accès à l’emploi et au logement incontestable, le pays se rappelle également les affres de la guerre civile dont il vient à peine de sortir et dans lequel il n’a guère envie de retomber. L’armée, par ailleurs, a un rôle tout à fait différent en Algérie. Au Maroc, il y a un climat de liberté intellectuelle que la Tunisie ne connaissait pas et qui offre une soupape de sécurité. S’il y a des inégalités sociales, le système paraît plus ouvert qu’en Tunisie et surtout le roi, très présent sur le terrain, conserve une forte popularité personnelle sans parler de sa légitimité de commandeur des croyants. C’est l’Égypte plus lointaine qui offrait le plus de points de comparaison avec la Tunisie. Des régimes usés, un blocage politique, l’absence de liberté, la corruption de l’entourage du chef de l’État et un nombre important d’internautes. Il y a cependant des différences de taille : l’armée, contrairement à la Tunisie, y exerce le pouvoir et elle n’entend pas le lâcher même si elle peut lâcher Moubarak. Par ailleurs, l’importance stratégique de l’Égypte n’a rien à voir avec celle de la Tunisie. Il est peu probable qu’on assiste à une révolution du type tunisien en Égypte. Il est tout aussi certain que la contestation populaire ne restera pas sans effet et qu’il y aura des modifications politiques importantes en Égypte. Le mouvement en cours ne se résoudra pas par des simples changements cosmétiques. Une onde de choc générale veut dire que les régimes peuvent rester en place mais en se régénérant, en modifiant leur comportement pour être moins coupé de la population. Mais ceci n’est pas limité au seul monde arabe. L’Afrique et l’Asie sont également impliqués. L’onde de choc est en fait mondiale. Elle concerne l’ensemble des pays émergents où la population est suffisamment éduquée pour ne pas prendre pour argent comptant la propagande officielle et où les inégalités sociales, la corruption, l’immobilisme politique sont devenus inacceptables. Tout pays qui a atteint un certain stade de développement et d’éducation est concerné. Les régimes seront forcés de faire preuve d’ouverture politique et sociale, de tenir compte des aspirations de leurs populations, de crainte d’être emportés.

Tunisie, mon amour


Tout juste remise du départ forcé de Ben Ali, la Tunisie veut repartir de l’avant. Avec ses soutiens étrangers et surtout le retour espéré des touristes. L’économie tunisienne dépend beaucoup du tourisme. Les émeutes de la faim et la chute du régime dictatorial de Ben Ali ont pénalisé cette activité cruciale pour le pays. Le nouveau gouvernement démocratique entend désormais rassurer sur la situation pacifiée dans les rues et espère voir revenir les visiteurs étrangers. D’où le lancement de la campagne « I love Tunisia » par le ministère du Tourisme de Tunisie (c’est le logo de cette opération qui illustre cet article). Ses créateurs affirment : « Tunisie, admirez-la de près. Le lundi 14 février, la révolution tunisienne, qui a permis l’avènement de la démocratie dans le pays, fêtera ses un mois. Le ministère tunisien du Tourisme lance à cette occasion une grande campagne sur internet de soutien à la Tunisie. C’est une occasion unique, simple et rapide de manifester sa sympathie envers le peuple tunisien, le jour de la Saint-Valentin ! » Internet, qui a joué un rôle clé dans la mobilisation populaire via les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, est là aussi sollicité pour servir de relai. Objectif : créer un buzz massif sur internet (en utilisant les réseaux sociaux) avec la diffusion d’un logo militant « I love Tunisia », expliquent les initiateurs de la campagne. Ils incitent à mettre le logo sous forme de cœur « I love Tunisia » sur Facebook et sur Twitter. Source: “La Tribune” Le 11-02-2011 Lien:http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110211trib000600632/tunisie-mon-amour.html

Tunisie: la France engagée


La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, ont rappelé jeudi l’engagement de la France et des Européens aux côtés du nouveau gouvernement tunisien, selon un communiqué de Bercy. Les ministres ont rencontré jeudi soir Elyès Jouini, ministre auprès du Premier ministre tunisien, chargé des réformes économiques et sociales et de la coordination avec les ministères concernés, indique ce communiqué. Ils ont « rappelé l’engagement de la France et des partenaires européens aux côtés du nouveau gouvernement tunisien dans le processus de transition démocratique en cours », relève-t-il. Lors de cette rencontre, ils ont aussi souligné « l’importance d’approfondir dans ce contexte le partenariat économique » entre les deux pays, la France étant le premier partenaire commercial, le premier investisseur (avec 1.250 entreprises et 110.000 emplois), et le premier bailleur en Tunisie. « La France sera attentive aux besoins qui pourront être exprimés par le gouvernement tunisien au cours des prochaines semaines », ont assuré les ministres français, selon le communiqué. Source : « Le Figaro » Le 10-02-2011 Lien :http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/02/10/97002-20110210FILWWW00703-tunisie-la-france-engagee.php
 

Voyageurs du Monde : « Il faut vite aller en Tunisie »


A la veille des départs en vacances, Parlons net reçoit Jean-François Rial, le PDG du groupe Voyageurs du Monde, spécialisé dans le voyage sur mesure en individuel. Il estime qu’il « faut vite aller en Tunisie pour aider cette jeune démocratie à se développer ». Et il juge positif les mouvements actuels de démocratisation. Des mouvements parfois encouragés par le développement du tourisme : « Envoyer des gens dans les pays dictatoriaux est plutôt dangereux pour les dictatures. » Des mouvements de démocratisation positifs, d’abord pour les peuples mais aussi pour le secteur touristique français sur le long terme. A l’initiative des voyages couplés en Israël et en Cisjordanie, Jean-François Rial considère que son entreprise à la responsabilité de “dire” ce qui se passe : “Il y a un vrai problème de répartition de richesse en Egypte, en Tunisie ou au Maroc”, pour autant “ les intérêts économiques que nous avons vont de pair avec les intérêts moraux. Vous avez intérêt dans des pays aux régimes autoritaires à ce que les populations locales rencontrent un maximum d’étrangers… En tant que chef d’entreprise, le PDG de Voyageurs du monde constate “une tiers-mondisation de la France”, avec de plus en plus de gens dans la difficulté face à de très riches, un mauvais signe pour la santé économique de la France Source: “France-info” Le 11-02-2011 Lien:http://www.france-info.com/chroniques-parlons-net-2011-02-11-voyageurs-du-monde-il-faut-vite-aller-en-tunisie-515087-81-264.html

Des voyagistes français s’engagent à soutenir la Tunisie


De nombreux professionnels du tourisme, l’ambassadeur Français en Tunisie, le président de l’Institut du monde arabe et d’autres étaient présents mercredi soir à Paris pour promouvoir un mouvement d’aide à la nouvelle démocratie tunisienne et  à relancer son tourisme et un meilleur développement. De l’autre côté de la méditerranée, sur l’idée de Mourad Majoul le président d’Avico, les professionnels du tourisme et des transports aériens se sont rencontrés jeudi soir pour soutenir la Tunisie. Parmi les présents, Laurent Magnin le président de la compagnie XL Airways, Lionel Guérin, le président de la Fnam, René-Marc Chikli, le président du Ceto,  Falco Aloisi, le directeur de Promovacances, Ali Miaoui, le responsable actuel de Tunisair,  Philippe de Saint Victor,  le directeur général d’AS qui se sont engagé par une charte qu’ils ont nommé « les engagements du Jasmin » et  qui sera diffusée dans tous les établissements d’accueil de vacanciers tels que les hôtels, les restaurants, les agences réceptives, les tours opérateurs et les agences de voyages qui y adhèrent et participent à ce mouvement. Ainsi  tous les acteurs semblent se donner la main que cela soit en France comme en Tunisie pour relancer le tourisme en Tunisie, première destination des Français et de beaucoup d’européens Source: ”DonneTonAvis” Le 11-02-2011 Lien:http://www.donnetonavis.fr/actu/news/voyagistes-francais-soutien-tunisie_3721.html
 

Leïla Ben Ali : Monte dans l’avion imbécile


Les minutes les plus critiques de la révolution du Jasmin ont été vécues au moment où le président Zine El-Abidine Ben Ali, ayant dirigé la Tunisie pendant 23 ans, était en train de monter dans l’avion qui transporterait son épouse et lui-même à l’étranger. Lorsque le leader de 74 ans était en retard, son épouse, considérée comme la vraie dirigeante du pays, Leïla le réprimande. Selon les témoins oculaires, Leïla aurait dit à son mari  » tu as gâché ma vie, monte dans l’avion imbécile! « . Ben Ali aurait monté doucement les escaliers, aurait regardé pour la dernière fois son pays et aucun militaire ne l’aurait aidé à monter dans l’avion. Source: “1info2” Le 11-02-2011 Lien:http://www.1info2.com/leila-ben-ali—monte-dans-l-avion–348.html

Paris participera a la confrence de Cathage


 La France a annoncé vendredi qu’elle participerait à la conférence internationale sur le soutien aux réformes politiques et économiques en Tunisie que le gouvernement post-Ben Ali souhaite organiser à Carthage. Dans un communiqué diffusé par Matignon, Paris souhaite par ailleurs que l’Union européenne octroie un « statut avancé » à la Tunisie et assure Tunis de sa « détermination » à faire aboutir les négociations « dans les meilleurs délais ». Après s’être entretenu vendredi matin avec son homologue tunisien Mohamed Ghannouchi, le chef du gouvernement français François Fillon a demandé à la ministre de l’Economie Christine Lagarde de se rendre « très prochainement » en Tunisie. Cette dernière devra apporter la contribution française à la préparation de la conférence internationale de Carthage – une « excellente » initiative du gouvernement Ghannouchi, juge François Fillon, en précisant que « la France y prendra naturellement toute sa part ». Christine Lagarde devra aussi étudier les moyens de renforcer le partenariat économique entre les deux pays, selon Matignon. D’après un communiqué de Bercy, Christine Lagarde a rencontré jeudi soir Elyes Jouini, le ministre tunisien chargé des Réformes économiques et sociales. A cette occasion, elle a déjà souligné « l’importance d’approfondir (…) le partenariat économique entre nos deux pays ». La France est « le premier partenaire commercial, le premier investisseur, avec 1.250 entreprises et 110.000 emplois, et le premier bailleur en Tunisie », rappelle son ministère dans ce communiqué. En promettant ceci: « la France sera attentive aux besoins qui pourront être exprimés par le gouvernement tunisien au cours des prochaines semaines » Source:”Le Nouvel Observateur” Le 11-02-2011 Lien:http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110211.FAP4916/tunisie-paris-participera-a-la-conference-de-carthage.html  


Tunisie : quelle Europe « des valeurs » ?


La posture morale de l’Union européenne dans son voisinage méditerranéen prend un sérieux coup. Le renversement par un soulèvement populaire d’un président corrompu et autoritaire soutenu pendant des années par les dirigeants européens a permis de mettre à jour l’Europe « éthique ». L’Europe « des valeurs » est nue… Pour ceux qui croient en la liberté et la démocratie, la révolution tunisienne a été une nouvelle réconfortante. Comment a-t-elle été reçue à Bruxelles ? Personne ne peut le dire. Tout à coup, le régime de Ben Ali, l ’« exemple pour la région », le « partenaire important et fiable de l’Europe » – pour citer Stephan Füle, le commissaire tchèque de l’élargissement et la politique de voisinage – était remis en question. Le lamentable bilan de la « conditionnalité » Le bloc doit faire face au fait que jusqu’à la révolution, ses politiques en Tunisie n’avaient que peu été la « force du bien » (force for good) comme aiment tant à le claironner les bureaucrates. Au contraire, comme les militants tunisiens des droits de l’homme l’ont souvent dit, elles avaient, au mieux, contribué à maintenir le statu quo. La décision de Bruxelles l’année dernière de poursuivre des discussions sur le « statut avancé » ont même encouragé le régime à réprimer davantage la dissidence. Les contacts directs entre les ONG locales et les institutions européennes ont été interdits. L’attitude de « business as usual » des dirigeants européens à l’égard de l’homme que la plupart des Tunisiens appelaient un « dictateur » a mis au jour l’hypocrisie de la rhétorique des droits de l’homme de l’UE et de sa sacro-sainte « conditionnalité ». L’aide au développement et les accords commerciaux dépendent théoriquement de la réalisation de « conditions politiques et économiques ». Mais à quoi bon ? Des études ont montré que la conditionnalité n’avait aucune pertinence dans le cas de pays à forte tradition démocratique ou d’Etats autocratiques. Que ce soit en Tunisie ou en Egypte – ou d’ailleurs en Europe, la plupart des politiciens ont manifesté un intérêt de pure forme en la matière. Une UE et une France anti-libérales Si la réponse de l’UE « Lisbonne-isée » a été faible – une vague promesse de soutien pour des élections, le silence initial de Paris a été assourdissant. Durant plusieurs jours après le soulèvement populaire, l’exécutif français est resté muet, et ce de manière embarrassant. A l’Assemblée nationale, la ministre des Affaires étrangères Michelle Alliot-Marie a été invitée à rendre compte de l’incohérence de la politique étrangère du gouvernement en Afrique. Comment notre pays pouvait-il demander le respect de la démocratie en Côte-d’Ivoire tout en soutenant la dictature du président Ben Ali ? En effet, là est la question ! Et aussi la réponse au pourquoi du manque de cohérence de l’UE. Quand il s’agit de relations UE-Afrique, la politique étrangère commune est le plus souvent « pilotée » par les anciennes puissances coloniales dans les « huis clos » bruxellois. Des administrations puissantes avec des contacts privilégiés avec les politiciens locaux assurent la continuité de leur rôle prédominant dans l’élaboration des politiques communes. Avec l’élargissement à 27 États membres, les mécanismes de prise de décision sont devenus trop complexes. Le fameux principe du « plus petit dénominateur commun » qui caractérise la prise de décision au niveau européen continue de rapetisser… Sur des sujets sensibles, la tension monte rapidement. Dans le cas de la Tunisie, les câbles diplomatiques des États-Unis dévoilés par Wikileaks ont révélé la profonde division entre les Etats membres. Alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni étaient en faveur d’une approche plus ferme, d’autres pays clés – la France – se sont montré réticents à critiquer le régime. Finalement, il n’y a eu aucune pression. L’apaisement ne favorise pas la stabilité Depuis le 11 septembre, le maintien de la stabilité politique dans la région a été le mot d’ordre de la politique de sécurité de l’Europe, quel que soit le coût pour la démocratisation. À la lumière des événements dramatiques récents, il est clair que sa politique de dialogue constructif – « soft » – avec des « autocrates modèles » a échoué. Il est urgent pour l’Union de repenser ses relations avec ses voisins du sud. Pour la France ce ne sera pas chose facile. La racine du problème est profonde. Derrière le discours « de rigueur » sur la liberté et la fraternité, la classe politique française est restée très méfiante envers les libertés individuelles et profondément anti-libérale. La « Françafrique », un système mafieux de coopération économique et politique fondé sur des monopoles d’État, le dirigisme économique et l’étatisme, s’est nourrie de cette réalité. La promesse faite par Nicolas Sarkozy que notre pays serait du côté des peuples de l’Afrique n’a pas encore été remplie. En Septembre dernier, l’ambassadeur français au Sénégal a démissionné en signe de protestation. L’Europe et la Tunisie sont liées par l’histoire et la géographie et ont besoin l’une de l’autre. Mais aujourd’hui, les Tunisiens peuvent se passer du brassage d’air « eurocrate » habituel telle que la déclaration du chef de la politique étrangère, Lady Ashton, affirmant la « solidarité de l’UE avec le peuple tunisien »… Pourquoi ne pas l’avoir donné lorsque les tunisiens avaient réellement besoin de cette solidarité ? Malheureusement, avec une Union protectionniste aux prises avec un déficit démocratique, une politique étrangère désunie, des guerres intestines « institutionnelles », la récession économique et une dette problématique, un changement de politique crédible est probablement illusoire. Les Tunisiens ont maintenant la possibilité de s’approprier les réformes politiques et économiques de leur pays. Des temps difficiles les attendent, mais ils s’engagent sur la route cahoteuse de la démocratisation avec la tête haute. Nous, les peuples libres de l’Europe, pouvons être reconnaissants pour cette leçon de courage et de dignité. Source: “Afrik.com” Le 11-02-2011 Lien: http://www.afrik.com/article22001.html

Tunisie : La Révolution vue par Mindshare


Nul ne peut nier que la Tunisie a créé la sensation dans le monde entier en ce début de l’année 2011! La révolution a fait renaître l’espoir dans le coeur du tunisien tant réprimé, censuré, frustré et privé des libertés fondamentales ! Un changement tant attendu au niveau de la scène politique, qui a eu un impact majeur dans la vie quotidienne du tunisien indépendamment de son statut social. Ce chamboulement a touché de plein fouet notre scène média avec une re-considération quasi totale de la donne. Et les agences media et annonceurs doivent ré-apprendre à se ré-approprier la scène média…. Les questions qui se posent sans doute le plus dans le monde de la com et des médias après le fameux 14 Janvier en Tunisie sont : Comment se présente la nouvelle scène média en Tunisie? D’où le consommateur tunisien puise des informations ? A quels médias il fait le plus confiance? Quel est le nouveau rapport qu’entretient le consommateur avec les marques? Quand est ce que la publicité va reprendre? A quoi s’attend aujourd’hui le consommateur des marques? Et énormément de questions auxquelles Mindshare a essayé, dans la foulée, d’apporter une réponse via l’étude qu’elle a conduite avec Prodata sur le comportement du tunisien après la révolution. Cette étude est faite sur le Grand Tunis le 3, 4 et 5 Février 2011 avec un échantillon de 252 personnes représentatifs de la population tunisienne quant au Sexe, Âge, CSP… Parmi les insights dégagés, 80% des répondants se montrent confiants en l’avenir du pays. L’étude révèle aussi que le média le plus crédible quant aux informations communiquées s’avère être la TV avec 62% suivi par l’internet avec 33%! En ce qui concerne le retour à la normale, il est d’autant plus apprécié avec une prédisposition au come back de la publicité à la TV à raison de 83%. Le consommateur aujourd’hui s’attend plus que jamais à des baisses de prix (80%) et à des promotions à raison de 43%,… Le message escompté par le tunisien de la part des marques, tourne essentiellement autour des valeurs suivantes : Sécurité (43.7%), Promotion, Solidarité… L’étude inclut davantage de détails qui mettent en évidence le comportement des tunisiens suite à la révolution: les marques les plus « proches » Tunisiana avec 59%, ….., les marques « rejetées »…. et pourquoi, etc….. Une nouvelle histoire s’écrit pour la Tunisie, on assistera forcément, et à une nouvelle vision, et à une nouvelle approche des médias et de la communication … Source: “Tekiano” Le 11-02-2011 Lien:http://www.tekiano.com/ness/n-c/5-0-3168/tunisie-la-revolution-vue-par-mindshare.html
 

Après la chute de Ben Ali et Moubarak à qui le tour?


Le président Hosni Moubarak a démissionné ce vendredi 11févirer, poussé hors du pouvoir sous la pression du peuple au terme de 18 jours de manifestions. Sa chute intervient un mois à peine après celle du tunisien Ben Ali.     Le souffle de la constestation qui est en train de balayer les régimes d’Afrique du Nord va-t-il épargner l’Afrique noire où plusieurs chefs d’Etat comptent à ce jour près de 30 ans de pouvoir?La soif de liberté, de démocratie, de bien être et surtout de l’air frais d’un nouvel horizon politique est de plus en plus forte partout en Afrique. Et la contagion de la révolution du jasmin ne pourra vraissemblabement pas s’arrêter en si bon chemin.   A l’heure de la télévision numérique, avec les exemples d’Al Jazeera dans le monde arabe, Africa 24 en Afrique noire, France 24, CNN ou BBC en Occident, avec la force de pénétration et la rapidité des réseaux facebook et twitter les valeurs que partagent les jeunes à travers le monde sont de plus en plus proches.   Du nord au Sud de la planête, on boit Coca Cola, on porte des patalons jeans, des T shirt, des baskets au marques Adidas, Nike ou Puma, des chemises, costumes ou chaussures griffées, les jeunes filles partagent les mêmes fragrances et eaux de toilettes, nous suivons les exploits des même stars d’Hollywood, du show business ou de la champion’s Leage, de la world cup, de la Liga espagnole ou du Premiership anglais : Angelina Jolie, Beyonce, Ronaldo, Messi, Eto’o…  Avec les mêmes images, parfois les mêmes pub, diffusées instantanément au Caire, à Tunis, à Paris, à Londres, à Douala, Yaoundé ou Abidjan.   Alors pourquoi n’aurions nous pas la même soif de bien être et de liberté? Pourquoi n’irions nous pas nous désalterer à la même source de la démocratie ? Les valeurs, voilà ce que nous avons le plus envie de partager aujourd’hui. Et c’est pourquoi la corruption, la dictature, l’injustice, la misère et la pauvreté sont de moins en moins supportables en cette deuxième décennie du 21ème siècle.   Nous avons tous vibré au diapason de l’Amérique et du monde entier lors de l’élection de Barak Obama à la présidence de la première puissance du monde. A Newbell, Nkoldongo, Bastos ou Bonapriso, nous avons la même aspiration au mieux être, même si certains sont plus proches de ce bien être que d’autres. Mais nous avons tous envie que notre voix compte désormais dans le destin de notre pays. Nous voulons certes la paix, la tranquillité, mais nous serions si fiers d’avoir au pouvoir des gens dont nous soyions sûr qu’ils incarnent nos aspirations et que nous pouvons congédier sans faire déraper le pays dès lors qu’ils ne sont plus en phase avec le peuple.   Nous voulons que les libertés publiques, que la démocratie soient plus conformes à nos aspirations. L’Afrique a besoin de pain on le sait. Mais c’est aussi parce que ses fils et filles ne sont pas toujours sûrs de manger chaque jour à leur faim qu’il leur arrive, lorsqu’il n’y a plus d’autre recours, lorsqu’ils savent que le système est bloqué, qu’aucune élection ne changera rien, que les mêmes gérontocrates au pouvoir ne s’en iront pas et que la souffrance et la misère seront toujours leurs compagnes de tous les jours, de choisir la rue, au péril de leur vie, pour qu’un jour les choses changent.   Les tunisiens y sont arrivés. Voici que les egyptiens aussi viennent de réussir. C’est un message fort pour tous les peuples d’Afrique. Mais aussi pour tous ces dinausores qui nous gouvernent. Nous osons croire que le sphinx d’Etoudi l’a entendu. Source: “Le Quotidien Mutations” Le 11-02-2011 Lien:http://quotidien.mutations-multimedia.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1662:apres-la-chute-de-ben-ali-et-moubarak-a-qui-le-tour&catid=1:latest-news&Itemid=50

En Algérie, « nous avons besoin d’une révolution, mais d’un autre genre

Crier « dégage » ne suffit pas,


 par Rachid I. La pression exercée par les populations des pays voisins, peut et doit nous servir de levier pour des réformes en Algérie. Mais il est d’abord nécessaire de dresser un état des lieux complet, de faire des propositions concrètes sur tous les plans et de ne pas suivre le seul mot d’ordre tunisien, « dégage ». L’urgence ne commande pas le désordre. Prenons du recul par rapport à ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte. Crier « dégage » ne suffit pas à répondre aux attentes de tout un peuple. J’attends des propositions concrètes et réfléchies sur le devenir de l’Algérie et pas seulement des pancartes avec des slogans vides et nerveux. « Nous avons besoin d’une révolution, mais d’un autre genre », par Amina M. Je ne participerai pas à cette marche, parce que j’estime qu’il s’agit d’une pure manipulation orchestrée par une opposition faible qui ne représente que ses adhérents. Si l’Algérie est en paix aujourd’hui, c’est grâce à Bouteflika. L’opposition essaie de profiter de la situation qui existe en Tunisie et en Egypte, mais elle oublie que nous avons déjà fait notre révolution (contre la France coloniale) et nous avons connu notre révolte en octobre 1988. Il existe actuellement un grand amalgame : l’Algérie n’est pas la Tunisie. C’est vrai, nous avons besoin d’une révolution, mais d’un autre genre : une révolution intellectuelle, une révolution de travail, de sérieux, d’honnêteté, de responsabilité. « Nous ne sommes pas assez bêtes pour demander le départ de Bouteflika », par Sidali Il serait absurde de comparer les événements de Tunisie et d’Egypte à l’Algérie. Nous avons déjà payé cher de tels mouvements de révolte et je ne pense pas que le pays soit prêt à revenir vingt ans en arrière. Le problème de l’Algérie est celui d’un système qui ne répond pas à l’aspiration d’un peuple malgré les milliards de dollars qui gisent dans ses caisses. Nous ne sommes pas assez bêtes pour demander le départ de Bouteflika car personne ne pourrait le remplacer pour le moment. L’opposition n’existe pas. Je souhaite que le président soit assez intelligent pour entamer dès maintenant une vraie transition pacifique. Ses récentes démarches, comme la levée de l’état d’urgence, vont dans ce sens. A mon avis, Bouteflika a bien analysé la crise qui secoue nos deux voisins. Il n’est pas lié personnellement à la corruption comme ce fut le cas de Ben Ali et de plus il a fait sortir le pays des années noires. Internet et la presse sont libres en Algérie, la liberté d’expression dans la société existe. Le point en suspens, c’est la jeunesse. « Le pays a connu une décennie de l’horreur », par Yac B. Malgré l’appel à la marche du 12 février et le début de grève de certains secteurs (notamment les paramédicaux), je doute que l’Algérie sombre dans une spirale révolutionnaire. Tout d’abord, la grogne populaire n’est pas orienté contre Bouteflika. Dans sa grande majorité, le peuple l’apprécie ou est conscient qu’il n’est qu’un pantin placé par la junte militaire. Il cristallise moins de mécontentement que ses voisins et, en dehors des grandes villes, il est même populaire. Ensuite, le système algérien possède une grande expérience de la répression. Il s’est équipé des toutes dernières technologies en terme de surveillance. Il lui est facile d’identifier les leaders et de rapidement les museler. Enfin, l’Algérie exporte du pétrole et du gaz. Son importance est capitale pour l’Europe. Si on laisse la junte birmane réprimer son peuple, pourquoi l’Europe prendrait un risque d’approvisionnement en laissant l’Algérie basculer vers l’inconnu ? Certes, les Algériens sont fatigués de la corruption, de la chèreté de la vie, du manque d’emplois et de logements. Mais le pays a connu une décennie de l’horreur, et beaucoup restent traumatisés par cette période et ne veulent plus la revivre. Je rêve d’une Algérie démocratique mais notre salut viendra le jour où notre élite dirigeante rendra l’âme. Cette génération a pris le pouvoir par les armes et ne le rendra qu’à sa disparition. En 1988 ils ont tiré sans hésiter, pourquoi cela serait différent aujourd’hui ? Risques de violence, par M. E. Je crains que cette marche ne tourne à l’émeute et au pillage, comme toujours. La majorité de la jeunesse algérienne ne sait rien des raisons de cette marche. Elle veut juste faire connaître son malaise et son insécurité face à l’avenir. Elle s’y prendra certainement de manière violente parce que c’est le seul langage qu’elle ait appris. Un langage hérité de ses parents, de ses instituteurs et des autorités. J’estime que les mesures annoncées par le gouvernement ne sont pas suffisantes, mais c’est un bon début. C’est trop facile de tout mettre sur le dos de l’Etat alors qu’on ne fait aucun effort réel pour s’en sortir. Nous sommes un peuple d’assistés qui devrait apprendre à travailler honnêtement au lieu d’attendre le gain facile (corruption, drogue, vol…). Quand je vois comment les médecins ou les infirmiers traitent les patients, je ne comprends pas qu’ils se plaignent d’être méprisés par l’Etat. Les enseignants font de même avec les élèves et les étudiants. Sans parler de l’absentéisme non justifié. Ils ne méritent pas la moitié de leur salaire actuel et font des grèves pour être augmentés. Source: “Le Monde.fr” Le 11-02-2011 Lien:http://www.lemonde.fr/afrique/article_interactif/2011/02/11/en-algerie-nous-avons-besoin-d-une-revolution-mais-d-un-autre-genre_1477062_3212.html

Tunisians celebrate Mubarak departure, Algeria braces for contagion


A large crowd of Tunisians descended on central Tunis Friday evening to celebrate the news that Egyptian president Hosni Mubarak had resigned. Waving Tunisian and Egyptian flags, jubilant residents headed for Avenue Habib Bourguiba, where four weeks ago protesters had celebrated the news that their longtime leader Zine el-Abidine Ben Ali had stepped down. The success of the protesters in ousting Ben Ali from power has inspired people across the Arab world to agitate for democracy. ‘One, two, three, vive (long live) l’Algerie,’ some of the crowd chanted, referring to Tunisia’s neighbour to the west, where a major pro-democracy demonstration has been announced for Saturday despite officially being banned. Across the city, motorists celebrated the dismantling of a second repressive Arab regime with the cacophonous blowing of their horns. Smaller towns and cities also saw scenes of celebration. Tunisia’s transitional unity government had yet to comment on the development. Authorities in Algeria, where police have been mobilising in large numbers ahead of marches planned Saturday in the capital Algiers and the second city of Oran, were also quiet. Opposition groups in Algeria are protesting the curtailment of civil liberties under a 19-year-old state of emergency, as well as high levels of unemployment and inequality. Many ordinary Algerians applauded Mubarak’s departure. A middle-aged healthcare worker in Algiers, who was on his way home from the shops, told the German Press Agency dpa, the news was ‘positive both for Egypt and Algeria.’ ‘It will encourage the struggle for change here and give our leaders, who continue to ban demonstrations, something to think about,’ the man said. Source: “Sify News” Le 11-02-2011 Lien:http://www.sify.com/news/tunisians-celebrate-mubarak-departure-algeria-braces-for-contagion-news-international-lcmaOdgedfe.html


AFP, le 10 février 2011 à 23h27 GMT

Egypte/Tunisie: Guigou regrette qu’on n’ait « pas entendu l’Europe »


PARIS, 10 Fev 2011 (AFP) – La députée socialiste française (opposition)  Elisabeth Guigou a regretté jeudi soir que face à la « lame de fond » dans la région du Sud-est méditerranéen, « on n’ait pas entendu l’Europe », et qu’il n’y ait pas eu un « Conseil européen spécialement dédié » aux événements en Tunisie et en Egypte. En Egypte, « la réponse de l’actuel gouvernement et du président n’est pas à la hauteur de la situation. Je déplore que, dans cette affaire, on n’ait pas entendu l’Europe. On a entendu les Etats-Unis », a-t-elle déploré au siège de son parti (PS). « En réalité, c’est une lame de fond dans cette région », a-t-elle ajouté, évoquant la révolte de « peuples en majorité éduqués (…) et qui n’acceptent plus d’être maintenus dans des dictatures qui durent depuis des décennies ». « Il y a quelque chose de très profond qui pourrait nous amener à réviser très profondément notre stratégie, notre politique étrangère », a estimé la dirigeante du PS, ancienne ministre. Par ailleurs, Mme Guigou n’a pas compris pourquoi on ne prévoit pas de « Conseil européen spécial des chefs d’état et de gouvernement pour définir une nouvelle stratégie vis-à-vis de ces pays du Sud et de l’Est méditerranéen ». Alors qu’il y a eu un Conseil européen réuni vendredi sur « d’autres sujets », « on aurait attendu -en d’autres temps, on l’aurait eue- une proposition d’un Conseil spécialement dédié à ces événements ». « Je pense que les peuples de cette région attendent de l’Europe autre chose que de l’inertie et du silence », a conclu Mme Guigou.
 

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13 juin 2005

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