×

تحذير

JUser: :_load: غير قادر على استدعاء المستخدم برقم التعريف: 387
الإثنين, 31 تشرين1/أكتوير 2011 04:16

11 ème année, N°4141 du 31 octobre 2011

 
11 ème année, N°4141 du 31.10.2011
 

FTCR: Non aux menaces contre l'instance régionale indépendante des élections

AP: Tunisie: trois morts, suite à des intempéries
AP: Tunisie: après les élections, la bataille juridique commence
Slate Afrique: La Tunisie à la recherche d'une politique commune
Le Parisien: L'économie tunisienne mise sur la démocratie pour attirer les investissements
Le Nouvel Observateur: Tunisie: après les élections, la bataille juridique commence
Le Nouvel Observateur: Tunisie : être ou ne pas être aux côtés d’Ennahdha ?
Le JDD: Tunisie : Hamadi Jebali (Ennahda), le nouvel homme fort
Marianne 2: Tunisie : les mariannautes entre inquiétude et espoir
Le Matin: Tunisie : le retour de Salah Karker, une figure pionnière d’Ennahda
Kapitalis: A mes amis français, saluons la victoire de la démocratie en Tunisie
Mahrez Chabbi: Vive Nous
 
NON AUX MENACES CONTRE L'INSTANCE RÉGIONALE INDÉPENDANTE DES ÉLECTIONS

 
Paris le 29.10.2011
Leyla Riahi, présidente de l’IRIE France 2 et Nadia Othmani, conseillère juridique de l’IRIE France 2 à Marseille ont fait l’objet de sérieuses menaces de la part de certains soutiens Rcédistes de la tête de liste Elarida (Pétition populaire pour la liberté la Justice et le Développement). Ces menaces répondent à l’invalidation de cette liste pour irrégularité conformément à l’article 15 du décret-loi électoral qui interdit aux anciens responsables du RCD de se présenter sur les listes électorales et de briguer un mandat dans l’assemblée constituante.
En effet, la tête de liste Elarida, membre imminent de la fédération du rassemblement constitutionnel démocratique (RCD dissout) et plusieurs fois président de la cellule RCD au sud de la France tombe sous le coup de ce décret-loi.
La FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives), fidèle à ses engagements militants :
 
· Exprime son total soutien aux membres de l’IRIE France 2
· Dénonce avec vigueur les menaces proférées contre les membres de l’IRIE France 2 et en l’occurrence leur présidente et leur conseillère juridique.
· Exige également des autorités tunisiennes et françaises de protéger les membres de l’IRIE France 2 et d’intervenir pour que cesse ce type d’agissements.
 
La FTCR salue le travail accompli par les membres de l’IRIE France 1 et 2 et les volontaires qui ont contribué à la réussite de cet événement historique. Elle remercie tous (tes) les compatriotes qui se sont déplacé(e)s pour accomplir leur devoir de citoyen et félicite les élus de l’immigration en souhaitant que ceux-ci œuvrent pour les intérêts des tunisien(ne)s à l’étranger.
 
Hafedh AFFES
Secrétaire général de la FTCR
 
Tunisie: trois morts, suite à des intempéries

 
Publié le 30-10-11 à 20:10 Modifié à 20:50
TUNIS (AP) — Trois personnes ont péri dimanche en Tunisie, emportées par les eaux suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues depuis samedi soir sur plusieurs régions, a annoncé un responsable de la protection civile.
 
Deux adolescents, âgés de 17 et 21 ans, sont morts noyés alors qu'ils tentaient de traverser un oued dans la région de Zaghouan, dans le nord-ouest du pays, a déclaré le responsable de la communication de la protection civile, Mongi Kadhi, à la radio Mosaïque FM.
 
Dans la même région, une femme de 50 ans a été emportée par le torrent d'un autre oued, alors qu'elle se trouvait dans une voiture de type 4x4 avec son époux. Ce dernier a survécu grâce à l'intervention des agents de la protection civile.
 
Les pluies abondantes ont entraîné une augmentation sensible du niveau des cours d'eau. A Boussalem, dans le nord-ouest du pays, les quantités des eaux pluviales ont atteint un niveau exceptionnel de plus de 118 millimètres.
 
Dans le Grand Tunis, les eaux ont envahi de nombreux quartiers résidentiels, notamment dans les cités populaires, inondant des magasins.
 
Selon les services de météorologie, les précipitations devaient se poursuivre jusqu'à ce lundi AP
 
 
Tunisie: après les élections, la bataille juridique commence

 
Publié le 30-10-11 à 15:20 Modifié à 16:20
 
TUNIS (AP) — Deux jours après l'annonce des résultats préliminaires des élections de l'Assemblée constituante tunisienne, 104 recours ont été déposés auprès du tribunal administratif, a-t-on appris dimanche auprès de la mission d'observation de l'Union européenne. Cette dernière presse par ailleurs l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) de dévoiler le décompte final des bulletins nuls.
 
L'analyste juridique de la mission, Tommaso Capriogli, a précisé à l'Associated Press que les requêtes ont trait notamment à l'invalidation pour financement privé illégal de la campagne de six listes d'Al-Aridha Chaâbia (Pétition Populaire) dans des circonscriptions à Tataouine, Sfax (sud), Jendouba (nord-ouest) et Sidi Bouzid (centre-ouest) ainsi qu'une liste à Médenine (sud) du mouvement islamiste Ennahdha qui a remporté le scrutin national avec 90 sièges sur les 217 en jeu.
 
Les candidats d'Al-Aridha, un courant jusque-là inconnu de la scène politique, ont créé la surprise en remportant un nombre relativement important de sièges (19) à l'Assemblée constituante, étant les seuls à avoir parfois devancé Ennahdha.
 
La révocation de six de leurs listes, qui lui a fait perdre momentanément neuf sièges à la Constituante, a été l'une causes des troubles qui ont secoué jeudi et vendredi la ville de Sidi Bouzid et les localités voisines. C'est de cette région déshéritée du centre-ouest tunisien, d'où est originaire le chef de file d'Al-Aridha, Hachemi Hamdi, qu'est partie l'étincelle du soulèvement populaire qui a fait chuter le régime totalitaire de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali.
 
Le geste de désespoir de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant qui s'est immolé par le feu en décembre dernier en signe de révolte contre l'injustice et l'humiliation, a mis en ébullition tout le pays et fini par avoir raison de l'ancien homme fort de Tunis qui a fui en Arabie saoudite.
 
Au cours des violences de ces derniers jours, les manifestants ont saccagé plusieurs bâtiments publics, dont la municipalité, le tribunal et le siège d'Ennahdha, conduisant les autorités à décréter un couvre-feu demeuré en vigueur malgré le retour au calme samedi. L'apaisement a suivi un appel lancé par Hachemi Hamdi de Londres où il dirige sa chaîne de télévision Al-Mustakilla, qui a pressé la population à cesser les manifestations.
 
Ce riche homme d'affaires avait auparavant annoncé le retrait des représentants de son courant de l'Assemblée constituante. Il avait vivement réagi au refus des dirigeants d'Ennahdha de traiter avec lui en raison de liens présumés qu'il aurait eu avec le régime Ben Ali, une accusation qu'il a du reste sèchement récusée. L'homme n'admet pas qu'Ennahdha rejette son parti alors qu'il représente le quatrième groupe de la Constituante.
 
Selon M. Capriogli, la contestation de la liste d'Ennahdha à Médenine porte sur la méthode de calcul des voix. Un premier comptage aurait inclus les bulletins blancs, puis été révisé en faisant perdre un siège (4 au lieu de 5 initialement) au mouvement islamiste. Un des recours concerne des erreurs relatives aux logos de certaines listes mal imprimés sur les bulletins de vote, a précisé l'analyste à l'AP.
 
Après l'expiration samedi du délai de dépôt des recours, le tribunal administratif devra entendre toutes les parties dans les sept jours qui suivent et rendre son jugement trois jours après. Sans être légalement liée par un délai précis, l'ISIE devra par la suite proclamer les résultats définitifs des élections.
 
Tommaso Capriogli soulève cependant "un grand point d'interrogation": les 14 jours impartis au tribunal administratif seront-ils suffisants pour traiter la centaine de recours introduits, dont certains sont complexes? AP
 
 
L'économie tunisienne mise sur la démocratie pour attirer les investissements

 
L'engagement de la Tunisie sur la voie de la démocratie doit, selon le gouverneur de la Banque centrale tunisienne (BCT), de nouveau attirer les investissements qui, seuls, permettront au pays une réelle reprise de la croissance économique mise à mal par la révolution.
"L'enjeu majeur, c'est le retour des investissements --étrangers et nationaux-- qui, nous l'espérons, devrait intervenir avec celui de la démocratie", souligne dans un entretien avec l'AFP le gouverneur de la BCT Mustapha Kamel Nabli, 63 ans.
Le parti islamiste Ennahda, qui s'apprête à occuper une place prépondérante dans la direction du pays après sa victoire aux élections du 23 octobre --le premier scrutin libre en Tunisie-- a multiplié ces derniers jours les messages visant à rassurer les investisseurs et le secteur financier.
Après des années de croissance (+ 5% en moyenne), celle-ci s'est retrouvée en chute libre dans les semaines qui ont suivi le début de la révolution, en décembre 2010, et la chute, le 14 janvier dernier, du régime de Zine El Abidine Ben Ali.
Le taux de croissance était de -3% sur les trois premiers mois de l'année et les estimations pour l'ensemble de 2011 le situent autour de 0,5 %.
C'est une croissance "faible" mais qui va s'améliorer avec "le retour de la confiance", estime le gouverneur de la BCT.
Pourtant, les projections économiques fixent, selon M. Nabil, à un seuil très élevé (7%) le taux de croissance nécessaire "pour créer suffisamment d'emplois et remédier à la fracture sociale".
La chômage en Tunisie a été l'un des causes majeures de la chute du pouvoir de Ben Ali.
Il s'agit de résorber un fléau qui représente près de 20% de la population active (700.000 demandeurs d'emploi) mais aussi d'intégrer dans les rouages économico-financiers quelque 300.000 diplômés tunisiens en quête de travail.
Selon M. Nabli, la Tunisie est néanmoins "sortie de la zone de danger" et son économie est de nouveau "sur une pente ascendante".
Le tourisme (7% du PIB en temps ordinaire), un secteur que le dirigeant qualifie de "sinistré", a commencé à reprendre de la vigueur après avoir dégringolé de quelque 60 % au premier trimestre. Cette chute a été partiellement résorbée et n'est plus aujourd'hui que de l'ordre de 25%.
Parallèlement, se félicite M. Nabli, "les services publics ont continué de fonctionner et, dès le mois d'avril, nous avons pu noter une augmentation sensible des exportations de produits manufacturés", relève-t-il.
"La reprise économique est là. Ca reste fragile mais les équilibres macro-économiques sont satisfaisants", assure-t-il.
Pour le gouverneur de la BCT, l'année 2012 devrait être "une bonne année'.
"Si la transition se passe bien, la démocratie va nous donner un net avantage parce que la société va fonctionner de façon plus transparente. Nous sommes débarrassés d'un régime au sein duquel la prédation et la corruption étaient la règle et cela devrait ouvrir des champs énormes aux investissement", a-t-il déclaré.
"L'évolution de notre économie dépendra aussi, a-t-il nuancé, de la conjoncture en Europe (80% des échanges en moyenne) et de la situation en Libye", deuxième partenaire commercial de la Tunisie après la France.
Source: "Le Parisien" Le 30-10-2011
 
La Tunisie à la recherche d'une politique commune

Une semaine après le premier scrutin libre du pays, les partis politiques doivent composer des alliances. Une étape cruciale du processus démocratique.

mise à jour 30/10/2011

Une semaine après le premier scrutin libre en Tunisie, l'heure pour les partis politiques est aux alliances et aux négociations. Après la chute du dictateur Zine el Abidine Ben Ali en janvier, les électeurs tunisiens ont fait le choix de programmes affichant leur idéologie sociale, conservatrice et religieuse.

Les trois mouvements majoritaires au sortir de cette échéance électorale: le parti Ennahda en tête, suivi du Congrès pour la république (CPR) et du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) plus connu sous le nom d'Ettakatol, s'organisent à présent pour composer une politique commune.

Le processus démocratique au sortir de la révolution a donné naissance à l'expression d'un pluralisme politique, menant in fine à des ententes incontournables entre les partis. Toutefois, les différents mouvements devront respecter la hiérarchie des votes et reconnaître à chacun la place qui lui est dû dans le nouveau paysage politique tunisien.

Certaines organisations politiques comme le Parti démocratique progressiste (PDP) ont clairement affiché leur refus d'un gouvernement d’union nationale. De leurs côtés, Moncef Marzouki, fondateur du CPR, et Mustapha Ben Jaafar, Secrétaire général de Ettakatol n’ont pas voulu marquer de distance avec le parti en tête, privilégiant l'intérêt commun aux alliances partisanes.

Le docteur Moncef Marzouki au cœur des négociations

Pour l'ancien président de la ligue des droits de l'homme, Moncef Marzouki, cette coalition semble pourtant déjà «payer». Le fondateur du CPR est en effet pressenti pour présider la future Assemblée constituante. A l'égard des partis islamistes et en réponse aux récentes polémiques autour de l'identité tunisienne, ce dernier a souligné son attachement «aux valeurs de l'identité, sans qu'elle soit un enfermement ou une dictature et sans que la religion puisse être instrumentalisé en nouvelle oppression. »

«A ceux qui s’interrogent sur les libertés et les acquis sociaux, le CPR demeure garant des valeurs universalistes et continuera à défendre les libertés individuelles, les droits humains et les droits de la femme, sans rentrer dans une guerre idéologique avec des factions conservatrices», a-t-il déclaré.

D'autres postes à responsabilités restent encore à définir, comme le prochain président de la république ainsi que son Premier ministre. Pour ce dernier, le nouvel homme fort de Ennahda, Hamadi Jebali, qui multiplie les passages dans les médias, semble le plus en vue d'après le quotidien Le Temps. Le Premier ministre sortant, Béji Caïd Essebsi, pourrait ainsi devenir le nouveau président de la république à la place de Fouad Mebazaa.

«Le secrétaire général du parti qui remporte la majorité des suffrages aux élections, dans toutes les démocraties du monde, occupe le poste de chef de gouvernement», explique Hamadi Jebali, le secrétaire général du parti Ennahda.

Même si en apparence Ennahda place ses principaux dirigeants aux postes clés, le parti n'a pas obtenu la majorité absolue, il aura besoin d'alliés et sera toujours tenu d'expliquer et de justifier ses décisions. L'éventualité de voir le pouvoir confisqué ou la résurgence d'anciennes idées du Mouvement islamiste tunisien recyclées, devrait s'éloigner si Ennahda demeure dans sa dynamique de partage des responsabilités.

Ennahda déjà en poste

Arrivé en tête sur l'ensemble du territoire mais aussi à l'étranger avec 90 sur 217, soit 41,47% des sièges qui composent l'Assemblée constituante, Ennahda n'a par ailleurs pas tardé à prendre ses responsabilités marquant la fin d'une politique transitoire. Sur fond de rumeurs de fraudes électorales, de financements de campagne disproportionnés ou occultes, le leader du parti majoritaire, Rached Ghannouchi, fort de sa nouvelle légitimité, a brisé le silence de l'actuel gouvernement à propos des récentes manifestations et grèves survenus dans la ville de Sidi Bouzid:

«Comme nous avons lancé notre campagne électorale à partir de Sidi Bouzid, nous nous engageons à donner la priorité pour cette région dans les projets économiques et les privilèges dans le progrès. Ce qui se passe aujourd’hui à Sidi Bouzid est l’œuvre des RCDistes qui veulent créer la confusion et le désordre dans le pays», déclarait Ghannouchi lors de sa conférence de presse du 28 octobre sur les résultats des élections.

Omniprésence du vainqueur?

Mais pour Ennahda, cette volonté d'inscrire l'action de son parti dans chacune des préoccupations sociales va de pair avec les questions financières et économiques urgentes pour le pays. Le jour de l'annonce des résultats définitifs le 27 octobre, une délégation de responsables, présidée par le Secrétaire général du mouvement, Hamadi Jebali, s'est rendue au siège de la Bourse de Tunis afin de rappeler que Ennahda compte s'appuyer sur les marchés financiers pour dynamiser l'économie.

«Nous leur avons confirmé que nous allons protéger les investisseurs. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter puisqu’il n’y aura plus de corruption. Nous accueillerons les investisseurs tunisiens et étrangers et ils auront toutes les garanties dont ils ont besoin», a-t-il affirmé.

Qu'il s'agisse d'inquiétudes en matière du droit des femmes ou de crainte de voir les banques islamiques se généraliser, les dirigeants de Ennahda veulent se montrer rassurants et conservateurs. Sur la crainte des hommes d’affaires de voir les retombées de certaines orientations de son mouvement sur le secteur financier, Hamadi Jebali avait indiqué qu’il n’y avait «aucune intention d’abroger le système financier en vigueur en Tunisie, ni de restreindre les activités des hommes d’affaires (…) Ces craintes n'ont aucune justification».

Partage des tâches et élections dans un an

Loin de la liesse électorale du 23 octobre, de l'attente interminable de résultats officiels et définitifs, les militants élus par la population sont déjà prêts à s'atteler aux deux prochains chantiers politiques du pays, à savoir: la rédaction de la Constitution et l'organisation d'un nouveau gouvernement.

Après avoir étudié l'ensemble des premières propositions de textes, les membres de l'Assemblée devraient très vite user de référendums afin de garantir la transparence autour de l'écriture des articles constitutionnels.

Dans le même temps, la constitution d'un nouveau gouvernement, formé par les membres de l'Assemblée constituante, devrait être accéléré et rendu public dans une dizaine de jours, selon Hamadi Jebali. Certaines priorités d'actions et conditions de la révolution semblent en effet à réactiver en urgence, telles que l'emploi, le développement économique des sous-régions, la santé, l'éducation ou encore la redéfinition d'une politique touristique cohérente et qualitative.

Enfin, des élections législatives et présidentielles devraient se dérouler dans un délai d'un an. Un laps de temps jugé par certains largement suffisant. Les débats d'idées n'ayant pu avoir lieu en Tunisie durant ces derniers mois de campagne, les Tunisiens s'impatientent de participer aux premiers débats et de voir certains profils apparaître plus distinctement à la population.

Mehdi Farhat

(Source: Slate Afrique le 30 octobre 2011)

Lien: http://www.slateafrique.com/61113/tunisie-la-recherche-politique-commune

 
Tunisie: après les élections, la bataille juridique commence

 
Deux jours après l'annonce des résultats préliminaires des élections de l'Assemblée constituante tunisienne, 104 recours ont été déposés auprès du tribunal administratif, a-t-on appris dimanche auprès de la mission d'observation de l'Union européenne. Cette dernière presse par ailleurs l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) de dévoiler le décompte final des bulletins nuls.
 
L'analyste juridique de la mission, Tommaso Capriogli, a précisé à l'Associated Press que les requêtes ont trait notamment à l'invalidation pour financement privé illégal de la campagne de six listes d'Al-Aridha Chaâbia (Pétition Populaire) dans des circonscriptions à Tataouine, Sfax (sud), Jendouba (nord-ouest) et Sidi Bouzid (centre-ouest) ainsi qu'une liste à Médenine (sud) du mouvement islamiste Ennahdha qui a remporté le scrutin national avec 90 sièges sur les 217 en jeu.
 
Les candidats d'Al-Aridha, un courant jusque-là inconnu de la scène politique, ont créé la surprise en remportant un nombre relativement important de sièges (19) à l'Assemblée constituante, étant les seuls à avoir parfois devancé Ennahdha.
 
La révocation de six de leurs listes, qui lui a fait perdre momentanément neuf sièges à la Constituante, a été l'une causes des troubles qui ont secoué jeudi et vendredi la ville de Sidi Bouzid et les localités voisines. C'est de cette région déshéritée du centre-ouest tunisien, d'où est originaire le chef de file d'Al-Aridha, Hachemi Hamdi, qu'est partie l'étincelle du soulèvement populaire qui a fait chuter le régime totalitaire de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali.
 
Le geste de désespoir de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant qui s'est immolé par le feu en décembre dernier en signe de révolte contre l'injustice et l'humiliation, a mis en ébullition tout le pays et fini par avoir raison de l'ancien homme fort de Tunis qui a fui en Arabie saoudite.
 
Au cours des violences de ces derniers jours, les manifestants ont saccagé plusieurs bâtiments publics, dont la municipalité, le tribunal et le siège d'Ennahdha, conduisant les autorités à décréter un couvre-feu demeuré en vigueur malgré le retour au calme samedi. L'apaisement a suivi un appel lancé par Hachemi Hamdi de Londres où il dirige sa chaîne de télévision Al-Mustakilla, qui a pressé la population à cesser les manifestations.
 
Ce riche homme d'affaires avait auparavant annoncé le retrait des représentants de son courant de l'Assemblée constituante. Il avait vivement réagi au refus des dirigeants d'Ennahdha de traiter avec lui en raison de liens présumés qu'il aurait eu avec le régime Ben Ali, une accusation qu'il a du reste sèchement récusée. L'homme n'admet pas qu'Ennahdha rejette son parti alors qu'il représente le quatrième groupe de la Constituante.
 
Selon M. Capriogli, la contestation de la liste d'Ennahdha à Médenine porte sur la méthode de calcul des voix. Un premier comptage aurait inclus les bulletins blancs, puis été révisé en faisant perdre un siège (4 au lieu de 5 initialement) au mouvement islamiste. Un des recours concerne des erreurs relatives aux logos de certaines listes mal imprimés sur les bulletins de vote, a précisé l'analyste à l'AP.
 
Après l'expiration samedi du délai de dépôt des recours, le tribunal administratif devra entendre toutes les parties dans les sept jours qui suivent et rendre son jugement trois jours après. Sans être légalement liée par un délai précis, l'ISIE devra par la suite proclamer les résultats définitifs des élections.
 
Tommaso Capriogli soulève cependant "un grand point d'interrogation": les 14 jours impartis au tribunal administratif seront-ils suffisants pour traiter la centaine de recours introduits, dont certains sont complexes?
 
Source: "Le Nouvel Observateur" Le 30-10-2011
Lien:http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111030.FAP7270/tunisie-apres-les-elections-la-bataille-juridique-commence.html
 
Tunisie : être ou ne pas être aux côtés d’Ennahdha ?

 
 
Par Slim Hajeri - Avocat
 
Aujourd’hui, les choses sont claires, avec près de 42% des sièges, le parti islamiste domine largement l’Assemblée constituante.
 
Avant même la fin du décompte des voix, Ennahdha a clairement affirmé son intention de prendre en main les rennes du pouvoir. Elle a présenté sans plus attendre son futur Premier ministre, le président de l’Assemblée constituante et livré les noms de ses candidats à la présidence de la République.
 
Mais les islamistes ne veulent pas y aller seuls, ils ont lancé un appel à la constitution d’un gouvernement "d’union nationale", appel très vite accepté puis relayé par leurs alliés stratégiques du Congrès pour la République (CPR). La plupart des autres partis représentés à l’assemblée ont décliné (pour l’instant) l’offre d’Ennahdha à l’exception notable d’Ettakatol. Troisième force de l’AC, ce parti historique de centre gauche a su négocier la première période de transition avec une certaine habileté politique et a ainsi, pu se positionner comme l’une des formations politiques les plus crédibles de la place.
 
A l’heure actuelle, les négociations battent leur plein, Ettakatol se dit prêt à intégrer le gouvernement dirigé par l’islamiste Hamadi Jebali mais pose des conditions et dit vouloir négocier un programme commun. Les sympathisants d’Ettakatol et autres démocrates sont partagés. Mais au sein du parti les militants semblent majoritairement pencher pour une alliance ; argument principal : il faut accompagner Ennahdha afin d’éviter les dérives possibles et prendre en compte l’intérêt supérieur du pays.
 
Mais sur quel fondement le raisonnement des partisans de l’alliance repose-il ? Une stratégie politique se base sur des données objectives, des faits, des hypothèses crédibles, des prévisions et une analyse de la situation. Les choix sont ensuite faits et les décisions prises en fonction des objectifs à atteindre à court, moyen et long terme.
 
La position d'Ennahdha
 
Politiquement la situation peut se résumer ainsi : Ennahdha est le parti le plus puissant de l’assemblée et bénéficie du soutient du CPR qui comporte en son sein, il ne faut pas l’oublier, une forte composante nationaliste et/ou islamiste. L’axe Ennahdha/CPR aurait la maîtrise totale de l’Assemblée constituante. Or cette dernière est souveraine. Outre le pouvoir législatif et exécutif, elle aura le loisir de modeler la constitution à sa guise.
 
Ennahdha a d’ailleurs dès le départ posé les règles du jeu ; elle revendique de maintenir une position dominante et de diriger le gouvernement. Autre élément important, l’administration et l’armée ; ils sont a priori hostiles à Ennahdha du fait principalement de l’épuration radicale entreprise par l’ancien régime, mais aussi parce que le parti islamiste a jusqu’ici affirmé sa détermination à rompre avec le passé et à demander des comptes aux plus hauts responsables de l’administration placés par Ben Ali. Tout cela a le mérite d’être relativement clair, mais l’équation politique comporte plusieurs autres inconnues.
 
La plus grande et la plus intrigante de ces inconnues, la question que tous les démocrates se posent est la suivante : qui est réellement Ennahdha et que veut-elle ? Cette interrogation n’est pas gratuite, elle prend sa source dans l’histoire idéologique de ce parti. Ennahdha est l’héritière directe du courant des Frères musulmans, de l’idéologie fondamentaliste de Sayed Qotb et du cheikh El Benna. Elle est l’émanation du Mouvement de la Tendance Islamique (MIT, ancien nom d’Enahdha) et ses pères fondateurs (toujours solides aux postes) affirmaient à leurs militants (et affirment toujours de temps en temps) que leur reconversion aux principes de la démocratie n’est pas à prendre au premier degré.
 
La question est donc de savoir si ce parti à l’histoire et aux fondements islamistes radicaux s’est métamorphosé en parti démocrate. Faut-il croire le discours apaisant de ses dirigeants et leurs références au modèle turc alors même que dans les prêches de certains imams sympathisants d’Ennahdha et sur les réseaux sociaux, les appels à l’application de la chariaâ et à l’instauration d’un état islamique fusent.
 
Ennahdha acceptera-t-elle de jouer le jeu de l’alternance démocratique ou fera-t-elle son coming out théocratique une fois son autorité assise sur les postes stratégiques de l’appareil d’état ?
 
Tels sont donc les principaux éléments de l’équation politique. Au plan économique la situation est extrêmement difficile : croissance négative, investissement en baisse, chômage, inflation etc. Les perspectives sont loin d’être bonnes, les islamistes, modérés ou pas font peur aux touristes et aux investisseurs occidentaux. L’heure est grave ! Prendre une décision quel qu’elle soit nécessite de tenir compte de l’ensemble de ses éléments.
 
Prospectives
 
Alors, être ou ne pas être au gouvernement ? Partons du postulat que l’objectif stratégique d’Ettakatol est d’instaurer à moyen terme un régime réellement démocratique garantissant à tous, l’exercice des libertés fondamentales. Les objectifs à court terme (principalement économique et sociaux) quoique fondamentaux ne sauraient primer sur l’intérêt supérieur du pays entendu au sens historique et civilisationnel.
 
Il faut donc juger de l’opportunité d’adhérer à l’axe en considérant principalement l’objectif à long terme, c’est-à-dire l’instauration de la démocratie.
 
Dans la première hypothèse, Ennahdha est un parti démocrate dont les aspirations pour le pays sont les mêmes que celles de n’importe qu’elle autre parti progressiste. Si telle est la vision que l’on adopte, alors l’alliance semble s’imposer. Sauver l’économie, rassurer nos partenaires étrangers, initier les réformes principales (justice, police, administration, éducation, etc.) et s’atteler à la rédaction d’une constitution consensuelle ne saurait trouver meilleur terrain que celui d’une union nationale.
 
En revanche si l’ont émet des doutes sur les intentions réelles du parti islamiste, les choses deviennent beaucoup plus nuancées et complexes. La stratégie consisterait alors à trouver la meilleure parade à de prévisibles manœuvres politiques d’Ennahdha visant en définitive, une prise pure et simple du pouvoir en vue de l’instauration d’une théocratie, à l’image de ce qui se produisit en Iran, après 1979. A quoi servirait une alliance avec un parti ayant de telles intentions, disposant d’une majorité confortable à l’AC et revendiquant une position dominante dans le gouvernement ?
 
Un programme commun ?
 
Certes, un programme négocié à l’avance, solution préconisée par Ettakatol, permettrait de garder un certain contrôle et de limiter les dégâts pour un certain temps. De plus, la présence d’un parti modéré au sein du gouvernement serait sans doute un atout majeur pour l’économie surtout du point de vue de nos partenaires étrangères. Mais qu’elle serait la marge de manœuvre réelle d’un parti minoritaire au sein dune pareille alliance ?
 
Le programme commun n’offre que peu de garanties car il ne s’agit, en fin de compte, que d’un ensemble de promesses. Par ailleurs, l’importance de la prise de positions stratégiques au sein de l’appareil d’état doit être relativisée car elle ne saurait être que partiel et temporaire. A l’opposé, du point de vue d’un parti aux visées hégémoniques (si tel était le cas d’Ennahdha) il n’y a qu’avantages, dans les circonstances actuelles, à s’allier à ses adversaires politiques. Cela lui permettrait en premier lieu de bénéficier de la crédibilité de ces partenaires aussi bien vis-à-vis de l’opinion publique et d’une partie de l’administration que des partenaires étrangers de la Tunisie. Une certaine relance économique deviendrait alors possible ainsi qu’une réforme en douceur d’une administration qui lui est jusqu’à présent plutôt hostile.
 
L’application du programme politique et des promesses électorales d’Ennahdha peu réalistes (118.000 emplois par an !) seraient reportée sine die. Ennahdha garderait tout de même la maitrise des principaux dossiers, mais les critiques et attaques inéluctables en cette phase délicate ne seraient plus dirigées directement contre elle mais viseraient l’ensemble de la coalition.
 
Enfin, en cas d’échec de la politique menée par la coalition (chose fort probable) la responsabilité d’Ennahdha en serait à tout le moins diluée, sinon éludée. Par contre, un succès, même relatif pourrait aisément être récupéré.
 
Quelle stratégie pour Ennahdha ?
 
Bref, à l’abri des critiques et grâce à une situation socio économique en amélioration plus ou moins sensible, Ennahdha bénéficierait de meilleures circonstances possibles pour se consacrer à assoir son autorité sur le pays par le biais d’une stratégie en trois ponts que l’on pourrait imaginer ainsi :
 
1-Nettoyer l’administration de tous les éléments hostiles et y intégrer quelques fidèles.
 
2- Faire approuver une Constitution comportant quelques compromis mais qui lui est résolument favorable.
 
3- Et surtout, accomplir avec sérénité son travail le plus important : niveler la société et l’islamiser en agissant "par le bas" c’est-à-dire dans les quartiers, les mosquées, les cafés etc.
 
Intégrer une coalition dirigée par Ennahdha (s’il s’avérait que ce parti était hégémonique) ne permettrait donc pas de réaliser l’objectif stratégique ; bien au contraire il servirait des intérêts contraires. Servir de faire valoir, puis d’alibi tout en ayant l’impression de détenir une partie du pouvoir et d’exercer un contrôle pourrait s’avérer suicidaire.
 
En s’alliant à Ennahdha, Ettakatol risque de perdre une grande partie de ses électeurs et pourra difficilement en conquérir d’autres car il sera désormais un parti de gouvernement qui aura à prendre des mesures douloureuses et impopulaires. L’une des principales erreurs de 1987 était d’avoir présumé de la bonne foi et des bonnes intentions de Ben Ali ; or en politique il n’y y a pas de place pour de telles présomptions. Il vaut mieux se réveiller sur une bonne surprise qu’être réveillé en sursaut par un cauchemar.
 
Être dans l’opposition constructive, dire oui quant il le faut et résister avec force quand cela est nécessaire, tisser des liens plus étroits avec les islamistes réformateurs et le CPR, investir sérieusement le terrain en bénéficiant de la position bien plus confortable d’opposant, affiner sa stratégie, tenir un discours fédérateur basé sur la question sociale, tel semble être la meilleure option ou en tout cas la moins mauvaise.
 
Source: "Le Nouvel Observateur" Le 30-10-2011
 
Tunisie : Hamadi Jebali (Ennahda), le nouvel homme fort

 
Hamadi Jebali, numéro 2 du parti Ennahda, devrait devenir le prochain Premier ministre de Tunisie. Ce pratiquant assidu est favorable à la charia, mais assure qu'il ne l'appliquera pas en Tunisie.
 
 
Ces derniers jours, avant même d’être intronisé, Hamadi Jebali se comporte déjà en Premier ministre. Tout porte à croire que le secrétaire général d’Ennahda, qui a raflé 41,5% des sièges lors de l’élection de l’Assemblée constituante, le sera. Cet ingénieur de 62 ans, spécialiste de l’énergie solaire, devrait diriger le gouvernement de coalition qu’Ennahda appelle de ses vœux. Lunettes teintées, barbiche blanche et faux airs de Robert Hue, Hamadi Jebali porte au front une imposante "tabaa", la marque des assidus à la prière. Membre fondateur du Mouvement de la tendance islamique, l’ancêtre d’Ennahda, au début des années 1980, il en a été dès le début l’un des principaux animateurs. Et le premier à connaître les geôles de Ben Ali.
 
Directeur du journal du parti Al Fajr, il y entre une première fois en 1991 pour un simple article, une deuxième en 1992. Seize années d’enfermement au total, dont dix à l’isolement. Il est gracié en 2006. Un vécu qui force l’estime. "J’attends de quelqu’un qui a subi la répression qu’il soit vigilant sur les libertés", souligne Mohamed Bennour, porte-parole du parti Ettakatol. Parmi les dirigeants d’Ennahda, Jebali est de ceux qui rassurent. On le dit modéré, respecté jusque dans l’opposition. "Il est pragmatique et conciliant", commente Slah Jourchi, islamiste indépendant et candidat malheureux au scrutin.
 
Sidi Bouzid s'enflamme
 
Reste à conquérir les Tunisiens, dont une partie reste méfiante, voire hostile, à Ennahda. Hamadi Jebali a déjà fait savoir qu’il n’était pas question d'"imposer une Constitution qui abroge certaines libertés comme celles de croyance […] ou la situation juridique de la femme et sa place dans la société". Ni "de paralyser un secteur vital comme le tourisme en interdisant les boissons alcoolisées et le port de maillots de bain". Dans un long entretien à l’hebdomadaire Réalités en février, il expliquait aussi son adhésion de principe à la charia, tout en affirmant qu’il n’était ni possible ni souhaitable de l’appliquer.
 
Le Premier ministrable s’est vite retrouvé confronté à sa première épreuve : le voilà contesté à Sidi Bouzid, le berceau de la révolution. Après deux jours de violences (plusieurs milliers de contestataires y ont attaqué des bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, le tribunal et le siège d’Ennahda), le calme était revenu hier, mais le couvre-feu demeurait maintenu.
 
Décryptage avec Mathieu Guidère*, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse :
 
"Les dirigeants historiques d’Ennahda n’incarnent pas le vrai Ennahda. Leurs déclarations rassurantes et sympathiques ne reflètent pas les tendances profondes du parti. Durant la phase transitoire qui va débuter et doit mener la Tunisie vers des élections législatives dans un an, il ne se passera pas grand-chose. Mais après? Une fois que la Constitution aura été rédigée et que les islamistes auront pris position dans l’appareil d’État? Ils ont déjà réclamé le poste clé de ministre de l’Éducation. Que feront-ils du statut des femmes dans le pays? S’ils posent la question d’autoriser la polygamie, actuellement interdite en Tunisie, on saura à quoi s’en tenir : poser la question, c’est y répondre.
 
Les islamistes n’auront pas besoin d’en passer par la loi. Ils n’auront pas besoin d’abroger le code de 1956 [qui accorde aux Tunisiennes des droits uniques dans le monde musulman]. Ils diront vouloir assouplir les choses : aux Tunisiens, en leur âme et conscience, de continuer à accorder la même part d’héritage à leurs filles et à leurs fils, ce qui est obligatoire aujourd’hui. Aux Tunisiennes de porter le voile ou pas. Ils diront : 'Chaque femme fait comme elle l’entend'. Mais on le voit déjà dans certaines régions, comment continuer à ne pas porter le voile quand toutes les autres femmes l’ont adopté?"
 
*Ancien directeur de recherches à Saint-Cyr, Mathieu Guidère est l’auteur du Choc des révolutions arabes, Autrement, 2011.
 
Source: "Le JDD" Le 3010-2011
 
Tunisie : les mariannautes entre inquiétude et espoir

 
Alors que le parti islamique vient de remporter les élections en Tunisie, et que la Libye annonce la mise en place d’une constitution basée sur la Charia, certains sont tentés d’y voir la fin des révolutions du printemps arabe et le retour à une certaine forme d’obscurantisme. Pourtant, quelques commentateurs pensent qu’il serait malvenu de juger ces peuples du haut à l’aune de notre propre " ripouxblique ".
 
Démocratie islamiste
 
"La démocratie, que je sache, est le gouvernement du peuple, par le peuple", rappelle Alain S en guise de préambule. " Et si ce peuple est majoritairement de religion islamique, je ne vois pas pourquoi ce pays serait moins démocratique que certain autres! "
 
 
Fort bien. Mais alors pourquoi, se demandent nombre d’occidentaux perplexes, choisir d’instaurer une démocratie basée sur l’islam ? Pourquoi choisir une nouvelle forme d’asservissement alors même que la liberté a été chèrement gagnée ?
 
Jean MOUROTrappelle que" les "islamistes" ont su, comme le FIS en Algérie, secourir les plus humbles dont l'Etat ne s'occupait pas. " Autre élément d’explication : " il faut reconnaitre que la religion et la tradition apportent des certitudes rassurantes à ceux qui n'ont pas bénéficié de "l'occidentalisation" de la Tunisie. "
 
 
" La victoire d'Ennahda ressemble à la réaction d'une population qui se sentait opprimée dans ses choix religieux sous Ben Ali, car en définitive cette histoire de laïcité ne concernait que la part de quelques grandes villes tunisiennes ", ajoute Michael SPECHT. " Retour à des valeurs sûres, connues, familières, voici sans doute ce que se sont dits nombre de votants. "
 
 
De l’avis de Maxime M, cette élection va impacter négativement le futur économique de la Tunisie : " Ils ont votés en connaissance de cause. Ils vont juste perdre le tourisme qui faisait vivre au moins 50% de la population, puis recommenceront leur révolution... "
 
 
« Tout dépend de la politique qu'ils mèneront », tempère Zap POW. « La Turquie est gouvernée par des islamistes depuis des années, et le tourisme y est florissant. Pour peu qu'ils soient effectivement des islamistes du même genre, comme ils s'en réclament, le tourisme redémarrera aussitôt que possible, les touristes se sentant en sécurité. »
 
 
« Que va-t-il se passer maintenant? Nul ne peut le savoir. »
 
Jean-Louis CHARPAL se montre prudent quant à ses prognostics sur l'avenir du pays: "Il ne faut certes pas être naïf et professer un optimisme béat.Il est clair que lorsqu'un peuple, après des décénnies d'humiliations, s'essaie à la démocratie, il affronte tous les dangers.Les choses vont peut-être bien tourner, c'est tout le mal que je souhaite à ce pays ou peut-être l'expérience sera un fiasco pour cette fois. Et il faudra attendre encore longtemps avant une issue par le haut."
 
"Ce qui est sûr en tout cas c'est que moins nous nous en mêlerons et mieux cela vaudra. Charia ou pas, les peuples de l'autre côté de la Méditerranée sont en droit de choisir eux-mêmes leur destin ", tranche Jean Dif. " Les régimes qui nous régissent sont-ils si parfaits que nous puissions attendre de tous les peuples de la terre qu'ils les choisissent pour modèles? Laissons-les faire leur expérience et inventer eux-mêmes les solutions qui leur paraissent les plus appropriées. "
 
 
" Ces valeurs universelles dont on nous rebat les oreilles n'existent qu'au niveau des abstractions ", conclut l’internaute. " Dès qu'il faut passer à l'application, on s'aperçoit vite, même en Occident que les mots n'ont pas tout à fait le même sens d'un pays à l'autre. Seuls les retardataires imprégnés d'esprit colonialiste, peuvent encore penser que leur manière de vivre devrait s'imposer à tous, aux Esquimaux de la banquise comme aux Bédouins du désert. "
 
Source: "Marianne 2" Le 30-10-2011
 
Tunisie : le retour de Salah Karker, une figure pionnière d’Ennahda

 
L’assignation à résidence surveillée Salah Karker fondateur du MTI (Mouvement de la Tendance islamique), ancêtre d'Ennahda, vient d’être levée, et ce, après avoir été exilé à Londres et assigné à résidence en France depuis 1993.
 
En 1981, Salah Karker est le cofondateur de MTI réprimé par Habib Bourguiba, Karker est condamné en 1981 à dix ans de prison. Libéré en 1984 suite à une amnistie générale de Bourguiba en faveur de tous les prisonniers politiques, il reprend ses activités politiques. La répression policière reprend en 1987 et, après plusieurs mois de vie dans la clandestinité, Salah Karker est condamné à mort par contumace la même année, après la prise de pouvoir par Ben Ali. Il décide alors de quitter clandestinement la Tunisie. Exilé d'abord à Londres puis à Paris. Salah Karker, le cofondateur du parti islamiste tunisien Ennahda, vient de se voir signifier la levée des deux arrêtés d’octobre 1993 en vertu desquels il était assigné en résidence surveillée en France depuis dix-huit ans. La nouvelle a été annoncée mercredi dernier au quotidien français on line Mediapart. "Les autorités françaises se sortent très peu glorieusement de cette histoire aberrante", a commenté l’avocat de Dalah Karker.
 
Source: "Le Matin" Le 30-10-2011
 
A mes amis français, saluons la victoire de la démocratie en Tunisie

 
L’auteur, journaliste et chef d'entreprise français basé en Tunisie, lance un appel à ses amis français, qui ont mal accueilli les résultats des élections tunisiennes, les invitant à saluer la victoire de la démocratie en Tunisie.
Par Bruno Walther*
Chers amis français...
 
Depuis dimanche, vous tentez de transformer le printemps tunisien en hiver islamiste.
 
Je vais probablement en choquer certains d’entre vous mais je me réjouis du bilan des élections en Tunisie.
 
J’entends déjà certains s’étrangler: «Quoi mais comment se réjouir de la victoire d’Ennahdha, quel cynisme?»
 
Oui, je l’assume, le résultat des élections est une bonne nouvelle pour la Tunisie, la démocratie et le monde libre.
 
Le pathos des «belles âmes européennes»
 
En tant que démocrate, je ne boude pas mon plaisir de voir une nation s’émanciper et prendre le chemin de la démocratie.
 
Abandonnons cinq minutes le pathos des «belles âmes européennes» et de «l’intelligentsia moderne autoproclamée» et soyons un peu factuel.
 
Le peuple tunisien réussit à se libérer seul de la dictature et à lancer un mouvement d’émancipation démocratique que nous n’avions pas connu depuis 1989.
 
En neuf mois, la petite Tunisie a bâti un processus électoral exemplaire avec une Haute autorité dont l’intégrité pourrait servir de modèle à bien des démocraties occidentales. A reconstruit les listes électorales vérolées par le benalisme. A légalisé les partis politiques interdits sous la dictature, libéré les prisonniers politiques, appris à faire de la politique et à dialoguer.
Sur la forme, le processus électoral s’est déroulé dans une concorde remarquable pour un pays qui vivait, sur fond de récession et de crise économique, la première expérience démocratique de son histoire.
 
Sur le fond, du Cpr à Ennahdha en passant Ettakatol, les grands gagnants de ces élections sont les partis et les personnalités qui ont eu un comportement exemplaire sous la dictature et qui affichent un haut degré de probité morale.
 
Le message envoyé par le peuple tunisien est limpide. Il souhaite tourner définitivement la page du Benalisme. En finir avec les pratiques de la dictature mais aussi avec un modèle de développement économique basé sur l’irresponsabilité sociale et la prédation économique. Avec une administration, kafkaïenne en grande partie corrompue, construite, de Bourghiba à Ben Ali, non pas pour servir le peuple mais pour le contrôler.
 
Quitte à continuer à choquer mes amis français, la seule chose qui me choque, en tant que démocrate, est le score invraisemblable d’Al-Aridha qui démontre la puissance du régionalisme et des réseaux Rdcistes.
 
Vous allez me dire Ennahdha a un double discours.
 
Peut-être. C’est souvent la plaie des parties politiques de faire du mensonge une stratégie de prise de pouvoir.
 
Mais de grâce tentons de sortir de la dialectique mortifère issue du Benalisme et de raisonner librement en faisant abstraction de vingt-cinq ans de propagande.
 
L’hystérie des journalistes français
 
Jugeons simplement sur pièce. Et n’oublions pas que c’est sur la base de ce programme qu’Ennahdha a conquis le cœur des Tunisiens. Qu’Ennahdha abandonne son programme, dérive et le peuple tunisien saura se mobiliser.
 
Je vous le dis directement, vu de Tunis, l’hystérie des journalistes français contre Ennahdha est aussi ridicule que les cris, en 2007, d’une partie de la gauche française qui nous expliquait que Sarkozy était une réincarnation d’Hitler.
 
La Tunisie est indéniablement une démocratie. La première du monde arabe. Et c’est une très belle nouvelle.
 
Maintenant vous allez me dire, mais comment peux-tu investir dans un pays gouverné par des islamo conservateurs où le risque d’instabilité est si fort?
 
Et bien là je vais achever de vous choquer.
 
Ce qui menace la Tunisie ce n’est pas l’extrémisme religieux. La Tunisie est un pays historiquement ouvert et pacifique. Un des rares pays au monde qui n’a jamais déclaré la guerre à ses voisins et qui n’a jamais massacré ses minorités. Après plus de 2000 ans de pacifisme la Tunisie ne va pas se transformer, par enchantement, en peuple guerrier et intolérant. 50 ans après l’indépendance, la Tunisie est juste en train de retrouver son identité arabe et musulmane. Et c’est plutôt une bonne chose.
 
Non ce qui menace la Tunisie aujourd’hui c’est la misère, la crise économique et les insupportables inégalités sociales.
 
Et cette misère a une cause la corruption. Elle gangrène l’ensemble de la société, pervertie les valeurs et plombe l’économie.
 
En Tunisie, après 25 années de benalisme, le modèle d’enrichissement ne passe pas par la création d’entreprise, l’innovation ou l’effort. Non c’est le règne du piston, des commissions et des bakchichs.
 
La corruption est devenue une machine à détruire la croissance, à casser les entreprises, à décourager l’effort et à faire fuir les investissements étrangers.
 
Et disons-le clairement il n’y aura pas de croissance durable et de créations massives d’emplois en Tunisie tant que la corruption ne sera pas sévèrement combattue, que l’effort ne sera pas récompensé et les richesses mieux redistribuées.
 
Ce qui menace l’investissement c’est clairement la corruption. Derrière chaque douaniers, inspecteurs des impôts, affairistes se cache un prédateur potentiel qui risque de vous braquer votre capital et vos économies. Valoriser l’effort et le respect dans une société où l’incivisme et l’individualisme extrême ont été érigés en modèle est un défi quotidien.
 
Le plébiscite des partis intègres
 
De ce point de vue, le résultat des élections est une bonne nouvelle.
 
En balayant les partis politiques issus de l’ancien régime et en plébiscitant les partis intègres qui proposent une société, moins individualiste et plus juste, les tunisiens ont envoyé un mandat impératif aux nouveaux élus : la justice.
 
La justice pour que les criminels et les corrompus de l’ancien régime soient enfin inquiétés.
 
La justice économique pour que la richesse tunisienne ne soient plus confisquée par une artistocratie autoproclamée et massivement corrompue.
 
La justice sociale pour que la dignité des plus faibles soit enfin respectée.
 
En nettoyant le système, en moralisant la vie politique et en s’attaquant fermement à la corruption, la Tunisie peut enfin se donner les armes pour créer une croissance durable capable de créer des emplois.
 
Les grands gagnants des élections en Tunisie ne sont pas les intégristes mais les intègres!
 
Et c’est définitivement en Tunisie que se dessine le monde de demain, avec ses incertitudes et ses promesses.
 
* Spécialiste du marketing Web, directeur de la société française CaptainDash implantée en Tunisie en juin 2011.
 
 
Source: "Kapitalis" Le 30-10-2011

VIVE NOUS

Mahrez Chabbi

Français, désormais au niveau des valeurs, vous êtes dans le rétroviseur du convoi tunisien, soyez responsables, honnêtes, pensez à libérer votre pays du sionisme, du fascisme, des maffias, à le démocratiser, vraiment, à le rendre plus humain et plus juste, plus fiable et plus vivable, les tunisiens sont loin devant vous. Nous n'avons pas besoin de vos indignations sélectives, ni de vos diffamations frustrées et primaires, votre paillasson et votre homme de main BEN ALI est bel et bien fini, nous sommes en train de purifier par le droit son système, qui est le vôtre, mais nous sommes civilisés, alors soyez assurés de notre compassion. Je vous écris cette colère comme un dépit amoureux, pour votre révolution, pour Voltaire, pour JAURES, pour JEAN MOULIN, quand je constate que vos Hommes politiques essaient d'avoir une quelconque influence sur le libre arbitre tunisien, désormais libre de vos hommes de main et méprisant des lieues communs de vos aliénés, la cinquième

colonne des pesanteurs fascisantes tunisiennes dont la majorité stupide et dégénérée va jusqu'à faire allégeance aux thèmes nazifiant du FRONT NAZIONAL , l'épicerie des LE PEN, en les suppliant de punir les musulmans tunisiens coupables d'avoir voté pour ENNAHDA.
Oui j'invite nos amis étrangers à balayer devant leur porte, nous venons de donner la preuve de notre moralité et notre humanisme, d'ailleurs ce sont des valeurs que la nation tunisienne porte en elle depuis toujours, étouffées par le colonialisme et le néocolonialisme et les traîtres à la TUNISIE qui festoyaient à vos tables, ces traîtres qui résistent encore à notre vérité éthique, d'une façon barbare, et défigurent, avec votre aide, l'aide de vos ministres sous contrôle des lobbys sionistes de cette pauvre France occupée, notre république qui est plus vieille que la vôtre.

 

Pour les réactionnaires et les fascistes tunisiens la haine de soi,c'est tout simplement la haine de l'autre, qui simplifient d'elles même, les mots comme les sentiments,pour eux la démocratie tunisienne c'est la haine de l'autre, nous devons sans cesse leur rappeler que le monde est un grand village et les choses comme les sentiments, comme le sens de l'histoire sont assujettis à leurs propre vérité, dans tous les contextes, sans aucune exception, ni politiques ni culturels . La haine de soi comme la haine de l'autre, les dérives schizophréniques comme les déviances sociales ont une racine commune, le refus de la monade psychique d'accepter la réalité que ce soit dans sa vérité politique, culturelle, sociale ou économique, et bien plus encore dans ses exigences citoyennes et démocratiques. les réactionnaires refusent dans cette démocratie tunisienne en construction toute structure ontologique de l'être tunisien, à qui ils veulent imposer des contraintes indépassables à toute organisation sociale et à tout projet politique qu'il choisi en toute liberté et en toute conscience. La stratégie de ces haineux est claire, elle est terrifiante, dont certains veulent se draper de laïcité , de la défense des valeurs républicaines, et toute la démagogie habituelle des thuriféraires, par la forfaiture, la diffamation, le faux et l'usage du faux, au risque de diaboliser à l'étranger l'immuabilité de la jeune démocratie tunisienne, elle essaie de condamner irrévocablement toute idée d'une société"transparente", tout projet politique qui viserait la réconciliation nationale immédiate en court-circuitant toute forme d''institution.
La haine conditionne la violence et s'exprime dans la violence, c'était le seul fondement de la dictature mauve de BEN ALI, elle n'est pas partie avec lui, elle vit encore en TUNISIE, avec quelques nostalgiques de ses horreurs et ses éradications, son totalitarisme et ses liberticides, conscient ou pas, ce n'est pas important, ce qui importe c'est la nocivité de son poison; Que la victoire dans cette élection reste à tous les tunisiens qui l'auront faite en l'aimant ou pas, c'est ce qui importe, elle annonce à notre peuple une vie normale et l'alternance dans l'apaisement, le choc des idées, le débat, le réveil civilisateur, l'espoir et l'espérance pour un peuple soumis à sa propre dégénérescence depuis plus de cinquante ans de soi-disant indépendance .Il faudra bien comprendre que les tendances destructives des réactionnaires fascisants tunisiens, Dieu merci, c'est le génie tunisien dans sa grandeur qui veut cela, s'accordent admirablement à la quasi-nécessité pour l'institution de notre ÉTAT de se clore, de renforcer la position de ses propres lois, valeurs, règles, significations comme uniques dans leur excellence et les seules exigences, par cette affirmation que les lois, les croyances, les dieux, les normes, les coutumes et les moeurs sont supérieurs, vrais et bons, ainsi ces réactionnaires fascistes en perdant les élections, en voulant combattre par la haine le choix majoritaire des tunisiens, ils participent malgré eux à la marche en avant et la pérennisation de cette démocratie, c'est pour cela que la réaction des démocrates vis à vis de cette ploutocratie, doit toujours rester dans le cadre de la loi et de l'état de droit.