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TUNISNEWS
10 ème année, N° 3816 du 03.11.2010
archives : www.tunisnews.net 

Liberté et Equité: La police politique fait pression sur le bailleur afin qu’il chasse l’étudiante Intissar Zouari
Liberté et Equité: Convocation d’Hend Harouni au poste de police
Slim Bagga: Les frasques du palais
Business News: Tunisie - Plainte contre Hannibal TV pour violation de droits d'auteur
Gnet: Tunisie, les chiffres alarmants du tabagisme
Espace Manager: Le malaise du départ: mémoires d'une universitaire tunisienne
Realités: Interview de Tahar Belkhodja (3ème partie)

 
Liberté pour le Docteur Sadok Chourou, le prisonnier des deux décennies
Liberté pour tous les prisonniers politiques
Liberté et Equité
Organisation Indépendante de Droits Humains
33 rue Mokhtar Atya, 1001, Tunis
Tel/fax : 71 340 860
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Tunis, le 2 novembre 2010
 
La police politique fait pression sur le bailleur afin qu’il chasse l’étudiante Intissar Zouari

Des agents de la police politique ont pris contact dans l’après midi du mardi 2 novembre 2010 avec le propriétaire d’un logement sis à Kabbaria dans le gouvernorat de Tunis, qui le louait à des étudiantes, parmi lesquelles Intissar Zouari, fille d’Abdallah Zouari, journaliste et ex prisonnier politique, afin de faire pression sur lui pour qu’il l’expulse du logement car elle porte le hijab. Cela s’est passé après qu’Abdallah Zouari ait rendu visite à sa fille la veille de cette intervention illégale et immorale, en violation flagrante de la liberté personnelle de l’étudiante Intissar Zouari, et qui constitue une menace pour ses études. Encore une forme de châtiment collectif et c’est aussi l’oppression de monsieur Abdallah Zouari et des membres de sa famille qui perdure.
[…]
Pour le bureau exécutif de l’Organisation
Le Président
Maître Mohammed Nouri
(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)
 

 
Liberté pour le Docteur Sadok Chourou, le prisonnier des deux décennies
Liberté pour tous les prisonniers politiques
Liberté et Equité
Organisation Indépendante de Droits Humains
33 rue Mokhtar Atya, 1001, Tunis
Tel/fax : 71 340 860
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Tunis, le 2 novembre 2010
 
Convocation d’Hend Harouni au poste de police


Mardi 2 novembre dans la matinée, mademoiselle Hend Harouni, sœur d’Abdelkarim Harouni, ingénieur, militant des droits de l’homme, secrétaire général de l’Organisation Liberté et Equité, a été convoquée au poste de police du 5 décembre au Kram-Ouest afin de se faire remettre son passeport. Une fois sur place, elle a constaté que le motif de la convocation était faux et qu’il s’agissait d’une manœuvre pour l’interroger sur son dépôt le jour même d’une demande de renouvellement de passeport, pour lequel elle avait eu un récépissé. Elle a protesté contre ce procédé illégal et inhumain, considérant qu’il donnait une mauvaise image de l’administration et du pays et a affirmé que les citoyens avaient droit à un passeport sans être interrogés ou harcelés […]
[…]
Pour le bureau exécutif de l’Organisation
Le Président
Maître Mohammed Nouri
(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)
 

LES FRASQUES DU PALAIS


par Slim BAGGA

LEILA DE POMPAGADDOUR: QUE DE BEAUX SOUVENIRS

Rares ceux qui ignorent encore la grande amitié (c'est peu de le dire) entre Leila-Trabelsi-De pompagaddour à un ex-bodyguard de l'ambassade de Tunisie à Paris, affecté à la protection des personnalités, Larbi Khayat.

Le Général Zinochet voulait sa tête; Leila la lui sauva. Après un exil de quelques années en Suède avec femme et enfants, il est revenu s'installer en région parisienne où il se recycla dans la boulangerie.
 
Croissant frais et pain chaud, on le dit bien dans ses bottes à présent. Si bien que par l'intermédiaire de Belhassen crâne d'oeuf Trabelsi, il reçut récemment les fonds nécessaires pour faire l'acquisition de trois commerces de chaussures.

Alors que sur le plancher des vaches, on peine en temps de crise à trouver une chaussure à son pied, Casanova Khayat coule des jours heureux. Et le frère de sa soeur, Belhassen, veille au grain. Il n'y a pas à dire: ce Belhassen-là est un mec, un as.

Allez, vite, de nouveaux fonds pour un salon de coiffure avant d'être jeté comme une vieille chaussette. Car les temps sont incertains...

VENDETTA AUX ABORDS DE BAB SAADOUN

En se séparant de Cyrine Ben Ali, l'homme d'affaires Marouène Mabrouk se fit convoquer par Zinochet, le papa très attentionné qui se conduit depuis 20 ans en véritable Parrain.

Il expliqua en deux mots menaçants à son ex-gendre qu'il a pu, durant son alliance à la noble famille Ben Ali, faire des affaires juteuses; et que désormais il sait ce qu'il lui reste à faire. Et ce qu'il reste à faire à Marouene Mabrouk, c'est de céder la majorité des actions qu'il détient dans Orange-Tunisie, soit la totalité des 51%; qu'il cède également la société "Le Moteur", concessionnaire notamment de Mercedes et Fiat en Tunisie.
C'est logique, les petits enfants de Cyrine et Marouene Mabrouk crèvent la faim.

Ces pratiques tyranniques ne sont pas tout. En effet, le Tout-Tunis évoque la nouvelle alliance de Marouène Mabrouk avec Rim Ben Zina, petit fille de Khaled Bourguiba, lui-même neveu du président Habib Bourguiba.

Tout récemment donc, la voiture de Rim Ben Zina a été arrêtée sur la route aux abords de Bab Saâdoun. Le chauffeur s'est vu les mains taillader, et l'insolente qui a volé le coeur de Marouène, littéralement tabassée.
Au fait, Bab Saâdoun, c'est à Tunis ou déjà la Sicile?

UNE LYCEENNE EFFRONTEE, UN MINISTRE-LARBIN

Le lycée des jeunes filles de Sousse a récemment été le théâtre d'événements qui deviennent monnaie courante dans cette Tunisie de fin de règne.
Au départ, un directeur de lycée, originaire de Qalaa Sghira que l'on dit apprécié de tous et qui prend la ferme mesure disciplinaire de renvoyer une lycéenne pour des motifs de mauvaise conduite récurrente. Mais voilà que la fille de Hayet Ben Ali, 17 ans, issue d'un deuxième mariage de la soeur de Zinochet, un certain Rifaï, exige la réintégration de sa camarade. Rappelons, en passant, que cette jeune fille Rifaï, s'est fait bombarder vice-présidente du parlement des jeunes, ce machin concocté à l'occasion de l'année de la jeunesse au moment où les aînés parlementaires sont la voie de leur maître.
Bref, le directeur renvoya la fille de Hayet Ben Ali se rhabiller. Du coup, il se voit menacé d'un procès pour tentative de détournement d'une mineure. Sympa! Rien n'y fait, le directeur résiste encore. Entre en jeu, le ministre-larbin, Hatem Ben Salem, suite à un coup de fil de Hayet Ben Ali. Il exige à son tour la réintégration de la lycéenne. Nouveau refus du directeur. Il est alors renvoyé.

Mais voilà qu'une extraordinaire mobilisation et des manifestations trois jours durant de parents d'élèves, de lycéens eux-mêmes et de professeurs parviennent à faire plier le ministère et à avoir raison du chantage de Hayet Ben Ali et de sa fille. Le directeur est réintégré.
Moralité: dans ce pays, la résistance, le refus du fait accompli, ça paye fût-ce avec des Ben Ali...

INFORMATION: LES PROMOTIONS ABDELWAHEB ABDALLAH

Un poète tunisien aujourd'hui décédé avait pour habitude de commenter avec amusement: "Si un flic a pu devenir président de la République, n'importe qui peut devenir n'importe quoi dans cette République mauve où tout fout le camp".

Le système clientéliste mis sur pied par Abdelwaheb Abdallah en plaçant ses pions un peu partout dans les organes de presse est si effarant qu'il ne laisse plus personne indifférent au sein des rédactions.

La soeur du directeur de la sûreté, Adel Tiouiri, protégé de Leila De Pompagaddour, était secrétaire au journal gouvernemental "La Presse". A force de rapports sur les quelques agités et brebis gâleuses au sein de la rédaction, elle a dû se forger un style d'écriture et a même assimilé les règles de l'info. La voilà bombardée à la direction de la TAP. Non en qualité de secrétaire. Mais de chef  d'une équipe rédactionnelle. Ne vous étonnez plus de rien.
Après tout, pour ce qui s'écrit à la TAP, elle ne peut qu'en être capable: avec ligne directe entre elle et son frère, Adel, chef des barbouzes....

(A suivre...)

Slim BAGGA

Tunisie - Plainte contre Hannibal TV pour violation de droits d'auteur


Le différend opposant Hannibal TV à la société Musidol à propos de la « paternité » d’Al Moussamih Karim n’est, semble-t-il, pas prêt à être clos, à moins d’une heureuse surprise.
En effet, l’affaire prend les allures d’un véritable feuilleton aux multiples épisodes et aux rebondissements marqués par les révélations, les affirmations des uns et les démentis des autres. D’où l’acheminement, prévisible d’ailleurs, vers l’émergence d’une action en justice.

Aux dernières nouvelles, le propriétaire de la société Musidol, M. Skander Khelil, a adressé le 14 octobre un questionnaire à la chaîne Hannibal TV, via huissiers de justice, pour « lui demander de valider ses propos annonçant l’année 2005 comme date de première diffusion de l’émission Al Moussamih Karim. Laquelle information a été publiée au nom de Hannibal TV, par plusieurs médias (Assabah, Assarih, Akhbar Al Joumhourya, Bila Moujamala, etc.) ».
Le PV de justice, transmis à Business News par le patron de Musidol, rapporte que «la chaîne Hannibal TV n’a pas donné de réponses à ce questionnaire arguant l’absence du représentant légal de la chaîne et ce, malgré une attente de cinq jours de la part des huissiers ».

Réagissant à cette fin de non-recevoir, Musidol a adressé le 26 octobre une nouvelle requête, toujours par huissiers de justice, à Hannibal TV lui demandant de « contacter M. Skander Khelil dans les trois jours suivants pour un éventuel accord concernant la diffusion de l’émission « Al Moussamih Karim », dont il affirme la propriété intellectuelle. Faute de quoi, ce dernier demanderait l’arrêt de la diffusion de l’émission, en attendant l’obtention d’une décision juridique statuant sur ce différend ».
Le délai de trois jours étant déjà dépassé, « place maintenant à l’appareil judiciaire de jouer son rôle », a affirmé M. Skander Khelil dans une communication téléphonique avec Business News.

Le patron de Musidol a dit « regretter, certes, que les choses en soient arrivées là avec une chaîne tunisienne surtout qu’au départ, j’ai juste demandé à Hannibal TV de reconnaître ma paternité du concept d’Al Moussamih Karim. Mais la situation est parvenue à un point tel que je ne peux plus me taire. J’accuse ouvertement la chaîne Hannibal de désinformation concernant les délais d’enregistrement des droits d’auteur de l’émission ‘Al Moussamih Karim’. Les précisions communiquées à la presse écrite et les déclarations de leurs présentateurs n’ont cessé d’affirmer que cet enregistrement a été fait en 2005 auprès de l’Agence nationale de protection des droits d’auteurs, alors que la date effective est le 23 octobre 2007. Je déclare solennellement que c’est de la désinformation et je les défie de porter plainte contre moi pour diffamation ».

Questionné sur les raisons de ce ton agressif et si ce n’est pas la réussite de l’émission et la manne de publicité qui seraient à la base de ce changement d’attitude, M. Skander Khelil a répondu : « Je ne cours pas derrière l’argent et allez demander du côté de la Radio Télévision Tunisienne comment j’ai géré cette question argent pour ‘Al Kalabes’ ou ‘le Karaoké’ ».

Le patron de Musidol a justifié son action en justice par « le devoir de protéger la propriété intellectuelle et d’édifier un code de bonne conduite dans le secteur ».
Il a insisté sur sa volonté de « servir mon pays et aider à améliorer son paysage médiatique en soutenant les chaînes tunisiennes mais je veux rappeler à ceux qui ne le savent pas encore que la Tunisie n’est pas une jungle. C’est un Etat de droit et d’institutions, signataire de toutes les conventions internationales et doté d’une législation qui protège les droits des créateurs. Le Président de la République n’a d’ailleurs pas cessé de prodiguer ses recommandations pour la protection de ces droits. De telles pratiques mensongères ne sont pas dignes d’une chaîne tunisienne ayant bénéficié des acquis de l’ère du Changement ».

Au rythme où vont les choses, ce différend risque de retenir l’attention de la scène audiovisuelle pendant les semaines et les mois à venir. Affaire à suivre…

(Source: ”Business News” le 03-11-2010)
Lien:
http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?a=22228&temp=1&lang=fr&t=519

Tunisie, les chiffres alarmants du tabagisme


Selon des estimations récentes, il existe actuellement en Tunisie 1.700.000 fumeurs dans la tranche d’âge 10-70ans. Le tabac provoque 7000 décès par an dans notre pays, ce qui revient à 20 décès/jour.

"Prévention du tabagisme : aider les jeunes à dire non", tel était le thème du dernier cercle de la santé organisé récemment par l’Office national de la Famille et de la Population (ONFP), où ont été passés en revue les résultats de nombreuses enquêtes réalisées sur le tabac en Tunisie qui concerne 50% des adultes, 10% des femmes et 28% des enfants et adolescents. L’âge de la première cigarette est en moyenne de 13 ans, et la prévalence du tabagisme chez les adolescents de 10 à 20 ans est de 12,8%.

L’enquête nationale menée par la Direction de médecine scolaire et universitaire (DMSU) en 2000 chez les adolescents de 12 à 20ans a montré que 55.8% des garçons et 17.7% des filles sont des fumeurs. Les jeunes tunisiens sont également adeptes du narguilé, 13,5% des garçons et 4% des filles fument la Chicha. Les jeunes tunisiens de sexe masculin arrivent en tête des fumeurs dans le monde arabe, avec un taux de prévalence de 50%. L’attirance par la nicotine chez les jeunes a toujours une raison, dont cette propension à  faire comme les autres, à imiter les grands et les idoles, à transgresser la loi, à surmonter la timidité, et à montrer qu’il n’y pas de différence genre, entre filles et garçons.

Une autre enquête nationale menée en 2005 par l’Institut National de Santé publique (INSP) auprès des adultes, a révélé que 50% des hommes et 10% des femmes sont des fumeurs.
Le tabac a des conséquences néfastes sur la santé : 90% des cancers pulmonaires, 85% des bronchites chroniques, 75% des infarctus du myocarde, et 25% de la mortalité par maladies cardiovasculaires (MCV) sont dus à la nicotine. Le tabac passif multiplie le risque de MCV par 10, et le risque d’angine de poitrine par 25. Comble du paradoxe : la cigarette est assez répandue dans un milieu où elle est censée être strictement bannie, soit le milieu médical. Une enquête réalisée en 2005 à l’hôpital Charles Nicolle a révélé que 1/3 des médecins, 2/5 des infirmiers et 2/3 des ouvriers sont des fumeurs.

La consommation des cigarettes a augmenté de 1981 à 1993 en Tunisie mais depuis, on observe une légère baisse. D’après une étude nationale sur les maladies respiratoires réalisée en 1996, la prévalence du tabagisme est de 30,4% pour les deux sexes confondus. Elle est d’environ 52% pour le sexe masculin et 6 % pour le sexe féminin. La consommation moyenne est de 17,7 cigarettes/jour. Les jeunes scolarisés fument moins que ceux non-scolarisés (18.1% contre 38.4%).

Selon les chiffres de  la Régie nationale des Tabacs et des Allumettes, la cigarette est le produit tabagique le plus consommé (96% des ventes). Le commerce du tabac est passé par trois phases au cours de la décennie 1985/1996 :

1-Une première phase de croissance rapide jusqu’en 1986, au cours de laquelle la consommation tabagique et passée de 1260 cigarettes/habitant/an à 1700 cigarettes/habitant/an ;
2-Une deuxième phase de stabilisation (de 1986 à 1992), avec une consommation oscillant autour de 1700 cigarettes/habitant/an ;
3-Une troisième phase de décroissance (de 1992 à 1995) caractérisée par une baisse sensible des ventes de 1700 cigarettes/habitant/an  à 1270 cigarettes/habitant/an.

D’après les données de vente, la consommation a baissé depuis 1992 de près de 8% par an. Les statistiques de vente du tabac sont établies par la RNTA qui a le monopole de production et de vente du tabac en Tunisie. Elles ne reflètent néanmoins pas toute la réalité, étant donné l’existence d’un marché parallèle de vente de tabac. Le prix du tabac a  augmenté de 6,5 % en moyenne par an entre 1984 et 1992 et 10% par an entre 1992 et 1994.

Le Tunisien dépense plus de 1/5 de son salaire pour le tabac et le narguilé, soit une moyenne de plus de 100 dinars par mois. L’initiation au tabac est étroitement liée au comportement parental, surtout à celui de la mère. Le risque augmente sensiblement chez ceux qui ont l’autorisation de leurs parents, ou qui ont un fumeur dans leur entourage familial. La majorité des enfants âgés de moins de 14ans (70%) vivent dans un environnement familial où existe au moins un fumeur.

La Tunisie s’est dotée d’un cadre législatif de lutte contre le tabac qui reste peu ou prou respecté, dont la loi de février 1998 relative à la prévention des méfaits du tabac, et le décret de 1998 portant sur l’identification des lieux publics où il est interdit de fumer, complété par le décret du 14 septembre 2009. Il existe actuellement un projet d’amendement de la loi de février 1998 portant notamment sur l’interdiction de mettre sur les paquets de cigarettes les expressions "légères", "light", "super light", et interdiction de la vente des cigarettes aux enfants âgés de moins de 18ans.

En 2009/2010, quelque 2000 médecins généralistes ont été formés en matière de lutte anti-tabagique et  de conseil minimum. Par ailleurs, 250 médecins ont bénéficié d’une formation spécifique et approfondie sur le sevrage et 250 consultations d’aide au sevrage en première ligne ont été créées. Le sevrage nécessite un traitement de trois mois, revêtant des aspects médicamenteux, psychologique et comportemental

(Source: “Globalnet” le 02-11-2010)
Lien:
http://www.gnet.tn/temps-fort/tunisie-les-chiffres-alarmants-du-tabagisme/id-menu-325.html
 

Le malaise du départ: mémoires d'une universitaire tunisienne


Trois ans déjà et mes réflexions sur les sujets de l’exil, du départ…me rongent et occupent mon esprit. S’il est une découverte que j’ai faite,
dernièrement, c’est que la littérature, l’histoire évoquant les moments héroïques, glorieux et même dramatiques de la vie de l’exilé, est très présente dans ma collection bibliographique.

Ces ouvrages constituent, certainement, un sujet fascinant mais aussi, à mon sens, terrible à vivre; ils illustrent mes efforts à résister au chagrin du déplacement ainsi de l’éloignement.

Je pense sincèrement que c’est une fissure, profonde, creusée entre mon être et mon pays. Ce pays où je suis née, où j’ai vécu, où j’ai grandi et où j’ai étudié. J’ai choisi de briser ce silence et de me laisser emporter par l’écriture.

J’ai quitté mon pays depuis déjà trois ans, j’en suis à ma quatrième année. J’ai fuis ma Tunisie parce que je souffrais de son insuffisance et de son oppression. Je vivais un mal être après mes cinq années passée à l’université. J’avais cette envie ardente de  retrouver une forme de renaissance en moi, de me fondre dans la culture, d’affûter mon regard sur un nouveau monde et de respirer un nouvel un air de  liberté.

Le 21 novembre 2009, j’étais à Paris à l’occasion d’un séminaire dont l’intitulé est « Les Exilocrates ». L’objet de ce projet s’articule autour des réflexions intellectuelles et des processus artistiques que la notion d’exil fait correspondre et concorder.
Lors de l’exposé des faits, le monde méditerranéen s’est vu la cible de troubles géopolitiques et religieux. Et c’est là que  fusaient de nombreux questionnements autour des exilés, des émigrés, des arabes…et s’en suivait un débat recherchant les vraies raisons de leur fuite enfin de leur exil.                                                                                              

Le deuxième volet de ce débat portait sur  les notions de la perte de l'identité de soi en soi et des questions sur l'origine-sens. 
  Brusquement, ce tout m’encombrait et je voyais déjà une histoire qui me ressemble et qui me chante. A ce moment là, une vraie réflexion émerge.

En effet, ma position en tant que chercheuse, héritière d’un passé colonial, prenant actuellement résidence en France, me situe dans une position où cet ensemble constitue une des principales sources de mon malaise.

De plus, en s’appuyant sur les faits de ce séminaire, je remarquais que la question de la dépendance de l’autre, était essentiellement le centre de ce débat ; chose qui m’irrite encore plus et qui m’incite à trouver des issues pour s’en détacher. Dés lors, un monologue s’installe et plusieurs questions commençaient à émerger : Pourquoi suis-je là ?

Je n’étais pourtant pas forcée ?  Pourquoi est ce que je sens ce malaise ? Suis-je blessée et pourquoi devrais-je l’être? A qui j’appartiens ? Pourquoi j’ai choisi d’être là ? Qui suis-je ? Je n’avais jamais eu peur de cet étranger, qui me tenait si fort, mais je n’avais jamais eu aussi peur de perdre ma propre identité.

Tel était « Les Exilocrates » ; un séminaire qui me tenait tant à cœur mais qui me dérangeait quelque part. C’est là où est venu le moment de comprendre dans quelle configuration je me positionne et qu’elles sont les raisons de mon départ…de ma fuite.

Aborder la problématique de ce départ était toujours quelque chose de très difficile et de très délicat à bien des égards. Seules étaient les lectures quotidiennes, relatives aux dernières nouvelles de mon pays, qui me rassurent et me rapprochent quelque part.

Un matin, je découvris l’article « Malaise des universitaires en Tunisie : le silence des complices » , et brusquement surgissait une envie hâtive de répondre ; une envie qui me laissa longtemps perplexe. L’élément déclencheur était les questionnements de l’auteur ; ceux ci ont impulsé une volonté de transformer l’expérience, qui m’était propre, en une conscience qui me reconduit au plus près de moi-même. C’était, enfin, ce besoin, cette nécessité d’écrire  qui se réveillait pour essayer de comprendre mon mal et de me libérer de ce poids que je porte d’être si loin.

Une phrase clé de cet article m’a interpelée ; « Ceux qui partent sont les moins complices car ils ont eu le mérite de sonner l’alarme …en partant ils nous aident à regarder en face nos problèmes, et à mettre toutes les autruches devant leurs responsabilités ». J’ai toute de suite rebondit sur cette idée.

En effet, ceux qui partent sont tout aussi (ou doublement) complices que moins complices. Car ceux qui partent vivent doublement la douleur du départ. Une douleur extérieure dont la cause est une société en désarroi, et une douleur intérieure de cet abandon, de cette fuite encore plus douloureuse que la réalité.

Il est certain que cette réalité est très dure pour les universitaires qui partent si massivement. Dresser un bilan descriptif de la situation semble nécessaire pour chercher les bonnes raisons.

Le constat général en Tunisie, bien évidemment dans le secteur universitaire, témoigne d’une forte hausse des effectifs des étudiants (50% en 2010), parallèlement les budgets universitaires suivent progressivement cette nouvelles donne (1/3 du budget Tunisien est consacré à l’enseignement, à la recherche et à la formation). Néanmoins, le constat sur les conditions d’études demeure le même ; forte dégradation et baisse considérable du niveau d’études.

Mettre à disposition une part considérable du budget de l’Etat au service du secteur de l’éducation est certes une des plus grande réforme engagée pour améliorer la situation de l’enseignement et de la recherche en Tunisie. Mais savoir la déployer pour améliorer la qualité du système de l’éducation et de sa modernisation, conformément aux exigences des effectifs concernés, n’est nullement une tâche facile. Les réformes concernant ce secteur sont révisées chaque année mais les résultats sont presque toujours les mêmes, voire parfois même plus épineux.

En ce sens, le problème est ailleurs. En effet, la dynamique collective de recherche, garante de nourrir les objets d’études afin qu’ils acquièrent une certaine légitimité, et indispensable à toute entreprise en sciences sociales et humaines, est pratiquement absente. Ajouté à cela, la gérance approximative d’une bonne structuration de la recherche par la recension des outils à disposition.

Mais, attention, ces deux derniers facteurs ne constituent pas les uniques défaillances du système. Car si la production théorique influence grandement le terrain de la pratique, son absence demeure conséquente ; elle ne permettra pas aux acteurs concernés de prendre part à un débat collectif fécond permettant de ressaisir la société. Ces acteurs demeurent mal intégrés, peu soutenus pour finir abattus et désespérés.

Ces acteurs, les jeunes universitaires, ont aussi besoin d’être soutenus, de prime à bord par le corps universitaire. Si cette unité ne porte pas l’emblème de la détermination et de la rigueur, il est évident que le système soit affaibli. A ce titre, il est indéniable de reconnaitre que cette image ne nous est, malheureusement, pas étrangère. Et on cherche bien les raisons…

Lorsqu’on aborde les défis et les présupposés de ce qui est perçu comme manque de rigueur, de motivation, d’investissement, de sérieux des enseignants, des professeurs et du corps dirigeant et par conséquent mettre l’accent sur l’handicap éducatif dans la formation des universitaires, on est obligé de repenser notre propre éducation relative à l’absence de communication, de volonté d’échange et surtout d’acceptation de critique constructive, uniques initiatives capables de correction et par la suite d’amélioration. Seuls quelques rares enseignants tiennent compte de ces options ; celles-ci distinguent les sociétés qui ont su se relever sûrement.

Autre contrainte ; aujourd’hui encore on n’offre pas à ces jeunes étudiants un apprentissage critique tourné vers le fondement d’une histoire locale, on le cantonne plutôt dans l’histoire de l’autre et de sa simple mimésis.

Ce besoin d’une lutte de reconstruction d’une l’histoire locale, dans le cadre de l’université et même de celui l’entreprise en Tunisie, est très fortement présent chez ces jeunes acteurs. Mais le grand obstacle demeure la peur, notre éducation sur la peur.

Pourquoi autant de peur du changement et d’application de nouvelles idées adhérées par les jeunes chercheurs et les nouvelles générations. Pourquoi leurs voix ne sont pas entendues et on finit souvent par les abandonner ?

Ne serait-ce pour eux une réelle frustration ? Un jeune a besoin de construire pour répondre aux exigences d’un pays en quête de création et de nouvelles idées. Il faut que notre pays réfléchisse de l’intérieur avec toutes ses structures publiques. Il ne faut pas qu’il évite les questions qui fâchent, au contraire il faut qu’il les traite en profondeur.

A l’intérieur de nos structures, on est souvent cantonné par une réflexion qui n’a pas droit d’être hors des cercles de l’Etat. N’avons-nous pas besoin, justement, de reconstruire un nouveau cadre éducatif pour améliorer la situation actuelle ? N’avons-nous pas besoin de réfléchir sur un contact quotidien entre le cadre universitaire et les étudiants en mal de coopération ? Comment sauver la face de notre pays sans tomber dans la médiocrité et le copiage ?  Est-ce en partant ou en essayant de rester et de comprendre ?

Par ailleurs, lorsqu’une part de nous n’est plus ici, il est préférable qu’elle soit ailleurs, mais certainement pour finir par revenir ici.
L’ailleurs dans lequel je suis est la terre d’immigration : une terre qui m’a certes inspirée de la mélancolie mais aussi inspirée une nouvelle et très belle approche ; c’est cet épanouissement qui a déterminé mon regard porté sur le futur.

La rencontre avec une culture autre a engendré l’élargissement de mon champ humain, et une grande portée vers la connaissance des langues et par conséquent des différentes cultures. Elle a simplement affutée mon regard sur un nouveau monde et m’a embarquée dans les champs de la connaissance.  

Lire, découvrir, voir, comprendre, connaitre, critiquer…sont les piliers fondamentaux d’un apprentissage permanent dans le but de conquérir les champs d’apprentissage et la réelle connaissance. Des fondements qu’on adopte progressivement et qui font que ce dialogue avec l’autre devient plus performant.

Partir est aussi un événement dialectique en terme d’auto apprentissage et d’autocritique. Une construction de soi dans un autre environnement capable de recomposer certains acquis pour cautionner un nouveau départ. Un nouveau départ accompli par le savoir et quelle chance de saisir ce savoir !

On peut penser que je m’emploie ici à préconiser un point de vue absolument enjoué, et à désapprouver toute manifestation de malaise suite à ce départ.  Ce n’est pas forcément vrai. Il est peut-être étrange, en consolidant ces premiers paragraphes, de parler maintenant des plaisirs de l’étranger mais certaines choses positives liées à l’exil doivent être mentionnées et saluées.

Partir n’était peut-être pas la bonne solution, mais sans doute il était si nécessaire de faire tout ce chemin pour comprendre. Le silence est certes un aveu, très douloureux, mais faire du bruit commence à être très révélateur et nos voix doivent être réunies.

Mon malaise n’est pas une métaphore. C’est un engagement au sens fort qui saura me reconduire vers le chemin de la maison.

(Source : « Espace Manager » Le 03-11-2010)
Lien :
http://www.espacemanager.com/chroniques/le-malaise-du-depart-memoires-d-une-universitaire-tunisienne.html

Interview de Tahar Belkhodja (3ème partie)


Tahar Belkhodja, ancien directeur général de la Sûreté nationale en 1968 et Ministre de l’Intérieur de 1973 à 1977 revient dans cette troisième partie de son entretien avec Réalités sur les faits et les hommes qui ont marqué la Tunisie des années soixante-dix du siècle passé.

Cela va de Hédi Nouira, le Premier ministre de l’époque, à Mohamed Sayah, Directeur du parti au pouvoir et réputé être l’un des faucons du régime en passant par Habib Achour, secrétaire général de la Centrale syndicale, Abdallah Farhat, Ministre de la Défense, Bourguiba Junior, sans oublier les ténors des années soixante : Ahmed Ben Salah, Ahmed Mestiri, Béji Caïd Essibsi, Hédi Baccouche et d’autres… Tahar Belkhodja ne mârche pas ses mots et ne ménage pas ceux qu’il estime devoir assumer leur responsabilité devant le pays et l’histoire.

La décennie des années 1970 fut celle de feu Hédi Nouira, Premier ministre de Bourguiba de 1970 à 1980. Comment jugez-vous, aujourd’hui, l’homme et son action ?

J’ai personnellement côtoyé Hédi Nouira durant toute la décennie soixante-dix, jusqu’à mon limogeage en décembre 1977. J’étais secrétaire d’Etat à l’Agriculture en 1970 et j’ai trouvé auprès de Hédi Nouira une écoute et un intérêt pour le dossier que je défendais à l’époque : permettre aux ingénieurs agronomes de bénéficier des terres du domaine de l’Etat ce que son ministre de tutelle, feu Abdallah Farhat, refusait de cautionner afin de ne point dilapider les biens publics. Hédi Nouira m’avait reçu et m’avait écouté. Il m’avait dit que l’idée est intéressante mais qu’on devait aller doucement.
Pendant mes sept années passées au gouvernement à ce moment-là (en 1973 Tahar Belkhodja est nommé ministre de l’Intérieur jusqu’à son limogeage en déembre 1977 –NDLR) j’avais devant moi deux grands hommes d’Etat que j’admirais par dessus tout : Bourguiba, qui était tout pour moi, et Hédi Nouira.

Hédi Nouira avait une grande culture, par rapport à nous tous. Je savais aussi que le Président l’avait choisi comme son dauphin et cela dès 1944. J’avais des indiscrétions de Wassila Bourguiba et de Béchir Zarg el Ayoun qui attestaient de ce choix. Je veux dire là que Bourguiba n’avait pas cherché à l’imposer, mais que c’était son préféré.

Cela si Ahmed Ben Salah avait réussi dans les années soixante, il aurait été, sans conteste, le dauphin de Bourguiba. Après l’échec de Ben Salah, Bourguiba était revenu à son choix d’autan et avait nommé

Hédi Nouira Premier Ministre. C’est un élément à prendre en considération.

Hédi Nouira avait le sens de l’Etat. Il était aussi profondément libéral sur les doubles plans économique et politique. Economiquement il fallait en finir avec le collectivisme et se réadapter à la nouvelle réalité du monde. La planification était passée de monde et c’est désormais l’économie de marché qui avait triomphé.

Politiquement, Hédi Nouira était assez libéral, mais il était plutôt prudent. J’étais, peut-être, le pendant de Hédi Nouira au gouvernement. Lui l’homme tranquille et moi l’impétueux, mais je rappelle pour l’histoire que Hédi Nouira avait soutenu la fondation de la Ligue des Droits de l’Homme en 1977. Le parti avait voulu créer une Ligue qui lui était inféodée, mais Hédi m’avait soutenu pour convaincre Bourguiba de reconnaître la Ligue indépendante présidée par Saadoun Zmerli. Idem pour le journal Errai (l’Opinion) dirigé par Hassib Ben Ammar. Ces acquis démocratiques sont à porter au crédit de Hédi Nouira.

Pourquoi alors s’est-il opposé à la démocratisation du régime en 1971?

Non. En 1970 Hédi Nouira était d’accord avec Ahmed Mestiri qu’il fallait reformer le système. Leur divergence avait pointé quand Mestiri insistait pour avoir des rapports médicaux sur la santé du Président. Ahmed Mestiri avait aussi insisté auprès de Bourguiba qu’il le nomma Ministre d’Etat. Mais il y avait entre les ténors du parti : Nouira, Mestiri et Masmoudi, une entente sur la nécessité des réformes. Seulement cette “pause de réflexion” n’avait pas débouché sur des idées concrètes et le pays était en effervescence. La cassure entre Nouira et Mestiri est apparue surtout au Congrès de 1971. Mestiri voulait démocratiser, peut-être un peu top vite, le parti et changer du tout au tout. Je rappelle que l’ambiance du Congrès de Monastir en 1971 était très tendue, car il y avait aussi les revenants du ben salhisme et la milice du parti qui ne voulaient rien changer.

Qui sont ces revenants du ben salhisme ?

De 1964 à 1977 nous avions le même aéropage au parti. Ce n’était pas le parti des grands débats et des grandes idées. C’était le parti de l’exécution et des bras musclés. Autour de son directeur de l’époque Mohamed Sayah, il y avait les Mahmoud Charchour, Hassen Kacem, Ameur Belaïcha et autres. La conception sous jacente et que personne n’osait revendiquer publiquement, était la primauté du parti sur l’Etat et la société, alors que pour Bourguiba, l’Etat c’est lui et le parti est son instrument.

Hédi Nouira n’avait-il pas consolidé le système du parti unique ?

Le problème se posait différemment pour Nouira. Après 1971 le problème de la succession de Bourguiba commençait à se poser avec acquité. Rappelez-vous que Boumédiène avait proposé l’union avec l’Algérie en 1972 et que Gueddafi l’avait fait pour la Libye en 1974. L’artisan de ces deux tentatives était Mohamed Masmoudi alors ministre des Affaires étrangères de la Tunisie. Hédi Nouira avait compris que Masmoudi avait voulu s’imposer à l’intérieur du pays par le biais de ces nouvelles alliances. Cela avait ébranlé le Premier Ministre Hédi Nouira, car il n’était pas dans le coup ni au Kef, ni à Djerba. Cela avait poussé Hédi Nouira en 1975 et 1976 à consolider ses positions pour succéder à Bourguiba. C’était la réforme constitutionnelle d’Avril 1976 où le Premier Ministre, donc Hédi Nouira, assurerait —en cas de vacance du pouvoir— la succession automatique à la tête de l’Etat. Le pays avait perdu beaucoup de temps dans cette réforme inutile. Hédi Nouira n’aurait pas dû changer les règles de 1959 (élection générale après un intérim de 40 jours –NDLR). Hédi Nouira aurait été le candidat naturel du parti et n’aurait eu aucune difficulté à gagner l’élection à la loyale. La réforme de 1976 avait crispé les rapports entre les principaux acteurs politiques du pays et était l’un des facteurs de la crise sanglante avec la Centrale ouvrière, l’UGTT, qui a débouché sur le jeudi noir (le 26 janvier 1978 NDLR).

Vous étiez ministre de l’Intérieur de 1973 à 1977. Vous aviez la réputation, du moins au début, d’être un dur et la jeunesse vous surnommez “Tahar bop (brigade d’ordre public)”. Comment réagissez-vous à cela ?

Il faut revenir au contexte de ces années-là pour comprendre ce qui s’est passé.

Mes prédécesseurs au Ministère de l’Intérieur, surtout les deux premiers, étaient d’éminentes personnalités politiques : Mongi Slim de 1956 et 1958 et Taïeb M’hiri de 1958 à 1965. Ces années-là étaient caractérisées par la crise yousséfiste. Il avait une véritable sédition dans le pays. Les pontes du Ministère de l’Intérieur qui avaient à gérer cette crise étaient issus du régime colonial.

Ils ont amené eux leur savoir-faire et leurs méthodes particulières, qu’ils avaient utilisées contre les militants nationalistes. Cela donna une certaine tradition à ce ministère.

Je tiens à dire que Mongi Slim et Taïeb M’hiri ont joué un rôle extrêmement important dans la consolidation du régime de Bourguiba qui était, à ce moment-là, menacé de l’intérieur et de l’extérieur du pays. Ils avaient en outre un avantage considérable : tous les deux ont occupé le poste de directeur du parti et sont passés ensuite au ministère de l’Intérieur. Ils avaient ainsi les moyens de tenir le pays en main.
Je suis arrivé à ce ministère en juin 1967, en tant que directeur général de la sûreté nationale, à un moment de grave crise où le régime avait failli sombrer.

J’étais d’abor d un ancien dirigeant de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens et ensuite un diplomate. Rien ne me prédisposait à ce nouveau type de responsabilité.

Les évènements qui ont ébranlé Tunis en juin 1967 (après l’annonce de la défaite des armées arabes face à Israël-NDLR) ont montré à la fois la carence du parti et de la police. En quelques heures Tunis a vécu une situation quasi insurrectionnelle. Il est vrai que les Tunisiens étaient ébranlés par la défaite, mais cette colère exprimait aussi et surtout un ras-le-bol général sur la situation du pays.

Le Président Bourguiba me fit part de son mécontentement sur l’état du pays et me confia l’ensemble des services de sécurité aussi bien intérieure qu’extérieure que la gendarmerie nationale. Je me suis rendis très vite à l’évidence que la police, dans l’état où je l’ai trouvée, n’avait pas les moyens d’endiguer et de contrôler des évènements tels que ceux de juin 1967.Il nous fallait créer une police anti-émeute comme c’est le cas dans tous les pays développés. Nous n’avons rien inventé avec la BOP (Brigades d’ordre public) à part peut-être le nom. Les CRS français c’est notre BOP à nous et rares sont les étudiants et les manifestants en France qui n’ont pas eu maille avec eux. Il fallait montrer sa force pour ne pas avoir besoin de l’utiliser.

En trois mois j’ai pu constituer la BOP. J’ai fait appel à des Américains qui ont formé le premier contingent de la BOP qui a défilé devant Bourguiba le 15 octobre 1967 à Bizerte. Faut-il rappeler que les agents de la BOP, comme les CRS français, n’étaient armés que de longs batons et de bouclier pour se protéger des projectiles et n’avaient pas mission d’utiliser leurs révolvers qu’en cas de légitime défense. Leur rôle était de sécuriser la population et de la prendre en charge ainsi que d’aider les autres corps de police pour les différentes missions de sécurité et d’ assistance à la population.

Mais l’ordre à lui seul ne suffit pas. Il fallait que la chape de plomb du collectivisme soit levée afin que l’espoir renaisse. Heureusement que cela n’a pas tardé sinon toutes les BOP du monde n’auraient pas suffi à maintenir l’ordre et la paix dans le pays. A côté du maintien de l’ordre j’avais aussi pour mission de faire que la police soit au service de l’Etat et non des individus et que ses rapports reflètent la véritable situation du pays.

Ce n’était pas le cas…

Non, les rapports de police étaient visés par les gouverneurs qui étaient, pour la plupart, à la solde de Ben Salah et qui ne laissaient filtrer aucune information dérangeante pour le régime. Il fallait réinculquer aux policiers la fidélité à leurs sermons d’engagement : servir l’Etat, rien de plus et rien de moins. Nous avions besoin de voir clair et pour cela les rapports de police devraient révéler la vérité et non pas la propagande. J’ai imposé à ce que ces rapports ne soient plus visés par les gouverneurs, mais arrivent directement au bureau du Directeur général de la Sûreté Nationale. Cela nous a permis d’avoir des rapports directs et non édulcorés sur les soulèvements populaires contre le collectivisme dans certaines localités comme ceux de Jbenyana, Msaken et Ouerdanine. C’est ainsi que le Ministère de l’Intérieur avait pris de la consistance.

Que faisait le parti socialiste destourien pour encadrer la population ?

Le Ministère de l’Intérieur ne s’est pas substitué au parti. Mais le parti, à ce moment là, était aux mains de Ben Salah et Sayah. Il n’était pas là pour dialoguer avec le peuple, mais pour le discipliner. Les éléments qui le constituaient, du sommet à la base, étaient là pour imposer l’obéissance, plus que la discipline, à la politique du gouvernement et à Bourguiba.

Votre Ministre de tutelle ne vous imposait-il pas la discipline hiérarchique et de travailler sans ses ordres directs ?

Il ne pouvait m’imposer rien du tout. Le Président Bourguiba m’avait confié une mission et je n’avais de compte à rendre qu’à lui et à personne d’autre.

Cela ne vous a-t-il pas amené à affronter ceux qui tenaient les rênes du gouvernement de l’époque ?

Ben Salah n’avait jamais admis que les services de sécurité échappent à son contrôle. Bourguiba commençait à se douter que le collectivisme avait des ratés. Il ne voulait pas changer brusquement de cap. Il avait voulu aider BBen Salah à rectifier le tir. Pour cela il avait remplacé Béchir Néji, secrétaire d’Etat au commerce et bras droit de Ben Sahlah par Mansour Maalla. Il avait aussi éloigné Hédi Baccouche de Tunis.

Pourquoi ?

Hédi Baccouche était gouverneur de Bizerte (60km au nord de Tunis). Il était tous les soirs à Tunis. C’était la véritable éminence grise de Ben Salah. Il était derrière touts les projets de Ben Salah. C’est un véritable renard politique, il faut lui reconnaître cette qualité-là.

Bourguiba l’avait nommé alors gouverneur à Sfax (280km au Sud de Tunis). Mais Ben Salah avait réussi, quand même, à tenir le pays par le biais d’une nomenklatura terrible à la soviétique. Tous ceux qui osaient lever la tête à l’intérieur ou à l’extérieur du parti étaient punis. Nous avons parlé du procès Perspectives. Il faut rappeler que le secrétaire général de l’UGTT Habib Achour fut mis en prison parce qu’il avait protesté contre les dévaluations du dinar. On lui mis sur le dos une affaire brumeuse et il fut condamné à la prison. Il gavait un cafouillage terrible dans le pays. Le seul qui savait où il allait était Ahmed Ben Salah d’autant plus qu’il avait la caution de Bourguiba.

En principe un directeur général de la Sûreté nationale qu’on démet de ses fonctions et qu’on emprisonne, même sans jugement, et qui revient quatre ans plus tard au même ministère et en tant que Ministre, n’est-ce pas étrange ?

Ma plus grande fierté est que je n’ai jamais perdu confiance en Bourguiba et je savais aussi que Bourguiba n’avait jamais perdu confiance en moi. Je savais que je devais être sacrifié de temps en temps, mais le Président me reprenait à chaque fois.
 
J’étais ambassadeur à Genève et au Vatican en 1973 et voilà que Ben Salah s’enfuit de prison. Bourguiba était très en colère contre l’incurie des services de sécurité. On me demanda de rentrer immédiatement en Tunisie et le lendemain je fus nommé ministre de l’Intérieur. Le Président me reçoit et me dit que le pays est comme un trou et que je devais mettre de l’ordre dans tout cela.

De 1973 jusqu’au jeudi noir du 26 janvier 1978 on savait qu’il y avait dans le parti deux grandes tendances, mais qui ne s’affichaient pas en tant que telles. Il y avait ce que j’appelle le groupe de Bourguiba qui comprenait Hédi Nouira, Habib Achour, moi-même et un certain nombre de ministres. En face, il y avait ceux qui vivaient dans la réminessence du parti unique dont notamment le directeur du parti Mohamed Sayah, le Trésorier du parti et ministre de la Défense Abdallah Farhat, Habib Bourguiba Junior et bien d’autres. Il faut dire que Habib Achour leur donnait du grain à moudre avec les grèves qui sont devenues répétitives.

Ce groupe était-il homogène politiquement ?

C’étaient des gens qui étaient à l’affût. Au début ils n’osaient pas nous affronter parce que l’équipe de Bourguiba était assez forte. L’occasion leur fut offerte lors des émeutes de Ksar Helal au mois d’octobre 1977. Ces évènements ont démontré que le parti n’existait pas et que c’est la rue qui commandait. Les services de police ne pouvaient affronter tous seuls les populations révoltées du Sahel. L’armée est intervenue et c’est moi-même qui dirigeait les opérations à partir de Tunis malgré les réticences du ministre de la Défense, Abdallah Farhat, qui rechignait à mettre l’armée sous le contrôle de la police. On a pu ramener le calme sans déplorer aucune perte en vie humaine.
 
On m’a félicité pour cela, mais ces évènements étaient le premier coup de semonce. J’étais très malheureux et j’ai même voulu présenter ma démission à ce moment-là, mais Bourguiba l’avait refusée.

Mais la chose la plus grave et qui a donné une autre tournure aux évènements est la rencontre imprudente de Habib Achour à Tripoli avec Gueddafi et Mohamed Masmoudi. Je ne pense pas que Habib Achour l’ai préméditée, mais il a été pris dans le piège et n’a pas voulu se déjuger. Pour Hédi Nouira c’était Habib Achour, son ami, qui le quittait et se ralliait à ses ennemis.
Tous ceux qui étaient à l’affut au sein du parti nous sont tombés dessus. Il disaient voilà où nous amène la politique des “tendres”, c’est le régime et le pays tout entier qui sont maintenant en cause. Nous avons essayé de reprendre la situation en main.

Comment avez-vous procédé ?

Dans la réunion du Bureau Politique, dont Habib Achour était membre, les faucons avaient demandé l’exclusion du secrétaire général de l’UGTT du parti.
Le lendemain Bourguiba avait convoqué Hédi Nouira, Habib Achour et moi-même au Palais. Au début il nous receva le Premier ministre et moi-même. Il nous fit des remontrances terribles et nous dit qu’on n’est même pas capable de tenir le pays. Ensuite il fit entrer Habib Achour et pleura à chaudes larmes. Il s’adressa à nous ttrois et nous dit comment vous me faites cela à moi, moi qui compte sur vous pour tenir le pays. Le Président est vraiment extraordinaire. Il nous a sermonné Hédi Nouira et moi-même parce que nous étions responsables de la gestion du pays, mais pour Habib Achour il fallait le ramener au bercail sans l’insulter et en le prenant par les sentiments.

Bourguiba avait exigé de nous trois une réconciliation immédiate avant midi afin de l’annoncer officiellement dans le journal radiophonique de 13h. Nous nous sommes réunis à la Kasbah à 11h et nous avons signé une déclaration commune. Cela avait légèrement redressé la situation, mais le cœur n’y était plus. En cette fin de l’année 1977 comme du temps du collectivisme, les clivages entre les différents protagonistes étaient trop forts.
Les évènements se sont accélérés. Les faucons voulaient pousser Habib Achour à la faute en tentant de créer une organisation syndicale bis et en multipliant les exactions contre les syndicalistes. Ensuite il y a eu l’affaire de tentative d’assassinat de Habib Achour par Mabrouk Ouerdani qui fut pris avec un revolver en sa possession. La milice destourienne fit avec les syndicalistes ce qu’elle fit avec les étudiants gauchistes à la fin des années soixante. Des syndicalistes furent tabassés dans les comités de coordination.

Qui étaient derrière cette escalade ?

En premier lieu Mohamed Sayah et Abdallah Farhat. Il y avaient avec eux Bourguiba Junior et un certain nombre de dirigeants influents au gouvernement et au parti.

Pourquoi Bourguiba Junior était parmi les faucons alors que son père, selon vous, voulait la réconciliation ?
Bourguiba Junior était dès le début avec les faucons. Son drame est qu’il n’avait jamais compris la politique de son père. Mais le problème n’était pas tellement le groupe des faucons mais le fait que le Premier ministre Hédi Nouira a fini par basculer dans leur camp.

A partir de la réunion de Tripoli ?

Absolument. J’ai tout fait pour l’en dissuader, mais je n’ai pu rien faire. Pour lui c’était une question de pouvoir et de survie politique. J’étais le dernier obstacle pour les faucons. Hédi Nouira avait même dit : Tahar ne marche pas. Il fallait que je parte pour que les faucons en découdent avec l’UGTT et c’est ce qui fut fait fin décembre 1977 quand je fus démis de mes fonctions de ministre de l’Intérieur. Le Président Bourguiba me sacrifia une deuxième fois. Mais comme d’habitude il me reprit Quand vous aviez été limogé, il s’est produit une chose unique en Tunisie: la démission collective de six ministres. Comment expliquez-vous cela ?

C’était tout à fait normal. Ces ministres qui ont démissionné étaient dans le groupe Bourguiba. Le groupe de ceux qui ne voulaient pas l’affrontement. Moi parti et voyant l’affrontement venir, ils ont décidé de partir eux aussi. Ce sont des gens estimables et qui ont eu une prise de conscience.
Habib Chatty, Mohamed Ennaceur, Belhaj Amor, Mongi Kooli… avaient pris conscience de la gravité de la situation et qu’ils ne pouvaient pas y remédier. Le clan de la modération avait perdu la bataille. Leur démission est un acte honorable et courageux.
Je voudrais encore une fois vous dire que Bourguiba est quelqu’un d’extraordinaire. Les évènements auxquels nous faisons allusion se sont passés à la fin de l’année 1977. Lors du congrès du PSD en 1979, qui bien qu’organisé par les milices du parti, Bourguiba avait demandé à Hédi Nouira de tourner la page et de ne pas revenir sur les évènements du jeudi noir.

Les faucons avaient fait voter une motion d’exclusion du parti de Habib Achour, des ministres démissionnaires et de moi-même. Ils avaient aussi voulu imposer au Président Hédi Nouira comme secrétaire général par votation du Congrès alors que, traditionnellement, c’était à Bourguiba de nommer le secrétaire général. Bourguiba convoque Hédi Nouira, le sermonne et lui duit que ces deux résolutions n’ont jamais existé. Quelques semaines après, Bourguiba réintègre tous les ministres démissionnaires et moi-même : Azzouz Lasram à l’Economie, Mohamed Ennaeur aux Affaires sociales, Belhaj Amor à l’habitat, Habib Chatty est proposé par la Tunisie au secrétariat général de l’Organisation de la Conférence Islamique et moi-même je fus nommé ambassadeur à Bonn. Bourguiba avait toujours joué le rassemblement et la réconciliation. Cela est énorme, alors que les faucons qui ne sont pas bourguibistes avaient joué la division et l’affrontement.

Bourguiba n’était jamais pour l’exclusion. Il avait toujours privilégié l’unité du peuple. C’est vrai qu’il y a eu des exactions contre les étudiants de gauche, mais je l’ai dit et je l’assume que parler de torture est exagéré et ne cadre avec la réalité des faits. Bourguiba a toujours pardonné. Tous ceux qui ont été condamné à des lourdes peines de prison n’ont jamais passé plus d’une année ou deux. Pour lui ce n’était pas une punition, mais une petite correction paternelle. Dans le cas des syndicalistes ce fut aussi exactement la même démarche.

Cela les faucons ne l’ont jamais compris. Ils n’ont pas compris que le pays avait changé et le monde syndical aussi. Dans les années soixante-dix l’UGTT ne regroupait pas que les travailleurs de peine, mais toute l’élite du pays : les cadres, les médecins, les enseignants, les universitaires. L’UGTT avait des bureaux d’études qui affrontent et contestent les chiffres et les statistiques du gouvernement.

En face de cela le parti était moribond et ne se basait que sur les gros bras. Si le parti avait suivit l’évolution du pays et s’était ouvert au débat et à la confrontation des idées nous avions probablement évité le drame du Jeudi noir et son cortège de morts et condamnation.
A suivre

Dans la quatrième et dernière partie: Les années quatre-vingt : l’ouverture démocratique, la révolte du pain et la chute de Mzali

(Source: ”Realites” le 2 novembre 2010)
 

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