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TUNISNEWS
8 ème année, N° 3118 du 05.12.2008
 archives : www.tunisnews.net  
Voix libre: M. SADOK CHOUROU ENCORE UNE FOIS DERRIERE LES BARREAUX
Dr. Ahmed Bouazzi: Grève de la faim du prisonnier politique Wahid Brahmi, 17e jour
AFP: Procès de Gafsa: libération provisoire de 8 inculpés, report au 11 décembre
 Amor Harouni : UN ISLAM AUTHENTIQUE ET ECLAIRE
AFP: Tunisie-Algérie: signature de conventions de coopération
Mohamed Ettaieb: Rached Ghannouchi encore privé de pèlerinage à la Mecque
Abdelatif Ben Salem: In memoriam Farhat Hached  (1914-1952)
Le Temps: Commémoration de l'assassinat de Farhat Hached en 1952 - Le mouvement national entre devoir de mémoire et tentation d'amnésie
La Voix des Tunisiens: Quelques mauvaises habitudes de Ben Ali
La Voix des Tunisiens: Complaisances Françaises
La Voix des Tunisiens: L’Amérique en renfort !
La Voix des Tunisiens: Jeunesse dorée : Les réacs s’en mordent les doigts
Sami Ben Abdallah: Mezri Hadded pourrait-il tenir tête à Béatrice Hibou ?

Liste actualisée des signataires de l'initiative du Droit de Retour :
http://www.manfiyoun.net/fr/listfr.html

Celles et Ceux qui veulent signer cet appel sont invités à envoyer leur: Nom, Pays de résidence et Année de sortie de la Tunisie sur le mél de l'initiative :
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Voix libre
Voix libre
M. SADOK CHOUROU ENCORE UNE FOIS DERRIERE LES BARREAUX
 
 
La police tunisienne s’est attaquée au domicile de M. SADOK CHOUROU, ex-prisonnier politique, et l’a arrêté mardi 05 décembre à16 heures, dans l’illégalité la plus totale, et sans fournir le moindre motif.
La famille et les amis de M. CHOUROU sont restés sans nouvelles jusqu’à ce jour.
Nous rappelons que M. CHOUROU  a passé 18 ans dans les geôles des prisons tunisiennes, dont 15 ans en isolement total, et n’a été élargi que le 5 novembre dernier.
En moins d’un mois de « liberté », il en est à  sa deuxième arrestation arbitraire.
Plusieurs ex-prisonniers  d’opinion sont toujours l’objet de harcèlement continu et de restrictions des libertés, visant à les réduire au silence  et à briser toute velléité de participation à  la vie sociale et politique d’un pays verrouillé. 
 
Voix libre :

- Fait part de sa  consternation devant l’obstination du pouvoir tunisien à renvoyer une image hideuse et exécrable d’un régime incapable de respecter ses engagements.
- Déplore l’impunité totale dont n’a cessé de jouir ce régime malgré son obstination à piétiner les droits humains les plus élémentaires.
- Rappelle les instances internationales et plus particulièrement européennes que leur crédibilité risque de pâtir de leur silence.
- Appelle tout le défenseurs des droits humains à œuvrer par tous les moyens pour mettre fin aux exactions du régime tunisiens.

Voix Libre
ONG œuvrant pour les droits de l'Homme
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Tel : 01 46 58 55 44 - Fax : 01 46 58 55 45
Port : 06 60 37 68 16  - www.voixlibre.org
  
Grève de la faim du prisonnier politique Wahid Brahmi, 17e jour
Mercredi 3 décembre dernier, lorsque Ahmed Brahmi, le père de Wahid Brahmi, a voulu rendre visite à son fils, les gardiens de la prison de Mornaguia ont essayé de l'en empêcher, prétextant que Wahid ne voulait recevoir la visite de personne. Or la semaine précédente, Wahid, dont l'état  de santé est alarmant, avait réussi à faire passer à son père, par l'intermédiaire du parent d'un codétenu, un message sur son état. Le père a donc refusé de quitter la prison tant qu'il n'aurait pas vu son fils. Le directeur de la prison a dû finalement autoriser la visite ; après 3 heures d'attente, Ahmed a pu voir Wahid pendant 10 minutes.
En grève de la faim sauvage depuis 18 jours, Wahid est très faible et incapable de marcher seul. Deux codétenus ont dû le soutenir jusqu'au parloir.
Wahid souffre d'une otite contractée à la suite de passages à tabac infligés par ses gardiens et il a informé son père qu'il ne cesserait sa grève de la faim qu'à condition d'obtenir d'être présenté à un médecin qui puisse soigner son otite.
Rappelons que Wahid Brahmi, étudiant en 2e année de français à l'Institut supérieur des études appliquées en humanités de Gafsa (Université de Gafsa), est membre du Parti Démocrate Progressiste (PDP, Fédération de Sidi Bouzid). Il collaborait régulièrement au journal El Mawkef par des articles critiques de la gestion locale des affaires de sa région (corruption, misère, etc.), ce qui a fortement déplu aux cadres locaux du Tajammô (RCD, parti au pouvoir).
Arrêté le 12 février 2007 par la police politique à Gafsa, il a été torturé durant son arrestation à Gafsa, obligé de signer des aveux et maintenu au secret sans contact avec sa famille ni aucun avocat de son choix. Il se plaint d'avoir été sodomisé par ses tortionnaires, dont il connaît les noms.
Jugé en première instance au mois de mai 2007, à l'insu de sa famille et sans que ni lui, ni sa famille, aient pu lui fournir un avocat, il a été condamné à 4 ans de prison ferme.
Jugé en appel le 30 juin 2007, toujours à l'insu de sa famille et en l'absence d'un avocat de son choix, il a vu sa peine ramenée à 2 ans et 4 mois de prison ferme.
Le 2 juillet 2007, le juge d'application des peines lui a fait signer une demande de pourvoi en cassation, toujours sans  avocat. On ne connait aucune suite donnée à ce pourvoi.
Les chefs d'inculpation sont :
1/ Diffusion de fausses nouvelles annonçant des actions criminelles contre des personnes (sans preuves ; seule existe la parole des journaux « Aljoumhouria » et « Alhadath »).
2/ Affichage au sein de l'université d'un "tract" imprimé à l'ordinateur et portant son nom dans le bas (rien ne prouve que ce soit lui qui l'ait rédigé ni affiché).
Maltraité et humilié dans la prison de Gafsa où il a commencé à purger sa peine, il a mené une grève de la faim de 40 jours pour protester contre l'injustice de son incarcération et contre la torture sauvage qu'on lui a fait subir pour détruire sa résistance.
Le 27 août 2007, soit presque 7 mois après sa disparition, son père a pu connaître enfin son lieu de détention et lui rendre visite pour la première fois, grâce à un coup de téléphone donné au frère ainé de Wahid par un gardien de prison compatissant.
Il a alors été transféré de la prison de Gafsa à la prison de Mornaguia, éloignée du domicile de ses parents, ce qui a rendu les visites difficiles. Bien que les conditions de détention à Mornaguia soient moins dures qu'à la prison de Gafsa, elles sont tout de même sévères.
Ses geôliers exercent sur lui des pressions continues, lui promettant  une libération conditionnelle en contrepartie de sa démission du Parti Démocrate Progressiste (PDP). Ils l'ont placé dans une chambrée de criminels de droit commun qu'ils ont chargé de le rudoyer et de le battre. Les conditions d'hygiène sont déplorables : absence d'eau pour se laver, douches peu fréquentes, etc. Les protestations de Wahid sont réprimées par l'isolement, on l'empêche de prendre ses repas avec ses codétenus.
Aucune suite n'ayant jamais été donnée par l'administration pénitentiaire aux demandes de Wahid concernant ses conditions d'incarcération, lesquelles s'étant même détériorées, Wahid a été acculé à une deuxième grève de la faim, commencée le 18 juin 2008 et qui a duré plus d'un mois.
La pugnacité de Wahid et la solidarité nationale et internationale ont finalement contraint les autorités à améliorer un peu ses conditions de détention. Le criminel de droit commun qui était chargé de le « punir » a été transféré dans une autre cellule, les mesures vexatoires ont cessé. Un médecin est venu l'examiner et a demandé aux responsables de la prison de le présenter un spécialiste ORL. Mais Wahid n'a jamais été présenté à cet ORL, et on a continué à lui imposer à de prendre ses repas dans l'isolement et à le priver de douche.
Pour obtenir d'être examiné par un ORL,  Wahid a entamé une troisième grève de la faim le 20 novembre 2008. Le 6 décembre, il en est à son 17e jour.
Notre solidarité est nécessaire pour mettre fin à son calvaire.

Le 6 décembre 2008
Dr. Ahmed Bouazzi
Membre du bureau politique du PDP
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Procès de Gafsa: libération provisoire de 8 inculpés, report au 11 décembre
 
 
AFP, le 4 décembre 2008 à 19h44

TUNIS, 4 déc 2008 (AFP) - Le tribunal de première instance de Gafsa, à 350 km de Tunis, a accordé la libération provisoire à huit des 38 prévenus poursuivis pour leur implication dans le mouvement de contestation sociale dans cette région minière du sud-ouest tunisien, a-t-on appris de source judicaire.
Le tribunal a renvoyé au 11 décembre, selon la même source, la reprise des des audiences dans ce procès ouvert jeudi en présence d'une centaine d'avocats et d'observateurs de France, d'Algérie et du Maroc.
Adnane Hajji, porte-parole du mouvement, ne fait pas partie des personnes libérées à l'issue de la première audience qui "s'est déroulée dans de bonnes conditions", a indiqué à l'AFP Me Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme.
Selon lui, une bonne coordination entre le Cour et la défense a permis une atmosphère apaisée et des avocats ont été autorisés à rencontrer les accusés dans leur cellule.
Les prévenus comparaissant, pour la plupart en état d'arrestation, sont poursuivis pour "appartenance à une bande, participation à une entente établie dans le but de préparer ou de commettre un attentat contre des personnes ou des biens" et autres actes "de nature à nuire à l'ordre public".
Selon la défense 34 prévenus ont comparu en état d'arrestation et deux autres se sont livrés séance tenante, les deux restants étant en fuite.
Il s'agit, selon la même source, de Mohiedine Cherbib, coordinateur d'un comité de soutien des habitants de Gafsa en France, et de Fahem Boukaddous, correspondant de la chaîne dissidente Al-Hiwar émettant depuis l'Italie.
La plupart des accusés sont des enseignants et syndicalistes arrêtés après les troubles qui ont nécessité une intervention de l'armée après la mort par balles le 6 juin d'un manifestant à Redeyef, principal foyer d'une agitation de plusieurs mois sur fond de chômage, coût de la vie, corruption et népotisme.
Ce mouvement a été déclenché en janvier 2008 par la publication de résultats jugés truqués d'un concours d'embaûche à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), premier employeur de la région au taux de chômage très élevé.

AFP

 
 UN ISLAM AUTHENTIQUE ET ECLAIRE
 
 
 
Ecrit par Amor Harouni-Tunisie
Tunis le, 3 décembre 2008
Le journal  « La Presse » publie ce jour 3.12.2008 dans la rubrique « Au Cœur de l’actualité » signé M.M. A cet effet, je me permets de signaler qu’il n’ya  qu’un seul Islam dans le monde entier et pas 36 donc, il n’ya pas lieu de se lamenter au sujet de toute interprétation. L’on nous dit que l’Islam a été réhabilité en Tunisie en évoquant à l’origine les interprétations erronées des groupuscules extrémistes et rétrogradés et dans certains cas on emploie le terme obscurantistes (on en a marre d’entendre ces qualificatifs ennuyeux et immoraux) dans chaque discours sur la place. En somme, c’est la rengaine, astuce pour insulter les gens. L’auteur n’a pas osé nous préciser qui est la partie incriminée, mais la majorité de la population sait de quoi il s’agit. A force de brailler qu’il y’a une catégorie de gens qui pratiquent la politique sous couvert de la religion et qui ont tant nui à l’Islam et défiguré sa pensée moderne. Comme je l’ai déjà dit, il n’ya qu’un seul Islam qu’il soit archaïque ou moderne car les vertus de l’Islam sont très bien connues par tous les Musulmans et même les non-Musulmans de la planète, ce qui veut dire que le néant ne peut être réhabilité. La réhabilitation doit se faire pour le hijab, interdit dans l’université suite à une circulaire n° 108 depuis 1981 allant jusqu’à  la suspension des étudiantes dans leurs examens ainsi que le renvoi d’autres. Pour les hommes c’est un autre son de cloche, barbes interdites et dont le cas contraire pas de carte d’identité nationale ni passeport etc  … .
Pour les mosquées, est-il normal qu’après chaque prière c’est la fermeture et l’on parle de modération, de sagesse, tolérance et respect de l’autre, on parle également de réhabilitation des droits des anciens détenus et jusqu’à présent aucun des prisonniers politiques n’a été réhabilité dans ses droits. Actuellement, ils sont harcelés par la police en tenue civile, matraqués  dans certains cas, d’autres obligés de se présenter quotidiennement aux postes de police de leur région pour la signature malgré que ce procédé est illégal, filatures collantes allant presque à la résidence surveillée, pas de droit à la parole ni au travail, ni prestations sanitaires les obligeants en derniers recours à la grève de la faim pour des périodes indéterminées. Quant à l’accusation de l’extrémisme et surtout le terrorisme, ce sont  des accusations infondées car ils n’existent pas en Tunisie, ni extrémisme, ni terrorisme, il s’agit tout simplement de disculpation pour manigance. En ce qui concerne l’université islamique, pourquoi l’administration oblige les étudiants à signer un engagement entre autres interdisant le port du hijab et la barbe, ont-ils défiguré l’Islam fût-il réhabilité comme on le laisse croire. Autre problème épineux qui mérite d’être résolu, c’est celui des exilés politiques, sont-ils condamnés à perpétuité ?, il serait souhaitable de se rendre à l’évidence, leur retour à la mère patrie qui a besoin en ce temps où les défis ne manquent pas d’autant plus que la majorité de cette catégorie ne manque pas de têtes pensantes et aiderait au développement de l’économie nationale pour l’intérêt  de tout le monde aussi bien gouvernants que gouvernés.
 
Fidèlement Votre,
Amor Harouni - Tunisie
 
Tunisie-Algérie: signature de conventions de coopération
 
AFP, le 4 décembre 2008

La Tunisie et l'Algérie ont conclu une série de conventions et programmes de coopération, dont un accord préférentiel de commerce, durant la visite à Tunis du Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia, a-t-on indiqué de source officielle. A caractère essentiellement économique et social, ces accords ont été signés à l'issue de la 17è réunion annuelle de la grande commission de coopération réunie mercredi et jeudi sous la présidence de M. Ouyahia et de son homologue tunisien Mohamed Ghannouchi.

L'accord commercial, le premier du genre, concerne trois listes de produits pour lesquels les deux pays s'accordent des avantages tarifaires similaires à ceux qui régissent leurs échanges avec l'Union européenne. Il s'agit d'une exonération douanière partielle et progressive sur cinq et dix ans, selon l'accord qui comporte une clause contre la concurrence déloyale.

En pourparlers depuis deux ans et attendu dans les milieux d'affaires, cet accord vise à dynamiser le commerce bilatéral (500 millions USD en 2008) et instaurer à terme le libre-échange entre ces deux membres de l'Union du Maghreb Arabe (UMA, Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie). Un autre accord conclu le Centre algérien de contrôle technique des travaux publics et le Centre tunisien d'étude technique et de la construction prévoit l'échange d'expertise, la formation et la collaboration en matière d'appels d'offres.

Tunis et Alger ont aussi approuvé un programme exécutif en matière de recherche universitaire sur les énergies renouvelables, la désertification, la biotechnologie, la santé et l'agriculture. Les affaires religieuses ont été l'objet d'un protocole, une convention a été signée en matière de sécurité sociale, ainsi qu'un programme exécutif dans le secteur des relations professionnelles. De nombreux algériens se rendent en Tunisie pour des soins médicaux ou des vacances, leur nombre devant atteindre un million cette année, selon les chiffres de l'Office tunisien du tourisme.

Avant de quitter Tunis jeudi, M. Ouyahia a transmis au président Zine El Abidine Ben Ali un message de son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika.

AFP

 
Rached Ghannouchi encore privé de pèlerinage à la Mecque
 
5 décembre à 18h00

Décidément, la politique et la religion ne font pas bon ménage. Pour la deuxième année de suite, les autorités saoudiennes viennent de priver le leader islamiste tunisien exilé à Londres, Rached Ghannouchi, de pèlerinage à La Mecque.
 
C’est Al Quds Al Arabi, quotidien panarabe édité justement à Londres, qui révèle l’information à la Une de sa livraison de ce vendredi 5 décembre.
 
Un proche de Ghannouchi a indiqué au journal que l’ambassade saoudienne a refusé d’accorder le visa d’entrée au chef d’Ennahdha. Cela lui évitera au moins l’humiliation de l’année dernière. Tel un vulgaire sans-papiers, M. Ghannouchi avait été retenu à l’aéroport de Djeddah pendant 18 heures, avant d’être refoulé vers Londres, via la Turquie. À l’époque, Rached Ghannouchi avait pourtant son visa bien en main.
 
Pour ne pas envenimer la situation, le chef islamiste avait laissé entendre, en 2007, qu’il s’agissait vraisemblablement d’une « erreur » administrative et que la décision n’avait rien de politique. Tout le monde sait en effet que les fonctionnaires saoudiens sont d’incorrigibles étourdis…
 
D’après Al Quds Al Arabi, les wahabistes saoudiens ont peu apprécié que Rached Ghannouchi assiste, il y a trois ans, à une conférence donnée par le prédicateur islamiste Saoud El Hachimi. Ce dernier se trouve actuellement dans une prison saoudienne pour avoir réclamé des « réformes » et « plus d’espaces de liberté ».
 
Tout aussi peu apprécié à Riyad : ces essaims de jeunes femmes voilées comme il se doit que beaucoup jugent téléguidées par Ghannouchi et qui interviennent dans les conférences religieuses organisées par l’Arabie Saoudite en posant des questions visant à entraîner des réponses critiquant la répression policière du président tunisien Ben Ali contre les islamistes.
 
Il y a vraiment de quoi perdre les poils de sa barbe !
 
Mohamed Ettaieb
 
 

In memoriam Farhat Hached
(1914-1952)

Il était environ sept heures du matin,  lorsque tu quittas les amis chez qui tu logeais provisoirement à Radés. Au moment où ta Simca a démarré, tu as eu sans doute une pensée furtive pour Noureddine que tu avais prudemment confié à Si Mustapha ton proche collaborateur, à tes autres enfants également, à la douce Oum al-Khîr, tous partis à Sousse chez des proches. Tu craignais Depuis quelques temps pour leur vie. Des rumeurs persistantes, des menaces de plus en plus précises provenant des bandes de tueurs à la solde des colons extrémistes et des petits blancs, qui semaient depuis des mois la haine, la mort et la désolation, auguraient du pire et t’empêchaient depuis un certain temps d’avoir l’esprit serein. En quittant hier le siège de l’UGTT de la rue Sidi Ali Azzouz, ton compagnon de lutte Salem t’avait mis en garde contre le danger qui te guettait. Puisque les tiens étaient tous à Sousse, il t’avait proposé de venir dîner chez lui à la rue de Pacha et d’y passer la nuit pour : « dhayyaû alîhum-l-jurra », avait-il dit. Tu avais invoqué un prétexte quelconque pour repousser poliment son invitation. Mais, rusé, Salem est reparti à la charge. Et jouant sur le registre affectif pour te convaincre, t’avait dit combien il serait heureux si tu passais à la maison pour embrasser le petit dernier âgé seulement de trois mois auquel toi-même a donné le prénom Néjib, mais en vain….

Le fil de ta pensée s’interrompit quand soudain tu te rappelas que Mahmoud t’attendait à l’UGTT. La veille, tu lui avais fait savoir que tu aimerais qu’il t’accompagne au Palais à l’entretien avec le prince Chadly, fils aîné et conseiller politique du Bey. Depuis le rejet par « l’Assemblée des Quarante » des reformes proposées par l’administration coloniale dont le but non avoué était de torpiller le rapprochement qui commençait à s’esquisser entre le mouvement national et la maison husseinite représentée par le Bey Muhammad Lamine, ainsi que de dresser coûte que coûte des obstacles à l’internationalisation du conflit franco-tunisien. Le Bey t’avait pris en affection. Ni Salah, ni Lahbib n’avaient joui de tant de confiance et de sollicitude auprès de Sidnâ. Le vieux monarque aurait-il eu une vision prémonitoire du choc sanglant qui allait opposer les deux chefs quelques trois ans plus tard! L’« Assemblée des Quarante », dont tu fus l’un des principaux instigateurs est devenue non seulement un bouillon de culture où fermentait le songe d’une souveraineté populaire et pluraliste, confisquée depuis des lustres, et la concrétisation de l’aspiration à l’indépendance, mais le moyen tant rêvée aussi par le Régent pour laver son honneur, après tant d’humiliations et d’affronts.

 

Tu savais à présent que tu étais écouté au Palais !                                           

 

Nous somme le jeudi cinquième du mois de décembre de l’année mil neuf-cent cinquante deux, encore vingt-cinq jours avant de tourner la page.

 

Le ciel était sombre et bas, un crachin mauvais, glacé, lancinant fouettait les visages, pénétrait les os et opprimait les âmes.

 

Tu étais anxieux. Tu devais être à la réunion du comité exécutif de la CISL à Bruxelles à l’heure qu’il est, n’était le refus obstiné et sans doute calculé de la Résidence Générale de t’accorder un visa pour quitter le territoire. Mais au tréfonds de toi, tu préférais demeurer au pays, car il y avait tant à faire. Enfant déjà, tu as appris des humbles pêcheurs de ton Archipel, au milieu desquels tu es venu au monde, que le navire ne peut cingler sans râyis. Tu as choisi malgré l’ampleur de la tâche, d’assumer en solitaire depuis plus d’un an la direction de la Résistance populaire. Tu étais comme disaient avec orgueil tes fidèles, le Numéro Un. Les autres étaient soit en prison soit en exil. Tu combattais avec rage ce que tu as appelé « la politique des coups de force, de l’hypocrisie et de la faillite » d’un système colonial obsolète et brutal. Tu coordonnais fiévreusement la résistance intérieure, tu rassemblais les travailleurs, tu encadrais, tu canalisais, tu orientais et tu jetais le peuple tout entier, tels les flots battant sans cesse depuis le commencement les rivages de ton archipel natal, dans la grande bataille de la dignité. Jour après jour, tu interpellais inlassablement par le verbe et par l’action, la conscience universelle pour attirer l’attention sur le drame de ton pays. Les historiens qui ont fréquenté ton œuvre, sont fascinés par ton incommensurable énergie. Des hommes de lettres seront éblouis par ta langue novatrice, ton verbe apuré, ton phrasé  incisif, dépouillé et élégant. Produit sans doute d’une fusion prodigieuse entre la fulguration du souffle mystique de la poésie d’Al-Chabbi, la clarté pédagogique d’Al-Haddad et l’ardeur de ta foi militante. N’a-tu pas écris, toi l’ancien docker des quais de Sfax, l’émouvante épître « Uhibbuka  yâ sha‘ab ! »,  « Je t’aime, ô, peuple !»

 

Le ciel était sombre et bas ; un crachin mauvais, glacé, lancinant, fouettait les visages, pénétrait les os et opprimait les âmes.

 

Tu avais foi dans la victoire, tu ignorais la peur, mais le climat de haine, les ratissages, les arrestations de masse, l’incendie des récoltes et les viols te faisaient craindre le pire. Et en permanence, cette diffuse et secrète appréhension qui t’étreignait. Quelques jours plutôt tu t’en es ouvert à tes amis. Dans une lettre à Nouri tu écrivais: « Et l’on parle de mettre à sac ce qui reste de « vivant »  dans le peuple et dans l’UGTT… » Tu as pris soin de mettre le mot « vivant », entre guillemet. Vague pressentiment ou conscience aigu de l’imminence de l’irrémédiable ?

 

En longeant la voix ferrée, tu t’es garé le temps de saluer une vieille connaissance, ensuite tu t’enfonças sur la route menant à Tunis. En face, l’aurore blafarde envahissait, malgré la bruine, les derniers lambeaux des ténèbres. A ta gauche, un lourd chariot tiré par une mule creusait péniblement son sillon dans la terre boueuse. Au loin, la silhouette antique d’une forme humaine emmitouflée se perdait dans l’horizon.

Le ronflement régulier du moteur de ta vieille Simca  invitait à la sérénité. Arrivée à la hauteur du mur d’enceinte du cimetière de Mégrine, une voiture te serra de prés et te contraignit à t’engager sur le bas côté de la chaussé, en plein champ. Une rafale de mitraillette claqua, déchiquetant l’opacité du silence. Dans la jeune clarté du matin, un banc d’oiseaux effrayé prit son envol en ordre dispersé. Tout autour le néant. Et le vrombissement de la voiture filant à tombeau ouvert.

 

Ton bras gauche tressaillit. La balle qui traversa la chair t’a fait l’effet d’une morsure vive. Lancinante, la douleur t’a meurtri. Pétrifié, tu revis à la réalité, tu t’es péniblement extrait de l’automobile pour retourner sur la route, titubant mais stupéfait de te savoir vivant. Soudain une camionnette stoppa pour te porter secours. Mais au même moment, un autre véhicule fonçant tout droit sur Tunis, surgit, freina brusquement, ses occupants descendirent et t’offrirent de te conduire à l’hôpital le plus proche. Sous le choc, tu acceptas de les suivre. Leur visage – malgré le brouillard dans lequel tu te trouvais - ne t’était pas inconnu.

Mais au lieu de l’hôpital, la canaille t’emmena vers le point de non retour

 

Le ciel était sombre et bas, un crachin mauvais, glacé, lancinant, fouettait les visages, pénétrait les os et opprimait les âmes.

 

Vers  9 heures un pasteur se présentait devant le commissariat de police de Ben Arous pour informer de la découverte d’un cadavre criblé de balle en un lieu situé à 5 kilomètres de la route de Naâssène.

 

A 9h 45 la justice militaire ordonne le transfert de ta dépouille pour « des raisons impérieuses d’ordre public » à l’hôpital Louis Vaillant ! Ta Simca percée de 29 impacts de balle est transportée dans la cour du tribunal militaire. Aucun indice ne subsistait sur le théâtre du crime. Les témoins furent manipulés. Tout avait été soigneusement effacé avant l’arrivé des enquêteurs. La conjuration dont le premier acte criminel a débuté avec le refus de t’accorder un visa de sortie afin de te contraindre à demeurer à la disposition de tes tueurs, venait de s’achever par ton ignoble assassinat.

 

Personne au monde, à part tes assassins, ne peut décrire ou même imaginer ce qui c’est passé à l’instant tragique où tu pris conscience que l’étau s’était  resserré implacablement autour de toi. Nul ne peut exprimer l’indicible horreur des derniers instants du huis clos entre toi et tes bourreaux.

 

-          Les a tu reconnus ?

-          Qui étaient-ils ?

  -   As-tu poussé un cri si puissant, si effrayant que leur sang se glaça dans leurs veines ?

-          T’es- tu adressé à eux ?

-          Que leur as tu dis ?

 -   Que t’ont-ils répondu ?

 -   Ou alors leur as-tu simplement souris avec mépris, imperturbable, face à l’inéluctabilité de ton destin ?

 -   Leur as-tu alors jeté l’éclair de ton regard azur, que l’un d’eux pris de panique t’acheva rageusement d’une balle dans la tempe, éteignant à jamais la lumière de ta face ?

                                    

- As-tu vu le gouffre et l’aveuglante lumière. As-tu entendu la voix du paternel, te héler de sa voix affectueuse  Farhâat ! Poindre des profondeurs pour couvrir avec miséricorde le fracas de la détonation ?

- As-tu vu défiler devant tes yeux,  les rivages farouchement désolés de l’archipel et toi, gamin, courir de bonheur sur la pierraille ?

- As-tu entendu les roulades joyeuses des tambours et le son gai d’un hautbois imprégnant avec chaleur les fragments de ton être… tandis que les étincelles de vie s’éteignent et les ténèbres envahissent progressivement les derniers réduits de ta lumière ?

 

On racontait que le berger fruste et illettré qui découvrit ton corps supplicié, déclarera plus tard, émerveillé et comme touché par la grâce, à un commissaire de police sceptique, que malgré ta mort il y avait comme un sourire paisible qui auréolait ton visage fracassé par les balles.

 

 

Abdelatif Ben Salem

Paris le 5 décembre 2008

 

                                                                  

N.B : Mes remerciements vont à Mustapha Kraïem dont l’excellent article « Hached, l’année ultime », m’a été d’une grande aide. A tous les contributeurs du numéro spécial  d’Al-cha‘ab édité à l’occasion du 50è anniversaire de l’assassinat de Farhat Hached. A Noureddine Hached et son «  sourire de la liberté » paru dans  Le Monde. A mon ami Nejib fils de Salem Cheffi qui m’a fait écouter en exclusivité le témoignage de son père enregistré sur bande sonore à propos de l’assassinat du leader syndical.

Il faut noter que c’est Salem Cheffi (décédé en septembre 1998) qui présida au lendemain du meurtre de Hached la réunion d’urgence de la Commission administrative. Le caractère réservé de S. Cheffi, témoin privilégié de cette sombre période, son mutisme et sa réticence à témoigner de son vivant, à l’exception du document sonore cité, enregistré à son insu, laissent planer des doutes et des interrogations légitimes sur les causes réelles de son silence. Les historiens tunisiens auront grand intérêt à en percer les secrets

Enrichi et augmenté des nouveaux témoignages ce texte que je mets pour la première fois en ligne, a été lu par Inés (16 ans), jeune issue de l’immigration tunisienne, à la Bourse de Travail de Paris le 20 décembre 2002, à l’occasion de la manifestation commémorative : « Six heures pour la Vérité sur l’Assassinat de Farhat Hached », organisé par « Le collectif pour la vérité sur l’assassinat de Farhat Hached » dont je suis l’un des membres fondateurs et l’UGTT.

 

A.B.S

 


 

Aujourd'hui, commémoration de l'assassinat de Farhat Hached en 1952
Le mouvement national entre devoir de mémoire et tentation d'amnésie

 
 

Les jeunes ne font pas d'efforts ; les adultes oublient...
Aujourd'hui, la Tunisie commémore l'assassinat en 1952 de Farhat Hached, fondateur de l'UGTT et grande figure du Mouvement National. Beaucoup de places publiques et d'avenues portent son nom depuis l'Indépendance. Des statues sont érigées dans certaines villes à sa mémoire. Il en est de même de certains autres hommes de la lutte nationale qui ont eux aussi leurs rues et places. Des établissements scolaires, des locaux divers sont baptisés également de leurs noms. Le devoir de mémoire à l'égard de ces héros est dans l'ensemble honoré dans nos contrées. Cependant, on peut et l'on doit faire mieux pour que les jeunes générations continuent à entretenir le souvenir de leurs valeureuses actions et de leurs sacrifices immenses pour l'émancipation de notre cher pays.

Héni Chaker et la lutte nationale !

Les jeunes ne retiennent en fait que très peu de noms illustres : Bourguiba, Hached, Mohamed Ali el Hammi et peut-être aussi Hédi Chaker ou Habib  Thameur. Et même pour ceux-là, il leur est, à deux exceptions près, difficile de vous dire ne serait-ce que sommairement qui ils désignent et quels rôles jouaient les hommes qui les portaient. Pour beaucoup, Hédi Chaker, Habib Thameur, Ouled Haffouz, Taieb M'hiri, Khemais el Hajri n'évoquent que des noms de rues ou de collèges. C'est à peine s'ils ne prennent pas Hédi Chaker pour Héni Chaker et Mohamed Ali el Hammi pour un joueur de l'Espérance. Ils étudient certes l'histoire du mouvement national à l'école et au lycée, mais d'une part, la matière est habituellement peu suivie, d'autre part nos enfants retiennent plus facilement les noms de leurs vedettes sportives et artistiques préférées. Quant à Mongi Slim, Mongi Bali, Tahar Sfar et autres Abdelaziz Thaalbi, ils serviront tout juste le jour d'un test ou d'un examen ; après, ils tomberont dans l'oubli !

Les adultes aussi oublient !

Les adultes, même parmi les cultivés, ne sauraient non plus vous renseigner d'une manière satisfaisante sur les principaux hommes et événements de l'Histoire nationale. Un sexagénaire dont nous tairons le nom sur sa demande (qu'il n'a formulée du reste qu'après s'être planté sur la plupart de nos questions !) nous « apprit » qu'El Hammi, fondateur du mouvement syndical libre en Tunisie, fut assassiné par l'organisation de « La Main rouge » ! On ne peut tout de même pas le confondre avec Hached, quand on est instituteur depuis près de 30 ans.

Des leaders et des militants comme Slimane Ben Slimane, Slaheddine Bouchoucha et les frères Haffouz ne figurent malheureusement pas sur la liste des personnalités connues de nos aînés. Le nom de Tahar Sfar leur « dit quelque chose », mais allez savoir quoi exactement. Tout ce qu'ils savent de Hédi Chaker c'est parfois qu'il est... sfaxien !



A peine un rescapé !

Mongi Bali a, à Tunis surtout, plus de chance que d'autres militants tunisiens de rester dans les mémoires : un monument est érigé à sa mémoire sur la place qui porte son nom, à quelques mètres de la grande gare ferroviaire et de la Place de Barcelone. Mais l'endroit est de plus en plus sale et mal entretenu ; pendant certaines périodes de l'année, il se transforme en dortoir pour des SDF locaux et étrangers. Aux alentours ça pue l'urine ; les rares bancs publics que compte la place sont aux deux tiers saccagés tout comme les rambardes qui sont censées protéger les plantes du jardinet et la statue de Bali. Celle-ci n'a pas non plus échappé au vandalisme des habitués des lieux ; mais pour dire les choses comme elles sont, on n'a pas du tout la conviction que l'entretien du monument soit régulier, ni même qu'on y ait pensé un jour. Il suffit d'aller sur place pour vérifier ce sort pitoyable réservé à l'un de nos symboles nationaux. 

Nous l'avons déjà dit : il y a à faire pour conserver de notre histoire une image beaucoup plus reluisante !

Badreddine BEN HENDA

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Abdelhamid Hélali, chercheur à l'Institut Supérieur de l'Histoire du Mouvement National :
« L'histoire nationale est assez riche en noms et en événements mémorables dignes de ressusciter »
 « Nommer les rues par des numéros est déjà un déni d'histoire »



Sur la préservation de la mémoire des grandes figures de la lutte nationale, nous avons eu un bref entretien avec M.Abdelhamid Hélali, chercheur à l'Institut Supérieur de l'Histoire du Mouvement National, qui a bien voulu répondre à nos questions :


Le Temps : Le devoir de mémoire à l'égard des hommes du Mouvement National vous semble-t-il suffisamment honoré en Tunisie ?

Abdelhamid Hélali : « Il faut reconnaître que l'après Bourguiba a vu la réhabilitation d'un certain nombre de ces hommes : le retour des cendres de Salah Ben Youssef en Tunisie est un évènement en soi ; Slimane Ben Slimane a retrouvé sa place dans le « panthéon » des leaders du Mouvement National ; le mausolée Farhat Hached construit à Bab Benat s'inscrit aussi dans l'intention louable d'honorer le devoir de mémoire. Les musées qui conservent la mémoire nationale sont plus nombreux qu'avant. Ce ne sont là que quelques exemples illustrant cet effort de relire notre histoire sans exclusion ni sélection.

Cependant, nous devons dire également que cet effort reste insuffisant, la gestion du passé n'est pas une tâche aisée. Les cours du collège et du lycée ne sauraient suffire pour conserver chez les jeunes le souvenir des symboles du mouvement national. Figurez-vous qu'un directeur de lycée ignore tout de Khémais El Hajri, alors que son établissement est baptisé du nom de cet illustre militant. Que peut-on donc attendre de ses élèves ?

Certains noms de rue évoquent plus le colon que le militant patriote ; l'immense majorité des nouvelles cités construites un peu partout sur le sol tunisien est quasiment « sans mémoire ». Ni par le nom qu'on leur choisit, ni par ceux des rues qui les traversent, ces quartiers n'entretiennent le moindre rapport avec notre histoire nationale.

Les médias ne se rappellent que très occasionnellement le Mouvement National et ses hommes. Les éphémérides dans les journaux locaux donnent plutôt l'impression d'être des bouche-trous ! »


Quelles solutions concrètes proposeriez-vous pour pallier ces « négligences » ?

 « Il faut d'abord penser à bannir cette mauvaise habitude de désigner les rues par des numéros. L'histoire nationale est assez riche en noms et en événements mémorables dignes d'être ressuscités et donc de remplacer ces chiffres absurdes. L'espace urbain doit également préserver des espaces pour les monuments à la gloire des patriotes disparus et des événements phares de notre histoire. On peut ne pas être favorable à la multiplication des statues, mais alors optons pour des mémoriaux commémoratifs dignes esthétiquement parlant des hommes et des faits qu'ils commémorent. Certains ouvrages construits à cet effet sont tout simplement laids. En tout cas, faisons en sorte que le souci de la prospérité présente et future du pays ne nous fasse pas oublier ou négliger le passé.

Nous aimerions aussi suivre sur nos chaînes télévisées davantage de programmes consacrés aux personnalités et aux événements qui ont marqué notre histoire nationale, notamment les « oubliés » de ce patrimoine. Il n'y a pas de mal non plus à ce que l'on accompagne les noms de rues ou de places qui évoquent la lutte nationale de textes succincts qui éclairent un tant soit peu le passant sur la personnalité ou l'événement commémorés. » 

Propos recueillis par B.B.H.

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 5 décembre 2008)

Une revue intitulée "La Voix des Tunisiens", est diffusée dans certaines facultés du sud-ouest de la France ainsi qu'à Paris. TUNISNEWS a déjà publié dans ses colonnes les trois précédents numéros et nous publions volontiers ce 4ème numéro que nous venons de recevoir :

LA VOIX DES TUNISIENS

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N°4 Novembre Décembre 2008

EDITO

Quelques mauvaises habitudes de Ben Ali
 
Plus qu’une simple célébration annuelle, la commémoration de l’arrivée au pouvoir du Président Tunisien Zine Ben Ali, le 7 novembre 1987, est devenue au fil des ans, un véritable rituel chargé d’une grande sacralité. Non moins de vingt célébrations ont ancré cette date dans l’esprit des Tunisiens comme une fondamentale de l’Histoire de la Tunisie, et la Nation toute entière feint de se retrouver autour de cet événement, véritable « symbolique du Changement ». Et comme chaque année, le pays tout entier est transporté dans une ambiance de fausse liesse nationale, où les médias, dans leur déroutante uniformité, louent les actions de Ben Ali et énumèrent les « grandes avancées » progressistes du pays depuis 21 ans. C’est désormais une habitude.

Une autre habitude prise déjà par Ben Ali, mais moins fréquente compte tenu des contraintes calendaires, c’est de renouveler son mandat de Président. En effet, c’est lors de la dernière édition des festivités annuelles du 7 novembre, que la campagne pour le renouvellement du mandat présidentiel a été officiellement annoncée par le désormais habituel candidat gagnant, pour des élections qui se dérouleront en novembre 2009. Le Président Ben Ali qui avait abolit la présidence à vie en modifiant la constitution peu après le coup d’Etat pour afficher une sorte d’illusoire rupture avec les années de fin de règne de Bourguiba, son prédécesseur et fondateur de la Tunisie moderne, se présentera donc à un cinquième mandat à l’âge de 73 ans. Ce renouvellement de mandat a été rendu possible par une modification de la Constitution, exercice, lui aussi habituel, en limitant à quatre et non plus trois, le nombre de mandats successifs et en repoussant l’age limite à la candidature à la magistrature suprême à 75 ans.

C’est également sans surprise et conformément à une habitude vieille de plus de 20 ans, que le Président Ben Ali sera plébiscité par le peuple tunisien à plus de 90% des suffrages, et ce malgré la récente réforme du Code Electoral. Certes, cette nouvelle réforme vise à introduire plus de pluralité en exemptant le parrainage par 30 députés et maires, mais oblige tout candidat à la présidence d’être dirigeant de son parti depuis au moins deux ans. Ce qui a eu pour conséquence première de ne pas permettre la candidature de l’ancien secrétaire général du PDP (Parti Démocrate Progressiste) Néjib Chebbi, premier à s’être déclaré candidat. Ainsi, ce qui apparaît comme étant une ouverture politique, est en fait un moyen d’exclure certains candidats potentiels commençant à acquérir une certaine crédibilité.

Il est clair que ces quelques habitudes du régime de Ben Ali sont plutôt des rituels qui s’inscrivent dans la dynamique d’un régime autoritaire. Une dynamique favorable à l’illusionnisme politique, dont la nécessité est pour Ben Ali, de s’afficher en bon démocrate, notamment pour soigner son image vue de l’étranger. Car les mesures pouvant amener à une véritable ouverture du champ politique passe par celle des médias, en accordant une égalité dans le temps de parole des candidats et dans l’occupation de l’espace médiatique. De nouvelles habitudes devront être prises pour assurer la transition vers un régime démocratique et dans lequel la liberté d’expression sera possible, et cela doit Ben Ali doit le faire au cours de son dernier mandat.

SYLLA                                                                                                                             Rédacteur en Chef
 
 

Complaisances Françaises
 
Certaines attitudes à l’égard du régime tunisien comme la complaisance envers celui-ci, peuvent produire des effets pervers.

La France, si proche géographiquement, partage une Histoire commune avec la Tunisie. Elle jouit d’un attrait, et d’une influence particulière auprès du peule Tunisien qui lui voue un grand respect, tant pour ce qu’elle a apporté à leur pays que pour ce qu’elle représente à leurs yeux. Et la représentation première de la France vue de l’étranger, est évidemment celle de la patrie des Droits de l’Homme. Une Nation qui, dans son Histoire, a été la première à déclarer l’universalité des droits humains.

Contradictions des valeurs
Or il se trouve que les déclarations des deux derniers Présidents de la République Française en visite en Tunisie sont en contradiction avec ces valeurs. Ainsi, en décembre 2003 à l’occasion d’une visite en Tunisie, Jacques Chirac avait salué le « miracle tunisien » initié par Ben Ali et avait ajouté que « le premier des droits de l’Homme, c’est de manger, d’être soigné, de recevoir une éducation et d’avoir un habitat ». Le candidat de la rupture de l’élection présidentielle de 2007, n’a pas rompu avec la complaisance Française à l’égard du régime Tunisien lors de sa visite en avril 2008. Nicolas Sarkozy avait alors formulé des louanges à l’égard de Ben Ali sur le terrain du respect des Droits de l’Homme en déclarant que « l’espace des libertés progresse ». Un comble quand on sait que tout espace de liberté d’expression est de plus en plus verrouillé depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali, et cela pour étouffer toute forme de contestation, aussi pacifique soit-elle.

Déception de la société civile tunisienne
La contradiction de la France sur les valeurs de libertés est alors apparue comme une grande déception pour les associations œuvrant pour la défense de toutes les libertés. Car, la société civile tunisienne riche et variée et qui a atteint une maturité qui n’a d’égal que le temps passé à combattre le régime tunisien, espérait un franc soutient de la part de la nouvelle présidence Française. Un soutient attendu pour mettre un terme à l’asphyxie que subit, à titre d’exemple, la Ligue Tunisienne des Droits de l‘Homme. Un soutient espéré pour appuyer ces associations qui dénoncent la politique d’un pouvoir qui, dans le but de se maintenir, fait de la répression une logique systématique. Un soutient réclamé pour les prisonniers d’opinion ou politiques qui croupissent dans les geôles. Mais ce soutient n’a pas eu lieu…

Emergence de formes moins pacifiques de contestations
Outre la déception des structures qui, pacifiquement, dénoncent toute forme d’atteinte aux droits et à la dignité de l’individu, cette complaisance de la France affaiblit d’une part cette société civile et, d’autre part, peut alimenter une autre forme de contestation aux exactions du régime de Ben Ali. Cette autre forme de contestation s’appuyant sur une prétendue légitimité religieuse, se voit renforcée quand des formes plus laïques et démocratiques de contestation échouent ou renoncent. Aussi, ce processus peut générer peu à peu, en se radicalisant et subissant les influences de pays voisins, des groupuscules intégristes, organisés et politisés. L’extrémisme potentiel des actions militantes de ces groupes, dont la stratégie est avant tout la création d’instabilité, ne peut qu’être néfaste pour le pays. Voilà le danger !

Favoriser l’émergence de forces plus radicales de contestation, c’est faciliter la convergence vers les extrémismes et rendre possible la dilapidation des acquis dont jouit précairement le peuple tunisien. Des personnalités de la gauche Française l’ont bien compris, en apportant leur soutient aux associations de défense de Droits de l’Homme, à l’occasion d’une visite le 27 novembre dernier pour soutenir des prisonniers du bassin minier de la ville de Redeyef, théâtre, depuis le début de l’année  d’un mouvement de protestation sociale vivement réprimé par le pouvoir. Mais des soutiens plus significatifs de la part du Président Français à travers des messages et des actions franches, doivent être apportés à ces associations, car à force de complaisance à l’égard du régime de Ben Ali, on favorise des mouvements moins inscrits dans la Raison, et qui peuvent constituer un danger pour la Tunisie, mais aussi pour la France.

Hamadi Ben Sliman
  
                                                                                                                      
L’Amérique en renfort !
 
 
Ce mois-ci, la victoire du Démocrate Barack Obama aux élections présidentielles américaines a suscité l’espoir dans le monde entier. Et la Tunisie n’était pas en reste !
D’une part, cette victoire marque l’entrée de l’Amérique dans l’ère post-raciale, mais d’autre part, cette élection laisse espérer un  nouveau leadership audacieux et éclairé sur la scène internationale. En effet, après 8 ans d’une politique maladroite, par moments belliqueuse, mais tout de même fruit d’une vision dont les sources sont antérieures au mandat de G. W. Bush, une nouvelle ère semble s’annoncer, à en croire le discours du président élu : celle d’une politique plus humaniste car pragmatique, mais également moins manichéenne car consensuelle.

Mais quelle sera l’attitude d’Obama face au monde ? Quelle sera sa politique dans la région du Maghreb ? Il semblerait prématuré de répondre à ces questions. Toutefois, tout semble indiquer une influence positive dans cette région.
Il faut d’abord noter qu’en Tunisie, la France voit son statut d’allié historique se déliter progressivement. En effet, après le soutien inconditionnel de Jacques Chirac au dictateur tunisien Ben Ali, l’élection de Nicolas Sarkozy n’a pas moins suscité d’espoirs. D’autant était plus grande la déception lorsque le « Président des Droits de l’Homme » et de la France « du côté des opprimés » a salué le régime policier du Général Ben Ali, auquel il a exprimé son « soutien » et son « estime ».
Pendant ce temps là, les Etats-Unis ont su opérer une révision de leur politique. En effet, l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, Robert F. Godec, ayant déclaré « Je suis ambassadeur auprès du gouvernement tunisien, mais aussi auprès de l’ensemble des Tunisiens. », a accompagné ses mots par des actions.
Le diplomate n’a pas pris le gouvernement tunisien avec des pincettes en osant apporter son soutien aux deux leaders du Parti Démocrate Progressiste, pourtant de gauche,  Néjib Chebbi et Maya Jribi alors en lutte contre le régime qui tentait de priver le parti d’opposition de son siège social. Cette attitude de l’Ambassade n’a pas manqué de froisser au plus haut point Carthage qui a répliqué à coups de propos orduriers dans les feuilles-de-choux contrôlées par le Ministère de l’Intérieur.

Mais cette nouvelle dynamique s’explique par un revirement : L’ancienne doctrine était de dire que la Démocratie était un corollaire du développement économique. Ainsi, croyait-on qu’en développant les pays émergents, la démocratie s’y imposerait quasi-naturellement. Mais après 58 ans de politiques de développement en Tunisie, dont 21 de dictature féroce, force est de constater que la démocratie n’a toujours pas pointé le bout de son nez. Le nouveau postulat, plus pragmatique, tient au fait que la démocratie, et accessoirement le développement, nécessitent préalablement une société formée à l’exercice de cette même démocratie.
Désormais consciente que le régime autoritaire de Ben Ali a failli face à l’appauvrissement des classes moyennes, à l’éclosion de nouveaux extrémismes, et à l’islamisation sauvage d’une société laïque héritée de la présidence de Bourguiba, l’Amérique s’évertue à renforcer la société civile tunisienne, notamment par le biais du MEPI. En effet, le Middle East Partnership Initiative est un programme du Département d’Etat visant à encourager la démocratie en s’adressant directement à la société civile et aux populations. Le MEPI, dont le principal levier est le soutien au milieu associatif, est fondé sur l’idée selon laquelle la démocratie, l’état de droit et la bonne gouvernance ne peuvent être atteints sans le renforcement du rôle de la femme, des média indépendants, de la corporate governance, ainsi que la conscience de certaines valeurs humanistes dans la société civile. Ainsi, par exemple, le MEPI a-t-il soutenu la création d’une radio libre en Egypte, ainsi que la création d’un journal étudiant à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information à Tunis, et bien d’autres projets associatifs ou parcours individuels au service de la collectivité.
Or la société civile tunisienne est prometteuse par son éducation, son ouverture et son affection pour la laïcité, fruits d’une politique éclairée d’éducation massive impulsée par le Président Habib Bourguiba (1957-1987). C’est pourquoi, selon nous, c’est elle-même qui doit être le moteur de l’évolution de ce pays. Néanmoins, il se trouve aujourd’hui, qu’en plus d’être muselée (notamment l’opposition laïque, la LTDH, la presse démocrate censurée voire interdite…), l’oppression qu’elle subit l’empêche de remplir son rôle nécessaire de contrepoids à la croissance des extrémismes, notamment religieux, due à la fois aux excès et à l’inaction du gouvernement.

En renforçant la société civile étouffée et en soutenant ses futurs leaders, les Etats-Unis pourront peut-être se prévaloir de la confiance perdue par le gouvernement français qui se borne toujours à renforcer les leaders de l’oppression en Tunisie. Face à un partenariat Euro-méditerranéen purement économique, produit d’une vision superficielle, nous osons espérer que les Etats-Unis, et Obama à l’appui de cette nouvelle dynamique, continueront à propulser la société tunisienne, qui, seule, déterminera son propre avenir. En effet, le salut de la Tunisie, et accessoirement la stabilité de la région, se trouvent entre les mains des démocrates et des laïcs, mais ils seront impuissants tant qu’ils seront privés de moyens d’expression et d’action. Notre souhait, aujourd’hui, est que le Président Obama parie sur le peuple tunisien pour faire échec au péril islamiste et à l’oligarchie néo-bénaliste, seules issues qui semblent pour le moment se profiler en cette fin de règne.                                                                                                                                                                                               Mahmoud Saïdi

 
 
Jeunesse dorée : Les réacs s’en mordent les doigts
 
De la crise d’adolescence au voyage initiatique, le parcours classique de la jeunesse en quête d’identité a toujours trouvé le bon public pour s’en gausser. Que cela soit au dépend de ses clichés idéalistes ou de son « panurgisme » ambiant ; les éléments n’ont jamais manqué pour se moquer de l’anti-conformisme, ascétique et dénué de fond, de cette jeunesse pour qui la subversion était devenue une finalité plutôt qu’un moyen permettant d’atteindre quelque chose de plus profond.
La jeunesse tunisienne, et plus particulièrement celle de la génération qui vu la déclaration d’indépendance à travers ses yeux d’enfants et celle de 68 à travers ses yeux d’adolescents, n’a pas échappé à ce schéma. A tort et à travers, dans l’excès comme dans la mesure, elle a eu le mérite d’exister, au sens métaphysique.

Et pourtant, les réacs s’en mordent les doigts. Ils la regrettent cette jeunesse, cela ne fait aucun doute !
Ils la regrettent car leur génération, qui est d’abord celle du développement de la Tunisie entrepris par Habib Bourguiba, avait réussi par les études ou la débrouillardise en concourant à l’avènement de la classe moyenne tunisienne, ce que les autres pays du Maghreb lui enviaient. Mais s’ils s’en mordent les doigts avant tout, c’est parce qu’elle a enfanté ce que nous appelons d’ores et déjà la jeunesse dorée tunisienne ; celle des boites de nuits sur la Côte et du mimétisme de la jeunesse occidentale - caricaturée dans de stupides séries dont nos congénères sont friands - dans ce qu’elle a de plus futile et de plus superficiel. C’est cette jeunesse qui en se glissant dans la niche touristico-industrielle vacante des étés tunisiens, nous a fait prendre conscience qu’il ne fallait pas prendre l’avion pour voir que l’on pouvait faire preuve d’une consommation des plus débridées.
Certains enfants de ce qu’on appelle les « nouveaux riches tunisiens », pouvant dépenser des milliers de dinars pour une table au Calypso à Hammamet, au Bora-Bora à Sousse ou dans ce qui est désormais la plus grande boite de nuit d’Afrique, l’Oasis ; est-ce un hasard si la Tunisie est devenue la 3ème destination la plus prisée pour le clubbing ?
La question qui revient sans cesse est celle de savoir comment une telle différence entre ces générations a été possible? Comment cette génération pour qui tout était à construire après la fin du protectorat, la génération qu’on a longtemps appelée « celle des sacrifices » a-t-elle pu laisser ses enfants jouir immodérément d’un argent dont ils n’ont jamais saisi la valeur ?
Le conditionnement de la population depuis 21 ans par le régime du Président Ben Ali, notamment par l’abrutissement des enfants par le biais d’une Ecole où l’on demande d’apprendre et non plus de réfléchir, explique cette absence totale de culture et de conscience politique ainsi que cet opportunisme matérialiste et consumériste à l’excès de la jeunesse qui ne se soucie guère de la chose publique. Car quand tout un ensemble de mécanismes dissuasifs engendrent l’absence d’organisations militantes pour la jeunesse, au point de réussir une véritable ablation de la culture politique, il paraît presque normal que ces jeunes dont les parents ont réussi, aient pour principale préoccupation de s’inscrire dans une culture consumériste et ostentatoire.

Il semble acquis que, comme toutes les jeunesses du monde, la jeunesse tunisienne n’est pas une et indivisible. En son sein, il y a les bosseurs et les flemmards, les cultivés et les ignares, les conscients et les vantards ; mais  ce qui est inquiétant, c’est que chez cette jeunesse, dorée ou pas, Ben Ali a réussi à faire disparaître le sentiment national, le service de la Nation comme valeur, et le sentiment d’appartenance à une même entité désirant construire ensemble un destin commun, lesquels animaient les générations de nos pères. Mais encore plus inquiétante est l’idée que c’est bien cette jeunesse qui devra, un jour, prendre les rennes du pays… Espérons qu’elle se réveillera, qu’elle quittera son état léthargique et qu’elle se rappellera de ce pourquoi nos pères et mères ont lutté.

Sofiane Yahia
 

 
Mezri Hadded pourrait-il tenir tête à Béatrice Hibou ?
 
 

Par Sami Ben Abdallah
www.samibenabdallah.com

L’ACAT-France (l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) du cinquième arrondissement parisien a organisé le jeudi 4 décembre 2008 (de 19h30à 21h), une rencontre débat avec Béatrice Hibou, universitaire, chercheur au CNRS, auteur de « Tunisie, la force de l’obéissance »). Un Petit compte rendu.
 
 
Nombre des présents : environ 40. Des présents tunisiens : 5 personnes au plus.
La Rencontre- Débat a commencé vers 19h40 pour se terminer à 21h. Béatrice Hibou a fait un petit résumé de son livre « Tunisie : la Force de l’obéissance » en 45 minutes puis durant 30 minutes, c’était le tour des questions. La majorité des présents a estimé que le temps était assez court pour ce genre de débat.
 
Question au responsable de l’ACAT-France à la fin de la réunion : « pourquoi la salle est trop petite ? Pourquoi vous n’avez pas fait assez de publicité ? ». Réponse : « l’annonce de la réunion est parue sur des sites tunisiens et il nous était difficile de trouver une salle plus grande ». L’absence de la majorité des dissidents tunisiens à ce genre de rencontre- débats demeure problématique !
 
 
Comment est  Béatrice Hibou ?
 
Assez jeune, assez sympathique et humble. Elle paraît trop cultivée et trop sérieuse mais est assez susceptible ou réservée. A la fin de la réunion, elle a eu la gentillesse de m’expliquer ce que j’ai perçu comme étant de la susceptibilité de sa part. Il semble que durant certaines réunions, elle a eu à faire avec des contradicteurs qui étaient présents pour foutre la merde plutôt que de discuter de son livre. D’où cette susceptibilité.

Béatrice Hibou a tenu un discours «strictement universitaire » (a aucun moment, elle n’a donné l’impression qu’elle prenait position pour untel contre untel. Elle s’est exprimée comme étant une «universitaire »). En évoquant la Tunisie, elle a usé de formulations  respectueuses (« le Président » Ben Ali) mais sans concessions sur le fond de ses analyses. En réponse à certaines questions, elle a relativisé la portée de certains jugements. Elle a déclaré que depuis 2 ans, elle ne s’est pas rendue en Tunisie. Son livre est «interdit en Tunisie ».Dans son exposé, elle a retenu 3 points : celui de la caisse 26-26, celui des entrepreneurs et celui de la position des bailleurs de fonds étrangers. Ces 3 points parmi tant d’autres sont longuement exposés dans son livre (ainsi que d’autres, tels le rapport de la police avec la population, le pourquoi du culte de la personnalité, les techniques de contrôle de la société, la notion d’Etat de Droit et d’institution,…etc)
 
 
Un Kouchner sans ministère
 
Le philosophe, le journaliste, l’ancien opposant, le penseur (à vous de choisir) Mezri Haddad était présent. En se présentant avant de poser sa question, il a déclaré «je suis un Kouchner sans ministère » (allusion au Ministre des affaires étrangères, le socialiste  Bernard Kouchner qui a rejoint Nicolas Sarkozy). Il a reproché à Béatrice Hibou en souriant le fait de ne pas avoir cité son livre dans ses références bibliographiques. Un reproche qui a arraché un sourire de la très sérieuse Béatrice Hibou.
 
 Deux interventions remarquées de Mezri Haddad. Dans la première, il a  défendu la caisse 26-26 évoquant l’argument de «fiscalité répatrice ». Ce à quoi, Béatrice Hibou a répondu, qu’elle comprenait cet argument mais qu’elle trouvait qu’il valait mieux renforcer la fiscalité classique au lieu d’inventer une nouvelle qu’est 26-26. Et en reconnaissant (en réponse à la question de Mezri Haddad) que les techniques de contrôle de la société sont universels et n’ont pas été inventées par le pouvoir tunisien. Dans la seconde, il a souligné que Béatrice Hibou a refusé d’employer le terme « Etat policier » (se contentant de la formulation « Etat de la police ».
  
 Béatrice Hibou revient dans un chapitre de son livre sur ce débat : régime autoritaire ou policier) et a refusé de cautionner l’argument selon lequel « la corruption serait un pilier du pouvoir » .Les présents ont suivi le débat entre Béatrice Hibou et Mezri Haddad avec intérêt. A plusieurs reprises, Mezri Haddad et Béatrice Hibou ont cité des références scientifiques (inaccessibles à la majorité des présents, il faut reconnaître). A la fin de la réunion, Mezri Haddad a pris l’initiative d’aller saluer Béatrice Hibou. Des traditions à instituer dans nos rencontres-débats. Une question au passage : Pourquoi ne pas organiser des rencontres-débats entre des intellectuels «réputés être » ou « qui sont » proches du régime et des intellectuels de l’opposition. Y a qu’a  penser à des personnes comme Larbi Chouikha, Saloua Charfi, Sana Benachour, Hichem Jait parmi tant d’autres. Cela nous changera du vide qu’on vit?
 
Une intervenue a évoqué une  histoire surréaliste ou «presque » : la fille de son amie, mariée à un Tunisien (de Bizerte)  lui aurait rapporté que la Tunisie vit un retour massif de l’islamisme. Le mari étant devenu un barbu, l’intervenante s’est inquiétée pour la vie de sa fille qui de surcroît est fille d’une « protestante » (allez savoir pourquoi l’intervenante s’est crue obligée de préciser que la personne est « protestante »). Béatrice Hibou a répondu gentiment que ce cas personnel la dépassait précisant que le retour du religieux en Tunisie n’est pas forcément l’expression d’une contestation politique.
 
L’après réunion :
 
Résurrection de Mezri Haddad ?
 
 En privé, Mezri Haddad ne correspond pas à cette impression qu’on a de lui quand on le voit s’exprimer (voir par exemple ses participations à France24 dans des débats avec Souhyr Belhassen ou Sihem Bensedrine.  Mezri Haddad-Sihem Bensedine, Partie 1 sur dailymotion) (Partie 2 sur dailymotion). En effet, dans ces émissions, il paraît un peu imbu de lui-même, vieillot, coincé (il s’exprime comme un conférencier, il cite trop de références bibliographiques, il utilise un français trop soutenu. Ce style peut correspondre à une conférence mais pas à des débats). En privé, Mezri Haddad est plutôt humble et assez sympathique. Il a accepté plusieurs critiques avec esprit sportif.
Il a évité habilement d’expliquer le pourquoi de son absence de la scène politico-médiatique tunisienne ou française, annonçant au passage qu’il   reviendra à l’écriture politique. Par ailleurs, il a souligné  qu’il s y mettra sur facebook et qu’il pense lancer un blog. Résurrection politico-médiatique ou annonces sans lendemains ? l’avenir le dira
 
M.Noureddine Chef’i
 
Lors de la rencontre débat avec Ahmed Ibrahim, il y avait une personne qui a apporté la contradiction à Ahmed Ibrahim. Les présents l’avaient accusé d’être un « pro-régime » et se sont interrogés sur le fait de le laisser ou non parler ( une majorité était pour, une minorité était contre et a exprimé son hostilité. Finalement, il a pu poser des questions et Ahmed Ibrahim lui a répondu ). Cette personne était présente à la rencontre débat d’hier. Il s’agit de Monsieur Noureddine Chefi’i qui se présente comme étant un journaliste (correspondant d’Achourouk en France).
 
M.Chefi’i a posé des questions contradictoires à Béatrice Hibou en reconnaissant au passage qu’il n’a pas lu son livre mais qu’il s’exprimait en fonction du résumé fait lors de la rencontre- débat. Béatrice Hibou a retenu certains points évoqués dans l’intervention de M. Chefi’i.  Tout s’est fait dans le respect. M.Chefi’i  a regretté le fait que les organisateurs de la réunion avec Radia Nasraoui (qui s’est tenue le mercredi) lui « auraient » interdit d’accéder à la salle sous prétexte qu’il est pro-régime). « Je suis un journaliste, je suis libre de poser les questions que je veux ! je suis libre aussi d’avoir les convictions politiques que je veux ». C’est sa version des faits.
 
Il est vrai que lors de certaines rencontres-débats, il y a des «casseurs » qui viennent pour pourrir le débat, poser des questions hors sujet (et faire perdre le maximum de temps ainsi).
 
Mais, aussi bien lors de la rencontre-débat avec Ahmed Ibrahim (Secrétaire général d’Ettajdid) ainsi qu’avec Béatrice Hibou, ce n’était pas le cas de M. Noureddine Chefi’i. La question qui se pose (si la version de M.Chefi’i est véridique) : du moment que la personne pose des questions dans le respect, pourquoi lui interdire l’accès ? Pourquoi refuse-t-on la contradiction ? Après tout, c’est aux organisateurs d’accorder un temps de parole équilibré à tous les présents. Et c’est quoi ces arguments trop cons tenus par certains organisateurs (comme quoi, certains présents sont là pour espionner les présents…etc ! Admettons que cela soit vrai ! qu’est ce qui se dit d’extraordinaire dans ces rencontres débats ? A ma connaissance, pas de secrets  ou  de complots ! Alors du moment que les personnes s’expriment dans le respect et que le temps d’intervention est réparti équitablement entre toutes les sensibilités politiques, il faut laisser tout le monde y accéder et cesser de « se la jouer »).
 
 Une autre question à poser aussi : le RCD (parti au pouvoir)  autorise-t-il des personnes en dehors du parti au pouvoir à assister à ses rencontres- débats et les laissent-elles poser des questions librement ?
 
Mais avant d’en arriver là, une question à poser : le RCD organise-t-il des rencontres « débats ».Déjà !


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