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03Novembre11f

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TUNISNEWS
11 ème année, N°4144 du 03.11.2011
archives : www.tunisnews.net

Mouvement Ettajdid: « Construireun bloc historique influent pour défendre les acquis, garantir les libertés etassurer à tous la sécurité, la dignité, la justice et l’égalité

Le monde.fr: "Charlie Hebdo restera libre-penseur" - Dans quel état se trouve l'équipe de Charlie Hebdo ?
Le Nouvel Observateur: Charlie Hebdo détruit par un incendie, le gouvernement évoque un "attentat"
Le Nouvel Observateur: TUNISIE. Nous nous sommes trompés...
Reuters: Tunisie: Des islamistes radicaux contrôleraient des dizaines de mosquées
Le Monde.fr: "Tunisie : l'échec des modernistes"
Les Echos: A ceux qui attisent la haine entre les peuples français et tunisiens...
Euronews: L’Europe attentive à la “nouvelle ère” qui s’ouvre en Tunisie
Gnet: Assemblée constituante en Tunisie : Gare aux dérapages
Jeune Afrique: Après les élections, quel avenir pour la Tunisie ?
Kapitalis: Tunisie. Ben Jaâfar appelle les indécis à se joindre au gouvernement
Mondialisation: « Printemps arabe » : Tunisie, l'art d'avancer en arrière ? Un nouveau « prisme à l'analyse » ?
Le Post: Tunisie : Le rapport qui rétablit la vérité sur Abdallah Kallel : Rapport Driss en 1992
Communiqué du Mouvement Ettajdid à propos desélections :
« Construireun bloc historique influent pour défendre les acquis, garantir les libertés etassurer à tous la sécurité, la dignité, la justice et l’égalité.

Le Comité politique du Mouvement Ettajdid, réuni lessamedi 29 et dimanche 30 octobre 2011, en vue d’évaluer les résultats desélections de l’Assemblée nationale constituante auxquelles le Mouvement aparticipé dans le cadre du Pôle démocratique et moderniste et leursconséquences profondes sur le paysage politique du pays, ainsi que les tâchesposées devant l’ensemble des forces de démocratie, de progrès et de modernité àcette étape délicate du processus de la transition démocratique ouverte le 14janvier dernier par la Révolution de la liberté et de la dignité.
1-Le Mouvement Ettajdid sefélicite de la participation massive et sans précédent des électrices et desélecteurs venus exprimer leur vote dans l’enthousiasme, le calme et un hautdegré de conscience civique, malgré le nombre considérable de listes enprésence dans toutes les circonscriptions et ce grâce aux efforts de toutes lesparties qui ont pris part à ces élections sous la direction de l’Instancesupérieure indépendante pour les élections (ISIE).
2-Il félicite toutes lescandidates et tous les candidats élus à l’Assemblée nationale constituante,espérant qu’ils seront tous au niveau de la confiance mise en eux par le peuplepour accomplir la lourde tâche de rédiger la nouvelle constitution, et s’attelersans tarder à la solution des problèmes urgents afin de répondre aux attenteset aux demandes des citoyens.
3-Il relève les gravesirrégularités observées dans plusieurs circonscriptions, qui se sontparticulièrement manifestées par l’exploitation des sentiments religieux,l’instrumentalisation des mosquées dans la propagande électorale, ladéformation des positions du Pôle, le rôle joué par l’argent d’origine douteuseet les activités caritatives pour obtenir des avantages politiques, ainsi quepar le parti-pris de nombreux moyens d’information - y compris les médiaspublics – en faveur des uns et au détriment des autres. Toutes cesirrégularités, qui ont eu lieu avant et pendant la campagne électorale,jusqu’au jour du scrutin, ont, sans aucun doute, eu des conséquences, quoiquerelatives, sur les résultats des élections.
4-Concernant l’évaluation des résultats proclamés parl’ISIE, le Comité politique considère que les forces progressistes etmodernistes auraient pu obtenir de meilleurs résultats sans la dispersion deleurs rangs et la participation de certaines d’entre elles en solitaire, sanstenir compte des spécificités de ces élections et de l’étape de transitionactuelle.
Il convient, à cet égard, de rappeler que le MouvementEttajdid avait pris l’initiative, avec des associations citoyennes et despersonnalités nationales indépendantes, d’appeler, avant les élections, à laconstitution d’une large coalition entre toutes les forces progressistes etmodernistes, ce qui aurait renforcé leur présence sur la scène politique etaccru leurs chances de constituer une force électorale puissante et influente.
5- Le Comité politique sefélicite des acquis du Pôle démocratique moderniste, de l’écho rencontré auprèsde larges couches de la population par les orientations, les valeurs et lesprincipes sur lesquels il a été fondé et de la grande vitalité de sa campagneélectorale, qui s’est manifestée, en particulier, par les meetings populairesqui ont rassemblé des milliers d’électrices et d’électeurs. Il estime,cependant, que le retard pris pour constituer le Pôle et le faire connaître aété une des raisons de son impact limitésur les milieux populaires dans plusieurs régions. Il est nécessaire d’en tirerles leçons, d’approfondir le programme du Pôle et de faire évoluer son discoursde façon à lui donner les moyens de renforcer ses rangs et d’élargir sonaudience afin qu’il joue pleinement son rôle dans la prochaine étape.
6- Il a étédécidé de convoquer le Comité central du Mouvement ainsi que son Conseilnational, élargi aux membres du Mouvement candidats aux élections pourl’Assemblée nationale constituante, afin de procéder à une évaluation globalede la campagne électorale et ses résultats, d’en tirer les leçons afin derenforcer le rôle du Mouvement dans le processus d’unification des forces dedémocratie et de progrès et de se préparer à la tenue du congrès du Mouvement.
Le Mouvementapportera sa contribution, aux côtés des autres composantes du Pôle, au débatqui s’impose afin de déterminer les mesures politiques et organisationnellesadéquates pour dynamiser le Pôle et renforcer son ouverture sur toutes lesparties politiques, les organisations de la société civile et les militantsindépendants et construire ensemble un bloc historique influent afin dedéfendre, consolider et élargir les acquis de notre peuple, consacrer lesvaleurs d’égalité, de citoyenneté et de respect des droits et des libertésindividuelles et collectives, dans le cadre d’un projet de société progressisteassurant à tous la sécurité, la dignitéet la justice, par fidélité aux sacrifices des martyrs et aux revendications etaux aspirations exprimées fortement par notre peuple au cours de la glorieuseRévolution du 14 janvier . »
Pour le Comité politique du Mouvement Ettajdid
Le Premier Secrétaire
Ahmed Brahim

 

"Charlie Hebdo restera libre-penseur"
Dans quel état se trouve l'équipe de Charlie Hebdo ?

On est sous le choc car tout est détruit. Et une certaine incompréhension règne au sein de l'équipe. Le mercredi matin est normalement pour nous le temps de la conférence de rédaction. Ce matin, nous avons réfléchi au prochain numéro sur le trottoir, devant nos locaux où nous avions emménagé il y a tout juste trois semaines. D'ailleurs, nos anciens voisins doivent
être bien soulagés que l'on ait déménagé ! Et ça risque d'être compliqué de trouver de nouveaux locaux. On rigole mais on est vraiment sous le choc.
Ces derniers jours aviez-vous reçu des menaces ? A partir
de quand cela a-t-il commencé ?
Cela a démarré très vite, dès lundi. En raison du jour férié de la Toussaint, nous avions bouclé exceptionnellement ce numéro dimanche et nous avions transmis le lendemain une newsletter aux journalistes pour
annoncer une partie de son contenu. Certains d'entre eux ont tweeté la une du journal qui s'est très vite répandue sur les réseaux sociaux. A partir de là, on a reçu beaucoup de menaces anonymes. Donc les commanditaires de l'attaque ont eu le temps de se préparer, si je puis dire.
L'attaque est double car elle vise votre rédaction et votre site Internet.
Je crois que c'est la première fois qu'un journal est visé par une attaque de la sorte en France. Des pirates informatiques ont effectivement détourné notre site Internet et ont remplacé la page d'accueil par des messages islamiques avec une photo de la Mecque. L'attaque du bâtiment avec des cocktails Molotov est d'une violence grave. Notre bâtiment était sécurisé, les portes blindées, les vitres protégées... Mais ils ont tout détruit.
Pour vous, la raison de cette attaque est le numéro spécial "Charia Hebdo" ?
Je ne vois pas d'autres hypothèses mais l'enquête est en cours. C'est un acte de malveillance ciblée. Charlie Hebdo est dans le collimateur de certains fanatiques islamistes depuis l'affaire des caricatures. Je pense d'ailleurs que ces caricatures étaient bien plus "hard" que ce "Charia Hebdo", où le petit Mahomet est plutôt rigolard. Mais le prophète, en une, est sous les feux de la rampe et les gens n'ont pas vraiment pris le temps de
lire le contenu du journal.
De quoi traite ce numéro ?
La une fait référence à la victoire du parti islamiste Ennahda en Tunisie. Moi, j'ai pensé en réalisant ce numéro à mes correspondants qui ont participé à la révolution et qui se retrouvent avec un parti islamiste au
pouvoir. Mais bien sûr, c'est le jeu de la démocratie.
Craignez-vous une récupération politico-idéologique de cette affaire ?
On va certainement
être soutenu par Marine Le Pen et Riposte laïque. On le déplore mais on ne va pas se censurer pour cela. Par ailleurs, on s'attend aussi à une série d'amalgames sur l'islam et les islamistes ou encore des interprétations douteuses sur le soutien de Charlie Hebdo aux révolutions arabes donc, pour certains, aux islamistes... Mais on ne changera pas notre ligne éditoriale "libre-penseur" qui est un fondamental de Charlie Hebdo. Pour nous, dès que la religion devient un instrument politique, on le critiquera.
Où va s'installer
la rédaction de Charlie Hebdo ?
On a reçu beaucoup de propositions d'hébergement de la part de rédactions amies comme Libération, le magazine Causette, l'association SOS Racisme ou encore le syndicat CGT.

Source: “Le monde.fr” Le 02-11-2011
Lien: http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2011/11/02/charlie-hebdo-restera-libre-penseur_1597266_3236.html

 
Charlie Hebdo détruit par un incendie, le gouvernement évoque un "attentat"

 

Le siège du journal Charlie Hebdo, qui publie mercredi un numéro rebaptisé "Charia hebdo" avec en Une la caricature du prophète Mahomet hilare, a été détruit dans la nuit par un incendie criminel, le ministre de l'Intérieur dénonçant un "attentat" peut-être commis par des musulmans intégristes.

Le site internet de l'hebdomadaire satirique a en outre été piraté.

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, qui s'est rendu au siège du journal dans le XXe arrondissement, a condamné "ce qu'il faut bien appeler un attentat".

Interrogé sur la possibilité d'une piste des "musulmans intégristes", Claude Guéant a répondu: "Toutes les pistes sont examinées et il est vrai qu'un certain nombre de messages de menaces qui ont été reçus par Charlie Hebdo amène à ne pas négliger cette piste".

Il a appelé "tous les Français à se sentir solidaires" d'un journal né en 1970 et relancé en 1992, qui "exprime par son existence et par sa façon d'être la liberté de la presse".

Le Premier ministre François Fillon a fait part de son "indignation" et demandé "que toute la lumière soit faite".

L'incendie, provoqué par un jet de "cocktail molotov" selon une source policière, a été aussi dénoncé par des personnalités de droite et de gauche, des associations antiracistes et par le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Le CFCM a toutefois rappelé que "caricaturer le prophète", nommé "rédacteur en chef" du numéro de mercredi de Charlie Hebdo, "est considéré comme une offense pour les musulmans".

Le dessinateur Charb, directeur de la publication, et le médecin urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur, ont lié le sinistre à ce numéro spécial destiné à "fêter la victoire" du parti islamiste Ennahda en Tunisie et "la promesse du président du CNT que la charia serait la principale source de législation de la Libye".

Charb et M. Pelloux ont accusé des activistes "islamistes", notamment pour le piratage informatique.

L'incendie, parti "aux alentours de 01H00" au 62 bd Davout et maîtrisé en tout début de journée, n'a fait "aucun blessé", a-t-on indiqué de source policière.

Personne n'a été interpellé, mais "tout sera fait pour retrouver les auteurs de cet attentat", a assuré M. Guéant. "Deux personnes (auraient) été vues en train de partir peu de temps avant le déclenchement de l'incendie", a précisé Charb.

Le journal a "coupé" dans la matinée l'accès à son site, "hacké à 05H00 depuis l'étranger", selon Eric Torcheault, directeur administratif. Peu avant 07H30, sa page d'accueil était encore remplacée par une photo de la mosquée de La Mecque en plein pèlerinage, avec ce slogan: "No god but Allah" ("Pas d'autre Dieu qu'Allah"), a constaté l'AFP.

"Sur Twitter, sur Facebook, on a reçu pas mal de lettres de protestation, de menaces, d'insultes", que la direction du journal s'apprêtait à transmettre à la police, a expliqué Charb.

Celle-ci avait déjà reçu des menaces en 2006 lors de la publication des caricatures de Mahomet, qui avaient fait scandale, mais elles n'avaient "jamais abouti à rien", a souligné Charb.

Le directeur de la publication de l'époque, Philippe Val, avait été définitivement relaxé en 2008 après une plainte de la Grande Mosquée de Paris et de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), la justice ayant jugé que les caricatures ne constituaient pas "une injure" à l'égard des musulmans car elles visaient "clairement une fraction" - les terroristes - de la communauté musulmane.

Dans une déclaration à l'AFP, la rédaction a assuré "être contre tous les intégrismes religieux, mais pas contre les musulmans pratiquants".

Elle organise "une conférence de rédaction publique" jeudi à 15H00 au Théâtre du Rond-Point (VIIIe), et a précisé que le numéro de mercredi, tiré à 75.000 exemplaires, s'est retrouvé rapidement en rupture de stock.

Boulevard Davout, un immense tas de papiers et d'ordinateurs jonchait le trottoir de l'hôtel d'entreprises où le journal s'est installé depuis un mois, a constaté l'AFP. Des fenêtres et des portes vitrées étaient brisées.

"Poste de maquette brûlé", "système électrique fondu": "notre problème maintenant est de pouvoir sortir un journal mercredi prochain et de le mettre dans les kiosques", a expliqué Charb.

La rédaction a accepté l'invitation du quotidien Libération de s'installer dans ses locaux dès 13H00.

Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, plusieurs membres du gouvernement, dont Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la communication, ou encore François Hollande, candidat socialiste à la présidentielle, et l'équipe de campagne de Marine Le Pen, candidate Front national, ont condamné l'incendie.

 

TUNISIE. Nous nous sommes trompés...

Publié le 02-11-11 à 20:42

Oui, à Tunis et à Paris, nous nous sommes trompés. Le vrai changement n’était pas dans la possible victoire des révolutionnaires, mais dans le désir des islamistes de prouver qu'ils avaient changé. Par Jean Daniel

Nous avons donc eu affaire en Tunisie à une phase de ce que l’on peut appeler une contre-révolution. Je dis bien "une phase", car l’échéance la plus importante, et en vérité la seule déterminante, c’est celle des élections législatives qui auront lieu après une année de débats de la nouvelle Assemblée Constituante. C’est long une année : tout peut arriver, et il est donc un peu tôt pour les "modernistes" de se battre la coulpe et de se dire qu’ils ne connaissaient pas leur peuple. Sans doute peuvent-ils se reprocher – et nous avec eux !- d'avoir surestimé le degré de représentation de cette fraction révolutionnaire qui enflammait les cœurs et les imaginations. Sans doute aussi, peuvent-ils se reprocher de n’avoir pas évité la peur du chaos qu’ont suscité leurs divisions dans une société solidement conservatrice.

Mais ils feraient mieux de mettre désormais toute leur énergie non pas dans les complaisances du regret, mais dans les ambitions d’un projet. D’autant que, s’il est honnête de s’incliner devant la victoire d’Ennahda, il l’est tout autant de constater que cette victoire s’est accompagnée d’une affirmation de changements profonds opérés sur le visage même de l’islamisme. Ennahda a vaincu avec des habits neufs. Nous avons toute une année pour vérifier s’il adopte une nouvelle tenue, ou s’il n’a emprunté qu’une défroque de circonstance. Je crois personnellement qu’Ennahda a changé, tout simplement, parce que le monde à changé. Si les modernistes tunisiens croient s’être bercé d’illusions, il faut qu’ils se consolent en constatant que la modernité, elle, à triomphé. Il n’est pas de jour en Tunisie où un islamiste n’affirme son respect des acquisitions démocratiques. Et c’est avec cette affirmation qu’il prétend séduire le peuple, et qu’il l’a fait.

"Hélas ! Le peuple sauveur, le peuple Dieu, est d'humeur inconstante"

Les Tunisiens nous ont rappelés qu’une révolte, même victorieuse, contre le tyran, peut se nourrir d’une fidélité aux traditions identitaires. Mais ils nous ont rappelés aussi que la démocratie comportait tous les risques et que, librement consulté, le peuple pouvait avoir tort. Si Bourguiba en 1954 avait soumis à référendum son révolutionnaire statut des femmes, rien ne prouve qu’il aurait eu la majorité. Sans doute, pour Robespierre : "Jamais les maux de la société ne viennent du peuple, mais du gouvernement". Mais Clémenceau, pendant l'affaire Dreyfus, s'écriait : "Hélas ! Le peuple sauveur, le peuple Dieu, est d'humeur inconstante". Mais on ne peut céder pour autant à la tentation du souhait d’un despotisme éclairé parce que le despote finit toujours, Bourguiba l’a montré, par être illuminé.

Que s’est-il passé ailleurs ? Les Frères musulmans, en Egypte, se sont trop vite félicités de ce que leurs frères tunisiens aient fait avancer leur propre cause. Les Libyens ont confirmé successivement le caractère théocratique de leur futur gouvernement et le fait qu’ils voulaient se présenter comme des musulmans "modérés". Sans que l’on puisse encore savoir sur quoi porte cette modération, surtout après le meurtre de Kadhafi. Enfin, en Algérie et au Maroc, où l’on était agacé de voir célébrer à tout moment le "modèle tunisien", la mauvaise conscience a disparu et les hommes de pouvoir se sont sentis confortés. En résumé, la perspective d’une démocratie à l’occidentale qui permettrait une indépendance totale à l’égard de la religion s’est totalement éloignée. On se persuade que la mystique de la fidélité aux traditions l’emportera toujours sur le romantisme du triomphe de la liberté. C’est au nouvel islam de faire la synthèse.

"les modernistes" n’ont pas eu tort de redouter la dimension éventuellement djihadiste de leurs adversaires

Et c’est précisément cette synthèse que déclare vouloir réaliser le leader d’Ennahada, Rachid Ghannouchi. Faut-il l’en croire ? Disciple de Nasser, il n’avait jamais dissimulé jadis, sa sympathie active pour la doctrine de Hassan el-Banna, le fondateur égyptien des Frères musulmans. Lorsque Ghanouchi a fondé son mouvement islamique en 1981, c’est-à-dire l’année où Anouar el-Sadate a été assassiné, il savait bien que les islamistes n’étaient pas des démocrates, même si on lui prête aujourd’hui d’avoir manifesté un désaveu de la violence à un moment où les intégristes de tous les pays arabes se solidarisaient avec les différents mouvements terroristes. Mais on ne peut plus ignorer que Rachid Ghannouchi, aujourd’hui, ne cesse de louer le régime turc et sa façon de concilier l’appartenance à l’islam et la défense de toutes les libertés. Il entend, dit-il créer le modèle le plus démocratique du monde arabe. Personnellement, je le crois sincère, mais seulement pour une raison objectivement politique. Il n’y a d’avenir pour l’islamisme que s’il se délivre de son ancienne connotation djihadiste tout en islamisant la modernité.

Pour résumer mon propos, et me séparant de presque tous les miens, je dirais que ce qu’on appelle par commodité de langage "les modernistes" n’ont pas eu tort de redouter la dimension éventuellement djihadiste ou obscurantiste de leurs adversaires. Ils n’ont pas eu tort parce qu’ils ont négligé la profondeur de l’enracinement de leur peuple dans la religion. Après tout, la doctrine de la table rase n’a pas conduit ni les révolutionnaires de 1789, ni ceux de 1917, à l’échec. Ils ont eu tort de penser qu’il y avait encore une grande peur des terroristes, alors que la majorité ne comptait que sur la religion pour être antitotalitaire et conservatrice.

Jean Daniel - Le Nouvel Observateur

P.S J’ai commis une erreur dans mon dernier article en écrivant que les islamistes avaient été les seules victimes de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali. C’était faire injure à tous les opposants démocrates et modernistes qui ont été emprisonnés ou persécutés et je fais ici mon mea culpa. Il reste que les ennemis les plus directement ciblés de Ben Ali étaient bien les islamistes. Leurs attentats terroristes avaient commencé bien avant le coup d’Etat qui, en 1987, a entraîné l’éloignement d’un Bourguiba chancelant qui les avait lui-même activement combattus. A ce moment-là, et pendant un certain temps, chacun s’est félicité de voir les terroristes islamistes pourchassés et peu à peu éliminés.

(Source: NouvelObs le 2 novembre 2011)

Lien: http://tempsreel.nouvelobs.com/jean-daniel/20111102.OBS3670/tunisie-nous-nous-sommes-trompes.html


Tunisie: Des islamistes radicaux contrôleraient des dizaines de mosquées

Reuters Mis à jour le 02.11.11 à 18h25
Des islamistes radicaux ont pris le contrôle de 150 à 200 mosquées et salles de prières en Tunisie cette année, a déclaré ce mercredi à Reuters Djamel Oueslati, directeur de cabinet du ministre des Affaires religieuses.
Le contrôle des 5.000 mosquées et lieux de prières s'est relâché depuis la «révolution de jasmin» qui a chassé du pouvoir le 14 janvier le président Zine ben Ali, juge Djemel Oueslati, permettant aux salafistes de s'en emparer.
Dans certains cas, des imams et leurs fidèles ont contrecarré les tentatives de prise de contrôle par des salafistes, ajoute-t-il, sans pouvoir donner de chiffres précis.
«Après le 14 janvier, des courants extrémistes ont envahi certaines mosquées», a-t-il expliqué. «Le ministère n'avait pas les moyens de faire pression sur eux (...). Cette tendance est une réaction aux années d'oppression et au manque de liberté d'expression. Ils ont à présent l'occasion d'exprimer leur vision, souvent de façon agressive», poursuit-il.
Le parti islamiste Ennahda, qui se présente comme modéré et qui a obtenu 90 des 217 sièges de la nouvelle Assemblée constituante, se dit prêt à former une large coalition regroupant tous les anciens opposants à Zine ben Ali.
Création d'une chaîne de télévision tunisienne islamique envisagée
Face à l'inquiétude que suscite leur arrivée au pouvoir, les islamistes tunisiens ont multiplié les propos rassurants, disant notamment vouloir associer aux consultations sur l'avenir institutionnel la quasi-totalité des partis politiques, mais aussi les organisations de la société civile ou les syndicats.
Djamel Oueslati a indiqué n'avoir aucune indication pouvant attester que des groupes salafistes tunisiens bénéficient de soutien venu de l'étranger.
Il explique également que son ministère, qui est chargé de superviser le contrôle des lieux de culte et de valider les aptitudes des imams, ne rencontrait aucun problème avec les islamistes radicaux sous l'ère Ben Ali.
Mais depuis l'avénement de la démocratie, les autorités ne peuvent plus demander à la police d'expulser les salafistes, dit-il.
En outre, les autorités tunisiennes s'inquiètent de télévisions satellitaires diffusant une pratique rigoriste de l'islam, éloignée de celle plus libérale présente en Tunisie.
«La plupart des gens veulent poser des questions sur des sujets touchant à la religion. Quand les Tunisiens ne trouvent personne vers qui se tourner, ils vont sur les chaînes satellitaires au risque d'être désorientés», poursuit-il, précisant que la création d'une chaîne de télévision tunisienne islamique était envisagée par le nouveau pouvoir.

 
"Tunisie : l'échec des modernistes"

Depuis 2006, et la victoire, dans un contexte particulier, du Hamas à Gaza, les islamistes n'avaient pas remporté d'élections. En Tunisie, ils arrivent largement en tête des premières élections libres organisées le 23 octobre pour désigner une Assemblée constituante. Certes, Ennahda, avec 41,7 % des sièges, n'a pas la majorité absolue, mais il domine la "nouvelle Tunisie", comme ses dirigeants se plaisent à le souligner, et dirigera le futur gouvernement provisoire.

Après trente ans de règne autoritaire d'Habib Bourguiba, père de l'indépendance tunisienne et laïque revendiqué, puis vingt-trois ans de dictature de Zine El-AbidineBen Ali, le parti islamiste est apparu comme l'alternative "naturelle". Les classes populaires n'ont pas été les seules à glisser leur bulletin dans l'urne ; dans la communauté tunisienne à Paris comme dans la banlieue chic de Tunis, des hommes et des femmes, diplômés, ont voté pour les listes d'Ennahda.
Et pourtant... Les islamistes n'ont pas été à l'origine du soulèvement populaire qui a mis fin, le 14 janvier, à l'ancien régime et provoqué la fuite de Zine El-Abidine Ben Ali en Arabie saoudite. Comme beaucoup, ils ont regardé en spectateurs les émeutes des jeunes
éclater au centre du pays, le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, puis à Kasserine, ou Thala. Comme d'autres, comme la bourgeoisie, ils ont attendu la mi-janvier pour rejoindre, incrédules, les cortèges. Ils sont venus, petit à petit, se mêler aux manifestants sur la place de la Kasbah, à Tunis. En arrière-plan.
Ce ne sont pas les islamistes, non plus, malgré 30 000 d'entre eux emprisonnés, qui ont pendant des années, porté sur la scène internationale la voix de l'opposition. En 1988, le chef de file du Mouvement de la tendance islamiste (le MTI, ancêtre d'Ennahda),
Rachid Ghannouchi, gracié par l'ancien président Ben Ali après sa première condamnation aux travaux forcés à perpétuité, avait même exprimé sa "confian ce" dans le dirigeant tunisien, avant de se trouver contraint à l'exil. A Bruxelles, Paris ou Washington, ce sont les modernistes, laïques et de gauche, qui ont surtout combattu à l'intérieur comme à l'extérieur le régime de Tunis, dénoncé la censure et les tortures. A Paris : Kamel Jendoubi, opposant privé de passeport pendant dix ans, Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme ; à Tunis : l'ancien député Khamaïs Chammari ou l'avocate Radhia Nasraoui, qui a eu une fille dans la clandestinité avec son mari, Hamma Hammami, porte-parole du Parti ouvrier communiste tunisien (POCT)...
Des hommes politiques engagés comme
Ahmed Nejib Chebbi, chef de file du Parti démocrate progressiste (PDP), qui mena à deux reprises une grève de la faim, en 2005 et en 2007, ou Mustapha Ben Jaafar, président depuis 1994 du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL, "Ettakatol" en arabe), candidats écartés de l'élection présidentielle, ont eux aussi tenté de défier le pouvoir de Zine El-Abidine Ben Ali.
Après la chute de l'ancien régime de Carthage, ce sont les modernistes, toujours, qui ont été aux avant-postes de la première phase de la transition démocratique. Eux qui ont imposé le calendrier, les listes paritaires - uniques dans le monde arabe et au-delà -, le mode de scrutin proportionnel au plus fort reste, les règles de financement, réformé les lois électorales, de la presse et des partis. Ennahda a, certes, participé aux travaux, mais en acteur de second plan.
Tout a changé avec la campagne. Incapables de s'
entendre, trop sûrs d'eux, les modernistes ont rejeté l'idée d'une liste commune pour l'élection à l'Assemblée constituante qui aurait mis la dynamique de leur côté. Au lieu de cela, les ambitions personnelles des uns et des autres ont avivé les rivalités et brouillé les messages. Au fil des semaines, ces formations se sont laissées enfermer dans un débat identitaire avec lequel elles n'ont jamais su se mettre à bonne distance, tantôt ménageant la chèvre et le chou, tantôt s'indignant au point de faire d'Ennahda le principal sujet de discussion.
Et tandis que le parti islamiste ravivait dans tout le pays ses anciens réseaux de militants, affaiblis mais disciplinés, les modernistes ont ignoré des régions entières et leurs habitants confrontés aux pires difficultés économiques et sociales. Leurs meetings, entre soi, avec le concours d'intellectuels et d'artistes tunisiens de renom, auraient tout aussi bien pu se
dérouler à la Mutualité de Paris qu'à la Coupole de Tunis.
Ce n'est que dans les derniers jours que les forces progressistes ont tenté d'
inverser la tendance, en multipliant, mais trop tard, les opérations de porte-à-porte. La panique aidant, certains ont même envoyé des SMS aux membres de la commission électorale pour leur demander, le plus sérieusement du monde, de repousser d'une semaine le scrutin...
La sanction est aujourd'hui cruelle. Le PDP de
Nejib Chebbi s'est effondré. Ettakatol de Mustapha Ben Jafaar n'arrive qu'en quatrième position, derrière le Congrès pour la république (CPR, nationalistes de gauche) et le richissime homme d'affaires de Londres, Hachemi Hamdi, dont une partie des listes populistes a été invalidée. Le Pôle démocratique et moderniste (PDM) n'emporte que 5 sièges. Et c'est désormais la question de l'alliance avec Ennahda pour gouverner qui fait débat en leur sein : à l'exception du PDP qui a exclu cette hypothèse, ailleurs les discussions vont bon train.
Non, les partis modernistes n'étaient pas bien placés pour
gagner cette première élection.
Source:”Le Monde.fr” Le 02-11-2011
Lien: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/02/tunisie-l-echec-des-modernistes_1597402_3232.html
 
 
A ceux qui attisent la haine entre les peuples français et tunisiens...

Certains intellectuels louaient Ben Ali en échange de somptueux cadeaux. Au lieu de se faire discrets, ces mercenaires de la plume récidivent, car ils ne supportent pas l'avancée démocratique tunisienne. Leur dernière trouvaille mensongère : le Tunisien serait devenu anti-Français, rien que ça.

Les loups se mettent à hurler en cœur. Non, cette fois-ci, il ne s’agit pas des loups islamistes mais des loups français islamophobes. Ceux qui, dès qu’ils voient un musulman, ont mal à la tête. Ceux qui, depuis des années, nous servent la même soupe médiatique : « l’islam politique est insoluble dans la démocratie », « le musulman est un polygame égorgeur de moutons et accessoirement anti-occidental »...
Il est vrai que ces intellectuels français habituels ont cette fois-ci la tache difficile. D’habitude, leur jeu est plus facile. D’habitude, ceux qu’ils critiquent sont vraiment des arriérés que, même le plus musulman des musulmans, n’a pas envie de défendre. Du type « taliban préhistorique », qui vous donne envie de vous sauver en courant lorsqu’ils vous parlent de religion.
Non, là, les islamophobes, cachés sous le masque bienveillant des Droits de l’homme, faussement inquiets de la remise en question des droits de la femme, de la liberté de pensée, de la liberté cultuelle en Tunisie alors que sous Ben ali, grand démocrate comme vous savez, ils étaient silencieux ; ces islamophobes masqués vous disais-je, n’arrivant pas à trouver la faille face à des ennahdistes conciliants, promettant de ne pas toucher le statut de la femme, accusent désormais le Tunisien d’être un extrémiste anti-Français !
Voilà en effet que le Tunisien serait devenu l’ennemi numéro 1 des Français. L’ennemi numéro 1 de la langue française, de la culture française et donc de la France. Ce tunisien qui rêve pourtant, par tous les moyens de venir en France, quitte à traverser la Méditerranée en barque, détesterait la France ? Ce beau printemps arabe s'est transformé ici et là en véritable hiver anti-Francais.
Pourquoi cette nouvelle donne consistant à faire penser que le Tunisien déteste les Français ?
La réponse est toute simple et déjà éprouvée par le passé. Par ce biais, comme on ne plus mettre la pression directement sur Ennahada car il a la légitimité des urnes, on veut mettre la pression sur le peuple tunisien qui mettra ensuite une pression populaire sur Ennahda. Comment ? Tout simplement en incitant le touriste français, l’homme d’affaires français, l’Etat français a ne plus venir ou investir en Tunisie au prétexte que le gouvernement ennahdiste serait devenu anti-Français.
Dans un tel scénario, on sait comment tout cela se termine. L’économie du pays chute, ses dirigeants sont isolés et s’ils n’ont pas beaucoup de pétrole, leur durée de vie est limitée. La pression est telle que l’histoire se finit en coup d’Etat. L’élite économique, de connivence avec l’élite militaire et policière, décide d’écarter l’élément gênant à la bonne santé économique du pays.
Alors, comme ces intellectuels français islamophobes ne peuvent pas liquider Ennahda directement, ils essaient de donner des mauvaises idées. Ces intellectuels préférant sans doute en Tunisie un scénario à l’algérienne plutôt qu’une démocratie englobant des musulmans. Scénario algérien où, pour rappel, l’arrêt du processus démocratique a couté plus de 20 milliards de dollars et a surtout causé hélas plus de 200 000 morts. Scénario qui n’a servi à rien, la force (même si elle silencieuse) aujourd’hui des musulmans algériens étant encore plus forte qu’hier. Semez de la dictature, vous récolterez des islamistes.
Après avoir rapidement parlé du but visé par ces mercenaires de la plume achetable pour un séjour dans un hôtel tunisien, il faut se poser les deux questions suivantes. Y'a-t-il une réalité derrière leur propos, le Tunisien est-il devenu anti-Français ? Mais aussi, est ce que le Français, qui a largement applaudi cette révolution tunisienne, se sent menacé par les événements récents en Tunisie ? Le touriste, le chef d’entreprise, compte-t-il revenir en Tunisie ?
Il y a quelques jours, mon article publié sur Le Cercle Les Echos « La gifle électorale de l’élite autoproclamée tunisienne » m’a agréablement surpris. Plus de 30 000 lecteurs en quelques jours, des milliers de personnes qui ont aimé mais aussi une centaine de mails spontanés pour me parler de la situation tunisienne provenant autant de France que de Tunisie.
Que me disaient les mails venant de France ? Il serait trop long d’en faire la synthèse. Beaucoup de Français me demandaient comment ils pouvaient aider la Tunisie. D’autres venant de Tunisie me disaient qu’il ne voulaient qu’un avenir meilleur dans un état démocratique. Mais le plus important pour moi furent ces mails de Français « de souche » qui rappelaient leur soutien aux Tunisiens et qui montraient qu’ils n’étaient plus dupes !
La transcription d’un ou deux mail parlera plus que mille phrases. A vous de juger.
Un homme politique français de premier plan m’a écrit « que toutes les élites tunisiennes n’étaient pas pourries mais que c’est vrai que [lui] et d’autres ont fermé les yeux en Tunisie sous Ben Ali. [Qu’il] regrettait son inaction, et que désormais il fallait accepter le verdict librement exprimé des urnes qui n’est [pour lui] que le fruit de l’anti-islamisme primaire radical qu’il y a eu en Tunisie pendant des années (...) et que tout en étant vigilant sur Ennahda, [il] avait confiance en la jeune démocratie tunisienne qui est irréversible…».
Cet homme politique français qui, pour moi, jusque-là qu’un des profiteurs du système Ben Ali dit-il qu’il a désormais peur du tunisien, sent-il un sentiment anti-français ?, dit-il qu’il ne reviendra pas en Tunisie ? Je le laisse répondre « Je vais désormais aller plus souvent en Tunisie et irai cette fois-ci plus librement et sereinement à la rencontre de ce magnifique peuple qui a montré la voie aux autres peuples arabes de la région…. ».
Un autre Français, chef d’entreprise, m’écrit : «Votre article sonne juste parce que c’est une réalité. Je connais bien la Tunisie et j’y possède deux entreprises. Nous autres Français aurions dû moins fermer les yeux. Sous prétexte d’une menace islamiste gonflée, à laquelle certains journalistes français ont largement contribué, nous avons laissé faire un terrible dictateur….J’ai certes peur pour les femmes tunisiennes avec Ennahda mais je sais d’un autre coté que les Tunisiens ne sont pas extremistes. Il faut respecter leur choix, ne répétons pas les mêmes erreurs que pour l’Algérie… J’aime la Tunisie et je veux que ce pays réussisse (...), et comme le système mafieux est parti, je compte davantage développer mon activité…. ». Ce chef d’entreprise exprime-t-il qu’il ressent, avec ces élections tunisiennes, un sentiment anti-Français à son encontre ?
Plusieurs autre mails de militants politiques français m’ont demandé comment ils pouvaient faire pour soutenir la démocratie tunisienne car ils étaient admiratifs devant le peuple tunisien. Certes, certains, comme le chef d’entreprise sont inquiets pour le statut de la femme. C’est une réalité qu’il ne faut pas nier. Mais aucun Français, que ce soient dans ces mails, ou parmi la dizaine que que je connais en Tunisie, n’a pour projet de revenir en France car il se sentirait menacé, ou estimerait que ces élections avec Ennahda allaient transformer la Tunisie dans un mauvais sens.
Vous voyez chers intellectuels français, le Français n’est pas dupe. Il sait qu’on l'a trompé sur la menace islamiste que l’on a amplifié la peur pour soutenir Ben Ali. Il sait que l’élection d’Ennahda en est directement la conséquence. Il ne tombera pas dans le nouveau piège que vous tendez en disant maintenant qu’il y a une menace anti-Française chez le tunisien. Les Français en France ou en Tunisie savent qu’en Tunisie ils sont chez eux et font la part des choses. Ils comprennent qu’il faut laisser le temps à la jeune démocratie tunisienne de s’installer. Ennahda est neuf et a une virginité politique, car il n’a jamais été confronté à la dure réalité de l’action politique. Les autres partis sont encore jeunes. Un ré-équilibrage aura rapidement lieu, Ennahda aura moins de succès, et l’exagération que vous soutenez aura été un mauvais calcul.
La deuxième question à poser est : est-ce que le Tunisien, lui, aime vraiment le Français ? Est ce que le Tunisien n’est pas devenu un extrémiste anti-occidental ? Il y a tellement de choses à écrire sur le sujet que je n’aurai pas assez de place pour le faire.
Par exemple, comment beaucoup de Tunisiens connaissent par cœur l’ouvrage « Notre Ami Ben Ali » et le nom de son auteur, Nicolas Beau. Un « Nicoulas Bou » comme l’appelle un familier tunisien et qui est tellement apprécié que je suis sûr que toutes les maisons de Tunisie s’ouvriraient à n’importe quel moment de la journée s’il s’y présentait pour y boire un thé.
appelons-nous comment, lui, journaliste français s’indignait des abus du régime Benaliste quand, d’autres journalistes – même parmi les journalistes Tunisiens installés en France -, passaient de la pommade à Ben Ali en méprisant les souffrances des tunisiens.
Lui et d’autres qui, au temps des pires moments de la Tunisie, ont relevé la tête en montrant que la France s’intéressait aux Droits de l’homme partout dans le monde. Lui et ces autres Français, les Tunisiens ne leur seront jamais assez reconnaissant pour avoir critiqué le régime de Ben Ali. Les Graciet, Turquoi, Boltanski, Gesseir, Beaugé, et beaucoup d’autres qui ne m’en voudront pas de ne pas les citer.
Si les tunisiens sont déçus par les flatteurs français de Ben Ali qui voyaient en lui un grand « démocrate cultivé », ils aiment la France car il savent que la France ce n’est pas qu’eux. La France, ce sont ces milliers de militants associatifs, politiques, syndicalistes qui, allaient le week-end soutenir des militants des droits de l’homme qui manifestaient devant les consulats tunisiens.
J’étonnerai peut-être certains lecteurs en rapportant une discussion que j’ai eu avec un cadre d’Ennahda qui a vécu longtemps en France. A un moment de l’échange, alors que nous parlions de la position de la France sur la révolution tunisienne et que je lui demandais s’il n’était pas déçu du comportement de certains ministres français au moment où les jeunes Tunisiens (début janvier 2011) se faisaient tuer, il me surpris par quelques phrases sortis du cœur :
« Tu sais, quand on a fui la Tunisie dans la précipitation il y a 20 ans, on a trouvé refuge avec nos familles, ici, en France. Crois le ou non, il n’y avait aucun Tunisien pour nous soutenir. On était des pestiférés dans la communauté. Les Tunisiens avaient tellement peur de Ben Ali qu’ils changeaient de trottoir quand ils nous voyaient. Je te jure, on organisait des réunions pour sensibiliser les Tunisiens sur la torture de Ben Ali et dans la salle il n’y avait aucun arabe. Il n’y avait que des Français, pas un seul Tunisien ! Je n’oublierai jamais le soutien de ces frères français, politiques, enseignants, syndicalistes qui auraient pu se dire, on en a rien à faire des problèmes de ces Tunisiens, mais qui, parce qu’ils aiment les Droits de l’homme, nous ont aidés. Pour moi, c’est ça la France. C’est pas ceux qu’on voit tout le temps à la télé qui nous sortent toujours la même chose sur l’extrémisme islamiste… ».
Ces Ennahdistes, que ces intellectuels essaient de montrer comme ennemi de la France, n’oublient pas que, pour une grande majorité d’entre eux, ils ont été reçu en France et qu’ils lui sont redevables de les avoir accueillis.
Qui ne sait pas par aussi que des dizaines d’opposants tunisiens à Ben Ali, comme Marzouki, sont venus souvent en France quand leur vie était menacé en Tunisie. Tous les Tunisiens le savent et c’est pour cela qu’ils aiment la France au delà de vous, intellectuels que vous êtes, qui avez bénéficié des largesses de Ben Ali en Tunisie en ignorant la détresse de tout un peuple.
Ce que je dis n’est pas de la darbouka (paroles flatteuses) pour les Français dont je suis, mais pour vous dire que ce ne sont pas vos petites techniques communication subversives qui détisseront ces puissants liens. Les Tunisiens aiment les Français et ne confondent pas quelques profiteurs avec un pays et un peuple ami.
Comme je vous le dis, je pourrai écrire des pages et des pages sur les liens forts qui unissent nos deux pays. Je ne m’étalerai pas ici sur les centaines de milliers de Franco-Tunisiens qui vivent et aiment leur pays, la France. Certains de ces Franco-Tunisiens, travaillant, comme vous le savez si bien, dans l’armée, la police ou les services de renseignement français.
Ce que demande le Tunisien, ce n’est ni el'xcuse française, ni le soutien inconditionnel. Ce qu’il demande c’est qu’on le laisse décider seul de sa destinée. Ce qu’il demande, c’est un partenariat dans le respect mutuel. Ce qu’il rejette, c’est toute nouvelle forme de colonisation. Même si vous êtes de mauvais intellectuels, vous êtes à même de comprendre que ce que demande le Tunisien est que sa destinée politique ne se décide plus dans les salons feutrés d’un chancellerie occidentale.
Ce qu’il ne souhaite plus, c’est qu’une élite soit disant éclairée, que vous soutenez parce qu’elle vous faisait profiter de généreux séjours à Tunis, s’accapare toutes les richesses de la Tunisie. N’importe quel peuple refuse ce type de colonisation. Refuser cela ne veut pas dire ne pas aimer la France. Bien au contraire, c’est aimer encore plus la France et les Français. Car la France, celle qui me permet de m’exprimer aujourd’hui, représente cet idéal démocratique, cet idéal égalitaire entre les citoyens, cet fierté de vivre dans un pays libre au service de son peuple, dont le Tunisien aimerait enfin pouvoir profiter.
(Si j’écris cet article, c’est aussi à l’adresse de mes compatriotes tunisiens. Il ne faut pas tomber dans le piège des provocations de quelques politiques ou pseudo intellectuels français qui regrettent le régime de Ben Ali. Ces politiques ou intellectuels ne représentent pas tous les Français comme j’ai tenté de l’expliquer plus haut. Tant dans nos écrits, blogs, journaux et déclarations, nous devons avoir le sens de la mesure pour ne pas blesser et inquiéter des français amis qui admirent le peuple tunisien pour ce qu’il a réalisé. Merci).

Source: “Les Echos” Le 02-11-2011
Lien: http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/international/afrique/221139464/a-ceux-attisent-haine-peuples-francais-et-tunisiens
 
L’Europe attentive à la “nouvelle ère” qui s’ouvre en Tunisie

 
 
10 jours après les premières élections libres qui ont donné la victoire au mouvement islamiste Ennahda, avec 41 pourcent des voix, les tunisiens sont partagés entre euphorie et incertitude. “C’est la première fois qu’on voit une chose pareille, que je vote pour le parti que je veux!” dit cet homme. “Ca m’inquiète beaucoup! Au niveau de l‘éducation, du travail, de la femme, de tout!” ajoute cette tunisienne.
En visite à Tunis, le président du Parlement européen a rencontré les dirigeants des principaux partis, avec une attention particulière à Ennahda. Jebali Hamadi, numéro 2 du parti, s’est imposé comme le visage modéré d’Ennahda après des années passées en prison sous Ben Ali. Pressenti comme futur Premier ministre, il a délivré un message rassurant à l’UE: “L’Etat doit être un Etat de citoyenneté, un Etat civil de citoyenneté, où tous les citoyens trouveront leurs droits, quelle que soit leur appartenance politique, confessionnelle etc. C’est donc un Etat garant des libertés individuelles et collectives, un Etat basé sur des institutions indépendantes.”
Pour le chef de la Mission européenne en Tunisie, ces élections représentent une grande avancée : «La grande différence maintenant, c’est que c’est un pays libre, et c’est ce que j’ai observé au cours des 9 derniers mois. Nous pouvons parler à beaucoup plus de gens, et aussi aux associations, aux dirigeants politiques, ce qui était impossible avant. À bien des égards, c’est aussi comme une nouveau souffle pour nos relations, et pour les Européens.”
Jerzy Buzek a salué l’engagement pris vis à vis du processus démocratique, il a voulu voir le parti Ennahda comme un modèle possible de démocratie islamique, comparable aux partis démocrates chrétiens européens, et parlé de nouvelle ère dans la coopération entre la Tunisie et l’UE: “Du coté de l’Union européenne, nous avons besoin que le succès soit au rendez-vous. La Tunisie pourrait avoir une place qui permette à notre coopération avec les pays arabes de porter les meilleurs fruits dans un avenir proche.”
Un nouveau gouvernement de coalition nationale sortira de ces élections, impliquant les principaux partis aux côtés de Ennahda. Les Tunisiens veulent désormais pouvoir juger les politiciens pour leurs actes.
“Tant qu’on a un peuple qui réfléchit et qui peut choisir son représentant, ça va. On n’a pas un problème avec la montée islamiste en fait. Tant que c’est modéré, ça peut passer…” assure ce jeune tunisien. “Moi, j’ai de l’espoir, je n’ai pas peur! Je pense que ça va aller. La Tunisie va rester un pays méditerranéen bien ouvert. Même si je pense qu’on a besoin que notre identité devienne souveraine, qu’on ait une identité. Mais elle se forgera petit à petit” rajoute cette étudiante.
Quelles que soient les questions de l’Europe, les résultats des élections alimentent en tous cas un débat ouvert, inédit en Tunisie. Forte de sa révolution, l’opinion se dit décidée à ne laisser personne décevoir ses attentes.

 

Source : « Euronews » Le 02-11-2011

Lien : http://fr.euronews.net/2011/11/01/l-europe-attentive-a-la-nouvelle-ere-qui-s-ouvre-en-tunisie/

Assemblée constituante en Tunisie : Gare aux dérapages

Par Marie Christine Barkia

 

Le 23 octobre 2011 ce fut une journée historique pour le peuple tunisien. Il a voté pour la première fois librement pour une assemblée Constituante.

Cette affluence massivement vers les urnes avait un air de fête, quelque chose d’admirable et d’inimaginable il y a encore à peine un an.

Jeunes et moins jeunes, hommes, femmes et enfants, un grand nombre d’entre eux se sont déplacés et ont accepté de patienter plus de 3heures sous le soleil pour accomplir leur devoir électoral ; malgré ce succès, 48% des citoyens tunisiens, pour des raisons qui leur sont propres, ne sont pas allés voter.

Beaucoup de gens qui se trouvaient dans les files d’attente étaient désorientés et ne savaient pas pour qui voter.

Il y avait beaucoup trop de listes. Certaines personnes faisaient un amalgame et demandaient qui était le président ? Il y a eu également beaucoup d’infractions et de dépassements qui ont été signalés lors des opérations de vote.

Après 4 jours de dépouillement, le verdict est tombé et nous avons été tous surpris. On s’attendait à une montée massive d’Ennahdha, mais leur score un peu plus de 41% a dépassé les prévisions.
Pour beaucoup, ce fut l’anéantissement, le dégout, la déception et l’inquiétude chez ceux qui voient en ce parti une régression et un danger imminents pour les libertés individuelles.

Une semaine après ces élections libres, la pilule est toujours difficile à avaler, mais nous devons laisser notre goût amer de côté et accepter la voix du peuple. Il faut continuer à nous battre pour la liberté et nous mobiliser pour gagner les municipales

Au vu de ces résultats où tous les partis démocratiques ont pris une sacrée claque, il faut tirer des conclusions et se remettre debout.

Pour le MDS qui a obtenu 2 sièges, le combat dans l’opposition ne fait que commencer.
Il agira pour le bien de la Tunisie comme il l’a toujours fait et dénoncera toutes les manigances et les magouilles de bas étages... De tout façon, il n’a rien à perdre bien au contraire, il à tout à gagner.
Les 60% d’électeurs qui n'ont pas voté pour Ennahdha doivent rester vigilants.

L’assemblée constituante aura pour mission de rédiger une nouvelle constitution ; un gouvernement de coalition sera formé pour gérer les affaires du pays. Le programme d’Ennahdha ne sera applicable que lors de l’accès au pouvoir et après l’aval de l’assemblée constituante…
Espérons que l’assemblée constituante sera à la hauteur

Espérons que là aussi les partis qui s'allieront à Ennahda sachent garder l’équilibre et éviter les dérapages.

Espérons que les 20 ans que Mr Ghannouchi a passé en Angleterre lui ont permis d'avoir plus d'ouverture d'esprit pour préserver les générations futures du retour de toute dictature religieuse ou autre.

Aujourd’hui, nous devons nous poser des questions sur les discours électoraux : faut-il rester honnête et dire clairement les intentions des partis en les appliquant à la lettre où faut-il dire bravo à Ennahda pour sa facilité à manier le double discours !

Alors qu’Ennahda s'était engagé avec 10 autres partis que la constituante ne dure pas plus d'un an ; maintenant ils veulent rester tant qu'ils auront la confiance du peuple, en d'autre termes, ils peuvent rester tant qu'ils veulent, chacun y va de son chiffre : Ghannouchi dit au moins une année peut être plus, Marzouki dit: au moins 3 ans... Moustafa Ben Jaafer ne s’est pas encore prononcé … Il est vrai qu'il n'y a pas de limite pour la durée du prochain gouvernement.
J'imagine que ca va dépendre de la "bonne volonté" de ceux qui seront à la constituante.

Face à ces trois grands partis majoritaires, j’espère que les partis minoritaires qui ont peu de voix et les listes indépendantes auront leur mot à dire, qu’ils ne serviront pas de figurants dans cette constituante et que leurs voix seront prises en considération.
Voilà, une page de l’histoire est tournée.

En attendant la suite de cette épopée Historique que nous vivons depuis 10 mois, on ferme le rideau pour quelques jours sur la constituante en laissant les partis se reposer en famille pour fêter chacun de leur côté la grande fête de l’Aïd El kébir.

Nous les retrouverons plus tard dans d’autres combats comme celui des droits de l’homme, des libertés de religion, des acquis de la femme etc. Bonne fête de l’Aïd à tous les musulmans.

Source: ”GlobalNet” Le 02-11-2011

Lien: http://www.gnet.tn/sur-le-vif/assemblee-constituante-en-tunisie-gare-aux-derapages/id-menu-1006.html

Après les élections, quel avenir pour la Tunisie ?

Le 23 octobre, les Tunisiens ont élu une Assemblée constituante. Le plus difficile reste à faire : tracer les contours de nouvelles institutions démocratiques.

Ce 23 octobre, le laboratoire tunisien a mené avec succès sa première expérience : l’organisation d’un scrutin libre, pluraliste (c’est le moins que l’on puisse dire…) et transparent. Les pionniers du Printemps arabe entament donc l’automne toujours vêtus de leurs habits d’éclaireurs sur la route de la démocratie. Malgré l’inquiétude permanente qui rythme la vie du pays depuis la chute de Ben Ali, les accès de fièvre, une situation socio-économique précaire, la guerre libyenne et une inclination certaine à la division, la majorité des Tunisiens, responsables politiques comme citoyens, ont accompli leur devoir sagement et ainsi montré l’exemple. Bravo !
Nous avons assisté à quelques surprises, dont certaines de taille, comme il y en a toujours. Mais les résultats sont logiques. Surtout si l’on tient compte d’un paramètre majeur : une offre politique subitement pléthorique, des partis ou des personnalités quasi inconnus des électeurs et, donc, l’impérieux besoin d’être rassuré
Les performances d’Ennahdha, du Congrès pour la République (CPR) ou d’Ettakatol illustrent en grande partie le choix des Tunisiens : confier leurs suffrages à des formations connues, rassembleuses, et dont la ligne n’a jamais varié. Même s’ils ont adopté des stratégies différentes, aucun de ces mouvements n’a frayé avec l’ancien régime. Aucun n’a versé dans l’attaque de ses concurrents lors de la campagne. Tous ont une solide réputation d’honnêteté et de rigueur morale. Les seuls véritables fanaux d’une traversée à risque, en somme…
Reste le cas d’Al-Aridha Al-Chaabiya (« la Pétition populaire ») de Hachemi Hamdi, véritable apprenti sorcier de la politique devenu pyromane depuis son retrait de la Constituante, qui a provoqué l’embrasement de Sidi Bouzid. Cet homme d’affaires irresponsable, qui ne recule devant rien, s’est mué, le temps de la campagne, en aspirateur à voix des plus démunis, leur promettant la lune, ainsi que Mars et Jupiter, invoquant à longueur d’émissions la mémoire de Mohamed Bouazizi sans jamais fouler le sol où il dit plonger ses racines. Son succès en dit long cependant sur l’immense désarroi de toute une région… L’émiettement de l’échiquier politique, tout comme la défiance exprimée par nombre de Cassandre à l’encontre d’Ennahdha, augurent cependant des lendemains difficiles. Il faudra beaucoup de sang-froid et de raison pour réussir la prochaine étape : la rédaction de la future Constitution et la formation d’un gouvernement, d’autant que le pays ne pourra supporter longtemps un taux de croissance anémique et que l’on se contente de gérer les affaires courantes. Les Tunisiens ont démontré, depuis le 14 janvier, qu’ils savent prendre leurs responsabilités. Espérons que la classe politique fera de même
La bombe Hamdi
Originaire de Sidi Bouzid comme Mohamed Bouazizi, le héros de la révolution, Hachemi Hamdi a fait la sienne… depuis Londres ! Multipliant les promesses démagogiques, l’homme d’affaires a présenté des candidats sous l’étiquette Al-Aridha Al-Chaabiya (« la Pétition populaire ») et sa télévision, Al-Mustakillah, basée dans la capitale britannique, s’est consacrée à sa campagne 24 heures sur 24. À l’antenne, des personnes démunies n’ont cessé de quémander, par téléphone, son aide financière.
Jugeant qu’il a enfreint la loi, l’Instance supérieure indépendante pour les élections a invalidé six de ses listes, ce qui ne l’a pas empêché de remporter 19 sièges, provoquant un tollé dans la société civile, suivi par des émeutes orchestrées par sa tribu, à Sidi Bouzid. De guerre lasse, Hamdi a retiré tous ses élus. Personnage folklorique, islamisant et énigmatique, celui que l’on surnomme « la girouette » se flatte d’être l’ami du président déchu Ben Ali, qui lui aurait téléphoné le 14 janvier, quelques heures avant sa fuite.
Source : « Jeune Afrique »Le 02-11-2011
Lien : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2651p010-012.xml0/tunisie-election-democratie-constitutionapres-les-elections-quel-avenir-pour-la-tunisie.html
 
Tunisie. Ben Jaâfar appelle les indécis à se joindre au gouvernement

Par Zohra Abid

«Pour l’intérêt de la Tunisie, Ettakatol doit contribuer au gouvernement et il sera vigilant avec ses partenaires. Nous appelons les indécis à prendre leur décision et à se joindre à ce gouvernement d’intérêt national».

C’est par ces propos que Mustapha Ben Jaâfar a lancé un appel lors d’une conférence de presse, mardi à Tunis, à tous les partis de gauche, de droite et autres pour se rassembler dans un gouvernement pour sauver le pays.

L’heure est au sauvetage

«Il y a ceux qui ont cru que ça y est, la Tunisie est déjà dans la démocratie et qu’il est de leur droit d’être dans l’opposition. Je leur dis : non, la Tunisie passe par une période très difficile. Elle n’a même pas rédigé sa constitution pour qu’on parle de démocratie. Le jour où notre pays sera vraiment inscrit dans la démocratie, il y aura un gouvernement et une opposition», a martelé M. Ben Jâafar après avoir rendu hommage aux martyrs de la révolution, aux blessés, aux militants d’hier et d’aujourd’hui, aux administrations, à l’armée, aux forces de l’ordre, à l’Isie, à toutes les instances et à la société civile qui ont été derrière le succès des premières élections libres et démocratiques. Et de signaler à ceux qui l’ont oublié que le nouveau gouvernement à mettre en place sera de transition et ne durera qu’une année. Et que le pays vient de sortir d’une révolution avec tous ses dégâts, et qu’il traverse une crise. «La croissance est quasiment nulle, tout le monde doit participer à la reconstruction du pays et à le mener à bon port», souligne le chef du Fdtl.

Ce que Dr Ben Jaâfar craint le plus aujourd’hui, ce n’est pas la montée de l’obscurantisme, mais la contre-révolution. «Nous savons qu’il y a des forces de l’ancien régime qui rôdent encore et veulent empêcher la transition. Jusque-là, elles ont perdu.

Mais soyons vigilants», a-t-il prévenu. Et de rassurer que le mur de la peur est tombé. «Nos n’avons plus peur. Ni des forces de l’ancien régime ni des idéologies. Ben Ali a mis en place une théorie : le Tunisien a peur du Tunisien et l’étranger du Tunisien. Ceci est terminé. Nous n’avons pas d’ennemis. Mais des concurrents.», a-t-il affirmé.

Ettakatol une locomotive de rassemblement

Selon le conférencier, l’heure est à la réalisation des objectifs de la révolution, à l’instauration de la justice sociale, à la répartition égale des richesses, à prendre par la main les pauvres et les chômeurs, à se rattraper avec les régions marginalisées. «Ettakatol, qui s’est placé dès le début du côté du peuple, a décidé, peu importe les difficultés, d’être loyal, de répondre aux attentes de ce peuple qui compte sur lui. Aujourd’hui, notre parti est une force dans la carte politique, crédible et tout le monde peut compter sur ses principes qui se basent sur l’éthique du travail politique, sur l’identité et sur la modernité. Tout ceci fait d’Ettakatol une locomotive pour rassembler les forces modernistes et conduire le pays vers la stabilité», a encore dit M. Ben Jaâfar.

La Tunisie est pour tous les Tunisiens et elle restera au-dessus de tout. «Il n’y a pas une logique de majorité qui gouverne et de minorité qui critique. Nous représentons le peuple, nous devons défendre ses intérêts», a estimé le médecin. Car, selon lui, la Tunisie passe par une période critique et cela exige de toutes les forces de se rassembler. «Nous devons savoir comment nous allons faire pour nous en sortir. Si nous voulons défendre le peuple qui nous a donné sa confiance», a-t-il expliqué. Et d’interpeller les leaders des autres formations pour leur rappeler leur responsabilité historique. «Nous tenons plus que jamais aux acquis sociaux, aux libertés et au statut de la femme. Nous tenons à les renforcer. La dignité revendiquée par le peuple sera dans la constitution d’une manière ou d’une autre. Nous devons défendre les pauvres, et améliorer leur niveau social. Rien de tout cela ne serait fait sans la sécurité, primordiale pour faire tourner la roue de l’économie, avoir la confiance des investisseurs d’ici et de l’étranger», a-t-il rappelé. «Il ne faut pas oublier que c’est la première fois que le peuple veut et qu’il a eu gain de cause. Il a réalisé ce qu’il a voulu. Pour la première fois, la voix du peuple est sortie des urnes sans falsification. Mettons notre pays sur les rails de la modernisation et de la démocratie. Ceci est un appel à tout le monde pour consolider ce projet. Nous devons concrétiser le changement. Nous devons être tous ensemble».

La Tunisie peut être musulmane et moderniste

A ceux qui ont proposé que le gouvernement soit confié à des technocrates, M. Ben Jâafar a répondu : «Dans les partis, il y a des militants technocrates capables de diriger le pays. Notre présence dans le gouvernement nous donnera la possibilité d’initier le changement et de contrôler les pratiques de quelques partis», a-t-il lancé. Car, selon lui, il ne faut pas perdre du temps à se chamailler. «La force ne réside pas dans le nombre des sièges que nous contrôlons. Nous avons besoin de tout le monde pour rebâtir la Tunisie. Et pas la peine de jeter de l’huile sur les feux. Il s’agit d’une épreuve difficile. Le monde nous regarde et nous devons montrer que la Tunisie peut être à la fois musulmane, démocrate et moderniste», a-t-il rassuré.

Evoquant Ennahdha, parti que certains accusent de double langage, le secrétaire général d’Ettakatol a dit que ses leaders tiennent un discours modéré et cohérent. Ils doivent maintenant le mettre en pratique. «Nous allons voir comment ils vont se comporter dans les discussions à propos de la constituante. Mais arrêtons les discours de division, qui opposent croyants et athées. Partout dans le monde, il existe des courants sociaux, libéraux ou conservateurs et c’est ça la démocratie. Mais la campagne électorale est finie. Nous devons nous tourner vers un gouvernement d’intérêt national. Ni fronts ni pôles ni coalitions qui s’affrontent. Notre but est le rassemblement. Pour ceux qui ont perdu, c’est normal, c’est comme dans un match de foot ou de compétition sportive, on a perdu, on avale la pilule, on passe à l’analyse, puis on avance et ce n’est pas la fin du monde», a-t-il plaidé

Source: “Kapitalis” Le 02-11-2011

Lien: http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/6649-tunisie-ben-jaafar-appelle-les-indecis-a-se-joindre-au-gouvernement.html

« Printemps arabe » : Tunisie, l'art d'avancer en arrière ?

Un nouveau « prisme à l'analyse » ?

 

Par Robert Bibeau

Elles s’activent et elles s’agitent comme si le sol se dérobait sous leurs pas ces féministes dilettantes outragées. Madame Hillary Clinton, leur maître à penser, ayant décrété que le « Printemps arabe » avait pour objectif de « remettre en marche le cours de l’histoire vers la justice, la démocratie, la modernité et la laïcité », elles ne savent plus à quel saint se vouer, mais surtout, elles s’excitent, les amazones occidentales, depuis ce qu’elles décrivent pudiquement comme : « les événements récents en Tunisie et en Libye qui apportent un autre prisme à l’analyse » (1) !

Le pilonnage des populations civiles par plus de 14 000 sorties meurtrières d’avions de combat de l’OTAN, le massacre de milliers de femmes, d’hommes, d’enfants et de vieillards dans leur sommeil ou dans leur fuite des villes libyennes assiégées et bombardées apportent quel « autre prisme d’analyse », dites nous mesdames, sur la laïcité, le voile, la justice et la démocratie bourgeoise ?

À entendre ces élucubrations ubuesques, on croirait rêver, comme dans un cauchemar d’une nuit d’automne – loin du « Printemps arabe » justement – qui ressemble de moins en moins à un jardin de jasmins et de plus en plus à un cimetière de coquelicots sanglants.

Les événements évoqués par ces conférencières outrancières ont trait au massacre de populations civiles libyennes (plus de 50 000 victimes, 17 fois plus qu’au WTC) et à l’exécution sommaire – extrajudiciaire – du chef d’État libyen Mouammar Kadhafi par des mercenaires commandités par l’OTAN (une facture de 478 milliards de dollars sera refilée au CNT) ; ainsi qu’au vote de la population tunisienne qui vient de porter au pouvoir un parti islamiste, un parti qui n’a surtout pas participé au soulèvement populaire spontané et pseudo « apolitique », serait selon elles la résultante de la remise en marche de l’histoire arabe (2) ! Tiens donc, l’histoire arabe s’était immobilisée ? Quelle fadaise ridicule !

LES ISLAMISTES ACCRÉDITÉS – NON RÉSISTANTS

Le quotidien le Monde qui nous avait précédemment gratifié de ses écrits hystériques à propos des « islamo-fascistes » et sur le danger de reconnaître la résistance duHamas comme gouvernement légitimement et démocratiquement élu en Palestine occupée (2006), ou encore, de reconnaître la résistance du Hezbollah dont les candidats ont également été élus démocratiquement au Liban (2009) ; Le journal Le Monde, disions-nous, y va lui aussi de son mièvre laïus et s’interroge hébété : « Et si, en Tunisie la démocratie passait par l’Islam ? » !

Il y aurait donc de bons islamistes – nous savons déjà qu’une fraction des Talibans négocie avec les troupes d’invasion en Afghanistan et que pour cela ils sont devenus de bons Talibans – et il y aurait de mauvais islamistes (résistant à l’OTAN) selon le quotidien Le Monde, suivant en cela les directives de Washington et de Paris.

Le quotidien va plus loin et décrète tout bonnement que « la Tunisie, a été également le premier à affronter l'épreuve des urnes. Avec succès si on en juge la participation que les premières élections vraiment libres du monde arabe (…). » (3). La participation populaire fut de moins de 49 % à l’élection tunisienne bidon. De plus, impasse sur les élections palestiniennes démocratiques de 2006 et silence sur les élections libanaises démocratiques de 2009, parce que Hamas et Hezbollah ne sont pas des islamistes accrédités par Washington car ceux-la résistent, alors que ceux de Tunisie, et bientôt ceux d’Égypte, de Libye et de Syrie ne résistent pas à l’OTAN ; ils collaborent, voilà ce qui leur vaut la palme d’or de l’intégrité non « intégriste ».

Pendant ce temps, jeudi, à Sidi Bouzid (Tunisie), d’où serait partie le 17 décembre 2010 la « résurrection » de la civilisation arabe (!) le peuple en colère, plutôt que de perdre son temps à voter, mais toujours au chômage et amère, ne pouvant digérer les coupons de votes qu’on leur offrait à consommer, a été réprimée dans le sang, par le fer et par le feu (4). Voilà la véritable réponse du peuple tunisien à l’encontre de la frauduleuse mystique démocratique. La même répression a aussi cours en ce moment en Égypte sous la junte militaire « démocratique » moubarakienne, sans Moubarak, ce tyran planqué, mis à la retraite dans sa datcha de Charm el-Cheikh « par la direction de la plus grande révolution » !?

ÉLECTIONS AVEC LES DOLLARS DU QATAR !

Quelle flagornerie petite bourgeoise, quel mépris pour les peuples arabes, cette grande civilisation millénaire qui n’attendait surtout pas le string, la pornographie juvénile, les génocides, les bombes à fragmentation, les munitions à l’uranium appauvri et les bombes au phosphore blanc pour s’émanciper et se « moderniser » !

Voila que les forbans de l'impérialisme américain, français et canadien - les chantres de la pseudo démocratie, le choeur des pleureuses de la « libératrice » Hillary, sont pris au piège de leur cynisme. Les féministes des pays riches dansent sur les cadavres des femmes arabes enfin « libérées » de leur voile, – elles qui n'avaient riendemandé aux féministes ni aux « démocrates » des salons de Paris, de Montréal ou de Washington – voilà, disions-nous, que les femmes tunisiennes (moins de la moitié d’entre elles du moins) ont voté majoritairement – et c'est leur droit – pour un parti islamiste maintenant chargé d'assurer la continuité de Ben Ali sans Ben Ali, mais pour le bénéfice de la classe capitaliste que servait Ben Ali.

Que pouvait-on attendre de mieux quand un soulèvement populaire est, non pas « apolitique » mais extrêmement politisé, en direction de la social-démocratie opportuniste et réformiste et de l’électoralisme petit-bourgeois qui laisse espérer que l’on peut renverser un système social décadent à coup de coupons de votation. Le parti politique qui possède le plus de ressources financières et qui contrôle les moyens de propagande est assuré de l’emporter, nous l’avions écrit il y a dix mois.

« Voilà qu’entre en scène une nouvelle fraction d’intellectuels arabes, des occidentalisés mieux avisés. Maintenant que le premier groupe de compromis s’est cassé le nez, eux s’avancent et proposent une tactique différente; ils souhaitent détourner le mouvement ; d’une lutte sur le front économique, idéologique et politique, ces intellectuels arabes suggèrent de faire une lutte pour la « démocratie ». La « démocratie » qui nourrit comme aux États-Unis, mais pas les gagne-petits, elle nourrit la petite-bourgeoise (…) c’est le prix qu’elle fixe pour gagner son pari et engranger son profit, la petite-bourgeoise, le pari de diriger le conflit en Tunisie vers la « démocratie » du désespoir, de la faim et du mépris. » (5).

Les millions de dollars du Qatar et de l’Arabie Saoudite auront tout simplement fait la différence dans l’élection tunisienne comme ils le feront plus tarden Égypte post Moubarak, dans la Libye post Kadhafi et éventuellement en Syrie laïque post Bachar el-Assad (6).

LA SOLUTION ARABE

Démocratisme bourgeois pour les riches, laïcité hypocrite, pseudo justice et modernité capitaliste, voilà l'art d'avancer en arrière aux pays du Maghreb et du Makresh sous domination impérialiste. Et maintenant, à Montréal, elles pleurent en chœur, nos soeurs en peur, devant ce qu’elles appellent un « détournement démocratique » (7). Quelle outrecuidance arrogante ces féministes occidentales ! Il n’y a là aucun détournement de la démocratie bourgeoise, le résultat de l’élection en Tunisie est le fruit de la démocratie bourgeoise manipulée par les riches tunisiens et leurs suppôts occidentaux, soutenus en sous main par les capitaux de l’intégriste Arabie Saoudite Wahhabite qu’aucune de ces donneuses de leçons n’ose dénoncer ouvertement, devinez pourquoi (8).

Pourtant, la solution arabe et africaine aux maux de ces peuples est si simple et si évidente : que les puissances occidentales se retirent d'Afrique et qu’elles laissent l’Afrique aux Africains et les pays arabes et berbères aux arabes et aux berbères. Ils ne pourront jamais faire pire que l’Occident. Voilà la vraie solution pour ce continent et pour le Moyen-Orient. Mais il faudra les chassés ces puissances occupantes. De grâce, ne les aidez surtout pas, ils vivent assez de calamités sans subir Obama, Sarkozy, Cameron, Harper et Berlusconi, ils ont assez souffert sous les bottes de ces criminels de guerre (9).

 

Notes-références

(1)http://laicitequebec.wordpress.com/table-ronde-femmes-arabes-laicite-egalite-des-sexes/
(2)
http://laicitequebec.wordpress.com/table-ronde-femmes-arabes-laicite-egalite-des-sexes/

(3)
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/26/et-si-en-tunisie-la-democratie-passait-par-l-islam_1593940_3232.html
(4)
http://www.lemonde.fr/tunisie/article/2011/10/29/retour-au-calme-a-sidi-bouzid-apres-plusieurs-jours-de-violence_1596118_1466522.html

(5)
http://www.ism-france.org/analyses/Le-printemps-de-Tunis--article-14916

(6)
http://www.centpapiers.com/le-%c2%ab-printemps-arabe-%c2%bb-%e2%80%93-l%e2%80%99attaque-contre-la-syrie/85260 et http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23260

(7)
http://sisyphe.org/spip.php?article4023
(8)
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/334891/vers-l-obscurantisme-islamiste?utm_source=infolettre-2011-10-31&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne
(9)
http://www.centpapiers.com/le-plan-americain-de-%c2%abgrand-moyen-orient%c2%bb-bat-de-l%e2%80%99aile/84557

 


Articles de publiés par Mondialisation.ca

 

Source: “Mondialisation.ca” Le 02-11-2011

Lien: http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27422

Tunisie : Le rapport qui rétablit la vérité sur Abdallah Kallel : Rapport Driss en 1992

Les dérives sécuritaires dans les années 1990 ne se sont pas faites dans l'impunité ni dans l'absence de contrôle. Ce contrôle était certainement défaillant, mais il a été mis en place par Ben Ali et il reportait à Ben Ali. Même concernant les sanctions, le pouvoir du ministre de l'Intérieur était ainsi court-circuité. Le rapport Driss (voir lien ci-après) fait état de dépassements et d'abus. Il y a eu des plaintes, des sanctions de policiers, des dédommagements à certaines familles, le tout via une autorité qui reporte directement à Ben Ali. Rappel des faits :

Ben Ali crée le Comité Supérieur des Droits de l’Homme et Libertés Fondamentales (07/01/1991) :

Suite aux pressions des ONG et rumeurs de mauvais traitements des détenus en 1990, Ben Ali décide de créer le (CSDHLF), par décret du 07 janvier 1991, organe consultatif rattaché au président de la république.


Abdallah Kallel est nommé le 17 février 1991 dans un contexte déjà critique :

Abdallah Kallel est nommé ministre de l'intérieur le 17 février 1991 dans ce contexte de terreur, après l’attentat islamiste de Bab Souika où 2 gardes ont été brulés vifs. Ben Ali démet un général expérimenté, A. Echiekh -ancien chef hiérarchique de Ben Ali dans l'armée- au profit de Abdallah Kallel, sans expérience préalable dans la sécurité et les renseignements. La prise en main du ministère de l’intérieur par Ben Ali peut alors commencer. D’ailleurs, cette nomination accompagne une politique globale où Ben Ali a écarté les acteurs du 7 novembre pour reprendre le contrôle (Habib Ammar et A. Echiekh ambassadeurs, Hédi Baccouche et Kamel Eltaief écartés). Ben Ali était en contact direct avec les directeurs de renseignement et sureté. Le ministre de l'intérieur n'avait pas autorité sur ces services selon plusieurs témoignages.

Les enquêtes officielles en 1991 : Le président du CSDHLF est chargé des investigations officielles sur la situation des détenus, par Ben Ali :

Abdallah Kallel y a participé activement, mais là encore, il n'avait pas les mains libres : Rachid Driss président de la commission d’investigation, et Sadok Chabaane, conseiller spécial chargé des droits de l'homme, dépendaient et reportaient directement au président.

Le rôle de la justice :

Il y a eu des plaintes pour torture, entendues pour certaines. Des abus ont été dénoncés et des dédommagements de plusieurs familles ont eu lieu, et des campagnes de formation aux libertés publiques dans les écoles de police. D’autres plaintes n’ont pas été reçues par les autorités judiciaires et le ministre de la justice de l’époque.

A noter que cette politique a été menée avec le soutien de la gauche tunisienne de l'époque dont Khemais Chammari, de Mohamed Charfi, Dali Jazi et bien d'autres.

Source: “Le Post” Le 02-11-2011

Lien: http://www.lepost.fr/article/2011/11/01/2627826_tunisie-le-rapport-qui-blanchit-abdallah-kallel-rapport-driss-sur-la-situation-des-detenus-en-1992.html