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TUNISNEWS
10 ème année,  N°3967 du 03.04.2011
archives : www.tunisnews.net 
AFP: Lampedusa: reprise des arrivées d'immigrés et de leur évacuation
Dr Mahmoud BEN AMMAR:  Pas d’Obole SVP !
Radwan A. Masmoudi: La Tunisie a besoin de contrôle international pour les prochaines élections de Juillet  
Nadia Omrane: La révolution tunisienne vers l'état de désordre permanent ou vers le prix Nobel de la Paix ?

REVUE DE PRESSE

Lampedusa: reprise des arrivées d'immigrés et de leur évacuation
AFP / 03 avril 2011 18h09
 
ROME - Les débarquements d'immigrés clandestins en provenance de Tunisie ont repris dimanche matin sur l'île italienne de Lampedusa après une pause de quatre jours, de même que leur évacuation vers d'autres villes d'Italie, ont annoncé les autorités locales.
 
La première embarcation est arrivée à Lampedusa peu avant l'aube avec 133 personnes, dont trois femmes, à bord, la deuxième vers 06H00 GMT avec 113 autres immigrés.
 
Une troisième embarcation avec environ 100 personnes à bord a été secourue dans la matinée à quelques kilomètres des côtes de la petite île après une alerte lancée par téléphone par un journaliste italien se trouvant sur la barque qui prenait l'eau, selon la même source.
 
Près de 400 personnes au total sont arrivées à Lampedusa depuis la reprise des débarquements au cours de la nuit à bord de quatre embarcations différentes mais cinq autres barques ont été repérées au large des côtes de la petite île, dont une avec une panne de moteur.
 
Un immigré tunisien a été victime d'une crise cardiaque à son arrivée mais il a été immédiatement secouru par les policiers puis transféré dans un centre médical où un massage cardiaque lui a sauvé la vie.
 
Alors que les arrivées ont repris, les évacuations des immigrés déjà présents sur l'île ont recommencé aussi: un navire militaire, le San Marco, a quitté l'île vers 00H00 GMT avec environ 500 personnes à bord.
 
Dimanche dans l'après-midi, le ferry Excelsior a quitté l'île avec 1.730 immigrés à bord, qui devraient être répartis entre deux centres d'accueil en Sicile et un à Naples.
 
Un autre ferry d'une capacité de 1.000 places, le Clodia, était en train de prendre la place laissée libre par l'Excelsior dans le port de Lampedusa pour embarquer de nouveaux immigrés.
 
Ces évacuations, annoncées mercredi par le chef du gouvernement Silvio Berlusconi lors de sa visite à l'île, avaient dû être suspendues dès jeudi en raison du mauvais temps. Mais l'amélioration des conditions météorologiques, qui a entraîné la reprise des débarquements, a permis aussi de reprendre les évacuations.
 
M. Berlusconi a estimé qu'en dépit de ces évacuations il resterait environ 2.500 personnes encore à Lampedusa en fin de journée.
 
Le gouvernement italien demande à Tunis d'arrêter les départs d'immigrés depuis son territoire et de reprendre ceux déjà arrivés en Italie. L'Italie a réaffirmé samedi soir qu'un accord existait entre Rome et Tunis sur le retour dans leur pays des immigrés tunisiens présents dans la péninsule, en dépit d'un démenti du ministère tunisien des Affaires étrangères quelques heures plus tôt.
 
Silvio Berlusconi doit se rendre lundi à Tunis pour tenter de trouver une solution à ce problème avec les autorités tunisiennes.
 

Invitation à une Conférence de Presse

 au Golden Tulip "El-Mechtel" à Tunis

Lundi 4 avril à 11h00

 

A l'occasion de la visite de M. Silvio Berlusconi à Tunis

 

Pour une politique des migration basée sur la justice et le respect des droits des personnes

Pour des relations équilibrées entre la Tunisie de la révolution démocratique et ses partenaires européens

 

Détails en pièce jointe

 

Organisée par :

Le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux

La Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives - FTCR

Le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme

Le Groupe RISOM

 

 Pas d’Obole SVP !

 
  Il fait peine à voir, le quidam, quand il est con. A chaque partie de « l’Histoire », ses singeries font vraiment fielleuses sensations. Pourquoi donc, bon dieu, s’échine-t-il, dans la majorité de ses entreprises, à n’égaler d’ingéniosité que le tapir. Il suffit d’observer, autour de soi, pour constater la débâcle de ses faits. Tantôt, il réalise des choses, bonnes pour l’existence et la coexistence, tantôt il en prive qui il décide, et détruit le reste, par simple coup de bec, suite à un coup de tête, le plus souvent.
  L’apogée de la pensée, dans le monde arabe, était la domination de la plèbe, par des pouvoirs lépreux. Point d’idées que de dominer, écrabouiller et haïr, pour vampiriser, autant que possible, sans fabriquer autre chose, que la désolation. Tout peuple tentant de sortir de l’ornière, se retrouve souvent dans la gueule du caïman, à l’arrivée. Depuis des siècles.
  Le 14 Janvier 2011, l’autocrate  poltron tunisien, ZABA BABA et ses 7 pilleuses familles, prennent la poudre d’escampette, errant vers d’improbables et lointaines cachettes. C’était face au front du tsunami populaire tunisien, que la troupe prend le large. Face enfin à un peuple à la recherche de survie, n’ayant plus rien à perdre, faute de gagner quoi que ce soit. Sauf  l‘affranchissement. Ça n’est pas rien !
  Depuis, les vagues semblent ne plus vouloir s’arrêter, balayant toutes les frontières. De proche en proche, elles emportent le « pharaonnet » d’Egypte, charrient toujours des embarcations chavirées en Libye, Yémen, Syrie, Bahreïn, Arabie, Algérie, Maroc et bientôt d’autres dépôts de peste, dans ce monde parlant la même langue : celle de victimes de l’absurde, y compris en Chine.
A chaque roitelet, une fois coincé, ses facéties. L’un évoque des éléments terroristes, espérant un soutien occidental, l’autre Al Qaida, des bandits de droit commun, des ennemis de la nation, et tralala ha ha ha ha. Le subterfuge ne tue plus, mais ne sert plus à rien, non plus. Sauf à qualifier l’inqualifiable, désormais. Lèvres de Chameau KADHAFI, ne trouve plus le temps de conseiller la Tunisie, afin garder le ZABA à sa tête. Il a lui-même l’incendie mortel, aux fesses. Et ZINOCHET, de continuer quand même à tirer les ficelles, de loin. C’est que « notre » Baudet a de l’Oseille, à arroser ses affidés, « fidèles »au pays. Ils y sont toujours, et tentent des choses. Faisons gaffe, donc ! Aujourd’hui, à peine deux mois après la REVOLUTION, le pauvre tunisien ne voit rien changer dans son quotidien, mis à part un paraître libertaire. Certes, sont nés des débats télévisés, mais toujours travestis par une volonté transfuge et rétrograde. Des journalistes constipés qui censurent, des « politiques » dictateurs et des crânes d’œuf rompus à lécher du cul.
   Ecoutes téléphoniques et interception des messageries, avec enregistrement, continuentde plus belle, par nos « sociétés de communication », Télécom, Tunisiana etc., qui en outre, nous saignent à blanc, quant aux tarifs officieux(très différends des officiels) qu’elles pratiquent : un vrai rôle de renseignement donc et de prélèvement de dime, jouant à la fois le rôle
des «  services de  renseignements », du sinistère de l’intérieur(qui, nous dit-on auraient été dissous) et des non regrettées caisses du PARRAIN en CHEF,  ZABA BABA : la 21-21, ou la 26-26.
   Des taux d’intérêts pratiqués, par banques, leasings (crédits-bails) et autres, hors  toute  norme, sauf celle des bandes organisées. D’ailleurs, comment peut-on expliquer la générosité de ces machins, qui payent rubis sur ongle, jusqu’au 17ème mois de salaires, à leurs employés sélectionnés. Pour 11 mois de « travail ».
Des commissions ad hoc naissent par-ci par là, qui pour « sauver la Révolution », qui pour «  rendre justice », telle celle pour l’Investigation des Vérités et le Combat de la Corruption, etc. Des entités bâtardes ne contenant toujours, que peu de combattants de la première heure, et jeunes révolutionnaires, mais beaucoup des flagorneurs et autres plumitifs, du despote déchu.
  Des RCDistes attitrés, s’échinent à tout faire pour sauvegarder des compères à leur fonction, dans les différents rouages de l’état, de la vie publique, des administrations et quelques partis « politiques » sans loi ni foi, prompts à tourner casaque, à chaque nouvelle odeur… de charogne.
 
   Qui est capable de justifier la violence milicienne de l’ « Intérieur », exercée vendredi 1 Avril 2011(et çà n’est point un poisson), sur de jeunes manifestants, qui ne faisaient qu’insister, pour qu’il y ait au plus tôt, rapatriement des sous subtilisés et jugement de la Camorra criminelle ? Est-ce que la mascarade n’a pas assez duré, comme çà ? Les nouvelles autorités égyptiennes semblent l’avoir pigé. Les tunisiennes, que dalle !
   Je n’ai cessé, depuis des années, de répéter, que pour pouvoir fonctionner, une société a besoin de justice. D’une justice indépendante, et digne. Notre célèbre sociologue IBNOU KHALDOUN, le dit, on ne peut plus justement, et dont la modeste traduction personnelle serait : l’Equité est la base de l’Urbanité.
 
  Pour que la Révolution tunisienne aboutisse au respect de l’âme de ses martyrs, et l’accomplissement des vœux des survivants, il faut absolument :
1)      Ecarter toute subordination du domaine judicaire à quelque tutelle que ce soit. La justice est le seul outil capable de combattre efficacement la criminalité, de défendre les droits et imposer les devoirs. Les rendus de « justice », injustes, de l’époque mafieuse, doivent être révisés au plus vite. Plus aucune nouvelle affaire, ayant lien avec cette ère, ne doit être examinée, avant les rectifications appropriées.
2)      Combattre tout esprit rétrograde, agissant dans le sens contraire de  la dignité. Il faut définitivement bannir l’absurde. Le chasser sans retour. Des travestis, continuent à claironner, que pour pouvoir manifester dans la rue, il faudrait avoir l’autorisation du ministère de l’intérieur. Les revoilà donc ! Il faut leur ressasser que seule une information quant à la date et lieux de
passage des cortèges, est à fournir. Le reste faisant partie du nauséabond et récent passé. Ces créatures œuvrent à interdire l’enracinement de la liberté de pensée et d’expression, dans la conscience collective.
3)       Faire en sorte que se construise et se concrétise, une démocratie sociale, participative et généralisée, à tous les domaines de la vie en communauté.
4)       Ne plus jamais oublier les causes de la Révolution, pour ne plus commettre  les mêmes erreurs. Sinon ce sera le retour, vite fait, à la case départ. Comme il y a des choses qu’on ne peut changer  d’un coup, d’autres, tel le pouvoir d’achat, ou les prestations sanitaires, peuvent s’améliorer sans tarder. Commençons déjà par diminuer les charges, très lourdes, pesant sur le citoyen, et qui s’aggravent toujours, de jour en jour. En premier, les factures d’eau, d’électricité, du téléphone, d’internent, plus les prix des produits alimentaires de première nécessité (lait, pâtes, sucre, huiles, œufs, poissons, viandes..).
Une augmentation progressive de salaires, ne ferait pas de tort, ultérieurement, quand la machine économique sera révisée.
5)       Revoir les méthodes de taxations fiscales et des fourchettes d’impôts, basées sur l’aléatoire, et la tête du client. Si ceux qui devaient réellement casquer, s’acquittant de leur devoir, dans ce domaine, beaucoup de choses feraient un bond faramineux dans le décollage socio-économique. Les fonds d’investissement seraient là. En liquidité, et tout de suite. Les intéressés se reconnaîtront. On les connaît et reconnaît.
  La majorité écrasante parmi eux, s’est empiffrée, pendant le despotisme bourguibien, et /ou benalien, parce que partie des barbouzes et prête-noms.
6)       De même, il faut persister sans relâche, à demander notre argent pillé et placé dans des banques, de pays qui déclarent vouloir, nous prêter des sous. Le plus tôt serait le mieux, parce que les voleurs claquent notre fric, à coup de pelle.
  Pas d’obole donc, à qui veut l’entendre !  Et merci.
  Quand aux mouvements et partis politiques, qui se prépareraient à l’entreprise politique, je voudrais leur poser, chaque article une question-débat.  La première serait, quelle solution proposer au surplus de 1.000.000 femmes, par rapport aux hommes dans ce pays : (Parmi 100 personnes, on a 45 hommes et 55 femmes. Pour 45 couples de mariés, il y a 10 citoyennes sur la touche). Un calcul facile à faire. Combien y a-t-il de « vieilles » filles chez nous ? Quelqu’un  a-t-il remède? En plus, sachant que l’espérance vie de la femme est de 82 ans, et celle de l’homme est de 75 ans, la différence ne faisant que s’accentuer avec l’âge.
Qu’en pense l’AFDT (l’Association des Femmes Démocrates de Tunisie) ? Qu’en dit le Code Civil tunisien ?
 
A bientôt, j’espère !
 
Dr Mahmoud BEN AMMAR (RABAM)
 

                                                                   La Tunisie a besoin de contrôle international pour les prochaines élections de Juillet  

Une définition mal placée de la souveraineté pourrait faire dérailler la transition à la démocratie en Tunisie  

 

 

Par Radwan A. Masmoudi

Président  

Centre pour l'Etude de l'Islam et de la Démocratie  


La Semaine derniere, Dr, Iadh Ben Achour, Président de la Commission Supérieure de Réforme Politique, a annoncé que la Tunisie n'a pas besoin et n'aura pas d'observateurs internationaux pour les élections. Je pense qu'il s'agit d'une définition mal placée de la souveraineté et une contradiction majeure de ce que les responsables du gouvernement (y compris le Président et ancien Premier Ministre) ont annoncé immédiatement après la révolution. La Tunisie n'a jamais organisé d'élections libres et équitables dans le passé, et la plupart des Tunisiens ne croient pas à la fiabilité des résultats des élections sans supervision et contrôles internationaux.

L'excès de «sensibilité» quant à la participation étrangère est mal placé dans ce cas. Il a été utilisé abusivement par tous les gouvernements et les régimes répressifs pour justifier la falsification des élections. Ceci a été largement pratiqué auparavant, sous Ben Ali, Moubarak, Saleh et les autres dictateurs arabes.

La "Souveraineté" réelle appartient au peuple, et la meilleure façon de protéger la souveraineté du peuple est de s'assurer que les élections soient libres et équitables. À l'heure actuelle, de nombreux Tunisiens ne croient pas que ce gouvernement intérimaire est capable d'organiser des élections véritablement libres et équitables, et ont peur que les élections ne reflètent pas la volonté du peuple, à l'instar de toutes les élections passées.

La meilleure façon pour les tunisiens, de se protéger contre ces dérives et de garder leur dignité est de demander une "supervision internationale" des élections avec l'aide de l'Organisation des Nations Unies, les États-Unis, l'UE, la France, l'Allemagne, la Ligue Arabe, ainsi que de
nombreuses organisations non-gouvernementales qui ont une grande expérience et une expertise dans le domaine de la surveillance et la supervision des élections. Les observateurs internationaux sont le meilleur moyen, et peut-être le seul, pour garantir que les élections seront libres et équitables et que le résultat sera accepté par tout le monde.

Il existe essentiellement trois niveaux de participation internationale dans toutes les élections:

Niveau 1 - Observer - Cela permet à la communauté internationale d'envoyer des gens à «observer» les élections, alors que le gouvernement contrôle l'ensemble du processus. Ceci lui permettra de limiter ce que les observateurs peuvent voir. Il s'agit d'un niveau minimum de participation d'ordre symbolique. Ainsi rien n'empêchera le gouvernement de falsifier les élections.

Niveau 2 - Contrôler - Cela permet à la communauté internationale à envoyer des gens à «surveiller» les élections, ce qui inclut d'être impliqués dans la conception et le suivi de toutes les phases du processus électoral. Les moniteurs ont généralement le droit de «surveiller et de conseiller" à chaque étape du processus, mais la décision finale reste au gouvernement. C'est le niveau moyen de participation. Il sera peut être difficile, mais pas impossible, pour le gouvernement de falsifier les élections.

Niveau 3 - Superviser - Cela permet à la communauté internationale de superviser l'ensemble du processus, et d'être impliquée dans la conception, la mise en œuvre et le suivi de toutes les phases du processus électoral. Il s'agit du plus haut niveau de participation et garantit essentiellement que les élections seront libres et équitables puisque la communauté internationale et les diverses ONG ont besoin d'être totalement neutre dans l'ensemble du processus.

Étant donné que la Tunisie n'a jamais organisé d'élection libre et équitable dans le passé, et que le peuple Tunisien a une confiance minime dans les institutions de l'Etat et le gouvernement (en particulier le Ministère de l'Intérieur) qui sont encore très largement dominés par les anciens membres et fonctionnaires du RCD , et compte tenu de l'importance de la réussite de ces élections pour la transition de la Tunisie vers une démocratie réelle et effective, la meilleure façon de garantir que les élections seront libres et équitables est de les organiser sous une supervision internationale (niveau 3).


Certains Tunisiens vont s'opposer à cette idée de peur que le contrôle international s'élèvera à «Ingérence» dans la politique du pays ou la réduction de la souveraineté de la Tunisie. Au contraire, la communauté internationale, en particulier l'Organisation des Nations Unies, et des dizaines d'ONG internationales ont des décennies d'expérience et d'expertise dans la conception, la mise en œuvre et le suivi des élections libres et équitables dans divers pays à travers le monde. Ils sont beaucoup moins susceptibles de prendre parti ou de favoriser un parti contre l'autre.

Nous aurons besoin d'au moins 10.000 observateurs internationaux pour garantir que les élections seront libres et équitables. Sinon, je crains que la crise se poursuivra et personne ne croira réellement au résultat des élections.

Le peuple tunisien est inquiet au sujet du succès de la paix et démocratie de la révolution, et est préoccupé par les tentatives de la « garde ancienne » pour faire dérailler ou de voler ses fruits.

Il est vraiment essentiel que les prochaines élections (pour élire l'Assemblée Constituante le 24 Juillet) soient totalement libres, justes et crédibles aux yeux de tous les Tunisiens. Il ne doit y avoir absolument aucun doute sur les élections ou leurs résultats, pour que tous les Tunisiens continuent à croire en leur démocratie naissante, restent engagé dans le processus politique, et évitent l'instabilité ou turbulences. Cela est essentiel pour le succès de la révolution démocratique et la transition vers la démocratie en Tunisie.

À la lumière de tout cela, le gouvernement tunisien et tous les Tunisiens doivent faire appel à l'aide de la communauté internationale dans l'organisation, la mise en œuvre et le suivi des prochaines élections. Dans quelques années, lorsque la démocratie est plus établie et les institutions de la démocratie sont plus fortes et plus crédibles, la Tunisie peut espérer organiser, toute seule, des élections libres et justes.

Des élections réussies et crédibles peuvent ouvrir la voie à une véritable démocratie, et ne devrait pas être diminuée par une définition mal placée de la «souveraineté».

 

Alternatives citoyennes
Des Tunisiens, ici et ailleurs, pour rebâtir ensemble un avenir
Avril 2011

 
La révolution tunisienne vers l'état de désordre permanent ou vers le prix Nobel de la Paix ?

 
Ce vendredi matin 1er avril, les jeunes qui depuis lundi s'agglutinent sur les marches du théâtre municipal et sur l'esplanade de l'avenue Bourguiba commencent tôt leur harangue, convertie en prêche en ce jour saint. Porte-voix (bouq) à la bouche, relayés sur Facebook, ils amalgament les slogans, hissant des revendications décousues et brouillonnes d'où émerge le cri de « ministère de l'intérieur terroriste », référence faite à une interruption musclée d'un sit-in place du gouvernement. Ils interpellent la foule, incitant les passants à les rejoindre en une Kasbah 3.
 
Ce vendredi donc à l'heure de la prière d'El Dhohr, de petits groupes de provenance mal identifiée, probablement d'extrême-gauche métissée d'islamistes et peut-être infiltrée de casseurs et de vauriens, s'ébranlent en un long cortège par les boulevards périphériques à la Médina vers la place du gouvernement. On peut les suivre en direct sur Internet via un canal baptisé Kasbah TV ! La retransmission en live s'interrompt « faute de batterie », probablement au moment où à Bad Jedid et Bab Menara un certain nombre de ces jeunes, se livrant à des jets de pierres sur les voitures et les vitrines et à l'incendie de pneus et d'étalages, se heurtent à la réaction des habitant du quartier excédés et à l'intervention des forces de l'ordre.
 
Au même moment, de l'autre côté de l'Avenue Bourguiba face à l'hôtel Africa et à deux pas du ministère de l'intérieur, des barbus en serouel et calotte blanche entreprennent la prière sous le regard ahuri des passants, puis amorcent eux aussi un début de manifestation aux cris de « Allah Akbar », jurant de se sacrifier corps et âme pour l'Islam et réclamant la réhabilitation du Hijab et du Nikab.
 
Et voilà que les hélicoptères se mettent à tournoyer et que les camions des brigades anti-émeutes grondent sur la chaussée, au milieu du tintamarre des voitures bloquées et du tintinnabuli du métro alors que, refluant de la Kasbah, les manifestants se regroupent en cercle de discussion et de huées : nidham boulissi (État policier).
 
Voilà l'état de désordre et de confusion quotidien du centre ville. L'intérieur du pays aussi est très troublé, comme l'attestent les heurts violents entre des éléments de la population et l'armée nationale.
 
Mercredi soir pourtant, sur les trois chaînes nationales dans une conférence de presse à la Sarko, menée par trois journalistes plutôt convenables pour leur baptême du feu, notre élégantissime premier ministre, portant beau malgré ses 85 ans et à la stature présidentielle - quoi qu'il en dise - promettait la restauration du prestige de l'État et le retour à l'ordre et à la sécurité.
 
Quoi d'étonnant de la part d'un ancien ministre de Bourguiba qui fut aux commandes de la sûreté nationale et du ministère de l'intérieur aux heures les plus rudes du complot de 1962, des manifestations contre l'impérialisme américain et de la répression contre des formations de gauche, perspectivistes, communistes, et baâthistes. Il fut aussi du reste président de l'Assemblée nationale entre 1989 et 1991, lorsque s'abattit sur le mouvement Ennahdha la main de fer du régime Ben Ali. Notre actuel premier ministre aurait-il gardé les réflexes d'un autre temps, lui qui ne jugea pas utile d'expliquer les raisons de la destitution du ministre de l'intérieur Farhat Rajhi, plutôt apprécié de l'opinion publique, et son remplacement par monsieur Habib Essid, ancien chef de cabinet du ministre de l'intérieur Abdallah Kallel, accusé d'avoir collaboré aux pratiques de ce ministère et couvert des élections frauduleuses, lui qui sera en charge dans son poste actuel des élections à l'Assemblée constituante ?
 
Mais monsieur Caïd Essebsi ne se sent pas en devoir de se justifier de ce choix, jaloux de ses prérogatives et tout à son obsession de rétablir l'ordre public. En cela toutefois, le chef du gouvernement, bénéficiant d'un grand capital de confiance auprès de l'opinion publique, du moins jusqu'ici (52% d'opinions favorables chez les seniors, moitié moins chez les jeunes), est en phase avec la préoccupation prioritaire des Tunisiens, avant le chômage et la démocratie, celle de la sécurité.
 
De fait, trois facteurs d'instabilité contribuent au désordre.
 
D'abord le mécontentement social longtemps étouffé par un syndicalisme mou - et parfois, en son leadership, à la botte du régime - explose en grèves, sit-in, occupation d'usines et assauts contre les entreprises. Quand elles sont étrangères, celles-ci se délocalisent, précipitant au chômage des milliers de salariés, à Menzel Bourguiba, Menzel Temime, Bou Argoub... Et quand elles sont tunisiennes, surtout en PME, elles mettent la clé sous la porte, lançant de désespérants SOS au gouvernement et à l'opinion publique pour qu'un « cessez le feu », une sorte de pacte de non agression, soit respecté par les parties jusqu'à la fin de 2011, comme le réclamait vendredi soir sur Nessma TV le nouveau président de l'UTICA monsieur Ben Sedrine.
 
Rajoutant à la sinistrose sur la même chaîne, le ministre des finances, monsieur Jalloul Ayed, chiffrait la chute du taux de croissance de l'économie tunisienne de 5.2% à moins de 1%, probablement plus proche de 0.5%, pour cette année révolutionnaire. Dès lors, la prévision de 85 000 emplois à créer sur l'année (quand il en faudrait déjà 150 000), se trouve ramenée à la seule possibilité de création de 15 000 emplois (25 000 avec beaucoup d'espoir si la croissance pouvait monter à 2%). Le ministre rajoute l'assurance de 20 000 emplois supplémentaire dans la fonction publique, lesquels, s'ils ne grèveront pas le budget de l'État et s'ils n'alourdiront pas notre endettement, ne produiront évidemment pas de croissance.
 
Autant dire une vraie catastrophe qu'aggravent encore la fermeture du marché libyen à nos exportations et le retour des travailleurs de ce pays, l'un d'entre eux s'étant immolé par le feu vendredi à Sfax. Et lundi 4 avril, le premier ministre italien annoncera sans doute à Tunis le retour manu militari, sur des navires de guerre, des milliers de Harragas de Lampedusa : il faudrait peut être demander à monsieur Tarak Ben Ammar, associé de monsieur Berlusconi dans la production de nombreux médias dont Nessma TV (annonce faite par Tarak Ben Ammar lui-même sur RTCI à la veille du lancement du Nessma TV le 21 mars 2009), d'intervenir auprès de son partenaire pour qu'il ait pour ces miséreux autant de miséricorde et de pitié qu'il en eût pour la jeune affriolante marocaine Ruby !
 
Par ailleurs, si le gouvernement transitoire était plus diligent à exiger le rapatriement de tout l'argent volé par l'oligarchie mafieuse désormais en fuite, ces dizaines de milliards de dollars récupérés seraient une manne pour soutenir notre économie défaillante : la semaine dernière devant l'ambassade de Suisse, plusieurs centaines de personnes, rassemblées par l'Association tunisienne de transparence financière, portaient à cette représentation une pétition d'une dizaine de milliers de signataires réclamant la récupération de l'argent volé.
 
Le deuxième facteur de désordre est la lenteur avec laquelle le gouvernement provisoire prend en chasse les criminels qui, à Kasserine, Sidi Bouzid, Thala, Rgueb, etc., plongèrent dans le deuil de pauvres familles sans défense et jusqu'ici souvent dans l'ignorance des démarches à accomplir pour obtenir justice. Des membres de la commission d'enquête sur ces crimes et autre abus ont bien fait quelque déplacement tardif. C'est au pouvoir judiciaire de prendre les choses en main afin que la transparence soit faite sur ces ignominies et que puisse s'entreprendre la catharsis d'une vérité et réconciliation. Sinon « le pays ira à l'abîme », écrit le journaliste Youssef Seddik, dans ces poches de pauvreté.
 
Mais le troisième facteur de trouble, le plus médiatisé, est celui qui touche à la ligne de faille qui sépare les laïques des tenants d'une confusion de la religion avec le pouvoir temporel de l'État. Sur ce sujet, le gouvernement évolue sur la corde raide : le nouveau ministre de l'intérieur vient d'autoriser les Tunisiennes à produire pour la carte nationale d'identité des photographies d'identités en hijab, comme les hommes pouvaient le faire sous grande barbe, mais on ne sait pas encore comment seront reçus à l'étranger des passeports affligés de ces effigies. À l'inverse de cette évolution, le ministre des affaires religieuses rappelle avec rigueur que les mosquées sont des lieux de culte et non de propagande politique et que les Tunisiens sont appelés à respecter la culture de la différence. C'est que dans les mosquées en effet, des prêches menaçants contre les laïques et des tracts incitent à la dénonciation, voire à la violence contre les dits mécréants.
 
Pourtant, le premier ministre, inaugurant une rencontre internationale sur la transition démocratique, avait bien marqué la ligne rouge infranchissable de l'article Un de la Constitution et du Code du statut personnel. Le mouvement Ennahda lui-même, par la voix de ses leaders, Rached El Ghannouchi et Hammadi Jbali (très plaisant et enjoué sur la chaîne nationale vendredi soir, lui jusqu'ici d'un rigorisme si sévère), jure d'observer strictement la séparation de la religion et de l'État, en somme la règle de la laïcité, et même de faire évoluer positivement les acquis du CSP.
 
Mais ce mouvement contrôle-t-il bien ses ouailles ou développe-t-il une stratégie protéiforme, afin qu'aux extrémistes obscurantistes les Tunisiens se mettent à préférer une version light du mouvement islamiste (qui se précise parti politique madani et non religieux) ou même afin qu'il se laissent enchanter par un européen Cheikh Mourou chantant en allemand l'Hymne à la joie de Beethoven !
 
Ceci est presque drôle mais la réalité d'une régression l'est beaucoup moins : des enseignantes se plaignent que des adolescentes arrivent au collège très souvent en hijab et quelque fois en nikab. Les artistes sont poursuivis, malmenés et empêchés d'exercer leur art au motif que c'est haram (péché) ! Les professeurs de dessin (même en cours payés) ne se prêtent plus aux représentations figurées de personnages que sous la forme d'esquisse de silhouettes ! Les femmes sont injuriées dans la rue comme des traînées. Enfin à Bizerte, un voleur pris sur le fait échappe de justesse à ce qu'on lui tranche la main !
 
Face à ce passéisme fondamentaliste qui gagne du terrain, des noyaux de résistance citoyenne se multiplient : à la Coupole samedi 2 avril, une manifestation mi-politique mi-festive célèbre une citoyenneté solidaire et annonce un Front républicain entre les trois partis Ettajdid, PDP, et FDTL. D'autres initiatives voient le jour sous forme d'association, de forum, de pétition. Sur les ondes de la radio nationale de langue française, le standard explose sous les appels d'auditeurs refusant cette régression et défendant la laïcité. Des manifestes la proclament comme la forme la plus démocratique du vivre-ensemble d'une même tunisianité, quelle que soit sa croyance ou sa non croyance, du domaine strictement privé.
 
C'est précisément un de ces manifestes d'engagement républicain que le professeur Sadok Belaid vilipende dans sa chronique du dimanche 27 mars intitulée « Le mieux est l'ennemi du bien ». Pour ce professeur de droit, le « bien » c'est le maintien du statu quo des acquis républicains et le « mieux » c'est ce que prônent les intellectuels de gauche dans ce dernier manifeste : la séparation de la religion et de l'État, l'égalité absolue entre homme et femme, la liberté absolue de conscience, de croyance, de pratique de son culte, avec ce qui en découle, c'est-à-dire égalité successorale entre hommes et femmes ou entre conjoints de confessions différentes (musulmans et non musulmans) les droits de l'enfant naturel (reconnu depuis 1997) ; ajoutons pour notre part le droit des femmes à choisir leur maternité ou à l'avorter (planning familial), le droit à l'insémination artificielle et au recours aux banques d'ovocytes, et la greffe d'organes comme tout autre progrès de la médecine qui corrigerait une malheureuse fatalité !
 
Un intellectuel est un éveilleur de conscience, un éclaireur pour sa société, il ne mène pas de combat d'arrière garde mais projette pour son peuple une vision futuriste progressiste. Monsieur Sadok Belaïd donne des leçons hebdomadaires de droit : en cela, il est un bon juriste, attentif à ce que la loi ne soit pas trop en avance sur les mentalités et la conscience collective car il ne faut pas « trop tirer sur la corde » selon l'expression de son pair feu le professeur Mohammed Charfi. Mais en dépit d'une rhétorique faussement interrogative, inspirée de l'ironie de Montesquieu, le professeur Belaid n'a pas le souffle révolutionnaire du philosophe de L'esprit des lois, en avance d'années Lumières sur son temps.
 
La société tunisienne ne rejette pas le débat mais elle refuse le conflit, elle ne veut pas d'une guerre civile. À l'état de désordre permanent, elle préfèrera certainement le prix Nobel de la Paix auquel le peuple tunisien est porté candidat pour sa révolution pacifique, toute de liberté, de solidarité et de dignité.
 
Nadia Omrane

 
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Italie: tensions et casse-tête autour des immigrants tunisiens


 

Casse-tête, “ping-pong”, et tensions autour des immigrants tunisiens de Lampedusa. Une fois arrivés à la frontière franco-italienne, la police française les ramenent aux forces de l’ordre italiennes. “Paris et Rome jouent au ping-pong”, estiment des medias italiens. Agacés, des immigrants tunisiens et des militants ont organisé hier une manifestation à Vintimille.

“Nous avons risqué notre vie sur un bateau improvisé, nous étions désespérés, raconte un Tunisien en italien. Et quand nous sommes arrivés en Italie, nous n’avons rien trouvé, absolument rien”.

Vendredi, la Commission européenne a condamné les contrôles mis en place par la France dans la zone frontalière avec l’Italie à seule fin d’intercepter les migrants tunisiens.

Pour beaucoup d’entre eux, le territoire français est leur destination finale.

“On ne veut pas voler, ou faire du mal, assure l’un d’eux. Nous voulons la sécurité. Nous voulons que l’Europe nous accueille.”

Estimant être seul à gérer cette crise, Rome menace d’aider des migrants tunisiens à atteindre la France et l’Allemagne. Le gouvernement italien a également réaffirmé hier soir qu’un accord existait entre son pays et la Tunisie sur le retour des immigrés tunisiens. Et ce, en dépit d’un démenti du ministre tunisien des Affaires étrangères quelques heures plus tôt.

Alors que 4 000 immigrés s’impatientaient encore hier sur l‘île italienne de Lampedusa, les autorités italiennes ont assuré qu’ils gagneraient le continent d’ici ce dimanche.

Source : « Euronews » Le 03-04-2011

La colère grimpe chez les réfugiés tunisiens coincés en terre italienne


 

De forts vents ont empêché des traversiers de ramener des immigrants d'une petite île italienne dans la Méditerranée, samedi, frustrant les réfugiés majoritairement tunisiens qui ont dénoncé le manque de nourriture, d'eau et d'abris.

Environ 3500 Tunisiens, dont la plupart dorment depuis des jours sur les quais, attendaient sur l'île de Lampedusa, située entre la Sicile et la Tunisie, d'être transférés vers des centres de détention sur la presqu'île italienne.

En début de journée, «malgré de forts vents et des conditions maritimes adverses», un navire italien, le San Marco, transférait 500 migrants vers un centre de détention près de Naples, a indiqué le bureau du premier ministre. Un autre traversier était ancré au large, attendant de meilleures conditions maritimes pour embarquer 1700 autres migrants pour les transférer.

Plus de 20 000 immigrants nord-africains ont fui à Lampedusa depuis la mi-janvier, lorsque la Tunisie a renversé son dictateur en place depuis plus de 20 ans. L'afflux de migrants a dépassé les 5000 résidants de l'île et a laissé des milliers d'immigrants avec peu de services.

Le premier ministre Silvio Berlusconi a visité l'île, mercredi, et a promis, sous les applaudissements des habitants, que d'ici vendredi les 6000 migrants illégaux restants seraient transférés. C'était cependant avant que de forts vents du nord-ouest ne démontent la mer et rendent le transfert trop dangereux.

La colère monte au sein des immigrants, qui en sont à crier pour exiger des douches, davantage de nourriture, de l'eau et la garantie qu'ils seront bientôt transférés sur la péninsule.

Le nombre des migrants a augmenté au cours des dernières semaines, a-t-il dit, ajoutant qu'au cours du mois de mars seulement, 78 bateaux étaient arrivés à Lampedusa en provenance de Tunisie.

Deux autres embarcations sont arrivées de Lybie, ajoutant quelques centaines de migrants somaliens et érythréens. Ces Africains sont sans aucun doute admissibles au statut de réfugié, en raison des violents conflits en cours dans leur terre natale.

Source: “The Canadian Press” Le 03-04-2011

Tunisie, Lybie, Égypte : désengagement américain


 

À quoi correspond au juste le désengagement apparent des États-Unis des opérations en Lybie ? Peut-être à éviter de se voir considérer être l’instigateur de tout ce qui pourra se produire en Afrique et au Moyen-Orient. Qu’on le veuille ou non, non seulement Kadhafi conserve des partisans, mais divers chefs d’États africains ou du Proche-Orient peuvent argumenter de manière crédible pour une partie de leurs opinions qu’ils constituent un rempart contre la mainmise de leurs pays par « l’étranger », les « Occidentaux », &c.

En préalable, voici une lettre, datée Poissy (son lieu de détention), du 23 janvier. Elle est d’Illich Ramirez Sanchez et s’adresse principalement à l’African People’s Committee, une organisation d’inspiration socialiste panafricaine, qui avait notamment fait partir de Tripoli un bateau à destination des Palestiniens de Gaza.

« Après l’effondrement de l’Union soviétique et le Pacte de Varsovie, la Guerre froide telle qu’on la concevait a changé de nature, se poursuivant en tant que confrontation entre pouvoirs et non plus conflit idéologique. L’ennemi principal reste l’impérialisme yankee et le sionisme.

La succession des crises financières révèle que le système capitaliste parvient à son stade impérialiste final, devenant plus dangereux que jamais alors qu’il se débat pour sa survie pour la première fois.

Le président Ben Ali quitta la Tunisie sous la pression des États-Unis, afin d’éviter que l’insurrection devienne une révolution. L’Égypte, au régime flageolant, délité, suit : les impérialistes yankees vont engager l’Égypte dans un prétendu processus « démocratique », afin de prévenir une révolution. Le système libyen de gouvernement incarne, sous l’égide d’un chef de file historique indiscutable, la Jamahiriya. Des mesures socialistes rationnelles devraient être rétablies pour inverser l’extension croissante entre les riches et la large majorité dépourvue de richesses.

Le colonel et Frère a été le seul à exprimer sa gratitude à l’égard de Ben Ali, l’homme qui aida la Jamahiriya afin qu’elle résiste au blocus découlant du faux prétexte de l’affaire de Lockerbie, qui répondait bien plus à un objectif yankee interne qu’à autre chose. Les dirigeants politiques d’autres nations crachent leur venin sur le président déchu, qui fut leur hôte généreux pendant plus de vingt ans.

Signalons au passage qu’un membre du comité central de l’O.I.R, notre Organisation des révolutionnaires internationaux, a joué un rôle d’intermédiaire pour établir depuis Tripoli les contacts nécessaires entre le chef de la sécurité de Ben Ali et celui du Guide [ndlr. Kadhafi], ce qui avait abouti à la première visite de Ben Ali après sa prise du pouvoir.

Malheureusement, ni le camarade Johannes Weinrich (en prison à Berlin depuis 1995), ni moi-même, n’avons reçu le moindre signe de solidarité de la part de nos frères libyens (…).

Salutations révolutionnaires. »

C’est un peu « surtraduit » de l’anglais, mais sans intention fallacieuse.

Que représente encore Illich Ramirez Sanchez, dit Carlos, dont j’ai récemment écrit que Nicolas Sarkozy aurait pu utilement le consulter au lieu de prêter principalement l’oreille à Bernard-Henri Lévy ? Peut-être guère davantage que ce qu’incarnent d’autres activistes ayant eu de multiples contacts avec divers dirigeants mais qui se retrouvent en détention ou ont pris du champ avec leurs protecteurs antérieurs. Que vaut son soutien à Kadhafi, auquel ce courrier est indirectement adressé ? Isolément, sans doute assez peu, encore que je ne puisse qu’en préjuger. Mais même si ce que la presse anglaise laisse entendre, soit que des fils Kadhafi aient pris des contacts avec Londres et les États-Unis pour trouver une porte de sortie, Mouammar Kadhafi lui-même peut se targuer de représenter ce qu’il met en scène : un chef de file de l’Afrique anti-impérialiste. Le courrier de Ramirez Sanchez est loin d’être le seul message de soutien qu’il reçoit. Entre les expressions publiques, parfois des mêmes, et les messages privés qu’il peut encore recevoir d’appuis étrangers, peut-être de chefs d’États, il se peut fort qu’il y ait de notables différences. L’important n’est peut-être pas tant leur teneur que l’opinion que Kadhafi s’en forme. Pour les expressions publiques, destinées tant aux opinions locales qu’à l’internationale, certaines sont pour le moins en demi-teinte, condamnant Kadhafi sans pour autant le désavouer totalement. La manière dont est perçu Kadhafi est évolutive : les opinions sont versatiles, ne le considèrent pas qu’en soi et pour lui-même, mais aussi en fonction de ce qui se déroule et se produira en Tunisie, en Égypte, en Syrie, &c.

Non seulement les États-Unis annoncent qu’ils retirent leurs unités marines ou aériennes de la Méditerranée. En indiquant que les A-10 Thunderbolt et les AC-130, en particulier, quitteront la zone d’intervention, ils proclament qu’ils ne favoriseront pas l’avance des troupes du Comité transitoire. Les 143 appareils coalisés (dont 33 français et 17 britanniques) ne sont pas aussi adaptés à la nouvelle donne que des appareils américains d’attaque au sol. Certes, les Rafale, les Tornado, les F-16 (belges), les CF-18 (canadiens) et d’autres chasseurs-bombardiers de la coalition peuvent détruire des chars, des véhicules blindés. Mais contre des objectifs légers dispersés, ils sont peu idoines. Surtout, ils sont peu aptes à distinguer qui frapper sans liaison au sol, au plus près des véhicules « amis » si semblables à ceux d’en face désormais. Il reste donc à équiper et instruire les troupes du Comité intérimaire, sans grand espoir de les voir remporter des victoires décisives immédiates ou de s’emparer avant longtemps de Tripoli.

Les États-Unis se retirent pour des raisons internes : le coût de l’opération et ses objectifs sont diversement critiqués. Les raisons externes sont peut-être de deux ordres : ne pas donner de prétextes à des rebellions en Afrique et au Proche-Orient ; faciliter un changement de régime à Tripoli. Kadhafi n’a plus à combattre « l’impérialisme américain » et son aura héroïque, aux yeux d’opinions diverses de par le monde, à ses propres yeux, reste, tant que ses troupes ne se livrent pas à des massacres massifs, peu ou prou préservée. Il peut donc « choisir » de se retirer.

Bref, s’il n’est pas renversé mais cède, que ce soit par le truchement d’un interlocuteur ou d’un autre, il ne fera pas figure de martyr, pas non plus de victime directe des États-Unis.

Les coalisés européens (plus que le Qatar ou d’autres pays engagés plus ou moins activement) devront, si la situation s’enlise encore davantage, compter avec les revirements de leurs opinions. Les commentaires sous les articles de la presse britannique et française donnent un aperçu du glissement progressif qui s’opère. Certes, les réactions sont parfois le fait de groupes militants ou d’officines, aussi. Certes, il n’est pas tout à fait oublié que Benghazi aurait pu être livrée à des partisans de Kadhafi ou à des unités composites (militaires libyens et étrangers naturalisés ou non) qui auraient instauré la terreur puis, peut-être, liquidé sommairement les plus actifs ou les plus voyants parmi les « rebelles ». Mais depuis la mi-mars, les commentaires se font plus prudents, moins véhéments, ou au contraire de la dominante initiale, pointent davantage les intérêts des coalisés que leurs discours humanitaires ou les appels à l’instauration d’une démocratie à l’européenne.

Desmond Tutu a déclaré qu’il préférait qu’une sortie honorable soit offerte à Kadhafi si cela permettait de mettre fin aux combats très lourdement meurtriers. Qu’on veuille ou non l’entendre, divers dirigeants africains doivent beaucoup à Kadhafi. Il n’est certes pas la seule personnalité d’Afrique, voire même d’Europe, à s’exprimer ouvertement ou lors de contacts officiels ou officieux, pour ce type de solution.

L’autre facteur qui pourrait intervenir serait celui d’une désaffection des shababs pour le Conseil intérimaire. Si le général Younes al-Abidi parvient à obtenir des succès militaires, il pourra recruter, organiser, assurer son autorité. Si ce n’est le cas, en situation de pénurie, sans grands espoirs, les shababs pourraient être tentés de penser d’abord à assurer la survie de leurs familles. Beaucoup voient en leurs dirigeants de nouveaux… Ben Ali ou Moubarak en puissance. Abdel-Hafiz Ghoga, vice-président du Conseil, considère toujours que la chute de Kadhafi ne serait « qu’une question de jours ». Peut-être. Mais chaque jour compte dans les rangs des shababs qui font l’aller-retour à présent entre Benghazi et Brega. À présent, seuls ceux disposant d’une arme passent les récents points de contrôle. Chaque nuit compte aussi pour tous ceux qui se trouvent dans des villes assiégées de l’ouest et du sud de Tripoli. Gogha n’est pas partisan d’un cessez le feu, même si, comme le Conseil le propose, ce qui est totalement illusoire et inacceptable par les adversaires, proches ou moins proches du clan Kadhafi, cette « armistice » impliquerait que les troupes loyalistes se retirent de toutes leurs positions urbaines.

Le Conseil est pour le moins composite. Ses futurs interlocuteurs, si Kadhafi quittait Tripoli, risquent d’être aussi diversifiés, de nouer des alliances de circonstance, fragiles.

Du Conseil, Patrick Cockburn, de The Independent, dresse une liste partielle de personnalités « dont les carrières évoquent des protagonistes des plus sombres romans de Graham Greene ». Il s’agit par exemple du colonel Khalifa Aftar et d’Adbul Hakeen al-Hassadi, sur lesquels un Ramirez Sanchez aurait probablement davantage à dire qu’un BHL. Cockburn conclut : « les insuffisances des alliés locaux sont plus évidents dans l’immédiat en Libye qu’ils le furent à Bagdad ou Kaboul. ». Eh oui, cela est apparu assez vite, non seulement à Cameron et Sarkozy et d’autres, mais à présent aux Anglais et Écossais, aux Égyptiens, pour la plupart des militaires sans uniformes, sur le terrain à Benghazi et Brega, aussi, de même, aux diverses opinions européennes, américaines, asiatiques. Que doit faire « l’Ouest » en Libye, selon l’Australien John Pilger : « absolument rien (…) laisser les Libyens décider du sort de Kadhafi (…) En Australie, la plupart des gens ne conçoivent pas qu’un million de victimes sont mortes en raison directe de l’invasion de l’Irak. ». Cela évoque peut-être Ponce Pilate, mais le rappel n’est pas superflu.

Non seulement les shebabs sont-ils peu disciplinés mais il y a aussi parmi eux – et ce n’est pas que la propagande de Tripoli qui l’établit, mais des témoignages de terrain – des revanchards prompts à se livrer aussi à des atrocités, à mutiler des cadavres de torturés.

BHL avait, à Bazarak, au Panchir, déposé une stèle à la mémoire du commandant Massoud : « au combattant de la liberté, au résistant, à l’ami de la France, l’hommage de ses amis de vingt ans : Bernard-Henri Lévy, Gilles Hertzog ». Peu importe que BHL ne se soit soucié de Massoud qu’en 1998. L’aura du commandant tadjik d’inspiration islamiste « modéré » qui bombarda sans discernement Kaboul, ne fait plus figure, rétrospectivement, de « démocrate modèle ».

Cela peut sembler à juste titre outrancier, parce que, contrairement à Illitch Ramirez Sanchez, BHV n’a sans doute jamais brandi une arme que pour « faire plus vrai », mais le « philosophe » français passe davantage, dans certaines parties du monde ou certains cercles, pour un terroriste du verbe que pour un intellectuel. Non seulement le désengagement américain doit-il paraître crédible sur le terrain, mais, pour ne pas envenimer une situation fluctuante, laissant présager des retournements, gagnerait-il à ne pas être décrédibilisé. Les opinions s’en tiennent souvent aux apparences, et elles sont changeantes. Les États-Unis, tant bien même Barrack Obama le souhaiterait-il, ne peuvent totalement se dégager des événements en Libye, il en va de leur autorité. On verra bien si Sarkozy rencontre Cameron ou délègue Juppé à Londres ; il n’est même plus sûr (mais cela peut de nouveau changer) qu’il tienne tant à ce que la France passe autant qu’auparavant pour décisionnaire. Faute d’être pour quelque chose dans la suite, il devra se résigner à feindre de l’avoir organisée ou, tout au contraire, de n’y être vraiment pour rien. Ce sera difficilement tenable, de toute manière.

Source: “come4news” Le 03-04-2011

La Tunisie renoue avec la répression policière


 

Une nuit de terreur et de répression barbare digne du temps du régime de Ben Ali. Quarante-huit heures après la nomination du nouveau ministre de l’Intérieur Habib Essid – qui a occupé plusieurs fois les fonctions de chef de cabinet de ministres de l’Intérieur sous Ben Ali –, les Tunisois ont eu à revivre, dans la nuit de vendredi à samedi, des scènes de violence inouïe qu’ils pensaient à jamais révolues depuis le 14 janvier.

En début de soirée, alors que des centaines de manifestants observaient un sit-in devant le bâtiment du ministère de l’Intérieur exigeant le départ du président provisoire Foued Mebazaa et du Premier ministre Béji Caïd Essebsi, les agents de la police antiémeute, communément appelés les «BOB» et de la Garde nationale ont sonné la charge. Gaz lacrymogènes, passage à tabac et interpellations des manifestants. Une grosse panique s’est emparée des habitués et hôtes de l’avenue Habib Bourguiba qui s’est vidée en deux temps trois mouvements. Les jeunes manifestants se sont réfugiés dans les rues et boulevards adjacents et ont dressé des barricades, rue de Marseille, avenue de Paris, avenue de Palestine. Ils ne tiendront pas longtemps sous la charge violente des agents, dont le gros des contingents de policiers en tenue civile, cagoulés, roulant à moto ou chevauchant les blindés de la Garde nationale.

Poursuivis à l’intérieur des quartiers populaires, nombre de manifestants ont violemment été pris à partie par les «milices» du ministère de l’Intérieur, armées de gourdins et autres barres de fer. Le communiqué du ministère de l’Intérieur parle d’une opération de «maintien de l’ordre» et justifie le recours à la force par le fait que les manifestants ont été les premiers à user de la violence contre les services de police. C’est la deuxième fois en moins d’une semaine que le gouvernement provisoire a recours à l’usage de la répression. Début de la semaine dernière, les policiers ont eu à disperser violemment un rassemblement à la Casbah.

Durant la même journée de vendredi, plusieurs manifestations et marches ont eu lieu. Pendant que les jeunes militants du PCOT (Parti communiste ouvrier), de Nahda et du mouvement des Patriotes démocrates, etc., étaient contenus au niveau de Bab Jedid par les forces de police les empêchant d’atteindre le palais du gouvernement situé à la Casbah, l’avenue Bourguiba était, elle, le théâtre d’une démonstration de force des salafistes de la nébuleuse Al Tahrir. A l’heure de la prière du vendredi, plusieurs centaines de militants et sympathisants d’Al Tahrir (interdit) ont fermé une aile de l’avenue et organisé une prière publique suivie d’une procession imposante. Aujourd’hui, à midi, la police est de nouveau intervenue pour chasser du Théâtre communal, les manifestants de la Casbah I, II, et III, abréviation désignant des types d’alliances politiques. Lors d’une interview accordée mardi à trois chaînes TV tunisiennes, le Premier ministre, Caïd Essebsi, annonçait déjà la couleur et un nouveau cycle de répression. Dans son speech télévisé, décrié par les partis de l’opposition, le Premier ministre a insisté sur l’impérieuse nécessité de «restaurer l’autorité de l’Etat».

Révolution Acte II

«C’est un mauvais signe», commente Moncef Marzouki, président du Congrès pour la République. «L’agressivité et l’extrême brutalité des forces du désordre, dit-il, portent la signature  des hommes de Ben Ali.» Essebsi, un «adepte de la méthode et de la pensée «bourguibienne» serait, d’après Marzouki, en train de régler ses comptes avec le «benalisme» par révolution interposée. Si «le gouvernement s’entête à mener seul la barque de la transition démocratique, à user de provocation et de répression disproportionnées, la Tunisie n’est pas à l’abri d’un Acte II de la révolution». Même son de cloche chez Chokri Belaïd du Mouvement des patriotes démocrates pour qui le retour aux affaires de Habib Essid n’augure rien de bien réjouissant et hypothèque sérieusement la prochaine élection de l’Assemblée constituante. «La nomination d’Essid signe le retour en force de la police politique et des méthodes musclées», souligne-t-il.

Le Conseil de la sauvegarde de la révolution et le «Front du 14 janvier» qui regroupent une pléthore de formations politiques de l’opposition sont en conclave depuis vendredi pour étudier les voies et moyens de riposter à l’offensive du gouvernement Essebsi, a déclaré Nizar Ammami, syndicaliste PTT et porte-parole de la Ligue de la gauche ouvrière. Dans un communiqué rendu public, le conseil en question a dénoncé la répression aveugle et les velléités de «confiscation» de la révolution tunisienne. Le 27 février dernier, et suite à des manifestations monstres qui ont duré plusieurs jours à la Casbah et encadrées par le «Front du 14 janvier», Mohamed Ghannouchi a été contraint de démissionner. En sera-t-il de même pour l’actuel Premier ministre qui n’a que 22 jours à la tête du gouvernement ?

Source: ”El Watan” Le  03-04-2011

Tunisie: Béji Caïd Essebsi… Peut-il remettre l'Etat debout


 

La Révolution est en train de glisser vers l’insurrection. L’Etat doit se remettre debout. Et, passer à l’action.

Trois semaines en temps de crise, c’est une éternité. Le Premier ministre, lors de sa première interview après sa prise de fonctions rappelait qu’un état de grâce dure 100 jours. Mais la Tunisie à l’heure stresse à la manière de Napoléon pressant ses généraux de finir la campagne de Russie: «vous pouvez tout me demander sauf du temps!». Premier ministre d’un gouvernement transitoire n’est pas un emploi. C’est un «job». C’est un poste «intérimaire». Il agit sous la contrainte de l’urgence et la tyrannie du chrono. Le temps presse car le compte à rebours du 24 juillet est déjà enclenché. Nous voulons découvrir la suite.

Une fonction. Deux responsabilités

Premier ministre, c’est une fonction. Et, deux responsabilités. Béji Caïd Essebsi sait qu’il doit s’installer à la barre. Il a la responsabilité de conduire le pays à bon port. A présent, de son poste de timonier, il va superviser les déplacements de ses ministres, dans les régions de l’intérieur. Ces derniers vont monter au filet avec un plan de redressement économique, élaboré avec une expertise 100% tunisienne. La démarche est louable. La stratégie risque de ne pas être payante. Winston Churchill, en circonstance similaire, a promis: «des larmes, du sang et de la sueur».

Les extrémismes de droite et de gauche attaquent le gouvernement sur deux flancs et risquent de le prendre en étau. En communiquant sur le moyen terme, le gouvernement sera pris de court par les extrémismes lesquels sont à pied d’œuvre. Ils sont dans les quartiers populaires et font du dépannage de circonstance, avec de l’assistance sociale. En embrigadant les esprits. Ils sont dans les usines et attisent la surenchère revendicative. Ils pilotent les conquêtes sociales. Le gouvernement s’emploie à sévir l’intérêt national, les courants politiques font du clientélisme.

Le gouvernement peut apaiser les opérateurs économiques. Les partis mobilisent l’opinion. Ils peuvent cisailler l’action du gouvernement. Le Premier ministre doit donc agir en Toréador, c'est-à-dire que l’arène doit retourner dans le champ de l’Etat, pas des courants activistes. On est sur les charbons.

On attend la suite

Le Premier ministre a fait preuve de fermeté. Il ne partagera pas ses prérogatives. Et, de pédagogie. Assis face à un sit-inner il lui a administré la preuve que dans cette posture, c’est la Tunisie qui se retrouvera par terre et l’économie au tapis. Il a pris l’initiative d’appeler un patron à «l’Intérieur» pour remettre de l’ordre dans la maison. Le challenge, en bonne logique, sera de faire revenir la sécurité dans la rue. L’armée ne sera jamais qu’un rempart face à l’ennemi extérieur. La police seule peut s’occuper de ramener la discipline et de mettre fin à la désobéissance civile, véhiculée par le turban et la salopette. Le «sit-in» et la «ferveur» sont les deux instruments de la contre-révolution pour paralyser l’Etat. Béji Caïd Essebsi a appelé à restaure le lustre de l’Etat. Nous espérons qu’il voulait- dire son autorité. Il est nécessaire de barrer la route à l’avancée rampante des extrémismes. A Menzel Bourguiba, les émeutiers tiennent le haut du pavé. Au sud, le contre-modèle a déjà installé le nouvel ordre social.

Nous espérons qu’en reconstituant ses munitions, l’Etat ne vas pas simplement se contenter de riposter mais d’organiser la contre-offensive. Il doit reconquérir l’espace public, qui lui revient de droit. Sinon, il sera doublé par les contre-pouvoirs. Et adieu la Tunisie.

Source: ”wmc” Le 03-04-2011

Tunisie : Le torchon brûle entre comptables et avocats au sujet d’un projet de loi !


 

Un sujet qui a fait couler  beaucoup d’encre ces derniers jours,  celui du projet de loi qui porte l’empreinte de  l’Ordre National des Avocats. Naceur Hbaili, comptable, commissaire aux comptes et membre de la Compagnie des Comptables de Tunisie donne son point de vue à propos de ce texte. Interview.

Tout d’abord, quelles missions sont imparties à la Compagnie des Comptables de Tunisie, une institution  peu connue du  grand public?

La Compagnie des Comptables de Tunisie, créée en 2002 en vertu de la loi n°2002-16 du 4 février, englobe plus de 1900 membres. Sa mission principale est la tenue de l’assistance comptable et le commissariat aux comptes.
Placée sous la tutelle du ministère des Finances, la Compagnie est chargée de :
- Veiller au fonctionnement normal de la profession,
- Œuvrer au respect des règles et obligations de la profession,
- Défendre l'honneur et l'indépendance de la profession.

Quel rôle pourrait jouer cette compagnie en cette période bien précise?

Au début, il faut dire que la révolution est un acquis extraordinaire pour le présent et l’avenir de la Tunisie nouvelle.
Nous sommes en pleine post-révolution, dans un moment très fragile pour le climat des affaires ; le retour à une vie normale est nécessaire. C’est la raison pour laquelle nous devrons  redoubler d’efforts afin de tirer le maximum des investisseurs étrangers en les convainquant de l’importance d’investir  en Tunisie surtout que notre pays dispose d’un réservoir humain hautement qualifié.

Parlons maintenant du projet de loi qui vient d’être élaboré par l’Ordre National des Avocats, et qui limite le champ d’intervention de votre profession. Comment jugez-vous ce projet?

Ce projet de loi est un projet … et il le restera. Dans la conjecture actuelle que vit le pays, ce projet de loi a ouvert la portes à de nombreuses polémiques parce que les avocats qui ont élaboré ce projet de loi ont beaucoup limité les champs de professions de plusieurs métiers dont principalement ceux des experts comptables, des comptables, des huissiers notaires et des conseillers fiscaux … Avec tout le respect que l’on doit aux avocats , il faut noter qu’ils ont profité de la situation de crise que notre société affronte depuis la révolution du 14 Janvier qui a tout bouleversé et qui a tout remis en cause. Sachant que ce même projet avait été proposé auparavant et refusé, les avocats ont tenté de profiter de la situation et du vide législatif, puisque les textes de lois n’ont pas été mis à jour depuis quelque temps…

Quels sont les principaux points qui ont suscité autant de contestations chez les comptables ?

Dans ce projet de loi, les points de contestation se regroupent  dans l’article 2. Cet article va au delà de l’élargissement des champs d’intervention de l’avocat, jusqu’à limiter la profession du comptable. Nous, en tant que comptables, on a considéré que cette disposition du texte est de nature à marginaliser  notre rôle. Le 2ème article de cette loi  précise que " L’avocat est le seul habilité à représenter juridiquement les différentes parties, quel que soit leur statut juridique : des personnes physiques ou morales, à les assister en matière de conseil, à accomplir toues les procédures administratives et à défendre leur cause auprès de tribunaux et toutes les instances juridiques et administratives et disciplinaires, et auprès de la police judiciaire. "

Le problème est que les avocats n’ont pas défini les missions qui sont les leurs, mais ils ont limité notre action en ce qui concerne tout ce qui est création de société, conseils, étude de rentabilité, étude de marché, estimation financière, assistance, impôts…

En tant que membre de la Compagnie des Comptables de Tunisie, avez-vous pensé à une stratégie claire pour défendre votre profession ?

Aucune stratégie n’a été encore été définie pour le moment. La Compagnie des Comptables de Tunisie a dénoncé, dans un communiqué rendu public, ce projet de loi. Les négociations se poursuivent, nous voulons que nos voix soient écoutées.  Après le sit- in qu’on a organisé récemment, le samedi 19 mars, devant le siège du ministère de la Justice et des Droits de l’homme, le vice-président de la Compagnie de des Comptables de Tunisie, Fayçal Ben Ayed, a  rencontré Mohamed El Askri, chargé de mission auprès du ministre de la Justice et des Droits de l’homme pour exposer nos réclamations concernant  ce projet  et pour débattre des désavantages de ce projet de loi qui touchera à notre dignité , à notre indépendance et à nos intérêts …

Le mot de la fin?

Il est primordial actuellement de défendre le métier qu'assume le comptable et le rôle dévolu aux professionnels du secteur dans la  relance économique, de renforcer la compétitivité et de polariser les investissements.
Et là, je peux affirmer que je suis optimiste pour l’avenir de la Tunisie. En fait, le choix de la voie démocratique qui va consolider l’intégration de la Tunisie dans l’économie mondiale et  permettra la création d’un climat d’affaires plus sain qu’auparavant, avec plus de transparence et de bonne gouvernance.

Source: ”African Manager” Le 03-04-2011

Tunisie – Politique: Béji Caïd Essebsi, déjà des signes d'épuisement?


 

S'il ne fait pas le moindre doute que Béji Caïd Essebsi (BCE pour les Twitteurs qui suivent ses moindres faits et gestes) est encore alerte et capable de donner le change, il a indéniablement montré des signes d'épuisement lors de sa dernière rencontre avec des journalistes des télévisions nationales.

Des signes subtils, quand même. Car il faut se concentrer sur ses petites phrases à répétition, avec un ton clair d'impatience, à propos du retour au calme et au sens de la responsabilité de nos concitoyens pour les déceler. A tel point qu'on en arrive à se demander si ces signes ne sont pas voulus pour sonner l'alarme! Le bonhomme a d'ailleurs joué la carte de la franchise en attirant l'attention de tous sur l'urgence des dossiers économiques et le redémarrage de la machine. Et là aussi, il montrait des signes d'inquiétude qui sont d'autant plus flagrants qu'il fait aujourd'hui figure de roc auprès de l'opinion publique.

Nous avons tous également relevé que s'il n'a pas fait de concessions sur sa fonction (preuve de solidité), il a fait preuve d'une retenue inexplicable, spécialement aux sujets qui touchent les membres du gouvernement; cette même retenue qui a détruit la popularité du gouvernement Ghannouchi! Et tout le monde est actuellement conscient que ce n'est pas le moment de la retenue mais plutôt celui de tout déballer pour qu'il ne subsiste pas l'ombre d'un doute dans les esprits quant à la transparence du gouvernement.

Révolution est synonyme de suspicion et si certains comprennent que des raisons de “Prestige de l'Etat“ peuvent dicter la préservation d'une sorte de chasse-gardée pour chaque ministre dans son domaine de compétence, la grande majorité comprend simplement que le Premier ministre doit se démarquer et même laisser parfois libre-cours à sa spontanéité (même calculée).

A propos de
Frahat Raj'hi
(ex-ministre de l’Intérieur), par exemple, BCE a certes contribué à un soupir de soulagement en annonçant que celui-ci allait être appelé à une haute fonction. Mais il aurait certainement gagné à jouer un effet d'annonce (pour rassurer les Tunisiens à fond) en révélant la nature de cette “haute fonction“. Résultat? Spéculations dans les rangs: Raj'hi va-t-il être nommé à la tête de la Haute commission des élections, l'une des institutions émanant de la légitimité révolutionnaire et au sein de laquelle les tiraillements vont sans conteste être autrement plus forts que ce qui se passe aujourd'hui avec le Haut Comité de préservation de la Révolution, de Réforme politique et de Transition démocratique présidée par Yadh Ben Achour? Ou bien va-t-il, justement, succéder à Ben Achour à la tête dudit Comité qui a bien besoin d'un savant dosage de souplesse et de poigne? Ou encore passera-t-il au ministère de la Justice pour essayer de jeter de vrais ponts entre l'administration et la magistrature qui est encore à la recherche de son âme?

Soit dit en passant, nous ne croyons pas à cette dernière option car membre du gouvernement veut dire abandonner toute ambition (légitime) de se représenter après le 24 juillet... et Raj'hi avait affirmé lors d'un passage à la télé qu'il ne s'excluait pas d'un avenir politique après la chose transitoire!

Mais revenons à BCE. Il sait pertinemment de quelle popularité jouit Raj'hi et pourtant... En vérité, BCE, Raj'hi et Bourguiba ont un point majeur qui les lie ensemble: La communication! Tous trois (mais chacun à sa façon) connaissent l'art consommé de se saisir des esprits de l'audience, ils ont le sens du message simple mais à gros impact, le sens de séduire, de convaincre... Alors, question communication, BCE devrait le savoir, les baisses de rythme sont dévastatrices! Aujourd'hui, en Tunisie, l'opinion publique veut dire quelque chose, et quelque chose de fort. Certains parlent même d'un vrai 5è Pouvoir qui aurait éclos dans notre pays. Et celui qui ne sait pas tenir ce Pouvoir constamment en haleine et qui montre des signes (même subtils) d'épuisement peut rapidement se retrouver en porte-à-faux, et à bon entendeur... !

Source: “wmc” Le 03-04-2011

Tunisie. Caied Essebsi: Discours de la méthode ou méthode du discours?


 

Le jeu de mots est peut-être facile. Que Descartes m’en pardonne! Mais je vais l’oser quand même pour essayer de comprendre les messages de Béji Caied Essebsi le Premier Ministre, leur contenu et surtout leur impact sur les Tunisiens.

Les deux premières «sorties» du Premier ministre du 17 janvier et du 5 mars ont été une réussite absolue. Il est venu avec un discours rassurant et intelligible. Il a dit ce qu’il fallait dire pour rendre l’espoir aux Tunisiens, la première fois euphoriques d’une révolution historique, la deuxième fois frustrés que cette même révolution périclite dans un cafouillage gouvernemental consternant.

 

La méthode du discours

Les propos de ‘‘Si’’ Béji, bien que ne contenant que très peu de concret, étaient ceux qu’aucune figure politique d’après le 14-Janvier n’était capable ni de penser ni de prononcer. Les intonations et les émotions de ‘‘Si’’ Béji étaient non seulement sincères mais également touchantes. Il nous a rappelé la flamme et la vibration des tribuns, leaders et résistants, de l’indépendance de notre pays. Ces derniers mobilisaient l’enthousiasme des masses pour l’indépendance, ‘‘Si’’ Béji a démobilisé la colère des masses frustrées après la révolution. Il fallait le faire et ce n’était pas facile! Merci du fond du cœur!

Cela a donc été une belle réussite de communication: un dosage savant entre les références coraniques, les dictons populaires et les vibrations bourguibiennes. Nous avions besoin d’un discours et non d’une méthode. Les jeunes de la Kasbah et les moins jeunes d’ailleurs étaient soulagés et rassurés. La méthode du discours avaient fonctionné car adéquate et propice à l’instant.

Cependant et malgré ce que peuvent vous faire croire vos conseillers en communication – nationaux ou étrangers – une recette qui marche bien la première fois n’est pas garantie de bien marcher une deuxième. Permettez-moi de vous le dire, même si je ne suis pas – tout comme vous – un spécialiste de la communication, la méthode du discours est à user avec beaucoup de modération en Tunisie.

Après l’excellent tribun Bourguiba et le piètre communicateur Ben Ali, l’usage de la méthode du discours est un exercice périlleux. C’est ainsi que votre troisième «sortie», lors de l’interview du 30 mars, n’a pas du tout été convaincante. Elle était plutôt consternante.

Je ne vais ni m’apitoyer sur la formule de l’interview ni accabler les journalistes. C’est la substance de vos propos qui m’interpelle. C’est votre choix du contenu du message et de la méthode de le communiquer aux Tunisiens qui m’ont laissé aussi bien frustré que songeur. Encore une fois, vous avez privilégié le discours à la méthode.

Il faillait, à mon humble avis, faire l’inverse!

 

Le discours de la méthode

Au lieu de nous répéter des lieux communs tels que le «prestige de l’Etat», la «sécurité publique», les «relations fraternelles» avec la Libye et «amicales» avec l’Italie, les «prérogatives impartageables» du Premier Ministre aussi temporaire soit-il, l’indépendance de la justice, etc., nous avions tous espéré connaître votre méthode pour mettre tout cela en œuvre.

Malheureusement votre discours était aussi général qu’il risque de nous rappeler la «langue de bois» d’avant le 14-Janvier. Un tel discours n’impressionne ni les plus vieux, ni ne rallie les plus jeunes d’entre nous. Je vais donner certains exemples à titre non exhaustif.

1. Nos relations avec la Libye ont été évoquées par vous comme on pourrait les évoquer à n’importe quelle conjoncture de l’histoire passée ou future. Affirmer la fraternité des deux peuples est un slogan qui ne répond en aucune façon au moment historique que ces deux peuples vivent depuis quelques semaines. Dans les circonstances dramatiques actuelles, ces deux peuples sont en droit de s’attendre de quelqu’un de votre calibre politique et de vos décades de service public, à une évaluation alerte du présent, à une lecture éclairée du passé et à une vision mobilisatrice pour le futur. Votre discrétion diplomatique et votre circonspection étatiste n’ont pas été de mise et n’ont même pas empêché la partie libyenne de souffler le chaud et le froid sur le sort de notre compatriote Lotfi Messaoudi, journaliste à Al-Jazira. 

2. Le drame de Lampedusa n’a pas eu un meilleur sort dans votre interview. Au lieu de vous appesantir sur la problématique générale de la migration clandestine, un appel vibrant convaincant et accompagné par des mesures pratiques de soutien à nos compatriotes pour les inciter à retourner volontairement à notre pays aurait été plus efficace.

Parmi ces mesures on peut citer, en vrac, une application plus humaine de la loi d’amnistie à ces cas, un programme tripartite (Tunisie-UE-Onu) de réinsertion de nos compatriotes désespérés et surtout une nouvelle méthode de traitement de cette question qui est restée prisonnière de l’obsession sécuritaire et ethnique de l’Europe et celle mercantile et politicienne de la Tunisie.

‘‘Si’’ Béji, un Tunisien qui, après le 14-Janvier, fuit la Tunisie clandestinement pour Lampedusa est un échec de notre révolution et une marque de défiance en l’avenir de notre pays. Le retour volontaire de nos compatriotes et le traitement des causes profondes de cette migration clandestine sont les meilleurs garants pour arrêter cette hémorragie. Certes, c’est un travail de longue haleine et qui déborde le rôle de votre gouvernement provisoire. Mais votre devoir et notre chance consistent dans l’engagement d’une nouvelle réflexion et d’une approche volontariste afin de définir, avec les Européens, une nouvelle méthode pour traiter ce problème; sinon il risque de demeurer dans le ronronnement diplomatique stérile qui dure depuis deux décades.

Là aussi vous êtes resté dans le registre du discours et vous nous n’avez proposé aucune méthode.

3. Concernant la question de vos «prérogatives impartageables», permettez-moi de vous dire tout simplement que vous l’avez affirmé avec une dureté superflue, pour dire le moins. Nous ne sommes pas dans une phase de jalousie des prérogatives institutionnelles des uns ou des autres. En dernière analyse, aucune institution de la république ne jouit de prérogatives ou de légalité irréprochables. Nous sommes dans une phase post révolutionnaire aussi bien confuse que fragile. Notre but et notre devoir est de rechercher l’élan constructeur ou, du moins l’entente. Je ne vois rien d’insultant à vos prérogatives que certains membres du Haut comité du professeur Ben Achour contestent la nomination du nouveau ministre de l’Intérieur (ou d’autres nominations ou maintiens à des fonctions sensibles de figures emblématiques de l’ancien régime et dont je tairai les noms pour des raisons évidentes)? Un simple citoyen a le droit de le faire sans qu’il y ait de raison pour vous en froisser. C’est la Tunisie nouvelle ; c’est la Tunisie voulue par sa jeunesse.

C’est aussi une question de méthode et non de discours.

4. Enfin et en ce qui concerne «l’indépendance de la justice» plusieurs fois martelée lors de votre interview télévisée du 30 mars, les avocats que nous sommes tous les deux ne pouvons qu’être d’accord. Certes une justice indépendante doit être rigoureuse, mais rigueur et lenteur ne sont pas équivalentes. Bien au contraire une justice indépendante doit être aussi bien rigoureuse que «prompte» («jahiza»). Sinon elle ouvre la porte à l’impunité, à la destruction des preuves, à la disparition des avoirs, etc.

Je regrette de vous dire que notre justice est loin, très loin de l’attente bien fondée aussi bien, intérieure qu’étrangère, pour que les dossiers le la corruption et des détournements et de la fuite des deniers publics soient bien ficelés et rapidement traités. 

Là également votre discours, aussi bien intentionné soit-il, manque cruellement de méthode.

Cher ‘‘Si’’ Béji…

Je suis parmi les très nombreux Tunisiens qui vous respectent. Vous connaissez également la considération que je vous porte. J’espère que vous allez avoir vent de ce papier.  Enfin, permettez-moi de vous exprimer un souhait qui me tient à cœur: ne nous faites plus des menaces de démission à peine voilée. Ceci risque de faire très peur aux uns et grand plaisir à d’autres.

Source : « Kapitalis » Le 02-04-2011

L’Economie en danger : British Gas en difficulté après Jal Group


 

« Un des plus importants investisseurs en Tunisie trouve du mal à assurer son travail »

Depuis deux mois, BG Tunisia fait face, sur le site de ses usines de traitement de gaz d’Hannibal et d’Hasdrubal à Nakta, à une crise sociale sans précédent affectant le bon déroulement de ses opérations.

Encore un investisseur qui a de plus en plus de mal à assurer son travail et sa production. Mais cette fois-ci, c'est encore plus grave car l'impact ne sera pas seulement sur les employés ou la communauté autour mais sera plutôt national !!

Voici le communiqué de BG Tunisie qui essaye de travailler depuis quelques mois dans des conditions déplorables mais qui, malheureusement, se retrouve dans une impasse avec des prises d'otage de ses employés malgré les accords conclus.

‘’BG Tunisia est un des plus importants investisseurs étrangers en Tunisie, avec plus de 3,5 milliards de dollars investis jusqu’en 2010. L’entreprise contribue de façon significative à l’économie du pays depuis plus de 20 ans. Depuis deux mois, BG Tunisia fait face, sur le site de ses usines de traitement de gaz d’Hannibal et d’Hasdrubal à Nakta, à une crise sociale sans précédent affectant le bon déroulement de ses opérations.

Comme l’ont récemment rapporté certains médias, BG Tunisia a accompli des efforts considérables pour répondre aux préoccupations des communautés habitant près de ses installations de Nakta et pour participer au développement durable dans la région.
Un accord a été récemment conclu avec les représentants de la communauté et le Ministère de l’Industrie et de la Technologie, en présence du Gouverneur de Sfax, de l’Armée et de la Garde Nationale. Cet accord comprend les mesures suivantes :

-Création de 50 emplois sur des sites de BG Tunisia, réservés aux membres de la communauté locale,

-Création de 10 emplois au sein de BG Tunisia pour des diplômés du supérieur de la région,

-Création de 70 postes auprès des autorités locales, financés par BG Tunisia,

-Création d’un fonds de 2 millions de dollars US en 2011 pour financer des projets d’investissement social et de microcrédits.

D’énormes contributions sont prévues au bénéfice de la communauté dans les domaines sociaux ainsi que dans le développement des microcrédits et de l’emploi. Ces contributions étaient cependant conditionnées par la garantie, pour les employés de BG, d’accéder librement et sans encombre à leur lieu de travail, ce à quoi les représentants de la communauté s’étaient engagés dans les accords cités ci-dessus.

En dépit de cet accord, des personnes appartenant à la communauté ne l’ont pas honoré  et ont menacé nos employés tunisiens et expatriés, en retenant certains en otage pendant huit heures le vendredi 25 mars dernier, une situation humainement insupportable.
Notre site est toujours bloqué depuis le début de la semaine du 28 Mars et des actes de violence et d’agressivité ont été perpétrés envers nos employés.

BG Tunisia a deux priorités principales : assurer la sécurité de ses employés et contractants et honorer ses engagements envers la Tunisie en continuant de produire près de 50% de la consommation nationale de gaz naturel, un apport crucial pour le pays.

Nous sommes témoins de comportements menaçants et inacceptables qui sont contreproductifs pour tous, y compris pour le pays. BG Tunisia honorera ses engagements aussitôt que la sécurité de ses employés et le libre accès à ses sites seront garantis. Dès que la situation redeviendra normale et que la sécurité de nos employés sera durablement rétablie, nous reprendrons les pourparlers avec les membres de la communauté qui sont prêts à honorer leurs engagements et à travailler avec nous dans le calme et de façon constructive.’’

À propos de BG Tunisia et de BG Group

BG Tunisia, filiale de BG Group plc, est le premier producteur de gaz naturel en Tunisie, satisfaisant plus de la moitié de la demande nationale à partir de ses champs dans le Golfe de Gabès, Miskar - Propriété de BG Tunisia à 100% - et Hasdrubal, une joint venture à parité avec l'ETAP.
BG Group plc. (LSE: BG.L) est un leader mondial dans le gaz naturel. Sa stratégie vise à lier des ressources à prix compétitif aux marchés à forte valeur ajoutée. Actif dans plus de 25 pays sur cinq continents, BG Group dispose d'un large portefeuille d'exploration et de production, de Gaz Naturel Liquéfié (GNL), des intérêts dans la transmission et la distribution. Il combine une profonde compréhension des marchés du gaz et une expérience prouvée dans la découverte et la commercialisation des réserves.

Source: “Tunivisions” Le 03-04-2011

Vient de paraître : « Labinet I, II et III» de Abdelmajid Charfi

Religion, laïcité et liberté d’expression


 

Ils sont trois livres parus à la fois en ce début de 2011 en pleine révolution, sauf que le premier « Labinet I » est à sa deuxième édition, étant publié pour la première fois en 2004 et restant interdit depuis cette date, suite à une interprétation erronée, abusive et arbitraire de la part des autorités religieuses sous l’ancien régime. « Or, écrit l’auteur dans l’introduction de cette 2è édition, il n’ y avait aucune atteinte à l’ordre public ni de diffamation nécessitant une poursuite judiciaire, ni d’allégations justifiant la censure… ».

 

Etant convaincu de son continu et des sujets qui y sont abordés, l’auteur a jugé bon de le rééditer, sans y apporter aucune retouche, en même temps que deux autres volumes traitant des mêmes thèmes : l’Islam à l’époque actuelle, les musulmans face à la laïcité, au modernisme et au rationalisme, la résurgence de l’extrémisme religieux en tant que phénomène social et ses rapports d’une part avec les régimes en place et d’autre part, avec l’Occident où l’image de l’Islam semble se ternir, étant souvent associé au terrorisme.

Dans le premier volume « Labinet I », Abdelmajid Charfi s’intéresse aux sujets relevant de la méthodologie dans l’étude de la pensée islamique. Il aborde la réalité des pays arabo-islamiques en cherchant à expliquer objectivement les causes qui ont entravé ces pays à entrer dans le processus de la modernité. L’auteur donne certes les principales raisons qui ont conduit le monde arabo-musulman à cette situation, à savoir le tiraillement du musulman entre les préceptes de la religion et les conditions de la vie moderne de plus en plus sécularisée, une certaine rigueur dans l’application des règles et des rites de la religion et d’autres facteurs (économiques, politiques…), sont à l’origine de ce retard. Peut-on un jour résorber ce retard qui nous sépare des autres civilisations modernes ou doit-on le considérer comme une fatalité historique difficile à changer ? Comment se comportent les Musulmans vis-à-vis de la modernité, étant souvent victimes d’un fondamentalisme implacable qui défend une interprétation littérale du Coran et d’un attachement aveugle aux formes originelles de la religion ? L’accès à la modernité dans le monde arabo-musulman est-il donc tributaire d’une relecture des textes coraniques et d’une pratique rationnelle des préceptes islamiques qui s’inspire des expériences universelles ? Telles sont les questions abordées dans le premier volume de cette trilogie. L’auteur remet en question certaines interprétations et exégèses classiques qui considèrent que la « charia » est immuable et qu’elle est valable en tout temps et en tout lieu. Il est pour l’établissement de nouveaux rapports avec les textes fondateurs de l’Islam.

Les deux autres volumes constituent la suite des thèmes abordés dans le premier. Dans « Labinet II », l’auteur s’attelle au sujet de la lecture des textes sacrés et à la critique des interprétations classiques et des discours religieux traditionnels. Dans « Labinet III », l’auteur se penche sur des questions plutôt civilisationnelles et sur d’autres questions en rapport avec la société arabo-musulmane dans le passé et au temps présent : l’appartenance du musulman à la civilisation islamique, la dimension religieuse dans la culture arabe, l’Islam face à la modernité et au rationalisme, les musulmans dans un monde hostile, problématique de la culture des droits de l’homme dans le monde arabe et d’autres sujets non moins passionnants. C’est l’ensemble de conférences que l’auteur a données et qui ont été déjà publiées dans des revues spécialisées au cours des dernières années en Tunisie ou à l’étranger et qui restent d’actualité. La parution de cette trilogie tombe à pic, à l’heure où le débat bat son plein parmi les Tunisiens sur le sujet de la religion, la laïcité, la politique, la liberté d’expression et la démocratie ! Ces trois livres pourraient sans doute éclairer certains esprits encore fermés ou dérangés !

Source: “Le Temps” Le 03-04-2011

After starting wave of revolution, Tunisia tries to preserve its own


 

Lina Ben Mhenni's blog isn't banned in her home country anymore. Secret police no longer shadow her every move, and she doesn't fear thugs breaking into her parents' home again and making off with her laptop and camera, as they did last spring.

Still, Ben Mhenni isn't sure she's happy with how things are going, three months after a people's rebellion overthrew this small North African nation's 23-year dictatorship and sparked the historic wave of protests that are remaking the Arab world.

"I don't think that the country is on the right track," Ben Mhenni, 27, said, shaking her head as she watched a small demonstration on the steps of the municipal theater call for criminal trials for the country's deposed president and his associates. "The government is trying to say these demonstrators have personal demands, but they have political demands. The government is not really working toward real democracy."

In the new Tunisia, there's no denying the first tentative steps toward democracy.

The transitional government has dissolved former president Zine El Abidine Ben Ali's monopolistic ruling party, broken his family's mafialike hold on the economy, forced the resignation of a prime minister who had ties to the old regime, disbanded the reviled secret police and lifted a stranglehold on free speech.

New elections are scheduled for July, while a high council of jurists and intellectuals drafts new electoral laws and determines whether to try ex-regime figures for corruption, torture and other abuses. For the first time in two decades, Tunisia's countless cafes are abuzz with open debates about the country's political future.

"Under Ben Ali we were a country of 10 million soccer coaches," said a radio host, Noureddine Ben Ticha, referring to the old national obsession. "Now we are 10 million political analysts."

But there's also a struggle to maintain the momentum for change.

More than 50 political parties have registered for the July elections, including some headed by well-known former members of the ruling party and others by total unknowns.

Sporadic sit-ins demanding swifter reforms and economic progress have snarled traffic outside government buildings, leading to several arrests in the first significant confrontation between demonstrators and security forces since the uprising.

Even the high council has come in for criticism for meeting behind closed doors and has nearly doubled in size after Tunisians complained that it excluded women, Islamists, young people and residents from outside the capital.

Democracy, as Ben Mhenni is learning, in some ways is messier than revolution.

As the daughter of a former political prisoner, her skepticism of the country's political elite is deep and abiding. She still looks the part of the impatient young activist - perched at the edge of her chair, her eyes distracted, a jumbled necklace of silver coins cascading from her neck.

With its thinly veiled references to Ben Ali - whom she often called "the rock," dull and immovable - her blog, "A Tunisian Girl," was banned along with many other websites critical of the regime. Government goons harassed her even when she went to buy coffee, once loudly proclaiming to startled passers-by that she contracted AIDS on a trip to the U.S. (She was a Fulbright scholar at Tufts University in 2008.)

Channeling the zeal of its revolutionaries into a new political system is difficult for any country in transition. With its small, homogenous and well-educated population, experts say that this former French colony may have the best chance of any Arab nation to build a representative democracy from the rubble of its toppled autocracy.

Failure, however, could also have ripple effects in the region.

"All these factors mean it probably will succeed and that it will be a positive model for other countries," said a Western diplomat in Tunis whose government wouldn't authorize him to be quoted by name.

"Conversely, if it doesn't work here, then there's a real risk that people who don't want democracy to work ... will point to the reasons why we shouldn't go down the democratic path."

Secret State Department cables released by WikiLeaks described Tunisia under Ben Ali as "sclerotic" and corrupt to the core. His clan of extended relatives - often referred to simply as "the Family" - dominated the media and, according to a U.S. diplomatic cable from 2008, comprised "seemingly half of the Tunisian business community."

The transitional government in February seized the assets of 110 Ben Ali family members and associates, but some argue that the list needs to be expanded.

Other reforms are needed, many argue, if the old guard's lock on Tunisian politics is to be broken forever.

Omar Mestiri, a human rights activist and member of the high council, applied to start an independent radio station but was told by government officials that a one-year license to broadcast nationwide would cost about $845,000 - a sum that's "out of the question for anyone except members of the old elite," he said.

He's worried that many station managers, newspaper editors and media personalities who were in thrall to the regime remain in their posts.

"People who were for Ben Ali are now for the revolution," Mestiri said. "They behave as if nothing happened."

Away from the European-style chic of the capital, the economic grievances that launched the uprising continue to bite. In Zarzis, a sleepy southeastern port town, many complained that the new government had few concrete proposals to create jobs or improve living standards in the country's interior.

Mouflah Ajaouda, who has a college degree in engineering, said the best job he could get was as a technician for a state-owned construction company, where he earns about $180 a month. That's barely enough to cover his meals and bus fare, says Ajaouda, who's nearly 30 and lives with his parents.

"It's hard to even afford cigarettes or new clothes, and getting married is out of the question," Ajaouda said. "It is difficult because you feel you are capable and competent, but you don't have the means."

One afternoon recently, he and three friends were at the port on a mission: They were searching for a jobless friend who'd suddenly disappeared from home. They feared he'd come to Zarzis to buy passage on a tiny, overcrowded fishing boat bound for Europe - a clandestine migration that's accelerated since January, after Tunisian security forces deployed to cities during the revolution.

Over the past two months, the United Nations says that more than 10,000 Tunisians have arrived by boat on the Italian island of Lampedusa, a gateway to Europe 70 miles across the Mediterranean. Italian authorities call the migration a humanitarian emergency.

Ahmed Ghoummidh, a curly-haired fisherman in Zarzis, said that his 19-year-old brother was fed up with being unemployed and borrowed several hundred dollars from relatives last month to make the crossing. He's found his way to France, where he's looking for work as a plumber.

"All men have the idea that Europe is better than here," Ghoummidh said. "For my brother, the revolution made him happy, but it didn't make him rich."

Source: “Miami Herald”  Le 03-04-2011