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الثلاثاء, 31 أيار 2011 12:40

11 ème année, N°4025 du 31 mai 2011


11 ème année, N°4025 du 31.05.2011

Lancement officiel du Pôle Démocratique Moderniste
Compte rendu pour la création d'un cadre ouvert pour les élections de la constituante tunisienne
Reuters: Tunisian police detain government critic, wife says
AFP: Tunisie: le parti Ennahda claque la porte de l'instance de réforme politique
AFP: Tunisie: la commission électorale n'exclut pas une nouvelle date de scrutin
Reuters: France-Longuet exclut toute démission pour un séjour en Tunisie
AFP: Berd : le Golfe pourrait cofinancer les investissements en Afrique du Nord
AP: Neuf autres militaires libyens ayant fait défection arrivnt en Tunisie
Kamel Mahdhaoui: Sens et consciences dans une possible révolution
Kapitalis: Tunisie. Voyage au cœur du «monstre» islamiste
La Presse: Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante des élections: - Une nouvelle date n’est pas exclue
Jeuna Afrique: Slim Amamou estime qu'il n'y a "absolument pas" de complot en Tunisie

Communiqué de presse
Lancement officiel du Pôle Démocratique Moderniste


 

Tunis, 31 mai 2011 – Le lancement du pôle Démocratique Moderniste a été annoncé aujourd’hui lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’espace El Teatro. La dite-conférence a été marquée par la présence des représentants des partis politiques et initiatives adhérents à ce pôle:

- Le Mouvement Ettajdid

- Le Parti Socialiste de Gauche

- Le Mouvement des Patriotes Démocrates

- L’Alliance Républicaine

- Le Parti Avant-Garde Arabe Démocratique

- Le Mouvement de la Citoyenneté et de la Justice

- La Voix du Centre

- Assez de divisions ! Allons de l'avant

- Pour un pôle démocratique, culturel et progressiste

Ce pôle, mis en place suite à un appel des initiatives, initie un parcours de rassemblement des partis politiques, des indépendants et des acteurs de la société civile afin d’unir les forces de progrès et de la modernité dans des listes électorales communes capables de mener et de gagner la bataille électorale pour la Constituante.

Des pourparlers sont en cours avec d’autres partis politiques notamment :

- Le Parti du Travail Patriote Démocratique

- Le Parti du Travail Tunisien

- Le Parti Tunisie Verte

- Le Front Populaire Unioniste

- Le Parti pour le progrès

- Afek Touness

Pour de plus amples informations :

www.assezdedivisions.org

 

 


Compte rendu pour la création d'un cadre ouvert pour les élections de la constituante tunisienne

Suite à l'invitation de militants des droits de l'homme tunisiens en France, s'est tenue une réunion au siège de la FTCR le samedi 28 mai 2011 à 18H30; étaient présents ou ont accepté les représentants des partis et associations suivantes
Abderazak Bouazizi président de l'ADTF (ex ATF – Paris) à titre personnel / CPR / CRLDHT / ETTAKATOL / FTCR / NAHDHA / PCOT / PDP (excusé) / PTT (Ahmed Messaoud) / UTIT Ile-de-France.
 
Suite à des discussions et à des échanges très fructueux et après analyse de la situation politique actuelle marquée par les débats concernant les prochaines élections de l'assemblée constituante, et à fin de rétablir des conditions de débats acceptables par tous dans le respect des différences et des opinions des uns et des autres qui s'exprimeront durant la campagne électorale il a été décidé de constituer un cadre ouvert aux partis, associations et citoyenEs tunisienEs en France, concernés par les échanges sur les élections de la constituante tunisienne.
 
Propositions retenus :
 
1) Rédaction d'un code de conduite citoyenne durant les élections qui sera soumis à la signatures des partis, coalitions et indépendants qui se présenteront aux élections en France.
2) Organisation d'une campagne de sensibilisation des citoyenEs aux prochaines élections.
3) Élaboration commune de revendications à soumettre à l'instance supérieur indépendante pour les élections : composition de l'instance en France, nombre de circonscriptions, nombre de bureaux de votes, modalités de transports des électeurs etc...
4) Formation des observateurs aux élections.
5) Problèmes que poseront la presse et les médias français durant la campagne.
6) Transparence des financements durant la campagne.
 
compte rendu rédigé le 29 mai 2011 par Tarek BEN HIBA

Reuters, le 30 mai 2011 à 17h46 GMT
Tunisian police detain government critic, wife says
 
TUNIS, May 30 (Reuters) - Police detained a senior manager in the Tunisian police force after he criticised Interior Ministry recruitment policy in letters to a newspaper, his wife said on Monday.
Samir Feriani, who is a civilian who works for the police force, was forcibly taken to a military barracks, according to his wife Laila Feriani.
"He left early on Sunday morning ... when a car containing four people intercepted him, forcing him to stop," she told Reuters. "Three of them abducted him and drove him to a military barracks ... (in Tunis) without any explanation, and the fourth took his car to an unknown location," she said.
"We stayed without news of Samir until this morning, when we discovered through our own means that he had been arrested."
The Interior Ministry could not be contacted for comment.
The incident comes after Tunisia's interim government assured the population there would be no return to the human rights abuses seen under previous ruler Zine al-Abidine Ben Ali, who was deposed in a revolution earlier this year.

AFP, le 30 mai 2011 à 20h55 GMT
Tunisie: le parti Ennahda claque la porte de l'instance de réforme politique
 
TUNIS, 30 Mai 2011 (AFP) - Le mouvement islamiste tunisien Ennahda a claqué la porte lundi de la Commission nationale de réforme politique, chargée de forger les bases juridiques de l'ère post-Ben Ali, faute de décision sur la date des prochaines élections, a-t-on appris auprès d'un de ses cadres.
"Nous avons décidé de supsendre notre particpation au sein de la commission, jusqu'à ce que la question de la date de l'élection (de l'Assemblée constituante, ndlr) soit tranchée", a déclaré à l'AFP Samir Dilou, un des responsables du mouvement Ennahda, crédité des plus fortes intentions de vote aux prochaines élections.
Lors d'une réunion lundi, cette commission, présidée par l'éminent juriste Yadh Ben Achour, a inscrit à l'ordre du jour l'organisation technique des élections, a-t-il expliqué, alors que la date du scrutin n'est toujours pas officiellement fixée.
Une autre commission, chargée spécifiquement de superviser les élections, avait annoncé jeudi le report du premier scrutin post Ben-Ali au 16 octobre, au lieu de 24 juillet, afin d'avoir suffisamment de temps pour l'organiser.
De son côté, le gouvernement de transition, qui plaidait jusqu'ici pour un maintien au 24 juillet, réclame un consensus avec les partis politiques sur la date de l'élection avant d'accepter un report.
Certains partis politiques comme Ennahda souhaitent le maintien du 24 juillet, même si le mouvement islamiste n'exclut plus d'accepter un report.
"Notre objectif n'est pas d'insister aveuglément sur la date de 24 juillet, mais nous voulons que cette date ne soit pas fixée par une seule partie mais après concertation et consensus", avait indiqué plus tôt lundi Samir Dilou à l'AFP.

AFP, le 31 mai 2011 à 08h54 GMT
Tunisie: la commission électorale n'exclut pas une nouvelle date de scrutin
 
TUNIS, 31 Mai 2011 (AFP) - Le président de la commission électorale tunisienne, Kamel Jendoubi, n'exclut pas de fixer "une nouvelle date" pour les prochaines élections, dont il prônait jusqu'ici le report de juillet à octobre, contre l'avis de certains partis, dans un entretien publié mardi.
"Une nouvelle date pour les élections (de l'Assemblée constituante, ndlr) n'est pas exclue, mais toujours faut-il qu'elle le soit dans le cadre de la loi et qu'elle tienne compte de tous les paramètres juridiques, techniques et logistiques", a-t-il déclaré au quotidien tunisien La Presse.
Si le calendrier établi par la commission "prévoit comme nouvelle date du scrutin le 16 octobre prochain", pour des raisons logistiques, "il est évident que ce report ne convient pas à certains partis" politiques, admet-il.
La presse tunisienne évoquait ces derniers jours le scénario d'une élection le 4 septembre, qui fait figure de compromis entre la date initialement prévue du 24 juillet et celle du 16 octobre défendue par la commission électorale.
La controverse autour de la date des premières élections libres en Tunisie s'est encore amplifiée lundi avec l'annonce par le mouvement islamiste Ennahda de suspendre sa participation à la Commission nationale de réforme politique, chargée de forger les bases juridiques de l'ère post-Ben Ali, faute de décision sur la date des prochaines élections.
Côté budgétaire, le coût de l'élection est "estimé entre 35 et 40 millions de dinars (18 à 20 millions d'euros) pour toute l'opération", précise M. Jendoubi dans La Presse.

Reuters, le 31 mai 2011 à 10h36 GMT
France-Longuet exclut toute démission pour un séjour en Tunisie
 
PARIS, 31 mai (Reuters) - Le ministre français de la Défense Gérard Longuet, mis en cause pour un séjour gratuit en Tunisie en 2006 sous le règne du dirigeant déchu Zine ben Ali, a exclu mardi toute démission tout en se disant prêt à rembourser.
L'information a été révélée par le magazine Les Inrockuptibles. Une affaire semblable avait entraîné la démission de la ministre des Affaires Michèle Alliot-Marie à la fin de l'année dernière.
Prié par des journalistes de dire s'il envisageait une démission, Gérard Longuet a répondu en marge de la présentation du futur ministère français de la Défense : "Je ne connais pas la situation de Michèle Alliot-Marie, je connais la mienne, quand j'ai une facture je la paye. Votre question n'a pas de sens".
Gérard Longuet, alors élu au Sénat et conseiller de Nicolas Sarkozy à la direction de l'UMP, a expliqué qu'il s'était rendu en aoât 2006 avec un ami à bord d'un voilier dans un port tunisien, où il avait fourni son nom et avait été reconnu.
Par la suite, il s'est rendu dans un hôtel pour y passer la nuit. Là, il dit avoir accepté l'invitation à déjeuner d'un responsable de l'office du tourisme tunisien qui voulait, selon le ministre français, parler de voile. Le reste résulterait d'un malentendu avec son ami français.
"On était deux, l'autre a pensé que c'était moi qui avait payé, moi j'ai pensé que c'était lui. Si on m'envoie une facture, je la paye de bon cœur. Deux cents euros, je ne vais pas passer la journée là-dessus", a dit Gérard Longuet.
Il a expliqué avoir passé deux nuits dans cet hôtel. Selon les Inrockuptibles, il s'agit d'un hôtel cinq étoiles de la banlieue de Tunis et l'ami de Gérard Longuet est le journaliste économique Jean-Marc Sylvestre, dont le séjour a également été pris en charge par les autorités tunisiennes.
Après près d'un quart de siècle au pouvoir, Zine ben Ali a fui la Tunisie le 14 janvier, suite à une révolte populaire. Ce mouvement a inspiré des mouvements de contestation analogues dans le monde arabe et ouvert un débat en France sur l'appui des partis de gouvernement à l'ancien régime tunisien.

AFP, le 31 mai 2011 à 13h42 GMT
Berd : le Golfe pourrait cofinancer les investissements en Afrique du Nord
 
LONDRES, 31 Mai 2011 (AFP) - Des pays du Golfe pourraient contribuer à financer les investissements de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) en Afrique du Nord, prévus à partir de l'an prochain, a-t-on appris mardi auprès de la banque.
Comme l'avaient décidé ce mois-ci ses actionnaires, la Berd a lancé les démarches en vue d'étendre aux pays arabes ses investissements, pour l'instant réservés aux ex-pays communistes de l'Europe de l'Est et de l'ex-URSS.
Mais en attendant que ses statuts soient dûment modifiés, ce qui pourrait prendre un an et demi, elle prévoit de commencer à investir dès le printemps prochain en Egypte, et potentiellement dès la même année au Maroc et en Tunisie, par le biais de "fonds spéciaux", a rappelé mardi le président de l'institution Thomas Mirow.
Il a précisé que ces investissements initiaux pourraient être cofinancés par des donateurs, sur une base volontaire.
"Nous avons la possibilité de mettre en place des fonds spéciaux avec de l'argent de donateurs et nos propres ressources, pour commencer à investir" dans de nouveaux pays, a-t-il déclaré lors d'un point de presse organisé au siège londonien de la banque.
D'après un porte-parole de la Berd, il pourrait s'agir d'Etats du G8 ou de pays du Golfe, qui financent déjà de multiples projets de développement au sein du monde arabe.
Les pays du G8 (qui font partie des grands actionnaires de la Berd) avaient soutenu fortement l'élargissement de sa zone d'intervention à l'Afrique du Nord, lors de leur sommet organisé la semaine dernière à Deauville, et avaient indiqué que les fonds de transition mis en place par la banque seraient ouverts "aux contributions de grands partenaires du développement internationaux et régionaux".

Neuf autres militaires libyens ayant fait défection arrivnt en Tunisie

The Associated Press – Le 31 mai 2011
TUNIS, Tunisie — Les défections se multiplient à un rythme soutenu au sein de l'armée libyenne. Neuf militaires, dont un colonel et quatre commandants, sont arrivés dimanche au port de Ketf dans la région de Médenine (Sud tunisien), proche de la frontière libyenne, rapporte mardi l'agence officielle TAP.
L'agence assure que ces militaires ont fait défection aux troupes loyales à Mouammar Kadhafi.
Lundi, cinq généraux ainsi que deux colonels et un commandant avaient annoncé à Rome avoir abandonné le régime de Kadhafi, appelant des officiers à les rejoindre dans leur soutien aux rebelles.
Lors d'une conférence de presse, Mahmoud Chammam, du Conseil national de transition libyen (CNT) a affirmé que d'autres officiers en poste à Tripoli ou à Misrata, ville aux mains de l'insurrection, avaient également fui vers la Tunisie.
Vendredi, 22 militaires libyens, dont plusieurs officiers supérieurs, avaient déserté. Arrivés de Misrata à bord de deux petites embarcations qui ont accosté dans le port de Ketf, ils étaient munis de leurs armes qu'ils ont remis à l'armée tunisienne.

Sens et consciences dans une possible révolution


 

Je me souviens d’un séjour de 2 jours au mois de mai 1979 sur le site archéologique de Gightis. Le site n’était pas gardé à l’époque et tout autour il y avait de rares végétations dont quelques arbustes suffisamment hauts pour abriter du regard un camping.

Nous étions huit amis que l’Islam militant de l’époque avait rassemblés dans une quête d’idéal pour le progrès de notre société décolonisée et depuis peu de temps instruite. Un idéal de reconstruction !

On a vécu 2 jours d’isolement religieux très amical avec une plage suffisamment tempérée pour s’y baigner entre prières et prêches (halakats).

La Tunisie de l’époque avec l’indépendance a commencé à explorer son avenir et son histoire après une colonisation assez longue qui a suivi une ère appelée par Malek Bennabi l’ère post-Almoahides (ahd ma baada al Mouahhidin).

L’origine des Mouhhidoun remonte a Ibn Toumert.

Banni, en1120, pour ses critiques du mode vie libéral de la dynastie finissante des Mourabitoun (Almoravides), Ibn Toumert s’est réfugié dans les hauteurs quasi inaccessibles de l’Atlas Marocain en face de Marrakech.

Il a vécu isolé du monde avec ses disciples, prêché le rigorisme et l’ascétisme, et consolidé son clan qui finira, après le décès de Ibn Toumert, à prendre la ville de Marrakech.

C’est le début de la dynastie des Mouahhidoun (Almohaides).

D’Année en année, la rencontre du pouvoir, des conquêtes territoriales et du rigorisme moral a fini dans l’intransigeance faciale et les commodités de la puissance. La chasse au libéralisme des Mourabitoun était le prétexte à la mise en ordre strict de toute pensée.

Foi et convictions sont imposées d’une autorité uniforme et unique. Toute vérité ou enseignement réel prend mille enveloppes pour s’exprimer.

Le recul puis la rupture du savoir à transmettre vers les générations aboutit à l’étouffement de la pensée.

La conséquence de cette dictature progressive est le processus de désertification mentale qu’a décrit Malek Bennani dans plusieurs écrits dont son livre « Vocation de l’Islam ».

La désertification intellectuelle s’est bien entendu poursuivie au-delà du règne des Mouahhidouns comme le désigne Malek Bennabi sous le terme « post-Almohides ».

Ce qui a abouti en Afrique du nord a des entités colonisables : La « colonisabilité » (kabiliyyet el Istiimar : un autre terme de Malek Bennabi).

Cette « colonisabilité » est simplement une immaturité et une régression sociale stabilisées par le temps qui dure. Elle imprègne peu à peu indélébilement et profondément les habitudes tout en anesthésiant l’esprit critique qui aurait pu la conte-balancer.

Une telle empreinte pourra durer tant qu’une rupture, sous forme de révolution par exemple, ne vienne profondément mettre en cause ce que l’on croit être des vérités immuables.

Elle durera tant que l’humanité, l’esprit et la liberté n’ont pas pris le dessus sur l’autorité et tant qu’ils n’ont pas encadrés cette autorité dans l’intérêt collectif et l’épanouissement individuel dans ce monde de plus en plus complexe mais visible et palpable.

La maturité humaine, tunisienne, arabe ou musulmane en particulier, peut accepter et digérer la variété et la contradiction à condition que l’autorité, quelle qu’en soit la forme ou la substance, ne soit le tuteur et le maître des sens et des consciences.

Kamel Mahdhaoui

30 mai 2011


Tunisie. Voyage au cœur du «monstre» islamiste
Un immeuble imposant dans une citée moderne. Un accueil chaleureux. Un peu trop peut-être et une armada de personnes dévouées corps et âme à Ennahdha.
 
Par Zohra Abid
Pour séduire, s’imposer et se protéger des mauvaises langues, le parti islamiste tunisien enfile aujourd’hui la cape de l’Akp, son équivalent au pouvoir en Turquie, et se dit ouvert à tout...
Même si vous n’avez pas l’adresse exacte du parti Ennahdha, vous ne risquez ni de tourner en rond à l’entrée du quartier huppé de Montplaisir, au cœur de la capitale, ni de vous perdre. Il suffit de poser la question à n’importe quel passant qui vous conduira à l’ancien immeuble de Tunisie Telecom: un building moderne de plusieurs étages fraîchement peint en blanc, aux portes et fenêtres en verre fumé.
L’autre gros détail: à l’entrée, une affiche géante en forme de couronne, estampillée du slogan de ce parti qui a survécu, des décennies dans la clandestinité, et qui tente aujourd’hui d’occuper une bonne place dans le prochain gouvernement.
 
Un accueil digne… de foi
Portes vitrées, parterre marbré, plantes vertes et des mots de bienvenue écrits sur deux panneaux, en arabe, en anglais, en français et en italien. A gauche de l’ascenseur, tout est indiqué comme si on était dans un ministère ou autre établissement officiel. Pour tel étage, tel service et tout semble dans l’ordre et minutieusement organisé. Tout parait nickel, et partout, ça sent le propre. Des va et viens, des hommes et des femmes s’affairent en silence. Un silence religieux interrompu par «Assalamou Alaykom» à chaque fois où quelqu’un passe.
Les hommes qui peuplent le siège ne sont pas barbus. Pas un seul. Au contraire, tous bien rasés. Et les femmes! Les unes sont voilées, les autres non. Plusieurs sont en pantalons et en jean mais se font discrètes. Pas de petits hauts choquants ou de tee-shirts échancrés.
A l’accueil: un jeune au grand sourire. Ce bachelier est tout content de décrocher ce travail et ne le cache pas. Content aussi d’avoir un salaire de 500 dinars dès le premier mois. Dans la salle d’attente, deux autres jeunes diplômés, originaires de la banlieue sud de Tunis. Eux aussi attendent de signer leur contrat de travail au sein du parti. Ils sont heureux d’être au service d’Ennahdha et d’avoir un boulot. A leur côté, un militant quinquagénaire attend d’être reçu par le bureau exécutif. Un autre, beaucoup plus jeune, demande le formulaire pour s’adhérer à Ennahdha.
«J’ai assisté à plusieurs meetings. Là, je suis décidé. Je suis musulman et moderne et ce parti se veut moderne et tolérant. Là, ça me convient», raconte, à Kapitalis, Marouane, un caissier dans un restaurant au centre-ville.
 
Des dons et des millions
Au bureau des décideurs, la vue qui donne sur Tunis est imprenable. Tout est neuf: meubles, ordinateurs, outils de travail et autres équipements. L’un des deux jeunes que nous avons croisés en bas en train d’attendre d’être embauchés, nous sert un café qui sent bon. C’est du 100% arabica servi dans une tasse d’un goût très raffiné.
Alors que Hamadi Jebali, porte-parole du parti, est réuni, mercredi, avec quatre ou cinq membres du bureau exécutif, Ajmi Lourimi, 48 ans, un éternel étudiant (et membre du bureau exécutif) nous a consacré un peu de son temps. L’homme à la casquette est resté à l’ombre 17 ans et demi. Son délit était d’appartenir au parti islamiste. Ajmi Lourimi est philosophe de formation, un élève de l'éminent Mohamed Abed Al-Jabri. Ce qui ne lui a pas évité d'avoir été «trimbalé» dans presque toutes les prisons du pays de Bizerte à Kasserine en passant par 9-Avril de Tunis, aujourd’hui détruit, Borj Erroumi, près de Bizerte, Grombalia, Sfax, Monastir, avant de le libérer le 24 juillet 2007.
Sur cette période noire de sa vie, l’homme se veut plutôt discret. Cinq minutes après, arrive Zied Daoulatli, un docteur en pharmacie qui n’a jamais exercé sa profession – lui aussi a connu les geôles et l’asile.
Ce qui fait bruit aujourd’hui dans la cité, c’est le financement d’Ennahdha, qu’en pense le pharmacien? M. Daoulatli dit que tout revient aux militants. «C’est grâce aux dons de nos militants. Chacun selon ses moyens. Il y a ceux qui donnent cent dinars et plus. Il y a des personnes qui ont mis dans les caisses du parti un million d’un seul coup», a-t-il dit sans oublier ceux qui sont mobilisés volontairement et qui donnent de leur temps et de leur personne.
«Nos militants ont tous été formés au principe du volontariat. Puis, nous avons bien sûr les cartes d’adhérents», a-t-il ajouté. La carte d’adhésion dans le parti Ennahdha est à 30 dinars. «Le parti est aujourd’hui présent partout. C’est-à-dire dans les 265 délégations du pays», précise M. Daoulatli. Un petit calcul, ça doit chiffrer…
Pas de financement de l’étranger ? «Pas un centime», affirme M. Daoulatli.
 
Un Islam à la Turque
Des années 1980, les Tunisiens gardent un mauvais souvenir des exactions commises par le parti. L’incendie provoqué dans la cellule du Rcd, l’ex-parti au pouvoir, à Bab Souika, qui a fait deux morts, reste une tache noire dans l’histoire d’Ennahdha. Beaucoup de Tunisiens pensent qu’il s’agit d’un mouvement violent et ne font pas confiance à son pacifisme affiché actuellement. On lui reproche toujours le double-langage. A ces soupçons, M. Daoulatli répond qu’aujourd’hui, les éléments les plus durs se sont détachés du parti. «Même dans les mosquées, ils nous prennent pour des athées. Notre orientation est claire aujourd’hui, et notre modèle c’est un Islam à la Turque. Et notre devise, c’est l’alliance entre tous les partis contre la dictature et pour la démocratie, qu’elle qu’en soit la forme», plaide-t-il. Et de préciser qu’à chaque fois qu’il y a crise, il y a toujours un courant extrémiste qui naît et se développe. «Tout comme la montée de Le Pen en France», dit-il. Et de souligner: «Nous ne partageons pas l’extrémisme de certains partis se réclamant de l’islamisme».
A entendre M. Daoulatli, Ennahdha cherche à ce que tous les partis cohabitent ensemble pour instaurer une vraie démocratie. «Nous sommes en contact avec le Fdtl de Mustapha Ben Jaâfar, le Cpr de Moncef Marzouki et même avec l’Ugtt», affirme M. Daoulatli. Et de préciser que les Tunisiens ont besoin aujourd’hui de faire la paix entre eux afin de tourner la page et essayer de construire leur démocratie.
«La Tunisie a besoin d’un gouvernement parlementaire qui mettra les bouchées doubles pour trouver un plan d’urgence et mettre en place rapidement l’infrastructure nécessaire au développement des régions et à la résorption du chômage, notre principal défi», explique M. Daoulatli.
Est-ce possible? Est-ce faisable! Réponse du pharmacien: «Actuellement, nous sommes capables de réaliser une croissance de 8 à 9%. Oui, c’est faisable. Il nous faut seulement une constitution pluraliste. De notre côté, nous n’écartons aucun parti et la parole doit revenir à toutes les familles intellectuelles», promet le dirigeant islamiste.
 
Modérément vôtre…
Les bars et l’alcool, les droits de la femme, la liberté du culte…, qu’en dites-vous? «Chacun est libre. Ça ne nous dérange pas de voir des gens qui boivent et qui fréquentent les bars. D’ailleurs, j’habite à Kheïreddine et je vois des choses dans la banlieue notamment des couples sur les plages. Mais à chacun sa vie qui n’appartient qu’à lui», répond M. Daoulatli.
Qu’est ce qui aujourd’hui vous dérange le plus? «Le dictateur est parti, mais son système est encore là. Il nous faut quatre, peut-être cinq ans pour nous débarrasser de cet héritage et construire enfin un pays sur des bases démocratiques. Les secteurs comme la magistrature, les médias, la sécurité nationale doivent être mis au service du peuple et pas détournés au profit de quelques individus», répond Ajmi Lourimi. Selon lui, plusieurs institutions ont besoin aujourd’hui d’être réformées et dotées de l’indépendance nécessaire.
Le cheikh Mourou est-il encore membre d’Ennahdha? «Oui», répond M. Lourimi. Pour le moment, le parti Ennahdha n’a pas encore dévoilé le nom de son leader. Il a un porte-parole, Hamadi Jebali, un leader historique, Rached Ghannouchi, un orateur hors pair, Abdelfattah Mourou, mais pas encore de candidat à la prochaine présidentielle. Le parti va-t-il récupérer la couleur mauve de ses listes aux législatives de 1989, sachant que cette couleur est devenue emblématique de l’ancien dictateur? «Non surtout pas !», répond fermement M. Daoulatli. Il sait que les Tunisiens ont horreur de cette couleur qui ne leur a porté que malheur!
(Source : Kapitalis, le 31 mai 2011)

Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante des élections:
Une nouvelle date n’est pas exclue
 
• Un chronogramme en conformité avec la loi électorale
• Coût estimé des élections : entre 35 et 40 millions de dinars
Propos recueillis par B.Oueslati
Deux jours après le 14 janvier, il prend le premier avion en partance pour Tunis pour rentrer, enfin, dans ce pays qui lui a beaucoup manqué. Un pays qu’il a quitté en 1994 pour s’exiler en France. Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante des élections, ne s’imagine pas un jour retourner en Tunisie dans de pareilles conditions, grâce à cette révolution de jeunes qui a ouvert la porte à tous les militants qui ont fui leur pays pour retremper dans l’odeur du jasmin. Privé de passeport, empêché même d’assister aux funérailles de son père, décédé en 2005, événement qui l’a beaucoup marqué, il prit son mal en patience avec l’espoir de revenir un jour se recueillir sur sa tombe. Il s’est d’abord forgé une carrière politique dans les rangs de la gauche avant de débuter un autre parcours, celui des droits de l’Homme. A la tête du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme et du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (Crldht) plus précisément. Il a été, également, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives de 1994 à 2004 et membre fondateur du Forum des migrants de l’Union européenne.
Mais il n’a jamais imaginé un seul instant de se trouver au cœur du processus démocratique enclenché en Tunisie, à la tête de la première Instance indépendante des élections. C’est comme dans un rêve, lance-t-il avec un sourire qui trahit un sentiment de fierté qu’il a du mal à cacher. C’est aussi une lourde responsabilité qu’il tient à honorer avec ses collègues, dans le cadre d’un consensus général, mais en conformité avec la loi, sans complaisance à l’égard de quelque partie que ce soit.
Elu à une majorité confortable avec 112 voix sur 126, il est actuellement au-devant de la scène politique nationale. Pour en savoir plus sur les différentes étapes de l’élection de la Constituante et les enjeux du consensus national autour de la date du scrutin, La Presse est allé à sa rencontre. Interview
 
 
La controverse continue encore sur la question du report des élections annoncée par l’Instance supérieure indépendante des élections et le débat se fait parfois virulent avec des insinuations qui prennent la forme d’attaque contre votre Instance. Un consensus autour d’une nouvelle date est-il encore possible ?
Une précision importante, d’abord. Nous ne sommes plus dans la logique des élections présidentielles anticipées annoncée par le gouvernement Ghannouchi. Car depuis, un nouveau consensus s’est fait autour des élections d’une Assemblée nationale constituante sur la base d’un nouveau code électoral. Or, ce genre d’élections nécessite beaucoup plus de temps et de logistique. Avec le retard pris dans l’adoption de la loi électorale et sa promulgation, il est devenu impossible de tenir le scrutin dans les délais initialement prévus. D’autant plus que l’ISIE n’a été élue que le 18 mai et que, par conséquent, elle s’est trouvée dans une situation embarrassante, voire intenable. Face à la pression du temps, nous avons élaboré un chronogramme conformément aux deux décrets-lois relatifs au code électoral et à la création de l’Instance. Ce chronogramme tient compte de tous les aspects dont notamment l’organisation des premières élections libres, démocratiques et transparentes de la Tunisie indépendante. Des élections en rupture totale avec le passé comme le stipule le préambule du code électoral, ce qui est, d’ailleurs, une première pour une loi, puisque les préambules sont, généralement, réservés pour les lois fondamentales et les constitutions. Nous allons donc tout construire de nouveau sans même exploiter les données existantes au ministère de l’Intérieur par exemple qui a toujours veillé sur l’organisation des précédentes élections. Partant de là, un planning en 28 points a été préparé et que nous avons présenté à toutes les parties concernées, gouvernement, partis politiques et opinion publique. Ce planning prévoit comme nouvelle date du scrutin le 16 octobre prochain. Et ce n’est pas la faisabilité des élections qui est mise en cause, mais c’est plutôt la date pour les raisons que je viens d’expliquer. Il est évident que ce report ne convient pas à certains partis et je comprends parfaitement leurs soucis. Mais l’Instance qui prend ses décisions en toute indépendance, conformément à la loi, ne peut que s’astreindre à la logique du temps et de la logistique, surtout quand elle se trouve liée par des textes de loi assez rigides qui ne laissent pas beaucoup de place à l’interprétation, comme le fait de présenter les listes de candidatures au moins 45 jours avant le jour des élections(article 25 du code électoral), alors que les listes des électeurs ne sont pas encore prêtes et qu’il faudra au moins 100 jours pour les arrêter.
Toutefois, notre indépendance ne signifie en rien le refus de dialogue avec le gouvernement qui est dans son rôle et sa logique ou avec les partis politiques ou encore le rejet du consensus sur lequel est basée toute la démarche de la transition démocratique. Une nouvelle date pour les élections n’est pas exclue, mais toujours faut-il qu’elle soit dans le cadre de la loi et qu’elle tienne compte de tous les paramètres juridiques, techniques et logistiques. C’est notre conception de l’Etat de droit et des institutions.
 
Et ces attaques contre l’Instance qui vont jusqu’à remettre en question son indépendance et sa crédibilité. Certains vont même jusqu’à vous accuser d’appliquer un agenda étranger. Comment réagissez-vous face à ces accusations ?
Les critiques constructives sont les bienvenues et tous les membres de l’ISIE sont ouverts aux propositions des uns et des autres. Depuis les premiers jours ayant suivi la révolution, une nouvelle culture commence à s’instaurer, basée sur le dialogue et l’échange entre les différents partenaires. Chose qui n’est pas facile au sortir d’une situation de blocage total et d’unicité du discours. On doit s’y adapter et faire avec, mais toujours dans un esprit raisonnable, loin de toute surenchère et toute démagogie, avec comme seul souci l’intérêt supérieur du pays. Toutefois et sans vouloir polémiquer avec personne, je dirais que toute atteinte à l’intégrité et la crédibilité de l’Instance serait inacceptable. Car le seul agenda auquel nous sommes tenu, c’est un agenda purement tunisien qui est la résultante d’un consensus national. D’ailleurs, je tiens à préciser qu’il n’y aura aucun soutien étranger pour l’organisation des élections. Ni logistique ni financier. La loi est claire là dessus. Seuls les observateurs étrangers représentant des organisations internationales et la société civile seront accrédités. Chose tout à fait normale dans toutes les élections démocratiques. Aucun contrôle ni supervision étrangers de quelque partie que ce soit ne seront permis.
 
La tâche est énorme et les missions de l’Instance sont lourdes. Comment allez-vous procéder pour être prêts le jour J ?
Dès le premier jour, nous nous sommes trouvés devant des difficultés énormes. Outre la pression du temps, nous sommes appelés à traduire dans les faits deux textes de loi, le code électoral et le décret-loi portant création de l’ISIE. Les locaux d’abord, mis à notre disposition dans l’ancien siège de la campagne électorale de l’ancien président sis rue de Rome, qui s’avèrent trop exigus avec un nombre réduit de bureaux alors que nous avons toute une administration à loger. Ensuite, le personnel que nous devons recruter dans les meilleurs délais possibles selon des critères bien définis et des termes de référence précis. D’ailleurs, une commission a été spécialement créée pour s’en occuper. En plus de cela, nous devons définir le règlement intérieur de l’Instance, installer les représentations régionales estimées à 27, arrêter le budget…Cela va nécessiter beaucoup d’efforts et d’énergie. Sans compter la mise à jour des listes des électeurs qui demanderait un délai de 100 jours au moins. Et quand on sait qu’environ 400.000 citoyens n’ont pas renouvelé leurs cartes d’identité nationale, que 13% des adresse sont erronées et qu’il est impossible d’extraire automatiquement les adresses à partir de la base de données, on saisit l’énormité de la tâche qui nous attend et dont nous sommes parfaitement conscients. Mais notre détermination est à la mesure de l’immensité de la tâche.
 
D’où vient le budget? Y a-t-il des contributions de parties étrangères ou onusiennes et à combien sont-elles estimées?
Le budget vient de l’Etat tunisien et aucune contribution étrangère ou onusienne n’est permise. Idem pour les contributions privées. Sinon l’indépendance serait remise en cause et l’opération électorale serait biaisée. Que l’on se rassure donc. Quant au budget, il est estimé entre 35et 40 millions de dinars pour toute l’opération.
 
Avez-vous pensé à un plan média pour expliquer l’opération électorale et sensibiliser les citoyens au droit de vote ?
Effectivement, une commission travaille sur ce dossier que je considère très important. Car, si auparavant les élections étaient gagnées d’avance avec les résultats qu’on connaît et que les méthodes utilisées ne respectaient pas la volonté des électeurs et les taux affichés ne reflétaient pas la réalité des choses, pour les prochaines élections l’enjeu sera tout autre et le taux de participation aux premières élections libres depuis plus de cinquante ans est un défi majeur qu’il faudra relever. C’est pourquoi, une campagne de vulgarisation et de sensibilisation auprès des Tunisiens et des Tunisiennes sera l’un des clés de la réussite de toute l’opération. Expliquer le mode de scrutin, mobiliser les électeurs et veiller au bon déroulement de la campagne électorale feront partie de nos priorités.
 
Optimiste pour le processus démocratique ?
Evidemment. Sinon, je ne serai pas là à la tête de cette Instance qui est appelée à réussir coûte que coûte. Tous les regards sont braqués sur elle et la transition démocratique dépendra en grande partie de sa capacité à administrer cette importante échéance dans la vie de notre pays. Je comprends, aujourd’hui, l’impatience des uns et des autres pour sortir de cette situation d’illégitimité et de cet imbroglio politique. Mais il faut avoir à l’esprit que nous sommes tous en train de vivre un moment historique et que le succès du processus en cours ne pourra qu’être l’œuvre de tous les Tunisiens et de toutes les Tunisiennes. La Tunisie a montré le chemin du printemps arabe, elle se doit, aujourd’hui et plus que jamais, de persévérer dans cette optique pour administrer la preuve au monde entier qu’elle est capable de réussir sa transition dans la concorde et la sérénité. Un peu plus de patience, de compréhension et de retenue, et tout finira bien.
 
(Source : « La Presse » (Quotidien – Gouvernemental), le 31 mai 2011)

 

Slim Amamou estime qu'il n'y a "absolument pas" de complot en Tunisie


 

31/05/2011 à 17h:59 Par Pierre Boisselet
La société tunisienne a été "complètement corrompue par le régime de Ben Ali", estime Slim Amamou dans une interview. Il déplore que les théories "conspirationnistes" prospèrent parce que "le système de confiance ne marche pas". Le jeune secrétaire d’État démissionnaire considère néanmoins que l’organisation du ministère de l’Intérieur est un grave problème pour la Tunisie.

Héros de la révolution tunisienne, membre du gouvernement de transition, puis démissionnaire... Depuis le mois de janvier, Slim Amamou est au cœur de l’actualité en Tunisie. À la lumière de son expérience, il évalue la situation du pays, quatre mois et demi après la chute de Ben Ali, dans une interview au site français d’information Owni.

"Personne ne manipule le Premier ministre"

Premier constat : selon lui, la société tunisienne a été « complètement corrompue par le régime de Ben Ali », ce qui fait que « le système de confiance ne marche pas ». C’est pour cette raison, affirme-t-il, que les déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi (lequel avait prétendu que l’actuel gouvernement était manipulé et qu’un complot se préparait pour abattre la jeune démocratie tunisienne) ont été crues par de nombreux Tunisiens.

« Quelqu’un a essayé de faire croire que quelqu’un manipulait le Premier ministre [Béji Caïd Essebsi]. J’ai travaillé avec ce mec, je sais que c’est faux, insiste Slim Amamou. Bien sûr, il y a du lobbying, des intérêts, des groupes de pression. »

Le ministère de l’Intérieur "organisé comme Al-Qaïda"

Néanmoins, il confirme que les services de sécurité et de renseignement du ministère de l’Intérieur sont un « problème pour la Tunisie ». Ces services « se sont réorganisés d’une manière très étrange, comme une cellule terroriste de type Al-Qaïda, affirme-t-il. Apparemment, le seul lien qui les unit, c’est le téléphone portable, avec lequel ils entretiennent un rapport très particulier [...] Le système est décentralisé et archaïque ».

« C’est le ministère de la force publique, et ils ont le pouvoir réel : même en nommant un ministre bien intentionné, il n’a pas les armes », assure-t-il. Son jugement du nouveau ministre, Habib Essid est toutefois positif : il « a prouvé son efficacité ». « Après les exactions de la police [contre des manifestants] il s’est excusé, pour la première fois dans l’histoire du ministère de l’Intérieur, relève Slim Amamou. Et le lendemain, il n’y a eu aucun débordement [...] Je pense que la situation est sous contrôle. »

Les raisons d’une démission

Il bat aussi en brèche la rumeur selon laquelle il aurait démissionné pour les mêmes raisons que Farhat Rajhi, et donne sa version de l’histoire. Les « déclarations conspirationnistes de Farhat Rajhi [...] ont déclenché des émeutes dans la rue, rappelle-t-il. Des manifestations ont été réprimées très violemment par la police à Tunis, des journalistes ont été tabassés ». C’est à la suite de cet évènement qu’il dit avoir pris la décision de présenter sa démission au président Fouad Mebazaa, lequel aurait refusé.

« Mon problème, c’est que la situation était très grave. Les gens dans la rue exigeaient la chute du gouvernement, ce qui impliquait que les élections soient retardées, ce que je ne voulais absolument pas. »

Slim Amamou aurait alors confirmé sa décision en laissant un délai au président. Comme la rumeur allait bon train sur internet, il a préféré annoncer lui-même sa décision sur Twitter.

Sur son avenir, Slim Amamou reste flou mais n’abandonne pas la politique. « Je vais essayer de travailler avec des partis politiques pour pousser mes idées dans l’optique de la Constituante », a-t-il déclaré.

(Source: “Jeuna Afrique” le 31 mai 2011)

Lien: http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110531170654/corruption-tunisie-al-qaida-zine-el-abidine-ben-alislim-amamou-estime-qu-il-n-y-a-absolument-pas-de-complot-en-tunisie.html