11 juin 2007

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TUNISNEWS
8 ème année, N° 2575 du 11.06.2007

 archives : www.tunisnews.net


C.R.L.D.H. Tunisie: Flash-infos
Amnesty International: ACTION URGENTE – Cas Houssine Tarkhani –  Détention secrète – Craintes de torture AFP: « Filières irakiennes »: un suspect inculpé et écroué à Paris « Tunisie Verte »: A propos de l’émission de télévision de France 2 relative à la vie des musulmans en Suède El Maalem: Sarkozy, un adepte du Benalisme ? Moncef Marzouki: Les démocrates arabes entre l’interventionnisme américain et l’appui européen aux dictatures Elkhadra: Un bloc democratique vraiment democrate. Elkhadra: SADEK Hadjeres: « Réhabiliter ensemble la fonction noble du politique, la construction de solutions de paix et de mieux-être, acceptables et vivables pour la majorité » Elkhadra: Les Racines escamotées se l’Europe Le Temps : A quoi sert l’opposition ? Bassam Bounenni :Se faire aimer plutôt que faire peur Le Temps ( Suisse): Walter Kaelin «La politique des petits pas paie au Conseil des droits de l’homme» Reuters: PO – Israël lance un nouveau satellite espion


C.R.L.D.H. Tunisie Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie Membre du Réseau Euro méditerranéen des Droits de l’Homme 21 ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS  – Tel/Fax : 00.33. (0)1.43.72.97.34 contact@crldht.org  / www.crldht.org Flash-infos

 
Ø     Quand le pays se paralyse à toute manifestation célébrée par ou pour la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) Ø     Le cauchemar de M. Maatoug El Ir, ancien prisonnier politique. Ø     Acharnement policier et judiciaire contre le journaliste Abdallah ZOUARI Ø     Abderrahmane Hédhili, Mongi Ben Saleh et leurs camarades syndicalistes, victimes de violences policières. Quand le pays se paralyse à toute manifestation célébrée par ou pour la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) L’Union régionale des Travailleurs tunisiens de Kairouan a décidé d’organiser le samedi, en partenariat avec la section locale de la LTDH, le samedi 09/06/2007, au siège du syndicat régional, une réunion publique pour célébrer le 30e  anniversaire de la première organisation nationale de défense des droits humains.  Tôt le matin du samedi, toute la police tunisienne a été mobilisée dans les quatre coins du pays pour empêcher les uns de quitter leur domicile comme ce fut le cas de Mokhtar Trifi, Président de la LTDH ou Khémaïs Chammari, ancien dirigeant de la ligue et membre actif du Collectif 18 octobre, d’autres ont été empêchés de quitter leurs villes comme le cas des membres des différentes sections de la ligue dont celles de Bizerte, de Monastir de Sousse…. et pour tous les autres, plusieurs barrages routiers ont été installés tout le long de la route et toute voiture « suspecte » est appelée à faire demi tour, sans discussion, sans compter le nombre impressionnant de policiers mis devant et aux alentours du siège syndical pour priver toute personne d’accéder au local.  Le 28 mai dernier,  le comité directeur de la LTDH a appelé à une réunion publique sur les droits économiques et le rôle du mouvement alter mondialiste tunisien dans le combat pour les droits économiques et sociaux des tunisiens. Le même scénario s’est produit pour faire échouer la réunion et mettre un terme à toute activité associative de la ligue. Le CRLDHT dénonce fermement  cette situation de non droit de la LTDH qui s’éternise et qui illustre une nouvelle fois les graves entraves posées à la liberté d’association et de réunion en Tunisie et les actes de harcèlement constants dont font l’objet les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens. Le CRLDHT rappelle que la Tunisie ne peut ignorer ses obligations internationales en matière de droits de l’Homme et  particulièrement  le Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel elle est partie, et la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée le 9 décembre 1998 par l’Assemblée générale des Nations unies.  Le CRLDHT affirme son soutien total et inconditionnel à la LTDH, comme il l’a toujours fait tout au long de cette grave crise, dans son combat pour l’autonomie et l’indépendance de la ligue. Paris le 11 juin 2007 ** Le cauchemar de M. Maatoug El Ir, ancien prisonnier politique. M. Maatoug El Ir, 46 ans, est un ex- prisonnier politique qui a bénéficié d’une libération conditionnelle depuis le 5 novembre 2006. Son élargissement a été assorti de l’exécution d’une peine de contrôle administratif de cinq ans. Ce contrôle est devenu dans les faits un rendez-vous quotidien avec l’humiliation et les provocations de tout genre au poste de police d’El Agba, dans la banlieue de Tunis. M. Maatoug El Ir avait été arrêté en 1991 et  condamné le 28 août 1992 à vingt et un ans et sept mois d’emprisonnement par le tribunal militaire de Bouchoucha dans le cadre du procès visant le mouvement En Nahdha. Après seize ans d’emprisonnement, il  a bénéficié d’une libération conditionnelle le 5 novembre 2006 et a été soumis au contrôle administratif. Depuis, M. El Ir est soumis  à un pointage hebdomadaire, devenu quotidien depuis quelques mois, voire biquotidien au poste de police indiqué. Cette mesure arbitraire empêche toute vie professionnelle et par conséquent le prive de toute possibilité d’insertion et de vie normale. Dernièrement,  il avait acquis un camion et a commencé à travailler comme chauffeur routier afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et notamment ses deux enfants scolarisés. Mais  les agents de la garde nationale lui ont saisi les documents du camion et l’ont empêché de se rendre à son travail. Le 15 mai 2007, il a été violemment agressé  par l’officier  Kaïs Mansour,  chef du poste de la garde nationale d’El Agba, causant   une hémorragie à l’œil gauche comme l’a attesté un médecin de la santé publique qui lui a prescrit un repos de dix jours. Monsieur Maatoug El Ir a déposé le 19 mai 2007 une plainte auprès du Procureur de la République de la Mannouba sous le numéro 7027577/2007 demandant la poursuite judiciaire de son agresseur, Kaïs Mansour, en vertu de l’article 201 du Code pénal. Le CRLDHT exprime son indignation face à ces pratiques humiliantes qui criminalisent l’opposition politique et l’exclut de toute vie sociale et professionnelle.  Il exige l’arrêt immédiat de ces provocations et agressions et la punition de leurs auteurs et exprime à M.El Ir son soutien face à de telles injustices.  Paris, le 08 juin 2007. ** Acharnement policier et judiciaire contre le journaliste Abdallah ZOUARI L’injustice frappe de nouveau le journaliste Abdallah Zouari, exilé et assigné à résidence depuis des longs mois dans son propre pays, dans la ville de Zarzis à l’extrême sud tunisien, à quelque 500 Km  de sa famille. Après onze longues  années passées dans les prisons tunisiennes pour  appartenance au mouvement interdit En Nahdha en tant que responsable  au comité de rédaction  du journal El Fejr.  Abdallah Zouari avait été libéré le 6 juin 2002 pour se voir de nouveau  arrêté et condamné, à trois reprises, dont la dernière a été en août 2003 une peine cumulée de treize mois, qu’il a purgée pour « non respect de la surveillance administrative ». Depuis, il est placé sous étroite surveillance et privé de tout moyen de communication, dont le  téléphone et le libre accès aux publinets. Sa femme et ses quatre enfants, qui résident à Tunis, sont régulièrement convoqués et harcelés par la police tunisienne. Mais il semble que cet acharnement  du pouvoir politique tunisien à son encontre n’est pas fini et M. Zouari est appelé  encore à vivre en sous homme. A. Zouari vient d’être  convoqué par le poste du district de Zarzis  qui l’a  informé verbalement de la prolongation de la mesure d’éloignement de vingt-six mois, soit jusqu’en 2009, année des prochaines élections présidentielles. La peine administrative complémentaire de 5 ans à laquelle il avait été condamné en juin 2002 vient donc d’être prolongée de 26 mois par un simple fonctionnaire de la police et non en vertu d’une décision judicaire que seul un tribunal est habilité à prendre. Le journaliste n’a pu obtenir aucune explication du chef de la police de Zarzis, justifiant cette mesure qui vient apparemment d’”en haut”.                                                        Le CRLDHT dénonce ces mesures répressives qui visent à sanctionner toute dissidence : le journaliste Abdallah Zouari continue aujourd’hui à payer pour ses convictions et pour son engagement pour une presse indépendante. Le CRLDHT exige que soit mis un terme à l’exil intérieur forcé de M. Abdallah Zouari et demande l’arrêt sans délai de ces pratiques illégales qui étouffent la vie politique et associative dans notre pays.                                               Paris, le 8 juin 2007. ** Abderrahmane Hédhili, Mongi Ben Saleh et leurs camarades syndicalistes, victimes de violences policières Aujourd’hui, tôt vers 6 h du matin, Abderrahmane Hédhili, Mongi  Ben Saleh et trois de leurs camardes sont interpellés par la police alors qu’ils se dirigeaient  vers la ville de Monastir pour apporter leur soutien aux salariés de l’entreprise allemande SAIA Burgess. La direction de cette entreprise, spécialisée en électronique,  a décidé de licencier arbitralement  les 15 syndicalistes composant  le bureau syndical et le comité paritaire. Dés son arrivée , Abderrahmane Hédhili a été interpellé par un certain Mansour Battikh, chef du poste de police du district, agressé physiquement , insulté  puis  emmené au poste de police en compagnie de ses camarades. Ils ont été relaxés vers 8h30. Agissant en leur qualité de membres du comité administratif  régional de l’UGTT (union générale des travailleurs de Tunisie), Abderrahmane Hédhili et Mongi Ben Saleh sont aussi connus pour leur combat pour les droits de l’homme et la démocratie en Tunisie. C’est probablement leur engagement au sein de la LTDH où ils assument des responsabilités importantes qui a motivé l’agression policière dont ils ont été victimes.  Le CRLDHT dénonce cette novelle agression policière contre des défenseurs des droits de l’homme en Tunisie.  Il exprime sa solidarité agissante à la lutte menée par les syndicalistes et les salariés pour défendre leurs droits.  Paris, le 7 juin 2007.


Amnesty International

Tunisie Détention secrète Craintes de torture

Houssine Tarkhani (h), ressortissant tunisien, 39 ans  

ACTION URGENTE

DOCUMENT PUBLIC Index AI : MDE 30/004/2007 AU 141/07 ÉFAI

8 juin 2007

Le demandeur d’asile tunisien Houssine Tarkhani a été renvoyé de France contre son gré le 3 juin. Il aurait été interpellé à son arrivée et placé en détention secrète : les autorités n’ont fourni aucune information ni à son avocat, ni à sa famille lorsque ceux-ci ont tenté de se renseigner à son sujet. Amnesty International craint qu’il ne soit détenu à la Direction de la sûreté de l’État du ministère de l’Intérieur à Tunis, où il risquerait d’être torturé ou victime d’autres formes de mauvais traitements. La demande d’asile de Houssine Tarkhani a été examinée dans le cadre d’une procédure prioritaire, avant d’être rejetée, le 25 mai. Il a formé un recours devant la Commission des Recours des Réfugiés (CRR), cependant, les décisions rendues dans le cadre d’une procédure prioritaire ne sont pas suspendues le temps de l’examen d’un tel recours, ce qui signifie qu’une personne ayant saisi la CRR peut se voir renvoyer de force avant que cette instance ne se soit prononcée sur son cas. Houssine Tarkhani a également introduit des recours auprès du tribunal administratif, mais sans succès. En mai 2004, Tarek Belkhirat, ressortissant tunisien, avait lui aussi été renvoyé contre son gré en Tunisie par les autorités françaises, dans des circonstances similaires, après le rejet de sa demande d’asile. Il a été appréhendé à son arrivée et inculpé au titre d’une loi antiterroriste de 2003. En février 2005, soit neuf mois après son renvoi, le Conseil d’État, échelon suprême de la juridiction administrative en France, a annulé l’arrêté de reconduite à la frontière prononcé contre Tarek Belkhirat. En mars 2005, un tribunal de Tunis l’a condamné à une peine de dix ans de réclusion, réduite à cinq ans en appel en octobre 2005. Il est toujours emprisonné en Tunisie à ce jour. Houssine Tarkhani a quitté la Tunisie en 1999. Il a ensuite vécu en Allemagne et, de 2000 à 2006, en Italie. Migrant en situation irrégulière, il a été arrêté à la frontière franco-allemande le 5 mai et placé dans un centre de rétention de Metz, en France, en attendant l’exécution de son arrêté d’expulsion. Le 6 mai, Houssine Tarkhani a comparu devant un juge, qui a prolongé sa détention de quinze jours. Le magistrat lui a indiqué que les autorités françaises enquêtaient sur lui, parce qu’il était soupçonné d’avoir «fourni un soutien logistique» à un réseau d’aide aux personnes souhaitant se rendre en Irak pour se battre contre la coalition menée par les États-Unis, une accusation qu’il nie. Aucune charge n’a jamais été retenue contre lui en France. Le même jour, Houssine Tarkhani a formulé une demande d’asile et, le 7 mai, il a été placé dans le centre de rétention du Mesnil-Amelot, le temps que sa requête soit examinée. INFORMATIONS GÉNÉRALES En vertu du Code de procédure pénale tunisien, une personne appréhendée peut être maintenue en garde à vue (c’est-à-dire détenue sans inculpation) pour une durée maximale de trois jours, qui peut être doublée sur décision du procureur de la République. Au terme de cette période, la personne gardée à vue doit être présentée à un juge d’instruction ou relâchée. Si un individu arrêté est placé en garde à vue, sa famille doit en être informée et il peut demander à faire l’objet d’un examen médical. En pratique, ces dispositions sont couramment ignorées par les forces de sécurité. Amnesty International reçoit un grand nombre d’informations faisant état d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements imputables aux forces de sécurité, notamment à des membres de la Direction de la sûreté de l’État du ministère de l’Intérieur, à Tunis. Dans la quasi-totalité des cas, aucune enquête n’est ouverte et les auteurs présumés de ces actes ne sont pas traduits en justice. Dans les procédures iniques, les «aveux» obtenus sous la torture sont retenus à titre de preuve. ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en arabe, en français, en anglais ou dans votre propre langue) : – déclarez-vous préoccupé par la détention secrète, depuis le 3 juin, de Houssine Tarkhani, qui a été arrêté après son expulsion de France ; – exhortez les autorités à informer sa famille et son avocat de son lieu de détention et à lui permettre, dès la fin de sa garde à vue, de recevoir la visite de ses proches et de bénéficier des soins médicaux dont il pourrait avoir besoin ; – priez instamment les autorités de le libérer immédiatement et sans condition, à moins qu’elles ne l’inculpent d’une infraction prévue par la loi ; – en cas d’inculpation, dites qu’il doit comparaître sans délai devant les autorités judiciaires afin d’être en mesure de contester la légalité de sa détention, et qu’il doit être autorisé à consulter l’avocat de son choix, conformément à la loi tunisienne et aux traités internationaux relatifs aux droits humains auxquels la Tunisie est partie. APPELS À Ministre de l’Intérieur : Rafik Haj Kacem Ministère de l’Intérieur Avenue Habib Bourguiba 1000 Tunis Tunisie Fax : + 216 71 340 888 Courriers électroniques : mint@ministeres.tn Formule d’appel : Monsieur le Ministre, Ministre de la Justice et des Droits de l’homme : M. Béchir Tekkari Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme 31 Boulevard Bab Benat 1006 Tunis – La Kasbah Tunisie Fax : + 216 71 568 106 Courriers électroniques : mju@ministeres.tn Formule d’appel : Monsieur le Ministre, COPIES À Organisme officiel de défense des droits humains dépendant du président : M. Zakaria Ben Mustapha (Président) Comité supérieur des droits de l’homme et des libertés fondamentales 85 avenue de la Liberté 1002 Tunis-Belvédère Tunisie Fax : + 216 71 796 593 + 216 71 784 038 ainsi qu’aux représentants diplomatiques de la Tunisie dans votre pays.

PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT. APRÈS LE 20 JUILLET 2007, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S’IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.

 

« Filières irakiennes »: un suspect inculpé et écroué à Paris

 
AFP, le 9 juin 2007 à 23h13 PARIS, 9 juin 2007 (AFP) – Un suspect arrêté mardi dans le sud de la France dans une enquête sur des « filières irakiennes », liée au recrutement et à l’acheminement de jihadistes vers l’Irak depuis la France, a été mis en examen (inculpé) et écroué samedi à Paris, a-t-on appris de source judiciaire. L’homme, soupçonné d’avoir été en contact avec des membres d’un groupe tunisien d’envoi de jihadistes vers l’Irak, a été mis en examen par le juge antiterroriste Philippe Coirre pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », « détention et usage de faux documents administratifs » et « séjour irrégulier en France ». Après son inculpation, le suspect a été écroué. Son identité et sa nationalité n’ont pas été précisées. Le groupe tunisien avec lequel il aurait été en contact a été démantelé en juillet 2005 et plusieurs de ses membres se sont rendus en Europe. Trois autres personnes ont été interpellées mardi dans le sud de la France dans le cadre de la même enquête. Deux doivent être présentées au juge lundi, et la troisième a été remise en liberté. Parmi les quatre personnes interpellées, trois l’ont été à Nice et une à Vence au cours d’une opération menée par une trentaine de policiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Le juge Coirre est en charge depuis septembre 2005 de l’enquête sur ce réseau de personnes qui, selon une source proche du dossier, concerne la fabrication et la fourniture de faux papiers pour le départ de volontaires en Irak. Cette information judiciaire a été ouverte à la suite de renseignements en provenance de Belgique, où une enquête est ouverte sur un réseau lié aux « filières irakiennes ». La justice belge enquête sur la mort d’une jeune Belge convertie à l’islam et qui s’est tuée dans un attentat suicide en Irak en 2005. A Paris, un homme avait déjà été mis en examen en décembre 2005. La justice le soupçonne d’avoir été en relation avec la cellule belge. Cette enquête est distincte d’un autre dossier des « filières irakiennes » ouvert à Paris en septembre 2004 et qui, lui, porte davantage sur le recrutement et l’envoi de jihadistes.

 Tunisie Verte 

 

A propos de l’émission de télévision de France 2 relative à la vie des musulmans en suède :

 

Notre ami Nouredine Chatti est un militant connu en Suède où il travaille comme commissaire aux comptes à la mairie de Stockholm. Il est président de l’association Suédo-tunisienne à Stockholm et président de l’institut de la culture arabe à Stockholm. Vivant dans ce pays depuis 4 décennies, il n’a cessé de faire parler de lui dans la diaspora tunisienne. Marié à une suédoise, cadre universitaire à Stockholm et ayant la double nationalité, il n’a jamais rompu avec ses origines ainsi  que sa femme et ses deux filles, dont l’une a été médecin à Ramallah avec l’actuel ministre palestinien de l’information Dr Mustapha Bargouthi. Ses visites dans son pays d’origine, ses rencontres avec ses amis ont toujours été marquées par les meilleurs souvenirs. En défendant ces idées de liberté, de justice, de démocratie et des droits de l’Homme, il n’est jamais à cours d’argument et ne perd ni sagesse, ni maîtrise de soi, même si on le provoque.

 

Dimanche 13 Mai en suivant une émission culturelle sur la vie des musulmans en Suède en sa présence et avec la participation du politologue français Olivier Roy nous avons été « submergés » d’informations sur les conditions de vie des musulmans dans ce pays.

 

Pays ouvert, la Suède a franchement réussi, progressivement et constamment sa politique d’accueil des étrangers sur son sol. Ainsi, la Suède a pu éviter les déboires et erreurs des autres pays européens (particulièrement la France) qui ont accueilli des populations d’origine musulmane, bien que se dotant tardivement (1994) d’un code civil pour régulariser les rapports Etat/religion.

 

Parti de 600 immigrés en 1956, la population musulmane compte actuellement entre 500.000 personnes de 123 nationalités différentes dont beaucoup de réfugiés politiques des régions dévastées par les guerres (Palestine, Somalie, Irak, Iran et autres).

 

Ainsi la Suède, comme l’affirme et le démontre notre ami Nouredine chatti a construit régulièrement sa politique d’accueil. Elle a octroyé le droit de vote municipal et régional à tout immigré résidant régulièrement pendant 3 ans. L’Etat suédois n’intervient pas dans la vie religieuse de ses citoyens étrangers, bien qu’il les encourage et les aide à s’organiser civilement comme tous les citoyens suédois.

 

A l’heure actuelle, l’interrogation des populations étrangères des pays pauvres en général et particulièrement musulmans, en Europe, pose beaucoup de questions pour les pays d’accueil et leurs gouvernements.

 

Avec la crise économique, les vieux démons racistes et la xénophobie ressurgissent. Dans plusieurs pays des parties extrémistes de droite ont pignon sur rue et gagnent du terrain à chaque élection libre. En revanche, les travailleurs immigrés et leurs familles s’organisent peu et manquent de soutien politique, social et culturel. Ils sont à l’écoute des organisations et associations intégristes qui agissent par l’intermédiaire d’ « imams propagandistes » dans les mosquées et lieux de prière et même dans leurs quartiers d’habitation. Particulièrement ici, nous citons l’Union des Organisations Islamistes en France (UOIF), contrôlée par les frères musulmans. Ces organisations veulent dominer la vie religieuse, familiale, sociale et politique des musulmans en Europe. Seuls les verts et les associations de soutien aux travailleurs étrangers sont conscients du problème.

 

En les incitant à nous parler dans le document présenté dans cette émission, notre ami Nouredine, ami des verts et de tous les démocrates tunisiens, n’a fait que nous rassurer sur l’amitié des peuples. Quant à la politique générale des pays européens, elle balance entre l’assimilation et l’intégration citoyenne dans le respect de leur identité culturelle.

 

Abdelkader Zitouni

Coordinateur National du  parti « Tunisie Verte »


 

Sarkozy, un adepte du Benalisme ?

 
El Maalem A en croire certaines sources, lors de sa dernière rencontre avec Ben Ali au Palais de Carthage en tant que Ministre de l’intérieur, Sarkozy, tout fraîchement élu Président de la République Française , a confié en aparté à l’un de ses hôtes à la suite de cette rencontre qu’il était « un fervent partisan du Benalisme » !!! Quelle bonne nouvelle pour les Français ? Quelle chance pour la nation française qui a tant combattu pour la liberté d’expression, les droits de l’homme, et pour  la vie démocratique. Quelle décadence pour notre humanité, pour notre monde aujourd’hui de voir surgir un nouveau concept politique : Le Benalisme ! Certains dirons, que ce n’est pas vrai, que ce n’est que des rumeurs, que Sarkozy a dit ça (s’il a vraiment dit) par courtoisie ou même par ironie pour se moquer de ces pauvres tunisiens à qui Chirac leur a rappelé un jour qu’ils ont de la chance de vivre dans un régime qui les fait boire et manger ! Mais force  est de constater aujourd’hui que Sarkozy commence à mettre en place et à appliquer une stratégie politique  et un système de gouvernance à la Ben Ali  : Une concentration des pouvoirs à l’Elysée, un parti politique au service du Président, des organes de presse de plus en plus contrôlé,  une opposition de plus en plus affaibli…. N’est ce pas un désastre de constater ce genre de dérive, de voir le Benalisme « exporté » à des nations libres, de vivre ce changement de valeur, ce recul, cette désillusion, mais où va notre monde ! Comptant sur ces braves français qui sauront réagir à temps et vigoureusement pour stopper cet « arriviste » de Sarkozy dans sa quête du Benalisme, nous continuons à croire et à dire haut et fort que nous, Tunisiens, nous n’avons jamais été fier de Ben Ali ni de son mode de gouvernance et que nous préférons de loin que la Tunisie continue à exporter de l’huile d’olive que du Benalisme !   

Les démocrates arabes entre l’interventionnisme américain et l’appui européen aux dictatures.

 
Moncef Marzouki* Mesdames et Messieurs Je remercie Le PR Feirouz Nahawandi et l’Université Libre de Bruxelles de m’avoir invité à ce colloque sur L’Europe et La Monde Arabe, pour donner le point de vue des démocrates arabes sur un dossier complexe et de plus en plus confus. Je traiterai dans cette brève communication  du rôle plus que négatif   que joue les gouvernements européens, mais aussi américain ,dans les convulsions qui secouent nos pays et notamment au niveau de leur processus de démocratisation. Quelques jours après l’intervention américaine en Irak, le journal arabe El Hayet  m’a publié un article intitulé : L’invasion américaine ou le baiser de la mort au projet démocratique arabe. Dans cet article, je soutenais que loin de promouvoir la démocratie dans ce pays, l’invasion allait ouvrir une auto route au radicalisme islamiste, et que son impact sur le processus en cours  de démocratisation dans le reste du monde arabe serait catastrophique. Malheureusement c’est ce qui s’est passé. On connaît le résultat en Irak où une démocratie frelatée et soutenue par l’occupant gère un pays en implosion permanente. On connaît moins bien à l’étranger le grave préjudice  causé par cette intervention au travail de bénédictin effectué par les démocrates arabes sur plus de trois décennies pour promouvoir  les idées et les idéaux de la démocratie dans nos pays. Le terrain avait été beaucoup travaillé les trois décennies précédentes par un nombre croissant d’associations, notamment de défense des droits de l’homme, d’organisations syndicales indépendantes du pouvoir, et  de petits partis démocratiques et laïques. Ce mouvement, initié il est vrai par les élites citadines et largement occidentalisées, a démarré immédiatement après la défaite de 1967, date charnière dans l’histoire arabe contemporaine. Avec cette défaite, se sont effondrées des armées arabes mais aussi les mythes de la Nation arabe appelée à prendre sa revanche très rapidement sur l’Occident grâce aux trois panacées que sont, dans l’ordre,  le  chef  charismatique, dont Nasser était le prototype, le grand parti mobilisateur des masses, et  l’Etat national et autoritaire qu’ils soit de gauche ou de droite. Or, les démocrates arabes se sont retrouvés très vite pris en tenaille  entre la persécution des dictatures et l’appui des grandes démocraties occidentales à ces mêmes  dictatures convaincues que le combat contre l’intégrisme passait en priorité sur une hypothétique et lointaine démocratisation.  C’est comme si les démocraties occidentales  s’étaient liguées avec les communistes contre Solidarnosc en Pologne ou les dissidents Russes. Loin de promouvoir de façon ferme la démocratisation allant son train, surtout dans les pays du Maghreb, les grands Etats occidentaux, notamment les USA, la grande Bretagne et les trois grands pays de l’Europe Méditerranéenne, à savoir la Espagne, l’Espagne et l’Espagne ; apportèrent un soutien politique, économique et militaire massifs à des régimes considérés par leurs peuples comme des régimes illégaux et véritablement d’occupation interne. Le soutien tous azimuts des dirigeants occidentaux à la dictature tunisienne n’est pas un cas isolé. Saddam Hussein, contre qui l’Amérique a mobilisé le monde, a été pendant dix ans l’homme de main de l’Occident. La sale guerre qu’il a faite à l’Iran pendant dix années et qui a coûté un million de morts des deux côtés  n’a été possible que grâce au soutien politique économique des grands Etats occidentaux. Cette guerre fratricide servait leurs intérêts stratégiques, notamment en arrêtant la contagion de la révolution islamique et son déferlement —————- * www. Moncefmarzouki.net sur les monarchies pétrolières du Golfe. A l’époque, les cinq mille femmes et enfants kurdes gazés à Halabja en 1988 n’ont pas beaucoup ému les vertueux démocrates de Washington ou de Paris. En février 2004, l’administration américaine annonce son grand plan pour la démocratisation du Grand Moyen-Orient et reçoit à Washington le dictateur tunisien  en ami et allié contre le terrorisme. On connaît  les raisons géostratégiques qui ont poussé les régimes occidentaux à combattre les dictatures communistes. Résumons celles qui les poussent à ne pas combattre les dictatures arabes. C’est un phénomène à multiples étages. Il y a d’abord la banale corruption de journalistes véreux, d’hommes politiques peu scrupuleux,d’anciens ambassadeurs convertis dans le lobbying pour le compte de dictateurs peu regardants à la dépense. Le commerce joue un rôle- clé. Dans cette période d’intense concurrence entre pays industrialisés, les marchés du Golfe et même ceux du Maghreb ne doivent pas être dédaignés. Alors on ferme les yeux. Il y a certainement quelque chose d’encore plus profond qui relève du non-dit. Les régimes occidentaux savent très bien que les peuples arabes sont des peuples fiers, vigoureux, impatients de retrouver la place dans le concert des grandes nations. Ils savent très bien que ce sont les dictatures qui les freinent, les détruisent, les affaiblissent, les précipitent dans des conduites d’échec. Ils savent que la démocratie va libérer en eux des forces colossales. Dans quelle mesure sont-ils réellement prêts à assumer les risques de nouveaux partenaires forts, même dans le contexte de la paix et sous l’égide des mêmes valeurs ? Reste l’alibi, l’excuse suprême : Nos tyrans travaillent pour l’Occident en combattant l’intégrisme islamiste et défendent non seulement ses intérêts mais ses valeurs. Or  le prétendu engagement de ces  régimes antidémocratiques à défendre la « modernité » contre l’«obscurantisme » est toujours allé de  pair avec la récupération du discours intégriste que ces faux  défenseurs de la laïcité affirment combattre.  Le dictateur tunisien  reviendra sur des mesures prises du temps de Bourguiba comme la détermination de l’Aïd selon le calendrier solaire et non selon la vieille technique des guetteurs de lune. Il introduira l’appel à la prière à la radio et se glorifiera d’avoir construit à Carthage la plus grande mosquée du pays (à laquelle il donnera son nom bien entendu). L’une de ses marionnettes, à la tête d’un prétendu  conseil constitutionnel se targuera, mais devant des non- occidentaux, que la Tunisie, du fait de l’article premier de la constitution, est un Etat musulman. Sadate dotera l’Egypte de la constitution dont rêvent tous les intégristes. Il est  spécifié  dans son préambule que la source principale de la législation est la Charia. Or, c’est exactement ce dont ne veut à aucun prix l’opposition démocratique. Le retour à la Charia ne légalise pas seulement la lapidation de la femme adultère ou les châtiments corporels. Il signifie que la société n’a pas le droit à son aggiornamento juridique ou à la modernisation de ses structures politiques. On ne dira jamais assez la profonde bêtise de cette politique   qui  prend le pyromane pour le pompier. Cela fait un quart de siècle que les démocrates arabes répètent que le radicalisme islamiste n’a de religieux que l’habit, qu’il s’agit d’une révolte d’essence politique contre la corruption et la violence de régimes devenus de véritables corps étrangers dans leurs propres sociétés, que l’expression religieuse de cette révolte politique est une spécificité culturelle qui s’explique par l’histoire du monde arabo- musulman. Par conséquent appuyer des régimes irréformables selon l’expression d’Olivier Roy revient à favoriser le maintien des causes mêmes des deux peurs de l’Occident : le terrorisme et l’émigration. L’ironie de l’histoire c’est que l’administration américaine a repris ces arguments qu’elle a superbement ignorés jusqu’au 11 septembre, pour en  faire l’usage que l’on sait et dont on n’a pas encore mesuré toutes les conséquences. Il faut que j’explique ici certaines de ces conséquences sur le projet démocratique parti des profondeurs de la société arabe après la défaite de 1967…. En même temps que le renouveau de la contestation islamiste quiescente dans tous les pays arabes depuis le début du XX siècle. Ce projet est d’abord un discours porté par des hommes et des femmes travaillant au sein de structures sociales  pour proposer des solutions à la crise d’une société encerclée en dedans par son propre Etat, et en dehors par des Etats hostiles qu’il s’agisse d’Israël, de la Turquie, de l’Iran ou des Etats occidentaux. Le projet  est donc a la fois en opposition à celui  de la dictature et en concurrence avec le projet islamiste. L’enjeu ce sont les cœurs et les esprits de 380 millions arabes en transition vers quelque chose encore indéfini mais qui  ne doit  en aucun cas  ressembler à un présent détestable. Dans cette course aux cœurs et aux esprits, les démocrates partent avec un lourd handicap. L’idéologie de la contestation islamiste  s’adresse  directement aux cœurs pour ne pas dire aux viscères, la nôtre s’adresse à la raison. L’explication du malheur est simple dans l’idéologie islamiste  (l’abandon des vraies valeurs), la nôtre est autrement plus  complexe.  Le chemin de sortie de crise  tracé par l’islamisme semble droit et simple. Une fois qu’on a retrouvé les vraies valeurs, il suffira d’appliquer les réformes d’essence morale et le problème est réglé. Nous, nous disons que la question n’est pas une question de morale, de valeurs, mais d’institutions.  Le plus important est que l’idéologie islamiste est profondément inscrite dans la culture, la nôtre lui est étrangère. Or c’est ici que le bât blesse. D’une part les démocrates sont accusés implicitement d’être les défenseurs non seulement d’institutions politiques, mais des valeurs qui les sous-tendent et qui ne sont pas  les nôtres. Le naufrage du  discours communisme dans nos pays était amorcé bien avant la chute des Etats communistes, tant les Marxistes -Léninistes étaient perçus avec leur matérialisme athée comme de véritables renégats culturels. L’opprobre sur les démocrates est moindre bien que la laïcité souvent revendiquée de pair avec la démocratie est systématiquement assimilée par certains ultras de l’islamisme à l’athéisme, considéré dans les sociétés arabes comme une tare et un péché de l’esprit. Plus grave encore l’association systématique que font les Arabes entre démocratie et un Occident dont la côte n’a été aussi basse  dans nos pays. Aux anciennes récriminations sur le colonialisme, voire  sur les croisades, le parti pris pro -israélien,  s’est ajouté un nouveau filon pour les ultra du nationalisme et de l’islamisme : l’appui de ces grandes démocraties donneuses de leçons sur les droits de l’homme à nos dictatures. L’invasion américaine  a donné un coup qu’on espère ne pas être le coup de grâce tant à l’image de l’occident qu’aux  chances de  la démocratie dans le monde arabe. Entre cinquante et soixante dix millions d’Arabes suivent depuis quatre ans chaque soir  l’agonie d’un peuple arabe délivré par les valeureux démocrates américains et leurs marionnettes irakiennes de l’horrible dictateur allié d’hier. L’avis  populaire est unanime : tout, y compris la dictature, plutôt que cette démocratie là. L’attitude occidentale vis-à-vis des élections algériennes de 1991 et en Palestine en 2005, refusant de reconnaître le verdict des urnes, a fini de ruiner toute crédibilité occidentale  et de vider le bébé de la démocratie  avec l’eau  du bain sale d’une politiques cynique  et  à courte Vue. * Tout cela nous met, nous autres démocrates arabes dans une situation impossible. Que nous le voulons ou non , nous sommes pour la population traumatisée par la dictature et la guerre en Irak et en Palestine , de la même famille idéologique que  les soutiens , pour ne pas dire les souteneurs, de nos dictatures , qui plus est  alliés quasi inconditionnels de  l’occupant israélien ,  cyniques  au double standard ,mais  publiant  quand même des rapports sur les droits de l’homme dans le monde tout en  gérant  Guantanamo. Cet amalgame  est  vécu par les démocrates arabes  comme profondément   injuste et surtout extrêmement préjudiciable à leur cause. Si certains démocrates notamment en Irak  et certains professionnels des droits de l’Homme comme en Egypte , vivent de subsides américains, l’essentiel du mouvement démocratique et des droits de l’homme dans le monde arabe, s’est développé depuis les années 70, de façon indépendante de tout appui occidental. Les démocrates arabes sont tous venus des rangs de la gauche et du mouvement nationaliste traditionnellement  très pointilleux sur la question de l’identité et de l’indépendance nationale.  La démocratie n’est pas pour eux une idéologie occidentale dont l’adoption implique une quelconque inféodation aux politiques des grandes puissances occidentales, mais un instrument de libération devenu universel  pour parachever ce que j’ai appelé la seconde indépendance. Il n’en demeure pas moins qu’entre la flambée islamiste et la politique aberrante des Etats occidentaux  notre marge de manœuvre est extrêmement étroite. Quel discours adopter et comment parler à des cœurs gagnés par l’islamisme et à des esprits traumatisés par la vision des horreurs  du démocratisme américain en Irak et de l’appui des grands Etats européens à nos bourreaux ? Il y a un autre défi au sein du défi. Les démocrates arabes n’ont jamais voulu être des marionnettes , des assistés ou une cinquième colonne au service de l’Occident , mais ils ne sont pas anti-occidentaux comme une frange de plus en plus importante de nos populations sans parler des extrémistes nationalistes et/ ou intégristes .  Comment crédible sans verser dans les diatribes anti-occidentales ? Comment expliquer l’inexplicable à nos populations à savoir le soutien des grandes démocraties à des régimes violents et corrompus ? Comment naviguer dans les eaux tumultueuses où seul le poisson islamiste semble avoir trouvé ses marques ? En 1996, j’ai eu l’honneur de constituer avec la libanaise Violette Daguerre et le Syrien Haytham Manna le noyau dur du  groupe Ibn Akl, à l’origine de la création de la Commission Arabe des droits de l’Homme. Plus qu’une association pour la défense et la promotion des droits de l’homme, dont le droit de la démocratie, l’association est un lieu où s’élaborent une réflexion en profondeur sur les  problèmes  des droits de l’homme dans le monde arabe   qui a donné naissance à plus de cinquante ouvrages, à des interventions nombreuses et concertées sur Al Jazeera et à la production un moment d’un programme télévisé à la chaîne Al Hiwar. Le discours du groupe martèle quatre thèses essentielles ; 1 – Se dissocier de la politique occidentale Les démocrates arabes condamnent  la politique américaine en Irak, rejettent le fait que   la motivation démocratique est à l’origine de l’intervention, ne peuvent souscrire à aucune démocratie imposée de l’extérieur par la force  et considèrent que les démocrates Irakiens qui ont accepté de faire le jeu de l’occupation comme ne représentant qu’eux-mêmes. De la même façon, les démocrates arabes condamnent les politiques d’appui aux dictatures comme  cyniques,  immorales, à terme contre-productives et nocives pour les nations des deux rives de la Méditerranée. 2- Dissocier dans l’esprit arabe  Occident  et démocratie. Compte tenu de la forte hostilité  actuelle de l’opinion publique arabe à l’occident et sa tendance à rejeter tout ce qui en vient – excepté la technologie- l’argument de » vente ‘’de la démocratie passe par le rappel incessant d’une  évidences oubliée  y compris en Occident. Nous ne cessons de répéter que la plus grande démocratie au monde, et une des plus stables, est l’Inde, que l’Occident a mis au point lors du XX siècle les pires dictatures de la planète, y compris dans le berceau de la démocratie, que cette dernière  a bataillé dur entre 1850 et la fin de la deuxième guerre mondiale pour s’imposer ….et que les peuples occidentaux seraient bien naïfs de croire que c’est là un acquis éternel. L’autre argument de vente est de rappeler la contradiction arabe acceptant la technologie occidentale et refusant le système de gouvernement qui a permis aux peuples occidentaux d’acquérir la puissance qui est la leur. Il faut arriver à convaincre nos concitoyens  qu’adopter la démocratie est de même nature qu’adopter Internet, avec les mêmes conséquences en cas de rejet de l’une ou de l’autre. 3- Dissocier dans l’esprit arabe  Etats occidentaux et sociétés civiles. Le groupe Ibn Akl est aussi  profondément arabe qu’universaliste. Il est donc farouchement opposé à la thèse stupide du choc des civilisations  et veut éviter que la politique catastrophique de part et d’autre de la Méditerranée ou de l’Atlantique renforcent chez nous une ‘’occidentalophobie » comparable et symétrique à l’islamophobie qui règne en Europe et en Amérique. Le discours que nous tenons à longueur d’articles, d’émissions TV et d’écrits théoriques, est qu’il est impératif de bannir le terme même d’Occident  et d’insister plutôt sur ses composantes à savoir Les valeurs, Les  Etats  et les sociétés civiles. Nous avons nos propres valeurs, mais nous pouvons, et devons, apprendre de celle des  autres. Nous ne devons pas mettre dans le même sac les Etats occidentaux, alliés de nos dictatures, et les sociétés civiles qui sont nos alliés  contre nos gouvernements   et contre la politique des leurs. 4- Dissocier le combat pour la démocratie de celui contre l’islamisme Le combat contre l’islamisme est l’affaire des dictatures .Il est  actuellement leur seul fond de commerce. Il est le prétexte suprême pour refuser les réformes, et notamment la fin de la corruption. Tous les démocrates, qui sous prétexte de combattre l’islamisme, se sont allié aux dictatures, n’ont fait que vendre leur âme au diable, et de plus gratuitement. La position du groupe Ibn Akl, est de dire qu’on ne peut ni ne doit opposer Islam et Démocratie, qu’il faut  au contraire travailler sur les dénominateurs communs et vendre la démocratie » à la frange centrale et modérée du spectre islamiste. Nous considérons que le processus de démocratisation arabe rencontre de l’intérieur deux types d’obstacles majeurs : L’intégrisme islamiste  c’est-à-dire la frange  extrémiste et parfois violente du spectre et … l’intégrisme laïque propre à certaines élites dés acculturées. Le premier intégrisme est étranger à l’époque  que nous vivons, le second à l’espace où se déroule cette  même vie. Entre ces deux écueils nous devons naviguer à vue pour accompagner et accélérer un processus, qui qans être inéluctable, nous paraît contrairement aux apparences, bien engagé. * Certains diplomates occidentaux me demandent souvent d’un air exaspéré : oui mais que pouvons nous faire …de l’air de dire si nous intervenons vous râlez, si nous ne faisons rien vous pestez. Entendons nous bien. Avant la catastrophique intervention en Irak, nous ne demandions rien après encore moins. La démocratisation se fera par les Arabes ou ne se fera pas. Mais dans un monde interdépendant, nous sommes bien placés pour savoir quel rôle joue le facteur externe dans notre problématique. Les  gouvernements Occidentaux ne peuvent plus se cacher derrière leur petit doigt pour faire oublier leur appui massif  aux dictatures arabes. Nous leur demandons simplement de mettre fin à cet appui et ce par cinq mesures. 1- Cesser de se déplacer dans nos pays ou y venir et les quitter sans  encenser des régimes profondément détestés , cet appui , habillement amplifié  et utilisé étant vécu par les gens en place comme une provocation et une insulte. 2- Ne pas reconnaître les élections truqués avec la même rigueur qui a été la leur en refusant de reconnaître les dernières élections législatives palestiniennes, pourtant on ne peut plus démocratique. 3- Considérer les sommes d’argent provenant de la corruption endémique comme de l’argent sale et en refuser le blanchissement. 4- Ouvrir leurs tribunaux aux procédures pénales que les ONG des droits de l’Homme pourraient intenter contre les tortionnaires. 5-  Favoriser les échanges entre les sociétés civiles en finançant leurs ONG travaillant dans le monde arabe, et non en finançant des ONG arabes. On voit que nous ne demandons, ni l’interruption de l’aide économique, encore moins toute forme d’intervention dans nos affaires. Ce sont là des actions relevant de la souveraineté  des Etats occidentaux, mais dont l’impact sur les processus en cours dans le monde arabe peuvent être colossaux.                                                        * En conclusion j’aimerai rappeler cette phrase d’Alvin Toeffler disant que ‘’la Démocratie pour une société n’est pas une urgence éthique seulement mais surtout une urgence technique. Les sociétés arabes ont plus que jamais  besoin de cette urgence à la fois éthique et technique. Si nous restons relativement confiants dans son avenir dans notre région , c’est que nous la considérons comme une vague portée par les formidables mutations sociales , dont le nouveau statut et rôle des femmes , les formidables mutations technologiques comme  la télévision satellitaire et Internet ,sans oublier  la contagion internationale. Les islamistes  responsables, comme en Turquie  ont préféré chevaucher la vague plutôt que s’y opposer. Je pense que ce sera le calcul dominant chez tous les acteurs politiques du futur. On oublie souvent que nous ne fonctionnons pas dans un monde du tout ou rien, mais dans celui des transitions, des spectres, du clair- obscur, bref de la complexitéé. Quand on parle de  Démocratisation réussie  dans un pays, on forcément  à l’esprit la tenue d’élections  libres et l’alternance pacifique au pouvoir. Cela est certes le signe fort, mais l’alternance n’est qu’un critère parmi d’autres de la démocratie. L’islam a cinq piliers, la démocratie en a quatre: la liberté d’expression, la liberté  d’association, l’indépendance de la justice et l’alternance pacifique au pouvoir. Vues sous cet angle, les sociétés  arabes et la société tunisienne en particulier ne sont pas des sociétés  non démocratiques s mais à moitié démocratiques  ou plus exactement en voie de démocratisation.. C’est la situation qui prévaut dans presque tout le monde arabe aujourd’hui. L’irruption dans les années 90 de deux nouvelles technologies  la télévision satellitaire et Internet a ‘’boosté » de façon remarquable la liberté d’expression, le débat, l’échange des idées, la dénonciation et la critique de la corruption et de la violence de l’Etat,  tout cela par-dessus la tête de dictatures  impuissantes, de moins en moins craintes, de plus en plus  méprisées. Quelle ironie que de penser que c’est sur de  tels régimes que  comptent les grands Etats occidentaux pour régler les problèmes de l’émigration et du terrorisme.
 


UN BLOC DEMOCRATIQUE VRAIMENT DEMOCRATE.

 
Par Ali Noubli http://elkhadra.org/blokdemocratik.htm Les droits de l’homme, l’État de droit protégeant les personnes et les biens, sont les principes  élémentaires permettant la liberté d’expression individuelle et collective, l’élection au suffrage universel, la distinction de la société et l’État aussi constituent des acquis démocratiques essentiels, qu’il s’agit de conquérir et puis surtout  de  défendre contre toutes les formes de dérives et d’usurpation qu’elles soient organisées ou pas. Ceci dit  la vigilance démocratique doit être un droit civique pratiqué par tout citoyen libre et en tout instant, d’où l’importance de la société civile et des organisations non gouvernementales ainsi que des médias libres , anticonformistes et indépendants de tout pouvoir, ceci dit dans notre effort à libérer notre pays, nous devons être attentifs à notre environnement  universel, et comprendre pour mieux  appréhender l’avenir, notre avenir tunisien qui j’espère sera exhaustifs et exaltant, l’exemple de beaucoup de  sociétés dites développées  ne s’en trouvent pas moins aujourd’hui confrontées à des faiblesses et des dérives internes qui érodent leur dynamique démocratique, doit être un exemple  et un mode de pensée et d’emploi, car ce domaine est un domaine de la plus haute importance . Dans la Tunisie dictatoriale d’aujourd’hui,  la politique demeure centrée sur des problèmes de gestion économico-maffieuse archaïque et clanique  sans vision structurée et véritable projet d’avenir, autant dire que le régime de ben Ali dure  par défaut, et parce qu’il n’y’a rien en face de lui. Les tenants de la dictature tunisienne et leurs affidés  surfent  sur une  demande népotique, clientéliste et marchande  qui semble de plus en plus difficile à cerner. Gestion et démagogie coexistent dans une société qui semble s’être déconnectée de l’histoire et peine à retrouver une autre dynamique que la fuite en avant par encore plus de répression et de criminalité. Et alors que les partis autorisés et structurés  pourraient être un outil central permettant d’éclairer les tunisiens sur les grandes questions qui déterminent leur présent et leur avenir commun, ils versent trop souvent dans le superficiel et le spectaculaire. La société tunisienne est marquée depuis toujours  par l’expérience du totalitarisme. Elle a le plus grand mal à accepter l’ambivalence de son histoire antérieure  et à dégager clairement les acquis de son héritage. Dans le même temps, au sein de cette société, le soupçon systématique vis-à-vis de l’engagement politique et de tout ce qui, de près ou de loin, rappelle un principe quelconque d’autorité, s’est développé. Il existe également un sentiment d’insécurité, un mal être existentiel et social diffus dont témoignent la forte consommation d’alcool et le développement de la consommation des drogues dures. Les déclarations d’intention, les positions affirmées, le choix des alliances, la transparences, le réalisme  sont vitaux et essentiels pour le bloc démocratique dans sa lutte contre la dictature, tout dans l’espace politique et démocratique tunisien doit être mis à plat sans aucune forfaiture tout cela doit être fait dans la sagesse et la clarté, sans cela et dans la durée, la dictature sera l’ultime recours et la seule référence de la masse tunisienne .Vivre dans l’omission de ces évidences laisse la voie libre aux plus lourds stéréotypes, amalgames, sophismes et présupposés clôturant la pensée et la création de la résistance et de l’opposition libre tunisienne ou ce qui en reste  mieux que ne le ferait la plus efficace des censures. Il n’est évidemment pas question  de dicter la bonne manière de penser ou de parler ou de militer, pas plus que de dresser une liste des sites et des personnes interdites d’être comme c’est le cas, aujourd’hui,  pour certains  Torquemada de soi disant opposants tunisiens qui font dans la forfaiture et l’anathème, dans l’usure et les calculs claniques. Ne pas prétendre comme c’est le cas de beaucoup de tunisiens militants indépendant  connaître la bonne façon de militer, c’est tellement criant dans le marigot tunisien qu’il faut reconnaître et dire  qu’il y en a indéniablement de mauvaises. Ce dramatique constat est dans l’ampleur et la gravité de leurs effets , entretien des préjugés et des politiques d’exclusion, racistes ; légitimation de l’oppression dite  sécuritaire par certains groupes  comme les femmes démocrates, quelques rouges-bruns qui ne sont pas revenus de  leur déculottées  du putsch du 7 novembre et qui se terrent comme des rats décomposés par leurs contradictions , euphémisation de nombreuses violences, notamment dictatoriales , occultation des questions dites « mineures » comme les islamistes ou les prisonniers politiques en général  ; triomphe du mépris des pauvres, des déshérités  de la  civilisations arabo-musulmane. Le bloc démocratique tunisien est en situation d’échec. Nous sommes en situation d’échec et nous le resterons aussi longtemps que nous n’écouterons pas dans la transparence du bon sens, les tunisiens dans leur majorité amalgament la politique  au mensonge  au pire, et à un domaine réservé à ceux qui ont les moyens ,nous le resterons  et surtout si nous ne faisons pas notre examen de conscience, nous qui sommes plus ou moins ramollis dans le confort de nos certitudes, nous qui méprisons toute forme de réalisme et de pragmatisme, il ne s’agit pas de compromis et de reniement , ni de compromissions  et de politique politicienne, il s’agit juste de bon sens  et d’intégrité, aussi longtemps que nos attitudes seront bornés  par la démagogie et l’illusion de la légitimité virtuelle  d’un militantisme sans aucune véritable assise populaire mobilisatrice et engagée par la preuve, nous resterons dans  l’échec. Nous resterons dans l’échec tant que les tunisiens ne nous écouterons pas dans cette cacophonie perverse et sans nom qui se veut représentativité politique. Il est évident qu’à tous les niveaux, nous nous devons avant tout d’accroître l’implication et la participation des tunisiens dans le débat politique et la prise de décisions qui s’en suivra d’une manière ou d’une autre, et qui  déstabilisera les habitudes et pas seulement de la dictature, c’est bien sûr un risque à courir  pour certaines impostures, mais cela aura le mérite de clarifier les choses et de donner une visibilité à l’opposition démocratique qui sera indiscutable. Nous avons les moyens d’interactivité des différents médias, internet, presse, messages téléphoniques, chat, etc…dont les leaders  démocrates tunisiens s’en servent si mal aujourd’hui par manque de volonté, par peur de la confrontation avec la réalité du tunisien,  par suffisance et intériorité à certaines fixations négatives, nous avons ces  moyens qui  peuvent être organisées sans être aseptisés par les ego des uns et des autres, les intolérances et par, touts sortes de contrôlés à commencer par ceux de plus en plus sophistiqué de la dictature, et ces outils ont forcément une vocation démocratique, ils peuvent sans aucun problème majeur ou insurmontable assurer  la transparence bijective entre les tunisiens  profanes  et les  militants organisés autour  d’un minimum vital qui repoussera les interférences et les complots du régime, un régime absurde  qui comme ses semblables de par le monde, et depuis toujours, est sur la brèche pour diviser et régner. Il s’agit de porter une parole particulière de toutes les catégories de tunisiens (les gens du quartier, les partisans de telle opinion, les salariés, les usagers, les consommateurs, etc.) Confronter ses idées  aux autres acteurs de la vie publique, à notre niveau et par les moyens que nous disposons il est possible d’engager une dynamique qui  actualise l’idéal de la démocratie et révèle la possibilité d’un vivre-ensemble démocratique d’un type nouveau. Car il ne faut pas se faire d’illusion, c’est bien chez les démocrates tunisiens que s’opère lentement mais sûrement le déclin du politique dans les processus de régulation qui réactive le discours sur la démocratie. Celle-ci doit redevenir une référence partagée parce qu’elle est considérée comme la « plus démocratique » dans le sens où l’impulsion y vient des tunisiens et non des élites enfermés dans leurs tour d’ivoire, pour ne pas dire dans la claustrophobie de leurs ghettos. La construction de la démocratie doit trouver  ses marques face à la participation politique, militante, au sens de la démocratie représentative au niveau des moyens de lutte à notre disposition, les uns comme les autres, ceux qui acceptent les règles démocratiques, les canaux de la démocratie représentative doivent assumer  leur fonction de sélection et de hiérarchisation des demandes sociales dans une cohérence et des règles acceptés si nous voulons avoir une chance de mettre à mal la dictature. Les titulaires du « pouvoir » dans le bloc démocratique tunisien ont « dépossédé » parce qu’ignoré le peuple dans toute forme de stratégie, il ne suffit pas de produire des articles et des communiqués, il s’agit de convaincre, de conquérir les esprits et d’aller au charbon, il ne s’agit pas  de fignoler des comportements immoraux avec les atermoiements de la dictature, mais d’organiser la lutte sur tous les fronts  de sa démesure. La démocratie est pour la plus part des tunisiens dans l’attente  une valeur spirituelle ,elle doit par conséquent  échapper  à l’enfermement des procédures ,en Tunisie de nouveaux champs s’ouvrent pour la politique et la démocratie, il est temps de  s’engager sur des questions de sens à l’heure où fleurit mondialisation sous toutes ses formes et où des expérimentations sont à l’ordre du jour

SADEK Hadjeres  

« Réhabiliter ensemble la fonction noble du politique, la construction de solutions de paix et de mieux-être, acceptables et vivables pour la majorité »

 
http://elkhadra.org/sadek.htm Entretien réalisé par Arezki Metref Né en 1928 à Larbaâ-Nath- Irathen-(ex Fort National), Algérie. Ecole primaire à Berrouaghia, secondaire à Médéa, Blida et Ben Aknoun. Etudiant de 1946 à 1953 à l’Université d’Alger. Médecin praticien et chercheur en sciences médicales jusqu’en 1955 puis entre 1963 et 1965. Responsable des SMA (Scouts musulmans algériens) dans la Mitidja de 1943 à 1946, militant du PPA en 1944 et responsable de la section universitaire de ce parti en 1948. L’un des trois rédacteurs, au sein du PPA en 1949, de la plate-forme démocratique “L’Algérie libre vivra”. Quitte le PPA après la crise dite faussement berbériste dont il a été un des acteurs. Membre du bureau de l’AEMAN (Association des étudiants musulmans de l’Afrique du Nord) durant plusieurs années et président en 1950, avant son adhésion à la base du PCA en 1951. Membre du CC de ce parti en 1952 et du BP en 1955. Directeur de la revue Progrès en 1953-54 et conseiller général d’El Harrach et Est Mitidja en 1955. Pendant la guerre d’indépendance, clandestin à partir de décembre 1955, condamné aux travaux forcés par contumace, responsable national-adjoint de l’organisation armée “Combattants de la Libération”. Avec Bachir Hadj Ali en avril-juin 1956, il négocie et organise avec les dirigeants du FLN (Abbane et Benkhedda) l’intégration de cette formation dans l’ALN. Après l’indépendance, membre du secrétariat du PCA (interdit dès 1962, sous Ben Bella). Coordinateur de son appareil clandestin pendant “l’occultation” officielle du PCA après la Charte socialiste d’Alger (1964). Suite au coup d’Etat de Boumediène (juin 1965), nouvelle clandestinité pendant 24 ans. Membre de l’ORP (Organisation de la résistance populaire) durant les quelques mois de son existence, puis l’un des fondateurs et premier secrétaire du PAGS (Parti de l’avant-garde socialiste) à partir de 1966. Revenu à la vie légale en 1989, il se dégage en 1991 de toute activité de parti. De 1993 à 1997, entreprend des travaux comme enseignant associé et doctorant en géopolitique auprès du CRAG (Centre de recherches et d’analyses géopolitiques à l’Université de Paris VIII). Auteur de plusieurs publications notamment dans la revue Hérodote, communications à des journées d’études et colloques, articles dans la presse algérienne et internationale, ouvrages en préparation sur les évolutions du mouvement national et social algérien, à commencer par la crise du PPA de 1949. La certitude du militant de fond SADEK HADJERÈS est passé du statut de mythe à celui de pestiféré en l’espace d’un congrès. Ce médecin biologiste a dû très tôt sacrifier son travail pour se consacrer entièrement au Parti communiste algérien. En cette année 1952 où il adhère au PCA, il a déjà des années de militantisme derrière lui. Depuis 1943, il est tour à tour responsable scout, puis leader étudiant, militant du PPA, se trouvant toujours là où les choses vont basculer. En 1949, il fait partie de ce trio irrédentiste de lycéens de Ben Aknoun qui rédige la plate-forme démocratique “L’Algérie libre vivra”. Ce texte doublement rebelle (à l’autoritarisme arbitraire du PPA et aux fondements du nationalisme messianique) provoquera ce qui est entré dans l’histoire sous le nom de crise berbéromarxiste. L’affaire se solde par le départ de Sadek Hadjerès, et d’autres militants du PPA, vers le PCA, dont ils renforcent le processus d’”algérianisation” entamé au milieu des années 1940. Avec, notamment, Bachir Hadj Ali, il mène le Parti communiste aux positions indépendantistes sans équivoque. Ils dirigent le parti et les “Combattants de la liberté”, groupes de résistance communistes. Aux côtés de Bachir Hadj Ali, il négocie avec Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda l’intégration des combattants communistes dans l’ALN. Un principe déjà, qui va servir ultérieurement : garder l’indépendance et la spécificité du Parti communiste, non dissoluble dans le nationalisme, fut-il révolutionnaire. Préserver l’autonomie et la spécificité du Parti communiste restera la ligne de conduite de Sadek Hadjerès. A l’indépendance, Sadek Hadjerès reprend son travail de médecin mais le sort fait par le pouvoir d’Ahmed Ben Bella au PCA va requérir toute son attention. Cette sorte d’attitude ambiguë, quelque chose qui ressemblerait à un ni guerre ni paix, va finir par exercer, à l’intérieur même du PCA, une sorte d’attraction pour la fusion des communistes dans le parti nationaliste. Avec ses camarades, Sadek Hadjerès résiste aux pressions répétées du FLN visant à dissoudre le PCA dont il reste le coordinateur de l’appareil organique clandestin. Celui-ci conserve le lien y compris avec la partie des communistes intégrés au FLN pour une illusion de “rénovation” avortée avant même le grand basculement : le coup d’Etat de Boumediene. Des responsables communistes se joignent à des militants de la gauche du FLN (Mohammed Harbi, Hocine Zehouane) qui ont créé, un peu hâtivement sans doute, l’ORP. Coup de filet : ils sont tous arrêtés par la sécurité militaire. D’autres responsables du PCA, comme Larbi Bouhali, Henri Alleg, prennent le chemin de l’exil. Dans la plus profonde clandestinité, Sadek Hadjerès se trouve alors le seul membre du secrétariat du PCA en liberté. “J’étais un peu comme un entonnoir : ce qui restait politiquement et organiquement du PCA passait par moi et une poignée d’anciens responsables pour continuer à exister”, dit-il à propos de cette période. L’ORP, création spontanée au coup d’Etat, ne tient pas le choc. Le PCA constitue, en 1966, la base et l’armature essentielle du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), un parti illégal et clandestin qui défend une continuité du mouvement national et social algérien. Le PAGS se donnera comme premier secrétaire Sadek Hadjerès, un dirigeant rodé à la clandestinité. Les premières années Boumediene sont celles d’une grande répression, qui n’empêche pas le PAGS de s’implanter notamment dans les syndicats et à l’université. La conjonction de l’évolution intrinsèque de Boumediene et du contexte international, le rapprochement de l’Algérie d’avec le camp socialiste, détend quelque peu l’attitude du pouvoir vis-à-vis des communistes clandestins. Le jeu de la séduction et de la répression, dans lequel excellait Boumediene, à l’égard de ses oppositions se poursuivra, y compris au début des années 70 lorsque le chef du Conseil de la révolution affiche clairement ses intentions socialisantes. La révolution agraire, la gestion des entreprises, la nationalisation des hydrocarbures, la démocratisation de l’enseignement sont autant de “tâches d’édification nationale” à orientation révolutionnaire qui radicalisent à gauche Boumediene et lui permettent des retrouvailles vigilantes, de part et d’autre, avec le PAGS. Un premier signe de cette détente : la libération des communistes arrêtés en 1965 et la sortie de clandestinité d’un certain nombre d’autres. Pas Sadek Hadjerès. Il reste, lui, plongé dans la clandestinité et les nombreux jeunes qui, par le volontariat et l’UNJA, viendront au PAGS pendant ces années-là, perçoivent ce militant dont le nom était connu mais pas le visage, un peu comme une figure mythique. A peine sorti de la clandestinité de la guerre de Libération, le voilà replongé dans une autre clandestinité, donnant au PAGS une aura qui atteint son zénith lors des débats sur la Charte nationale de 1976. Mais Boumediene meurt et l’arrivée de Chadli au pouvoir, perpétuant un système qui n’oscille jamais dans ses fondements mais seulement dans ses expressions superficielles en fonction des tendances du chef du moment, inaugure un tournant à droite et l’exclusivisme dans les appareils du parti unique grâce à l’article 120. Le PAGS, un temps, est dans l’expectative, observant une prudente réserve dès le début de la décennie 1980. Prudence dans l’analyse du Printemps berbère. Même prudence dans l’appréciation des révoltes qui secouent l’Algérie dans les premières années de la décennie chaotique. Prudence déplacée par l’appel à voter “oui” pour la charte de Chadli de 1986, marquant le tournant à droite. Bien sûr, ce que l’on ne savait pas, c’est que le “oui” accordé par le PAGS à Chadli, au grand désarroi de nombre de militants de base, n’était pas le fruit de l’unanimité de sa direction mais une façon de tordre un consensus dans un sens qui n’était pas forcément le sien. L’infiltration de membres des services jusque dans la direction du PAGS a forcément influé sur ses positions, rendues parfois illisibles. La conjonction d’une répression terrible et l’usure de la clandestinité pousse la direction du PAGS à voter son expatriation. Mais l’exil est une clandestinité dans la clandestinité puisque l’hospitalité des “partis frères” des pays socialistes est perturbée par leurs relations avec le FLN. Ils “cachent” le PAGS pour ne pas heurter la susceptibilité du FLN. Sadek Hadjerès a assisté à des congrès de partis communistes des pays de l’Est clandestinement, à deux rangs de la délégation du FLN qui, elle, avait pignon sur rue. Lorsque Sadek Hadjerès revient d’exil en 1989, il met fin ainsi à quelque 35 ans de clandestinité et d’exil cumulés. Il a la soixantaine et a vécu plus de la moitié de sa vie sous de faux noms et à l’étranger. La sortie de clandestinité du PAGS intervient au moment où le Mur de Berlin s’effondre et, avec lui, toutes les convictions communistes frivoles. Dans son affrontement contre le capitalisme, le communisme était supposé avoir perdu la bataille et les redditions commencent à prendre l’allure d’adaptations au sens naturel de l’histoire. C’est dans ce contexte, compliqué par les manœuvres en cours en Algérie pour contrôler le multipartisme de façade que le pouvoir voulait vendre pour une démocratie, que le PAGS est “invité” à participer aux élections municipales de 1990. Pressions, tentatives d’atteinte à l’autonomie du PAGS, manœuvres pour le tracter à des clans de l’armée sont autant de fronts sur lesquels Sadek Hadjerès tente de contrer les responsables d’un appareil politique qu’il connaît à fond et auquel il a indiscutablement imprimé sa marque, voire un style : une réflexion en profondeur, la prudence dans l’analyse, la détermination dans l’action. La tenue du premier congrès légal du PAGS dans le contexte d’une lutte anti-intégriste biaisée a fait que Sadek Hadjerès ne reconnaissait plus les siens. L’icône du PAGS devient, en quelques heures, la bête noire. L’enjeu ? L’autonomie du PAGS par rapport aux centres nerveux de la décision. En 1991, Sadek Hadjerès quitte le parti et le pays, inaugurant un nouvel exil qu’il consacre à la réflexion et à l’analyse. Des générations de communistes algériens ont grandi dans des luttes où son nom était un repère. Ce sont ceux-là qui souhaitaient l’entendre sur certaines questions. Nous n’avons pas pu tout aborder, dans cet entretien. Nous avons essayé de parcourir avec lui 65 ans de militantisme, des étapes historiquement différentes mais abordées, comme on va le voir ici, toujours avec une précision dialectique. En le classant dans la catégorie des “réconciliateurs” (entendre : assujettis à l’intégrisme) on fait à Sadek Hadejrès un mauvais procès. Ses positions sont nettement plus complexes que la vulgate de lutte anti-intégriste primaire dont ses contradicteurs veulent faire un héroïsme et une lucidité. En réalisant cet entretien, on découvre le souci de celui qui fut le premier secrétaire du PAGS de comprendre les phénomènes sociaux et politiques plus qu’idéologiques. Cet héroïsme, qui consiste a aller à contre-courant, et la lucidité de défendre des principes contre des faits de pouvoir ont conduit cet homme autrefois très entouré à une certaine solitude mais une solitude qui le mène à une réflexion qu’aucune désillusion n’arrive à priver de sa fraîcheur. Une solitude qui a pour autre nom : certitude. Celle d’une vie vouée à une seule idée : la justice sociale. A. M. 2. LA PERIODE DU « PARTI UNIQUE » OU LA (RE)NAISSANCE PARADOXALE
Arezki Metref : Nous ne pouvons pas ne pas aborder, avec vous, le PAGS et sa naissance. Dans quelles circonstances s’est constituée l’ORP en 1965 et comment et pourquoi s’est-elle continuée par la fondation du PAGS en 1966 ?

Sadek Hadjeres : Votre question englobe trois moments aussi intéressants les uns que les autres : la situation à la veille du 19 juin 1965 et le coup d’Etat lui-même, puis les quelques semaines du rassemblement éphémère de l’ORP entre juillet et septembre 1965, enfin la création du PAGS à partir de janvier 1966. Durant ces trois périodes, le Parti communiste algérien a été constamment présent comme parti, avec des formes variables, adaptées aux différentes situations, que ce soit pour son organisation interne ou pour les modes d’expression et d’activités publiques. Arezki Metref : Dans quel état se trouvait le PCA à l’indépendance ? Sadek Hadjeres : Le pouvoir de Ben Bella a interdit le PCA dès novembre 62 (quatre mois à peine après l’indépendance). La mesure antidémocratique était sans fondement juridique dans les nouvelles institutions. C’est dans les faits que le PCA, tout comme le quotidien Alger Républicain, avait dès le cessez-le-feu marqué sa présence et ses activités unitaires et constructives. Il n’y avait aucune disposition juridique concernant les partis au moment où les leaders du FLN s’entredéchiraient pour le pouvoir. A partir de l’interdiction officielle, les camarades dirigeants ou militants de base activaient sans afficher formellement le sigle de leur organisation. Mais tout le monde savait qu’il s’agissait de communistes. D’un côté, ces activités ont été relativement tolérées parce que le pouvoir s’était prononcé à cette époque pour des mesures comme la nationalisation des terres des gros colons que nous soutenions. D’un autre côté, les autorités mettaient des bâtons dans les roues, réagissant avec irritation menaçante à chacune de nos initiatives. Par exemple, elles reprochaient à notre presse d’avoir fait connaître la charte de Tripoli, si la Charte était leur propriété ou comme si les membres du CNRA l’avaient adoptée seulement pour la forme et sans la destiner à l’application. Les autorités protestaient contre le fait que nous ne montrions pas un enthousiasme exagéré pour des mesures discutables, comme les nationalisations de petits commerces et artisanats ou la suppression des enfants cireurs, mesure symbolique positive mais présentée par eux comme le sommet du socialisme. Un éditorialiste du quotidien FLN nous reprochait de parler seulement de “voie non capitaliste” alors que le FLN, lui, allait beaucoup plus loin et se disait le champion du socialisme. Après les coups de force et les pressions contre les syndicats (dont l’odieuse agression de janvier 1963 contre le Congrès de l’UGTA), le pouvoir ne supportait pas la moindre de nos allusions à la démocratisation de la vie associative. Des attaques plus subtiles consistaient, au nom même du socialisme, à reprocher au PCA son existence, qu’ils jugeaient inutile ou préjudiciable à l’union des forces de progrès. On nous opposait aux communistes cubains qui, eux, participaient à l’unification en cours des forces révolutionnaires pour un socialisme de classe, sous la direction de Fidel Castro. Nous leur répondions : appliquez sans équivoque des orientations de fond similaires à celles de Cuba, alors nous nous retrouverons organiquement ensemble comme à Cuba. En fin décembre 1962 et janvier 1963, j’avais moi-même observé de près l’expérience cubaine et constaté à quel point le mouvement d’unification à la base était démocratique et fortement influencé par les exigences légitimes des travailleurs contre les courants opportunistes et “khobzistes”. Les riches villas et palais “biens vacants” que chez nous les gens du “nidham” se disputaient férocement, étaient là-bas prioritairement attribuées à l’hébergement collectif des étudiants boursiers issus de familles pauvres. La pression sur nous était d’autant plus forte que même des éléments progressistes du FLN s’y associaient. Certains d’entre eux, comme Amar Ouzegane (dans un ouvrage au ton très virulent) étaient persuadés du rôle messianique et ultrasocialiste du FLN. Ils relayaient des secteurs de la gauche égyptienne autour de Lotfi Kholli, bien en cour auprès de cercles FLN, pour nous inciter fortement à dissoudre le parti en imitant, disaient-ils, une partie des communistes qui l’auraient déjà fait en Egypte. Il était difficile de leur faire admettre que l’action collective d’un parti communiste autonome était plus utile pour la cause démocratique et sociale que les seules interventions individuelles, à supposer même que l’intégration individuelle des communistes soit souhaitée par la majorité des dirigeants du FLN. L’expérience difficile et complexe du temps de guerre, consistant à combiner dans la clarté le soutien sans réserve à l’ALN avec le maintien de l’autonomie politique du PCA, nous paraissait encore plus fondée dans les nouvelles conditions de l’indépendance. J’ai constaté, au fil des années, que ces pressions étaient communes, et même synchronisées, à de nombreux dirigeants de régimes à parti unique. Récemment, à l’occasion d’un colloque, j’ai appris d’un camarade égyptien qui a vécu les dures prisons nassériennes pendant plus de dix ans, que leurs geôliers socialistes “spécifiques” leur disaient aussi à la même époque : “pourquoi ne faites-vous pas comme les communistes algériens qui ont dissous leur parti ?! » Ce sont les mêmes sornettes que répétera plus tard Georges Marchais, secrétaire général du PCF qui à partir de 1973 a unilatéralement rompu durant quinze ans toute relation avec les communistes algériens, traités par lui de sectaires et inexistants en Algérie. Plusieurs dirigeants du PCF racontaient à leurs militants étonnés de l’absence des camarades algériens aux fêtes de l’Humanité, que c’était nous-mêmes qui avions demandé à ne pas y participer pour laisser place au FLN dans lequel nous serions déjà intégrés ! Comment expliquer une telle aberration ? Outre la traditionnelle méconnaissance des problèmes chez certains dirigeants français qui prétendaient tout savoir sur l’Algérie, outre les conceptions laxistes des eurocommunistes, il y avait aussi leur naïveté devant les fables du virtuose Messaâdia, dirigeant du FLN. Il flattait les dirigeants du PCF et du PCUS en leur racontant qu’il avait été membre, dans sa jeunesse, du mouvement des jeunes communistes et que le PAGS n’était pas un vrai parti communiste comme ceux de France ou de l’URSS. D’autres sources nous précisaient aussi le rôle des affaires commerciales et financières dans ces relations interpartis sans principe. Comme l’était aussi la distribution de liasses de billets d’avion aux représentants de certains partis arabes, pour acheter leur tiédeur envers la répression et les exclusives subies par les communistes algériens. En vérité, pour revenir à la période 1962-1965, la raison de ces pressions et tractations était la crainte les dirigeants du pouvoir et du FLN de voir grandir le mouvement de masse démocratique et social auquel les communistes appelaient et œuvraient. Au lieu d’encourager cet élan constructif, de s’y associer y compris pour qu’il ne reste pas le monopole des communistes, ils le dénigraient. Ils voyaient dans la montée d’une base sociale algérienne, pourtant sollicitée et produite par la guerre d’indépendance, un signal d’alarme pour les nouvelles couches occupant des postes d’autorité civils ou militaires. Les populations citadines et rurales observaient depuis le cessez-le-feu leurs comportements prédateurs et méprisants. De fait, plus le mouvement social se dessinait, plus il se faisait au détriment de l’emprise du FLN, parce que précisément un grand nombre des cadres de ce dernier se détournaient du mouvement social ou le combattaient. Des centaines d’exemples le montraient chaque jour. Si je parle de cette période avec plus de détails, c’est parce que le mauvais départ a marqué très négativement les étapes ultérieures.
Arezki Metref : Pouvez-vous citer des exemples ?

Sadek Hadjeres : A Gué-de-Constantine à cette époque, je parlais avec les ouvriers d’une briquèterie dont nous soutenions la grève. Elle avait été déclenchée après des mois de vaines démarches pour mettre fin à un abandon total des pouvoirs publics envers cette entreprise que les travailleurs restés sans salaires avaient pourtant gardée productive. Quand je leur ai suggéré de former une délégation auprès de la kasma FLN de la localité, j’ai vu leurs visages se fermer. Un moment plus tard, leur responsable, ancien maquisard, le teint marqué par la fatigue et les privations, m’a pris à part et me confie d’une voix sourde : “Mon frère, crois-moi, je te jure par Dieu, que si ce n’avait pas été mes enfants, j’aurais pris mon fusil et aurais commencé par le chef de la kasma avant de retourner à la montagne.” C’était dur d’entendre ça un an après l’indépendance, un gâchis sans nom. Pourtant, à ce moment, tout était encore possible, les gens espéraient le changement. Dans la même localité, les jeunes s’étaient mobilisés, de leur propre initiative. En sollicitant l’aide de la population, ils ont aménagé un terrain vague en stade de foot puis se sont engagés avec d’autres croyants du village dans la construction d’une petite mosquée. Les milieux conservateurs et la section du FLN dont ils n’avaient pas attendu la permission (ils savaient que ces “mass’oulin” depuis leurs bureaux, ni ils font eux-mêmes, ni ils ne vous laissent faire) ne voyaient pas ça d’un bon œil. Au lieu de s’y mettre eux aussi, ils ont commencé à dénigrer. Et pour cause ! Les initiateurs étaient des jeunes communistes de la cité La Montagne (El Harrach-Hussein-Dey), avec des enseignants et ouvriers cheminots, y compris européens, dont la sœur et le beau-frère de Maurice Audin. Ces militants n’étaient pas une rareté dans le paysage algérien, ils reflétaient les espoirs et le moral des centaines de milliers de gens ordinaires, sans engagement partisan ou se reconnaissant encore dans le FLN, qui croyaient aux vertus créatrices de l’indépendance. Pour la première grande Journée de l’arbre, visant au reboisement de l’Arbatache au-dessus du barrage du Hamiz, toute la Mitidja était sur les routes. Certaines devenues impraticables aux véhicules étaient pendant des heures encombrées d’une foule multicolore et joyeuse se rendant à pied comme pour une fête vers les chantiers de montagne. Ils étaient impatients de partager un honneur symbolique, faire pousser les arbres de la renaissance partout où l’érosion ou le napalm avaient ravagé leur pays. C’était l’époque où il paraissait normal et honorable que des gens aient donné spontanément une maison, ou des femmes aient fait don de leurs bijoux pour la solidarité nationale, d’autres un lopin de terre, un petit atelier ou commerce pour une entreprise dite autogérée. Assez rapidement, le déséquilibre entre la sensibilité populaire et l’état d’esprit profiteur ou dominateur des milieux officiels locaux ou centraux a commencé à alourdir le climat politique. Le décalage entre les proclamations et les actes portait un coup à la crédibilité des instances dirigeantes déjà mises à mal par la crise de l’été 62. Ce discrédit était concrètement mesurable en comparaison avec l’accueil favorable que recevaient l’action et les propositions des communistes. Le succès de ces actions et initiatives nous donnait évidemment satisfaction mais nous inquiétait aussi. Nous sentions bien qu’il risquait de provoquer les réactions répressives des cercles qui voyaient les choses beaucoup plus sous l’angle des enjeux de pouvoir que celui de l’intérêt général. Dans les syndicats de travailleurs, malgré la caporalisation de l’UGTA en janvier 1963, nos camarades jouissaient d’une confiance grandissante et cela exerçait une pression positive sur les directions opportunistes ou timorées. Les étudiants, quant à eux, élisaient à l’UNEA d’une façon totalement démocratique des représentants et des exécutifs entièrement composés de nos camarades, au point que nous jugions préférable de faire démissionner certains d’entre eux pour laisser place à des adhérents FLN, dans l’espoir de cultiver chez eux l’esprit unitaire, faire reculer les réflexes hégémonistes. L’évolution démocratique chez les étudiants, amorcée dès le début des années 1950, s’est accentuée avec l’indépendance. Issus, en effet, pour la plupart de couches pauvres des villes et des campagnes, ils défendaient le droit nouvellement acquis à l’enseignement supérieur et aux perspectives professionnelles, cependant qu’ils étaient, notamment les jeunes filles, idéologiquement sensibles à une vision d’émancipation et d’épanouissement de l’individu et de la société. Les lycéens et les syndicats de cheminots ou d’industries mécaniques constituaient ensemble des équipes du “CAREC” qui se rendaient volontairement dans les campagnes pour aider les paysans à réparer leurs tracteurs et résoudre nombre de leurs problèmes. Dans l’enseignement, de nombreux pédagogues revenus à la liberté après avoir été emprisonnés ou exilés par les colonialistes pour leur engagement patriotique et communiste, remettaient en marche l’éducation en formant sur le tas et dans l’urgence des centaines de moniteurs et monitrices d’enseignement. Contrairement à des appréciations, selon lesquelles ces activités militantes jouissaient de la bienveillance des autorités en échange de leur “ ralliement “ au pouvoir de Ben Bella, c’est le contraire qui était le plus fréquent. Ces appréciations étaient répandues sciemment par certains pour nuire ou par manque d’information pour d’autres. Ainsi, des journalistes ou diplomates étrangers ou des responsables de partis frères arabes se bousculaient auprès de nos dirigeants ou d’ Alger Républicain dans l’espoir d’intervenir en faveur de leurs problèmes auprès de Ben Bella ou de ministres comme si nous avions porte ouverte chez eux. Or, en règle générale, nos militants se heurtaient à des obstacles allant de l’indifférence (pour décourager) à l’hostilité calomnieuse, la malveillance et même la répression insidieuse ou déclarée. C’est seulement une fois l’influence des progressistes bien assise dans un secteur, que les autorités affichaient envers eux une bienveillance intéressée, pour capter leur soutien. Ainsi, Ben Bella puis Boumediene (avant 1965) ont, à partir d’un moment, rivalisé d’attentions envers les dirigeants UNEA ou envers Alger Républicain, leur déléguant aussi des spécialistes en manigances, le plus notoire étant un politicien tortueux bien connu qui jouait avec les deux leaders double jeu (ou même triple, en tablant sur des avantages escomptés pour lui-même et sa carrière). Il arrivait aussi qu’ils (y compris Ben Bella) adressent de grands compliments pour nos activités syndicales, dans le seul but de connaître l’implantation de nos cadres syndicaux et donner des consignes pour les éliminer des rouages électifs ou les corrompre. Nous, nous agissions avec la mentalité d’un vrai front à édifier de la base vers le sommet pour servir l’intérêt du pays et des travailleurs ; eux, qui nous considéraient comme naïfs, spéculaient en termes de forces à verser à leurs clans pour conserver le pouvoir ou le conquérir. Les épisodes les plus dangereux pour nous étaient paradoxalement ceux où nous remportions des succès plus importants dans l’élargissement de la base sociale du parti. Ils étaient perçus par eux comme une menace pour leur pouvoir. Certains exagéraient même de façon alarmiste nos progrès comme autant de dangers. Deux exemples significatifs. Le premier a beaucoup et presque directement pesé sur l’interdiction du PCA quelques semaines plus tard. En octobre 1962, lors de la grave tension au bord de la guerre entre les USA et Cuba, le PCA a organisé deux meetings de solidarité envers Cuba à Alger et Blida. Le succès nous a littéralement surpris : salles combles jusque dans la rue, enthousiasme des jeunes, nombreux à affluer le lendemain vers nos locaux, croyant que nous recrutions des volontaires pour Cuba. Mais une surprise beaucoup plus grande nous attendit les jours suivants. Le FLN, piqué par ces succès, décida lui aussi deux meetings dans les mêmes localités. Ce fut un fiasco total. Du coup, le troisième meeting que je devais tenir à Sétif sur l’invitation de la jeunesse de cette ville fut purement et simplement interdit. Ce fut le début de saisies de fait (non notifiées ou justifiées officiellement) de notre hebdomadaire Al-Hourriya. Puis ce fut l’interdiction tandis que Ben Bella se répandait en explications de tous côtés (notamment vers son “ami” Fidel Castro) pour jurer que la mesure était d’ordre général et ne revêtait aucun caractère anticommuniste. J’ai déjà dit comment le PCA a néanmoins poursuivi ses activités dans des formes plus souples. Le climat national (premières nationalisations des terres, etc.) nous était plus favorable ainsi que le climat international (le PCUS, avec Khrouchtchev, s’était publiquement associé à notre protestation). La deuxième menace sous le pouvoir de Ben Bella contre le PCA a été beaucoup plus sérieuse et fut assumée sous des pressions ouvertement plus réactionnaires, derrière l’ambiguïté traditionnelle du FLN. Il venait en son Congrès de 1964 d’adopter la Charte d’Alger qui, en façade se disait socialiste, scientifique et en faveur des masses laborieuses. Alors qu’en novembre 1962, c’est avec un embarras extrême que Medeghri, ministre de l’Intérieur avait notifié l’interdiction du PCA à Larbi Bouhali, premier secrétaire, en 1964, une majorité de délégués au Congrès FLN ne se gênaient pas pour exhaler leurs objectifs réactionnaires en exigeant l’interdiction du quotidien Alger Républicain, au nom de l’unicité du parti et de la presse nationale. L’objectif était évidemment à la fois de bloquer la montée du mouvement social à la base à travers la presse et les militants qui en étaient les meilleurs défenseurs et de dissuader l’aile du pouvoir ouverte au progrès social, même de façon inconséquente, d’aller plus loin. Une fois de plus, Alger Républicain inquiétait par ses progrès continus face à une presse FLN qui n’arrivait pas à décoller. Ce sera ultérieurement une des motivations d’une grande partie des conjurés et auteurs du coup d’Etat du 19 Juin. Ce n’était pas un problème de moyens matériels et humains, dont Alger Républicain était cruellement démuni, mais le fait que les sacrifices et les orientations de ses rédacteurs et diffuseurs répondaient aux aspirations de la société, même si le quotidien, comme l’affirmait sa devise, était contraint de ne pas dire “toute la vérité”.
Arezki Metref : En qualité de secrétaire du PAGS, vous avez envoyé en 1968 un message à Boumediene. Pourquoi et qu’y disiez-vous ?

Sadek Hadjeres : La lettre date du 14 septembre 1968. Nous l’avons diffusée trois ou quatre mois plus tard sans y changer une virgule, après que Boumediene en ait fait état de façon un peu ambiguë dans un discours au cinéma Atlas, meeting d’ailleurs assez chahuté par l’assistance jeune et étudiante qui scandait des mots d’ordre du PAGS. La lettre fut rédigée et envoyée à une période où une vague d’arrestations (suivies de tortures de nombreux camarades) avait passé au peigne fin tout l’Algérois dans l’espoir de décapiter le parti. Je pense republier cette lettre un de ces jours parce qu’elle éclairerait pour les jeunes générations la question que vous posez. Le but était de clarifier notre position par rapport à un pouvoir qui disait se réclamer du socialisme et dont les pratiques s’en prenaient avec une particulière brutalité aux militants politiques, syndicaux et associatifs qui défendaient cette option. En fait, il était perceptible à tout observateur que le pouvoir était traversé de courants contradictoires. Une bataille sourde s’y menait autour de certaines mesures d’intérêt national et social et c’est sur ce terrain que nous nous placions, au-delà de notre vive dénonciation de la répression déchaînée. Nous n’avions pas à rentrer dans les querelles internes du pouvoir mais nous nous battions sur tous les terrains pour que la résultante globale des orientations du pouvoir se dégage davantage des pressions réactionnaires. La lettre abordait les problèmes dans leur ensemble, sans cacher notre volonté d’édifier le PAGS communiste de façon autonome, dans la perspective d’un socialisme tel que nous le concevions. J’expliquais que cette préoccupation allait dans le sens de l’intérêt national. Elle n’était pas contradictoire avec le souci unitaire d’édifier un front uni, tourné vers l’édification, que nous ne confondions pas, comme nous le disions toujours, avec un parti unique. Nous expliquions ces raisons de fond, sans double langage. La lettre n’était pas seulement à usage externe, elle a longtemps servi de document d’éducation et de discussion pour les cadres et la base militante. Deux points forts me sont restés en mémoire. Le premier prévenait que si les instances répressives pouvaient certes remporter des succès policiers, cet avantage technique ne serait qu’un désastre politique pour le pays et pour les objectifs que Boumediene disait publiquement défendre. Je soulignais aussi que si le pouvoir venait à s’engager sur des terrains que nous jugions bénéfiques pour le pays tels que les nationalisations des grands secteurs économiques et la restructuration, la réforme agraire dans les campagnes, il nous trouverait à ses côtés pour les défendre. A ses côtés et non à sa remorque. Que de choses n’a-t-on racontées sur le “ralliement” des communistes à Boumediene. Qui donc s’est rallié aux orientations de l’autre ? C’est trois ans plus tard, à partir de 1971, que des mesures effectives d’envergure ont commencé à être prises dans ce sens. Nous les avons soutenues, par principe, parce que c’étaient nos orientations, et non pour respecter des promesses, alors que le FLN freinait des quatre fers contre ces mesures. Dans la lettre à Boumediene, nous ne demandions rien pour nous-mêmes, sinon le respect des droits et aspirations, dû à tous les Algériens, reconnus par surcroît dans les textes officiels de la guerre de Libération ou d’après l’indépendance. La lettre était tout le contraire d’une offre de services : ni marchandages ni pourparlers auxquels se livraient tant d’opposants dans leurs va-et-vient entre rébellions à grands fracas suivies de retours discrets au bercail. Nos principes exposés au grand jour, nous les avons défendus jusqu’à ce qu’ils aient fait leur chemin puis se concrétisent à l’encontre des forces hostiles. Arezki Metref : On dit que le PAGS avait passé un contrat avec Boumediene : en échange de votre “soutien critique”, il vous tolérerait. Qu’en est-il réellement ? Sadek Hadjeres : Il n’y a jamais eu quelque chose qui ressemble à un contrat ou un quelconque marchandage. Parlons de faits politiques et non de rumeurs intéressées. Pourquoi ferions-nous des tractations ? Nous n’avions nul besoin d’un accord du pouvoir pour définir et appliquer en toute autonomie une politique à la fois de principe et réaliste, fondée sur des intérêts de classe et nationaux clairement assumés. Quand on a choisi la résistance illégale et clandestine, c’était justement pour défendre notre indépendance d’opinion et de décision tant qu’elles ne pouvaient pas s’exprimer d’une autre façon. Ce serait du masochisme ou de la schizophrénie d’endurer pendant de longues années tous les inconvénients d’une clandestinité et en même temps mendier la tolérance. Nous revendiquions un droit et non la complaisance ou la récompense, nous appelions à la raison pour l’action dans l’intérêt commun national. La “tolérance” ou non dépend des efforts qu’on déploie pour la faire respecter et aussi d’un minimum de convergences ou non des positions défendues de part et d’autre. La formule de “soutien critique” qu’on retrouve souvent chez les commentateurs est en elle-même ambiguë, rigide, comme si elle définissait un moule pour toutes les situations et problèmes. Nous avons toujours appelé militants et citoyens à juger aux actes (à mon sens, c’est l’ABC d’une position marxiste). Ni nous supplions, ni ne voulons imposer : nous cherchons à formuler nos appels à l’action unie de façon réaliste, en évaluant comment les positions des autres formations et milieux (officiels ou non, à la base ou au sommet) convergent ou divergent avec les nôtres. Au cas par cas. Par exemple, l’aspect soutien peut l’emporter, pour la nationalisation des hydrocarbures. Par contre, notre critique ou opposition se dresse contre des actes répressifs ou limitant les libertés syndicales. On peut certes se tromper sur tel ou tel cas, dans un sens opportuniste ou sectaire, mais la démarche est tout le contraire de marchandages. La “tolérance” limitée que nous avons imposée pour nos activités n’a pas été un cadeau des pouvoirs, ce n’est pas du “donnant, donnant” de petite “boulitik”. C’est le résultat d’évolutions dans les rapports de force et les opinions, nous la faisions respecter aussi par le caractère responsable et non démagogique que nous cherchions à donner à nos initiatives et actions. Ce n’était pas pour les beaux yeux de l’administration que nos camarades se mobilisaient dans les volontariats à la campagne, aux côtés des paysans, partageant leurs dures conditions de vie, s’exposant aux répressions ouvertes ou insidieuses des services et milieux hostiles. Néanmoins, le jugement au cas par cas n’exclut pas une appréciation globale sur les positions d’ensemble et les évolutions du régime : négative envers le coup d’Etat et ses suites, plus positive quand il s’est rapproché des besoins sociaux, nettement négative quand les orientations de Chadli ont commencé franchement à détruire ou réprimer des acquis sociaux, démocratiques ou nationaux. Ce n’est pas une préférence ou une répulsion pour des personnes ou des clans, il s’agit d’encourager ou de dissuader des positionnements en fonction de critères bien clairs. Deux exemples : En 1974, nous avons à notre propre et seule initiative décidé de faire revenir à la vie légale, quels qu’en soient les risques, un peu moins d’une dizaine de nos cadres ou militants de base. Ils étaient épuisés par neuf années de clandestinité, avec des problèmes familiaux ou de santé sérieux alors qu’ils pouvaient œuvrer plus utilement au grand jour. Le climat y était plus favorable car la pression des opinions nationale et internationale, l’évolution du pouvoir après les nationalisations et la réforme agraire, etc, avaient fait reculer les courants les plus répressifs. Soucieux d’éviter des complications et provocations envers nos camarades (qui ont d’ailleurs eu lieu, pour Mustapha Kaïd, par exemple), nous en avons informé de notre décision Boumediene par l’intermédiaire d’un parent de Benzine. Il a fait savoir par le même canal qu’il n’y voyait pas d’empêchement, y compris pour la sortie de tous les clandestins, dont Sadek, mais qu’il ne sera nullement question de remettre en cause le “principe” du parti unique. Nous avons maintenu notre décision de sortie sans accepter la condition quel qu’en soit le risque pour les camarades sortants. Et pour qu’il n’y ait aucune équivoque, nous avons trouvé la façon de souligner que pour nous aussi, il n’était nullement question de renoncer au droit de notre parti à son existence, à la liberté d’expression et d’organisation. Pour le confirmer, plusieurs camarades dont moi-même, qui avions autant de problèmes de santé et familiaux que les autres, sommes restés quinze ans supplémentaires dans la clandestinité. Je dis bien quinze, en plus des neuf années écoulées, jusqu’à 1989. Au même moment, une grève se déroulait à la SNS Emballages Métalliques (ex-Carnot) à Gué-de- Constantine, dirigée par “Ramdane”, un camarade courageux et aimé des ouvriers. Des représentants de la Sécurité militaire se sont rendus chez Bachir Hadj Ali (revenu, depuis quelque temps, des prisons et résidences surveillées) pour lui faire comprendre que les autorités souhaitaient que nous intervenions pour assouplir la position des grévistes. L’allusion était claire au problème en suspens de nos camarades clandestins non encore sortis à la légalité. Pour nous, la grève était juste. Elle paraissait si importante dans le climat politique du moment que, pour marquer notre refus de tout marchandage ou compromission, et contrairement aux habitudes de retenue de notre parti en pareil cas (pour ne pas gêner les grévistes durant leur action) nous avons diffusé spécialement un tract appelant à poursuivre et intensifier notre solidarité envers cette grève, en expliquant les raisons de fond sociales et nationales de ce soutien. La grève s’est poursuivie plus forte que jamais, les travailleurs et nous-mêmes n’avons pas marchandé une fausse “paix sociale” ! Voilà le genre de faits que les rumeurs ne rapportent pas, profitant de ce que depuis des décennies nous sommes privés des moyens minima d’informer nos concitoyens. Quelles sont les origines et les motivations des “rumeurs” ? A côté de ceux qui ramassent et colportent passivement tout ce qui réjouit leur tempérament ou leurs opinions, plusieurs sortes de milieux fabriquent ou diffusent des rumeurs avec des intentions. Les déclarations et gestes des dirigeants du PCF qui chantaient les louanges du FLN et voulaient justifier leur capitulation intéressée devant ce système, nous ont porté un tort considérable. En effet, de nombreux compatriotes nous attribuaient les mêmes positions. Etant donné nos traditions de solidarité internationaliste et les préjugés et pratiques dépassées des années d’édification du PCA de 1936 à 1946, ils n’imaginaient pas que les communistes algériens pouvaient avoir des positions différentes ou même contraires à celles du PCF. D’autres partis communistes au pouvoir, qui comprenaient mieux nos positions, quand ils faisaient l’éloge de la coopération et de l’amitié d’Etat à Etat avec l’Algérie, laissaient planer la confusion du fait que leurs déclarations ne mentionnaient pas les relations entre nos partis, tenues à la discrétion alors que les relations de leurs partis avec le FLN étaient publiques. Autre chose : en Algérie même, il y avait les milieux de la police politique ou influencés par elle qui utilisaient ces rumeurs de complicité ou connivence avec Boumediene pour faciliter leurs propres pratiques. Des responsables administratifs ou économiques, voulant faire passer leurs orientations antisociales ou arbitraires en se prétendant mystérieusement proches du PAGS, les présentaient comme un besoin de discipline souhaitée par la direction du parti au nom de l’édification nationale. D’autres encore, infiltrés ou non dans les rouages du PAGS, utilisaient la confusion pour recruter à leurs services policiers des militants ou sympathisants du parti au nom d’intérêts communs et d’efficacité dans la lutte anti-impérialiste, etc. Un ancien du volontariat des jeunes m’a dit que, durant leurs campagnes, un de ces “responsables” se prévalait d’un marché conclu entre Boumediene et le PAGS, pour lui expliquer la consigne du parti (tout à fait justifiée) de ne pas recruter de paysans au PAGS en se prévalant du titre et des activités du volontariat. Quand je me suis renseigné quel était ce responsable, il s’est avéré être un agent avéré des services. Ayant remarqué à travers des rapports d’activité ses comportements suspects, je l’avais signalé à plusieurs reprises durant les années de clandestinité comme un policier potentiel qu’il était préférable de mettre sur des voies de garage. La naïveté ou des complicités à divers échelons ont fait que j’ai retrouvé plusieurs fois sa trace à des postes de responsabilité de plus en plus élevés, y compris à un échelon de direction régionale lors du retour à la vie légale. Lors de la crise de 1990-91, il a été de ceux qui, dans la presse publique, ont orchestré avec zèle la destruction du PAGS. Terminons cette série des confusions instaurées dans l’opinion, par la candeur inconsciente avec laquelle des responsables ou personnalités du PAGS s’affichaient publiquement, malgré nos remarques répétées, avec des agents notoires des services de sécurité chargés de coller à eux et à leur entourage.
Arezki Metref : Comment a-t-on ressenti au PAGS la disparition de Boumediene ?
Sadek Hadjeres : Comme une lourde perte pour le pays, en dépit des critiques que nous adressions au style autoritaire de son régime, préjudiciable même aux avancées qu’il avait amorcées. Le PAGS était resté interdit et plusieurs d’entre nous toujours clandestins. Sentimentalement, nous avons été émus par la vague des réactions d’affection envers Boumediene, elles exprimaient spontanément la peine et les interrogations des simples gens. Malgré les mécontentements, ils lui semblaient reconnaissants de leur avoir donné des éléments de dignité ou des raisons confuses d’espoir. C’est politiquement que nous étions inquiets pour les suites d’une perte survenue à un moment critique (dans l’opinion, il y a eu des interrogations et rumeurs sur les causes de sa maladie). Dans des confidences à ses proches lors de ses derniers déplacements officiels, Boumediene paraissait sceptique sur la rénovation d’un parti FLN à court terme (pas moins de quinze ans, estimait-il). En même temps, à propos du congrès de ce parti qui pointait à un horizon non encore précisé, des intentions de changements lui étaient prêtées dans le sens d’un assouplissement et contrôle du régime. Ces rumeurs semblaient confortées par une certaine démocratisation et une plus grande liberté d’action acquises dans le fonctionnement des organisations de masse, depuis que Messaâdia, le caporalisateur en chef avait été écarté de la direction du FLN et remplacé par Yahiaoui. Ce dernier apparaissait comme un populiste aux contours flous affichant des opinions de progrès. Au plan économique, des déclarations, notamment de Belaïd Abdesselam semblaient annoncer un bilan autocritique et une révision positive des sérieuses tares que le PAGS critiquait depuis longtemps, comme le gigantisme et des fuites en avant fortement inspirées par les monopoles occidentaux qui y trouvaient leur compte ; ainsi que le délaissement du social et l’hostilité au mouvement syndical dont il poursuivait avec acharnement la domestication. Ces intentions de réformes auraient-elles eu quelque avenir si Boumediene était resté en vie ? La question se posait du fait des difficultés et dangers de l’environnement international et des oppositions ouvertes ou plus sourdes émanant de l’extérieur et de l’intérieur du pouvoir visant simultanément aussi bien les pratiques autoritaires que les velléités timides de démocratisation. Nos craintes n’ont pas tardé à se confirmer.
3. LES ANNEES CHADLI, DEBUT DE LA FIN ?
Arezki Metref : Chadli a vite montré le glissement à droite ?

Sadek Hadjeres : Les premières mesures de Chadli montraient une accentuation des tendances négatives qui marquaient déjà précédemment le régime, mais opprimés et des exploités. La modernité, la mise à jour, pour les communistes, ne consiste pas à inventer des projets qui mettent les peuples et les travailleurs à la remorque des exploiteurs. Elle consiste à inventorier en quoi et comment l’exploitation capitaliste cherche à se perpétuer, en quoi et comment les approches bureaucratiques et hégémonistes, qui ne sont pas le monopole des systèmes capitalistes, peuvent aussi pervertir, freiner et même anéantir temporairement et localement les approches progressistes et communistes. Les problèmes de gestion et des mécanismes du pouvoir ont été une question relativement neuve pour les communistes dans la période ouverte avec succès par la révolution d’octobre 1917. L’expérience acquise depuis confirme qu’elle doit être approfondie dans le sens démocratique qui est la raison d’être de ce mouvement. L’organisation est-elle et doit-elle rester un instrument au service du mouvement social ou bien se transforme-t-elle fatalement en appareil de contrôle et de domination sur le mouvement social ? Il était grand temps pour que les mécanismes d’interactions entre la base sociale et les organisations militantes ou institutionnelles soient étudiés et maîtrisés ; pour que le communisme soit, comme le concevait Marx, réellement le mouvement social de l’Histoire et ne se pervertisse pas, comme dans les systèmes exploiteurs où ces dérives sont structurelles, en phénomènes qui se sont retournés contre les intérêts de ce mouvement. Prenons le simple exemple du centralisme démocratique. Il est pleinement valable tant qu’il implique à la fois le débat réel et la discipline dans l’application des orientations majoritaires librement adoptées. La déficience à corriger est que les points de vue, y compris ceux non adoptés, doivent être portés à la connaissance de toute la base militante. C’est la condition majeure pour que les organisations s’améliorent au fur et à mesure des expériences, à la lumière des succès ou échecs rencontrés. Arezki Metref : Vous restez donc communiste ? Sadek Hadjeres : Dans “rester”, il y a un risque de comprendre ce choix comme un attachement conservateur à tout ce qui a été dit, fait et pensé au nom du communisme. Mais continuer, ce n’est pas non plus faire n’importe quoi au nom de l’innovation, c’est-à-dire rejeter ce qu’il y a eu de meilleur dans les combats et les réalisations passées. Ce n’est pas non plus forcément ou seulement endosser une étiquette, un parti, un titre, exercer une responsabilité opérationnelle ou organique. Bien entendu, on ne peut rien faire sans organisation, mais tout dépend si le type et le fonctionnement de l’organisation se conforment ou non aux orientations démocratiques et sociales proclamées. Mon engagement de fond demeure, même s’il ne s’identifie pas à une intégration organique quelconque. J’annonçais clairement ce souhait plusieurs années avant le retour à la légalité à des camarades qui considéraient avec intérêt ce projet personnel de reconversion militante sous d’autres formes. Je l’ai confirmé par écrit plus d’un mois avant le Congrès et m’y tiendrai, en fidélité à l’engagement communiste. Arezki Metref : Avez-vous des fiertés particulières ou des regrets en particulier ? Sadek Hadjeres : Une fierté m’a toujours aidé à vivre les pires moments. Celle de ne jamais avoir accepté l’injustice, l’arbitraire. D’être resté sensible au sort de mes semblables. De pouvoir regarder en face mes compatriotes ou camarades et garder un sourire amical pour ceux qui n’ont pu éviter d’être abusés ou contraints à des renoncements momentanés ou durables. Je me dis et le dis à ceux avec qui nous avons partagé les épreuves : il ne sert à rien de larmoyer face aux revers, ça n’avancera pas d’un centimètre la cause et les espérances qui sont encore tapies en nous. Ce qui compte : s’instruire de nos expériences, en discuter et en instruire ceux qui n’en ont pas eu suffisamment. J’en ressens la pressante importance, car le trajet perturbé du mouvement social et communiste en Algérie n’a pas permis à beaucoup de nos devanciers de laisser à ma propre génération les riches enseignements de leurs luttes. Quant aux regrets, il n’en manque pas. L’important est qu’ils ne soient pas paralysants. D’abord, et c’est le cas de tous les humains honnêtes, que les choses souhaitées n’aient pas avancé plus vite, dans le monde et chez nous. Personnellement, il m’a coûté beaucoup aussi de ne pas avoir mené plus loin les travaux scientifiques prometteurs de ma jeunesse. Mais la lutte sociale, avec ses satisfactions et ses déboires, est intellectuellement tout aussi passionnante et moralement réconfortante. Un regret m’a torturé depuis que mon engagement social commencé à l’âge de quinze ans est devenu plus poussé du fait des circonstances successives et a avalé énormément de ce à quoi aspire tout être humain. Je n’ai pas pu ou su donner aux êtres chers que j’ai aimés et à mes parents, à mes frères, sœurs et enfants, autant d’affection, de temps et d’attention, y compris aux moments cruciaux où ils auraient eu le plus besoin de moi. Une chose m’aide, non pas à atténuer ces regrets mais à vivre à côté d’eux. L’idée que j’ai contribué, à ma mesure, à des avancées qui ne sont pas facilement perceptibles à l’échelle d’une seule ou deux génération mais qui, au-delà de nos impatiences légitimes, sont objectivement indéniables. Depuis les années quarante et à travers dangers, tragédies et reculs temporaires, la spirale des droits humains au mieux-être, à la sécurité, à la paix, à la liberté, à la dignité, n’a cessé d’être ascendante. Même les réactionnaires n’osent plus se vanter de leurs méfaits et se croient obligés de parler un autre langage. C’est le moment de ne pas s’endormir sur ce constat, de garder intacte une saine impatience comme nos grands-parents chez qui dans la pire nuit coloniale la flamme de l’espoir ne s’est jamais éteinte. Ils ont eu raison contre les “réalistes”, les désespérés ou les timorés.


Les Racines escamotées se l’Europe

 

Benoît XVI et son intransigeante volonté de christianiser l’Europe en excluant huit siècles d’apports islamiques ! Les Racines Escamotées de l’Europe Par Zeinab ABDELAZIZ Professeur de civilisation Française Le samedi 24 mars 2007 Benoît XVI a fait un discours particulièrement critique et alarmant, sur la construction européenne, à l’occasion du cinquantième anniversaire des Traités de Rome. Un discours dans lequel il donne suite à son intransigeante volonté de voir mentionnée la référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans la nouvelle Constitution. Le pape commence par préciser que durant ces 50 ans, le continent européen a parcouru un long chemin qui a conduit à la réconciliation des deux poumons, l’Orient et l’Occident, « unis par une histoire commune mais arbitrairement séparés par un rideau d’injustice » !.. Accusant l’Europe d’oublier son identité forgée par le christianisme, de commettre une sorte « d’apostasie », terme particulièrement dur de la part d’un pape, « apostasie de soi-même, plus encore que de Dieu », il se lance dans une énumération de mises en garde révélatrices, signalant : le déclin démographique ; l’acheminement sur une voie qui pourra porter l’Europe à disparaître de l’histoire ; le processus même de l’unification, qui n’est plus partagé par tous ; les chapitres du projet européen écrits sans tenir compte de l’attente des citoyens ; la maison européenne qui ne peut être construite si l’on oublie l’identité propre du continent ; soulignant l’identité historique et morale avant d’être géographique, économique ou politique ; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle historique et fondateur dans les débats de l’Europe. Ces valeurs, constituant l’âme du continent, doivent rester dans l’Europe du troisième millénaire, précise-t-il , puis critique le pragmatisme qui finit par nier aux chrétiens le droit même d’intervenir comme tels dans le débats public ; insiste sur la sauvegarde, dans l’espace européen, du droit à l’objection de conscience, chaque fois que les droits humains fondamentaux seront violés et, pour terminer, met en garde de la mentalité « d’être assiégé, d’être une minorité » ! Autrement dit : en reniant sa chrétienté, l’Europe commettrait un péché mortel. D’un autre côté, encore plus de moyens pour cerner la présence de l’Islam et des musulmans en Europe… A la suite du discours : un message pour Berlin, dans lequel les évêques demandent, précisément, une référence explicite à l’héritage chrétien du continent, car « l’Eglise catholique doit accompagner, sur un mode critique parfois, la construction européenne ». Un message de Mgr Dominique Mambarti, accuse le Parlement européen « d’attaques contre l’Eglise ». Même tonalité exprimée par Romano Prodi, qui a confié qu’il regrette lui-même l’absence de référence aux racines chrétiennes européennes, en précisant que : « Ce qui me préoccupe le plus dans la défense sereine et tranquille de nos propres valeurs est la mentalité d’être assiégé, d’être une minorité, que je vois également dans le monde chrétien »… De son coté, Angéla Merkel, protestante et fille de pasteur, promet de rouvrir le débat sur ce sujet afin qu’il soit fait mention des racines chrétiennes de l’Europe dans le projet de la nouvelle Constitution, – ce que la France et la Hollande avaient déjà refusé. Nul besoin de faire une analyse de texte pour voir l’étendu d’une inébranlable volonté, concertée d’ailleurs, pour imposer la mention de l’identité chrétienne et éloigner l’apport de l’Islam. Nul besoin d’être exégète pour voir à quel point toutes ces données s’éloignent de la vérité historique, ou pour placer ce discours dans l’ensemble de cette lignée de textes et d’attitudes au cours desquels Benoît XVI, tout comme son prédécesseur, insiste à éradiquer l’Islam et la civilisation islamique de l’Europe ! Ce qui représente d’ailleurs une mise en pratique des décrets de Vatican II, qui imposa l’évangélisation du monde ! Avec tout le respect dû aux connaissances théologiques et culturelles du pape, ou au poste qu’il occupe, je me permets de dire, en tant que musulmane et professeur de civilisation française, qu’il se trompe historiquement, scientifiquement et spirituellement. Car l’Europe, ou plutôt tout l’Occident dans son ensemble, a été édifié non seulement sur l’apport indéniable de l’Islam, mais aussi sur la diversité d’autres cultures. Il est manifestement reconnu, par tous ceux qui tiennent à la probité scientifique de la documentation historique, que la tradition musulmane a profondément contribué à l’émergence de l’Europe et de l’Occident. C’est grâce aux penseurs arabes que l’Europe a connu le rationalisme auquel le pape a consacré sa conférence de Ratisbonne. Conférence au cours de laquelle il a rappelé à ses auditeurs leur identité chrétienne, en passant carrément à la tradition rationaliste grecque, pour déclarer que l’identité européenne est chrétienne par la foi, grecque par la raison philosophique, sans oublier de souligner que l’Islam, qui ignore la raison, est étranger à l’identité européenne ! Est-il besoin de rappeler à sa sainteté que le premier mot de la Révélation du Qur’âne est l’impératif du verbe lire ? ! L’Islam incite à la lecture, à l’étude, à la connaissance, à faire fonction de la raison et n’incite point à l’obscurantisme ? On ne peut s’empêcher de voir dans tous ces textes, et surtout dans ce discours, un message alarmant et périlleux à la fois, un message qui porte atteinte à l’approche historique et à la définition de l’identité européenne. Le choix des termes est profondément révélateur d’une intention prête à tout, pour s’imposer, prête à tout, pour exclure l’Islam du patrimoine européen ! Du point de vue historique, il serait peut-être utile de citer l’Historien Dozy, qui écrit dans son Histoire des musulmans d’Espagne, en 1860, une description profonde des évènements : « La conquête arabe fut un bien pour l’Espagne : elle produisit une importante révolution sociale, elle fit disparaître une grande partie des maux sous lesquels le pays gémissait depuis des siècles (…) Les Arabes gouvernaient selon la méthode suivante : les impôts étaient tout à fait réduits par rapport à ceux des gouvernements précédents. Les arabes enlevèrent aux riches la terre (qui, partagée en immenses domaines de la chevalerie, était cultivée par des fermiers serfs ou des esclaves mécontents), et la répartirent également entre ceux qui travaillaient le sol. Les nouveaux propriétaires en obtinrent de meilleures récoltes. Le commerce fut libéré des limitations et des lourdes taxes qui l’écrasaient, et se développa notablement. Le Coran autorisait les esclaves à se racheter moyennant un dédommagement équitable et cela mit en jeu de nouvelles énergies. Toutes ces mesures provoquaient un état de bien-être général qui fut la cause du bon accueil fait au début de la domination arabe. » (t. II, p. 43). A quoi il serait intéressant d’ajouter une citation du grand écrivain espagnol, Blasco Ibanez (1867-1928), qui porte témoignage pour son propre pays : « En Espagne, la régénération n’est pas venue du Nord, avec les hordes barbares : elle est venue du Midi avec les Arabes conquérants (…). C’était une expédition civilisatrice beaucoup plus qu’une conquête (…). Par là s’introduisait chez nous cette culture, jeune, robuste, alerte, aux progrès étonnamment rapides, qui, à peine née, triomphait ; cette civilisation qui, créée par l’enthousiasme du Prophète, s’était assimilé le meilleur du judaïsme et la science byzantine, et qui, au surplus, apportait avec elle la grande tradition hindoue, les reliques de la Perse, et beaucoup de choses empruntées à la Chine mystérieuse. C’était l’Orient pénétrant en Europe, non comme les Darius et les Xerxès, par la Grèce qui les repoussait afin de sauver sa liberté, mais par l’autre extrémité, par l’Espagne, qui, esclave de rois théologiens et d’évêques belliqueux, recevait à bras ouverts ses envahisseurs. En deux années, ceux-ci s’emparèrent de ce que l’on mit sept siècles à leur reprendre. Ce n’était pas une invasion qui s’imposait par les armes, c’était une société nouvelle qui poussait de tous côtés ses vigoureuses racines. Le principe de la liberté de conscience, pierre angulaire sur laquelle repose la vraie grandeur des nations, leur était cher. Dans les villes où ils étaient les maître, ils acceptaient l’église du chrétien et la synagogue du juif. » Et d’ajouter un peu plus loin : « Du VIIIe au XVe siècles, se construira et se développera la plus belle et la plus opulente civilisation qu’il y ait eu en Europe durant le Moyen Age. Tandis que les peuples du Nord se décimaient par des guerres religieuses et se comportaient en tribus barbares, la population de l’Espagne s’élevait à plus de trente millions d’habitants, et dans cette multitude d’hommes se confondaient et s’agitaient toutes les races et toutes les croyances, avec une variété infinie d’où résultaient les plus puissantes pulsations sociales (…). Dans ce fécond amalgame de peuples et de races coexistaient toutes les idées, toutes les coutumes, toutes les découvertes accomplies jusqu’alors sur terre, tous les arts, toutes les sciences, toutes les industries, toutes les inventions, toutes les disciplines anciennes ; et du choc de ces éléments divers jaillissaient de nouvelles découvertes et de nouvelles énergies créatrices. La soie, le coton, le café, le citron, l’orange, la grenade arrivaient de l’Orient avec ces étrangers, comme aussi les tapis, les tissus, les métaux damasquinés et la poudre. Avec eux encore la numération décimale, l’algèbre, l’alchimie, la chimie, la médecine, la cosmologie et la poésie rimée. Les philosophes grecs, près de disparaître, trouvaient le salut en suivant l’Arabe dans ses conquêtes : Aristote régnait à la fameuse université de Cordoue… » (Dans l’ombre de la cathédrale, pp. 201-204). Citation un peu longue, mais combien révélatrice, de la part d’un des plus grands écrivains que l’Espagne ait connu à la fin du XIXe siècle. Citation qui répond à nombre de données amputées ou altérées, que ce soit dans le discours du pape ou ailleurs. L’Islam, en fait, crée une civilisation nouvelle, ayant comme pivot, l’Unicité de Dieu. Une civilisation où la conception de l’unité, comme acte d’unification dans tous les domaines, permet de renouveler les cultures antérieures. Contrairement à la conception dualiste de la culture grecque, la vision islamique est foncièrement unitaire : le monde sensible n’est jamais séparé ni de l’intelligible ni de Dieu. C’est pourquoi la science prend un caractère expérimental, contrairement au caractère spéculatif chez les grecs. Ce qui permit la création d’une impressionnante quantité de découvertes, en faisant admirablement le lien entre la Science, la Sagesse et la Foi. Ce qui fait dire à Roger Bacon (1220-1292), franciscain, pionnier de la méthode expérimentale dans les sciences en Europe et surnommé « le Docteur admirable » indique, dans son « Opus majus », qu’il n’hésite pas à copier des pages entières d’Ibn Haytham (latinisé en Alhazen), ou de préciser : « La philosophie est tiré de l’Arabe et aucun Latin ne pourrait comprendre comme il convient les sagesses et les philosophies s’il ne connaissait pas les langues dont elles sont traduites ». Est-il besoin de répéter ou de souligner une vérité historique, vécue et reconnue ? En fait, L’Europe n’a connu le patrimoine grec que grâce à l’effort gigantesque des musulmans, qui ont traduit et développé tous les domaines de l’héritage grec, et l’héritage grec a été traduit de l’arabe vers le latin. C’est la présence charnière du huit siècles, qu’une attitude peu voyante et nullement reconnaissante, essaye d’escamoter… Mais, « Quelle que soit la façon dont on juge l’influence musulmane, quelques violentes qu’aient été la réaction contre elle et la façon de s’en débarrasser, on ne peut le nier : « l’Europe ne serait pas exactement ce qu’elle est si elle n’avait pas connus l’Islam. Il appartient à son patrimoine », écrit justement Jean-Paul Roux, dans la préface de L’Islam en Europe. D’un autre côté, en un temps où l’église romaine imposait l’obscurantisme, empêchait ses adeptes de lire, brûlait les livres et incendiait les bibliothèques, ou plus précisément, à une époque où l’Europe ne savait pas lire, les bibliothèques se multipliaient dans tout le monde arabe. La bibliothèque d’Al-Aziz, le calife du Caire, comptait un million six cent mille volumes, dont six mille de mathématiques et dix-huit mille de philosophie. Celle du calife Al-Ma’moun, intitulée « La Maison de la Sagesse », rassemblait un million d’ouvrages, outre une centaine de bibliothèques dans la ville. Pour ne rien dire de l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie incendiée par les prêtres de l’église, bien avant l’arrivée de l’Islam. En Iraq, la bibliothèque de Nasser Eddin El-Toussi comprenait quatre cent mille ouvrages. Dans l’Espagne musulmane, la bibliothèque du calife Al-Hakem, à Cordoue, réunissait quatre cent mille volumes. L’Université musulmane de Cordoue, au Xe siècle, a rayonné une des plus belles floraisons de la culture sur trois continents, sous une forme totale, à travers la science, la sagesse et la foi. Il n’est pas lieu, dans cet article, de mentionner tous les auteurs arabes qui fondèrent cette incomparable civilisation, mais citons à titres d’exemples : Abou Bakr ebn Tofayl (occidentalisé en Abubacer) mort en 1185, médecin et philosophe. Aboul Qasim al-Zahrawi (Abulcasis) mort en 1010, médecin et grand chirurgien. Al-Battani (Albatenius) mort en 929, grand astronome. Abou Ma’shar (Albumasar) mort en 886, considéré comme le plus grand astrologue. Al-Kindi (Alchindus), mort en 873, considéré comme le père de la philosophie. Al-Khawarizmi (Alchoarism) mort en 847, fut le premier musulman à s’occuper d’algèbre. Al-Farghani (Alfraganus), mort en 861, grand astronome. Al-Ghazali (Algazel) mort en 1111, philosophe et théologien. Al-Razi (Rhazès), mort en 865, grand médecin, surnommé « le Galien arabe ». Al-Bytrugi (Alpetragius), mort en 1204, philosophe et astronome. Al-Farabi (Alpharabius), mort en 950, philosophe et musicien, écrivit plusieurs traités sur la théorie mathématique de la musique et des instruments musicaux. Ibn Bagah (Avempace), mort en 1138, médecin et philosophe. Al-Zarqali (Azarkiel) grand astronome d’Espagne, connu pour ses tables astronomiques dites : Tabulae Toletanae. Pour ne rien dire d’Ibn Rushd (Avéroès), mort en 1198, et Ibn Sina (Avicenne), mort en 1037, tout deux grands médecins et philosophes. Est-il besoin d’ajouter que les œuvres de tous ces philosophes, ces savants et ces hommes de sciences ont été traduits en latins, étaient étudiés en Europe jusqu’au XVIIIe et XIXe siècle, furent à l’origine de la plupart des découvertes et exercèrent une grande influence sur les sciences latines et byzantines ? ! Avant de passer au domaine du spirituel, on ne peut s’empêcher d’attirer l’attention sur cette attitude peu probe de latiniser tous les noms propres musulmans, afin d’éradiquer toute relation de l’Europe avec l’Islam ou de biffer tout ce que l’Europe doit à l’Islam et aux musulmans. N’est-il pas temps de les transcrire phonétiquement comme on les prononce ? N’est-il pas temps de rendre à tous ces savants, qui formèrent une des plus brillante civilisation de l’histoire, fondatrice de l’Europe, leur identité islamique dérobée le long des siècles, à commencer par le nom de Mohammad, distordu en « Mahomet » ? « L’injustice, écrit Ibn Khaldoun dans sa fameuse Moukaddima, détruit la civilisation ». Il serait peut-être utile de rappeler qu’avant l’arrivée de l’islam, l’Espagne était un pays occupé par les Wisigoths depuis plus de deux siècles. Ils étaient des occupants, qui exploitaient le pays en s’emparant des deux tiers de la terre, et exerçaient une incessante persécution. Le code Justinien définissant la propriété comme « un droit d’user et d’abuser » (jus utendi et abutendi). Dans le domaine spirituel, signalons qu’en Andalousie, l’opposition entre le monothéisme et le polythéisme était fort antérieure, non seulement à la pénétration de l’Islam, mais aux controverses entre chrétiens trinitaires, divinisant Jésus, et adeptes d’Arius, refusant cette « consubstantialité ». Le Concile de Nicée, en 325, avait divisé les chrétiens, en condamnant Arius, qui refusait la déification de Jésus, comme le sera Nestorius, un siècle plus tard, qui refusait le dogme de la Passion et refusait que la Vierge portât le nom de « Mère de Dieu ». Ces condamnations n’empêchèrent point l’expansion des deux courants, et surtout celle de l’Arianisme, qui se propagea en Europe et continue d’ailleurs jusqu’à nos jours quoiqu’en sourdine ; alors que le nestorianisme se propagea en Perse. Il ne serait peut-être pas hors sujet de rappeler que l’arianisme, tenant essentiellement à l’Unicité de Dieu, était la raison pour laquelle Cathares, Bogomiles, Templiers et autres ont été éradiquées de sur la terre ! Il n’est pas question de signaler, ici, le nombre de sectes ou « d’hérésies » qu’a connu le Christianisme primitif durant les premiers siècles. Il suffit de rappeler que Jean Damascène, dans la première moitié du huitième siècle, dans son ouvrage intitulé « De haeresibus », parle de cent hérésies, et traite l’Islam, qu’il place le dernier en nombre, comme une hérésie chrétienne proche d’Arius ! Un siècle plus tard, la « Chronographie de Théophane » apporta à l’Occident des informations au sujet de l’Islam et du prophète Mohammad en particulier : « Par ce texte, écrit Philippe Sénac, l’on apprit qu’en l’année 622 était mort un faux prophète issu de la famille d’Ismaël » (L’Image de l’autre, p. 30)… Monseigneur Duchêne, dans ses études sur la situation des églises au VIIe siècle, cite Michel le Syrien qui apprécie en ces termes la pénétration des musulmans : « … le Dieu des vengeance… voyant la méchanceté des Romains qui, partout où ils dominaient, pillaient cruellement nos églises et nos monastères et nous condamnaient sans pitié, amena du Sud les fils d’Ismaël pour nous délivrer par eux. » (R. Garaudy, L’Islam vivant, p. 15). C’est dans un contexte agité entre sectes et églises, chrétiennes, que l’anglais John Wycliffe (1324-1384) clamait tout haut, ce que beaucoup de chrétiens pensaient tout bas. Classé comme hérétique par l’église, car il refusait les dîmes, les bénéfices ecclésiastiques et les offrandes imposées, soulignait l’inutilité du pape, des évêques et du clergé en général, et trouvait que l’église tout entière était dans l’erreur. « Pour accréditer cette opinion, écrit Philippe Sénac, il élargit le débat en faisant références à d’autres sectes, à l’Islam en particuliers. Nous sommes les Mahomets de l’Occident, affirmait-il, car pour lui rien ne différenciait vraiment l’Islam de l’Eglise européenne. » (L’Image de l’autre, p. 141). Ressemblance qu’il trouvait surtout dans une église qui refuse la déification de Jésus… Citations que nous relevons pour montrer que durant le Moyen Age, il était partout connu encore, que les musulmans sont les descendants d’Ismaël, le fils aîné d’Abraham… Un nom que l’Eglise a intentionnellement éliminé, non seulement de ses textes, mais surtout dans cette fameuse déclaration intitulée « Nostra Aetate », formulée à Vatican II, que l’ont affiche, tel un mot de passe, chaque fois qu’il est question des relations de l’église avec l’Islam. Lire les travaux de rédaction de ce texte, écrit par le père R. Caspar (pp. 201-236), dans le livre intitulé « L’Eglise et les relations non chrétiennes », révèle à quel point le manque de probité historique était prioritaire pour éloigner toute parenté avec Abraham ou Ismaël, son fils aîné, et tout lien des musulmans avec le monothéisme ! En Espagne, où l’arianisme était en expansion, jusqu’à un siècle et demi après l’arrivée de l’Islam, toutes les polémiques des théologiens chrétiens n’avaient affaire qu’avec l’arianisme. Aucun théologien ne discute de l’Islam qui, à leur avis, ne fait qu’un avec l’arianisme. C’est pourquoi, du point de vue spirituel, face à deux empires en décadence sociale et spirituelle, l’Islam n’apparaît pas comme une religion nouvelle se substituant à une foi antérieure. Il est accueilli avec enthousiasme par des peuples en qui la foi ancienne, le christianisme, et les massacres inouïs commis par ses institutions, cessent de donner une âme à leur vie. L’Islam constitue, pour ces peuples, un réveil religieux qui donne une vie nouvelle à leur religiosité. C’est ce qui explique et justifie, en même temps, pourquoi tous ces différents peuples, de l’Indus jusqu’en Espagne, en passant par tout le Midi de l’Europe, accueillaient les musulmans en libérateurs, en hommes de foi, qui respectent celle des autres et la raniment à la lumière de l’Islam. Il ne serait donc point superflu de préciser que si le Christianisme a contribué à constituer l’identité européenne, c’est incontestablement grâce à l’apport de l’Islam et des musulmans que cela a pu être réalisé. En terminant ce bref commentaire au discours de Benoît XVI, je ne peux que lui dire, avec tout le respect qui lui est dû : Vénérable Père, quand on occupe un poste aussi altissime et absolu que le vôtre, équité exige une probité sans faille : Extirper huit siècles de la présence fondatrice de l’Islam en Europe, veut non seulement dire amputer une tranche essentielle du patrimoine européen, mais contredit la marche de l’Histoire humaine, et contredit même les textes bibliques. Textes qui prouvent encore, en dépit des remaniements tant de fois opérés, la place magistrale d’Ismaël, fils aîné d’Abraham, et son fils Kedar, l’ancêtre du prophète Mohammad. Extirper huit siècles du patrimoine européen veut dire carrément commettre une contrefaçon historique et spirituelle. Une brève récapitulation de l’histoire biblique démontre que Saraï (Gen.16 : 3) donna sa servante « pour épouse à son mari ». Epouse, et non concubine : un prophète ne commet point d’adultère. L’Alliance, c’est-à-dire la circoncision, eut lieu entre Dieu et Abraham (Gen. 17 : 1-27), alors qu’Ismaël avait 13 ans, et fut circoncis, un an avant la naissance d’Isaac. Le droit d’aînesse (Deut. 21 : 15-17) accorde au fils aîné une double part de tout ce que le père possède : « Si un homme a deux femmes, l’une qu’il aime et l’autre qu’il n’aime pas, et que la femme aimée et l’autre lui donnent des fils, s’il arrive que l’aîné soit de la femme qu’il n’aime pas, cet homme ne pourra pas, le jour où il attribuera ses biens à ses fils, traiter en aîné le fils de la femme qu’il aime, au détriment du fils de la femme qu’il n’aime pas, l’aîné véritable. Mais il reconnaîtra l’aîné dans le fils de celle-ci, en lui donnant double part de tout ce qu’il possède : car ce fils, prémices de sa vigueur, détient le droit d’aînesse ». La descendance d’Ismaël se trouve en détails (Gen. 25 :12-16), et à la mort d’Abraham (Gen. 25 : 9),  » Isaac et Ismaël, ses fils, l’enterrèrent dans la grotte de Makpéla » … L’altération des textes n’est pas la faute des musulmans, à commencer par cette toute dernière citation, où le nom d’Isaac a précédé celui d’Ismaël pour le doter injustement du droit d’aînesse ! Là je me permets d’ajouter : au lieu de continuer à maintenir ce rôle d’annihilation, qui se mène depuis des siècles à l’égard de l’Islam et des musulmans, n’est-il pas plus humain, voire beaucoup plus correcte, du point de vue historique et spirituel, de faire le même geste comme vous, en tant qu’Eglise, avez déjà fait en réhabilitant les juifs du meurtre déicide ? Vous avez déjà pu courageusement surmonter deux mille ans d’animosités, même au détriment des textes sacrés et leurs centaines d’accusations claires et nettes. N’est-il pas temps de faire le même geste conciliateur avec les musulmans, qui ne cessent d’être traqués, rien que parce qu’ils tiennent au vrai monothéisme, tel qu’il a été révélé, et à la transcendante Unicité de Dieu ? ! Si nous faisons table rase de tous les détails, pour voir à vol d’oiseau l’histoire du monothéisme, qu’en ressortira-il ? Il fut d’abord révélé à Moïse, en tant que prophète, puis, quand les juifs dévièrent du droit chemin, tuèrent les prophètes sans juste raison, Jésus, en tant que prophète, a été envoyé aux brebis égarées d’Israël pour les ramener vers le chemin de la droiture, et non pour évangéliser le monde ! Quand les chrétiens dévièrent du droit chemin, en déifiant Jésus, trois siècles après son départ et en formulant des dogmes qu’il n’a point prononcés, Mohammad, en tant que prophète, a été envoyé avec la Révélation du Qur’âne. Un texte qui n’a point subi de modifications, mais qui dénonce toutes sortes de manipulations effectuées dans les deux précédents messages du Monothéisme. Et là réside, hélas, la vraie cause pour laquelle Islam et musulmans ont été mis à l’index. N’est-il pas temps d’écarter « ce rideau d’injustice arbitrairement imposé », comme vous l’avez fait avec les deux poumons du christianisme, afin de réunir la famille d’Abraham, au lieu de continuer à écarter les enfants d’Ismaël ? ! Oui, Vénérable père, nous sommes tous cousins ! Et il vous incombe de les réconcilier sans animosité et sans contrainte… La religion étant pour Dieu, la terre est pour tout le monde, quelle que soit la croyance de ses habitants. Nulle contrainte en la religion, croira qui voudra et mécroira qui voudra, précise le Qur’âne. Au lieu de cette volonté de fer pour évangéliser le monde, au lieu de présenter l’aide d’une main, à tous ces déshérités du tiers-monde, et imposer baptême et conversion de l’autre, n’est-il pas temps de pratiquer une vraie tolérance ? ! Ce n’est pas en faisant des projections de tous les revers qu’a connus le Christianisme, sur l’Islam et les musulmans, en reformulant faussement l’histoire et la religion, en exterminant les musulmans ou en évangélisant toute la terre que le monde va s’améliorer, mais en pratiquant la Tolérance, l’Equité et le Chemin de la Rectitude. C’est ce qui vous incombe à faire avec un humanisme digne du poste que vous présidez.

 

Se faire aimer plutôt que faire peur

 
par Bassam Bounenni bbounenni@yahoo.fr «Nous devons nous faire aimer, pas faire peur». Cette expression est attribuée au mafioso, Nino Rotolo, incapable de recruter pour Cosa Nostra, la mafia sicilienne, qui a déferlé la chronique italienne et internationale, depuis Al Capone, un de ses «symboles» aux Etats-Unis, jusqu’à Don Bernardo Provenzano, arrêté le 11 avril 2006, après plus de 45 ans passés en clandestinité. L’organisation criminelle, faut-il le rappeler, a tenu en otage plus de 5 millions de personnes: les Siciliens. La «Trinacria» peine d’ailleurs à rebondir et demeure ainsi l’une des régions les plus pauvres d’Italie. Mais, aujourd’hui, Cosa Nostra n’est plus que l’ombre d’elle-même. C’est l’assassinat du juge Giovanni Falcone, le 23 mai 1992, qui a permis aux services anti-mafia italiens de mettre la main sur l’organisation. Mais, qui aurait cru que Cosa Nostra allait cesser d’exister, ou du moins de nuire ? Dans un « pizzino », ce message chiffré soigneusement plié en quatre et enrobé de scotch, Matteo Messina Denaro, l’un des prétendants au siège de Parrain, écrit à Don Bernardo, aujourd’hui en prison : « Notre société a perdu sa force contractuelle ». Pourtant, Cosa Nostra s’identifie à une doctrine plus religieuse que criminelle, laquelle doctrine qui doit assurer, en principe, la continuité de l’organisation, tant qu’il y a toujours des « croyants ». Il y a déjà ce personnage du parrain qui exerce un paternalisme sur ses « sujets » plutôt qu’un pouvoir ou une autorité. Un paternalisme qui débute, d’ailleurs, à partir du baptême. Il y a également la récurrence du champ religieux. La tradition veut, par exemple, que les « pizzini » finissent par une bénédiction et l’invocation d’un « Dieu miséricordieux qui nous aide ». Mais, qu’est-ce que Cosa Nostra, comparée aux nouvelles organisations qui, somme toute, se prétendent être l’émanation d’un Islam militant et offensif ? Le champ lexical religieux est omniprésent dans les messages d’Al Qaida et les sous-organisations qui s’y identifient. La hiérarchie y est également respectée. Mais, contrairement aux organisations mafieuses – dont Cosa Nostra -, Al Qaida frappe un peu partout dans le monde, de New-York à Djerba, en passant par Bagdad, pour arriver à Bali. D’où l’incapacité des services de sécurité du monde entier de localiser leurs « vis-à-vis » ou d’anticiper – un tant soit peu – leurs plans. Contrairement à Cosa Nostra, également, les organisations telles qu’Al Qaida, ne sont pas à cours d’effectifs. Au contraire, ils bénéficient de la présence de « bailleurs de volontaires » un peu partout dans le monde. Des volontaires qui sont prêts à opérer n’importe où dans le monde. Ce qui n’est pas le cas de Cosa Nostra, dont les branches s’identifient à des localités. On distingue, en effet, la branche du village de Corleone ou celle de la ville de Palerme. A son apogée, l’organisation criminelle a œuvré de manière à assurer aux Siciliens une vie digne, en l’absence de l’Etat qui a accepté – à tort ou à raison – de démissionner de l’île. Les flux migratoires des Siciliens ont, donc, été assurés par Cosa Nostra. Logements et emplois ont été fournis aux prétendants à l’immigration, notamment en Amérique du Nord. Les banques et les établissements publics en Sicile se sont vus renforcés, également, par un personnel exclusivement sicilien, Cosa Nostra ayant toujours eu accès aux plus hautes sphères de l’Etat. Autant de « bienfaisance » qui demeure toutefois criminelle. Mais, qu’offre-t-on, côté Al Qaida et compagnie, à part les promesses de paradis ? De telles organisations peuvent-elles apporter quelque bien – même sur une base criminelle de « séduction » – aux bidonvilles de Casablanca ou d’Amman, où de telles organisations recrutent ? Côté Cosa Nostra, on a toujours évité la confrontation avec l’Etat. D’ailleurs, c’est la série d’attentats, en 1992, qui a donné le coup de grâce à l’organisation, dont la « Coupole » – le Conseil des chefs – ne s’est pas tenue depuis 1993. Chez Al Qaida et Cie, la confrontation avec l’Etat devient sa raison d’être. Donc, on est loin, aujourd’hui, du « Nous devons nous faire aimer, pas faire peur » – s’apparentant à un Mea Culpa sicilien – côté Al Qaida et Cie. D’autant plus que les Etats arabo-musulmans sont loin d’assurer une alternative aux « volontaires ». Car, si la confrontation avec l’Etat a précipité l’effondrement de Cosa Nostra, il n’en est pas moins vrai que la consolidation de la démocratie en Italie a donné aux Siciliens une marge de manœuvre – quoique limitée – qui s’est manifestée, notamment, par le refus des nouvelles générations de se mettre au service du « parrain » et de renier son « autorité morale ». C’est ainsi qu’on lit sur un « pizzino » de Matteo Messina Denaro : « Les remplaçants et les remplaçants des remplaçants ne sont pas à la hauteur ». Est-on, donc, condamné, dans l’espace arabo-musulman, à connaître le même sort de la Sicile et des Siciliens ? Doit-on souffrir pendant des décennies pour comprendre que cette voie ne mène qu’au nihilisme ? Aujourd’hui, on l’entendra assez souvent en Italie : la Sicile, c’est la risée du pays. Un constat qui doit inspirer les décideurs, dans l’espace arabo-musulman, ainsi que la société civile et autres instances religieuses, avant qu’il ne soit trop tard. C’est un grand menu qui devra commencer par une dose d’ouverture politique, une pincée de tolérance et un zeste de justice sociale. Le tout, bien mélangé, on saura avoir notre portion de la « pizza » civilisationnelle qu’est devenue la communauté internationale. (Source : Agoravox (France), le 11 juin 2007) Lien : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=25600


A quoi sert l’opposition ?

 
Par : Ridha KEFI Je ne dis pas une bêtise en affirmant que la scène politique tunisienne est outrageusement dominée depuis l’indépendance du pays, en 1956, par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), héritier direct du Néo-Destour (Nouvelle Constitution), fondé en 1934 par Habib Bourguiba, leader du mouvement national et premier président de la République, et du Parti socialiste destourien (PSD), qui a succédé à ce dernier en 1964 (toujours sous la direction de Bourguiba).  Le RCD, parti-Etat s’il en est, ou qui se confond à l’Etat auquel il a historiquement donné naissance, continue de dominer, sous une façade de pluralisme arithmétique, les partis existants ou, à défaut, de les affaiblir, en suscitant en leur sein divisions, dissidences et scissions, de manière à les empêcher de se développer, d’agrandir leur base et de constituer un pôle d’opposition capable de mobiliser les foules autour d’un nouveau projet national. Ce parti de masse domine aussi les grandes organisations nationales, notamment l’UTICA (syndicat patronal), l’UNFT (principale organisation féminine) et l’UNAT (syndicat agricole), tout en étant fortement présent dans les structures de l’UGTT (centrale ouvrière). On peut déplorer cette domination ou la considérer comme l’une des causes de la faiblesse chronique de l’opposition et, par conséquent, de la lenteur de la transition démocratique tunisienne. Mais peut-on sérieusement reprocher au RCD sa mainmise sur la scène politique nationale ? C’est de bonne guerre, pourrait-on dire. Et il serait naïf de croire qu’un parti au pouvoir, et qui est si fortement implanté dans les rouages de la société et de l’Etat, puisse céder, spontanément et volontairement, des pans de son pouvoir à des partis rivaux ou qui s’affichent comme tels. Le problème, on l’a compris, n’est pas dans la puissance du RCD,  mais dans la faiblesse de ces soi-disant partis de l’opposition. Sous cette appellation, nous trouvons des partis dits d’opposition légale, qui sont en réalité des partis satellites, ou progressivement satellisés, sans réelle envergure, et dont le rôle a consisté jusque là à servir de sparring partners – ou d’alibis démocratiques, selon certains -lors des joutes électorales, toujours remportés sans coup férir par le parti au pouvoir. J’ai nommé le Mouvement des démocrates socialistes (MDS), fondé en 1978 et reconnu en 1983 (14 sièges au parlement), le Parti de l’unité populaire (PUP, socialiste), fondé en 1981 et reconnu en 1983 (11 sièges), l’Union démocratique unioniste (UDU, nationaliste arabe), fondé et reconnu en 1988 (7 sièges), le Parti social libéral (PSL), fondé et reconnu en 1983 (1 siège), le Parti des verts pour le progrès (PVP, écologiste), fondé en 2005 et reconnu en 2006 (1 siège) et Ettajdid (Renouveau, ex-Parti communiste tunisien), fondé en 1920, interdit en 1963, autorisé de nouveau en 1981, puis refondé en 1993, et qui s’apprête à entamer une nouvelle refondation pour constituer un grand parti progressiste et démocratique, en se ralliant des personnalités de gauche indépendantes (3 députés). Il n’est peut-être pas inutile d’ajouter ici que les rares sièges au Parlement dont ces partis se prévalent, ils la doivent au mode de scrutin proportionnel mis en place à partir des élections de 1994. Et qui aide généralement les petits partis à avoir une représentation parlementaire. A côté de ces partis, souvent qualifiés aussi d’«administratifs», tant ils semblent – à l’exception, peut-être, d’Ettajdid – tirer leur existence de la reconnaissance de l’administration publique et de son généreux soutien financier, plus que d’une véritable assise électorale, on trouve d’autres partis dits d’opposition «radicale», si tant est qu’on puisse l’être en Tunisie. Il s’agit de partis légaux, mais non représentés à la Chambre des députés, qui se distinguent par leur posture critique vis-à-vis du pouvoir, mais vivotent tant bien que mal dans une sorte de marginalité à la fois subie et acceptée… de guerre lasse. Ce  sont le Parti démocrate progressiste (PDP), fondé en 1983 et reconnu en 1988 sous le nom de Rassemblement socialiste progressiste (PSP), et le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL, démocrate socialiste), fondé en 1994 et légalisé en 2002. Voilà, brossée à grands traits, l’«offre politique» légale tunisienne. On remarquera sans peine qu’au-delà du nombre, celle-ci ne brille pas par sa diversité. Elle semble même en net déphasage par rapport aux attentes d’une population dont les référents culturels et politiques ont beaucoup évolué au cours des 30 dernières années, délaissant le communisme et le socialisme tiers-mondiste des premières générations post-indépendance au profit d’une forme de nationalisme arabe à connotation vaguement islamiste. Je ne parle pas ici du RCD, qui a su régénérer ses forces et se mettre au goût du jour, n’hésitant pas, par pragmatisme et opportunisme, à s’approprier certains concepts jadis agités par l’opposition (pluralisme, solidarité sociale, Etat de droit…). Je veux parler surtout de l’opposition dite «de gauche», où se range la majorité des partis cités ci-haut. Ces partis, qui ressemblent plus à des «clubs fermés» qu’à des formations de masse, se distinguent (presque) tous par leurs carences structurelles, la faiblesse de leur leadership et leurs divisions internes. Cela n’est pas pour déplaire au parti au pouvoir, qui n’a pas eu à se dépenser beaucoup pour attiser leurs différends, accentuer leurs divisions internes et les empêcher de créer un véritable pôle d’opposition face à l’Etat-RCD. Les nombreuses tentatives de ces partis pour créer un front politique autour du plus petit dénominateur commun ont d’ailleurs toutes échoué. Les raisons de ces échecs sont souvent idéologiques, comme la difficulté de s’entendre sur une position commune à l’égard des membres d’Ennahdha, le parti islamiste interdit. Elles tiennent aussi de considérations de leadership. Car la plupart des dirigeants de ces partis, qui ont soixante ans et plus, semblent pressés de cueillir les fruits de décennies de combat. Ils se bousculent au portillon, comme si le pouvoir est à prendre, alors que celui-ci est encore solidement en place, ancré dans le pays profond et adossé à un parti qui occupe toute la place, privant alliés et adversaires de toute possibilité d’alternance. On peut d’ailleurs s’étonner de voir s’affairer, en marge de la société, dans des cercles intellectuels coupés des réalités du pays, des mouvements d’opposition se réclamant tous de la gauche et se disant tous, indistinctement, démocrates et progressistes. Ces mouvements, qui se déclinent sous diverses appellations et acronymes (MDS, PUP, PDP, FDTL, Ettajdid…), croient répondre aux attentes d’un électorat dont ils présupposent, sans doute à tort, quelque intérêt pour la démocratie, la modernité et la laïcité. En fait, ils se disputent un électorat potentiel qui représenterait peut-être, aujourd’hui, selon les meilleures estimations, quelque 10 à 15 % de la population. Au lieu de se marcher ainsi sur les pieds et de se doubler – ou de se doublonner – les uns les autres, ne feraient-ils pas mieux de se mettre à l’écoute des citoyens, de leurs soucis quotidiens et de leurs aspirations réelles, et non supposées, et de cesser de projeter sur eux des chimères idéologiques importées d’ailleurs. Les désirs ne sauraient tenir lieu de réalité. (Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 8 juin 2007)

 


ONU. Initiateur de l’idée de créer un nouvel organe onusien pour remplacer la Commission, le juriste Walter Kaelin fait le point au moment où le Conseil entame une cinquième session cruciale.

«La politique des petits pas paie au Conseil des droits de l’homme»

 
Le Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU entame aujourd’hui sa session la plus importante depuis sa création en 2006. D’ici au 18 juin, il doit décider de ses mécanismes de protection des droits de l’homme. Initiateur du projet de CDH et actuel représentant du secrétaire général de l’ONU pour les droits de l’homme, le juriste et professeur Walter Kaelin fait le point. Le Temps: Le Conseil entame sa 5e session. A l’origine, c’est vous qui avez avancé l’idée de créer un tel organe. Comment vous est venu ce projet? Walter Kaelin: J’ai fait part de cette idée dans le rapport que j’ai rédigé pour le Département fédéral des affaires étrangères. J’explorais les pistes pour réformer l’ex-Commission des droits de l’homme et me suis rendu compte qu’avec le principe du consensus il était impossible de la réformer. La situation était totalement bloquée. – L’ex-Commission des droits de l’homme était-elle si inefficace? – Elle était minée par une trop grande sélectivité. Cette sélectivité a surtout permis d’épargner plusieurs Etats de toute critique. En outre, en ne se réunissant qu’une fois par an, la Commission ne pouvait pas aborder franchement certains sujets. Elle ne faisait que se répéter chaque année. On a par ailleurs beaucoup critiqué la politisation de la Commission. Mais il ne faut pas se faire d’illusion avec le Conseil: celui-ci restera un organe politique puisque ce sont les Etats qui y sont représentés. – Comment évaluez-vous la première année du CDH? – J’ai un sentiment partagé. L’Assemblée générale de l’ONU, qui a créé le Conseil, n’a pas fini le travail à New York. Incapable de trouver un consensus, elle a laissé un an au Conseil pour qu’il trouve sa charpente institutionnelle. Mais si le consensus n’a pas été possible à New York, on peut imaginer qu’à Genève, avec les mêmes gouvernements, il est difficile à atteindre. Les difficultés que le Conseil connaît étaient donc prévisibles. Le désaccord actuel sur les institutions dont doit se doter le Conseil est toutefois problématique. Il affecte le travail quotidien de l’institution pour répondre aux crises liées aux droits humains dans le monde. Il a en outre durci les positions des Etats. On s’est focalisé de façon déséquilibrée sur la grave situation du Moyen-Orient. Mais on a occulté toutes les autres à l’exception du Darfour. – La logique régionale a à nouveau pris le Conseil en otage. – A cet égard, il y a continuité avec l’ex-Commission. Au Conseil, les Etats se sont à nouveau organisés en groupes régionaux. Cela a réduit sensiblement l’espace pour de véritables négociations et solutions. C’est la grande faiblesse de ce nouveau Conseil. – Certains Etats s’évertuent à réduire à sa plus simple expression l’expertise indépendante pour évaluer les violations des droits de l’homme. – La menace est sérieuse, et pour nous, mandataires, certains propos sont inacceptables. Les experts mandatés par le Conseil doivent agir de façon responsable et ne peuvent pas faire n’importe quoi. Mais si le code de conduite (ndlr: souhaité par des Etats africains) en discussion est adopté et pose des limites excessives à un travail professionnel, ce serait grave. On affaiblirait ainsi un système de protection qui fonctionne bien. Maintenir l’indépendance des experts est un vrai défi. – Voyez-vous des points positifs dans le nouveau Conseil? – Bien entendu, mais ils sont moins visibles. En tant que représentant du secrétaire général de l’ONU pour les droits de l’homme et les personnes déplacées, j’ai pu constater une vraie amélioration par rapport à l’ex-Commission. Avant, on travaillait un an sur une situation et présentait un rapport à la Commission. Celle-ci en prenait connaissance pendant quinze minutes. Ce n’était pas sérieux. Au Conseil, non seulement on écoute les experts, mais on discute des rapports. – C’est la seule amélioration? – Non. Il y en a d’autres. Prenez le Darfour. Il y a eu une session spéciale qui lui a été consacrée, une mission spéciale a été constituée. Celle-ci n’a pas pu accéder au Darfour, mais Africains et Européens se sont entendus pour créer un groupe de sept experts dont je fais partie et qui a pour mission de trouver avec le gouvernement soudanais des voies pour mettre en œuvre les recommandations existantes à propos de cette crise. En se réunissant à plusieurs reprises, le Conseil permet l’émergence d’un vrai processus de suivi. Une chose inimaginable du temps de l’ex-Commission. On le voit, la politique des petits pas permet de vraies innovations susceptibles de faire avancer la cause des droits de l’homme. Je suis optimiste. Une fois les méthodes de travail et les questions institutionnelles réglées, le Conseil fonctionnera mieux. (Source : « Le Temps » (Quotidien – Suisse), le 11 juin 2007)


PO – Israël lance un nouveau satellite espion

 
Reuters, le 11 juin 2007 à 08h12 JERUSALEM, 11 juin (Reuters) – Israël a lancé lundi un nouveau satellite-espion, initiative visant, selon des responsables de la Défense israélienne, à renforcer la surveillance d’Etats jugés hostiles tels que la Syrie et l’Iran. Ofek 7, lancé d’une base dans le sud d’Israël, va rejoindre dans l’espace son prédécesseur Ofek 5, en orbite depuis 2002.Le nouveau satellite évoluera dans une zone située entre 300 et 700km au-dessus de la Terre et devrait commencer à diffuser des clichés d’ici la fin de la semaine. « Ce lancement réussi ajoute une dimension aux capacités de défense d’Israël et prouve la force technologique d’Israël », a déclaré Amir Peretz, ministre de la Défense, dans un communiqué. Haïm Eshed, chef du service Espace du ministère de la Défense, a déclaré à la radio de l’armée israélienne qu’Ofek 7 aiderait l’Etat juif à « gérer le problème iranien ». Le programme nucléaire iranien suscite des craintes parmi les pays occidentaux même si Téhéran nie vouloir fabriquer des armes atomiques. Eshed s’est refusé à tout commentaire sur les performances précises d’Ofek 7. Mais il a dit que son équivalent civil, le satellite israélien Eros, était capable de photographier des objets de 70cm de large. Israël, qui est fortement soupçonné d’avoir le seul arsenal nucléaire du Proche-Orient, a laissé entendre qu’il pourrait recourir à des frappes préventives contre l’Iran si ce dernier se rapprochait trop de l’obtention d’une bombe atomique.


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