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TUNISNEWS
11 ème année, N°3998 du 04.05.2011
archives : www.tunisnews.net
AFP: Ben Ali et son épouse accusés de "complot contre la sûreté" de l'Etat
AFP: Tunisien: 55 nouveaux partis sur la scène politique depuis la révolution
AFP: 40.000 Libyens fuient en Tunisie
AFP: Evacuation d'un immeuble parisien occupé par des migrants tunisiens

REVUE DE PRESSE

 
 
Ben Ali et son épouse accusés de "complot contre la sûreté" de l'Etat

AFP 04/05/11 22h11
L'ex-président tunisien Ben Ali et son épouse Leïla Trabelsi, ont été accusés de "complot contre la sûreté intérieure de l'Etat", a annoncé le ministère tunisien de la Justice cité par l'agence officielle TAP.
Ils sont en outre accusés d'avoir "provoqué le désordre, des meurtres et des pillages sur le territoire tunisien". Un dossier judiciaire impliquant Ben Ali, son épouse et son neveu Kaïs dans la mort de quatre jeunes tués par balles durant les violences qui ont secoué la ville de Ouardanine dans le Sahel tunisien à la mi-janvier, a été déposé devant un tribunal pénal de Sousse (centre).
Dans ce dossier, des familles des victimes accusent des agents des forces de l'ordre d'avoir donné l'ordre de tirer sur des manifestants s'opposant à la fuite de Kaïs Ben Ali, rapporte la TAP.
Au total, 18 actions en justice ont déjà été enclenchées contre le président déchu, notamment pour homicides volontaires et usage et trafic de drogues, selon le ministre tunisien de la Justice, Lazhar Karoui Chebbi.
Le ministre avait affirmé à la mi-avril que le gouvernement était en train de constituer un dossier afin d'obtenir l'extradition de l'ex-président, réfugié avec des membres de sa famille en Arabie Saoudite depuis sa fuite le 14 janvier.

 

Tunisien: 55 nouveaux partis sur la scène politique depuis la révolution


 


TUNIS - Quelque 55 partis politiques été créés en Tunisie depuis la chute de l'ancien régime le 14 janvier en Tunisie, où le nombre de formations politiques est désormais de 63, a-t-on appris mercredi auprès du ministère de l'Intérieur.

Sous le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, seuls huit partis étaient autorisés sur la scène politique dominée par le parti au pouvoir le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) dissous le 9 mars à la demande des nouvelles autorités.

Selon le ministère de l'Intérieur, 82 demandes de création de partis politique ont été refusées.

Dans le secteur médiatique fortement contrôlé par l'ancien régime, 51 publications ont été autorisées même si elles n'ont pas toutes encore vu le jour et 40 demandes sont encore en attente.

Durant les 23 ans de pouvoir de Ben Ali, seuls 10 quotidiens ont été créés, a indiqué le ministère de l'Intérieur.

Ces nouveaux partis politiques prennent place avant l'élection prévue le 24 juillet d'une Assemblée nationale constituante (ANC), chargée d'élaborer une nouvelle Constitution qui marquera l'émergence de la nouvelle Tunisie, l'après-Ben Ali.

Parmi les formations politiques autorisées récemment figure un parti, le mouvement islamique Ennahda (Renaissance), présidé par Rached Ghannouchi, qui a été légalisé le 1er mars, trente ans après sa fondation.


(©AFP / 04 mai 2011 21h31)


40.000 Libyens fuient en Tunisie

AFP
04/05/2011 | Mise à jour : 15:42 Réactions (31)
Plus de 41.600 personnes ont fui les combats en Libye via le poste frontière de Dehiba dans le sud de la Tunisie ces quatre dernières semaines, a indiqué aujourd'hui une responsable du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), Maness Ghanem.
"2800 Libyens ont traversé le poste frontière de Dehiba, situé à 4 km de la frontière et 2400 celui de Ras Jedir mardi 3 mai", a ajouté cette responsable, contactée à Tataouine (sud) depuis Tunis.
D'autre part, 950 ressortissants libyens sont actuellement hébergés dans un camps émirati de Dehiba et 1.100 dans un camp du HCR à Remeda (situé à environ 60 km de Dehiba) alors que 4650 réfugiés de différentes nationalités sont hébergés dans des camps à Ras Jedir (à environ 150 km au nord-est de Dehiba)", a-t-elle précisé.
La majorité des réfugiés libyens, selon cette responsable, ont été accueillis par la communauté locale tunisienne ou bien ont loué des maisons. "Nous conjuguons nos efforts avec les autorités tunisiennes, la société civile et des volontaires pour trouver des solutions pour l'hébergement, fournir des aides alimentaires et sanitaires", a ajouté Mme Ghanem.

 
 
 
Evacuation d'un immeuble parisien occupé par des migrants tunisiens

PARIS — Un immeuble du nord de Paris, occupé depuis lundi par une centaine de jeunes migrants, pour la plupart Tunisiens, a été évacué mercredi en début d'après-midi, a-t-on appris de sources concordantes.

Les occupants "ont été emmenés dans des commissariats pour des vérifications d'identité", a indiqué la préfecture de police. Selon la PP, "128 personnes qui se trouvaient à l'intérieur du bâtiment" sont concernées, ainsi que "20 autres personnes qui manifestaient devant l'immeuble, sans déclaration préalable".

Leur sort devrait être décidé à l'issue de ces vérifications.

"L'opération d'évacuation a commencé peu avant 14H00 et s'est achevée sans incident notable à 15H00. Nous agissons sur réquisition du propriétaire des lieux", a indiqué la préfecture de police de Paris. L'immeuble, situé au 51 avenue Simon Bolivar (XIXe arrondissement), "n'était pas aux normes d'incendie et n'est pas adapté à servir de local d'hébergement", a-t-on ajouté.

L'évacuation "s'est faite à la demande de la Ville: ce lieu est reconnu comme dangereux et n?est nullement conçu pour servir d'hébergement", a confirmé la mairie de Paris propriétaire de cet immeuble insalubre, situé à proximité directe du parc des Buttes Chaumont.

Le bâtiment était occupé depuis lundi par une centaine de jeunes migrants, pour la plupart passés par l'Italie, qui dormaient depuis leur arrivée à Paris dans des jardins de la ville, notamment au Parc de la Villette.

Pendant l'évacuation, plusieurs dizaines de personnes soutenant les migrants ont crié "Liberté! Liberté!", face à un cordon de CRS protégeant l'accès à l'immeuble. Certains soutiens, en colère, ont lancé des détritus sur les CRS.

La Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) a condamné "l'attitude de ce gouvernement qui, malgré des demandes répétées de prise en charge humaine de la question des migrants tunisiens, ne sait utiliser que des solutions répressives".

La mairie de Paris a précisé qu'avant l'évacuation, "des élus et des représentants de la ville ont tenté de convaincre les ressortissants tunisiens présents de quitter le lieu pour rejoindre les hébergements" financés par la Ville.

Elle a appelé l'Etat à "mettre en place un dispositif adapté à ces circonstances exceptionnelles, notamment en proposant une aide au retour revalorisée".

Le conseiller UMP de Paris Jean-François Lamour a dit à l'AFP "approuver totalement" l'évacuation.

 
 
 
 

APPEL A LA SOLIDARITE AVEC LES JEUNES TUNISIENS
RASSEMBLEMNT DEVANT LE MINISTERE DE L INTERIEUR
POUR EXIGER LA LIBERATION DE TOUS LES ARRETES DU 51 AVENUE SIMON BOLIVAR
POUR LA REGULARISATION DE TOUS LES MIGRANTS TUNISIENS DE LAMPEDUSA
POUR SOUTENIR LES JEUNES DES REVOLUTIONS DEMOCRATIQUES ARABES
NOUS APPELONS A UN RASSEMBLEMENT
DEVANT LE MINISTERE DE L INTERIEUR A PARIS
LE JEUDI 05 MAI 2011 A 18H30
Place de la Madeleine
Métro Madeleine ligne 8 et 12
ATMF – AMF – ADTF – FTCR - UTIT ….

Tunisie : Ouardanine en quête de vérité et de justice


La Tunisie vit sous la menace mafieuse des hommes de main de l'ancien régime
 
Benoît Delmas, journaliste et écrivain
Avec le calme que donne la certitude, Ali lâche : "Dégueulasse est un mot propre pour dire ce qu'ils ont fait." 48 ans, dont 23 sous Ben Ali, Ali a honte. Depuis son poste d'observation, vingt-huit ans de taxi, il a tout vu, tout entendu, tout ressenti. La saloperie humaine, le vice et la perversion qu'autorise l'argent roi des mafieux. La suprématie du fort, financièrement parlant, sur le laborieux qui chaque matin courbait l'échine sous peine de prison, d'interdiction de travail, de confiscation de sa marchandise. Pour Ali, rien n'est fini.
"Ils sont encore là", jauge-t-il, les yeux plissés. Ce qu'il dit sans ambages, ils sont de plus en plus nombreux à le murmurer. Lorsque le despote quitta le pays, le 14 janvier à 17 h 52, les klaxons retentirent dans tout le pays. Deux heures plus tard, des 4×4 déboulèrent, vitres baissées, chargés de miliciens armés du dernier cri. Les desperados du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) avaient pour ordre de brûler le pays. Cinq jours de crimes suivirent le départ de Zine El-Abidine Ben Ali. Cinq jours entre enfer et espoir. Cinq jours durant lesquels la population tunisienne érigea des barrages de fortune, des barricades de bric et de broc. Avec des planches, des voitures calcinées, des meubles, chaque quartier s'organisa pour enfreindre le "à tombeaux ouverts" des partisans de M. et Mme Ben Ali. Un élan de courage, de solidarité que le peuple tunisien ne doit jamais oublier.
La révolution s'est jouée le 14 janvier et les cinq jours qui suivirent. Hommes, femmes, vieillards, jeunes, handicapés et enfants, tous furent des comités de quartier. Une vigueur nationale dont ils n'eurent pas le souffle de se rendre compte. Personne n'a pu fêter la grande victoire. Aucun, aucune, n'a pu danser, chanter le triomphe du peuple sur la force. Une révolution confisquée par cinq jours de terreur. Résultat : aucune union nationale. Et une grosse fatigue que les partisans de Ben Ali et des Trabelsi entretiennent.
Règne de la peur
Désormais, la Tunisie vit sous la menace des hommes de main de l'ancien régime. Policiers, mafieux, voyous, notables de l'ex-RCD : tous s'unissent pour salir, casser, tabasser le pays. Leur objectif : instaurer le règne de la peur. Se venger. Tuer la révolution. Chaparder le pouvoir. Quelques exemples : samedi 30 avril, ce sont trois prisons qui sont incendiées afin que 800 détenus s'échappent. Samedi encore, ce sont 500 salafistes qui font violence, avec la complicité de la police politique, avenue Bourguiba. Dimanche 1er mai, c'est un hôtel international de Tunis qui est attaqué comme dans le plus mauvais des westerns. Total : la multiplication des opérations coup-de-poing menée par de petits mercenaires rémunérés par les ex du RCD.
On s'explique difficilement que certains Trabelsi puissent encore faire du business à distance. On ne comprend pas que les prisonniers du type d'Imed Trabelsi bénéficient d'un régime digne d'un palace. L'armée et ses 43 000 soldats ne peuvent tout faire. La police de Ben Ali comptait 200 000 membres, sans compter les indics, vigiles et espions du quotidien. Ils n'ont pas disparu. Ajoutons au tableau le voisin libyen qui tente d'exporter sa guerre sur le sol tunisien avec force obus, mortiers... Kadhafi n'a jamais pardonné que son ami Ben Ali soit viré comme un voleur. Alors il frappe, via ses mercenaires, le grand sud.
Pour les amateurs de symboles, la Tunisie est devenue une destination de choix. On y fait du tourisme de grandes déclarations. A Tunis, le défilé continu de dirigeants étrangers donne lieu à des multitudes de déclarations, d'encouragements. Mais de concret, peu. Pour parler cash, il faut déverser des tonnes de flouz sur la frêle démocratie. L'aider sans compter. Les besoins immédiats sont estimés à 4 milliards de dollars par la Banque mondiale. Le prix à payer pour remettre le pays sur les rails de la croissance. Et le sauver définitivement des complots fomentés par ceux qui firent fortune sous Ben Ali et perdraient tout sous un régime démocratique.
Située entre l'Algérie et la Libye, la Tunisie occupe une place géostratégique qu'il serait idiot de sous-estimer. Si l'on ne veut pas assister à la mise à sac de la révolution, si l'on ne souhaite pas le come-back de la mafia, si l'on a un minimum de respect pour un peuple qui a su s'affranchir de la peur pour déloger un mafieux, un clan, ses gangs, alors il faut aider la Tunisie. Aujourd'hui. Sans attendre une minute de plus. Demain, il sera peut-être trop tard.
(Source : « Le Monde » (Quotidien – France), édition du 5 mai 2011)

 
 
Le Professeur Moncef Ben Salem ministre de l’enseignement public
 
Mohamed Dhiaeddine Souissi * May 03, 2011
Voici un extrait d’une interview donnée par monsieur Moncef Ben Salem, membre dirigeant du parti Ennahdha et spécialiste renommé en mathématiques, au site électronique Nawaat :
Nawaat : En règle générale, il n’y a pas d’enseignement sans politique éducative. Et si le niveau en Tunisie est arrivé à un tel point en comparaison avec le passé, cela veut dire que derrière cette réalité il y a une politique, ce qui voudrait dire que cet état de fait est voulu ou non ?
Moncef Ben Salem : En effet, l’intervention politique est claire et évidente, particulièrement en ce qui concerne les matières littéraires. Il existe un texte d’Ali Douagi, qui enseigne en cinquième année primaire et en huitième année préparatoire et en troisième année secondaire. Pourquoi ce texte pour trois niveaux ? En fait, la religion y est tournée en dérision. Ce texte se moque de celui qui enseigne le Coran et touche de la part de ses élèves une contribution financière. Qui est ce Ali Douagi ? Il fait partie du groupe de « Taht Essour » qui se saoulent, égorgent des chats pour les manger et ramassent les mégots et disent « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Ils donnaient de noms aux petits et aux grands mégots. Ali Douagi a reçu la décoration de la réalisation culturelle à l’ère du 7 novembre au plus haut niveau du pouvoir.
Honte à la Tunisie qui décore les clochards et les idiots et ignore les scientifiques. Moi, je n’ai bénéficié d’aucun honneur à côté de ce Ali Douagi !!
Sire Ben Salem, je pense que personne ne peut nier votre talent de mathématicien reconnu, ce qui vous prédispose méritoirement à la décoration à laquelle vous postulez. Mais Ali Douagi n’aura nullement usurpé la décoration à titre posthume qui lui a été réservée. Il se pourrait bien que son type d’activité intellectuelle ne cadre pas avec les canons de votre axiomatique, mais lui est iconoclaste et novateur. Et franchement, les ellipses et hyperboles de Douagi sont, pour moi et pour tous ceux qui aiment la littérature, préférables aux votres, plates muettes et sans saveur.
Son style et son humour peuvent ne pas vous plaire, mais ils ne vous autorisent nullement à le dénigrer, lui et toute la bande à Taht Essour en passant. Sachez bien Professeur que Taht Essour, comme phénomène original, est l’une des manifestations de la grande renaissance politique, intellectuelle et culturelle de notre pays entre les deux guerres. Cette bande ne contient pas de champions jongleurs avec les x et les y comme vous, mais les artistes, intellectuels, poètes et écrivains qui la composaient avaient leur intelligence et leur créativité propres à eux.. Les membres de Taht Essour, dans leur douleur, leur humour, leur excentricité- qui semble particulièrement vous déranger- portaient, dans une symbiose formidable, les aspirations et l’amour de la Tunisie. C’est pour cette raison que leur legs au patrimoine intellectuel et artistique de cette Tunisie restera éternel.
Je ne doute pas Professeur que vous savez que le groupe comprenait notamment Abou el Kacem Chebbi, Tahar Haddad, Abdelaziz El Aroui, Abderrazek Karbaka, Mustapha Khraïef, Hédi Jouini, Hédi Laâbidi, Zine el-Abidine Snoussi et Khemaïs Tarnane. Outre Ali Douagi bien sûr. Professeur, si ces gens là sont des clochards, je saisirai l’académie française pour ajouter aux synonymes de ce mot quelque mot élogieux qui équivaudra à leur valeur. Vous en serez alors à l’origine.
Sire Moncef, au delà de la stupeur que me fait le jugement que vous réservez à la bande d’Abou el Kacem Chebbi et Hédi Jouini, je me demande comment une personne aussi douée dans un domaine scientifique peut être aussi dédaigneuse à l’égard d’intellectuels et artistes aussi brillants. Je me demande également ce que vous feriez de nos programmes d’enseignement s’il vous arrivait un jour à en présider la destinée? Nietzsche, par exemple, c’était un clochard, licencieux et, par dessus le marché, athée. Adieu Nietzsche dans les programmes de philo du bac et dans ceux de l’université? Marx lui aussi était athée notoire. N’aurais-je plus à enseigner à mes étudiants la transposition de la dialectique hégélienne dans ses pénétrantes analyses de la réalité économique? Si lui, par miracle, échapperait à votre crible rigoureux, qu’adviendrait-il de Bakounine et de Proudhon, anarchistes en guise de circonstance aggravante?
Chez mes collègues littéraires, la facture semble être plus salée.
La dérision « proférée » par Douagi envers ceux qui enseignent le Coran ( middib dans notre arabe tunisien) lui a valu autant de désapprobation. Quel jugement recevra alors Abou Nawas, Abou al Alaa al Maari ou encore Omar Ibn Abi Rabiaa? A eux, Ali Douagi serait ce que mère Theresa est à Paris Hilton. Certainement, ils disparaîtront de tout manuel scolaire ces trois. Chebbi aussi; il aura commis le crime impardonnable d’avoir côtoyé Douagi et, probablement, d’avoir participé à une cérémonie d’égorgement d’un quelconque matou. Bien sûr, je ne parlerai pas de Baudelaire et de Rimbaud. Leur sort est sans doute aucun scellé. Prévert, Aragon, Eluard et autre Vian, poètes maudits et pourfendeurs des valeurs religieuses, ne seront pas plus chanceux. Car au moins Douagi, n’a jamais touché à la foi, même si en moquant le « middib » il aura fait ce qui mérite conséquente correction. Mahfoudh, Camus, Sartre et Beckett se rachèteront-ils car Nobel les as sanctifiés ? Je ne pense pas. Le premier a été poignardé car il semblait peu regardant à l’égard de la représentation publique de l’éternité. Les autres ne sont pas moins susceptibles d’être coupables d’atteinte à la pureté de nos conceptions héritées de l’être et de l’existence.
Dans le domaine de la zoologie et de la paléontologie, le nom de Darwin et de la théorie de l’évolution seront sans nul doute bannis de toute programmation dans les facultés des sciences et, à plus forte raison, dans les programmes de philosophie au baccalauréat. L’année dernière, le Vatican s’est excusé à titre posthume auprès de Darwin car les milieux catholiques l’ont déconsidéré sans arguments irréfutables. Aujourd’hui, il y a, au sein même du Vatican, un courant créationniste à côté d’un courant évolutionniste. Dans la quasi-totalité des pays du monde occidental développé, il y a une majorité de croyants et une minorité de déistes, agnostiques et athées. Mais, le débat dans les affaires politiques et publiques fait rarement référence au préceptes religieux, même si plusieurs grands partis ne cachent pas leur référence à la chrétienté. Sous nos cieux, le problème est plus compliqué. Ce que nous risquons est que des personnes ou des groupes politiques, qui se réclament de l’Islam, capitalisent la tyrannie de l’opinion publique pour l’utiliser comme fonds de commerce dans le débat publique. Et ce que je constate, malheureusement, à travers le traitement réservé par Pr Ben Salem au groupe Taht Essour, c’est que ce dernier semble bien parti pour jouer sur cette corde.
Ce jeu là est dangereux et il risque même de se retourner contre son inventeur, tel le monstre ressuscité de Frankenstein. Le système d’enseignement avec les programmes qu’il contient a connu beaucoup de changements depuis l’indépendance. Il contient certainement beaucoup de failles qu’il faudrait corriger dans un cadre de concertation et de participation de toutes les parties concernées.
Cependant, un fait est indéniable ; il a pourvu la Tunisie de compétences et de cadres que même les Nations les plus développées pourraient nous envier. Monsieur Ben Salem en est l’exemple. Les dramaturges tunisiens devenus référence dans le monde arabe et déjà rentrés de plain-pied dans l’universalité, nos cinéastes de grande valeur, nos ingénieurs, médecins, juristes, historiens, poètes, journalistes, essayistes…font la fierté de notre chère Tunisie. Une part importante dans l’éclosion de ces talents revient à l’ouverture de nos programmes d’enseignement sur le grand héritage du savoir et de l’esprit humain. Dans nos écoles et nos universités, l’enseignement des grandes figures de la littérature, de la philosophie et de la poésie, nationaux, musulmans, arabes et d’autres horizons civilisationnels participent à la formation des élites du pays. Plusieurs sont excentriques, juifs, catholiques, athées…Mais leur apport à la philosophie, la littérature, la science et le savoir en général, sont indéniables. Je pense je que le lecteur comprend pourquoi j’ai vraiment eu peur pour l’avenir de notre Tunisie quand j’ai lu cette interview du Pr Ben Salem.
Aujourd’hui, il y a un débat large sur la capacité du mouvement Nahdha à faire sien l’esprit démocratique et de se muer en pilier dans l’œuvre de construction de la Tunisie future, moderne, libre et démocratique. Mon avis personnel est qu’il est encore tôt pour en juger définitivement. Ceux qui disent que l’islamisme est condamné à l’obscurantisme et à la réaction prêchent par un esprit trop métaphysique, incapable de saisir les phénomènes politiques dans leur double dialectique interne et sociale.
L’islamisme en Tunisie a évolué et il pourra évoluer davantage. Mais, il n’est pas encore sécurisant à l’heure qu’il est. Quand une grande éminence de ce mouvement écrit des choses aussi injurieuses sur le poète qui a fourni aux révolutions arabes leur slogan mobilisateur et sur un géant de la musique arabe de la trempe de Tarnane, je dirais que la composante principale de la mouvance islamiste en Tunisie est encore loin de convenir sur les fondamentaux de la démocratie et du libéralisme politique. Lorsque j’entends Rached Ghannouchi dire à ses fans et sympathisants que leurs adversaires font peur de l’Islam, mes appréhensions ne font que grandir. Le parti semble encore être fortement convaincu que c’est lui l’Islam et que les autres sont des mécréants. En même temps, un professeur dans un lycée de Bizerte est accusé par une de ses élèves qu’il a insulté le prophète, et des appels se font déjà pour couler son sang. A ma connaissance, a pas bien tardé à désapprouver la campagne dont ce prof fait l’objet, alors qu’elle devait être la première à le faire. Les syndicat général d’enseignement secondaire a été, lui aussi, d’une réaction, le moins qu’on puisse dire, timide. Trois semaines après les accusations mensongères et l’appel au meurtre contre cet enseignant, ce dernier n’a pas encore réhabilité comme il se doit.
Pourquoi on ne punit pas ceux qui ont publiquement appelé à sa liquidation physique ? Pourquoi l’élève et ses parents qui ont diffusé cette intox ne sont pas astreintes à des excuses solennelles ?
Il y a un climat de terreur qui naît. Il vise le corps enseignant, alimenté par les « zélotes » de l’Islam. Cette intimidation du corps enseignant est naissante. Son potentiel destructeur peut sembler faire l’affaire des partis islamistes qui pourraient se réjouir de ce que les enseignants qui comptent parmi leurs adversaires puissent être pris à parti par des élèves et des étudiants qui veulent imposer la tyrannie de leur opinion. Mais la manivelle peut se retourner plus tard contre ceux qui en semblent, à présent, être bénéficiaire.
Demain, un étudiant peut organiser une manif devant une faculté des lettres par ce que son prof lui enseigne des poèmes luxurieux de Baudelaire. Il fera venir des gens qui n’ont rien à voir l’espace universitaire qui demanderont le sang de ce prof dépravé et irrespectueux des valeurs de l’Islam. Une autre manif demanderait la tête d’un autre universitaire qui s’entête à enseigner Darwin, Marx ou Nietzsche… Nous aurons dans quelques années une génération d’obscurantistes de plus en plus endurcis. Monsieur Ben Salem risque un jour d’être honni car il enseigne les théories d’Einstein, ce juif sioniste, ou les théories de Pythagore le païen bisexuel.
Les talibans n’ont pas été une créature ex nihilo. 4 ans de gouvernement des Moujahidins Afghans, de loin moins rigoristes, ont fini par les déloger par des étudiants bien enfoncés dans l’ignorance des apports du savoir humaniste universel. Comme quoi l’arroseur peut bien être arrosé.
* Enseignant universitaire.
 
(Source: Nawaat.org le 3 mai 2011)

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La fin de la chape de plomb…
Jusqu’à présent, nous avons reçu 71 demandes de licence de création de radios et 25 demandes de télévisions

Journaliste revenu de l’exil forcé, après la révolution, pour avoir été empêché d’exercer sa profession dans les règles de l’art, renvoyé à deux reprises de l’Agence Tunis-Afrique Presse (TAP) en 1978 et en 1994, Kamel Labidi a été nommé président de l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (Inric), créée le 25 février 2011.

Durant ces 17 années d’exil, il a collaboré, par des opinions, à plusieurs journaux étrangers : Le Monde diplomatique, en France, le Daily Star, à Beyrouth, le Cairo-Times, The Guardian, le New York Times et Herald Tribune aux Etats-Unis.
Il a travaillé pour Amnesty International, notamment au bureau régional de Beyrouth, des territoires occupés palestiniens, et comme représentant aux comités pour la protection des journalistes, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, basés au Caire et à Washington.

Pendant plusieurs années, jusqu’à il y a trois mois, il a travaillé au sein de l’Aifex (International Freedom of Expression Exchange), une organisation regroupant plus de 80 ONG qui défendent la liberté d’expression.

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, nous l’avons rencontré.

Il a évoqué l’Instance, qu’il préside, sa mission et ses attributions ainsi que le paysage médiatique, après la révolution, et le travail accompli au sein de l’Inric. Ecoutons-le.

Le 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, a cette année, vous en convenez, une saveur particulière en raison de la révolution.
Qu’en dites-vous?
Ce goût particulier est celui de la liberté. Car c’est la première fois que la Tunisie célèbre cette journée sans qu’il y ait des journalistes tunisiens en prison.
En outre, la presse n’est plus muselée comme elle l’a été pendant les deux dernières décennies où, sous Ben Ali, la Tunisie est devenue l’un des pays ennemis de la liberté de la presse et de l’internet. Jamais depuis la création du premier journal dans notre pays, Erraïd Ettounsi en 1860, La Presse et l’ensemble des médias n’ont été aussi étouffés et mis au pas par un régime répressif et dictatorial. Pis, l’hostilité de Ben Ali envers la presse libre et indépendante est même supérieure à celle de la plupart des résidents généraux sous le protectorat français de 1881 à 1956.

Comment jugez-vous le paysage médiatique après la révolution ?
Je peux dire qu’il n’y a plus de ligne rouge, qu’il y a une certaine liberté de ton, ainsi que des efforts de la part de la plupart des médias et journalistes pour exercer correctement leur métier, mais beaucoup reste à faire tant le poids et la chape de plomb des années Ben Ali ont provoqué de sérieux dégâts.
Les journalistes, en fait, n’ont pas encore eu le temps de se ressourcer, de se recycler après tant d’années de confiscation de la parole et de la liberté de presse et d’expression.
J’aurais aimé que la profession tire les enseignements de la situation antérieure et s’engage à ne plus se laisser manipuler par les gouvernants.
J’aurais aimé, aussi, que les journalistes qui étaient sur le devant de la scène faisant l’apologie de Ben Ali, en le présentant comme un sauveur et un héros, s’éclipsent quelque peu en laissant la place à leurs confrères et consœurs qui n’ont pas été aussi impliqués qu’eux.Car, à mon avis, c’est là la meilleure manière de permettre aux médias de se réconcilier avec leur public et d’en terminer, je l’espère, avec la chape de plomb.

Présentez-nous les principales attributions et missions de l’Inric.
L’Inric a été créée le 25 février 2011 par un décret ministériel.
Le premier gouvernement provisoire désirait une instance pour superviser le secteur audiovisuel comme le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) en France ou en Belgique.Après consultation avec les journalistes, il s’est avéré que tout le secteur, entre presse écrite et audiovisuelle, avait plutôt besoin d’une instance de réflexion, qui présente des propositions au gouvernement, cela afin de tourner définitivement la page Ben Ali et d’en finir avec la mainmise du pouvoir exécutif sur les médias. Et de faciliter, par ailleurs, l’émergence de nouvelles structures de régulation mettant un terme au monopole de l’Etat sur les médias publics et de garantir leur indépendance.
Pour parvenir à cette fin, l’Inric, qui a tenu à être indépendante, puisque les membres ont été choisis par son président après consultation avec les confrères et consœurs, s’est employée à rencontrer un bon nombre de journalistes de la capitale et des régions.
Cela dans le but d’identifier les obstacles et les problèmes qui les empêchent de pratiquer correctement et librement leur métier. L’Inric a également recueilli leurs suggestions et recommandations afin que jamais les médias ne connaissent ce qu’ils ont vécu auparavant et ne reviennent plus jamais en arrière.
Ces rencontres avec les journalistes se poursuivent encore aujourd’hui et nous allons, à leur terme, soumettre un rapport au gouvernement et à la future Assemblée constituante. Ce rapport sera en même temps rendu public et l’opinion publique sera informée de toutes les recommandations fondées sur une observation rigoureuse du terrain, et de toutes les suggestions faites à partir de l’analyse des journalistes, des conclusions tirées des ateliers de travail et des expériences observées dans les pays démocratiques où la presse est libre tels la Grande-Bretagne, l’Espagne, le Portugal, l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Chili, etc.
Enfin, notre mission est claire : proposer des recommandations susceptibles de garantir l’indépendance des médias, rehausser la qualité et l’image de la profession et réconcilier les médias, jadis utilisés comme instruments de propagande et de désinformation, avec le public.

Le fait que vous soyez une instance uniquement consultative, n’est-ce pas là réduire son importance et son impact ?
Considérant qu’il s’agit d’une période transitoire où le gouvernement provisoire souffre d’un déficit de légitimité, le pays a plus besoin, à mon avis, de propositions et de recommandations que de décisions. C’est pourquoi j’ai tenu moi-même, après consultation de nombreux confrères, consœurs et acteurs de la société civile, à ce que l’instance soit uniquement consultative avec pour mission de préparer le terrain à l’émergence de structures indépendantes de régulation du secteur.

Avez-vous accompli un travail complet englobant tout le paysage médiatique ?
Il s’agit d’un travail énorme et de longue haleine, tous les membres de l’Inric, à l’exception du président, sont des volontaires qui ont d’autres obligations professionnelles.
Le travail de collecte des informations et des propositions ainsi que les ateliers de travail destinés à approfondir la réflexion sur les moyens les plus efficaces de doter le pays de structures indépendantes et démocratiques se poursuit.
Il y a aussi le travail de formation des journalistes, y compris dans le domaine de la couverture d’élections libres et démocratiques.

Est-ce que l’instance s’autosaisit ou est-elle saisie par d’autres parties tels les journalistes, les décideurs, les partis, etc. ? Y a-t-il eu des plaintes pour des cas de censure, de dérapages de la part des journalistes ?
Nous travaillons avec les journalistes et les experts tunisiens et étrangers et nous recevons régulièrement des propositions écrites formulées par des journalistes pour améliorer la qualité de l’information et de la couverture de l’actualité, notamment en vue des prochaines élections.
Nous recevons aussi des plaintes de journalistes dénonçant des atteintes au libre exercice de la profession par leurs supérieurs hiérarchiques, entre rédacteurs en chef et directeurs, et des cas de censure. Beaucoup de journalistes déplorent le fait que la situation de la gestion des rédactions, au sein de leur entreprise, est demeurée inchangée et que les responsables de ces journaux travaillent comme par le passé, sur instructions et coups de fil, n’ayant pas encore intériorisé les nouvelles exigences du métier après la Révolution.
Certains journalistes déplorent également que les services de presse et les attachés de presse des différents ministères perpétuent les mêmes méthodes d’antan, comme si le pays était encore sous la coupe de la dictature.
D’autres confrères et consœurs dénoncent la présence et l’influence des anciens thuriféraires de Ben Ali et de son épouse. Ils sont révoltés de voir que des individus qui avaient été chargés par les conseillers du président déchu de s’attaquer à des collègues, femmes et hommes, ainsi qu’à des opposants politiques occupent encore des postes importants au sein de ces médias publics et privés.

La composition de l’Inric a suscité certains remous concernant certains de ses membres qui ont été vivement contestés. Qu’en est-il ?
A l’heure où il importe pour notre métier de réduire, par l’effort, la compétence et le respect de la déontologie, le fossé de méfiance et de rejet creusé par l’ancien régime entre les journalistes et les citoyens, nous gagnerions à nous abstenir de lancer des accusations sans fondement ou de nous enliser dans les polémiques stériles qui n’auront que des répercussions négatives sur notre métier en ternissant son image devant l’opinion publique.

Quelle est votre position sur l’affaire de radio «Kalima»
?
Notre instance a été créée, nous l’avons déjà dit, pour doter le pays de mécanismes de régulation dignes de la Révolution et d’un pays démocratique. Donc tout en reconnaissant le fait que radio «Kalima» a été empêchée d’émettre sous Ben Ali et que ses promoteurs et journalistes ont été persécutés et attaqués, il s’agit maintenant de traiter tous les dossiers d’une manière équitable et transparente. Ce qui serait achevé avant la fin de ce mois-ci.

L’examen de ces dossiers est en cours et l’Inric ne tardera pas à soumettre au gouvernement son avis au sujet de ces demandes de licences de radios et de télévisions. Nous avons élaboré des critères tels que les profils des promoteurs, les sources de financement, la nature des projets, leurs objectifs, l’étude technique, le plan de travail (Business plan), les programmes. Il faut aussi considérer une donnée importante concernant les radios, à savoir que l’Office national de télédiffusion ne cesse de rappeler que les fréquences radio disponibles pour le moment sont très réduites, notamment sur le Grand-Tunis. Concernant, maintenant, les radios qui veulent arroser tout le pays, sachons qu’environ deux tiers des fréquences sont utilisés par les radios publiques telles que la Nationale, Rtci, Ethaqafia, Radio-Jeunes et les radios régionales. Sans compter qu’un bon nombre de fréquences restantes sont utilisées par des stations de radios privées qui ont vu le jour sous Ben Ali et qui ont été créées par ses proches et amis.

Combien avez-vous reçu de demandes de licence ?
Jusqu’à présent, nous avons reçu 71 demandes de radios et 25 demandes de télévisions.

Plusieurs parties nationales et internationales ont créé, sous forme d’ONG, des réseaux de contrôle du respect de la déontologie en Tunisie.
Cela ne fait-il pas de l’ombre à votre instance ?
Tout travail de nature à faire la lumière sur le degré de conformité de nos médias avec les normes internationales de liberté de la presse, qu’il soit l’œuvre d’ONG locales ou internationales, est le bienvenu.Car il s’agit de défendre la liberté d’expression.Mais ce qui importe, c’est que les ONG tunisiennes devraient coordonner leurs efforts, intensifier leur coopération avant de traiter avec des organismes ou fondations donateurs et établir, enfin, des priorités dans le domaine de la promotion et de la protection des médias.

Vous avez rejeté la première ébauche de la sous-commission émanant de l’Instance supérieure de la réforme politique.Où en sont actuellement les choses ?
La sous-commission a élaboré un projet de code de la presse liberticide et non conforme aux normes internationales de la liberté d’expression.Résultat : il a été rejeté aussi bien par notre instance que par le Snjt (Syndicat national des journalistes tunisiens).
Mais, actuellement, la sous-commission travaille en collaboration avec l’Inric et le Snjt pour un autre projet de texte qui protègera réellement la liberté de la presse et le droit à l'accès aux sources de l’information, au sein de l’administration, et qui dotera le pays de structures indépendantes pour la régulation des médias.
 
Source: “La Presse” Le 03-05-2011

 
 
Que devient Farhat Rajhi ?
Coqueluche, il y a un mois, des facebookers, Farhat Rajhi a disparu de la toile après son départ du ministère de l’intérieur. Et pour cause. Il est accaparé par son travail à la tête du Comité Supérieur des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales. Une tâche qui lui tient particulièrement à coeur. C’est qu’il nourrit de grandes ambitions pour cette institution créée, en 1991 et confinée depuis, dans un rôle purement décoratif. Son objectif : « une mise à niveau globale du CSDHLF pour lui permettre de jouer pleinement son rôle en tant que l’un des garants des acquis de la révolution ». Une réflexion en profondeur a été engagée pour y arriver. Il s’agit d’en finir avec les défaillances qui avaient constitué autant d’obstacles pour le Comité de mener à bien la tâche qui lui avait été assignée. Un document cite parmi ces défaillances, une quasi absence de l’indépendance à l’égard de l'autorité du Président de la république et de ses proches collaborateurs (conseillers...), une faible pluralité et diversité des membres de cette institution, surtout au niveau des personnalités nationales et des associations concernées par les droits de l’Homme et une quasi absence de l’indépendance dans la procédure de choix des membres du CSDHLF, de leur nomination, de leur démission ou révocation.
Analysant la situation actuelle, le document relève « un certain nombre de points positifs en matière de liberté d’expression et d’association comme la proclamation d'une amnistie, la légalisation de 85 associations exerçant dans le domaine des droits de l’homme qui étaient interdites et d’une soixantaine de partis, la création de structures nationales de veille et de contrôle et de l'Instance Nationale indépendante des élections ainsi que l’adhésion de la Tunisie à un certain nombre de conventions et de protocoles. Il y a lieu également de signaler l’élaboration d'un projet de décret-loi relatif au cadre juridique du CSDHLF qui sera soumis pour approbation au Président par intérim dans les prochains jours.
De nouvelles attributions pour le CSDHLF
Les attributions de cette institution ont été également élargies pour qu'elles couvrent toutes les dispositions des Principes de Paris et la jurisprudence qui lui ont succédé depuis 1993, comme la possibilité de s'autosaisir ou suite à la réception d'une requête-de toute question portant sur les cas de violation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et d’émettre des avis sur des questions relatives aux droits de l’homme et aux libertés publiques soumises par le Président de la République, le gouvernement et les institutions constitutionnelles, de recevoir les requêtes et les plaintes individuelles et collectives provenant des citoyens tunisiens et des étrangers se trouvant en Tunisie à propos des violations ayant trait aux droits de l’Homme et aux libertés publiques ou d’effectuer, sans préavis, des visites dans les établissements pénitentiaires et de rééducation, les centres de détention, les centres d'hébergement ou d'observation des enfants, les organismes sociaux chargés des personnes ayant des besoins spécifiques, et ce, en vue de s'assurer de l’application de la législation nationale relative aux droits de l’Homme et aux libertés publiques en conformité avec les conventions relatives aux droits de l’Homme ratifiées par la Tunisie.
Toutes ces mesures devront concourir à faire du CSDHLF, une institution nationale totalement indépendante dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière visant la promotion et la protection des droits de l’Homme, la consolidation de leurs valeurs, la diffusion de leur culture et la contribution à la garantie de leur exercice. Une institution qui ne reçoit des instructions d'aucun pouvoir public pourra ainsi remplir pleinement sa mission.
Pour l’avenir, le travail de cette institution sera focalisé aussi sur la nécessité pour le Gouvernement, d'introduire des réformes profondes en matière de justice, de sécurité ainsi que dans le domaine économique et la corruption.
Parmi les propositions émises, on retiendra celles de l’abolition de la peine de mort, la révision du statut de la magistrature et l’assainissement des structures de sécurité.
 
 
 
 
AFP, le 4 mai 2011 à 11h22 GMT
Maroc: pas d'arrestations "aveugles" après l'attentat, se félicitent des islamistes
Par Caroline TAIX
Rabat, 04 Mai 2011 (AFP) - Des islamistes marocains se disent rassurés par le fait qu'il n'y ait pas eu d'arrestations massives et "aveugles" après l'attentat meurtrier du 28 avril à Marrakech, comme cela avait été le cas au lendemain des attentats de 2003.
"Il n'y a pas pour l'instant de réaction aveugle et c'est rassurant", dit Nadia Yassine, du mouvement islamiste Justice et bienfaisance, l'un des plus importants au Maroc, interdit mais toléré par les autorités.
Près d'une semaine après l'attentat de Marrakech qui a fait 16 morts sur la touristique place Jamâa El-Fna, il n'y a officiellement pas eu d'arrestation. Et s'il n'a pas été revendiqué, les autorités montrent du doigt Al-Qaïda.
Nadia Yassine se souvient en revanche de "coups de filet à l'aveuglette en 2003". "Ils avaient ramassé un peu tout le monde, dans les mosquées", dit-elle. Après les attaques kamikazes à Casablanca en mai 2003 qui avaient fait 45 morts dont les 12 kamikazes, des centaines d'islamistes avaient été placés derrière les barreaux.
"Le roi est impliqué dans un processus progressiste, tout le monde a envie d'avancer", dit Nadia Yassine. Son mouvement avait très vite condamné l'attentat de Marrakech et demandé que "les atteintes aux droits de l'homme qui ont suivi les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca ne se reproduisent pas".
Le jour même de l'attentat de Marrakech, Mohammed VI a appelé à respecter "la primauté de la loi" et à oeuvrer à "la préservation de la quiétude et de la sécurité des personnes et des biens".
En plein "printemps arabe" après des manifestations pour des changements politiques, le roi a annoncé en mars des réformes constitutionnelles. Le 14 avril, il a libéré de nombreux détenus politiques dont des islamistes.
"Au début, on avait des craintes qu'il y ait un recul par rapport aux droits de l'homme (...) mais je crois qu'elles ne sont plus de mise", affirme Sâad-Eddine Othmani, député et membre dirigeant du parti Justice et développement (PJD, opposition islamiste représentée au Parlement).
"Je crois qu'on est à un point de non-retour au Maroc et que plus personne n'acceptera des dépassements ou des arrestations injustifiées", poursuit-il.
Le politologue spécialiste de l'islamisme Mohamed Darif se félicite aussi qu'on n'ait "pas commis les erreurs des attentats de 2003". "Il y a eu cette campagne d'arrestations illégales et on a bien compris la leçon", dit-il.
L'attentat de Marrakech a été condamné par les islamistes du PJD et de Justice et bienfaisance, qui dénoncent traditionnellement la violence.
Les salafistes, aussi, ont fait entendre leur voix: "C'est un acte de folie perpétré par des personnes qui ne croient à aucune religion", a dit au quotidien Aujourd'hui Le Maroc le cheikh Mohamed Fizazi qui a bénéficié de la grâce royale du 14 avril après avoir été condamné à 30 ans de prison suite aux attentats de Casablanca.
Dans une vidéo sur internet, de jeunes salafistes en prison affirment être "victimes" de l'attentat de Marrakech. Selon eux, il vise à empêcher que la lumière soit faite sur les abus ayant suivi les attaques de 2003.
"Les responsables de cet acte veulent que les prisonniers d'opinion restent en prison", estime Mohamed Fizazi. Des sources concordantes avancent qu'une nouvelle liste de prisonniers susceptibles de bénéficier d'une grâce royale était en préparation avant l'attentat.
"On ne comprend pas à qui profite le crime", déclare de son côté Nadia Yassine, avant d'ajouter: "beaucoup de Marocains sont très sceptiques sur la thèse officielle" qui soupçonne Al-Qaïda.
Interrogé sur le fait que l'attentat n'ait pas été revendiqué, Khalid Naciri, porte-parole du gouvernement, a déclaré: "Je comprends parfaitement que l'opinion publique soit sur sa faim". "Si Al-Qaïda n'a pas revendiqué, cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas responsable", a-t-il ajouté, répétant que "toutes les hypothèses sont encore présentes".
 
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La Tunisie vit sous la menace mafieuse des hommes de main de l'ancien régime


 

Par Benoît Delmas*

Avec le calme que donne la certitude, Ali lâche : "Dégueulasse est un mot propre pour dire ce qu'ils ont fait." 48 ans, dont 23 sous Ben Ali, Ali a honte. Depuis son poste d'observation, vingt-huit ans de taxi, il a tout vu, tout entendu, tout ressenti. La saloperie humaine, le vice et la perversion qu'autorise l'argent roi des mafieux. La suprématie du fort, financièrement parlant, sur le laborieux qui chaque matin courbait l'échine sous peine de prison, d'interdiction de travail, de confiscation de sa marchandise. Pour Ali, rien n'est fini.

"Ils sont encore là", jauge-t-il, les yeux plissés. Ce qu'il dit sans ambages, ils sont de plus en plus nombreux à le murmurer. Lorsque le despote quitta le pays, le 14 janvier à 17 h 52, les klaxons retentirent dans tout le pays. Deux heures plus tard, des 4×4 déboulèrent, vitres baissées, chargés de miliciens armés du dernier cri. Les desperados du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) avaient pour ordre de brûler le pays. Cinq jours de crimes suivirent le départ de Zine El-Abidine Ben Ali. Cinq jours entre enfer et espoir. Cinq jours durant lesquels la population tunisienne érigea des barrages de fortune, des barricades de bric et de broc. Avec des planches, des voitures calcinées, des meubles, chaque quartier s'organisa pour enfreindre le "à tombeaux ouverts" des partisans de M. et Mme Ben Ali. Un élan de courage, de solidarité que le peuple tunisien ne doit jamais oublier.

La révolution s'est jouée le 14 janvier et les cinq jours qui suivirent. Hommes, femmes, vieillards, jeunes, handicapés et enfants, tous furent des comités de quartier. Une vigueur nationale dont ils n'eurent pas le souffle de se rendre compte. Personne n'a pu fêter la grande victoire. Aucun, aucune, n'a pu danser, chanter le triomphe du peuple sur la force. Une révolution confisquée par cinq jours de terreur. Résultat : aucune union nationale. Et une grosse fatigue que les partisans de Ben Ali et des Trabelsi entretiennent.

Règne de la peur

Désormais, la Tunisie vit sous la menace des hommes de main de l'ancien régime. Policiers, mafieux, voyous, notables de l'ex-RCD : tous s'unissent pour salir, casser, tabasser le pays. Leur objectif : instaurer le règne de la peur. Se venger. Tuer la révolution. Chaparder le pouvoir. Quelques exemples : samedi 30 avril, ce sont trois prisons qui sont incendiées afin que 800 détenus s'échappent. Samedi encore, ce sont 500 salafistes qui font violence, avec la complicité de la police politique, avenue Bourguiba. Dimanche 1er mai, c'est un hôtel international de Tunis qui est attaqué comme dans le plus mauvais des westerns. Total : la multiplication des opérations coup-de-poing menée par de petits mercenaires rémunérés par les ex du RCD.

On s'explique difficilement que certains Trabelsi puissent encore faire du business à distance. On ne comprend pas que les prisonniers du type d'Imed Trabelsi bénéficient d'un régime digne d'un palace. L'armée et ses 43 000 soldats ne peuvent tout faire. La police de Ben Ali comptait 200 000 membres, sans compter les indics, vigiles et espions du quotidien. Ils n'ont pas disparu. Ajoutons au tableau le voisin libyen qui tente d'exporter sa guerre sur le sol tunisien avec force obus, mortiers... Kadhafi n'a jamais pardonné que son ami Ben Ali soit viré comme un voleur. Alors il frappe, via ses mercenaires, le grand sud.

Pour les amateurs de symboles, la Tunisie est devenue une destination de choix. On y fait du tourisme de grandes déclarations. A Tunis, le défilé continu de dirigeants étrangers donne lieu à des multitudes de déclarations, d'encouragements. Mais de concret, peu. Pour parler cash, il faut déverser des tonnes de flouz sur la frêle démocratie. L'aider sans compter. Les besoins immédiats sont estimés à 4 milliards de dollars par la Banque mondiale. Le prix à payer pour remettre le pays sur les rails de la croissance. Et le sauver définitivement des complots fomentés par ceux qui firent fortune sous Ben Ali et perdraient tout sous un régime démocratique.

Située entre l'Algérie et la Libye, la Tunisie occupe une place géostratégique qu'il serait idiot de sous-estimer. Si l'on ne veut pas assister à la mise à sac de la révolution, si l'on ne souhaite pas le come-back de la mafia, si l'on a un minimum de respect pour un peuple qui a su s'affranchir de la peur pour déloger un mafieux, un clan, ses gangs, alors il faut aider la Tunisie. Aujourd'hui. Sans attendre une minute de plus. Demain, il sera peut-être trop tard.

*Benoît Delmas, journaliste et écrivain

Source : « Le Monde » Le 04-05-2011

Tunisie. Une révolution sans joie


 

Par Raouf Laroussi*

On sent de plus en plus le goût amer du désordre au sommet de l’Etat qui a suivi la chute du régime de Ben Ali. Ce désordre et cet affaiblissement de l’Etat se traduisent d’abord par la dégradation de l’ordre public et le sentiment d’insécurité qui en découle.

Une rupture retardée
La seconde conséquence, non moins importante, est le ralentissement des activités économiques et l’absence de visibilité pour l’engagement de nouveaux grands projets et le drainage d’investissements nationaux et étrangers. Le blocage de l’économie se répercute évidemment directement sur l’emploi et renvoie au chômage de nouveaux groupes de jeunes tunisiens.
En troisième lieu, on note une lenteur dans la rupture avec le régime déchu. La justice tarde à être rendue alors que les crimes et autres délits de différentes natures commis par le clan et ses associés sont visibles à l’œil nu. Certains courants contre-révolutionnaires traversent encore la haute administration et les entreprises publiques. Certaines organisations satellitaires qui se cachaient derrière un voile humanitaire et qui faisaient la propagande du pouvoir de Ben Ali n’ont subi aucun questionnement alors qu’elles exerçaient un pouvoir égal ou supérieur à celui des ministères...
Last but not least, la reconstruction politique cherche difficilement son chemin.
En effet, les Tunisiens se sont révoltés contre un régime despotique qui a confisqué la liberté et les biens du peuple.

D’un despotisme éclairé à un despotisme inculte
Après Bourguiba qui a régné en despote éclairé et intègre, la Tunisie a basculé sous la coupe d’un despote inculte et corrompu qui a bénéficié du soutien de l’Occident, sous prétexte de lutte contre le terrorisme islamiste et l’immigration illégale. Le despotisme de Bourguiba était justifié par la précarité de la nation héritée du joug colonial et le besoin d’unité nationale pour construire un Etat moderne. Sous les deux régimes qu’a connus la Tunisie depuis son indépendance, l’exercice de la démocratie était défaillant et la vie politique se résumait, à part quelques périodes d’éclaircie, à la propagande d’un parti unique et au culte du chef de ce parti. Toutefois, le régime de Bourguiba s’accommodait d’une certaine liberté de penser, en raison de la personnalité même de Bourguiba, pétrie d’histoire et de culture, et fortement influencée par les démocraties occidentales.
Le régime de Ben Ali, quant à lui, exerça un anéantissement de la pensée et de la culture entraînant un laminage de la classe politique. En procédant à la massification au niveau de l’enseignement supérieur accessible automatiquement par l’obtention d’un baccalauréat fortement dévalorisé, le régime de Ben Ali donna un coup fatal à la qualité des formations universitaires sauf dans certains îlots qui ont échappé à ce cataclysme. Le renouvellement des élites en prit un coup dur. Ainsi, c’est avec une jeunesse certainement intrinsèquement bonne mais formée de manière médiocre dans son écrasante majorité, une population adulte éblouie par l’apparition soudaine de la lumière de la liberté et une classe politique sinistrée que se retrouve la Tunisie post 14 janvier.

Reconstruire la gouvernance du pays
D’où la difficulté de la reconstruction d’une gouvernance viable du pays. Cette difficulté est d’autant plus grande que le vide dans l’espace politique est exploité par certains courants fondamentalistes qui s’appuient sur la religion dans l’établissement de leur vision politique même si les évolutions des deux dernières décennies ont tempéré leur ardeur.
D’un autre côté les partis et intellectuels laïcs brillent par leur désunion et leurs rivalités. La révolution était sans leader. La reconstruction l’est aussi et l’avenir de la démocratie est incertain sauf si tous les militants de tous les partis s’engagent à être d’abord des militants pour la reconstruction politique du pays sur des bases démocratiques irréversibles et se décident à y croire fermement. Y croire, en mettant notamment en sourdine la voix de leur ego.

* Universitaire, Ecole nationale d’ingénieurs de Tunis (Enit).
www.facebook.com/RaoufLaroussi

Source : « Kapitalis » Le 04-05-2011

La finance internationale fait pression pour une contre-révolution en Tunisie


 

Par Olivier Laurent

Le processus de réformes politiques en Tunisie écarte du pouvoir les figures trop liées, aux yeux des masses, au dictateur Ben Ali, tombé en janvier dernier. Cependant, il vise avant tout à justifier le maintien des conditions sociales contre lesquelles les Tunisiens se révoltent, dans l'intérêt des bourgeoisies nationale comme étrangères – et notamment française.

Ainsi, le gouvernement de transition tunisien a proposé d'interdire à ceux qui avaient détenu des postes à responsabilité au cours des dix dernières années dans le parti de l'ex-président Ben Ali, le Rassemblement démocratique constitutionnel (RDC) maintenant dissout, de participer aux prochaines élections prévues pour le 24 juillet. Il est également question d'exclure les membres du gouvernement précédent, ses conseillers et ses attachés.

Ces propositions sont une réaction à la mobilisation continue de la classe ouvrière tunisienne, une tentative tardive et symbolique de se distancier du régime de Ben Ali. Chokri Belaid du Mouvement des patriotes démocrates (MPD) et Abdellatif el-Mekki, membre du Bureau exécutif du parti islamiste Ennahdha, ont tous deux refusé de s'associer à cette décision limitée, prévenant le gouvernement qu'elle était loin de suffire à contenter la population et qu'ils craignaient une « nouvelle vague de contestations ».

Le Premier ministre d'intérim, Beji Caid Essebsi, a adopté une position distante vis-à-vis de la proposition, déclarant que les ex-membres du RDC « ne devraient pas être empêchés de se présenter à ces élections, s'ils ne sont pas condamnés par la justice. » Il a également insisté sur la nécessité de garantir un « climat social et économique adéquat » pour ces élections.

Sa réaction est la conséquence d'une pression croissante de la finance internationale, pour que l'exploitation des travailleurs tunisiens reprenne de plus belle le plus tôt possible. Dans ce contexte, le pouvoir tunisien mène un chantage économique envers son propre peuple, et s'appuie sur le soutien de tous les partis ayant un tant soit peu d'écho dans les masses, qu'ils soient "de gauche" ou islamistes. Essebsi a ainsi exprimé son inquiétude envers les sit-in, manifestations et grèves qui se poursuivent dans le pays, disant clairement que cela allait diminuer les investissements. Il y aurait eu 110 faits de blocages d’autoroutes et lignes de chemins de fer par des manifestants ces derniers mois.

Les principaux motifs d'inquiétude cités par Essebsi sont le cas de British Gas, qui fournit près de la moitié de la consommation nationale en gaz, où les grèves se sont multipliées parallèlement à un blocage de l'usine par des habitants proches exigeant des emplois ; le blocage du port de Sfax par des marins ; et des émeutes dans la région de Zarzis après l’arrestation des organisateurs d’un réseau d’immigration clandestine.

Les institutions internationales commencent à faire sentir leur impatience. La Tunisie a été invitée à participer à la prochaine réunion du G8 qui se tiendra en France (l'ancienne puissance coloniale de la Tunisie et qui est actuellement à l'initiative d'une intervention impérialiste en Libye voisine). Pour Essebsi, c'est « un motif de fierté pour tous les Tunisiens ».

Le message qui y sera délivré au gouvernement tunisien sera dans la lignée de celui donné lors des assemblées de printemps de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI). Ceux-ci, qui qualifiaient la Tunisie de « bon élève » sous Ben Ali, ont annoncé une aide budgétaire de 500 millions de dollars accordée au pays, qui devrait « générer 700 millions de dollars supplémentaires dans le cadre d’une nouvelle approche proactive. » Le contenu de cette "approche proactive" sera de « supprimer toutes formalités inutiles pour la création d’activités, » c'est-à-dire essentiellement de poursuivre les réformes économiques libérales.

La Tunisie n'aura qu'une croissance de 1,3 pour cent cette année d'après le rapport sur les perspectives économiques globales du FMI et de la BM, contre 5 pour cent de moyenne sur les dix dernières années. La baisse des exportations vers l'Europe après la crise économique avait déjà fait chuter cette croissance à 4,6 pour cent en 2008 et "entre 3 et 4 pour cent" en 2009-10 (source CIA World Factbook).

Le FMI anticipe une reprise à 5,6 pour cent l'année prochaine, mais cela ne lui suffit pas : « Le rééquilibrage n’est pas en train de se faire aussi rapidement que nous le souhaitons. Et il faut encore plus d’efforts pour soutenir l’exportation, la consommation et l’investissement, » a déclaré Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI.

La hausse des salaires est une option exclue d'emblée par le FMI : Ahmed Masood, directeur du département MENA au FMI a déclaré que la hausse des salaires ne pourrait pas constituer une solution, en l’absence d’une augmentation encore plus importante de la productivité.

Le ministre des Affaires étrangères français, Alain Juppé, a organisé à l'Institut du monde arabe à Paris un colloque le 16 avril sur le thème du « printemps arabe, » réunissant les ambassadeurs de France, des chercheurs et des "acteurs" de ces révolutions, dont des représentants de partis islamistes arabes. Ces partis n'ont joué pratiquement aucun rôle dans les mouvements initiaux, mais les puissances impérialistes les considèrent maintenant comme un moyen acceptable de canaliser le mécontentement populaire—à condition de donner quelques gages de bonne conduite aux impérialistes.

Ainsi, lors de ce colloque, Mohamed Ben Salem, représentant du parti Ennahdha, a déclaré qu'il « ne vise pas l'hégémonie » et s'est prononcé pour la parité hommes-femmes lors des élections, rejoignant le souhait du gouvernement et des groupes de défense des droits de l'Homme.

Pour autant, la politique qui sera ainsi appliquée avec la participation des islamistes et des féministes sera fondamentalement anti-ouvrière. Toujours dans ce colloque, deux militantes tunisiennes des droits de l'homme, Souhayr Belhassen et Radhia Nasraoui, se sont publiquement inquiétées des risques de « contre-révolution » dans leur pays.

En fait, elles adhérent complètement au chantage économique du gouvernement. Leur inquiétude tient à « l'incohérence et l'instabilité du processus démocratique qui tend à la disparition de l'État ; l'appauvrissement économique alors que l'activité industrielle et touristique tarde à reprendre ; le désenchantement. En outre, certaines structures et pratiques de l'ancienne police politique semblent se remettre en place. » C'est-à-dire que pour éviter la répression contre-révolutionnaire, elles militent pour l'acceptation par la population d'une politique économique brutale.

Quelques mois à peine après la révolution qui a chassé Ben Ali, l'intégration de la nouvelle couche de jeunes petits-bourgeois "révolutionnaires" tunisiens dans le système impérialiste français est déjà bien en marche. Ce lien transparaît clairement dans une visite « express » de Juppé en Tunisie le 20 avril, pour accorder un prêt de 350 millions d'euros.

Juppé y a trouvé le temps pour un dîner « avec quelques bloggeurs chevilles ouvrières de la révolution, », selon l’AFP, puis de partager son petit-déjeuner le lendemain matin avec des hauts responsables du nouveau régime, dont Yadh Ben Achour, président de la Haute commission de réformes politiques, et connu comme expert en droit public et en théorie politique islamique.

Les ministres tunisiens des Finances, du Commerce et du Tourisme, du Transport et de l'Équipement et de la Formation professionnelle et l'Emploi se sont ensuite rendus à Paris le 26 avril, pour garantir la pérennité de leurs investissements à 300 chefs d'entreprises françaises réunis au siège du MEDEF. « Nous sommes venus dire que la Tunisie est en train de changer en mieux et que les opportunités futures seront encore plus rentables et plus intéressantes, » leur a déclaré Jalloul Ayed, ministre tunisien des Finances.

Essebsi a résumé son chantage en déclarant que, « La révolution tunisienne peut mener à la guerre civile comme elle peut mener à la Démocratie, » en clair : si la classe ouvrière ne se contente pas de ces changements cosmétiques, et ne reprend pas le travail dans des conditions largement similaires à celles qui régnaient sous Ben Ali, l'usage de la force sera envisageable pour ce gouvernement capitaliste.

Source : « wsws : World Socialist Web Site » Le 04-05-2011

Tunisie : à quand la renaissance de la presse ?


 

La presse aujourd’hui est considérée comme un nouveau né. Elle a vécu 23 ans de marginalisation au vu de l’absence de la liberté d’expression, a précisé M. Néji Bghouri, président du Syndicat national des journalistes tunisiens.

Vingt ans après la déclaration de Windhoek, la Tunisie, à l’instar de plusieurs pays, a célébré, mardi 3 mai 2011, la Journée mondiale de la liberté de la presse. « Les médias du XXIe siècle au service de la démocratie » est le thème de cette rencontre.
M. Bghouri a présenté le rapport annuel des libertés de presse établi par l’observatoire et traitant des différentes infractions relevées à l’encontre des journalistes et des lacunes de divers médias depuis la Révolution.
Les journalistes ont subit des harcèlements physiques et moraux de la part des agents de la police politique.
Parmi les griefs dénoncés figurent la dégradation des droits des journalistes notamment sociaux et financiers au sein des institutions médiatiques, l’absence de contrats clairs et des salaires en dessous de leurs compétences, le dépassement flagrant au code de travail !
Parmi les lacunes constatées après le 14 janvier, on cite: l’absence d’une ligne éditoriale au sein des médias, les insultes propagées contre le président déchu, les membres de sa famille et les responsables de RCD
Les informations sont devenues similaires en raison du recours à une seule source d’information (la TAP). Il s’agit également de l’absence de la source pour certains médias. Les anciens responsables gérant l’information sont restés dans leurs postes, ce qui a bloqué la liberté d’expression
La disparition de certains titres de journaux de partis politiques à l’instar d’Al Horria, le Renouveau, Al Wehda, Al Moustakbil, Al Arab et autres. A accentué le chômage des journalistes.
Malgré l’amélioration de contenu de La Presse et d’Assahafa après la Révolution, ces derniers sont menacés de fermeture en raison de problèmes financiers. Cette situation nécessite une intervention immédiate de l’Etat.
La période post révolution a connu des avantages. En effet, l’audiovisuel a enregistré une amélioration au niveau de la qualité du contenu, compte tenu du nouveau paysage de liberté d’expression. Les sujets traités reflètent les préoccupations du citoyen.
Le rapport n’a rien mentionné sur la presse électronique qui souffre jusqu’à présent de la négligence des autorités. Or, aucune initiative n’est manifestée à l’égard de ce volet. Il est légitime de s’interroger sur l’avenir de la presse électronique en Tunisie.

Source : « Investir en Tunisie » Le 04-05-2011

Tunisie, une nouvelle approche managériale


 

Beaucoup de sit-in et troubles dans les entreprises tunisiennes ne sont pas du domaine des troubles à l’ordre public mais plutôt du domaine des ressources humaines. Les soigner par la force ne fera que les aggraver car on utilise pas le bon remède.

Quand on soigne une grippe comme un cancer, on fait deux erreurs. La première touche au diagnostic. La seconde c’est qu’au lieu de soigner le corps, on l’abîme encore plus car on utilise un traitement disproportionné. Beaucoup de sit-in et troubles dans les entreprises tunisiennes ne sont pas du domaine des troubles à l’ordre public mais plutôt du domaine des ressources humaines (erreur de diagnostic). Les soigner par la force ne fera que les aggraver car on utilise pas le bon remède (le bon remède est plutôt l’approche managériale).

Le management à la matraque

Il y a quelques temps, une entreprise française me propose de réaliser une mission de management de transition en Tunisie. Le problème était double, faire passer une unité de production de 60 salariés à 200 salariés en quelques mois (tout en mettant en place les départements classiques transversaux que sont les RH, la formation et la qualité) et injecter dans la hiérarchie managériale locale un peu d’esprit managérial moderne. Comme à mon habitude, avant chaque mission, je me suis réservé une semaine d’observation au sein de l’entreprise. Quelle ne fut pas ma surprise ?

Le manager policier

D’emblée, j’ai compris que pour les managers locaux, le management était quelque chose que l’ont faisait aux salariés et non pas quelque chose que l’on faisait avec eux (la nuance est importante). Mais que leur faisait-on ? Les managers, sans exagérer, insultaient quasiment leur subordonnés quand ils leur parlaient. Ils les menaçaient souvent quand les objectifs n’étaient pas réalisés. Et en bons managers "chien de garde", ils contrôlaient de près mais alors de très près ce que faisaient leurs collègues de travail.

Plus qu’étonné de ce système policier à l’intérieur même de l’entreprise, je demandais aux managers pourquoi ils agissaient comme cela. Bien évidemment, comme tout le monde, je sais que le « management à la dure » fut en vogue pendant longtemps dans le domaine de la théorie du Management mais d’abord tout cela date de la préhistoire du Management et ensuite cette conception du management n’allait pas aussi loin que ce que je voyais de mes propres yeux !. Les managers tunisiens, étonnés par mes questions, me donnèrent la raison.

Pour eux, ils partaient du principe que le salarié tunisien était paresseux et qu’ils le stimulaient de cette façon pour être davantage performants. Bref, c’était un management par la peur, l’intimidation et la contrainte constituait, aux yeux des managers, la source de la motivation de leurs collaborateurs.

Je voulais aussi avoir le ressenti des salariés. Je me posais mille questions. Comment se faisait-il qu’ils ne craquaient pas ? le comportement des managers influaient-ils sur leurs performances ? qu’attendaient –ils de leur manager ? La position des salariés m’étonna elle aussi. Je trouvais en face de moi des personnes d’une qualité intellectuelle élevé, d’un professionnalisme étonnement haut malgré ces conditions de travail. Mais je les trouvais aussi plein d’une rancœur contenue mais prête à exploser à tout moment. Et plus le temps passait plus cette rancœur constituait une bombe sociale forte.

En quelques mots, les collaborateurs tunisiens qui, pour certains avaient plus de diplômes que moi ou leur managers, avaient les mêmes attentes que les collaborateurs européens. A savoir, travailler dans une entreprise dont ils acceptent les contrôles quant aux objectifs remplis mais où on leur fait confiance aussi. Une entreprise où on leur apporte formation. Une entreprise dans laquelle il y a une communication transparente et rapide et où ils peuvent faire preuve d’initiative dans l’intérêt de leur entreprise.

Quant au fait qu’ils tiennent le coup psychologiquement, les salariés m’expliquèrent, après que je les ai assuré de ma confiance, qu’ils faisaient beaucoup de choses dans le dos de leur managers et que certes cela nuisait quelques fois au travail mais que leur managers ne les motivaient pas aussi de leur coté (consultation abusive d’internet, temps de pause exagéré, absentéisme…..). Bref, j’étais en face d’une mauvaise pièce de théatre. D’un coté, des Managers policiers à la main de fer, de l’autre des tunisiens rusés qui font tout par derrière et ce au détriment de l’entreprise !

Mise en place des solutions

Pour être honnête, je ne pense pas être arrivé au bout de mes objectifs même si j’ai du utiliser une méthode radicale. Passer du management à la dure au management « empowerment » (pour ceux qui ne savent ce que c’est, je vous renvoie à une recherche sur internet) en si peu de temps n’était pas chose aisée. Mais certains managers ont commencé à se réformer en comprenant qu’ils n’avaient pas le choix. Pourquoi ? Parce qu’il en allait de leur intérêt tout d’abord. En faisant confiance à leur salariés, en les contrôlant de manière plus fine et raisonnable, ils s’évitaient ulcères et surtout pouvaient se consacrer à d’autres points plus importants pour l’entreprise.

Parce qu’en Tunisie aussi, il y a eu le phénomène de nivellement de la hiérarchie. Le salarié tunisien est diplômé, parfois même sur diplômé par rapport au poste qu’il occupe. Il est souvent même plus diplômé que son manager. De ce fait, même si le manager a une supériorité hiérarchique légitime, il n’en demeure pas moins que la relation est davantage devenue une relation de partenariat que hiérarchique. Ce nivellement hiérarchique est réel et constitue un fait. Le manager doit donc traiter avec un partenaire dans l’entreprise et non plus un subordonné.

Parce qu’à cause de l’ère de l’internet et du mail qui ont aussi changé la donne. Le salarié est directement impacté par cette révolution technologique, ses valeurs changent. Ils devient plus exigeant quant au respect qu’on doit lui accorder (est-il nécessaire de rappeler qu’après le salaire, la première exigence du salarié est d’être respecté, encouragé par sa hièrarchie ; ce levier managérial est bien souvent négligé. Un sourire, serrer la main, un compliment quant au travail fait ne coute rien et peut rapporter gros!).

Le salarié sait comment les managers traitent leur collaborateurs ailleurs, et ce d’un seul clic de souris. Il connaît l’ouverture que connaît la société dans le monde. Comment peut il accepter d’être mal traité dans son entreprise par un dictateur-manager qui remet en question tout ce qu'il fait? Parce que l’impératif de communication est apparu ! Un manager ne peut plus se permettre de se croire tout puissant car il contrôle l’information. D’ailleurs peut-il encore faire de la rétention d’information ? Avec internet, son salarié en sait davantage et parfois même plus que lui sur l’entreprise (plusieurs exemples récents frappants ont révélé des informations confidentielles sur les entreprises tunisiennes). Certaines informations confidentielles sont divulguées publiquement et mondialement en un temps record ! Parce que le salarié tunisien est malin comme tous les salariés du monde (voir même un peu plus). Par devant, ce sera un « un béni oui-oui » car il a peur de vous et que dès que le manager a le dos tourné, ce sera la fête au travail sur le dos de l’entreprise.

Le management à la dure pour les durs managers

Si certains managers auxquels j’ai été confronté ont évolué, d’ autres, conscients qu’ils allaient devoir se mettre davantage à hauteur du salarié et perdre leur pouvoir, firent bloc contre moi et me firent, je peux le dire avec le sourire aujourd’hui, la misère totale. Coups bas et coups tordus étaient mon lot quotidien. Je devais donc, à mon grand regret, adopter moi aussi une méthode radicale avec eux. Ces récalcitrants allaient goûter mon management à la dure.

Du jour au lendemain, j’intimidais et menaçais. Je harcelais de contrôle certains et humiliais à haute voix d’autres. Je ne communiquais plus les objectifs à réaliser et prenait un malin plaisir à souligner la non atteinte des objectifs que je n’avais pas communiqués. Je rétrogradais certains managers et nommaient leurs anciennes victimes et ennemis dans l’entreprise à leur poste. Je coupais l’internet de certains et les empêchait même d’avoir accès à leur boite mails. Sous tension, je ne voulais pas qu’ils se divertissent et trouvent une soupape de sécurité. J’agissais dans les règles mais comme elles.

Cette période fut sans doute aussi épuisante pour eux que pour moi, en totale contradiction avec mes principes. Mais miracle, le groupe de managers récalcitrants me demandèrent collectivement un temps d’échange après 3 mois de cette guerrilla dans l’entreprise. Et là quelle ne fut pas ma stupeur quand ils m’ont reproché d’être trop dur, d’être méchant, de ne pas les respecter, de vouloir les humilier. Bref de ne pas leur fournir un cadre de travail positif plus à même de les rendre performants. Ceux que leurspropres subalternes leur reprochaient !!!

A partir de ce moment, avec beaucoup de retard, j’ai pu commençer ma mission. Je réhabilitais les managers rétrogradés, faisait la paix avec tout le monde et eux s'engageait à vraiment manager mieux pour permettre à l’entreprise d’être plus performante (car au delà des considérations humanistes, chaque manager doit comprendre que mieux manager c’est dans l’intérêt de l’entreprise avant tout !)

L’empowerment (ou la commuication dans l'entreprise, la motivation du salarié)

Le manager doit soutenir ses salariés. Le salarié, en venant le matin au travail, ne doit pas avoir peur d’être brûlé par le bûcher des mauvaises paroles de son hiérarchique. Non, le feu, il faut l’allumer dans le cœur de vos collaborateurs. Motivés, ils travailleront plus. L’entreprise doit être un lieu d’échange pour pouvoir mettre en place de nouvelles idées, de nouveaux process pour satisfaire mieux vos clients. Rappelez-vous, le salarié sait souvent mieux que le manager ce qui satisfait le client car il est au contact tout le temps avec le client.

Si cette communication, ces échanges n’ont pas lieu dans l’entreprise, ils auront lieu ailleurs, sur Internet, dans les couloirs, dans la rue…ect. Et là, ces informations qui circuleront pourront nuire à l’entreprise. N’oubliez pas, nous sommes à l’ère du tweet et de l’e-mail. Pour ce qui me lisent jusqu’ici, pourquoi ce point sur le management ? qu’est-ce que cela à faire avec la Révolution tunisienne ?

Quand on regarde les sit-in dans certaines entreprises, les blocages de route devant certaines autres, ….. on s’aperçoit que ce ne sont pas tant des revendications salariales en terme financier qui sont faites mais des revendications à destinations des managers présents. Soit que ces managers, n’ayant pas compris que le tunisien ne peut plus être géré par la peur continuent dans leurs mauvaises habitudes, soit qu’il y a une carence en terme d’échange dans l’entreprise. Dans les deux cas, le conflit ne pouvant être géré dans l’entreprise, il se déplace sur la voie publique, dans la rue occasionnant par la même occasion des heurts qui viennent amplifier le climat que l’ont connaît déjà.

Si les personnes se sentent bien dans l’entreprise et savent qu’elles peuvent y être entendues, elles n’iront pas dans la rue. Elles s’adresseront directement à vous chefs d’entreprise et managers. Vous aussi avez votre révolution à faire et jouer votre rôle dans l’optique de bien manager, mais aussi d’apaiser le climat social tunisien (et par la même les éventuels troubles à l’ordre public qui pourraient en résulter).

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PS: Dans un souci d’honnêteté intellectuelle, j’ajoute trois points. Le management est un art difficile, même en Europe où hélas on voit qu’il n’est pas parfait car des suicides se produisent dans les entreprises et où les arrêts maladies sont nombreux. Donc le management « à la dure » n'existe pas qu’en Tunisie !

Ensuite, les salariés tunisiens doivent bien comprendre que l’anarchie est intolérable quel que soit l’état du pays ou le contexte et qu’on ne peut pas profiter de la période actuelle pour réclamer tout et n’importe quoi. Le tunisien ne peut pas reprocher à l’ancien système son arbitraire et être à l’origine d’un contexte d’arbitraire et d’anarchie aujourd’hui. Et j’ai même envie d’ajouter à l’adresse du salarié tunisien que par ces temps troubles que traverse la Tunisie, même si ses revendications sont légitimes, qu’ils fasse preuve de patience et se retienne d’agir pour ne pas faire fuir les investisseurs étrangers et pour le bien de toute la Tunisie.

Enfin, mon texte ne concerne bien évidemment pas les actes de délinquance, qui même s'ils se déroulent dans une entreprise, sont des troubles à l'ordre public et relèvent du domaine non plus des ressources humaines mais de la sécurité.

Source : « Les Echos » Le 04-05-2011

Plus jamais la démocratie par procuration en Tunisie


 

Vivre la démocratie via un écran de télévision ne nous suffit plus.

Il fut un temps ou je vivais la démocratie par procuration, tout comme d’autres tunisiens. J’ai passé maintes soirées à suivre les résultats des élections législatives en France alors que je vivais en Tunisie et que je ne connaissais même pas le nom du gouverneur ni celui du maire par exemple. Je veillais tard pour les élections américaines, pour moi les débats télévisés des politiciens des grandes démocraties mondiales étaient plus importants à suivre qu’un remaniement ministériel tunisien. Oui le résultat était couru d’avance et les chaises musicales du gouvernement ne me fascinaient pas.

Aujourd’hui, je me relève difficilement du choc post 14 janvier ou des « glorieux ont triomphés du lâche »

Ces démocraties tant adulées montrent pour moi leur « échec » en n’ayant pas prévu ni soutenu la volonté des peuples opprimés de se « libérer » du joug de la dictature. Aujourd’hui je n’arrive plus à « aduler ces systèmes démocratiques qui traitent avec des états avant de traiter avec des peuples. Je n’arrive plus à voir une once de « perfection » dans ces régimes qui soutiennent et financent les dictatures sous prétexte que c’est le dernier rempart contre le terrorisme.

Je cite Frédéric Charillon Le monde 9 avril 11 qui dit « la France doit rompre avec sa politique post coloniale » et je dis plus tout ceux qui se considèrent comme les francs de ce monde doivent changer leur vision de la politique et s’adapter à cette nouvelle ère.

Je pense que ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie, en Egypte, au Maroc, au Bahrein, au Yemen , en Jordanie et bientôt partout dans le monde est encore plus fort que la chute du mur de Berlin. C’est la chute du mur de la peur, du mur du complexe d’infériorité.

Je crois que les peuples qui se sont levés ces derniers mois contre leurs dictateurs sont fin prêt pour décider de leur sort. Pourquoi doit on se voir dans un moule de démocratie à la française, à l’anglaise ou la suédoise, pourquoi on n’invente pas notre propre système d’auto gouvernance. Je pense que ces révoltes, évolutions ou révolutions concrétisent une soif de décider de son sort et celui de sa nation par soi même.

Ce que je vois sur les réseaux sociaux c’est aussi une nouvelle forme de communication entre peuples directement sans passer par les colonnes des journaux ou les émissions télé.

Pour l’anecdote, le jeunes de place Tahrir ont demandé sur twitter et facebook à leurs « amis tunisiens » comment ils faisaient pour lutter contre les gaz lacrymo et les tunisiens leur ont répondu utilisez du cola !

Des fouteurs de trouble ont tabassé les joueurs d’une équipe de foot tunisienne en déplacement en Egypte. Même pas une heure après on remarque une grande effervescence sur les réseaux sociaux avec des Egyptiens qui demandent pardon aux tunisiens avec un millier de manières différentes.

Ce type d’échanges devrait nous inciter à revoir la manière avec laquelle communiquent les pays et les peuples. Je pense que l’ère des relations diplomatiques classiques est finie et qu’aujourd’hui on doit inventer un nouveau mode relationnel inter peuples et inter pays qui place l’humain en dessus de toute autre considération.

Oui ça affecterait les relations économiques telles que nous les connaissons les frontières administratives entre les pays les flux migratoires. Mais n’est il pas temps d’évoluer vers autre chose ?

Je reviens un peu sur terre, je n’ai pas la prétention de changer le monde et pour le moment je me contente de préoccupations plus terre à terre comme les élections en Tunisie. Je pense qu’il est de notre devoir à tous de voter et de décider de notre sort. Mieux, je pense qu’il est de notre devoir de se présenter aux élections comme représentants du peuple. L’assemblée constituante devrait à mon sens constituer un enjeu entre indépendants et pas être disputée par les partis politiques. Je vais sortir une phrase bateau pour dire que nous avons une chance de construire quelque chose pour nos enfants ; pour y arriver on doit innover et je pense que les partis du 20ème siècle ne répondent plus aux besoins actuels.

Faites des listes indépendantes et surtout votez pour les indépendants !

Source : « agoravox » Le 04-05-2011

Tunisie. Les socialistes européens «votent»… Mustapha Ben Jaâfar


 

«Un pays qui compte de nombreux partis, c’est bien! Mais à condition que tous ces partis se serrent les coudes et s’orientent dans la direction qui conduira le pays au développement»…

C’est ce qu’a affirmé Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen (Pse), lors de la cérémonie de clôture du séminaire sur le thème: «Révolutions arabes, l’heure de la démocratie et du progrès», organisé par le Forum démocratique pour le travail et les libertés (Fdtl), les 28 et 29 avril à Tunis.

Il y a seulement quatre mois, un forum pareil n’aurait jamais pu être organisé en Tunisie. Car, les orientations du Fdtl déplaisaient à l’ex-président voire le dérangeaient et constituaient une grave menace pour son système. C’est donc la première fois que le Fdtl organise, en collaboration avec l’organisation Euromed, une rencontre de cette envergue en Tunisie.

L’union des politiques fait la force de la démocratie

Si dans son mot de clôture du forum, M. Rasmussen a tenu un discours ferme, c’est parce que la Tunisie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Selon lui, derrière la révolution tunisienne, qui a déclenché les soulèvements dans le reste de la région, il y a des idées phares et des hommes libres et responsables. Si ces idées ne sont pas mises en pratique et si ces hommes ne sont pas unis, la greffe de la démocratie aura du mal à prendre en Tunisie et, par conséquent, dans les autres pays arabes.

Le président du Pse a constaté que le terrain est encore miné de l’intérieur et qu’il faut faire le ménage prudemment dans la scène politique avant de l’assainir complètement et de passer par la suite à la démocratie.

Selon lui, le pays est dans un enfer pavé de bonnes intentions, l’espoir est donc permis. «Un pays qui compte plusieurs partis, c’est bien! Mais à condition que tous se serrent les coudes et s’orientent dans la direction qui conduira le pays au développement. Le progrès, ne se fera pas en l’absence de la démocratie. Et sans cette union des uns et des autres, elle pourrait ne pas aboutir», a-t-il prévenu, en s’adressant à un parterre d’intellectuels et de représentants de partis, en tout 70 personnalités politiques arabes et euro-méditerranéennes.

Un climat de confiance et de… prudence

Avant de s’attarder sur les conditions du passage de la révolution à la démocratie dans les pays arabes, le président du Pse n’a pas omis de rendre hommage au secrétaire général du Fdtl. «La direction et la vision montrées par Mustapha Ben Jâafar dans ces moments tumultueux me rendent fier de considérer le Fdtl comme associé du Pse. Nous ne pouvons qu’être confiants. En ce moment historique, notre conférence va contribuer à implanter les fondements de la démocratie en Tunisie. Et si celle-ci réussit, elle s’implantera tout naturellement dans l’ensemble de la région», a-t-il indiqué.

Dr Ben Jâafar, pour sa part, a mis l’index sur ce qui a poussé les peuples à se révolter. Pour lui, les révolutions arabes ne sont pas des émeutes de pain, mais des soulèvements pour la liberté et pour la dignité. «Les peuples de la région ont en a marre de leurs dirigeants et il était temps de manifester leur désir d’adhérer aux valeurs universelles et de s’inscrire dans une dynamique de liberté et de démocratie», a-t-il dit. Et d’ajouter que des millions de personnes, au nord et au sud, veulent biffer les frontières, instaurer des dialogues de cultures et des civilisations entre les peuples. «Ces peuples refusent d’être isolés ou marginalisés. Ils ont besoin de se développer sur des bases solides. Il est donc temps de remettre les aiguilles à l’heure et de reconstruire un vrai dialogue d’égal-à-égal avec l’Occident», a-t-il expliqué.

M. Ben Jaâfar a indiqué qu’après avoir écouté les interventions des uns et des autres, il est devenu plus optimiste, même si les hommes politiques doivent aujourd’hui marcher sur des œufs. «Les participants des divers courants politiques, ici présents, ont fait savoir qu’ils sont prêts à coopérer et il n’y a pas mieux que la coopération», a dit aussi le secrétaire général du Fdtl. Pour lui, ce message est fort et il souhaite que ce soit un bon début. «Le moment est venu pour que les uns et les autres s’entendent sur un programme basé sur la liberté et le respect mutuel», a encore indiqué M. Ben Jaâfar. Et d’enchaîner: «Il est vrai que, pour le moment, la Tunisie et ses voisins arabes sont fragilisés. Pour ce qui est de la Tunisie, il y a encore des forces qui ont déclenché la révolution et d’autres qui tirent vers le bas.» Tout en soulignant, en passant, que plusieurs responsables et chefs d’Etat de l’Occident, qui sont des démocrates, ont malheureusement soutenu les dictatures, le chef du Fdtl a indiqué que «la transition vers la démocratie va prendre des années» et que la Tunisie et les pays arabes ont besoin «d’un coup de pouce de nos amis pour tourner définitivement la page sombre de notre histoire».

L’édifice de la transition a besoin d’un bon partenariat

Aussi M. Ben Jâafar a-t-il appelé ses amis européens à plus de coopération dans l’immédiat. Car, selon lui, «il y a des difficultés, mais la Tunisie a encore son ciel bleu et limpide.» Et de lancer à ses hôtes européens: «Il faut seulement que nous résistions un petit peu et que vous nous aidiez à résister pour nous en sortir». Tout en précisant: «La Tunisie n’a pas besoin de charité, mais de coopération».

Le leader du Fdtl a rappelé que la révolution tunisienne a déclenché un vent de liberté dans les Etats de la région et que ces Etats, qui sont en train de mettre les premières pierres à leur édifice démocratique, sont capables de rattraper rapidement la caravane du développement. Il inutile de faire rapidement un saut pour accéder à la démocratie, a tenu, à prévenir Dr Ben Jâafar. Avant d’expliquer: «Pour éviter le risque de trébucher, nous avons besoin de monter les marches prudemment. Nous avons besoin aussi d’un autre discours avec nos partenaires. Nous voulons un autre style, pas de hiérarchie, mais une relation d’égal à égal». «Construire la démocratie c’est aussi édifier une société progressiste, juste et équitable», a-t-il aussi souligné. «Nous attendons des mesures urgentes pour sauvegarder les droits des Tunisiens. Il est aussi impératif de renforcer l’investissement dans les régions les plus reculées et à taux très élevé de chômage. Nous voulons la stabilité, nous ne tolérons pas la violence. Il y a ceux qui parlent aujourd’hui d’un plan Marshall pour la Tunisie, moi, je plaide pour un plan de la dignité», a renchéri le secrétaire général du Fdtl.

Au terme du forum, M. Rasmussen a annoncé un new deal: un second rendez-vous sera au printemps prochain. «Nous allons démarrer le processus de notre partenariat. Nous avons déjà commencé à mobiliser nos cellules en Europe pour un travail de coopération», a promis le secrétaire général du Fdtl.

Source : « Kapitalis » Le 04-05-2011

Comment le mode de scrutin va-t-il court-circuiter Ennahdha?


 

Par Mehdi Khemakhem*

Après d’innombrables débats enflammés concernant le mode de scrutin pour l’élection de la prochaine assemblée constituante, je me suis rendu compte de la désinformation ambiante concernant la portée et la pertinence du choix de la haute Commission pour la réalisation des objectifs de la révolution.
Le citoyen lambda semble avoir troqué sa veste de politologue pour celle de bookmaker! Il donne non seulement gagnant d’avance Ennahdha aux prochaines élections mais il prédit également une domination sans partage de ce parti à l’assemblée constituante vu la très certaine obtention (toujours selon lui) de 25 ou 30% des voix le 24 juillet prochain...
Je dois avouer que l’annonce du choix d’un mode de scrutin proportionnel à plus grands restes m’a conforté dans mon optimisme quant à l’avenir de notre pays. Je vais essayer d’expliquer pourquoi!
Il n’est pas question, dans cette note, de s’étendre sur les différents modes de scrutin (aucun n’étant théoriquement meilleur que l’autre) mais de faire le plus simple possible en ne traitant que du mode de scrutin pour lequel nos «sages» ont opté.
Le raisonnement qui suit va se dérouler en quatre temps.
Il faut tout d’abord comprendre que la «carte» des circonscriptions électorales a été remodelée. Chaque gouvernorat est désormais une circonscription électorale à part entière sauf pour Tunis, Sfax et Nabeul qui, du fait de leur grand nombre d’habitants, se sont vus tous les trois découpés en deux circonscriptions (les trois comptent ainsi «double»)
Après la question du nombre de circonscriptions, il est nécessaire de s’intéresser au nombre d’habitants qu’il va falloir en théorie pour obtenir un siège à l’assemblée constituante.
Il a été décidé qu’un siège à l’assemblée constituante représentera 60.000 habitants (on prend en considération le nombre total d’habitants du pays) mais certaines régions intérieures vont se voir attribuer des sièges supplémentaires.
La difficulté réside dans la troisième étape. En pratique, une liste quelle qu’elle soit ne devra pas nécessairement obtenir 60.000 voix pour obtenir un siège à l’assemblée constituante! Pourquoi?

Une simulation pour mieux comprendre
Je vous propose d’effectuer une simulation. On va prendre l’exemple d’un gouvernorat qu’on appellera «quelconque»! Supposons que ce gouvernorat «quelconque» compte 240.000 habitants.
Le gouvernorat va donc bénéficier d’office de 4 sièges à l’assemblée constituante (240 000 habitants/60 000 voix pour obtenir un siège = 4 sièges).
Or les 240.000 habitants ne vont pas tous aller voter (c’est la fameuse et dangereuse abstention) et certains votes seront blancs ou nuls!
Ainsi, un nouveau paramètre entre en jeu: le nombre de suffrages exprimés!
Si l’on considère que l'on va avoir 200.000 suffrages exprimés dans ce gouvernorat «quelconque» qui compte 240.000 habitants, combien va t-il falloir obtenir de voix pour qu’une liste obtienne un siège à l’assemblée constituante?
Et bien ce chiffre (que les juristes appellent quotient électoral) sera donné par la division du nombre de suffrages exprimés dans le gouvernorat (soit 200.000 suffrages) par le nombre de sièges qui lui a été attribué au départ (soit 4 sièges dans notre cas).
Ainsi, il faudra qu’une liste obtienne 200.000 suffrages exprimés/4 sièges = 50.000 voix pour obtenir un siège à l’assemblée constituante!
En quoi ce système va t-il favoriser les petits partis et les listes indépendantes et donc par la même plomber les «grands partis»?!
C’est la quatrième étape de notre raisonnement. Nous sommes toujours dans le cadre de notre simulation et de notre gouvernorat «quelconque».
Nous supposerons que 8 listes ont été mises en concurrence (pour ne pas compliquer les choses ) et que l’on a obtenu les résultats suivants :
Liste B (comme barbu) : 70.000 voix;
Liste C (comme communistes): 10.000 voix;
Liste P1 (comme parti progressiste 1): 30.000 voix;
Liste P2 (comme parti progressiste 2) 27.000 voix;
Liste P3 (comme parti progressiste 3) : 18.000 voix ;
Liste I1 (comme indépendante 1) : 23.000 voix;
Liste I2 (comme indépendante 2) : 15.000 voix;
Liste 23 (comme parti né la veille des élections du 24 juillet) : 7.000 voix.
Parmi vous, certains ont la mine déconfite devant le résultat de notre scrutin. Certains pensent déjà à prendre le premier vol pour Paris et d’autres, le premier bateau pour Lampedusa !

Qui perd gagne!
Pas de panique, faisons les comptes!
Dans l’étape 3, on avait calculé qu’il fallait 50.000 voix pour obtenir un siège à l'assemblée constituante.
Ainsi, la liste B est la seule à remplir d’office le critère et va donc obtenir le premier siège! Comment répartir les 3 autres sièges dévolus à notre gouvernorat!?
C’est à ce moment précis que l’expression mode de scrutin proportionnel à plus forts restes prend tout son sens!
Combien reste t-il de voix après avoir attribué le premier des 4 sièges à la liste B?
Liste B: 50.000 voix ayant permis de prendre le premier siège, il reste donc 20.000 voix;
Liste C: reste 10.000 voix;
Liste P1: reste 30.000 voix;
Liste P2: reste 27.000 voix;
Liste P3: reste 18.000 voix;
Liste I1: reste 23.000 voix;
Liste I2: reste 15.000 voix;
Liste 23: reste 7.000 voix.
Comment va-t-on attribuer les 3 sièges restants? Le mode de scrutin pour lequel on a opté donne les 3 sièges restants en établissant un classement dégressif qui ne prend en considération que les restes! La liste qui en a le plus se voit attribuer un siège à l’assemblée constituante jusqu’à ce que tous les sièges du gouvernorat soient «occupés»!
Ainsi, dans notre simulation, la liste Progressiste 1 bénéficiera du second siège, la liste Progressiste 2 bénéficiera du troisième siège et la liste Indépendante 1 obtiendra le quatrième et dernier siège du gouvernorat!
Le constat est saisissant. Dans le cadre de notre gouvernorat, la liste Barbu va obtenir un unique siège à l’assemblée constituante (tout comme les deux premiers partis progressistes et la première liste indépendante) et ce alors même qu’avec 70.000 suffrages exprimés en sa faveur dans le gouvernorat, notre liste barbu a obtenu plus du double des suffrages exprimés en faveur du second et du troisième parti, et même du triple des voix exprimées en faveur de la liste indépendante!
Objectivement, le mode de scrutin choisi manque clairement d’équité mais il garantit cependant une plus grande représentativité de la population. Il donne la possibilité aux petits partis et aux listes indépendantes de se frayer un chemin jusqu’à l'assemblée constituante aux dépens des grands partis.

Une meilleure représentativité
A mon sens, le choix de ce mode de scrutin est très pertinent dans la mesure où il va permettre à l’ensemble de la population de participer à la rédaction de notre nouvelle Constitution, nouvelle norme fondamentale pouvant également s’apparenter à un véritable projet de société et contrat social.
On peut rappeler que la Constitution du 1er juin 1959 qui n’est autre que la constitution de la première république tunisienne avait été rédigée par une assemblée constituante exclusivement composée de membres du Néo-Destour après le choix «vicieux» d’un mode de scrutin majoritaire à un tour! (le parti arrivant en tête au premier tour empochant alors la totalité des sièges quel que soit son score).
Outre cette meilleure représentativité, le mode de scrutin va certainement permettre d’éviter toute mauvaise surprise et de combler le «vide politique» devant lequel nous nous trouvons.
J’espère que les plus pessimistes d’entre-nous ont été un tant soit peu plus rassurés à la lecture de cette note!
Pour autant, sérénité et optimisme ne doivent pas être synonymes d’immobilisme!
Restons vigilants, mobilisons nous et engageons-nous!
Ce n’est pas en restant les bras croisés que nous construirons ensemble la Tunisie de demain! Sinon, elle se construira certainement sans nous!

* Etudiant.

Source : « Kapitalis » Le 04-05-2011

C’est l’heure du rassemblement !


 

Par Hichem Stambouli*

Un mois de révolution, un mois de révolte, un mois d’insoumission : la première facture du calme.

Tel est le schéma intrinsèque que l’on attribuerait à la majorité des tunisiens pour venir à bout de l’oppression qui les a tant fait souffrir et indignés durant plus de 20 ans.

« Une révolution classique », diront certains, d’un peuple qui s’est débarrassé du pénible fardeau dictatorial et qui s’est constitué partie civile. Le constat reste légitime tant qu’il s’intéresse à l’aspect ou à l’allure de la révolution, mais dès lors qu’il en découvre l’âme, il demeure infondé. Cette révolution est propre à l’âme de ses martyrs, arabes et méditerranéens. Cette révolution est Tunisienne et non un avatar d’une quelconque autre révolution occidentale.

Le message du tunisien révolutionnaire semblait pourtant clair : « Liberté ». Cette même liberté lui a procuré l’espoir du soulagement relayé dans les rues par un souffle de délivrance. Cette même liberté l’a plongé dans un sentiment de témérité et d’appréhension dès qu’il était question de la préserver.
Le tunisien se sentait ainsi libre de partir à la quête des sens : libre de vivre, libre de s’exprimer, libre de s’affirmer, libre d’exulter, libre de condamner, libre de récriminer. Guidé par son unique instinct, il était pour la première fois entendu, reconnu et respecté.
Il s’est découvert une nouvelle forme de réalité bâtie par son miracle sur les fondements de l’estime, de la dignité et de la juste reconnaissance. Internet lui a suggéré le Rêve de la liberté, que son sang a transformé en Liberté de rêver. Il se voyait ainsi libre de réclamer les instruments « sous-garanties » de ladite Liberté.

Face à cette foudroyante ferveur populaire, le gouvernement provisoire de Ghannouchi, quel qu’il fût, ne pouvait évidemment pas suivre le rythme imposé par la renaissance du peuple. Plus les jours passaient, plus il perdait de sa légitimité. Ce gouvernement, atrophié ne serait ce que par l’historique du régime sanguinaire précédent, n’était qu’au stade de réformer les réformes et de restructurer les forces de l’ordre fourvoyées.
Le gouvernement était instable face à une pression implacable et vigilante d’un peuple soucieux qui s’estimait déjà prêt à vivre librement.

Il ne s’agit pas de critiquer l’ancien gouvernement provisoire, loin de là, mais bel et bien de sensibiliser le tunisien sur tout ce qui se passe autour de lui, de ses nouvelles fonctions de citoyens jusqu’à l’environnement politique et social auquel il appartient. Il faudrait ainsi commencer par analyser quelques facettes du passé pour comprendre la réalité du présent. Nous ne pouvons nous empêcher d’admettre qu’en dépit des efforts investis et des discours prononcés, ce gouvernement provisoire était dépassé ; il se voulait rassurant mais répandait involontairement l’inquiétude, il se voulait sécuritaire mais ne maitrisait pas encore son autorité, il se voulait unitaire mais provoquait maladroitement le désordre. Le gouvernement de Mohamed Ghannouchi était instable, non pas parce qu’il n’était pas à la hauteur de ses responsabilités, mais parce qu’il ne pouvait satisfaire les attentes que lui incombait la nervosité d’un peuple impatient. Il se voulait à la merci du tunisien avant même de décider, démocratique avant même de communiquer et souverain avant même de s’affirmer. Il se voulait ainsi démissionnaire avant même de gouverner.

La Tunisie a vécu une incapacité politique, n’ayant pas peur des mots : un réel vide politique. Il serait pourtant impensable de parler d’aspirations démocratiques sans parler de rupture brutale et totale avec l’ancien régime de Ben Ali. Si nous devions retenir un seul point positif, et non moins essentiel, de ce néant politique, c’est qu’il a permis par la force du peuple d’écarter progressivement l’ignominie et la dépravation initiées par les têtes dirigeantes de l’ancien régime. Les Tunisiens se sont rassemblés autour d’un rejet pulsionnel général envers ceux que nous appelons les petits Ben Ali : le signe d’une unité nationale retrouvée semblable à celle de l’après indépendance. Il s’agit d’une condition nécessaire mais pas suffisante à la garantie de l’avènement du peuple tunisien. La problématique aujourd’hui est de remplir le vide politique, et plus particulièrement de bien le faire car « la nature a horreur du vide ».

Les partis politiques ne sont malheureusement pas exempts de tout reproche. Ils n’ont jusqu’à présent pas réussi à combler une partie du vide politique, bien plus préoccupés, à séduire qu’à guérir, à critiquer qu’à construire… Certains ont accru le fossé entre le gouvernement et le peuple afin de donner plus d’impact à leurs promesses miraculeuses, qui ne restent qu’illusions tant qu’elles ne sont pas matérialisées par des actions substantielles.

Où sont ces partis politiques qui n’attendaient que le départ de Ben Ali pour éclore. Faute de moyens ou de structure ? La seule excuse « tolérée », c’est qu’ils n’ont pas existé quand le peuple les a réclamés.
Choisir de représenter un groupe de personnes, c’est commencer par se considérer comme partie intégrante d’un peuple de personnes.
Les partis auraient-ils confondu leurs intérêts avec l’intérêt national à l’instant t = révolution ? Il ne fallait pas grand-chose pour se rapprocher du peuple, pour le toucher, le sensibiliser, le réunir, l’organiser, l’informer, le guider, le conseiller, le flatter et le raisonner. Il ne fallait pas grand-chose pour être à la fois le confident, le garant et l’interlocuteur privilégié de la foule : le liant principal entre le pouvoir et le peuple. Comment voulons-nous instaurer un ordre social alors que nous n’arrivons pas à générer un ordre moral au sein de partis totalement libres de s’organiser ? Tant d’interrogations pour un tunisien qui cherche à donner un sens à sa démocratie. Tant qu’il restera dans la division il restera dans le doute, et ne pourra retourner travailler l’esprit libre, de peur d’être trompé dès qu’il aura le dos tourné. Agir ensemble constituera notre meilleure avancée. Que dire d’un peuple soulagé qui n’a besoin que de sérénité pour faire don de sa liberté au service du progrès. Un progrès encore bon marché : avis aux investisseurs étrangers.

Nous n’allons pas intervertir une dictature en une démocratie en peu de temps. La démocratie est un apprentissage institutionnel de longue haleine qui passe, tout d’abord, par un sacrifice progressif de l’intérêt personnel au bénéfice de valeurs morales communes. N’oublions pas que la démocratie estropiée de Ben Ali, soutenue par la démocratie impérialiste occidentale, avait réussie à spolier un peuple tout entier. La démocratie n’a aucune définition universelle, parler d’un modèle démocratique nous oblige à le situer dans un référentiel politique, social et économique, précis dans l’espace et dans le temps. Notre démocratie sera ainsi notre concept politique qui ne trouvera signification qu’à l’intérieure de nos frontières, dans notre culture, nos traditions et nos préceptes.
Le seul caractère universel de toute démocratie réside dans l’intérêt de préserver la souveraineté du peuple. Il ne se justifie ni par le nombre de partis politiques recensés, ni par l’expression spontanée et désordonnée d’un sentiment populaire, deux phénomènes encore visibles dans une Tunisie post-révolutionnaire. La démocratie serait plutôt appréciée par l’interaction organisée d’unités rassemblant des personnes autour de valeurs, de principes, de doctrines et d’idéologies tant qu’elles restent universelles. Pour garantir le bien commun, de la naissance des idées jusqu’au vote de la citoyenneté, ce système politique doit bien évidemment être régi par des règles aussi bien définies que respectées.

L’issue de ces règles se dessinera par une Assemblée Constituante. La principale bonne nouvelle est que tout le peuple votera un certain 24 juillet. Cependant, les partis politiques répartis aujourd’hui en 63 unités ne reflètent aucune solidarité, ni une réelle envie de se rassembler mis à part quelques velléités dans ce sens qui tardent à se concrétiser. Faut-il d’abord qu’ils rassemblent le peuple autour de leurs unités sans conflit d’intérêt et sans peur de succéder. Nous n’avons plus le temps d’analyser, nous devons regrouper toutes les forces vives et s’unir autour d’un étendard visant à contrecarrer les extrêmes pensées car il serait irresponsable aujourd’hui de nier le risque de l’obscurantisme d’un état islamisé.
Notre optimisme restera aussi inviolable et prononcé que l’enthousiasme de notre liberté car nous ne laisserons plus jamais notre histoire se confesser. Certaines actions sont irréversibles et conditionnées, arrivera le jour où nous en connaitrons les effets.

*Ingénieur d'Affaires

Source : « Leaders » Le 03-05-2011

Retour de la «dégage» !


 

 

Par Hajer AJROUDI

Samedi dernier, le parti Ennahdha voulant donner une réunion à Monastir, s’est vu non seulement empêcher, mais aussi agresser. La foule, les accueillant par des « dégage », n’a pas tardé de les agresser en leur lançant des œufs et des pierres. Des centaines de copies du journal « Al Fajer » du parti ont été dispersées dans le vent et la foule excitée foulait le papier en poussant des cris déchaînés. On se serait cru au moyen âge assistant à une foule brûlant les œuvres, suite à des procès populaires, et en accusant leurs auteurs d’hérésie, sorcellerie ou autres vindictes… Il ne manquait plus que le bûcher dans cette chasse aux sorcières.

 

La même scène ou presque s’est déroulée contre Ennahdha à Kelibia, au Watan au Sud et à d’autres chefs de partis qui se font simultanément renvoyer d’une région ou d’une autre.

C’est à croire que les cartes sont déjà jouées, que chaque zone se range déjà exclusivement du côté de son parti et que tout autre intrus osant y organiser sa campagne est systématiquement rejeté.

Mais même si la majorité de telle ou telle région a déjà choisi son clan, cela deviendra-t-il zone exclusive ? Ceux qui hésitent encore, n’ont-il pas le droit de se décider pour un autre parti ?

A Monastir, la foule argue que Rached Ghannouchi n’est pas le bienvenu car il aurait refusé de prier pour l’âme de Bourguiba. Au Sud, le Watan a été réfuté car son chef faisait partie de l’ancien régime, à Kelibia, La Ennahdha a été interdite de réunion car son orientation irait à l’encontre de celle de la population locale modérée et ouverte… En fait, les prétextes invoqués ne manquent pas, mais cela justifie-t-il un tel acharnement.

Il est certain que dans un pays qui se veut libre et démocrate, l’opposition et l’opinion contraire sont une donnée et une logique tout à fait normale. Mais cela ne doit pas mener à l’anarchie et priver les citoyens ou les partis de faire véhiculer leurs arguments. Opposer son refus à un mouvement ou à un autre dérogé aux règles de civisme. Un rassemblement avec des brassards aurait suffi à démontrer ce refus, si même manifester son rejet soit essentiel, car l’on peut tout simplement boycotter une réunion.

Pourquoi cet acharnement alors et où cela nous mènera-t-il ?

Le pays déjà accablé par les troubles et l’insécurité – les Tunisiens refusant plus ce que jamais l’autorité policière et avides de leur liberté – se laisseraient-ils aller à une « inculture politique » ?

La crainte qu’on ne leur confisque leur liberté, par un extrémisme religieux ou par le retour d’un système, RCDiste assez puissant et déjà existant, les pousse à vouloir faire taire qui que ce soit susceptible de le faire.

Faire taire l’autre constitue pour eux une garantie que son message ne puisse arriver et donc convaincre. Certains débordements, néanmoins, laissent croire que le mouvement n’est point innocent et qu’il y a quelques forces derrière.

Or, il a toujours été établi qu’opprimer l’autre, le rend non seulement plus agressif, mais éveille également la compassion et donc renforce sa position.

Il est également essentiel de savoir que ce comportement antidémocratique finira par faire s’évaporer le rêve que nous avons tous caressé, à savoir être finalement libre et pouvoir choisir le gouvernement pour lequel votera la majorité. A trop pratiquer le dégage, c’est la démocratie que nous réussirons à faire dégager… N’oublions jamais que nous faisons nos premiers pas sur un chemin caillouteux – prenons bien garde de trébucher – ce n’est qu’un début d’initiation à la démocratie.

Source: “Le Temps” Le 04-05-2011