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TUNISNEWS
11 ème année, N°4057 du 02.07.2011
archives : www.tunisnews.net
 

Reuters: Tunis outsider joins interior ministry amid security fears

Kapitalis: Que peut faire la Suisse pour la Tunisie?

Six mois apres: Voyage sur les traces d'une Révolution

WMC: Paysage politique tunisien: On prend les mêmes et on recommence

Mansour Moalla: Après la Révolution, une Nouvelle Tunisie ?

Jamel Dridi: A qui profitera la diabolisation des islamistes en Tunisie?

Haaretz: Arab Spring may be good for Israel after all

Tunis outsider joins interior ministry amid security fears


 

Tunisia's interim government appointed a civil rights activist and lawyer as new junior interior minister on Friday as part of a shakeup amid worries of a power vacuum ahead of elections.
State news agency TAP said Lazhar Akermi was appointed as junior minister charged with instituting reforms. Four cabinet ministers were also replaced in a reshuffle.
A popular uprising toppled President Zine al-Abidine Ben Ali this year, unleashing pro-democracy movements across North Africa and the Middle East.
But analysts fear a political and security vacuum ahead of October elections for an assembly to write a new constitution. This vote was delayed from July, and parliamentary and presidential elections are not expected until next year.
The interior ministry says suspected al Qaeda militants opened fire on security forces in May in north Tunisia, killing four people, while three of the nine assailants were shot dead.
In June tribal clashes broke out in one town, security forces clashed with police in a protest, and Islamists attacked a Tunis cinema for showing a film deemed as promoting atheism.
"The government is now convinced of the need for some reforms in security apparatus and the message is that reform is needed from outside," commentator Salah Attia told Reuters in response to Akermi's appointment.
"But will the security apparatus accept someone from outside the institution? That's the question," said Attia, who writes in the daily Assabah newspaper.
In March interim President Fouad Mebazza appointed a new interior minister, Habib Sid, a former junior interior minister under Ben Ali, who ruled Tunisia with tough security policies for 23 years.
TAP named Salem Miladi as the new transport minister, Slim Chaker as youth and sports minister, Slaheddine Sellami as health minister and Mohamed Ridha Fares as amenities minister.
It gave few initial details of their backgrounds.
Youth activists welcomed the new youth and sports minister on the online network Twitter as bringing new blood to the ministry.
Source: "Reuters" Le 02-07-2011
Lien: http://af.reuters.com/article/topNews/idAFJOE76100U20110702?pageNumber=2&virtualBrandChannel=0

Que peut faire la Suisse pour la Tunisie?


 

Par Zohra Abid

Les relations suisses avec la Tunisie de Ben Ali n’étaient pas bonnes. S’amélioreront-elles avec la Tunisie post-Ben Ali? La Suisse voudrait aider le pays du jasmin à s’en sortir avec (ou sans) l’argent du dictateur qui dort dans les banques helvétiques.

 

Depuis son arrivée à Tunis en septembre 2010, l’ambassadeur suisse, Pierre Combernous, n’a rencontré les médias que le jeudi 30 juin. C’était l’occasion pour que les journalistes découvrent le nouveau siège de la chancellerie helvétique aux Jardins du Lac II, inauguré le 21 mars dernier.
L’occasion: l’ouverture d’un consulat suisse à l’île de Djerba où une petite communauté de près de 400 Helvétiques ont choisi de résider. Et pour un consulat, il faut bien un consul. Ce dernier devait se dépêcher, prendre le vol de Djerba trois ou quatre petites heures après pour occuper ses bureaux à Houmet Essouk. L’heureux consul honoraire n’est autre que Rachid Abdelkébir, un professionnel du tourisme et qui, à partir de l’île, va tenter de faire son possible pour faire venir des Suisses en Tunisie. Lui connaît bien ce que veulent les Suisses. Il les a côtoyés et les connaît très bien, puisqu’il est déjà marié à une Suissesse allemande.

Et l’argent des Tunisiens pillé par Ben Ali?
Outre l’annonce de cet événement, l’ambassadeur de Suisse avait d’autres choses à communiquer: les relations suisso-tunisiennes, l’appui de son gouvernement à la Tunisie dans une phase déterminante de son histoire, ainsi que les perspectives touristiques bilatérales. Mais il devait s’attendre à être interrogé surtout sur le sort des avoirs de la famille Ben Ali-Trabelsi. Il a donc dû se préparer à y répondre. «Le montant de 60 millions de francs suisses annoncé a été seulement effectué sur la base des numéros de comptes portant le nom de Ben Ali et de sa famille. Or, ces avoirs pourraient être revus à la hausse. Cela dépend de la volonté des autorités tunisiennes qui devraient communiquer au plus vite d’autres numéros de comptes», a expliqué M. Combernous. Selon lui, il s’agit d’un travail de titans et qui demande du temps! Et si on se dépêchait un petit peu... «Tout dépend du rythme des enquêtes», a-t-il répliqué.

«Entre la Banque centrale de Tunisie (Bct) et son homologue suisse, il y a coopération. Au total, 600 millions de francs suisses sont hébergés dans les banques suisses dont une grande partie appartient à des sociétés ou à des particuliers qui n’ont aucun lien avec l’ancien régime», a tenu à préciser le numéro un de l’ambassade suisse. Et de rassurer que les avoirs gelés seront restitués tôt ou tard au peuple tunisien. Et il y aura des agios en sus. Et d’annoncer qu’un expert suisse sera en mission pour une dizaine de jour pour travailler avec Mustapha Kamel Nabli, gouverneur de la Bct. Souhaitons qu’ils avanceront sur le dossier. On est un peu sceptique, mais bon, positivons...
L’eau synonyme de santé
«Une aide de 60 millions de dinars sera accordée à la Tunisie sur une période de 5 ans», c’est ce qu’a avancé Pierre Combernous tout en mettant l’accent sur ce programme tourné vers les régions les plus reculées du pays dont celles du centre-ouest. Comme Feriana et Thala où il y a des problèmes sanitaires. «Il y a des cas d’hépatite dans la région. C’est dû à la contamination de la nappe phréatique par les eaux usées et non recyclées», a-t-il déclaré.
Selon le diplomate, ces fonds vont financer une somme de projets liés à la gestion d’eau. Comme la mise en place de stations d’épuration et de recyclage des eaux usagées pour deux gouvernorats : Kasserine et Siliana. Et d’expliquer que les eaux recyclées seront exploitées dans l’irrigation des domaines agricoles et permettront de sauvegarder la nappe phréatique. «Grâce à ce projet, les problèmes sanitaires (et de santé) que connaît la région vont être éradiqués définitivement», a-t-il ajouté.
L’ambassadeur suisse a profité aussi de l’occasion pour parler du soutien des Ong suisses aux régions. «C’est comme La Fondation hirondelle, spécialiste dans l’assistance des médias francophones de l’Afrique. Elle vient de proposer 1,5 millions de dollars pour aider les radios régionales. En mars dernier, il y a eu des contacts avec radio Gafsa et ce projet de coopération suit son cours», a-t-il précisé.

Touristes, investisseurs et aides aux réfugiés
La promotion du tourisme en Tunisie reste une priorité. Le secteur, on le sait, fait déjà travailler 400.000 personnes. Et là où en est la Tunisie, un coup de pousse ne lui fera que du bien. Que peuvent faire dans ce cas nos amis suisses? Selon le chef de la diplomatie helvétique en Tunisie, il y a une mesure qui va permettre de stimuler l’afflux de touristes suisses vers l’île de Djerba, à raison de 60.000 touristes par an, sur un total de 120.000 qui visitent la Tunisie, chaque année. Le reste va dépendre du savoir-faire du consul honoraire.
Sur le drapeau suisse, la Croix rouge brillant de symboles. Que fait donc Genève dans le domaine humanitaire? «La Suisse vient d’octroyer aux réfugiés fuyant la guerre en Libye une aide de 5 millions de dinars», a-t-il signalé tout en rappelant que son pays a assuré l’assistance technique et financière à différentes organisations humanitaires opérant dans le sud tunisien, notamment à Ben Guerdane.
Pour revenir à l’économie, M. Combernous a rappelé que les investissements suisses en Tunisie avoisinent les 160 millions de dinars, répartis entre 100 sociétés suisses et Pme actives dans divers secteurs, tels que le textile, les industries électriques et mécaniques, pour un total de 14.000 emplois directs. Et d’ajouter qu’après 1a chute du régime de Ben Ali, plusieurs sociétés helvétiques souhaitent investir prochainement dans le pays. Elles sont actives dans des secteurs comme le consulting, la recherche électronique, les technologies avancées et les énergies renouvelables (panneaux et fours solaires...). Il va falloir que les intentions soient traduites rapidement en actes. Et là, la balle est aussi dans le camp des Tunisiens.

Source: "Kapitalis" Le 02-07-2011
Lien: http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/4668-que-peut-faire-la-suisse-pour-la-tunisie.html

1-Azyz le blogueur : « Ben Ali m’a condamné à la peine la plus lourde »

De là où il nous a donné rendez-vous, on domine tout Tunis. Nous sommes sur le toit d’un prestigieux hôtel où une certaine jeunesse aime se retrouver pour partager quelques bières. Il raconte. « Ici, juste en-dessous de nous, il y a peu, il y avait plusieurs kilomètres de foule scandant le mot que tous avaient à la bouche : Dégage ! » Ou plus tard : « Cette terrasse, c’est ici que je me suis réfugié lors de violents affrontements avec la police. Des hélicoptères me balançaient des bombes lacrymogènes. Je n’ai dû mon salut qu’à un tweet que j’ai lancé de mon portable. Mon pote, Slim Amamou, était alors Secrétaire d’Etat. Il l’a vu et a interpellé le ministre de l’Intérieur. C’est ce qui m’a sauvé. » Il s’interrompt pour saluer des amis. « Lui, c’est l’un des plus grands artistes alternatifs émergent en Tunisie. Sous Ben Ali, il était censuré. Elle, c’est une des plus importantes activistes du pays.»

Des amis, Azyz Amamy en a beaucoup. En ville, et c’est pourquoi, dit-il, il est toujours en retard, sur Facebook, sur Twitter, et plus encore sur son blog. « Mais là, explique-t-il, j’ai refusé d’installer un outil statistique. Car je voulais éviter de me soucier d’un éventuel public. Je ne veux surtout pas être tenté d’écrire ce que les gens ont envie de lire. D’ailleurs, depuis le 14 janvier, je continue à faire strictement ce que je faisais avant : écrire, dénoncer, être insolent et grossier parfois. Si quelqu’un vient me dire ce que je dois faire, je lui répondrai volontiers : Va te faire foutre, enculé ! Ce que je fais, ce n’est pas de l’engagement citoyen, juste de l’intégrité par rapport à qui je suis.»

Azyz allume une nouvelle cigarette et nous propose de reprendre une bière. Il enchaîne. Non, il n’est pas surpris par les quelques troubles qui secouent le pays. “Tu sais, la Tunisie a été une cocotte-minute pendant 50 ans. Aujourd’hui, la pression s’évacue, c’est tout.” Avec des dérives compréhensibles mais qu’il faut garder à l’oeil. Dimanche dernier, en plein Tunis, des Salafistes ont attaqué un cinéma qui projetait un film volontairement provoquant : « Ni Allah, ni Maître ». “Les Islamistes s’habituent à la parole. Ceux qui ont longtemps dû se taire pensent désormais qu’ils ont davantage le droit de parler que les autres. Ce qu’il s’est passé au cinéma est regrettable. C’est tellement plus facile de frapper quelqu’un que de commencer à discuter.

Le blogueur, lui, a commencé à s’attaquer à Ben Ali en 2009. Dès alors, ses prises de position lui ont valu “une bonne bastonnade”, comme il dit. Il faut dire qu’il a l’art d’irriter. Mouche du coche, son truc à lui, c’est “l’ironie sociale, le sarcasme politique. Quand Ben Ali dit que le peuple ne forme qu’une seule main avec lui, je lui réponds que c’est dommage pour lui, qu’il ne pourra plus se masturber.” C’est par cette confrontation directe qu’il a progressivement travaillé à déconstruire la propagande du RCD, le parti présidentiel.

Il se dit anarchiste et utopiste. Il est cependant lourdement ancré dans le réel. “Quand j’ai commencé tout ça, je ne pensais jamais que Ben Ali partirait un jour. Mais j’ai eu besoin de m’en convaincre, juste pour me donner l’énergie, le carburant pour continuer d’avancer. Au final, il est bel et bien parti… C’est comme ça qu’on se rapproche des utopies.

Il conclut en annonçant la couleur : pour lui, la véritable bataille qu’il attend viendra une fois que l’Assemblée constituante aura été élu. C’est alors que les leaders d’opinion comme lui auront un rôle à jouer “pour mettre la pression sur ceux qui auront des décisions à prendre.

« Tu sais, hier, on était minoritaires. Aujourd’hui, on l’est toujours. Et tu sais quoi ? Demain, ce sera pareil. Être à contre-courant, seul contre la majorité , c’est de facto le rôle des avant-gardes de la liberté.

2-Elections en question

Un pays à reconstruire. Ou du moins, à réformer en profondeur. Après 23 années de dictature, la méfiance de la population envers ses dirigeants reste vive. Voilà maintenant six mois que Ben Ali est tombé et six mois que la situation socioéconomique du pays s’aggrave. Le peuple s’impatiente, ne comprend pas toujours pourquoi, maintenant le tyran parti, le pays ne se relève pas plus rapidement. Le chantier est, il faut le dire, d’envergure. La justice et l’administration, gangrénées par la corruption, doivent être remaniées en profondeur, le tourisme, principale ressource économique, reste loin de ses chiffres habituels. Surtout, le gouvernement en place, de transition faut-il le rappeler, peine à convaincre sur ses actions et renvoie plutôt l’image d’une équipe minée par les querelles internes.

Prévues pour le 23 octobre prochain (au lieu du 24 juillet), ces élections, les premières véritablement libres dans l’histoire de la Tunisie, représentent un enjeu de taille pour le pays. Émanations directes de la révolution citoyenne, elles sont la garantie que la population puisse enfin prendre son destin en main. Encore faut-il qu’elles se déroulent dans un climat des plus transparents, ce qui est encore loin d’être assuré.

Parmi la centaine (!) de partis politiques engagés dans ce nouveau processus démocratique, plusieurs organisations d’envergure émargent de la mêlée. Organisés et actifs depuis plusieurs années déjà, ils sont rompus au jeu politique tunisien et comptent bien saisir l’opportunité des élections pour faire avancer leurs programmes et leurs idées. Parmi ceux-ci, le PDP, le Parti Démocrate Progressiste, tente de convaincre, comme d’autres qu’il est l’alternative idéale.

Controversé, le PDP, est loin de faire l’unanimité au sein de la population. Parti d’opposition sous Ben Ali, on lui reproche sa participation au gouvernement transitoire post 14 janvier, on lui reproche l’opportunisme de son homme fort, Ahmed Chebbi, on lui reproche finalement, ce qui apparait parfois comme un crime ici, de vouloir prendre le pouvoir.

Maya Jribi, secrétaire générale du PDP – première femme à diriger un parti en Tunisie – assure que son parti n’a d’autre but que le développement démocratique du pays mais se montre inquiète sur la tenue de ces élections cruciales.

Devant le risque de fraude, d’irrégularité et devant surtout un manque de préparation évident, la commission électorale indépendante a décidé il y a quelques semaines de postposer le rendez-vous avec les citoyens pour l’organiser au mieux. Un report qui pose question. »Nous faisons confiance à la commission mais je ne cache mon inquiétude face au rythme de travail. Dans 3 mois, les élections doivent avoir lieu, selon certains mécanismes supposés restaurer la confiance au sein de la population. Or, les défis à relever pour qu’elles se tiennent normalement sont encore énormes. » Concrètement, on ignore encore comment tout cela va s’organiser. Quelles infrastructures seront mises en place ? Comment les listes d’électeurs seront-elles constituées ? Comment et qui va former les responsables des bureaux de vote, les observateurs ? « On sait que le 23, on aura les élections, mais que fera-t-on le 22, le 21 pour que tout cela se passe de la manière la plus transparente possible ? Semaine par semaine, jour après jour, on a besoin d’information, on a besoin d’être rassuré mais pour le moment, on reste dans le flou.»

Une situation précaire mais que Maya Jribi conçoit malgré tout comme un mal nécessaire qu’il faut aborder avec le plus grand sérieux, au risque de perdre toute crédibilité aux yeux de la population mais aussi de la communauté internationale. « Les élections, dans tous les pays qui vivent une période délicate comme la nôtre, ont toujours été une étape difficile, contestée. Mais pour que le résultat de ces élections soit accepté, il faut que le système soit transparent et régi par des mécanismes convaincants, objectifs, basé sur la neutralité, la formation scientifique. Cela doit être garanti par des procédures qui assurent qu’il n’y aura pas de failles« .

Source: "sixmoisapres" Le 02-07-2011

Lien:http://www.sixmoisapres.com/

Après la Révolution, une Nouvelle Tunisie ?


 

Par Mansour Moalla

Nous vivons notre cinquante-cinquième année depuis l’Indépendance. La génération Bourguiba qui a combattu pour notre libération n’est plus là. Celle qui a contribué à l’édification du nouvel Etat tunisien indépendant n’a plus que quelques représentants encore en vie. Celle des jeunes qui ont fait la Révolution n’a guère pu s’illustrer au cours du dernier quart de siècle, une dictature indigne ayant étouffé ses possibilités. Il lui revient cependant de se préparer à conduire le pays vers un avenir meilleur.

Cet avenir meilleur est-il possible ? Quels problèmes pose-t-il ? Est-il réellement à notre portée et à quel prix ? Pour le construire, il faut tenir compte des enseignements du passé, de ce qui s’est passé durant le demi-siècle qui vient de s’achever.

La Tunisie a eu, dès l’Indépendance, des tâches urgentes et difficiles que les jeunes d’aujourd’hui ont de la peine à imaginer. Elle a réussi à y faire face : le pays a considérablement progressé au point de vue économique, social, éducatif et culturel. Il aurait pu mieux faire et plus substantiellement si le système de gouvernement avait été plus judicieux et conforme à ce qu’avait annoncé Bourguiba en 1956 et en 1957 : démocratie, respect des libertés, pas de concentration des pouvoirs, pas de pouvoir personnel. De nombreuses perturbations, économiques, sociales, syndicales, estudiantines ont débouché sur un système de gouvernement autoritaire avec des élections qui n’en sont pas et une absence de liberté destructrice des capacités de développement du pays et qui a fini par aboutir à une dictature sordide, laquelle a provoqué la Révolution libératrice.

La conclusion à en tirer est que la priorité des priorités consiste à établir un système de gouvernement conférant au pays la stabilité, l’efficacité et la liberté nécessaire à la construction de son avenir. Il ne faut surtout pas que ce système puisse nous conduire encore à un nouveau coup d’Etat et à une seconde Révolution.

Je me suis prononcé dès le 30 janvier 2011 (1), deux semaines après la Révolution, pour l’abrogation du système présidentiel à l’origine de tous les graves évènements intervenus depuis 1956 dans tous les domaines.

Je maintiens mon point de vue. Malgré les déboires que le système présidentiel a infligés au pays et à la population, une sorte de «nostalgie» présidentielle, « présidentialiste » règne encore parmi ceux qui se destinent au « pouvoir suprême». Il y a en quelque sorte une « adoration » de ce pouvoir et de l’autorité qu’il confère à son détenteur.

On le croit plus «démocratique», émanant du suffrage «universel direct» en oubliant que l’histoire de ce système montre que l’élection se transforme en «plébiscite», que ce soit avec les deux Bonaparte ou avec Ben Ali avec des « victoires » admirables à presque 100% des votants. Cela finit par ressembler à la monarchie de « droit divin » et comme celle-ci, le Président n’a plus de compte à rendre au cours de son mandat, tous les autres pouvoirs, législatif et judiciaire, considérés comme moins « représentatifs», lui sont plus ou moins soumis.

Plus grave encore, et chez nous plus spécialement, le système présidentiel risque de « déchirer le pays », le divisant en deux clans: le « pour » et le «contre». Pour que le « pour » l’emporte, on lui promet des merveilles et pour que le «contre» soit éliminé, on le «marginalise» ou pire on l’élimine. Et si cette méthode ne suffit pas pour « triompher», on utilisera d’autres méthodes, des élections à 99%, des modifications «adaptées» de la Constitution, des créations de partis satellites pour la «façade», etc., toutes connues amplement de nous tous.

Les partisans de ce système invoquent alors des arguments qui ne résistent pas à l’examen.

En premier lieu, ce système est meilleur pour la stabilité politique et gouvernementale ? Avons-nous bénéficié de cette stabilité ? Cette stabilité n’a-t-elle pas été néfaste ? On a construit durant dix ans un système coopératif et nous l’avons aboli ! Nous avons établi une union avec le voisin libyen et nos divisions intérieures ont réussi à la défaire, conduisant à ce qui se passe actuellement chez le voisin. Nous avons, après le « coup de Gafsa », la Tunisie étant alors devenue un « trou », selon l’expression de Bourguiba, réussi à avoir une « éclaircie » démocratique qui a duré quelques mois et qui a sombré avec les élections « trafiquées » de 1981 et nous avons eu la crise du pain et deux ans et demi après la dictature. On pourrait faire mieux comme « stabilité » ? Pour éviter de tels inconvénients, les partisans du système suggèrent qu’on limite les pouvoirs du président. A supposer que c’est possible et que cela puisse fonctionner, il faut dire comment ? En instituant un gouvernement émanant de l’Assemblée parlementaire et responsable devant elle? C’est là un emprunt essentiel au régime parlementaire. Mais cela ne peut guère fonctionner. Ce « mixage » introduit en outre une confusion préjudiciable. On le voit en France où ce « mixage » a été institué avec la Ve République, De Gaulle tenant à être désigné par le suffrage universel et ses successeurs, nostalgiques aussi, ont voulu limiter, pour ne pas dire le « singer ». Le résultat est que son premier successeur, Mitterrand, s’est trouvé, à l’Elysée, chef de l’opposition, le Premier ministre qui « gouverne » étant issu du camp adverse de la droite. Le mixage aggrave donc
l’irresponsabilité et le non-contrôle du régime présidentiel.

Au lieu donc « d’emprunter » au régime parlementaire ce qu’il a d’essentiel pour rendre « acceptable » le régime présidentiel, il serait plus judicieux d’adopter ce régime parlementaire en le dotant des moyens nécessaires à son succès.

Le reproche le plus important que ses adversaires lui adressent réside dans l’instabilité et on invoque les cas italien ou français durant la IVe République, oubliant la stabilité qui existe en Grande-Bretagne depuis des siècles et qui lui a permis de devenir historiquement la première puissance industrielle et de conquérir l’Asie, l’Amérique et on oublie aussi les autres pays européens, Etats scandinaves, Hollande, Allemagne ...

Or, il est tout à fait possible de remédier à cette instabilité éventuelle si l’on instaure les moyens nécessaires à cet effet.

En premier lieu, il s’agit du système électoral. Chacun sait que le système proportionnel intégral est source d’instabilité. Il favorise la multiplication des partis politiques, chaque fraction ou sous-fraction de l’opinion souhaitant et pouvant, par ce moyen de la proportionnelle se faire attribuer un ou des sièges et être ainsi représentée au parlement. Cette «justice » électorale conduira à une Assemblée hétéroclite où l’on peut disserter à l’infini mais qui ne permet pas de dégager une majorité de gouvernement homogène et stable qui peut gérer efficacement les affaires du pays.

Pour remédier à cet inconvénient, les régimes parlementaires efficaces ont instauré le système majoritaire et non le système proportionnel. Ce système peut adopter la majorité simple dite relative ou la majorité absolue qui nécessite 50% et plus de votants.

La majorité simple attribue tous les sièges à pourvoir à celui qui a obtenu le nombre de voix le plus élevé : par exemple 40% et tous les autres moins de 40%. La majorité absolue les attribue à celui qui a obtenu au moins 50% plus une voix. Ce système majoritaire a le mérite d’inciter les partis à se regrouper en un nombre réduit pour pouvoir obtenir la majorité, relative ou absolue. Or le nombre de partis chez nous est déjà pléthorique (une centaine autorisée) : le système proportionnel avec les plus « fort restes » ne les incitera pas à fusionner ou à se regrouper et nous conduit à une Assemblée hétéroclite ne permettant guère de dégager une majorité homogène de gouvernement.

Un second inconvénient de ce système proportionnel consiste à rendre nécessaire le scrutin de liste et non le scrutin uninominal, le premier obligeant l’électeur à voter pour plusieurs candidats inscrits sur une liste devant représenter une grande circonscription électorale, le second, en revanche, permettant à l’électeur de voter pour un seul candidat qui doit représenter la population d’une circonscription plus réduite. Le scrutin de liste est censé favoriser les partis politiques qui sont plus libres de mettre sur leurs listes les candidats de leur choix. Le scrutin uninominal, en revanche, favorise l’émergence de personnalités indépendantes ou mieux choisir par les partis politiques, ce qui contribue à améliorer le niveau moyen de l’élu. En outre, le scrutin uninominal peut être à un seul tour, si dès le premier tour, il y a un candidat qui atteint la majorité absolue, sinon il y a un second tour après deux semaines où il n’y a plus que les deux candidats arrivés en tête au premier tour qui peuvent se représenter et, dans ce cas, est déclaré élu celui qui obtient le plus de voix. Ce mode de scrutin favorise donc le regroupement des partis, l’émergence de candidats plus représentatifs et de députés d’un meilleur niveau ainsi qu’une plus grande motivation de l’électorat et une moindre abstention. Il permet de ce fait d’obtenir une majorité homogène et responsable pour gouverner le pays, ce qui est un objectif fondamental qu’il serait aventureux d’oublier ou d’éluder.

Enfin et toujours dans le même souci, et pour avoir un régime parlementaire sans instabilité, la loi électorale devrait prévoir, comme dans nombre de pays, que le parti qui n’obtiendrait pas un nombre de voix supérieur à 3,4 ou 5% ou même 10% comme en Turquie aujourd’hui, ne pourra pas se faire attribuer des sièges au Parlement.

Précaution ultime pour faire fonctionner un régime parlementaire dans les meilleures conditions possibles, il faut attribuer, dans ce système, au gouvernement, et non au président, qu’il soit parlementaire ou présidentiel, et au gouvernement seul le droit de dissoudre l’Assemblée et de revenir au corps électoral pour arbitrer un conflit qui dure entre gouvernement et parlement, ce qui incite l’un et l’autre à réfléchir avant de s’y laisser conduire. Cela étant, voyons ce en quoi le système parlementaire est le meilleur.

Il permet en effet de séparer les fonctions de chef d’Etat et de chef du gouvernement. Les deux fonctions obéissent à des nécessités différentes.
Le chef de l’Etat est là pour symboliser l’unité nationale, le respect de la Constitution et de la loi, pour servir d’arbitre et de conciliateur en cas de besoin. Il ne doit pas être mêlé aux vicissitudes quotidiennes de l’action politique pour ne pas se discréditer. Faute de quoi, il n’est plus un chef d’Etat respecté, il risque de devenir un partisan à combattre, un adversaire à éliminer ou un chef de bande à abattre. Le Président dans ce système assure la permanence de l’Etat qui ne disparaît pas à chaque crise politique comme dans notre ancien régime présidentiel où les dérives de nos deux Chefs d’Etat se sont traduites par une déstabilisation grave du pays et de la société.

Le «gouvernement» est une pièce essentielle du système. Il doit être un organisme politique responsable et contrôlable. Durant le régime présidentiel, il n’a été qu’un organisme technique dont le rôle était d’exécuter la politique et les ordres du président. Premier ministre et ministres n’étaient que des fonctionnaires, nommés et révoqués par lui, à sa convenance. Ce « gouvernement », ainsi désigné, ne peut pas être homogène. On n’y trouve aucune politique d’ensemble commune à tous ses membres. Un vrai gouvernement responsable ne peut émaner que du Parlement. Ce gouvernement doit avoir un programme approuvé par tous ses membres. Il est investi par l’Assemblée si sa composition et son programme sont approuvés par celle-ci à la majorité. Si celle-ci se révèle difficile à dégager et si l’émergence d’une coalition se révèle nécessaire pour en constituer, le président aura un rôle à jouer pour aider à y parvenir en tant que médiateur et conciliateur. Le gouvernement gouverne sous le contrôle du parlement et tant qu’il a sa confiance. S’il n’a plus cette confiance, il est remplacé par une nouvelle équipe qui a pu recueillir la majorité de l’Assemblée. En cas de « crise » et d’absence de majorité, le gouvernement « censuré » peut dissoudre l’Assemblée et revenir devant le corps électoral pour dégager une nouvelle majorité de gouvernement. La « crise ministérielle » se déroule sans drame alors que la destitution d’un chef d’Etat qui est aussi chef de gouvernement dans le régime présidentiel est de nature à créer un vrai drame, sinon une tragédie et nécessite un coup d’Etat ou une révolution pour mettre fin au règne d’un président qui dérive.

Le Parlement constitue donc la pièce centrale du dispositif. Il détient le pouvoir législatif. Il approuve la Constitution le gouvernement et contrôle son activité et il peut mettre fin à ses fonctions.

On voit ainsi que le régime parlementaire n’accorde à aucun organe constitutionnel un pouvoir absolu pouvant conduire à des abus, ni au chef de l’Etat qui peut être révoqué par le Parlement à la majorité qualifiée (deux tiers ou trois quarts des membres), ni au gouvernement qui peut être sanctionné et congédié, ni au Parlement qui peut être dissous : le pouvoir « arrête » donc le pouvoir selon la formule célèbre de l’Esprit des lois de Montesquieu, ce qui est une garantie de liberté, d’efficacité et de stabilité.

Reste à évoquer enfin le pouvoir judiciaire qui a été toujours plus une « autorité » (comme c’est indiqué dans les constitutions française et tunisienne) qu’un « pouvoir » autonome. Il faut le réhabiliter après sa longue « absence » et la détérioration de son autorité morale et de son prestige en assurant son indépendance réelle par l’institution de « l’inamovibilité » qui le protège contre les interventions de toutes sortes dont il peut être l’objet.

Compte tenu de ce qui vient d’être exposé, de la loi électorale qui a été adoptée, de la proportionnelle qui a été instituée, de la multiplication des partis qui de ce fait et en l’absence de facteurs incitant au regroupement, on ne peut qu’être inquiet sur l’issue d’élections qu’on a été obligé de retarder, ce qui pourrait permettre éventuellement une meilleure réflexion.

Les divers partenaires dans ce domaine ont le devoir de s’exprimer clairement, et à haute voix, au sujet des questions qui viennent d’être évoquées. La facilité consiste à accepter l’inacceptable et qui n’est nullement adapté à notre situation. Les partis politiques comme le gouvernement ont une responsabilité particulière dans cette phase historique de la vie du pays. Chacun doit dire si réellement il pense que ce qui a été fait pourra réellement assurer le meilleur gouvernement pour le pays et pourquoi ?
Chacun aussi doit dire quel système de gouvernement il propose au pays. On ne peut ici se contenter de généralités, de séparation et d’équilibre des pouvoirs, de démocratie,etc. sans livrer au public le détail de l’organisation du système proposé. On ne peut pas attendre d’être élu à la Constituante pour en parler, ce qui serait tromper l’électeur. Le débat public et contradictoire doit s’installer pour que le corps électoral puisse être suffisamment informé et pleinement éclairé. On ne peut se dérober à cette responsabilité.

Il y a lieu également de se prononcer sur une autre question fort importante qui est restée dans le clair-obscur : on entend et on lit à son sujet toute sorte d’interprétation. Il s’agit des attributions de la nouvelle Assemblée qu’on élira normalement le 23 octobre prochain. Sera-t-elle uniquement constituante ne s’occupant que de l’établissement de la Constitution ? Ou sera-t-elle également législative pour éviter « les décrets lois » et la confusion des pouvoirs durant la période d’établissement de la Constitution qui peut être plus ou moins longue, surtout si l’on ne veut pas « bousculer » l’Assemblée en lui fixant un court délai pour ce travail essentiel pour le pays ? Aura-t-elle en dernier lieu un rôle politique et devra-t-elle désigner un gouvernement responsable devant l’Assemblée élue, gouvernement qui aura alors la crédibilité et la légitimité nécessaires pour travailler dans la durée et mettre fin au caractère « transitoire » et « provisoire » du gouvernement du pays qui ne peut plus se prolonger sans porter préjudice à l’intérêt national. Il n’y aura plus ainsi à attendre l’adoption de la constitution, attente qui peut devenir longue, pour procéder à des élections législatives, ce qui peut lasser l’électeur et aggraver l’abstention. Il ne restera plus à résoudre que la question de la désignation du chef de l’Etat. Celui-ci pourra être « provisoirement » (et c’est le seul « provisoire » supportable) désigné par le Parlement, parmi ou en dehors de ses membres, à une majorité qualifiée des ¾ des parlementaires et ce, en attendant la promulgation de la Constitution qui précisera ce mode de désignation, mode qu’on devra alors appliquer. Ce triple rôle de l’Assemblée a élire doit être bien explicité et faire l’objet d’une disposition légale – par décret loi – pour que l’électeur puisse comprendre pour quelle nature d’Assemblée il est appelé à voter. On voit ainsi que de nombreuses questions devraient faire l’objet d’attention, de discussion et d’examen en vue d’aboutir à la conclusion de cette étape transitoire par l’institution des dispositifs nécessaires à la création d’un système de gouvernement démocratique et efficace pouvant, dans la durée, établir les plans et programmes devant permettre à notre pays de résoudre les problèmes économiques, sociaux, éducatifs et culturels pour pouvoir accéder à un nouveau stade de développement et pour construire une nouvelle Tunisie.

Une fois que la loi électorale aura été adoptée, qu’il y a peu d’espoir qu’elle soit amendée, que la proportionnelle et le scrutin de liste paraissent donc inévitables et qu’aucune loi ne viendra probablement obliger ou inciter les partis à se regrouper d’une manière ou d’une autre, il appartient à ces formations politiques de remédier à ces insuffisances et à ces dangers en faisant preuve de responsabilité, de civisme et en privilégiant l’intérêt général par rapport à celui de leurs propres « chapelles ».
J’ai exprimé déjà mon opinion à ce sujet et j’ai indiqué clairement que, de mon point de vue, la Tunisie ne peut être gouvernée qu’au centre, avec toutes ses composantes, les extrêmes, de droite ou de gauche, devant remplir un rôle aussi important que celui du gouvernement : celui de l’opposition légale et républicaine, qui approuve lorsque c’est possible et qui désapprouve lorsque c’est nécessaire, en attendant que l’évolution des circonstances, des esprits, des idées et des pratiques puisse leur permettre d’exercer utilement des responsabilités gouvernementales. En attendant, je ne vois pas, dans la conjoncture actuelle, comment ils pourraient « gouverner » sans nuire aux intérêts majeurs du pays. Le pays ne sera-t-il pas isolé ? Le développement ne sera-t-il pas entravé ? La liberté et les libertés ne seront-elles pas menacées par l’idéologie ou le fanatisme des uns et des autres ? Autant d’interrogations auxquelles les formations concernées doivent réfléchir en tant que citoyens et patriotes.

Il reste également que les formations politiques qui se réclament du centre doivent réfléchir à leur dispersion actuelle qui ne pourra probablement pas leur procurer la majorité pour pouvoir assumer convenablement la charge du gouvernement du pays. S’unir pour y parvenir devrait devenir aujourd’hui leur principale préoccupation. Il est encore temps de le faire. Quatre mois nous séparent de l’échéance du 23 octobre 2011.

On peut parvenir à bâtir cette union des formations du centre si l’on souhaite réellement servir le pays et contribuer à le doter d’un gouvernement stable et efficace malgré les défauts énormes de la loi électorale. Cet appel sera-t-il entendu par tous les leaders des partis, ceux d’avant la révolution, qui sont dignes de respect, et ceux créés depuis et qui aspirent à contribuer à l’essor du pays ? Je veux l’espérer et je ferai ce que je pourrai pour y participer, me tenant à la disposition de tous les partis qui approuvent ou qui, au moins ne sont pas hostiles, en attendant la discussion, aux idées que je viens d’énoncer et à celles que je me propose de soumettre à la discussion dans le prochain numéro de « Leaders » économique et ce, dans plusieurs domaines dont notamment l’investissement, la croissance, l’emploi et aussi la réforme du système éducatif, du système bancaire et financier ainsi que les sujets concernant le développement régional, la balance des paiements et les relations économiques extérieures de la Tunisie et spécialement avec notre principal partenaire, l’Union européenne. Toutes ces questions et ces réformes concernent l’avenir de la Tunisie et la création d’une nouvelle Tunisie, fruit de cette extraordinaire mutation consécutive à la Révolution du 14 janvier 2011 qui nous a révélé que plus rien ne sera et ne devra être comme avant.

Source: "Leaders" Le 02-07-2011

Lien: http://www.leaders.com.tn/article/apres-la-revolution-une-nouvelle-tunisie?id=5622

A qui profitera la diabolisation des islamistes en Tunisie?


 

Par Jamel Dridi

La technique de la tromperie plus communément appelé «attaque sous fausse bannière» tentent de désigner systématiquement les islamistes. Les ficelles sont trop grosses…

Plusieurs événements intrigants impliquant ou voulant faire croire que des «islamistes» sont impliqués s’enchaînent en Tunisie depuis quelques mois.
Pour rappel, il y a eu, entre autres événements, la manifestation surréaliste, en face de la synagogue de Tunis, d’un groupuscule islamiste inconnu jusque là (drapeau neufs, slogans incohérents…). Il y a eu aussi l’horrible assassinat d’un prêtre (le symbole est fort puisque l’on veut nous faire penser qu’on a voulu s’attaquer à la chrétienté), la casse de la salle CinémAfricArt et l’agression d’artistes (le symbole est là aussi très fort car l’obscurantisme vise toujours à brimer la liberté d’expression) et l’agression des avocats devant un tribunal. J’oublie sans doute ici ou là quelques autres événements.

 

A qui profiteraient de tels actes?
Pris un à un, ces événements n’ont pas forcément de lien entre eux. Mais compilés, ils ont un point commun: ils mettent en action plus ou moins directement des islamistes intégristes.
Maintenant, posons-nous la question de savoir à qui profiteraient de tels événements ou du moins qui pourrait les réaliser. Bien sûr, la première réponse qui vient à l’esprit (le mien aussi) ce sont les islamistes, les intégristes et, donc, ne soyons pas hypocrites, disons le franchement Ennahdha (je n’évoque pas ici volontairement Hizb Ettahrir).
Nous avons donc là notre coupable évident dans l’esprit de tous n’est-ce pas?
Pourtant, quand on y réfléchit à deux fois, on peut avoir un doute et se demander si Ennahdha a intérêt, aujourd’hui, que de tels agissements aient lieu.
En effet, Ennahdha semble unanimement reconnu comme la force politique la plus organisée et la plus populaire du moment, au point tel que tous les observateurs – même parmi ses adversaires – reconnaissent qu’il gagnerait les élections si elles se déroulaient aujourd’hui. Pourquoi prendrait-il le risque de perdre le crédit de sympathie populaire qu’il a en menant des actions limitées quant à leur effet et contreproductive en terme d’image populaire? Même les musulmans, ouverts sur l’autre, sur la culture… se détourneront vite d’un tel parti si celui-ci avait une telle idéologie.
Sur un autre registre, Ennahdha essaie de gagner une légitimité internationale en soignant son image vis-à-vis des gouvernements étrangers. Attaquer un cinéma, c'est-à-dire attaquer la liberté d’expression, valeur essentielle aux yeux des Occidentaux et notamment des Américains, facilite-t-il ce rapprochement qu’Ennahdha souhaite ou le rend-t-il plus difficile? Ennahdha a-t-il intérêt à encourager l’attaque d’un cinéma, l’assassinat d’un prêtre chrétien… au moment même où il fait «des clins d’œil» aux Occidentaux? C’est un non sens.
On ne peut pas exclure qu’Ennahdha ne maîtrise pas une partie de sa base voulant venger de 23 ans de tortures et de brimades, mais on doit reconnaître sans conteste qu’Ennahdha n’a aucun intérêt que de tels troubles lui soit attribués.

«Attaques sous fausse bannière»?
Alors qui peut bien être à l’origine de ces dépassements qui sont toujours spectaculaires et orientés, au sens où, très rapidement, ils ont un retentissement médiatique fort pour que l’on soupçonne des islamistes.
Ce sont sûrement des ennemis d’Ennahdha et encore plus certainement des ennemis de la démocratie, non pas parce qu’ils veulent interdire le cinéma mais parce qu’ils veulent confisquer le pouvoir.
Comment cela est il possible? Ici, il faut se rappeler une méthode largement utilisée qui est celle des «attaques sous fausse bannière». Tous les services de renseignement et milices privées en raffolent (attention cela ne veut pas dire que les renseignements tunisiens sont derrière ces actes. Ce peut être des ex-Rcd – on sait que certains ont eu un entrainement militaire).
L’attaque sous fausse bannière consiste en «la prise de l’aspect d’un autre pour la réalisation d’un acte grave destiné à faire accuser l’autre». Quelques exemples simples et connus:
En 1994, plusieurs attentats secouent la Russie faisant plus de 300 morts. Aucun Tchétchène n’est arrêté même si tous les médias soupçonnent les Tchétchènes. Un jour, pendant la vague d’attentats, une police locale russe arrête un groupe de Russes en possession d’une importante quantité d’explosifs prêts à l’emploi. La presse locale diffuse l’information et révèle que ces hommes sont en fait des militaires. Immédiatement, le gouvernement russe tente d’étouffer l’affaire et s’empresse de dire que ce sont des soldats qui réalisent un exercice militaire (un exercice avec des explosifs prêts à l’emploi en pleine vague d’attentats!?). En tous cas, c’est cette vague d’attentats qui permettra au gouvernement de commencer et de légitimer la seconde guerre de Tchétchénie.
Un autre exemple connu de tous et toutes car c’est l’Abc des techniques de contre-manifestation dans toutes les écoles de police. Quand une manifestation est importante et qu’on veut la «casser», un groupe de policiers déguisés en manifestants violents se mêle à la foule et casse des vitrines ou agresse des manifestants. Cela oblige rapidement les autorités, «pour le bien de tous» et pour empêcher des graves troubles à l’ordre public, à stopper cette manifestation, à interdire les autres manifestations et surtout à reprendre la main sécuritaire.
Il y a des dizaines d’exemples avérés où des Etats ou des groupes n’ont pas hésité à sacrifier une partie de leur population ou de leur patrimoine pour justifier l’élimination d’un groupe religieux ou politique adverse, stopper le développement d’idées, ou pour entrer en guerre contre un autre Etat. Exemples: l’incendie du parlement allemand par Hitler pour instaurer l’Etat d’urgence et avoir tous les pouvoirs sécuritaires, certains assassinats et attentats en Algérie attribués aux «islamistes» mais que certaines sources affirment qu’ils ont été perpétrés ou téléguidés par les services secrets, le dernier attentat contre les coptes en Egypte, aujourd’hui attribué à l’ancien patron des services secrets, et qui visait à en faire accuser les Frères musulmans, etc.
En Tunisie, cela commence à faire beaucoup avec ces «faux islamistes» et on aimerait bien savoir qui est derrière tout cela. On attend, par exemple, avec impatience, le résultat de l’enquête sur l’attaque contre la salle CinémAfricArt (où était projeté le film ‘‘Ni Allah ni maître’’ de Nadia El Fani) surtout que des «islamistes» ont été arrêtés.

Dans quel but les actions ont-elles été menées?
La première hypothèse peut être, comme dans le passé, un prétexte à l’éradication d’Ennahdha. Hypothèse qu’il faut balayer immédiatement car ce serait un quasi échec en l’état actuel des choses, sauf si les actes se multiplient et deviennent de plus en plus graves.
La deuxième hypothèse serait que l’on souhaite «retourner» l’opinion publique tunisienne et surtout celle des intellectuels (journalistes, écrivains, avocats…) jugée sans doute trop favorable au courant islamiste.
En effet, dans leur immense majorité, les Tunisiens sont musulmans mais ils aiment la modernité, la vie, le cinéma… et se braqueront et seront effrayés par une tendance islamiste fermé d’esprit qui serait trop rigoureuse dans son interprétation de l’islam et à laquelle on ferait «porter le chapeau» d’actes graves (violences, attentats…).
La troisième hypothèse est que l’on veut brouiller l’image de respectabilité qu’Ennahdha tente d’acquérir sur le terrain international. Il n’a échappé à personne que Ghannouchi et ses cadres sont redevenus fréquentables par les diplomaties occidentales. Mais cela se fait doucement car ces pays occidentaux sont prudents et doivent préparer leur opinions publiques intérieures à cette nouvelle donne, les forces islamistes étant montrés jusqu’il y a peu comme les forces du mal. D’ailleurs, tout le monde notera que l’annonce de la mort de Ben Laden, incarnation de l’islamisme infréquentable, permet «ce nouveau départ avec le monde musulman» (dernier discours d’Obama).
Mais comment ces pays qui doivent convaincre leur opinions intérieurs qu’il y a des partis islamistes soft pourraient-ils avancer dans cette direction si les partis islamistes apparaissent comme liberticides comme quand on attaque un cinéma (le symbole est extrêmement fort !) ou que l’on tue un prêtre chrétien.
Si ces actes se poursuivent, ce timide réchauffement des relations serait vite stoppé et la légitimité et reconnaissance d’Ennahdha tomberait à l’eau.

L’inquiétude face à la multiplication des évènements
Ce qui est surtout inquiétant c’est la succession des événements qui, à mon sens, vont aller en augmentant en intensité et en fréquence, d’où la phrase de Zied Daoulatli, membre du bureau politique d’Ennahdha: «D’autres actes vont avoir lieu». Ennahdha a donc bien compris qu’il était en grand danger d’où la deuxième et rapide sortie médiatique de Rached Ghannouchi pour enfoncer le clou et bien se démarquer de ces actes qu’on essaie d’attribuer à son parti. Le danger est en effet proche!
Si de tels événements ne se produiraient pas, alors je me serais trompé sur toute la ligne. Mais si de tels événements se produiraient, sauf à connaître l’avenir, et je ne le connais pas, ma grille de lecture de ces actes faits «sous fausse bannière» aura été hélas juste; ce qui n’augure rien de bon pour la Tunisie. Car, il faut bien comprendre que cette opération de déstabilisation ne vise pas à «tuer politiquement» seulement Ennahdha. Il ne faut pas être dupe. Tous les autres partis plus petits ou les éléments de pouvoir de la société civile (presse, justice…) se verront un à un confisquer le droit à la parole. Tout cela a déjà eu lieu dans un passé récent. Toutes les libertés ont été bloquées sous prétexte de la menace terroriste islamiste.

Le remède à appliquer urgemment
Comment contrecarrer ces actes. Je l’ai déjà écrit. Il faut impérativement surprendre ces adversaires invisibles: les anciens amis de Ben Ali, proches (sauf Khadafi qui n’a pas eu le temps d’appliquer son plan) ou plus éloignés, hostiles à la démocratie en Tunisie), qui jouent sur la division actuelle des partis, surtout que ces derniers pensent plus à gagner une hypothétique élection qui, si rien n’est fait, n’aura pas lieu.
Il faut que les principaux partis politiques se regroupent immédiatement en créant un comité populaire constitué des représentants des partis honnêtes (Marzouki, Ben Jaafar, Hammami, Ghannouchi).
Ce comité doit s’assurer le soutien de la composante sécuritaire qui veut le changement vers la démocratie. Il y a, en effet, un groupe de policiers qui veulent rompre avec le passé de manière radicale.
Je sais que cette union précoce entre partis est difficile et j’en ai déjà discuté avec certains cadres des partis cités, mais le risque est grand de tout perdre pour tout le monde.
Le deuxième point concerne Ennahdha qui doit contrôler sa base. Mais surtout, et plus que tout, communiquer immédiatement et régulièrement sur son positionnement (sur les droits de l’homme, la liberté d’expression, l’économie privé…) et ce de manière proactive et anticipée, en n’attendant pas de le faire de manière réactive pour se justifier d’actes qu’on veut lui attribuer. Surtout, il doit engager une campagne d’information sur cette menace qu’il a bien cernée dès à présent afin que les opinions ne soient pas ensuite retournées s’il y avait des actes (et j’espère qu’ils n’auront pas lieu).
La troisième chose, qui est la plus importante, est de se préparer, hélas, à d’autres actes de ce type qu’il faudra avoir la force et le courage politique de ne pas attribuer systématiquement au coupable désigné, à savoir les islamistes.
Si la société ne se divise pas et si les partis politiques sortent de leur campagne politique, les éléments perturbateurs seront combattus facilement et le pouvoir restera entre les mains du peuple.
Si ces opérations encore une fois divisent les Tunisiens et que les partis politiques ne font pas une pause en comprenant qu’il y un danger imminent auquel il faut faire face, il y aura un retour en arrière extrêmement brutal pour toute la société tunisienne.

Source: "Kapitalis" Le 02-07-2011

Lien: http://www.kapitalis.com/afkar/68-tribune/4671-a-qui-profitera-la-diabolisation-des-islamistes-en-tunisie.html

Paysage politique tunisien: On prend les mêmes et on recommence


 

 

C’est à un remake des disputes des années 70 et 80 au sein de l’université tunisienne que nous assistons, peut-être, aujourd’hui. Le paysage politique, ou du moins une partie de ce dernier, est composé des mêmes acteurs qui avancent souvent avec les mêmes dogmes.

L’histoire est un éternel recommencement. Cette expression qui souligne que «le devenir des sociétés humaines désigne un retour perpétuel des mêmes événements ou des mêmes problèmes» s’applique-t-elle à la réalité de la Tunisie d’aujourd’hui?
Le spectacle qu’offre le paysage politique tunisien, ou du moins une partie de ce dernier, permet de croire à un remake des années 70 et 80 lorsque les mêmes acteurs se querellaient au sein de l’université tunisienne.
Comme autrefois, ces mouvements et leurs leaders tiennent aux idées et dogmes d’antan et font valoir que chacun a raison. C’est le spectacle qu’offre aujourd’hui, aux yeux de beaucoup d’observateurs, la
Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.
Prisonniers des mêmes modèles théoriques d’antan. Ils continuent à se chamailler sur des questions qui, si elles semblent être d’ordre procédural, montrent bien que chacun défend bec et ongles un modèle de société et qu’il ne veut nullement lâcher du lest.

Certes c’est de bonne guerre, chacun ne peut qu’avancer avec un modèle de société dans la tête et un programme de société. Mais le problème est ailleurs: nombre d’acteurs politiques ne semblent pas avoir mûri.
Quelqu’un a dit, à ce juste propos, qu’«ils ne semblent pas être descendus de la roche de Socrate», du nom d’une roche sur laquelle se tenaient les tribuns des différents mouvements en présence à l’Université (au Campus universitaire) pour haranguer la foule des étudiants le jour des AG (Assemblées Générales).
Pour de nombreux analystes, beaucoup n’ont pas, malgré les apparences, non seulement pas mûri, mais n’ont pas remis en cause leurs idées sur tel ou tel aspect de la vie sociétale. En clair: ils sont restés prisonniers des modèles idéologiques théoriques qu’ils ont adoptés à 15 ou 20 ans.
Ceux qui les fréquentent affirment que leur langage n’a pas changé d’un iota, ressassant en permanence un discours largement dépassé par le temps.
Comment croire autrement le zèle avec lequel continuent à défendre certains les idéaux marxistes en affirmant, haut et fort, que c’est Lénine qui a perverti le marxisme qui tient, pour ainsi dire, encore la route? Et que, donc, le salut est dans un retour à un marxisme originel.
On a beau, à ce propos, leur dire que le marxisme n’a réussi nulle part et qu’il a étouffé les libertés, qu’il est impossible d’imposer «la dictature du prolétariat», que les dogmes du communisme n’ont jamais permis de créer une économie saine et performante, ils ne l’entendent jamais de cette oreille.
Certains responsables de partis ou mouvements politiques de gauche, pour ne citer que ces derniers, n’auraient d’autre modèle économique capitaliste dans la tête, qu’ils combattent du reste, et auquel ils font constamment référence, que celui de la division scientifique du travail inventée par Taylor à la fin du XIXème siècle.
Alors que bien des eaux ont coulé sous le pont du capitalisme. Dont celles qui ont coulé sous les ponts d’un capitalisme financier ravageur avec ses monuments que sont le Fonds monétaire international et autres Banque mondiale lesquels imposent leurs lois à tous, y compris à eux-mêmes s’ils arrivent un jour au pouvoir.
Un égo gros comme ça!
Il s’agit de l’art, mais il y a aussi la manière: ceux qui s’opposent aujourd’hui disent en public qu’ils sont démocrates et qu’ils agissent dans le respect mutuel. Mais il suffit de gratter, en privé, le vernis pour se rendre compte que ce n’est pas toujours le cas. Chacun a bien des reproches à faire aux autres. Avec pour règle de conduite de toujours croire, avec un égo gros comme ça, que l’on est le seul à sortir de la cuisse de Jupiter.
Force est, toutefois, de remarquer que la politique engagée depuis l’indépendance du pays est pour beaucoup responsable de cet état de fait qui s’exprime par une absence de prise sur le réel.
Les militants de gauche comme de droite ont été non seulement pourchassés, emprisonnés et torturés, mais ils ont été éloignés de toutes les sphères de la vie publique.
Leur droit au débat et à la participation à la gestion de la chose publique leur a été carrément volé. Rien d’étonnant, dans ces conditions, que chez certains d’entre eux soit née une frustration légitime qui s’exprime quelquefois par une colère démesurée et une quasi soif de revanche. Rien d’étonnant aussi que les crimes perpétrés contre eux les aient poussés plus que jamais à ne plus négocier la moindre rupture avec les modèles auxquels ils croient
Source: "wmc" Le 02-07-2011

Arab Spring may be good for Israel after all


 

By Amos Harel

Even Arab analysts who witnessed the changes in the region up close recognize that forecasting the future is futile. But that doesn't mean they don't see recent events as a cause for elation.

It's been six months since the riots erupted in Tunisia - the start of the Arab Spring. The West's reaction to Tunisia's revolt, and then Egypt's, began with great enthusiasm for the struggle for freedom and human rights. In recent weeks, the rejoicing has given way to anxiety - about the danger of violent civil wars breaking out beyond those in Libya and Syria, and possible takeovers by Islamic movements and a terrible economic crisis if the temporary governments have difficulty feeding millions of hungry mouths.
In Israel, Prime Minister Benjamin Netanyahu has warned about the rise of an Iranian-type regime in neighboring Egypt. Ministers, experts and intelligence people have competed in putting out bleak forecasts. The tendency to identify danger where others see opportunity has been depicted in the West as typical Israeli shortsightedness.
Suddenly, in Israel too, people are noticing that the developments might turn out to be beneficial, as Aluf Benn described in these pages a week ago: a weakening of the radical-Shi'ite axis if the Syrian regime is overthrown, Turkey distancing itself from Iran and Syria, and a continuation of Israel's decent relations with Egypt.
Most Israelis get the news on the Arab world as it is mediated by our Arab-affairs commentators, along with anonymous security sources or retired generals. In Europe and the United States, unofficial conferences continue to take place among academic experts, diplomats, former security people and journalists from the Arab world, the West and sometimes Israel as well, as part of what is called the "track two" channel of discussion.
Two such conferences, close to seven months apart, provided an interesting perspective on the Arab Spring - one a moment before it began and one at a critical juncture. At both conferences, many Arab experts displayed impressive analytical abilities. In retrospect, it's interesting that at the beginning of December, less than a month before the outbreak of Tunisia's riots, no experts predicted what was about to happen.
To the Israeli participants in the earlier round, it was clear the Israeli-Palestinian conflict was low on the Arab world's list of priorities. Every speaker paid lip service to the Palestinians' suffering and the need to end the occupation. They then went immediately on to talk about at least 10 more pressing issues. The reality they sketched, sometimes cautiously and sometimes only by implication - tremendous population growth, unemployment, corrupt and aging regimes, a sense of a dead end and a lack of rights - was the fuel for the revolution's fire. None of them, though, even mentioned revolution as a possibility.
At the conference last month, there were obviously many more examples of free expression, independent opinions and even emotions. Many of the speakers still sounded dizzy from the events, some of which they had witnessed up close. Most took care to stress that their predictions were only provisional and that future trends were only beginning to take shape. Under the rules of the game at conferences like this, it is permissible to cite comments but not attribute them. (Some speakers, for example, prefer not to make public that they have taken part in a conference with Israelis ).
A panel of speakers from Iran, Turkey and Israel encountered angry reactions from the audience. An Arab academic scolded the speakers: "I would fail all of you in my course." According to him, all the non-Arab regional players are deficient in that they refuse to rise above minor reservations and see the overall picture. Israel, he said excitedly, must understand that times have changed. It no longer is dealing with 22 Arab regimes, but rather with 320 million Arabs, who for the first time can be defined as citizens. If Israel wants to survive, it has to know how to talk to them, he said.
Most speakers were optimistic in their descriptions of the developments in North Africa, with the exception of Libya. Tunisia and Egypt have replaced their corrupt regimes while Morocco is cautiously choosing a path of reform. In Egypt, even partial success toward democracy would have a positive influence on the entire Arab world.
The crucial date there is September, when parliamentary elections are due. The experts say the army will take advantage of the presidential elections to be held within six months of September to balance the political situation created by the parliamentary vote. At the moment, the army's status as the guardian of the Egyptian people has still not been undermined (despite this week's demonstration ). The Muslim Brotherhood's influence is estimated at 30 percent to 50 percent of voters. Understandings are possible between the generals and the Muslim Brotherhood on how to divide power. Cairo's policy on Israel will change, but Egypt will remain committed to the peace agreement regardless of who forms the government.
In Tunisia, 84 parties have been registered, of which Islamic movements are expected to be the coalition's linchpin. Some commentators predict they will take in 30 percent of the vote. These movements are perceived as less corrupt, something that will play to their benefit.
At the moment, the Arab world is not protesting strenuously against NATO's air attacks on Libya. But if the bombing continues into the month of Ramadan, which begins in August this year, the reaction could change. In any case, most people in the Arab world will oppose expansion of the NATO operation to other countries, despite Syrian President Bashar Assad's slaughter of his opponents.
The prevailing assumption among Arab experts is similar to that of their Israeli colleagues: Assad's days are numbered. In the corridors, these analysts ridicule the president. "Oppression is okay," one said. "Everyone here in this region knows how to be aggressive when necessary, but why so foolishly? Why scatter baseless promises for reforms? And who's the idiot who decided to abuse and murder teenagers under arrest?"
As they see it, the demonstrators in Syria have crossed the threshold of fear. The most reasonable scenario is that the country's conflict will worsen, spreading to the major cities and leading to the regime's fall.
At the moment, Saudi Arabia is still supporting Assad, with reservations, or at least it's not coming out against him. It doesn't want the Arab revolutions to spread to the Asian side of the Middle East. Turkey, meanwhile, is emerging as a key player, and it could determine the fate of the Alawite regime.
Lebanon is following the situation in Syria with great concern. If the Assad regime falls, Hezbollah will immediately come out with a show of force in Beirut. The Arabs don't believe that Assad will now stoke a conflict with Israel; Hezbollah too will be wary of this.
In an optimistic scenario, if a Sunni regime comes to power in Damascus, it might want to reach a peace deal with Israel. This wouldn't stem from a love of Zionism - it would highlight the return of the Golan after the Assad family lost it and never got it back. (Bashar's father, Hafez Assad, was defense minister in 1967. )
Iran is being depicted as a beneficiary of events in the short run, but the Islamic Republic is beginning to fear that the wave might turn against it as well. At first, it was regimes that were hostile to it that found themselves in trouble, from Egypt to Saudi Arabia and Bahrain, and this let it carry out its subversions unimpeded and advance its nuclear project. But actually, the revolutionary wave can be said to have begun during Iran's failed Green Revolution after the June 2009 elections. Ultimately, the wave could return to Tehran under the influence of the Arab Spring.
Many speakers said that despite the grave economic situation, the main catalyst that set off the revolts against the Arab regimes was not poverty but a struggle for political rights. Egypt is not a poor country but a nation that has been looted by its rulers, one researcher said. One of her colleagues said the regimes did not fall - the people toppled them.
An enthusiastic professor from the Persian Gulf added: "At least 100 million people in this region are freer now. This is what's really important. For the first time, the Arabs are on the right side of history and they are controlling events. These people's positive energy will bring a change to the region, and it's important that the West support the forces of change."
As at previous conferences, many Arab speakers didn't hesitate to laugh at themselves. When a professor moderating a panel interrupted a senior diplomat who had gone over the allotted time, he explained that henceforth "the rule of law applies to us, too." The diplomat accepted the judgment. "We're not used this, but maybe this is the spirit of the times," he said.
'Prediction is very difficult'
Former Military Intelligence chief Amos Yadlin lectured in Tel Aviv this week at the Council for Peace and Security. Israel, said Yadlin, looks at the moment like a country whose affairs are in order, "except for the matter of the cottage cheese." This has been the quietest period on the borders since the years after the 1956 Sinai Campaign. But it's still hard to measure the effect of the changes in the region, which are liable to lead to chaos in neighboring countries.
In this context, Yadlin noted the stalled diplomatic track with the Palestinians. He said he had met someone who told him Military Intelligence doesn't know how to evaluate regimes' stability because intelligence researchers don't devote any time to reading Arabic poetry. Yadlin accepted the criticism but asked the man if he could help him predict, based on Arabic poetry, when the Saudi regime will fall, something analysts have been predicting since 1982.
The former head of Military Intelligence says a democratic environment will ultimately provide a better strategic environment for Israel. "The values the demonstrators in Tahrir Square talked about are also our values," he said. "But this isn't going to happen tomorrow. In Europe, too, democracy didn't arise in a single day."
A moment before the next Gaza aid flotilla sets out, and in the context of the dramatic regional developments, Yadlin opened his remarks with a quote from Danish physicist Niels Bohr: "Prediction is very difficult, especially about the future."
 
Source: "Haaretz" Le 01-07-2011
Lien: http://www.haaretz.com/weekend/week-s-end/arab-spring-may-be-good-for-israel-after-all-1.370685