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TUNISNEWS
8 ème année, N° 2657 du 01.09.2007
 archives : www.tunisnews.net
 
 
AISPP: Flash infos
AISPP: Communiqué
Vérité-Action:Communiqué
Solidarité Tunisienne: Le cabinet de Maître Ayachi HAMMAMI incendié.
FTCR: Solidarité avec Maître Ayachi Hammami
FIDH et OMCT: Acte criminel à l’encontre de M. Ayachi Hammami
Associated Press:Tunisie: Le cabinet d'un avocat opposant endommagé par un incendie
Reuters:L'avocat Ayachi Hammami accuse Tunis d'avoir incendié son bureau
PDPinfo: Agression contre Maître AHMED NÉJIB CHEBBI
Sihem Bensedrine & Naziha Rjiba:Cessez de grâce de soutenir et de glorifier nos dictateurs
Nader Ben Slama: La rentrée politique entre la deuxième république et vingt ans de 7 novembre
Mizaanoun: Les murs de la Forteresse Schengen:Les pêcheurs de Monastir dans les filets de la Frontex
 Le Temps :Septembre 1860 - La rencontre Sadok Bey Napoléon III à Alger:Un pavé sur la voie du colonialisme


 

Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
Flash infos
Tunis, le 29 août 2007
 
1) Détérioration de l'état de santé du prisonnier politique Béchir Laouati

Le prisonnier politique Béchir Laouati, actuellement incarcéré à la prison de Nadhor, a vu son état de santé se dégrader en raison d'une poussée de tension artérielle, puis à cause d'un asthme dû à l'absence de salubrité et à la négligence sanitaire qui sont de mise dans sa prison. Il a perdu connaissance le 22 juillet 2007. L'administration de la prison l'a fait transporter à l'hôpital Bouguetfa à Bizerte où il est resté trois jours. Bien que le médecin ait alerté que son état ne lui permettait plus de supporter ces conditions d'insalubrité, ni de telles néglicences, les recommandations de ce dernier n'ont pas été prises en considération. Il a été reconduit en prison pour y effectuer sa condamnation, une condamnation de quarante sept ans pour appartenance au mouvement de la Nahdha. Il est détenu depuis plus de quinze ans et il a subi la torture lors de sa détention dans les locaux de la police.

2) la police politique agresse violemment Zouhaïr Makhlouf

Le 24 août à midi, quatre agents de la Sûreté en civil ont fait barrage à Zouhaïr Makhlouf, ex-prisonnier politique, alors qu'il venait de sortir du local du Parti démocratique progressiste et alors qu'il s'apprêtait à monter dans la voiture de l'ex président, maître Mohammed Nouri. Ils l'ont violemment agressé dans la voiture sous les yeux de Mohammed Nouri et de son fils.

3) la famille de l'ex prisonnier Hatem Zarrouk en butte à des brimades sécuritaires

Le poste de police de Mourouj 2 a convoqué l'ex prisonnier politique Hatem Zarrouk et sa famille: son épouse Sihem Najjar, sa fille Belkis Zarrouk (18 ans) et son fils Chouaïb (17 ans) pour leur notifier la plainte déposée par un agent de la Sûreté contre Belkis Zarrouk (18 ans), dans laquelle il allègue qu'elle l'aurait violemment agressé. Il est à noter que de nombreux agents de la Sûreté avait entravé le passage de la famille Zarrouk le 24 octobre 2006 et les avaient violemment agressés, entraînant des lésions corporelles chez la femme et les enfants. l'avocat de la famille avait alors déposé une plainte à ce propos contre monsieur Salaheddine Boughanmi.

4) Poursuite du harcèlement contre la famille du défunt Hechmi Mekki

Des agents de la Sûreté de Monastir ont conduit, le matin du 25 août 2007, le jeune Hamed Mekki, fils du défunt Hechmi Mekki, qui passait ses vacances d'été auprès de son beau frère, au district de la Sûreté de Monastir où ils l'ont interrogé et lui ont demandé comment il faisait la prière. Ils lui ont demandé aussi de s'agenouiller et l'ont menacé d'avoir recours à des méthodes violentes s'il ne disait pas à quelle cellule il appartenait. Son interrogatoire a duré de onze heures à trois heures et demi de l'après midi du samedi. Déjà, des agents de la Sûreté de Menzel Bourguiba l'avaient interrogé à plusieurs reprises depuis un an et ne dissimulaient pas leur envie de le jeter en prison.

5) Interdiction faite à maître Abbou de voyager
(...)

6) l'administration de la prison de Mehdia agresse le prisonnier Bilel Marzouki

Le prisonnier politique Bilel Ben Abdallah Ben Mohammed Marzouki, incarcéré à la prison de Mehdia, a commencé une grève de la faim le 13 août 2007, pour protester contre son transfert effectué le 12 août de la prison de Borj El Amri à celle de Mehdia qui est à cent kilomètres du domicile de ses parents et pour protester contre la confiscation des livres qu'il avait à la prison de Borj El Amri. L'administration de la prison de Mehdia a recouru à la mobilisation de dizaines d'agents qui l'ont ligoté et agressé sauvagement, lui occasionnant diverses lésions corporelles. il a été mis dans un cachot individuel et a été privé de la visite de sa famille qui n'a pu le rencontrer depuis plusieurs semaines. Son avocat s'est déplacé pour le voir le 18 août 2007 mais l'administration de la prison, en violation flagrante de la loi, lui a interdit de rencontrer son client, au prétexte qu'"il ne souhaitait voir personne". L'avocat est revenu le 22 août 2007 et a pu le rencontrer. Le prisonnier l'a informé des circonstances de l'agression et lui a dit qu'il n'avait pas été informé de la présence de l'avocat le 18 août. L'avocat a remarqué qu'il avait toujours des marques de l'agression en diverses parties du corps. Le 23 août 2007, son avocat s'est rendu chez le procureur de la République du Tribunal de première instance de Mehdia pour enregistrer une plainte pour torture contre le directeur de la prison de Mehdia, mais le greffe a refusé de lui en donner un reçu.
pour l'AISPP
Le Coordonnateur : Mokhtar Yahyaoui
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)
 
Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
Tunis, le 1er septembre 2007
 
Communiqué
 
Le prisonnier politique Khaled Layouni, incarcéré actuellement à la prison de Mornaguia, poursuit sa grève de la faim illimitée pour le vingtième jour d'affilée afin d'exiger sa libération. Sa mère, Ftima Bouraoui, nous a informés que son fils qui avait été privé de visite lors de sa première semaine de grève avait été amené, porté, cette semaine car il ne pouvait plus marcher. Il était si fatigué qu'il ne parvenait pas à discuter. Il est totalement isolé des autres prisonniers depuis son arrestation. Dernièrement, il a fait l'objet de la sanction du cachot car il avait parlé avec son frère jumeau Oualid Layouni lui aussi incarcéré dans la même prison pour les mêmes accusations.
Rappelons que les deux frères jumeaux Khaled et Oualid Layouni ont fait de nombreuses grèves de la faim pour exiger leur libération. Leur mère a fait à son tour une grève de la faim en solidarité avec eux. Monsieur Khaled Layouni est originaire de Kelibia. Il est étudiant en troisième cycle de mathématiques. Il a été arrêté à Charka aux Emirats Arabes Unis où il vivait avec son épouse et ses deux fils Abdallah et Abderrahmane, puis il a été livré aux autorités tunisiennes le 18 octobre 2005 en vertu de la loi antiterroriste.
Le président de l'Association
Maître Mohammed Nouri
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)

 

Vérité-Action
Communiqué
 
Le vendredi 31 août, le cabinet de Me Ayachi Hammami a été incendié, des dossiers perdus et l’unité centrale de son ordinateur brûlé. De sources concordantes, nous apprenons que cet acte est criminel et prémédité. Dans une conférence de presse, Me Hammami accuse le ministère de l’intérieur d’avoir mis le feu dans son bureau intentionnellement.

Cet incendie dont a été victime le cabinet de Me Ayachi Hammami, militant et membre du mouvement 18 octobre n’est pas isolé d’une série de mesures prises à l’encontre de militants des droits de l’homme, de prisonniers politiques récemment libérés et d’opposants.
Le 29 août, des agents de la sûreté avaient interdits à Me Nejib Chebbi, ancien secrétaire général du parti démocrate progressiste de se rencontrer avec des membres de son parti dans un lieu public.

Le 27 août, l’ancien prisonnier politique et le militant Zied Doulatli a été interdit par la police d’accéder au cabinet de Me Mohamed Nouri sans aucune raison valable.

Le 24 août, l’avocat Mohamed Abbou récemment libéré a été refoulé à l’aéroport de Tunis-Carthage lorsqu’il s’apprêtait à partir vers Londres pour enregistrer une émission avec la chaîne Al-Jazeera. Les autorités justifient cette interdiction du fait de la libération conditionnelle dont a bénéficié Me Abbou.

Les prisonniers politiques libérés à l’occasion de l’anniversaire de la république font l’objet de surveillance contraignante et continue. Parmi eux nous citons M. Ajmi Louirimi qui se plaint de cette situation.

Le 16 août, le militant Omar Mestiri, membre du LTDH et rédacteur en chef du journal électronique « Kalima » est passé en procès pour un article qu’il a publié dans ce même journal. L’affaire a été reportée et lors de l’audience des agressions ont été enregistrés contre des représentants de la société civile.

D’autres militants et défenseurs des droits de l’homme se voient depuis quelques temps privés de leur liberté, agressé ou continuellement harcelés.

Vérité-Action :
- s’indigne de cette vague de répression et condamne toute mesure visant la mise sous pression ou la persécution des défenseurs des droits de l’homme en Tunisie.
-  se porte solidaire avec Me Ayachi Hammami et tous les représentants de la société civile tunisienne qui militent pour les libertés.
-  Appelle  les organisations internationales à la mobilisation pour dénoncer les mesures arbitraires et violentes des autorités tunisiennes.

Fribourg, le 1 er septembre 2007

Service de l’information

Vérité-Action
Case postale 1569
1701 Fribourg
Suisse
Tél. +41797032611
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Site. www.verite-action.org

 

Solidarité Tunisienne
Communiqué 

Le cabinet de Maître Ayachi HAMMAMI incendié.

 

Le 31 août 2007, le cabinet du membre  du Collectif 18 octobre pour les Droits et les Libertés et secrétaire général de la section de Tunis de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH),  Me Ayachi HAMMAMI, a été victime d’un incendie criminel.

 

Il convient de rappeler que le Cabinet de Me AYACHI HAMMAMI a accueilli, en octobre 2005,  la grève de la faim observée par huit personnalités tunisiennes dont Me AYACHI. Ce mouvement a donné naissance au Collectif 18 Octobre pour  les Droits et les Libertés.  Depuis, le Cabinet de Me Ayachi HAMMAMI est soumis à une surveillance policière permanente.

Ce crime odieux vient s’ajouter aux actes d’intimidation, d
e harcèlement et de violence  dont sont victimes les opposants politiques et les défenseurs des droits humains en Tunisie.

 

Solidarité Tunisienne assure son soutien et sa solidarité avec Me Ayachi HAMMAMI.

 

Solidarité Tunisienne dénonce cet acte criminel et exige l’ouverture d’une enquête indépendante pour que toutes lumières soient faites et pour que  les criminels soient jugés.

Solidarité Tunisienne

01/09/2007

 
Pour la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives
Solidarité avec Maître Ayachi Hammami
 
Nous apprenons avec consternation et colère l'incendie volontaire dont a fait l'objet le cabinet de Maître Ayachi Hammami à Tunis la nuit dernière (jeudi 30 à vendredi 31 août). Cet avocat, militant connu et défenseur des droits humains en Tunisie, était en train de terminer un rapport sur l'indépendance de la Justice et sur l'état de l'institution judiciaire. Ce rapport doit être présenté les samedi et dimanche prochains (8 et 9 août 2007) au colloque sur la Justice organisé par le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme (REMDH) dont notre fédération est membre.

Faisant part de notre pleine solidarité avec Me Hammami, nous souhaitons également lui exprimer toute notre amitié et notre volonté de prendre part au soutien que sa situation appelle. Me Hammami est l'une des figures qui n'ont jamais renoncé au combat pour la justice et la liberté, bien qu'ayant été depuis des années éprouvé par un harcèlement constant et méthodique de la part des agents du régime en place en Tunisie. La destruction de son matériel informatique, d'une partie de ses dossiers et de son lieu de travail est un nouvel épisode d'une entreprise d'intimidation qui n'arrive pas à le faire plier.

Nous lui réaffirmons donc notre soutien, ainsi qu'à toutes celles et tous ceux qui en Tunisie, militent pour la liberté et la démocratie et sont victime de la répression.

Pour la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives
Le Président, Mouhieddine Cherbib


Paris, le vendredi 31 août 2007
31/08/2007
Acte criminel à l’encontre de M. Ayachi Hammami
 

TUN 003 / 0807 / OBS 107

L’Observatoire a été informé par des sources fiables de l’acte criminel dont a fait l’objet M. Ayachi Hammami, secrétaire général de la section de Tunis de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) et rapporteur sur la question de l’indépendance de la justice pour le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH).

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (l’OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en Tunisie.

Description de la situation :

Selon les informations reçues, le 31 août 2007, vers 7h40, M. Hammami a découvert que son bureau ainsi que celui de sa secrétaire étaient en train de brûler. Une fois les pompiers sur place et l’incendie éteint, M. Hammami a constaté que les caches des unités centrales des ordinateurs avaient été préalablement retirés, afin que les données informatiques soient plus facilement effacées par les flammes. En outre, une grande quantité de documents papiers a été détruite par l’incendie.


M. Hammami était sur le point de finir son rapport sur l’indépendance de la justice en Tunisie, en vue d’une présentation lors d’un séminaire organisé les 8 et 9 septembre 2007 à Paris, intitulé "Indépendance et impartialité de la justice - le cas de la Tunisie", organisé par le REMDH, avec le soutien de la LTDH et du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT).

L’Observatoire exprime sa plus grande préoccupation au regard de ces faits qui s’inscrivent dans un contexte de violations systématiques des droits des défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie. Ces faits s’ajoutent en effet à une très longue liste d’actes de harcèlement et de violence à l’encontre des militants de la société civile indépendante, ainsi que d’obstacles à la liberté d’association en Tunisie.

L’Observatoire tient également à rappeler que la Tunisie a été membre du Conseil des Droits de l’Homme jusqu’au 18 juin 2007 et qu’en mai 2006, en vue de son élection au Conseil des Droits de l’Homme, le pays avait insisté sur "son engagement irréversible et son adhésion totale aux idéaux et principes de la Charte internationale des droits de l’Homme et aux efforts, tant des Etats membres des Nations Unies que des Organisations onusiennes, pour la promotion et la protection des droits humains" [1].

Par conséquent, l’Observatoire demande aux autorités tunisiennes de se conformer à leurs obligations internationales en matière de droits de l’Homme, en particulier le Pacte relatif aux droits civils et politiques auquel la Tunisie est partie, ainsi que la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée le 9 décembre 1998 par l’Assemblée générale des Nations unies, notamment son article 1 qui prévoit que "chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de droits de l’Homme et des libertés fondamentales au niveaux national et international" ainsi que son article 6.b, qui énonce que "chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales".

L’Observatoire insiste en outre sur la nécessité pour les autorités tunisiennes d’accéder aux demandes de visites sur le terrain exprimées à plusieurs reprises par la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme et par le Rapporteur spécial du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme sur l’indépendance des juges et des avocats.

Actions demandées :

Merci de bien vouloir écrire aux autorités tunisiennes en leur demandant de :

i.Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Ayachi Hammami, ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie ;

ii.Mener une enquête indépendante sur les faits décrits ci-dessus, afin que leurs auteurs soient identifiés et dûment jugés et sanctionnés conformément à la loi en vigueur ;

iii.Mettre un terme à toute forme de harcèlement à l’encontre de tous les défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie, afin qu’ils puissent exercer leur profession et mener leur activité de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

iv.Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à ses articles 1 et 6.b mentionnés ci-dessus, ainsi qu’à son article 12.2, qui dispose que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;

v.Permettre dans les plus brefs délais à la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme et au Rapporteur spécial du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme sur l’indépendance des juges et des avocats d’effectuer librement une visite sur le terrain ;

vi.Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la Tunisie.

Adresses :
 
  M. Zine el-Abidine Ben Ali, Président de la République, Palais de Carthage, 2016 Carthage, Tunisie, Fax : +216 71 744 721 ou +216 71 731 009
  M. Mohamed Ghannouchi, Premier Ministre, Secrétariat Général du Gouvernement, Rue de la Kasbah, 1008 Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 562 378
  M. Rafik Belhaj Kacem, Ministère de l’Intérieur et du Développement local, Avenue Habib Bourguiba, 1001 Tunis, Tunisie, Fax : ++ 216 71 340 888 ; Email : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته. 
  M. Kamel Morjane, Ministère de la Défense Nationale, Avenue Bab Mnara, La Kasbah, 1008 Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 561 804
  M. Bechir Tekkari, Ministère de la Justice et des Droits de l’homme, 57, Boulevard Bab Benat, 1006 Tunis, Tunisie, Fax : +216 71 568 106 ; Email : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته. 
  Ambassadeur, S.E M. Samir Labidi, Mission permanente de la Tunisie auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, 58 Rue Moillebeau, Case postale 272, 1211 Genève 19, Suisse, Fax : +41 22 734 06 63 ; Email : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته.  
  Ambassadeur M. Mehrez Benrhouma, Ambassade de la Tunisie à Bruxelles, 278 avenue de Tervueren, 1150 Woluwe-Saint-Pierre, Belgique, Fax : + 32 2 771 94 33 ; Email : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته.


*** Genève - Paris, le 31 août 2007

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.
L’Observatoire a été lauréat 1998 du prix des Droits de l’Homme de la République Française.
Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence : E-mail : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته. Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 20 11 / 33 1 43 55 18 80 Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29

[1] Voir http://www.un.org/ga/60/elect/hrc/tunisia.pdf
 

Tunisie: Le cabinet d'un avocat opposant endommagé par un incendie
Associated Press, le 31 août 2007 à 15h15
Le cabinet de l'avocat tunisien Ayachi Hammami, un opposant radical notoire au régime, a été sérieusement endommagé vendredi matin par un incendie, a constaté l'Associated Press. Le feu a été peu après maîtrisé par les agents de la protection civile intervenus à l'appel de l'avocat dont le cabinet est situé au centre de Tunis.

Deux ordinateurs ont été endommagés, de même que le bureau et le siège ainsi que de nombreux documents qui s'y trouvaient. Selon l'avocat, l'unité centrale des ordinateurs contenait un rapport sur l'indépendance de la justice qu'il devait présenter lors d'une conférence prévue les 8 et 9 septembre à Paris, à l'initiative du Réseau euroméditerranéen sur les droits de l'homme.

Lors d'une conférence de presse improvisée, Me Ayachi a accusé "les parties officielles" d'être derrière cet acte qualifié de "criminel" par plusieurs responsables de partis d'opposition et d'associations présents sur les lieux. "C'est clair que ce n'est pas un vol ordinaire, mais un acte destinée à m'empêcher de présenter ce rapport et à ne pas parler de la situation dans le pays, s'agissant surtout de l'indépendance de la justice, un sujet d'une sensibilité particulière", a déclaré l'avocat. "J'accuse le ministère de l'Intérieur d'être à l'origine de cet incendie, parce que c'est lui qui est responsable de la sécurité des gens et ce sont ses agents qui cernent mon cabinet nuit et jour", a-t-il martelé.

En octobre 2004, le cabinet de Me Ayahi avait abrité une grève de la faim observée pendant plus d'un mois par sept personnalités de la société civile à la veille du sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) pour réclamer le respect des droits de l'homme et des libertés civiques.

Plusieurs acteurs de la société civile dont un dirigeant du parti démocratique progressiste (PDP/opposition), Me Néjib Chebbi, et le président de la ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), Me Mokhtar Trifi, ont mis l'accent sur "la gravité" de cet acte "sans précédent". Tout en exprimant leur "solidarité agissante" avec leur confrère, ils ont préconisé la mise sur pied d'une "commission vérité et justice" pour faire la lumière sur cette affaire et en poursuivre les auteurs en justice.

Dan un communiqué, les autorités indiquent que le parquet a ordonné l'ouverture d'une enquête pour rechercher les causes de l'incendie. Le juge d'instruction s'est rendu sur les lieux et a réquisitionné des agents de la protection civile, de la police technique et de la société tunisienne d'électricité et de gaz pour procéder aux investigations. Selon les éléments préliminaires, aucune trace d'effraction n'a été relevée, ajoute le communiqué. Les autorités font état de leur "étonnement" face aux déclarations du plaignant qu'elles qualifient d'"infondées et irresponsables".

Associated Press
L'avocat Ayachi Hammami accuse Tunis d'avoir incendié son bureau
Reuters, le 31 août 2007
TUNIS, 31 août (Reuters) - L'avocat Ayachi Hammami a accusé vendredi les autorités tunisiennes d'avoir incendié son bureau pour l'empêcher de participer à un séminaire sur l'indépendance du système judiciaire tunisien, en septembre à Paris.

Hammami comptait parmi les huit militants des droits des droits de l'homme qui ont observé une grève de la faim dans le même bureau du centre de la capitale, à la veille d'un sommet international sur la société de l'information organisé en 2005 à Tunis.

"J'accuse les autorités - le ministère de l'Intérieur - d'avoir brûlé mon bureau. C'est la seule institution chargée de contrôler et de harceler les militants, il n'y a donc personne d'autre à mettre en cause.

"Je ne vais pas garder le silence. Il s'agit d'un maillon d'une chaîne d'événements similaires, mais cela n'affectera ni mon travail, ni mes principes, ni mon message", a affirmé l'avocat, qui a découvert le sinistre peu avant 08h00, vendredi.

"Il y a une volonté claire de m'empêcher de présenter à Paris un rapport qui montre la réalité du système judiciaire" tunisien, a-t-il ajouté.

Un représentant du gouvernement a jugé ses déclarations "surprenantes, infondées et irresponsables".

Reuters
 
URGENT
Agression contre Maître AHMED NÉJIB CHEBBI
Un communiqué officiel du Parti démocrate progressiste nous informe que :
Traduction libre

 
 
Maître Ahmed Néjib Chebbi ancien Secrétaire général du Parti démocrate progressiste, figure nationale et très connue a fait l'objet d'une agression de la part d'agents de la sûreté consistant à l'empêcher de rencontrer d'autres membres du parti dans un café sur la côte de la ville de Nabeul le soir du mercredi 29 août courant. Allant jusqu'à proférer des menaces, de fermeture du commerce, à l'encontre du propriétaire des lieux, s'il n'exige pas le départ des militants du PDP de son établissement. Maître Chebbi et les autres membres du PDP attablés dans ce lieu public ont préféré le quitter de plein gré afin d'épargner au propriétaire les foudres des autorités. Ils se sont installés sur la plage pour poursuivre leur rencontre.

Ceci n'a pas empêché les agents de police de continuer de les harceler en exigeants leurs départs, et vu leur refus d'obtempéré, les agents les ont encerclés en s'asseyant autour d'eux d'une façon très rapprochée, comble de l'intimidation. Pire encore, ils ont même forcé les portière de la voiture de Maître Chebbi pendant qu'il était en compagnie de ses amis.

Ces agissements dépravants, constituent une atteinte caractérisée à la liberté individuelle et à l'intégrité personnelle de Maître Ahmed Néjib Chebbi et de celles de ses camarades. Ils constituent un dangereux précédent et un acte criminel contrevenant aux règles éthiques et morales des relations politiques. Ils dépassent la personne même de notre frère Chebbi pour atteindre sa symbolique politique et son immunité morale et politique acquise par son long combat politique, et aussi la position politique du Parti démocrate progressiste qui refuse la présidence à vie et qui dénonce la compagne de plébiscite, et qui milite et recherche continuellement à réunir et à rassembler les efforts et les énergies afin de briser le blocage politique en refusant le monopole du parti au pouvoir de la vie, et ce, à la veille des échéances de 2009.

Le Parti démocrate progressiste, tout en dénonçant avec force ces atteintes, met en garde contre la dégradation de la situation et les menaces à la vie privée des opposants et de l'élite démocratique en général. Le PDP rappelle qu'il est engagé à prendre ses responsabilités nationales dans ces moments singuliers, et que le ciblage de ses symboles et militants ne le fera pas renoncer à sa lutte contre la situation de despotisme et pour réaliser les réformes politiques et constitutionnelles urgentes.
******

Nous nous joignons aux militantes et militants du PDP pour dénoncer ces graves atteintes et agissements criminels et nous affirmons notre solidarité avec Maître Ahmed Néjib Chebbi figure charismatique et militante de haut rang du mouvement démocratique tunisien. Nous affirmons que de telles pratiques ne font que renforcer notre détermination à aller de l'avant et ne font que renforcer notre détermination à continuer le combat pour une Tunisie démocratique.
Nous ne comptons pas nous taire et nous ne ménagerons pas les efforts pour défendre une personnalité du calibre de maître Ahmed Néjib Chebbi et ce qu'elle représente comme symbolique nationale.

PDPinfo
 
Cessez de grâce de soutenir et de glorifier nos dictateurs
 

Sihem Bensedrine & Naziha Rjiba

Nous publions cette lettre ouverte envoyée aux membres du Congres américain qui ont visité dernièrement la Tunisie

Tunis le 30 juin 2007

A l’attention des membres de la délégation de la chambre des représentants qui ont visité la Tunisie les 30 mai et 1er juin 2007 :
John Tanner (D - Tennessee); Paul Guillmor (R- Ohio); Jo Ann Emerson (R - Missouri); John Shimkus (R- Illinois); Dennis Moore (D - Kansas); John Boozman (R - Arkansas); Baron Hill (D- Indiana); Albert "Ben" Chandler (D - Kentucky); Kendrick Meek (D - Florida); Charles Melacon (D - Louisiana).

Chers Congressistes,

Vous venez de visiter notre pays, la Tunisie et vous avez fait une conférence de presse à la fin de votre visite où vous avez déclaré avoir été « impressionnés par le niveau de développement atteint par ce pays ».
Nous sommes nous mêmes fiers du dynamisme de la société tunisienne depuis des siècles; mais permettez-nous toutefois de considérer que le niveau de développement de notre pays n’est pas à la mesure des énergies et ressources qu’il recèle, ni des aspirations de ses citoyens. Notre développement vous aurait nettement plus impressionnés si les Tunisiens étaient des citoyens libres, nous en sommes sûrs ; L’exemple de pays méditerranéens aux conditions autrefois similaires à la Tunisie - comme la Grèce ou le Portugal - atteste qu’une formidable métamorphose est favorisée dès que le carcan totalitaire est brisé. Notre potentiel économique connaît aujourd’hui une indéniable inhibition due à la prise en otage de notre pays par une dictature policière.

La visite guidée que vous avez effectuée, ne vous laissait pas le loisir de juger « par vous-mêmes », comme vous l’avez souhaité, « de la réalité de la situation » qui prévaut dans ce pays. Nous reconnaissons que le circuit fermé auquel vous avez été conviés est assez efficace pour masquer la réalité. Ce qu’on a omis de vous montrer, c’est la réalité policière de ce système qui fait de ce beau pays une véritable prison pour ses propres citoyens.

Vous avez rencontré le président, et d’autres officiels. On vous a dit que le gouvernement a l’habitude de résoudre les problèmes par « le dialogue et la concertation ». On vous a menti ! Sachez que depuis 20 ans, aucun dialogue avec la société civile n’a été engagé ; ce régime refuse tout dialogue avec quiconque a une velléité d’indépendance ; et tous ceux qui ne font pas allégeance sont écrasés par une puissante machine policière. La règle d’or est : « tout ce qui n’est pas avec moi est contre moi ». La meilleure illustration est ce qui se passe avec la LTDH dont vous pouvez lire les détails de la guerre sans merci qui lui a été livrée dans votre country reports on Human rights practicies (1) . Elle est loin d’être la seule. Chaque fois qu’une association ou un corps élit une direction indépendante, c’est la rupture et les autorités de tutelle refusent de traiter avec le nouveau bureau élu, comme cela a été le cas avec l’association des magistrats ou avec les représentants des avocats et des journalistes.
Au moment même où vous admiriez le catalogue des réalisations « impressionnantes » du régime de Ben Ali, voici ce qui se passait au titre du « dialogue » à 3 km à vol d’oiseau de votre lieu de visite. Des défenseurs de droits humains sont frappés par la police seulement pour avoir tenté de se réunir dans leurs locaux, des journalistes sont maltraités par des policiers en civil et leur matériel volé, les locaux des ONG indépendantes comme la LTDH ou le CNLT sont sous un siège policier (2). Un avocat, Mohamed Abbou est en prison depuis plus de 2 ans pour avoir osé critiquer les prisons tunisiennes.

Vous avez affirmé que « La Tunisie est prête pour des réformes et le gouvernement est motivé pour cela… » Mais vous précisiez que l’on doive aller par étapes et non pas « sauter du point A au point M». Cela tombe sous le sens. Seulement laissez-nous vous dire que les Tunisiens seraient ravis de voir ne serait-ce que l’esquisse de telles réformes. Et nous serions encore plus heureux d’aller du point M vers le point A, là où se trouvait la Tunisie au moment du coup d’Etat de Ben Ali en 1987, qui a été le point de départ d’une régression historique.
Sachez messieurs que la Tunisie avait entamé une ouverture politique depuis les années 80. Que notre pays avait la société civile la plus dynamique d’Afrique du Nord et du monde arabe. Contrairement à ce que l’on vous a dit, la Tunisie a vu fleurir, dès fin des années 70, une presse libre et une société civile dynamique avec des contre-pouvoirs réels.
Mais en 1990, ce régime a brutalement stoppé cette dynamique et déployé une terreur policière inédite prenant pour prétexte la lutte anti islamiste. Des dizaines de citoyens sont morts sous la torture. Les partis d’opposition et les associations ont été mis au pas, la presse libre laminée et la justice transformée en auxiliaire de la police.
Tous les acquis politiques et sociaux ont subi des revers (éducation, santé…) et la libre entreprise a été logée à la même enseigne que la liberté d’expression. De nombreux investisseurs étrangers ont renoncé à s’implanter et nombre d’hommes d’affaires tunisiens sont partis investir dans d’autres pays, fuyant tous un climat d’affaires impropre aux règles élémentaires d’un Etat de droit.
Encouragé par l’absence d’une presse libre et d’une Justice indépendante, le gouvernement ne se sent pas comptable de sa politique devant les citoyens et gère les ressources publiques dans l’opacité la plus grande, utilisant les fonctions régaliennes de l’Etat pour contrôler l’initiative privée et servir les intérêts privés de l’entourage du président.

Les élections se déroulent au mépris des normes internationales et aboutissent à de véritables farces électorales où des parlementaires sont nommés pour jouer le rôle de chambre d’enregistrement et couvrir l’arbitraire d’un voile de légalité ; Tandis que notre président succède à lui-même depuis 20 ans avec des scores à la soviétique ; Sa campagne pour un cinquième mandat en 2009 a déjà été entamée.

Faire d’un pays émergent, une société fermée, a été la véritable « réalisation » du régime de Ben Ali. Ce que l’on nomme « la lutte contre le terrorisme » a été le grand prétexte pour justifier cette mise au pas.
Vous semblez particulièrement satisfaits des performances de la Tunisie sur ce registre.
Si c’est uniquement cela qui vous intéresse, alors, de grâce, évitez de nous parler de démocratie et de réformes politiques ! Nos élites ont du mal à ajouter foi à ce discours; Vous avez qualifié la politique de Ben Ali de « bon travail » ajoutant que Al Qaeda tue des innocents.
Si le sort des innocents vous préoccupe, alors nous vous invitons à lire ce rapport que nous venons de publier à Genève (3) au Palais des Nations au cours de la 41 session du Conseil des DH, dans un panel modéré par le rapporteur spécial anti terrorisme (4) ; vous comprendrez que ce gouvernement, loin de combattre le terrorisme est en train de démultiplier le phénomène et de fabriquer des candidats au terrorisme, fragilisant le pays et exposant la Tunisie à la déstabilisation.

Si vous ne souhaitez pas que votre gouvernement répète les erreurs faites dans notre région et qui coûtent non seulement cher aux Américains mais au monde entier en disqualifiant les valeurs universelles de droits humains, alors cessez de soutenir et de glorifier nos dictateurs.
La matraque et la répression n’ont jamais été la meilleure réponse à la demande de liberté d’un peuple. Si vous pensez le contraire, alors pourquoi décriez-vous tant la politique de la Chine, de la Syrie, du Zimbabwe ou de la Biélorussie ? Et si la croissance est le seul critère pour mesurer le développement humain d’un pays, alors il faudra être conséquent et louer les « avancées» de la Chine.

Outre le fait de dresser l’opinion tunisienne contre les Américains en général, votre soutien sans condition - en tant que représentants du peuple américain - à la dictature de Ben Ali coûte très cher à la Tunisie, en prolongeant sa longévité. Nous ne pouvons l’interpréter autrement que comme un acte de mépris de notre désir de liberté.

Sihem bensedrine, porte parole du Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT)
Naziha Rjiba, Vice présidente de l'Observatoire pour la Liberté de Presse, d'Edition et de Création (OLPEC)

PS : good news : au lendemain de votre départ, le gouvernement a accordé une licence de diffusion à une nouvelle radio « Zeitouna » ; l’heureux bénéficiaire est le propre gendre de Ben Ali. Ils sont maintenant 3 autour de la famille à contrôler les 3 uniques radios privées en TN. Inutile de vous préciser qu’aucune radio indépendante n’a été jamais été autorisée à diffuser.
__________________________

1- http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2006/78864.htm
2- http://www.humanrightsfirst.org/middle_east/tunisia/alert060607_abbou.htm
3- http://www.fidh.org/article.php3?id_article=4386&var_recherche=tunisie  http://www.cnltunisie.org/fr/index.php?option=com_content&task=view&id=128&Itemid=172
4- Monsieur Martin Scheinin, Rapporteur spécial sur la Protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste
 

Please stop supporting and glorifying our dictators

 

Open letter

To the attention of the members of the US Congressional delegation who visited Tunisia on June 1st:
John Tanner (D - Tennessee); Paul Guillmor (R- Ohio); Jo Ann Emerson (R - Missouri); John Shimkus (R- Illinois); Dennis Moore (D - Kansas); John Boozman (R - Arkansas); Baron Hill (D- Indiana); Albert "Ben" Chandler (D - Kentucky); Kendrick Meek (D - Florida); Charles Melacon (D - Louisiana).



 

Dear Congressmen,


At a press conference during your recent visit to
Tunisia, you stated that you were impressed by the “very great progress that has been made here”. While we are also proud of Tunisia ’s dynamic progress over the course of centuries, we would like to draw your attention to the fact that Tunisia ’s current state of development is not at the level of its citizens’ aspirations or of the country’s energies and resources.


Our development would have impressed you far more if Tunisians were free citizens. The examples of other Mediterranean countries such as
Greece and Portugal, which have lived through political situations similar to what Tunisia now endures, attest to the extraordinary metamorphosis that can occur as soon as the totalitarian yoke is cast off. Our economic potential is undeniably limited by the fact that our country is hostage to a dictatorship.

During your brief guided tour of Tunisia, which hid the actual conditions of the country, you were not in fact given a chance to judge “for yourselves,” as you wished, the reality of our country’s plight. The closed and artificial bubble you moved through was a Potemkin village, masking Tunisia ’s reality. What you were not shown is the repressive nature of the current government, which makes this beautiful country a prison for its own citizens.
You met the president and other government officials and were told that the government solves problems by engaging in “dialogue” with its citizens. You were lied to! For the last 20 years, there has been no dialogue with civil society; the regime refuses to cooperate with anyone who has any inclination to independent thought. All those who do not pledge allegiance to the dictatorship are crushed; the government’s stance is that “all who are not with us are against us”.
The best illustration of this is what is now happening to the Tunisian League for Human Rights (LTDH). You can read the details of the war without mercy that is being waged against it in your own Country reports on Human rights practices (1). This is far from the only such case. Each time an association or body elects an independent board, the authorities refuse to acknowledge it. This has been the case with associations of judges, of lawyers, and of journalists.

While you claim to admire the catalogue of “impressive” achievements made by Ben Ali’s regime, you are unaware that human rights defenders are brutally harassed by the police force for attempting to conduct meetings in their offices; journalists are mistreated by plain-clothes policemen who steal their notes and other materials; and the buildings of independent NGOs like the National Council for Liberties in Tunisia (CNLT) and the Tunisian League for Human Rights (LTDH) are under constant police watch. Mohamed Abbu, a lawyer, was sentenced to 3 ½ years in prison for having dared to criticize the Tunisian prisons.
You said that “ Tunisia is ready for greater freedom in the political arena” and “the government here is interested in that”…” But you specified that “there are steps to be taken; one has to go from A to B, not from A to M…”. This seems logical. But let me tell you that the Tunisian people would be happy to see even a rough draft of such reforms. And we would be even happier to go from point M to point A, which is where Tunisia was in 1987 at the time of Ben Ali’s coup d'etat, which was the starting point of a long period of regression.
In the early 1980s Tunisia had entered a period of political openness. Before Ben Ali come to power, Tunisia was one of the most dynamic societies in North Africa and the Arab world; its citizens enjoyed a free press and other important human rights. However, in 1990 Ben Ali’s regime brutally put a stop to Tunisia ’s development and installed an authoritarian police state under the pretext of fighting Islamic extremism. Countless citizens have since died under torture by the government, opposition parties have been controlled, freedom of the press has been suppressed, and the judiciary transformed into an auxiliary arm of the police force
Political and social assets that were once significant (education, healthcare) have suffered serious reversals. And free enterprise is in the same situation as freedom of expression. Many foreign investors have given up their attempt to establish businesses here and numerous Tunisian businessmen have left to invest in other countries, fleeing a business climate that lacked the most elementary aspects of the rule of law.
Meanwhile, the Tunisian government, encouraged by the lack of either a free press or an independent judiciary system, does not feel itself to be accountable to its citizens and misuses its power, managing public resources with no transparency whatsoever and using state patronage to suppress private initiative and serve the personal interests of the president’s inner circle.
Elections are conducted with complete disregard for international standards and constitute a true mockery; members of Parliament are “named” to rubber-stamp the president’s decisions and disguise the arbitrary character of the regime under a veil of legality. Our president has succeeded himself in power for 20 years with Soviet Union-like election results (94,48%) and his campaign for a fifth mandate in 2009 has already started.
Transforming an emergent country into a closed society is the true “achievement” of Ben Ali’s regime.
The war on terror was the pretext for this backward movement. You seem particularly satisfied with Tunisia’s performance in this respect. You said “The Tunisian security authorities are doing a very good job”. If that is all that interests you, then please stop speaking to us about democracy and political reforms! Our elites have learned that they cannot trust or rely on such talk. You say that "Al Qaeda" kills the innocent. If the fate of innocent people concerns you, then we invite you to read the report(2) we have just released in Geneva during the 41st session of the Council for Human Rights, during a panel moderated by the Special Rapporteur on the Protection of Human Rights and Fundamental Freedoms in the Antiterrorist Fight (3),You will begin to understand that this government, far from fighting terrorism, is actually, by weakening the country and exposing Tunisia to destabilization, creating the kind of situation that breeds terrorists.

If you do not want your government to repeat the errors it has made in our region in the past, errors for which not only the American people but the whole world has paid a very high price, for the universal values of human rights were undermined, then please stop supporting and glorifying our dictators.
Brutal repression is never the correct response to a request for freedom. If you do not agree, then why are you so critical of the policies of China, Syria, Zimbabwe and Belorussia? If economic growth is the only criterion for measuring the human development of a country, then you should also exalt the “achievements” of China.
In addition to breeding anti-American feelings in Tunisia, your unconditional support, as representatives of the American people, for Ben Ali’s dictatorship prolongs and enhances the dictator’s power. Your support for a dictatorship costs the Tunisian people their freedom. We can interpret that support only as a gesture of scorn for our aspirations for freedom.


June 30. 2007
Sihem Bensedrine, spokesperson CNLT ( National council for liberties in
Tunisia
)
Naziha Rjiba, Deputy President OLPEC (Observatory for freedom of press, edition and creation)




PS : Shortly after your departure, Ben Ali’s government granted a broadcasting license to a new radio station called “Zeitouna.” This may appear to be good news. However, the recipient of the license is Ben Ali’s son-in-law. Consequently, the family now has sole control of all three private radio stations in Tunisia . Unsurprisingly, no truly independent radio station has ever been authorized to broadcast.

_____________________
1 1
http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2006/78864.htm  
2
http://www.cnltunisie.org/fr/index.php?option=com_content&task=view&id=128&Itemid=172   
3 Mr Martin Scheinin, special Rapporteur on the Protection of the human rights and fundamental freedoms in the antiterrorist fight

 
 
La rentrée politique entre la deuxième république et vingt ans de 7 novembre
 
La rentrée politique de cette année est un énorme défi pour le peuple tunisien. L'ambiance de fin de règne et la résignation de Ben Ali devant les agissements de sa femme et son entourage, comme témoigne l'affaire Souha Arafat, ne peuvent qu'augmenter l'exaspération du cercle présidentiel et les centres du pouvoir économiques et, en dernier lieu, le peuple résigné.
Les hommes de confiance de Ben Ali rencontrés il y a des années au ministère de l'intérieur, sont devenus riches et vieux  et se sont accoutumés à la vie paisible grâce aux privilèges amassés durant ces vingt dernières années. Les cercles de l'armée observent et font semblant de ne rien voir.
Même Les faucons du régime ne voient pas une fin. Ils n'ont aucune idée sur l'homme fort qui va prendre la relève tant qu'ils ont été dressés à l'obéissance.
Abdelwahab Ben Abdallah, actuel ministre des affaires étrangères, partant d'un excès de confiance et une légitimité d'un intime du pouvoir, a essayé de convaincre les Américains en rendant visite à Condelezza Rice qu'il peut être une alternative crédible. Il a été rebuter dans son effort. Les Américains ne vois en lui que le deuxième homme, qui tire justement sa légitimité de ce numéro.
A mon avis, face à cette impasse, je ne vois d'autre solution que l'initiative de la deuxième république. J'ai déjà manifesté ici mon soutien à cette démarche conduite par M. Tarak MEKKI.
J'ai hâte de voir les centres du pouvoir économique manifester une adhésion même discrète à cette entreprise. Quand aux centres du pouvoir policier, je suis certain que la majorité des nouveaux hauts responsables, contrairement aux vieux compagnons de Ben Ali, ont assez d'être  des outils dans la main des intérêts personnels. En revanche, l'armée est obligée de garder sa neutralité face à cette initiative, tant que cette dernière a été détournée de sa mission par des agissements machévièliques de promotion, de mise à la retraite et même d'assassinat.
L'avènement de la deuxième république ne peut que confronter les blessures de vingt ans de dictature, à condition de ne chercher que la justice et rien d'autre que la justice.
Nader Ben Slama
1 septembre 2007
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Les murs de la Forteresse Schengen.
Les pêcheurs de Monastir dans les filets de la Frontex
 

Par : Mizaanoun
Dans un communiqué, publié sur le site http://www.tunisnews.net du 23 août 2007, de la Fédération des tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) il est question d’une affaire de sauvetage en pleine mer. On ignore  quelle est la signification exacte de « citoyenneté des deux rives » qui serait à la base de la constitution de cette fédération, mais là n’est pas la question. L’affaire porte sur  des  pêcheurs, originaires des villes Téboulba ou de Monastir,  qui se trouvaient le 08 août 2007 en pleine mer quand ils se sont rendu compte qu’une embarcation rudimentaire était en train de faire naufrage.
À bord il y avait quarante quatre personnes dont onze femmes, deux d’ entre elles enceintes, ainsi que deux enfants. L’état de santé de la plupart des naufragés, comme on peut l’imaginer, était déplorable et nécessitait d’urgence de l’aide. Les pêcheurs avant de prendre toute décision auraient informé, on suppose par radio, les autorités italiennes ainsi que les tunisiennes. Finalement tout le monde débarquent, sur l’île de Lampedusa,  mais entre les mains des « carabiniers » et des policiers italiens, en leur qualité d’agents de la FRONTEX européenne, y compris les pêcheurs qui seront en état d’arrestation et seront traduits devant les tribunaux italiens sous le chef d’accusation de passeurs de clandestins ou de délit qui favorise l’immigration clandestine. Le procès devrait s’ouvrir le mercredi 22 août 2007 devant le tribunal de la ville d’Agrigente[1] (Sicile, sud). Bien qu’on ne parle plus des quarante quatre personnes qui tentaient d’atteindre l’Europe à travers l’Italie par la seule manière qui leur restait possible, c'est-à-dire au péril de leur propre vie, le sort de chacun est parfaitement connu et sera sans aucun doute le même que celui réservé de leurs compagnons de malheur en Espagne.
Une fois vérifiée l’identité de chacun, les photos d’usage de la police criminelle réalisées, les empreintes digitales prélevées et tous les renseignements pris, ils seront tous expulsés manu militari et sans contemplation aucune vers leurs pays  respectifs d’origine. La fiche de chacun, avec toutes les données, passera à travers le disque dur du puissant ordinateur de la Communauté européenne, le SIS (Système Informatique Schengen), pour être à la disposition de toutes les polices du Continent.         
A présent d’aucuns diraient que vu le contexte dans lequel se trouve le monde aujourd’hui, les italiens, les espagnols, les français et tous les membres de la Communauté européenne sont dans l’obligation d’appliquer les accords convenus à  Schengen le 14 juin 1985. À ces accords ont été souscrits, en première phase, par la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg et en deuxième phase, plus tard, par l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. La Suisse, bien qu’elle ne fasse pas partie officiellement de la Communauté européenne, elle a adhéré à ces accords le 5 juin 2005. Deux pays sont restés en dehors, l’Angleterre et l’Irlande. Oui il n’y a rien à dire à ce sujet. Comme on le voit les accords de Schengen sont bien antérieurs au 11-S qui a déclenché la guerre mondiale contre le « terrorisme ». Aux dernières nouvelles lues sur le site de tunisnews du 28 août, il est question d’une intervention diplomatique, au niveau de l’ambassade tunisienne en Italie, qui chercherait à faire libérer les pêcheurs.
Quelle que soit l’issue qui va être donnée à cette affaire, le vrai problème restera posé et demeurera aussi sans solution aucune. Il n’y a rien dans les horizons qui indique un changement quelconque. Car d’un côté l’espace Schengen tout en se verrouillant de plus en plus mais sans pour autant renoncer à ses « intérêts vitaux » dans le reste du monde et particulièrement en Afrique et dans le monde arabe, de l’autre côté la réaction des « exclus », qui a pris ces derniers temps la forme des pirogues pacifiques, prendra, sans la moindre doute, d’autres formes que personne, ni même les experts occidentaux en la matière et qui sont payés royalement, ne peuvent ni imaginer ni prévoir. Au moment où les embarcations, telle que celle des derniers naufragés sauvés in extremis par les pêcheurs de Monastir, continuent leur traversée vers les côtes italiennes les plus proches, beaucoup d’autres pirogues le font vers les côtes espagnoles. Là on est en pied de guerre depuis plusieurs années. De ce côté-là la complexité de la question et les moyens mis en œuvre pour y faire face mérite bien un léger détour dans l’histoire susceptible de jeter plus de lumière sur les origines et les dimensions de la problématique.
L’Espagne : de la dictature au retour impérial.
Donc il a fallu la guerre civile –  une guerre qui a duré trois ans, de 1936 jusqu’à 1939, faisant huit cents milles morts et plus de 350.000 exilés – pour voir l’Espagne, sous la dictature du général Franco, se maintenir  durant quarante ans hors des « zones d’influence occidentales »  de par le monde et particulièrement en Afrique et en Amérique du Sud.  Par influence s’entend surtout  les sources des matières premières qui ont permis l’enrichissement matériel de l’Occident où ce qu’ils appellent leurs « intérêts vitaux ».  Après la  deuxième Grande Guerre qui a opposé l’Allemagne aux autres pays européens, l’Espagne ainsi que le Portugal étaient restés à l’écart de la nouvelle reconstruction de l’Europe et par la suite de la construction de la Communauté européenne actuelle. Les deux pays ibériques, gouvernés par deux dictatures, celle du général Franco et celle de Salazar, sont restés isolés du reste de l’Europe occidentale pompeusement démocratique. Donc jusqu’aux années soixante et soixante dix, sur le plan du développement économique et social, l’Espagne était pratiquement au même niveau que les autres pays du sud de la méditerranée, le Maroc, la Tunisie ou l’Algérie où le PIB dans l’un comme dans les autres se situait à quelques 400 dollars. Aujourd’hui il serait d’environ 4.000 dollars[2] en Tunisie et de 22.000 euros ou 29.000 dollars. Donc dans le même espace de temps, du côté sud de la méditerranée, le PIB s’est multiplié par dix et du côté nord, dans ce cas l’Espagne et le Portugal, il s’est multiplié par plus de 70 ! Et pourtant ni les espagnols, ni les portugais n’auraient découvert de gigantesques ressources naturelles, ni qu’ils ne soient des êtres dotés d’une intelligence supérieure à celle des peuples du sud de la méditerranée et en l’occurrence les arabes. Encore plus, ils ne sont pas, non plus, plus laborieux. Tout à fait le contraire. Ils travaillent strictement 40 heures par semaine et en comptant les jours fériés additionnés aux samedis et dimanches, sans prendre en considération les vacances de chacun, on arrive à 127 jours[3], soit plus de quatre mois de l’année. Alors d’où vient cet écart ahurissant dans les PIB ? – C’est très simple, les coffres-forts de la Communauté Européenne contiennent des accumulations de richesses inimaginables, de quoi pouvoir reconstruire toute l’Europe d’un seul coup. Ces accumulations qui se comptent par billions d’euros s’appellent aussi les fonds structurels. Et en plus une domination sans partage de la technologie et de tous les moyens les plus sophistiqués de production. Et en parlant des richesses occidentales faut-il aussi y inclure, à part le pétrole en lui-même,  tout l’argent du pétrole du Golfe.Tout flue vers la même destination !
Jamais les espagnols ou les portugais qui dans les années soixante-dix étaient âgés de 20 ou 30 ans et donc aujourd’hui seraient des retraités ou sur le point de l’être, n’avaient rêvé d’une pension aussi fabuleuse, qui leur permet de vivre dans un confort total, en plus faire des vacances aux quatre coins  du monde et entreprendre des croisières réelles sur des bateaux de grand luxe comme l’Europa dans le récit fiction dont il sera question plus loin. Alors que jusqu’aux années soixante dix, les français gardaient encore l’habitude de dire qu’au-delà des pyrénéens, commence l’Afrique. Ils ne le disent plus aujourd’hui. Certains français des classes populaires se considèrent même frustrés devant le niveau de vie de leurs voisins du sud qui les a brusquement rejoints et dans certains cas même dépassés.
À cette époque des années soixante et soixante dix, les émigrés qui partaient du Maroc traversaient à toute vitesse l’Espagne en direction de la France, de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne, des pays nordiques ou de l’Angleterre. Il n’y avait rien en Espagne de nature à inciter ces émigrés économiques à y rester. Ni des possibilités de travail, ni des salaires alléchants, ni un cadre social meilleur que celui de leur pays d’origine qu’ils ont décidé de quitter. En plus beaucoup d’espagnols étaient eux-mêmes des émigrés dans ces mêmes pays de l’Europe riche ou dans certains pays d’Amérique du Sud comme l’Argentine, le Mexique ou le Venezuela. Dans les témoignages de tous ceux qui ont eu l’occasion de visiter l’Espagne à cette époque il y avait beaucoup de sentiments de sympathie et de solidarité envers un peuple apparemment  affable. En tout cas c’était bien l’impression générale qui se dégageait à l’époque. On était très loin des autres considérations de l’histoire. Et quand on passait par des villes comme Séville ou Grenade, on faisait abstraction des siècles de splendeur d’un certain empire espagnol avec ses  Hernan Cortès ou Francisco  Pizarro et on mettait beaucoup plus l’accent sur le moment avec ses attractifs aspects culturels et folkloriques, ses artistes, ses couleurs et sa riche et appétissante gastronomie. A Grenade ou à Cordoue il y avait quelque chose qui intriguait quand même les visiteurs. L’Alhambra ou la Grande Mosquée, deux vestiges d’une autre splendeur, celle de l’Andalousie musulmane et qui sont de visite obligée, constituent une immersion inévitable dans l’histoire.  Dans les rues de Séville, comme dans toutes les autres villes de l’Andalousie on croisait des gens, des hommes, des femmes, des jeunes filles et des garçons  tous ou presque tous, aux cheveux et aux yeux noirs et à la peau brune. Ils semblent avoir beaucoup plus d’affinités  avec les foules arabes de Damas, de Bagdad ou de Rabat qu’avec les foules européennes, à la peau blanche, aux cheveux blonds et aux yeux bleus ou en couleurs claires, de France, d’Allemagne ou des pays scandinaves.
Avec toutes ces caractéristiques et beaucoup d’autres, l’Espagne de l’époque gardait encore une colonie en Afrique et dont on parlait très peu, le Sahara. Le roi du Maroc Hassan II en 1975 – profitant d’un moment d’incertitude qui planait sur l’Espagne, dû à l’agonie et puis à la mort du général Franco – a cru le moment opportun pour l’annexer. Le roi d’Espagne, une fois Franco enterré, ayant devant lui une énorme tâche à la maison, a laissé faire. Et les troupes espagnoles se sont retirées plus ou moins  avec une certaine discrétion et dans l’ordre. De toute manière l’Espagne de l’époque avait d’autres préoccupations. Et son isolement qui a duré quarante ans ne pouvait lui permettre de compter trop ni sur l’Europe ni sur les instances internationales pour garder cette possession coloniale. Non sans quelques morts de plus et des tentatives de coup d’état, le pays va s’approcher petit à petit de l’Europe et finir par s’intégrer officiellement comme membre à part entière dans la Communauté européenne en 1986, une fois que toutes les réformes exigées par les autres états membres étaient accomplies. De toute manière dans cette marche, d’une dizaine d’années environ, de démantèlement des infrastructures de l’ancien régime dictatorial, la volonté politique de l’Europe, traduite en capitaux et en technologie qui coulaient à flot vers la péninsule ibérique, était plus qu’évidente. Sans une telle volonté, il aurait exclu, de parler aujourd’hui, d’une Espagne totalement différente et de nouveau impériale ou presque.
De 1986 à nos jours, en l’espace d’un peu plus de vingt ans, un pays a bel et bien remplacé un autre. Mais surtout une mentalité et un esprit ont remplacé d’autres. Pendant les quarante ans de dictature, beaucoup de peuples en Amérique du Sud, en Afrique et ailleurs avaient très peu de reproches à faire à l’égard de cette Espagne. Plutôt le contraire. Mais pour ce qui est du passé, c’est un autre chapitre à part. Mais une fois la page de la dictature tournée les choses vont changer. Il a fallu d’abord mettre de l’ordre à l’intérieur de la maison, car durant quarante ans de dictature, beaucoup d’intérêts se sont constitués et surtout résistaient avec force à tout changement. Donc une bombe à désamorcer. Par la suite tout va rentrer dans l’ordre. Philippe Gonzalez et son parti politique PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) ont définitivement renié leur âme  marxiste. Santiago Carrillo le chef du parti communiste espagnol finit par rejoindre à son tour le bercail du nouveau parti socialiste de  Gonzalez et d’autres personnages vont fonder des partis les plus divers. Aujourd’hui les deux grands partis qui se tournent au pouvoir sont le PSOE et le Parti du plus que célèbre José Maria Aznar, le Parti Populaire, dont le fondateur Manuel Fraga était dans l’establishment du général Franco à plus d’un titre, de ministre à ambassadeur. Une nouvelle constitution espagnole a aussi permis de décentraliser le pouvoir et calmer les régions récalcitrantes et moins monarchiques, telle que la Catalogne par exemple. Les choses ne sont pas tout à fait réglées avec les Pays Basques. Mais avec  la solidarité ou la complicité agissante des autres pays européens et particulièrement la France  cette question est reléguée au niveau des faits divers, traitée comme telle et ne semble avoir aucune répercussion sur la marche générale de la Communauté Européenne triomphante.         
Durant tout le temps qu’a duré la dictature, l’Espagne n’était parti pris dans aucune des innombrables détresses de la planète, contrairement aux autres occidentaux et à leur tête, les États-Unis, qui s’y trouvaient à l’origine avec leurs agressions multiples qui n’ont jamais cessé depuis des longs siècles et jusqu’à nos jours. Tous les peuples de l’Amérique du sud ou des Indes Occidentales ainsi que les peuples arabes ou d’Afrique étaient à l’abri d’une Espagne agressive. À présent les choses ont changé  ou plutôt, l’Espagne a récupéré son appétit d’antan. Son appétit impérial ou impérialiste mais avec une voracité comme aux temps des conquêtes du 16ième siècle et des siècles d’après. C’est cette voracité qui est le point essentiel et qui a nécessité la brève introduction qui a précédé afin  de pouvoir analyser mesurer les dimensions  de l’attitude de la nouvelle Espagne vis-à-vis des autres peuples, de leurs droits, de leurs richesses, de leur liberté et enfin de compte et surtout de leur dignité.
Les pirogues des désespérés, le reflet de l’hypocrisie occidentale
Depuis plusieurs années, il ne se passe plus de jour où les policiers espagnols ne détiennent pas des pauvres qui fuient la misère, sous toutes ses formes, dans leurs pays d’origine à la recherche légitime d’une vie meilleure. On les détient en pleine mer, sur les rivages ou déambulant dans les rues des villes côtières ou de l’intérieur. Certains  qui arrivent par avion sont arrêtés  dans les mêmes aéroports. Pas moins de 13.504[4] personnes l’ont été du début de l’année et jusqu’à la date. Tous ont été, sous différents arguments, expulsés ipso facto, vers leurs pays d’origine.  
Ceux qui arrivent par mer le font généralement à bord des pirogues ou des zodiacs. Quelques années en arrière la traversée se faisait des côtes marocaines vers les côtes espagnoles à travers le détroit de Gibraltar. Mais la surveillance accrue des deux côtés en plus des noyades dues aux énormes vagues que soulèvent les gros bateaux, en passant à côté de ces fragiles embarcations rudimentaires sur lesquelles s’entassent des jeunes, des adultes, des jeunes filles, des femmes et même des adolescents, a rendu ce point de passage plein de risque. Ces bateaux, ironie du destin, sont généralement des tankers qui transportent du pétrole ou du gaz liquéfié venant d’Algérie, de la Libye ou de l’un des pays arabes du Golfe ou des bateaux de croisière de luxe cinq étoiles comme celui dont le récit est rapporté par Fernando .L. de Aranoa dans le journal El Pais[5]. Même s’il s’agit d’un récit fiction, il dépasse par plusieurs de ses aspects la tragique réalité. Les   évidences auxquelles fait allusion l’auteur, à travers les personnages et les brefs dialogues imaginaires, révèlent bien l’ampleur de l’hypocrisie de l’espèce humaine.  
Les naufragés de l’Europa.
« Les turbines de l’Europa (Le nom du bateau de croisière) se sont brusquement arrêtées provoquant un grincement rauque. Ses 1.100 cabines de luxe s’inclinent plutôt à tribord, où se sont rassemblés les passagers, attirés par la curiosité. En bas, la houle est sur le point de faire couler, ce qui restait encore à la surface de l’eau,  de l’épave d’une embarcation à bord de laquelle 30 africains avaient pris place. Finalement, un à un, tous ont pu être ramenés sains et saufs sur l’avant-pont Windsor du croiseur entre les applaudissements et l’émotion des clients. Le capitaine leur donna formellement la bienvenue à bord de l’Europa… La loi de la mer, a dû penser en son fort intérieur, s’écrit aujourd’hui avec la calligraphie lumineuse, en lettres d’or,  de la solidarité humaine. Mais aussitôt commencèrent les problèmes. Un représentant de la compagnie informa immédiatement le capitaine de sa préoccupation, car il ne restait de libre que les cabines de première classe cinq étoiles sur l’avant pont Neptune. Et comme le capitaine ne voyait pas bien où il en voulait venir, il a fallu lui expliquer que les passagers ne pourraient facilement accepter que les africains puissent être logés dans des cabines supérieures aux leurs et en plus gratuitement. Et que dans ce cas il vaut mieux déménager certains clients des cabines touristes vers les cabines de luxe et ainsi loger les africains à leur place. Le capitaine essaya un moment de se rappeler ce que stipule exactement la loi de la mer mais en vain. Au même moment les personnes chargées des relations publiques au siège de la  compagnie à Genève se réunirent en caractère d’urgence. D’autre part on ne pouvait se permettre de voir ces immigrants se promener en haillons sur le croiseur. Sur instructions de leurs supérieurs, des membres de l’équipage se chargèrent de les accompagner aux boutiques sur l’avant pont Milano et chacun a pu se procurer un maillot, un pantalon et de quoi se chausser. A présent soulagés et habillés avec élégance avec des vêtements signés Armani, Ralph Laurent, ils pouvaient se promener sur les ponts du bateau. Dans les yeux des passagers on pouvait lire un mélange de respect, de la commisération et de la crainte. Souriants à pleines dents, les hôtes inattendus, se laissaient photographier à volonté. Ce soir là ils seront répartis sur différentes tables où ils seront reçus par les invités avec enthousiasme, bien qu’a différents degrés. Un expert en matière d’immigration, qui profitait de ses vacances méritées accompagné des membres de sa famille, tout en prenant les premiers plats, se mit à expliquer à Bilal[6] qui avait pris place à sa table, les lois sur les étrangers, les contingents décidés par le gouvernement, les effets que peuvent avoir les plans de régularisation à long terme et surtout les pernicieuses conséquences de l’effet appel[7], mais Bilal semble s’excuser pour le fait de ne rien comprendre de ce qu’on lui racontait. En fin de compte, Bilal n’a pas été à l’école, une guerre lui avait brisé son adolescence et la misère qui sévit dans son pays, ont fait qu’il n’a jamais pu voyager à l’étranger. En tout cas la plupart des convives autour des tables étaient d’accord pour affirmer que ce sont les nécessités qui les ont poussés à prendre des risques aussi élevés en se lançant en mer. Certains ont mis ajouté que leur présence dans nos pays est devenue un impératif. D’autres ont été encore plus précis sur cette présence : Il faut bien que quelqu’un fasse le travail de merde que personne en Europe ne veut plus faire. D’autre part ils élèvent notre indice de natalité, ajouta le voisin de la table d’à côté. Enfin des commentaires qui semblent jouir de l’approbation de tous.
Mais les problèmes surgirent de nouveau quand les africains ont commencé à mélanger la marmelade avec le pâté que les services de bord distribuait sur les tables et s’intensifièrent encore plus quand une adolescente, la fille d’un homme d’affaires français, s’était montrée fascinée, au-delà de ce que la loi de la mer ne le permet, par l’insolite voracité d’Abdallah, un sub-saharien musclé, la peau noire presque bleue, que le maillot de Ralph Laurent a rendu encore plus séduisant. Sur cette question le consensus semble se maintenir assez large. « Moi je voudrais bien qu’ils accroissent notre indice de natalité, mais pas sur le compte de ma fille », semble penser la mère de l’attractive jeune fille, avant de changer de siège et ainsi s’éloigner des eaux territoriales de l’africain et de sa potentielle influence. Pour le dessert, au moment où le capitaine donnait de nouveau, à travers le micro, la bienvenue aux récents arrivés sur l’Europa, les membres de  l’équipe des relations publiques, réorganisèrent les tables, de façon à ce que tous les naufragés soient regroupés autour d’une seule table et ainsi éviter les problèmes d’ordre culturel. Les africains ont pu de cette manière prendre leur dessert dans leur ghetto de fil blanc. Par la suite ils ont été conduits à la discothèque Rythme Latin. Là Abdallah chercha, les yeux de la fille de l’homme d’affaires français et tomba sur ses mains. Ils s’embrassèrent sur le pont Tudor sous un clair de lune qui impressionna le naufragé, même si au fond, il est, au moins,  la copie conforme de celui laissé derrière, dans le ciel de son pays.
Entre temps une délégation des passagers s’est réunie avec un responsable de la compagnie pour lui transmettre la mauvaise humeur envers les naufragés : « Leur sauver la vie, c’est bien, mais qu’ils profitent de nos jacuzzis et de nos filles, là on n’est plus d’accord », lui dirent-ils. Bien qu’au fond ils aient utilisé d’autres termes. Quant au commercial qui est allé voir le capitaine, a résumé les choses de cette manière : « La loi de la mer est parfaite, mais elle interfère dans les lois du marché. » Ainsi il lui résuma le nouveau  panorama. Un peu plus tard, les immigrants étaient conduits dans les soutes du bateau et là ils passèrent leur première nuit dans le Premier Monde. À la loi de la mer a succédé la loi de la terre.
Tout le monde sur le pont Mare Nostrum applaudissait les immigrants, toujours habillés en Armani, qui descendaient sur la passerelle du bateau. Bilal qui répondait par un sourire de reconnaissance alors qu’avec ses grands yeux noirs il voyait en face de lui, les autorités locales qui les attendaient sur le quai. Immédiatement tous vont être expulsés vers leur pays en guerre. 
Aujourd’hui encore quand on lui demande comment est l’Europe, Bilal reste muet. Il pense que personne ne va le croire. Mais souvent, il se souvient, de ce soir où on les a pris vers le pont de commande de croiseur Europa et il demanda au capitaine vers quelle destination se dirigeait le bateau, au moment où ils ont été sauvés. « À nulle part lui répondit- le capitaine mal à l’aise. L’Europa – ajouta-t-il – est un bateau de croisière de plaisir. Et même si le capitaine a évité que cela puisse le paraître, le ton employé équivalait bien à une excuse. Bilal accepta poliment l’explication même s’il n’y a rien compris. « À nulle part » pensa-t-il au fond de lui-même : « Les naufragés sont eux ».  Fin du récit de fiction !        
L’accueil et le traitement policier.
On revient à la réalité. Tous ceux qui arrivent à braver tous les périls et survivent à leur traversée sont accueillis par un nombre exagéré  de fonctionnaires de la sécurité espagnols en uniforme ou sans celui-ci et une nuée  formée par les humanitaires de la croix rouge. Les fonctionnaires de police ou autres qui peuvent avoir un contact direct avec ces personnes, qui arrivent totalement exténuées, portent des gants blancs et des masques à  gaz ou de médecin, pour éviter toute contagion probable, comme s’ils avaient affaire à des lépreux ou des pestiférés. Quelques scènes, où des gestes de compassion, telle que des couvertures posées sur la tête et autour des épaules mouillées de ces pauvres ainsi que la distribution des bouteilles d’eau et des galettes, sont filmées. Ce sont ces scènes-là qui sont montrées à la télévision. Et si dans le groupe il se trouve des femmes enceintes ou des bébés, la caméra s’attarde un peu plus pour transformer ces moments pathétiques en un témoignage sur le caractère humanitaire espagnol qui force le respect ! Mais au-delà le traitement est d’une toute autre nature. Et là les caméras n’y accèdent pas. La police et la garde civile espagnoles, l’une comme l’autre, sinistrement célèbres pour leur impitoyable dureté à l’époque franquiste, leur comportement aujourd’hui, envers leurs compatriotes ayant fléchi, démocratie oblige,  trouvent dans la masse des étrangers et particulièrement auprès de ceux qu’on appelle les émigrés, légaux ou illégaux, le terrain de leur  prédilection pour le défoulement. Et de préférence s’ils sont arabes ou musulmans ou des marginaux de la même société espagnole, car il y en a quand même. Pourtant, chose difficile à croire, tous les membres de ces corps de la sécurité espagnole, dont l’âge se situe entre les vingtaines et les quarantaines d’années, qui n’avaient pas vécu l’époque de la dictature ont le même comportement barbare et par-dessus le marché, ils sont mieux équipés, mieux entrainés et mieux payés. Ils sont par conséquent plus efficaces et démontrent bien qu’ils sont le même instrument qui sert aussi bien la dictature que la démocratie. Pourvu qu’on leur indique bien les limites de leur action. Ou plutôt le « sac » sur lequel il faut cogner. En parlant d’âge tous les politiciens, à part quelques rares exceptions au niveau de la cour suprême, du corps judiciaire en général, du corps diplomatique, tous les hommes et femmes politiques espagnols, du président du gouvernement aux ministres et aux chefs de l’opposition, tous se situent aussi dans la même fourchette d’âge et par conséquent à l’époque de la dictature beaucoup n’étaient même pas nés. Ils sont nés dans la nouvelle Espagne rose. Avec tous les efforts intellectuels, quand volonté et honnêteté s’y joignent, il est presque impossible d’avoir une idée de l’Espagne grise, pour mesurer l’impact de toute décision et de toute action. À part quelques « marginaux », qui n’ont aucune influence sur les centres de décisions, la classe politique espagnole d’aujourd’hui dans son ensemble, toutes couleurs confondues, agissent dans le cadre stratégique des intérêts vitaux de l’Europe. Il leur arrive souvent d’innover dans ce cadre !  
Amnesty International et d’autres organismes internationaux continuent à décrire la police espagnole sous les mêmes effroyables traits de toujours. Bien que les gouvernements espagnols successifs le démentent, les cas de tortures suivis de mort sont relatés avec des documents irréfutables. Mieux encore les organes de sécurité espagnols, dans le cadre de la démocratie en vigueur, et, afin de se blinder à l’égard des pouvoirs politiques, ont constitué eux aussi leurs syndicats multiples. Et ainsi les hommes politiques ne peuvent plus facilement, à chaque bavure, faire porter les responsabilités sur le compte de quelques fonctionnaires isolés, ayant agi de leur propre chef. Le cas le plus récent qui oppose l’un des syndicats au gouvernement, est celui du nigérien Osamuyi Aikpitanyi. On devait le rapatrier par force – comme le sont d’ailleurs tous les autres en dehors de toute considération juridique – et ainsi il était mis dans un avion escorté par deux agents de police.
Dans le passé l’expulsion d’un étranger, arrivé d’une manière clandestine ou se trouvant d’une manière irrégulière dans le pays, passait par un processus légal qui finit par une sentence juridique ferme prononcée par un juge. Ça prenait des mois sinon quelquefois des années. La démocratie était encore fraîche et on voulait faire les choses en concordance avec les lois supposées protéger  les droits des personnes et en harmonie avec les valeurs de la démocratie. Eh bien tout ça a été supprimé. C’est la police et la garde civile qui détiennent toutes les prérogatives. La démocratie, l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et tous les textes semblables ne sont plus pris en considération.
Donc Osamuyi était bâillonné et les poings liés. Ce jour-là du 9 juin 2007, aucun  des passagers dans l’avion ne s’était rendu compte que l’homme, placé entre les deux agents, était en train de mourir. Eh bien Osamuyi avait perdu la vie par asphyxie. Une enquête officielle est depuis ouverte. Le chef du syndicat de police, SUP (Syndicat Unifié des Policiers), auquel appartiennent les deux agents, Maximiliano Correal[8], vient de menacer de grève dans le cas où les deux policiers sont condamnés à une quelconque sanction. Selon le syndicat, la mort d’Osamuyi n’est due qu’au manque de moyens de rapatriement mis à la disposition des agents ! (Sic).Les agents n’avaient pas semble-t-il les moyens suffisants pour ramener au Niger le pauvre Osamuyi vivant ! 
La complicité nécessaire des régimes.
Le pays d’Osamuyi considéré comme le dernier pays dans l’indice du développement humain, en plus d’un endettement endémique auprès de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, est néanmoins un des cinq pays producteurs de l’uranium dont dépendent, par exemple les 30% de l’électricité produite en France. L’uranium dans ce pays africain est exploité aujourd’hui même, exactement comme à l’époque coloniale, par la compagnie française, Areva, leader mondial de l’énergie nucléaire civil. Dans la foulée du scandale qui vient de se produire autour de cette compagnie qui aurait appuyé un coup d’état mené par le MNJ (Mouvement Nigérien pour la Justice) et dont le directeur Dominique Pin et le chef de la sécurité de la compagnie, Gilles Namur, viennent d’être expulsés, on apprend qu’elle payait à l’état 27.300 FCFA (Franc de la Communauté Financière Africaine) soit l’équivalent d’environ 40 euros la livre d’uranium pour la revendre sur le marché international à raison de 122.000FCFA environ 183 euros. Incroyable mais vrai, et, il va de même du reste de toutes les matières premières du Niger ou de n’importe quel autre pays de la Périphérie. L’uranium est classé en deuxième position avec le lithium comme matière première stratégique. Et il se trouve que la société française Areva refuse de donner, au gouvernement nigérien, la carte géologique du pays qu’elle détient. On pense, de cette manière, limiter la possibilité d’exploitation à toute autre compagnie concurrente. Ce n’est là qu’un  petit exemple qui explique les origines des misères qui poussent les désespérés à ce genre d’aventure au prix de leur vie.
A propos des moyens pour faire face à ce genre « d’invasion », comme la plupart des journaux espagnols qualifient l’arrivée des ces pauvres dans leur tentative de « prise d’assaut » de la Citadelle Europe, des moyens considérables en finances comme en matériels divers de surveillance des côtes y compris des corvettes équipées de radars, à même de détecter une pirogue perdue en pleine mer à plusieurs dizaines de nœuds des côtes espagnoles, de moyens technologiques des plus sophistiqués, permettant aux agents de la garde civile ou autre de voir de jour comme de nuit ainsi que des installations sur terre ferme, soit pour retenir les émigrés, soit pour les identifier et  les ficher avant de procéder à leur expulsion. En tout cas c’est l’organisme approprié de la Communauté européenne appelé « FRONTEX » qui fournit à l’Espagne et aux autres pays du sud, les pays qu’on appelle la frontière sud de l’Europe, tous ces moyens. Un budget de grandes dimensions qui a permis, en dehors de l’objectif à atteindre en lui-même, à l’Espagne de créer des centaines, sinon des milliers de postes permanents de travail, non seulement aux fonctionnaires de police ou de la garde civile, sinon aussi à la croix rouge et à beaucoup d’autres professionnels qui peuvent être mêlés, d’une manière ou d’une autre, à ce genre de situation.
Du premier janvier 2007 au 15 août sont arrivés sur les côtes espagnoles 8000 émigrants clandestins. Dans la même période, selon le ministère de l’intérieur espagnol, 8.500 « Sans papiers » ont été expulsés[9]. Ce qui veut dire qu’en plus des 8.000 émigrants irréguliers, le gouvernement espagnol, à l’instar du président français Sarkozy, profite de la « cohue » et attrape tous ceux qui lui semblent suspects ou par leurs aspects jugés indésirables et on les met dans la même fournée des expulsés. La majorité de ces immigrés ratés, 4.600,  ont été rapatriés par avion sur 123 vols affrétés ex professo. Les autres 3.900 l’ont été sur des vols commerciaux. Les plus récentes opérations de rapatriement ont été réalisées mardi dernier (Le 21 août 2007). Ce jour-là 409 immigrants ont été expulsés vers le Maroc et le Sénégal. Dans une note, écrit le journal El Pais du 23 août, le ministère de l’intérieur a expliqué hier (mercredi 22 août) que dans l’opération vers le Sénégal ont participé 240 agents de l’Unité d’Intervention de la Police (UIP) et du Commissariat Général chargé des questions des Étrangers et de l’Identité Nationale. Le ministère a précisé que les agents ont tenu compagnie aux immigrants durant six heures – deux vols vers le Sénégal d’une durée de trois heures chacun. Ils étaient aussi accompagnés d’infirmiers et l’opération s’est déroulée impeccablement. Ce travail  bien fait par les policiers – ajoute la note – mérite la considération d’un service extraordinaire bien accompli. Ce qui veut dire – selon le journal – que les agents sont en droit de s’attendre à une récompense spéciale qui se traduira en indemnités spéciales. Aux dernières nouvelles, comme le rapporte le journal espagnol « La voz de Galicia »[10], le syndicat des policiers vient de gagner la partie au gouvernement et a obtenu satisfaction totale. Sous le titre, « Le ministère de l’Intérieur autorise l’usage de la force durant l’expulsion des immigrants » écrit : « Le ministère de l’intérieur a élaboré son premier protocole d’usage concernant les déportations massives des immigrants qui entrera très bientôt en vigueur. Dans ce document de vingt deux pages, la Direction Générale de la Police et de la Garde Civile autorise un large éventail de mesures de forces à employer contre les sans-papiers qui présentent une résistance quelconque à leur déportation. Le projet que le gouvernement approuvera dans les prochaines semaines est daté du 20 juillet dernier. Selon le porte-parole du ministère de l’intérieur, toutes les mesures qui étaient jusque là dispersées seront unifiées et appliquées durant les viajes de déportation. Elles seront encore renforcées par les directives européennes. En vertu de ces directives, les fonctionnaires sont autorisés de neutraliser les déportés qui présentent une résistance en utilisant les lacets de sécurité (brides en plastique), des casques, des vêtements immobilisant homologués (sans spécification), des ceintures, des menottes ou similaires, et même du ruban adhésif renforcé, plus connu sous nom commercial de ruban adhésif américain… Le document souligne le fait que toutes ces mesures coercitives destinées neutraliser les sans-papiers ne doivent pas mettre en danger « leur dignité ni leur intégrité physique »(Sic). L’usage de ces procédures devra être proportionnel et conforme au respect des droits individuels des expulsés, ajoute la directive. Et en plus si jamais, dans le contingent, se trouvent des mineurs, toute action violente contre le passager récalcitrant devra se réaliser loin de la vue des enfants et adolescents ! (Quelle grandeur d’âme !!!)
Avec des instructions pareilles qui sont intentionnellement  confuses, on cherche bien – en cas de bavures plus que prévisibles – de mettre le gouvernement  et particulièrement le ministère de l’intérieur à l’abri. Et ce n’est pas tout.
Le texte ajoute qu’en tout moment durant le vol, les déportés doivent maintenir les ceintures de sécurité attachées et on ne peut leur enlever les menottes que dans le cas où le chef du dispositif policier le juge opportun. Les sans-papiers ne peuvent aller au toilette qu’accompagnés d’un fonctionnaire. Les rideaux des hublots des avions doivent être tirés afin que les déportés ne puissent jamais deviner vers quelle destination ils sont transportés. Bien que l’emploi de la drogue ou un puissant sédatif ne soit pas souhaité, l’option reste entre les mains du médecin qui fait partie du corps policier qui sera toujours de compagnie dans les expéditions… Plus loin on peut lire que la nouvelle norme établit aussi que le nombre minimum d’agents d’escorte sera d’un fonctionnaire par rapatrié. La directive donne le feu vert à l’emploi des agents de sécurité privés durant les déplacements. Les compagnies privées de sécurité sont aussi de la fête, il y a beaucoup de millions d’euros en jeu. L’adage qui dit, le malheur des uns, fait le bonheur des autres ne peut trouver meilleure application. Ces escortes privées agissent en qualité d’appui et sont subordonnées aux instructions que leur donnent ou dirigent les fonctionnaires de police. Enfin il est établi qu’un nombre fixe de 900 heures de travail annuel au maximum que les agents de l’Unité de l’Intervention de la Police (Anti-émeute)  peuvent réaliser dans ces services aériens.  
Il est très rare, écrit encore le journal El Pais,  que le ministère de l’intérieur révèle des détails sur un rapatriement et encore moins vers quel pays exactement. La principale raison réside dans le fait que les Gouvernements africains [arabes aussi] n’aiment pas que ce genre de question soit publique et encore moins faire l’objet d’une certaine publicité, de crainte de la réaction de leurs opinions publiques susceptibles face à ce qu’on considère une « vente » de leurs compatriotes qui ont parié de leur vie pour arriver en Espagne.  En effet le nombre de ceux qui n’arrivent jamais, ni à atteindre l’Espagne ni à être expulsés, on n’en a aucun chiffre qui reflète les dimensions réelles de la tragédie, même si certains survivants indiquent bien aux autorités espagnoles le nombre exact de leurs compagnons de malheur qui sont morts et abandonnés en pleine mer durant la traversée. La secrétaire d’état de l’immigration espagnole, Consuelo Rumi, a déclaré que la seule pirogue arrivée le lundi 20 août 2007 à Fuerteventura (Dans l’archipel des Îles Canaries) 13 personnes auraient perdu la vie.[11] Alors que d’autre source et s’agissant uniquement des sénégalais, l’année 2006 aurait enregistré plus de mille disparus en mer[12].
Avec beaucoup de chances, ces traversées en pirogues, prennent deux à trois jours. Beaucoup se perdent en mer et n’arrivent qu’au bout de plusieurs semaines. Une pirogue avec 56 « passagers » est arrivée le 21 août 2007 en plein jour directement sur la plage du petit village de pêcheurs, Tajao, sur l’île de Tenerife. Les malheureux exténués quittaient leur embarcation insolite pour s’effondrer  sur les galets gris  de la plage. Le journal El Pais du 22 qui a publié l’article, a intitulé l’image avec l’expression suivante : « 56 sans papiers ont pu atteindre un petit village de pêcheurs. Surpris par le spectacle, les baigneurs se sont approchés et ont pris des photos souvenirs !»
Donc le ministère de l’intérieur espagnol a rompu hier (pour le jeudi 23 août) avec cette discrétion, concernant le pays de destination des expulsés, parce que dans la même journée  le Syndicat Unifié de la Police (SUP), majoritaire dans le secteur, avait protesté pour les conditions dans lesquelles travaillent les agents chargés des opérations de rapatriement ! Dans un communiqué sous le titre Administration misérable, le syndicat avait incité mais vainement les policiers à refuser d’accomplir l’ordre de rapatriement vers le Sénégal [De ce syndicat il était déjà  question plus haut avec l’affaire de Osamuyi Aikpitanyia]
La note du ministère de l’intérieur révèle parfaitement l’importance d’un gouvernement de la Périphérie à côté d’un simple syndicat de policier aux yeux non seulement du gouvernement  espagnol mais aux  yeux de tous les gouvernements occidentaux. Que ceux qui pensent que l’affaire n’est qu’une question de dictateurs, qu’ils désenchantent, la question va  bien au-delà et que tous les dictateurs à peine s’ils constituent ensemble ou séparément l’équivalent, non pas d’un syndicat de police comme le SUP espagnol, mais d’un syndicat des éboueurs d’une capitale occidentale quelconque.
La crainte de la réaction d’un syndicat justifie le mépris total vis-à-vis d’un gouvernement africain ou arabe. En même temps et plus grave encore,  le mépris total vis-à-vis des sentiments des populations arabes ou africaines. C’est une évidence sur laquelle il n’y a aucun doute. Seuls sont les crédules, les naïfs et les innocents qui prennent l’esprit occidental pour ce qu’il n’est pas, n’a pas été et probablement ne le sera jamais.
Monsieur le Consul est en vacances.
La Guinée Bissau colonisée par les ibériques, frères des espagnols, les portugais, serait officiellement indépendante depuis 1974. Dans ce pays africain, il y a le petit enfant, Amadou, orphelin pratiquement depuis sa naissance, il y a un an et demi. Sa mère qui l’a au monde – comme l’écrivait Samuel Beckett, pour elle « le jour  a brillé un instant, puis c’était la nuit… » Elle est morte juste après l’accouchement. Une ONG catalane s’est intéressée au cas du petit Amadou, qui passait toute la journée en pleurs. Non pas pour sa condition d’orphelin, car au début il était plutôt souriant comme pratiquement tous les bébés, explique Ruth Mañero[13] membre de la ONG catalane AMIC qui a vu Amadou en Guinée Bissau, mais pour les douleurs intenses qui l’accablent. Il souffre d’une hernie ombilicale géante depuis sa naissance. Selon le chirurgien Ivan Mañero de la même ONG, l’hernie mesure 20 centimètres de longueur et 9 de largeur et sa solution nécessiterait en Espagne une opération d’à peine une demi-heure. Et tant que le pauvre n’est pas opéré, il peut mourir à tout moment. En février dernier l’ONG avait commencé avec toutes les démarches administratives nécessaires afin de faire voyager le pauvre Amadou en Espagne. Mais à chaque fois la procédure pour l’obtention du visa prenait une rallonge quelconque. Ce qui n’a pas découragé l’ONG, tout au contraire. Enfin un volumineux dossier a  été constitué et se trouve entre les mains du consul espagnol à Bissau, la capitale, Ricado Aniño, avec tous les documents exigés y compris plusieurs photos du petit. Et jusque là, le pauvre Amadou, inconsolable, continue à pleurer tout le temps qu’il se trouve éveillé. A aucun moment les larmes ne quittent ses yeux. Monsieur le consul avant de partir en vacances a refusé toutes les sollicitudes de visa y compris le visa d’Amadou. Il n’y a rien d’étonnant dans le comportement impitoyable du consul espagnol. Cette race de personnages, connue sous la dénomination corps diplomatique, est dotée d’une insensibilité effrayante. En ce qui concerne au moins l’Europe et le monde occidental, c’est un legs génétique qui vient de très loin, des profondeurs de l’histoire. Si on regarde de près les noms de famille de tous ces ambassadeurs et consuls actuels on découvrira des authentiques monstruosités. L’une d’elle c’est qu’ils sont presque tous, fils, petits-fils, arrières petits-fils etc. de diplomates. Ça peut remonter à plusieurs générations. Donc c’est une profession monopolisée par ces familles. Un cercle fermé qui n’admet l’accès à personne d’autre. La deuxième monstruosité, c’est qu’ils ont l’art de servir avec la même habilité successivement un empire, un royaume, une république, une dictature ou un régime démocratique. Pour ce qui concerne l’Espagne la plupart des ambassadeurs et consuls, leurs pères ou leurs grands- pères ont déjà servi sous le général Franco. Comme  dirait Jean Paul Sartre, dans leurs veines ne coulent pas du sang mais de la lymphe. C’est l’origine de leur terrifiante impassibilité et leur indifférence devant toute sorte de douleur humaine. Ils sont sans état d’âme.    
Pourtant Ruth Mañero et son époux, le chirurgien, assurent que tous les frais de l’opération et du séjour de convalescence du petit seront pris en charge par l’ONG et ne coûteront rien au contribuable espagnol. D’autres représentants de la même ONG ont écrit à la présidence du gouvernement ainsi qu’à la vice-présidence et à toutes les instances du gouvernement qui pourraient être concernées par une telle question. Seule du ministère des affaires étrangères on a reçu une succincte réponse. La fonctionnaire de ce ministère, Nativel Peña, a effectivement confirmé le refus du visa pour Amadou en ces termes : « Je ne sais pas quels sont les documents contenus dans le dossier, mais je sais que le consul n’était pas convaincu. » C’est parfaitement clair. Il ne s’agit ni de lois, ni de légalité, ni d’aucune autre considération de n’importe quelle nature, il s’agit tout simplement de l’humeur de monsieur le consul. Depuis sa naissance le petit Amadou se trouve dans l’orphelinat, Casa Emmanuel, tenu par des sœurs missionnaires catholiques à Bissau. Finalement et pour le moment tout le monde se trouve en vacances sauf les douleurs d’Amadou. Et dire qu’on ne demandait pas un visa pour Amadou pour aller travailler en Espagne !
Les Cris de l’île de Gorée. 
Les ancêtres d’Amadou et d’Osamuyi Aikpitanyia, par millions n’avaient pas eu besoin de visa pour être transportés dans les soutes des bateaux des négriers occidentaux vers le Nouveau Monde que venait de découvrir Christophe Colomb vers la fin du 15ième siècle. En effet de l’île de Gorée, du port Saint Louis, à l’embouchure du fleuve Sénégal, ou du port de James Fort, entre autres, des millions de personnes ont été embarquées par force sur les bateaux sous commandement des John Hawkins, Francis Drake ou John Newton. Tous ces personnages funestes sont convertis en légende par le cinéma des marins-pirates.  Newton par exemple avait fait fortune dans ce genre de commerce européen bien lucratif de négriers. C’est un commerce qui n’était pas exclusivement réservé aux navigants, pirates ou contrebandiers, mais auquel beaucoup d’autres, de différentes professions et nationalités européennes y avaient pris part quatre siècles durant. Des rois, des politiciens, des missionnaires, des particuliers et des compagnies diverses tous se sont enrichis à travers l’esclavage. Dans son livre The Atlantic Trade slave, Herbert Klein décrit comment les européens ont légalisé, organisé et systématisé ce commerce qui répondait aux nécessités de l’époque préindustrielle : Des licences sont délivrées, des registres sont tenus et des stocks pour l’approvisionnement des bateaux sont constitués, des formes de coopération entre les équipages et les agents en terre qui s’adonnent à la capture et à la vente sont minutieusement étudiées et ainsi de suite jusqu’aux médecins qui devraient examiner la « marchandise » et certifier sa bonne (qualité)santé. Les papes, comme Nicolas V, donnaient leur bénédiction et des états supervisaient ce  commerce en expansion. En Espagne  précisément c’était un monopole d’état : la Couronne prélevait ce qu’on appelait le droit du siège pour l’introduction du produit ou de la marchandise dans ses colonies. Le roi des belges Léopold de Belgique qualifiait ce commerce de « merveilleux gâteau ! »
Tous les autres pays européens avaient, chacun, sa propre forme de tirer profit de ce commerce qui va durer officiellement, du moins, jusqu’à 1869 bien que les portugais par rapport à  leurs confrères européens aient ajouté une rallonge jusqu’à 1888, il n’est point étonnant que le pauvre Amadou qui arrive au monde un peu plus d’un siècle plus tard en souffre les douloureuses conséquences, car le commerce  n’a changé que dans la forme. Aujourd’hui le Continent Européen et son prolongement au-delà de l’Atlantique ne nécessitent plus ni des noirs massivement pour faire pour faire décoller leur industrie, ni des arabes pour se battre sous les drapeaux de l’Europe en guerre. Plutôt le contraire.
Le Rapport de Lugano et la nécessité absolue de la réduction de la population mondiale.
Dans le livre « Le rapport de Lugano [14]»  afin que la Forteresse Occidentale continue son élan récidiviste il est plutôt question de réduction, non seulement des noirs et des arabes, mais de la population dans tous les pays du tiers monde dans son ensemble car la croissance démographique dans ces régions de la planète, constitue le plus grand danger. Dans ce « rapport » on peut lire : « Chaque année, les quelques 175 millions de grossesses se traduisent par 133 millions de bébés vivant à la naissance (les 42 millions de la différence étant avant tout dus aux avortements, légaux ou illégaux). La mortalité mondiale est d’environ 52 millions de personnes par an, ce qui signifie que l’augmentation nette de la population est de 81 millions d’individus par an (en 1995). Autrement dit, ce sont au moins 360.000 bébés qui naissent en moyenne tous les jours, dont plus de 90% dans le Tiers Monde ; ou, si l’on préfère, c’est l’équivalent de la population du Mexique tous les ans, de celle de l’Inde tous les douze ans. Ce sont pendant ce temps 142.000 personnes qui meurent chaque jour, dont beaucoup ont dépassé depuis longtemps leurs années de fécondité. Tout au long de l’histoire, taux de mortalité et de fertilité ont été virtuellement identiques : il mourrait autant de personnes qu’il en naissait. Un grand nombre d’êtres humains n’atteignaient pas le stade de la reproduction. Aujourd’hui, la fertilité dépasse la mortalité de 250%. La mortalité infantile continue à chuter et l’espérance de vie à augmenter... Le temps que nos mandants lisent ce rapport (Paru en 2000), la population mondiale aura atteint le chiffre de 6 milliards. Elle atteindra celui de 7 milliards en 2008, celui de 8 milliards en 2020. Les prévisions pour les décennies à venir varient de 9 à 13 milliards, en fonction des hypothèses de départ. La population dans la trentaine de pays dits riches est stable ou en déclin. Dans tous les autres, elle continue à augmenter, même si c’est à un taux en général plus bas que dans les décennies précédentes. Les scénarios de stabilisation les plus optimistes reconnaissent qu’on ne parviendra à l’équilibre qu’à un niveau extrêmement élevé (10 à 12 milliards) et que ce stade ne sera pas atteint avant une période allant de 2050 à 2075. » Finalement le « Rapport » arrive à la conclusion qu’il faut absolument réduire les populations en surplus et recommande la Stratégie de Réduction de la Population (SRP). Par la suite le Rapport détaille les différentes formes pour arriver à cet objectif. Il appelle cette réduction de la population les SRP préventives.
Hugo Chavez, le président du Venezuela élu et confirmé dans toutes les règles de la démocratie occidentale, néanmoins il constitue avec Evo Morales  de Bolivie et Rafael Correa de l’Équateur les cibles préférées ces derniers temps du cynisme occidental. La campagne incessante de presque tous les médias, de gauche comme de droite, contre la personne de Chavez suivie de menaces à peine voilées d’invasion et de renversement par les États-Unis de Bush, en dit bien long sur l’esprit de la nouvelle Espagne. On l’accuse de tyrannie ! Eh bien Hugo Chavez dans sa dernière réplique[15] il n’a pas mâché ses mots en rappelant à l’Europe d’avoir mis à sac l’Afrique, l’Amérique sans pour autant – jusqu’à nos jours –  assumer la responsabilité de ses actions. « Les européens cultivés se sentent scandalisés quand on leur rappelle ce qu’ils ont fait parce qu’ils continuent à nous considérer encore des sauvages… Alors que ceux qui sont en droit de se  sentir offensés, ce sont bien les peuples américains quand ils voient comment l’Europe ne cesse de vénérer Christophe Colomb.» 
Il n’y a aucun chiffre exact sur le nombre des africains qui sont passés par l’île de Gorée, mais à coup sûr, leurs cris d’angoisse et de terreur mêlés aux bruits des chaînes et des manilles résonnent encore dans l’espace, entre la mer et le ciel. On parle de 60 à 200 millions de personnes entre hommes, femmes et enfants qui  ont été arrachées de leur terre et de leur foyer. Au moins le tiers a succombé durant la traversée.   Aujourd’hui, à la place des bateaux des négriers, au large des côtes africaines, de plus en plus  sillonnent la mer les patrouilles de la FRONTEX européenne à la chasse des pirogues. Et voilà qu’aucun des dirigeants des pays africains concernés ne se trouve en mesure de s’expliquer réellement  devant son peuple sur une telle situation. Et comment peuvent-ils le faire s’ils sont des complices ! Ils préfèrent tous, les démocrates, comme au Sénégal ou les dictateurs comme celui de Libye ou du Maroc ou de la Tunisie, collaborer avec l’Occident. Certains, sinon tous aussi reçoivent en contre partie de substantielles rémunérations, comme s’ils étaient engagés dans le corps de polices espagnol, italiens ou français. 
Dans le communiqué du FTCR, on peut lire au sujet de cette complicité : « L’État tunisien  reste par là en cohérence avec sa politique de collaboration active avec les politiques de contrôle des frontières extérieures de l’Europe. Cette collaboration consiste en ce qui est assimilable à de la sous-traitance des tâches de répression de l’immigration hors des cadres législatifs de protection des droits des personnes dont il est établi qu’ils ne sont pas garantis en Tunisie.» 
Épilogue.
Loin d’être terminée, cette réflexion aura, comme on peut bien l’imaginer des suites et des interrogations légitimes sur la nature des relations entre les peuples, d’autant plus dans le cadre de ce qu’on appelle pompeusement la « Mondialisation et ses biens faits » il n’y aurait plus de restriction aux  libertés. Toutes les libertés. Par exemple la libre circulation des individus et des capitaux. Que le Marché, l’âme de la Mondialisation, finira par porter la prospérité à tous les peuples de la planète. Hors les réalités sont loin de confirmer de telles assertions. Les capitaux sont libres de circuler, mais dans un seul sens, du Sud vers le Nord comme toujours. Les individus sont aussi libres de circuler, mais uniquement ceux du nord. Le Marché ne fait que distribuer plus de prospérité à ceux qui sont déjà prospères et de la misère à ceux qui se trouvent déjà dans la pauvreté absolue. La paix brille par son absence dans les quatre coins de la terre. En Colombie c’est la guerre qui dure depuis des années. Le Venezuela est menacé d’une invasion à tout moment. La Bolivie qui a vu de toutes les couleurs de l’agression multiforme des États-Unis serait aussi dans le point de mire. Le Mexique est en prise avec la rébellion de Chiapas depuis plusieurs années, Cuba subit un embargo monstrueux depuis des décennies, au Brésil, les scandales de corruption dans l’entourage même du président Lula sont devenus quotidiens. Il n’y a pas un seul pays dans ce continent qui n’est pas en conflit latent ou ouvert avec les États-Unis. En Afrique, la Congo est toujours en « guerre civile ». Le Rouanda aussi. La Côte d’Ivoire, le Tchad, la République Centre Africaine, le Zimbabwe, tous ces pays sont en déstabilisation continue depuis plus d’un demi-siècle. Et comme il ne semble pas suffisant, les occidentaux, européens et américains, sont en train d’ouvrir un nouveau front au Soudan. Sarkozy parle de Darfour comme s’il s’agissait d’un territoire d’outre mer français. Ils sont en même temps en train de s’installer militairement dans toute la zone de l’Afrique du Nord. Et comme d’habitude, on commence par envoyer des experts et par la suite on enverra les troupes. Ces experts sont passés par Alger, par Tunis, par Rabat et par Nouakchott avant d’aller au Mali et au Niger. Pour ce qui est du monde arabe dans son aile orientale, l’Irak où Bush et compagnies (Surtout les régimes arabes et particulièrement ceux du Golfe) prétendaient installer la démocratie, bientôt il ne restera plus rien d’un pays arabe qui était le plus avancé dans les années soixante dix et même les années quatre vingt. James Baker, l’ancien ministre des affaires étrangères des États-Unis (Ou de la famille Bush) avait bien menacé le ministre des affaires étrangères irakien Tarak Aziz en 1991 de détruire l’Irak et de le renvoyer à l’âge de la pierre. La sinistre prophétie est actuellement une terrifiante réalité. Ceci dit ni Bush, ni ses alliés ne peuvent prétendre avoir remporté une victoire. Rien n’est fini encore dans ce pays. Quant à l’Égypte sous la tyrannie de Moubarak qui dure depuis plus de vingt ans serait sur un volcan qui peut entrer en éruption à tout moment. Les israéliens qui sont les maîtres de toute la région et d’une grande partie de la planète, tuer les palestiniens, les libanais et les arabes et musulmans, c’est devenu leur sport quotidien favori. Il y a des jours où ils tuent des enfants, des femmes et des vieillards en bon nombre. D’autres jours ils choisissent des jeunes bien ciblés. (Le journal français le Monde, utilise avec effusion le terme ciblé. Parce qu’à partir du moment où la victime est ciblée, elle cesse d’avoir des caractéristiques  humaines et par conséquent les israéliens peuvent en tuer autant qu’ils le désirent.)  Et personne dans le monde n’ouvre la bouche. Et gare à celui qui le fait. Dans les médias arabes officiels ces massacres ne sont même pas rapportés dans la rubrique des faits divers. Mais le plus cynique, bien que ça ne soit pas étonnant, l’ONG américaine, Human Right Watch, vient de publier un rapport dans lequel, est accusé Hizbollah d’avoir cherché délibérément des objectifs civils l’été dernier, lors de la guerre engagée par les israéliens contre le Liban ! Plus loin vers l’Est, l’Afghanistan, c’est tout l’OTAN qui s’est installé avec toutes ses troupes pour « moderniser » le pays. Du point de vue démocratie, avec la Jirga, la question serait déjà résolue. Du moins dans l’esprit de Karzai, de Bush et de ses alliés. Il a fallu la prise d’otages des Sud-Coréens pour s’apercevoir que les anciennes méthodes utilisées par les espagnols à partir du 16ième siècle étaient toujours en vigueur. Juan Ginès de Sepùlveda, un « humaniste » espagnol, dit-on, et expert en philologie grecque qui justifiait la « conquista » appuyait avec ferveur l’évangélisation des indigènes. Les sud-coréens étaient donc en mission d’évangélisation des indigènes afghans. Plus loin de l’Afghanistan, il y a encore le Pakistan où la terre tremble dans le sens littéral et figuré du terme. Et puis les pays dont le nom se termine par stan dans la même région sont devenus synonyme d’instabilité, de misère, de corruption et de tyrannie. Nulle part en tout cas on ne trouve les biens faits de la mondialisation, ni la prospérité générale promise par le Marché ou confié à celui-ci.   



[1] AFP, le 22 août à 12 h 07
[2] Sur le site de « www.tunisnews.net du 27 août et selon l’INS le RNB ou PIB serait d’environ de 4000 DT
[3] À part les samedis et les dimanches, 8 au total dans chaque mois. En janvier deux jours  supplémentaires le 1er et le 6. En février deux jours, le 2 et 28. Au mois de mars deux jours, le 1er et le 19. En avril quatre jours, le 5, 6, 9 et 23. Au mois de mai quatre jours, le 1, 2, 17, 30 et 31. Au mois de juin un jour, le 9. Au mois de juillet un jour, le 25. Au mois d’août un jour, le 15. Au mois de septembre cinq jours, le 8, 11, 15, 24 et 29. Au mois d’octobre trois jours, le 8, 9 et 12. Au mois de novembre un jour, le 1er.  Au mois de décembre quatre jours, le 6, 8,25 et 26. (Source El Pais de janvier 2007. Et BOE – journal officiel espagnol – numéro 298)
[4] Voir El Pais du 24 août 2007.
[5] Voir El Pais du 26 août 2007.
[6] Dans le texte original, le nom fictif utilisé est Khaled.
[7] C'est-à-dire le signal qu’on donne à ceux qui se sont restés encore dans leur pays d’origine pour les rejoindre
[8] Voir El Pais du 23 août 2007.
[9] Voir El Pais du 23 août 2007.
[10] Voir La Voz de Galicia du 26 août 2007.
[11] Voir El Pais du 20 août 2007
[12] Voir El Pais du 25 août 2007
[13] Voir El Pais du 25 août 2007
[14]  Le Rapport de Lugano de Susan Sontag (Librairie Arthème Fayard, 2000.)
[15] Voir El Pais du 27 août 2007
 
 
Histoire de Tunisie
Septembre 1860 - La rencontre Sadok Bey Napoléon III à Alger
Un pavé sur la voie du colonialisme
 

Le voyage de Sadok Bey en Algérie le 15 septembre 1860, n'était pas dans le but de visiter un pays frère et voisin.

Le fait que l'Algérie était occupée, voilà déjà trente ans à l'époque par la France, ne prenait pas à cœur le souverain tunisien qui bien plus estimait que l'intervention de ce pays européen dont il était exceptionnellement émerveillé, fut une solution salvatrice pour l'Algérie voire pour tout le Maghreb.

Il allait donc pour y rencontrer l'empereur français, Napoléon III qui s'y trouvait en visite officielle, et qui devait en même temps rencontrer le roi du Maroc.

Ce n'était pas donc un voyage à son initiative, mais à celle de Napoléon III qui a choisi cette période de l'année pour se réunir à Alger avec les souverains des deux autres pays du Maghreb, façon de mettre en exergue son hégémonie et la grandeur de son pays.

Ahmed Bey 1er avait fait auparavant un voyage à Paris et fut reçu avec les honneurs dus à un souverain du même rang que lui. Mais depuis les choses avaient bien évolué.

Du temps de Ahmed Bey 1er, le souverain tunisien était encore considéré comme étant le protégé de l'Empire Ottoman quoique ce souverain essayât de se libérer le plus possible de l'ascendant du sultan turc, tout en gardant d'assez bonne relation avec celui-ci, profitant de certains avantages d'ordre matériel ou moral. Il eut en effet le titre de mouchir équivalent à celui de Maréchal dans l'armée française.

Cependant, c'était lui qui avait ouvert la porte à l'intervention des Français en Tunisie, en faisant appel à des ingénieurs et des hommes d'affaires lors des réformes qu'il avait entreprises.

Son successeur Mohamed Bey essaya de se rapprocher du Sultan Ottoman en lui envoyant un contingent lors de la guerre de Crimée.

Le consul français Léon Roches lui adressa d'ailleurs, au nom de son gouvernement des remontrances à ce sujet. Ce qui l'incita à retourner casaque et promulguer une sorte de pacte de paix, ou Ahd El Amane en 1857, préalablement à la constitution qui sera promulguée par son successeur Sadok Bey, en 1861, instituant en quelque sorte une monarchie constitutionnelle.

Mais la situation économique du pays laissait à désirer, surtout avec les malversations du ministre véreux Mustapha Khaznadar ayant même aidé le responsable de la trésorerie, Mahmoud Ben Ayed à se barrer avec la caisse.

Sadok Bey Profita de son voyage en Algérie pour avoir une entrevue avec l'empereur Napoléon III en tête-à-tête et demanda son aide et son soutien.

Des historiens français relataient cette rencontre comme étant un témoignage de la grandeur et de l'hégémonie de la France, l'empereur ayant réuni dans cette rencontre le Bey tunisien et le sultan du Maroc.

"Le Bey tunisien ainsi que le sultan du Maroc s'étaient déplacés spécialement en Algérie pour rencontrer l'empereur" écrivait Edouard Cordin.

Quant à l'historiographe tunisien de l'époque et non moins ministre de la plume, Ahmed Ibn Abi Dhiaf, il souligna que Sadok voulait exprimer sa sympathie et son amitié à l'empereur, ainsi qu'à la France. Il fit remarquer que Sadok Bey remit en main propre à l'empereur, une copie du texte de la constitution avant même sa promulgation et que cela lui valut d'être décoré du grand cordon de la légion d'honneur".

A son retour à Tunis le 21 septembre 1860, il se lança dans des dépenses folles, dans des projets où intervenaient des hommes d'affaires français, et à l'occasion desquelles, aussi bien Léon Roches que le ministre Khaznadar et après lui, le ministre Ben Ismaïl avaient tiré le maximum de profits, menant le pays petit à petit vers la Banqueroute.

La crise financière engendra des émeutes en 1864, conduites notamment par Ali Ben Ghedhahem.

Le recours par le Bey à une intervention de la France était la seule issue pour ce souverain tiraillé et dans l'impasse.

Cette rencontre du Bey avec l'empereur était un pavé jeté sur la voie du colonialisme.

Ahmed YOUNES

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 1er septembre 2007)


 


 

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