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الخميس, 31 تموز/يوليو 2008 09:18

8 ème année, N° 2991 du 31 juillet 2008

 

8 ème année, N° 2991 du 31.07.2008
 archives : www.tunisnews.net  
 
Liberté et Equité: Nouvelles des libertés en Tunisie
Liberté et Equité: Report du procès de militants de droits de l’homme à Bizerte
FDTL: Communiqué
AP: Le président Ben Ali candidat à sa succession en 2009
AFP: Tunisie: Ben Ali candidat pour un cinquième mandat à la présidence en 2009
Le Soir: Les Tunisiens respirent : Ben Ali sera candidat et donc réélu en 2009
Afrik.com: Ben Ali, de Naima Kéfi à Leïla Trabelsi  - Le président tunisien et les femmes
Balha Boujadi: Les  défis  de  Ben  Ali  et  de  son  RCD
AFP: Italie: nouvelle vague de clandestins sur l'île de Lampedusa
AFP: Malte: deux morts, un disparu lors d'un naufrage de clandestins
AFP: Les milieux économiques turcs soulagés par la non interdiction de l'AKP
AFP: La presse turque soulagée par la survie de l'AKP, appels au compromis
AFP: Washington salue la démocratie turque, après la décision sur le parti AKP
AFP: AKP: l'UE, soulagée, ne va pas pour autant accélérer l'adhésion turque
AFP: Danemark/caricatures: des associations musulmanes saisissent la Cour suprême
Réseau Voltaire : Entretien avec Violette Daguerre - Guerre contre le « terrorisme » : Quelle justice pour les prisonniers musulmans?
Oumma: Refus d’octroi de la nationalité : Entretien du CCIF avec les membres de la famille

Sauvez la vie du prisonnier politique et ingénieur Ridha Boukadi
Liberté et Equité     
Organisation de droits de l’homme indépendante
33 rue Mokhtar Atya, 1001 Tunis
Tel/fax: 71 340 860
Email : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته.
Tunis, le 29 juillet 2008

Nouvelles des libertés en Tunisie

[…]

1) Des éléments de la police politique encerclent toujours le domicile du président de l’Organisation Liberté et Equité, Maître Mohammed Nouri, et ce, pour le troisième jour d’affilée et empêchent toute personne de lui rendre visite sans motif.

D’autres encerclent le domicile du frère Hamza Hamza, membre du Bureau exécutif de l’organisation Liberté et Equité, lundi 28 juillet dans l’après midi et n’ont autorisé des invités de se rendre à un dîner qu’après avoir vérifié leur carte nationale d’identité.
L’organisation est toujours privée de son droit à surfer sur le net, les membres du bureau exécutif sont toujours filés et surveillés de façon « collante ». Le siège de l’Organisation est encerclé en permanence et la porte de l’immeuble du 33 rue Mokhtar Atya a été fermée à plusieurs reprises.

[...]

2) Abdessalam Smiri, un ex prisonnier politique, a commencé le lundi 28 juillet 2008 une grève illimitée de la faim pour exiger son droit à l’emploi et à une carte de soins gratuits. Il a cinquante huit ans, il est sourd et aveugle, et il a sa charge sa mère paralysée, âgée de quatre vingt quinze ans, ainsi que ses enfants et son épouse. Depuis sa sortie de prison, il a mené plusieurs grèves de la faim afin d’attirer l’attention sur sa situation dramatique. A chaque fois les responsables lui ont fait des promesses creuses pour l’amener à suspendre sa grève. […]

4) Lundi 28 juillet, monsieur Mohammed Hédi Ben Saïd, militant politique et des droits de l’homme, a été arrêté dans la zone industrielle de Cherguia alors qu’il était avec monsieur Lotfi Hajji. Il a été déféré en état d’arrestation devant le Procureur de la République du Tribunal de Première Instance de Tunis qui l’a fait déférer à son tout devant le Tribunal cantonal de Tunis pour n’avoir pas obtempéré aux ordres de la police. Aujourd’hui, mardi 29 juillet, il a été écroué à la prison civile de Mornaguia.
Pour le bureau exécutif de l’organisation

Le Président

Maître Mohammed Nouri

(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT)

 


 

Sauvez la vie du prisonnier politique et ingénieur Ridha Boukadi
Liberté et Equité
Organisation de droits de l’homme indépendante
33 rue Mokhtar Atya, 1001 Tunis
Tel/fax: 71 340 860
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Tunis, le 29 juillet 2008

Report du procès de militants de droits de l’homme à Bizerte

Mardi 29 juillet 2008, messieurs Khaled Boujemaa, membre fondateur de l’association Liberté et Equité, Othman Jemili et Faouzi Sadkaoui, membres de l’AISPP et Ali Naffati, ex prisonnier politique, ont comparu en état d’arrestation devant le tribunal cantonal de Bizerte dans l’affaire n°31453 pour y répondre des accusations d’attroupement sur la voie publique et d’outrage aux bonnes mœurs sur la base d’un procès verbal rédigé par la brigade de la police judiciaire de Bizerte sous le n°509. De nombreux avocats se sont présentés pour les défendre et ont demandé un report de l’examen de l’affaire pour pouvoir prendre connaissance du dossier et préparer la défense.

Les militants ont nié ce qui leur était imputé et ont dit lors de leur interrogatoire par le juge cantonal que la brigade de la police judiciaire de Bizerte n’avait pas mené d’investigations avec eux, qu’ils avaient été arrêtés alors qu’il se trouvaient dans un café de Menzel Jmil dans l’après midi du 25 juillet après la manifestation du matin à Bizerte à l’occasion de la fête de la République, qu’ils n’avaient pas signé de PV et que les investigations s’étaient déroulées à l’administration de la Sûreté de l’Etat au ministère de l’Intérieur à Tunis où ils avaient été contraints d’apposer leur pouce sur des PV pré rédigés par cette brigade. La défense a alors demandé qu’il ne soit pas tenu compte des PV à la base des poursuites, dans la mesure où il y avait nombre d’irrégularité, la plus importante étant qu’ils ne soient pas signés.

Le juge cantonal de Bizerte a décidé du report de l’affaire pour le 5 août 2008 et a refusé la demande de mise en liberté […]

Pour le bureau exécutif de l’organisation

Le Président

Maître Mohammed Nouri

(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT)

 


 

 Le forum démocratique pour le travail et les libertés
 
Tunis le 28 Juillet 2008
  
COMMUNIQUÉ
 
La maison de Mme JOMAA HAJJI épouse du prisonnier ADNENE HAJJI a été investie le dimanche 27 juillet 2008 par un groupe d’agents  de la police en tenue civile qui ont procédé à l’arrestation de la militante ZAKIA DHIFAOUI membre de la fédération de Kairouan du forum démocratique pour le travail et les libertés.
Cette arrestation s’est déroulée sous la forme d’un kidnapping sans respect des procédures légales de toute interpellation.
L’arrestation de la camarade Zakia Dhifaoui a eu lieu suite à sa participation à une manifestation féminine pacifique en solidarité avec les familles des prisonniers de Redeyef.
Au vu de ces  graves dérives policières non justifiées et de l’absence d’information quant au lieu d’emprisonnement et de l’état de santé de notre camarade, le forum démocratique pour le travail et les libertés :
    - Dénonce ces pratiques illégales qui traduisent l’entêtement du pouvoir à suivre une politique répressive  et à privilégier l’option sécuritaire pour la résolution des problèmes socio-économiques en général et en particulier la situation dramatique du bassin minier.
    - Exige la libération immédiate de la militante Zakia Dhifaoui et fait assumer toutes les conséquences de ces actes illégaux au ministère de l’intérieur.
     - Appelle les autorités à mettre fin aux séries d’arrestation des militants politiques et des défenseurs de droits de l’homme récemment interpellés lors de manifestations pacifiques notamment à Bizerte le 25 Juillet 2008.
 
Le secrétaire général
Dr Mustapha Ben Jaafar

Le président Ben Ali candidat à sa succession en 2009
 
Le 30 juillet 2008 - 12:22  | 

par Bouazza ben Bouazza

(AP) Zine El Abidine Ben Ali candidat à sa propre succession en 2009. Le président tunisien a annoncé mercredi qu'il briguerait un cinquième mandat de cinq ans.

Le président Ben Ali a fait cette annonce au cours d'un discours à l'ouverture du congrès du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont il est le président. L'actuel chef de l'Etat, âgé de 72 ans, avait accédé au pouvoir en 1987 après avoir destitué pour "sénilité" le "père de l'indépendance" tunisienne, Habib Bourguiba, dont il était le premier ministre.

Le prochain mandat devrait être le dernier de Zine el Abidine Ben Ali, l'âge limite pour être candidat à la présidence ayant été fixé à 75 ans.

"Oui, je serai candidat à la présidentielle de 2009", a lancé Ben Ali sous les acclamations de milliers de militants et de militantes du RCD au palais des expositions du Kram, dans la banlieue nord de Tunis.

Ces derniers mois, le comité central et autres organisations relevant du RCD multipliaient les appels sollicitant sa candidature au scrutin de l'an prochain.

"Je vous le dis en toute fierté, je serai constamment fidèle à mes engagements envers vous", a-t-il martelé en se disant "ému" par "l'immense confiance" de son peuple.

Aux termes d'un récent amendement de la Constitution, plusieurs dirigeants de l'opposition pourront postuler à la magistrature suprême. Sans toutefois se faire trop d'illusions sur l'issue du scrutin, eu égard au déséquilibre des forces en présence.

Selon ses dirigeants, le RCD compte quelque 2,2 millions d'adhérents sur une population de 10 millions d'habitants, tandis que les formations de l'opposition, qui se présentent en rangs dispersés, ont une audience toute relative.

Les nouvelles dispositions excluent cependant un leader de l'opposition, Néjib Chebbi. Chef historique du parti démocratique progressiste (PDP), cet avocat de 64 ans s'est dit victime d'une "manoeuvre politique visant à l'écarter".

L'une de ses revendications est l'alternance au pouvoir, question que le président Ben Ali considère comme "d'ores et déjà tranchée". "Nous considérons que la volonté du peuple est à la base de cette alternance et que la Constitution est l'arbitre décisif de tous", a-t-il déclaré.

Placées sous le signe du "défi", les assises du RCD doivent permettre de tracer les orientations de la politique tunisienne dans les divers domaines pour les cinq années à venir.

En tête desdits défis, le chômage, estimé officiellement à 14% de la population active, mais qui touche de plein fouet les diplômés de l'enseignement supérieur: plus de 50.000 demandeurs d'emploi sont injectés chaque année sur le marché.

Les retombées de la conjoncture internationale, singulièrement la flambée des cours du pétrole et des prix des produits de première nécessité sur le budget du Tunisien constituent également une grande source de préoccupation pour le pouvoir.

Malgré cela, le président Ben Ali a considéré que "la situation économique est en constante amélioration", se disant confiant quant à "la forte volonté qui anime notre peuple de transcender les difficultés".

Il a cependant mis en garde les Tunisiens contre les "opportunistes malveillants qui n'ont rien de mieux à faire que de guetter les informations et les événements pour leur donner une ampleur alarmiste, les dénaturer et les déplacer de leur contexte".

Il faisait référence aux troubles sociaux qui ont secoué récemment le bassin minier de Gafsa (centre-ouest), et avaient fait un mort et de nombreux blessés.
 

Tunisie: Ben Ali candidat pour un cinquième mandat à la présidence en 2009

Par Hamida BEN SALAH AFP - Mercredi 30 juillet, 17h05
TUNIS (AFP) - Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a annoncé mercredi sa candidature pour un cinquième mandat de cinq ans à la l'élection présidentielle de 2009 et rejeté les critiques d'une partie de l'opposition réclamant une alternance au pouvoir.
"Oui, pour être votre candidat à l'élection présidentielle de 2009", a-t-il dit dans un discours, à l'ouverture du 5e congrès de son parti, le Rassemblement Constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir) au Kram, près de Tunis.
Le chef de l'Etat a été acclamé par des milliers de personnes, chantant l'hymne national et agitant son portrait au milieu des you-yous de militantes de son parti, dans une salle sécurisée et décorée aux couleurs rouge et blanc de la Tunisie.
Le Comité central du RCD avait désigné dès février 2007 M. Ben Ali pour être son candidat à un nouveau mandat et lui a renouvelé son appel à postuler le 15 juillet lors d'une ultime réunion du comité sortant.
Le RCD l'a maintes fois exhorté à "continuer de conduire la Tunisie sur la voie du progrès et de la prospérité", M. Ben Ali ayant réservé sa réponse aux assises du RCD qu'il dirige.
Au pouvoir depuis 21 ans, le président tunisien devrait être réélu en 2009 pour ce cinquième mandat consécutif, qui a été rendu possible par un amendement de la Constitution approuvé par référendum en 2002.
Cet amendement lui avait déjà permis d'être réélu en 2004 avec 94,49% des voix exprimées face à trois concurrents, issus de l'opposition parlementaire modérée.
La Constitution modifiée supprimait la limitation à trois au maximum le nombre de mandats successifs, fixait l'âge limite à 75 ans pour le président et lui accordait l'immunité pénale à vie.
M. Ben Ali, 72 ans en septembre, est arrivé au pouvoir le 7 novembre 1987 en déposant pour cause de "sénilité" l'ancien président Habib Bourguiba, proclamé "président à vie" avant d'être écarté à 94 ans, alors que son pays était déchiré par une lutte intestine pour la succession et l'émergence de l'islamisme politique.
Dans son discours, il a rejeté les critiques de monopole du pouvoir de son opposition radicale qui réclame une alternance. "Quant aux rumeurs qui circulent, de temps à autre, concernant l'alternance à la tête du pouvoir, je tiens à rappeler (...) que la question est d'ores et déjà tranchée par la Constitution", a-t-il dit.
M. Ben Ali a fait adopter récemment une loi exceptionnelle pour permettre à certains opposants de postuler à la présidence, les exemptant du parrainage par 30 élus au moins.
Une clause de cet amendement oblige tout postulant à la présidence du pays à être aussi le dirigeant élu de son parti depuis au moins deux ans, ce qui écarte de fait le seul candidat déclaré jusqu'ici, Ahmed Néjib Chebbi, fondateur du Parti démocratique progressiste (PDP) dont il n'assure plus la direction.
M. Chebbi, dont le parti fédère plusieurs groupuscules dont des islamistes d'Ennahda (interdit) a dénoncé une "loi sur mesure" pour l'exclure de la course.
Le président tunisien a en outre réitéré sa volonté de "consolider sans cesse la construction démocratique pluraliste" et de "consacrer les droits de l'Homme" et affirmé son rejet "du fanatisme et du terrorisme".
Il s'est félicité de la bonne santé de l'économie tunisienne et a accordé la priorité de l'emploi aux diplômés de l'université frappés par le chômage.
Concernant les troubles provoqués cette année par le chômage et la cherté de la vie dans la région minière de Gafsa (sud), il a dénoncé sans les désigner des "opportunistes malveillants" qui tentent de donner "une ampleur alarmiste" à ces événements, a-t-il averti.
Plusieurs invités étrangers, dont le président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas et Philippe Seguin, président de la Cour des Comptes en France assistent au congrès du RCD dont les travaux placés sous le signe du "Défi" s'achèveront samedi.

TUNISIE •  Ben Ali candidat à sa succession en 2009 


Le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a annoncé – le 30 juillet à Tunis à l'occasion du congrès de son parti politique, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) – qu'il serait candidat à sa succession lors de l'élection présidentielle de 2009.
Au pouvoir depuis le 7 novembre 1987, Ben Ali est assuré de gagner cette élection et de rempiler pour un cinquième mandat. En 2002, en effet, "un amendement de la Constitution avait supprimé la limitation à trois mandats d'affilée et fixé la limite d'âge à 75 ans", rappelle le quotidien d'Alger Liberté.
Une clause de cet amendement oblige tout postulant à la magistrature suprême à être aussi le dirigeant élu de son parti depuis au moins deux ans. Or Ben Ali, 71 ans, est le seul à répondre à cette définition… "Grâce à la mainmise de sa formation sur la vie politique du pays, Ben Ali contrôle les autres partis, réduits à de simples figurants", explique le journal, qui se demande si le président ne sera pas tenté de modifier à nouveau la Constitution pour devenir président à vie à la fin du prochain quinquennat. 
(Source : le site « Courrier International », le 30 juillet 2008)
Lien: http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=88244

 

 

Les Tunisiens respirent : Ben Ali sera candidat et donc réélu en 2009
 
BAUDOUIN LOOS
C'est dit ! Mettant fin à un suspense insoutenable, le Président Zine el-Abidine Ben Ali a annoncé ce mercredi 30 juillet à Tunis qu'il cédait à la pression populaire et qu'il acceptait de briguer un cinquième mandat présidentiel en 2009. Tous les Tunisiens peuvent enfin respirer : leur pays restera conduit cinq ans de plus par cet homme providentiel qui a initié le Changement dès son accession à la présidence, en 1987, pour diriger depuis lors un inexorable cycle d'avancées civilisationnelles qui ont isolé la Tunisie au faîte des Nations éclairées.
Mais « tous » les Tunisiens s'en réjouiront-ils ? Non, certes. Il restera toujours, çà ou là, des esprits chagrins. Ou des mauvaises langues. Quand ce ne sont pas les mêmes. Ces gens-là, qui ont hissé la mauvaise foi au rang de raison d'être, ont fait profession de dénigrer leur pays et ses nobles réalisations salvatrices. 
Ceux-là trouveront toujours des officines spécialisées dans la soi-disant défense des droits de l'homme qui, cédant à quelque basse vénalité, accoucheront de vils rapports affirmant sans rire que la torture systématique est devenue méthode de gouvernement en Tunisie. Ou prétendant non sans toupet que l'espace des libertés, comme celles d'expression ou de réunion, ne serait en Tunisie qu'une fiction.
Mais foin de ces ragots abjects ! Relisons plutôt les certificats de bonne gouvernance délivrés par l'Occident. Qui sait reconnaître et même vanter les mérites présidentiels. Nicolas Sarkozy, grand ami du Président, n'a-t-il pas déclaré à Tunis en avril que « l'espace des libertés progresse en Tunisie » ? Son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait même repris son supérieur quelques jours plus tard, déclarant que la phrase de M. Sarkozy avait été « maladroite ». Il signifiait, par là, que la déclaration présidentielle manquait singulièrement d'enthousiasme dans l'expression des louanges.
Mais, infatigables, les langues les plus venimeuses n'hésiteront pas à ressortir, pour blâmer M. Ben Ali, la Déclaration du 7 novembre 1987, prononcée par le Président tunisien lui-même lors de sa prise de pouvoir : « L'époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie (...). Notre peuple est digne d'une vie politique évoluée et institutionnalisé e, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse », avait-Il dit.
Il n'y a là aucune contradiction. La présidence de M. Ben Ali n'est ni à vie ni avide. Mais Il ne veut se soustraire à la volonté populaire. Est-Il responsable des scores de 99 % dont les Tunisiens l'ont gratifié depuis vingt ans ? Les pitoyables turpitudes d'opposants envieux aussi myopes que fantomatiques n'empêcheront jamais les Tunisiens reconnaissants d'aimer toujours plus leur Président!

(Source : « Le Soir » (Quotidien - Bruxelles), le 31 juillet 2008)
 


Ben Ali, de Naima Kéfi à Leïla Trabelsi
Le président tunisien et les femmes
 

Le second président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, a poursuivi la voie tracée par le fondateur de la Tunisie moderne vis-à-vis des femmes et comme son prédécesseur accordé à son épouse un rôle important dans la vie politique. Un article extrait que le magazine Matalana n°12, actuellement en kiosque, consacre aux « amours présidentielles » au Maghreb.
Par Khaled A. Nasri
Habib Bourguiba restera comme le libérateur de la femme tunisienne. Mais Zine el-Abidine Ben Ali, son successeur, au pouvoir depuis le 7 novembre 1987, est le continuateur de cette oeuvre. Car, s’il n’est pas à l’origine du Code du statut personnel (CSP), il est directement responsable de plusieurs de ses améliorations, notamment un amendement, remontant à 1993, très important sur le plan symbolique : celui consistant à donner la possibilité à la femme de transmettre la nationalité tunisienne à sa progéniture, chose jusqu’alors impossible dans le monde arabe. Mais le plus grand des mérites de Zine el- Abidine Ben Ali est sans doute celui… de n’avoir pas abrogé, pour raisons de convenances personnelles, ce fameux CSP en réintroduisant la bigamie ! Une hypothèse pas si farfelue que cela. Explication : en 1988 : les islamistes, qui constituaient une force politique puissante, réclamaient à cor et à cris son abrogation. Et le tout nouveau président, qui était à l’époque déchiré entre deux femmes, son épouse légitime et sa maîtresse, aurait pu… couper la poire en deux, et, sans rétablir la polygamie, pour ne pas donner l’impression de renier entièrement Habib Bourguiba, autoriser, à titre exceptionnel la bigamie. Il ne l’a donc pas fait.
Zine el-Abidine Ben Ali, né le 3 septembre 1936, à Hammam Sousse, est entré dans l’armée immédiatement après l’indépendance. Avec d’autres jeunes recrues, il est envoyé en France parfaire sa formation militaire, et, à son retour en Tunisie, est affecté au service du général Kéfi, un des plus hauts gradés de l’armée. Une épaisse zone d’ombre entoure les circonstances de sa rencontre avec Naïma, la fille de son patron. Toujours est-il qu’il finit par l’épouser en 1964. Trois filles, aujourd’hui toutes les trois mariées à des hommes d’affaires en vue, naissent de cette union : Ghazoua, Dorsaf (qui a épousé Slim Chiboub, longtemps le grand manitou du football tunisien en tant que président de l’Espérance sportive de Tunis), et Cyrine. Pour Zine el-Abidine Ben Ali, c’est un mariage presque inespéré, qui donne un coup d’accélérateur à sa carrière. Le jeune sous-officier devient, la même année, directeur du renseignement militaire. Son destin de « super-flic » est tracé. Au milieu des années 1980, Zine el-Abidine Ben Ali, qui est entre-temps devenu général, rencontre Leïla Trabelsi. Cette dernière est une fille du peuple, issue d’une famille nombreuse (elle a dix frères) et exerce la profession de coiffeuse. C’est, dit-on, une femme de moeurs légères, qui multiplie les conquêtes masculines. Pulpeuse, elle subjugue son amant, qui, parvenu au pouvoir, choisit finalement de divorcer d’avec Naima, en 1988, avant de l’épouser en 1992. Là encore, comme dans le cas d’Habib Bourguiba, les épousailles s’assimilent d’abord à une opération de régularisation : leur première fille, Nesrine, est née en 1986, à Bruxelles. Elle est aujourd’hui mariée avec Sakher el-Materi, rejeton d’une grande famille tunisoise et fils d’un ancien putschiste impliqué (à un degré mineur, il est vrai) dans le complot de 1962 contre Habib Bourguiba. Moncef el-Materi, le père de Sakher, avait été condamné à mort et n’avait eu la vie sauve qu’après l’intercession de Wassila Ben Ammar, la femme d’Habib Bourguiba…
Au cœur des luttes d’influences
Leïla, devenue « présidente », ne tarde pas à prendre ses marques. L’empire qu’elle exerce sur son mari est indéniable. A l’instar de Wassila Ben Ammar, quoique moins ouvertement, elle se transforme en acteur politique de premier plan. Ses ennemis la disent manipulatrice. Une chose est sûre en attendant : mieux vaut aujourd’hui avoir les faveurs de la Première dame pour espérer durer au gouvernement. Et les observateurs croient de plus en plus discerner sa patte derrière les promotions et les disgrâces. Abdelwaheb Abdallah, le ministre des Affaires étrangères, une des éminences grises du Président, doit sa longévité à l’amitié qu’il a su forger avec Leïla et son clan. A l’inverse, tous ceux qui étaient proches de la première épouse du Président ou de ses premières filles ont fini par se retrouver éjectés du sérail. La Première dame est aujourd’hui au coeur des luttes d’influences qui ont redoublé depuis que la rumeur de la maladie du président a pris naissance, il y a un peu plus de quatre ans.
Leïla Ben Ali Trabelsi est maintenant doublement incontournable. Le 20 février 2005, elle a donné un fils à son mari, fils aussitôt prénommé Mohamed Zine el- Abidine. Mais surtout, elle est au sommet de la pyramide de l’entreprenant clan des Trablelsi, qui a littéralement fait main basse sur tout ce que la Tunisie compte de secteurs rentables. Belhassen, le frère aîné de Leïla, est aujourd’hui le « capitaine d’industrie  » le plus en vue du pays. Il dirige la compagnie aérienne Karthago et vient de faire une entrée fracassante au conseil d’administration de la Banque de Tunisie, plus ancienne et plus prospère des banques privées du pays. Imed et Moez, ses neveux, âgés d’une trentaine d’années, qui ont grandi dans un inquiétant sentiment d’impunité, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par un juge français d’Ajaccio pour vol et recel. Le yacht de Bruno Roger, président-directeur général de la banque Lazard, ami intime de Jacques Chirac et proche de Nicolas Sarkozy, dérobé à Saint- Tropez, a, en effet, été retrouvé amarré à Sidi-Bou-Saïd, maquillé et immatriculé au nom d’Imed Trablesi.
La mansuétude du chef de l’Etat pour sa belle-famille s’explique difficilement. Sans doute, a-t-il au début encouragé les Trabelsi et leurs affidés dans leurs entreprises pour s’affranchir de l’establishment traditionnel des affaires et constituer une nouvelle bourgeoisie, entièrement dépendante de lui. Et sans doute, à l’instar du docteur Frankenstein, a-t-il fini par être dépassé par ses créatures et par devenir l’otage des clans. Grande, élégante, pulpeuse, s’habillant chez les plus grands couturiers de Paris et plus encore de Milan, Leïla, elle, est en quête de respectabilité. Elle reste la cible des railleries et des moqueries du petit peuple, qui l’appelle encore « la coiffeuse » et continue à se délecter de blagues à son sujet. Mais elle n’a plus grand-chose à voir avec la femme qu’elle était à la fin des années 1980. Ses activités à la tête de l’association caritative Basma sont très médiatisées. Ses prises de paroles plus fréquentes et plus assurées. Elle est maintenant présente à toutes les cérémonies officielles et lit parfois des discours à la place de son mari. Ceux qui l’ont rencontrée l’assurent : elle est intelligente, douée et apprend vite. Elle est maintenant bardée de diplômes : le baccalauréat, qu’elle a passé par correspondance, au début des années 2000, et une maîtrise en droit de la faculté de Toulouse, passée toujours par correspondance. De là à dire qu’elle vise plus haut et pourquoi pas la présidence, il n’y a qu’un pas. Que la vox populi s’est depuis longtemps empressée de franchir.

(Source : « Afrik.com », (portail d’information – France) le 30 juillet 2008)
Lien : http://www.afrik.com/article14902.html
 
 
 
LES  DÉFIS  DE  BEN  ALI  ET  DE  SON  RCD

BALHA BOUJADI
Ben Ali et son RCD, un parti caméléon qui a changé maintes fois de couleur et de nom,  viennent de défier les dix millions de tunisiens par l’annonce de la mort de la République qu’on venait de fêter il y’a seulement cinq jours.
Vingt-deux ans au pouvoir n’ont pas suffi au locataire de Carthage pour mener à bien ses soi-disant « réformes » il voudrait encore cinq ou même dix et peut être quinze ans pour terminer son œuvre de désertification politique, sociale et culturelle de ce merveilleux pays.
Le nom même de ce congrès « Défi » est tellement expressif pour signifier cette agressivité envers un peuple trop passif qui n’a aucune revendication claire et ferme pour accéder à la démocratie réelle comme tout le reste du monde libre. Ben Ali et son parti lance ce défi pour montrer au monde entier qu’un régime totalitaire peut manipuler les principes démocratiques pour imposer sa volonté jusqu’au bout, jusqu’à la mort, car nous allons avoir Ben Ali jusqu’à la tombe.
Cependant, tous les défis de Ben Ali ont tourné au vinaigre car il a perdu toutes ses batailles.
Les défis de Ben Ali ont commencé dès 1987, car personne ne s’attendait que quelqu’un pourrait secouer Bourguiba, une des figures historique du XXème siècle, alors que lui, un simple flic, a osé l’écarter du pouvoir et le jeter dans une résidence surveillée à Monastir. Il a voulu l’effacer des mémoires des tunisiens, mais il a échoué, car les gens comparent tout le temps, et lorsqu’on compare les deux hommes, Ben Ali ne fait pas le poids face à un monument exceptionnel de l’histoire contemporaine de l’humanité.
Ensuite il a défié les islamistes qui se croyaient être sur le point d’iraniser le pays et de déclarer la République islamique en Tunisie. Il a lancé la chasse à l’homme  contre tous les « frères » et il a plongé le pays dans le sang et les sanglots pendant une décennie, sans pour autant gagner sa sale guerre, car l’islamisme se nourrit de la répression, et ce que l’on voit aujourd’hui est effrayant, car le projet de société que Bourguiba a mis en place ne fait que dégringoler et l’iranisation de  pays est en train de se réaliser à une vitesse vertigineuse.
Les défis de Ben Ali ont touché l’éducation, il a lancé des réformes continues a telle façon que ni les professeurs ni les inspecteurs savait à quel saint se vouer. Par exemple, il a enlevé l’examen de sixième pour ne pas « stresser » les petits bambins, après quelques années il a changé d’avis et il a ordonné un examen national pour les élèves de quatrième… parait-il les enfants de dix ans seraient moins stressés que ceux de douze ans. D’autre part, Il a imposé au peuple entier un système éducatif importé de chez les canadiens et les belges et établi sur les « compétences de base ». Ce système a été critiqué par tout le monde comme étant incompatible avec la mentalité tunisienne, mais Ben Ali et son RCD ont insisté pendant plus d’une décennie, et en fin de compte c’était le fiasco et on a laissé tombé ces compétences canadiennes pour revenir à fouetter nos propres chats.
Les défis de Ben Ali ont été focalisés sur l’économie, les chiffres officiels sont éloquents et les médailles décernées au régime se pèsent par des tonnes, mais le résultat chez le peuple, le moins que l’on puisse dire, est catastrophique. La classe moyenne qui faisait l’orgueil de Bourguiba est appauvrie et humiliée, les professeurs et même les médecins n’arrivent pas à joindre les deux bouts, le commerce parallèle fleurissant d’une part et les grandes surfaces ont détruit les petits commerces qui faisait vivre des milliers de familles. Les prestations sociales sont tombées au bas d’échelle. Les nouveaux riches, sans scrupules et avec arrogance, nous ont imposé un style de vie médiocre et de mauvais goût.
Ben Ali a vendu le pays aux plus offrants, et l’argent sale et celui du pétrole a commencé à couler à flot pour construire des grattes ciel et des terrains de golf, comme si la Tunisie n’en a pas d’autres priorités. D’ailleurs cet été on ne trouve ni ciment ni barres de fer pour faire une petite dalle, alors que dire de construire une gratte ciel.
Ben Ali a lancé ses défis depuis des années pour démocratiser le pays et libérer la presse, la constatation aujourd’hui est une désolation fatidique. Un vide total. Il n’y a ni opposition, ni syndicats, ni associations, ni justice… Tout ce cirque est une comédie de mauvais goût. Personne n’a plus confiance aux institutions d’un pays gouverné par la corruption et le pourboire. La Constitution a été violée plusieurs fois, la déclaration de 7 novembre a été vidée de tous ses sens, surtout au niveau de la gouvernance à vie… Quant à la presse et à l’information en général, c’est le tiers-monde. Aucun peuple qui se respecte ne peut supporter une chaîne Canal 7 monologue et monocolore. Ben Ali nous a offert, en plus, comme dessert, sa Mosaïque, son Hannibal et surtout La Zitouna, une radio de son chouchou beau fils qui diffuse le Coran durant 24 heures.
Quelqu’un d’autre, à la place de Ben Ali, après une analyse exhaustive et sans maquillage de son œuvre pendant 20 ans, le plus correct serait la démission, mais voilà, il vient de briguer un 5ème mandat successif, ce qui témoigne de son caractère défiant et méfiant.
L’histoire n’est pas miséricordieuse, elle ne connaît pas le barbouillage, elle va dire aux générations futures que Bourguiba a libéré le pays de la colonisation, il a émancipé la femme, il a consacré le tiers du budget national à l’éducation, il a instauré la base d’une économie libérale, il a fait développé une classe sociale moyenne active et créative,  il a donné une image du pays à l’extérieur éblouissante… Quant à Ben Ali, il a fait quelques ponts et quelques routes, il a construit une mosquée qui porte son nom à Carthage pour défier la cathédrale de St Louis, il a mis des milliers des gens pendant des dizaines d’années au prison parce qu’ils pensaient différemment, il a donné le pays au ravage de la corruption de sa famille et de la police, il a détruit la Ligue des Droits de l’Homme, il a fait des élections plurielles avec des candidats choisis par lui-même…
Une époque à oublier de l’histoire de ce pays… voilà le vrai défi du peuple tunisien face au congrès de défi du RCD.

BALHA BOUJADI, le 31 juillet 2008
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Italie: nouvelle vague de clandestins sur l'île de Lampedusa

ROME - Quelque 800 immigrants clandestins à bord de cinq embarcations différentes sont arrivés jeudi matin sur l'île italienne de Lampedusa ou ont été interceptés au large, ont indiqué à l'AFP les garde-côtes de Palerme (Sicile).
L'arrivée la plus spectaculaire a été celle d'un bateau de pêche transportant 339 personnes dont 47 femmes et quatre enfants, qui est parvenu à entrer directement dans le port de l'île sicilienne, principal point d'entrée en Europe des boat-people partis de Libye.
Un autre bateau ayant à son bord 250 personnes dont des femmes et des enfants a été intercepté par les garde-côtes à une quarantaine de kilomètres de l'île.
Auparavant, une autre barque ayant à son bord 39 clandestins était arrivée jusqu'à une plage de l'île. Un autre bateau a été intercepté au large par une vedette des garde-côtes avec 47 personnes à bord.
Enfin, une cinquième embarcation transportant 140 personnes dont 20 femmes et trois enfants a été secourue par une vedette de la marine italienne à environ 130 kilomètres au sud de Lampedusa.
Mercredi l'île italienne avait enregistré l'arrivée de quelque 400 clandestins à bord de six embarcations différentes.
Le centre de premier accueil de Lampedusa a été à nouveau débordé par ces arrivées massives.
La dernière grande vague de débarquements remontait au 8 juillet quand 600 immigrés clandestins étaient arrivés en moins de 24 heures à Lampedusa.
(©AFP / 31 juillet 2008 10h20)

Malte: deux morts, un disparu lors d'un naufrage de clandestins
 
AFP, le 31 juillet 2008 à 13h52

LA VALLETTE, 31 juil 2008 (AFP) - Deux femmes, dont l'une enceinte, sont mortes jeudi lors du naufrage d'un bateau de clandestins au large de Malte qui a également fait un disparu, a annoncé un porte-parole de la marine.
Le naufrage de l'embarcation avec 28 personnes à bord, originaires de Somalie et du Nigeria, s'est produit à environ 130 km des côtes maltaises, selon la même source.
Le groupe a été repéré par un remorqueur maltais alors qu'il se trouvait déjà dans l'eau. Une femme enceinte souffrant de graves difficultés respiratoires est morte après avoir été récupérée par le remorqueur alors qu'une autre femme s'était déjà noyée et qu'un passager était porté disparu, selon la même source.
Les arrivées de clandestins se sont multipliées ces dernières semaines sur les côtes maltaises et italiennes.
Quelque 800 immigrants clandestins à bord de cinq embarcations différentes sont arrivés jeudi matin sur l'île italienne de Lampedusa ou ont été interceptés au large.
 

La Turquie évite la crise, le gouvernement appelé au compromis
 
AFP, le 31 juillet 2008 à 10h52
Par Burak AKINCI

ANKARA, 31 juil 2008 (AFP) - Le rejet de la demande d'interdiction du parti au pouvoir, issu de la mouvance islamiste, a fait retomber la tension jeudi en Turquie en évitant une crise majeure, mais le gouvernement reste sous surveillance et est appelé à faire des compromis. Le Parti de la justice et du développement (AKP), accusé d'être un "foyer d'activités anti-laïques", a échappé de justesse lundi à une interdiction. Six juges sur onze de la Cour constitutionnelle se sont prononcés pour une dissolution, alors qu'il fallait au minimum sept voix pour interdire cette formation qui gouverne la Turquie depuis 2002 et qui a triomphé aux législatives l'an dernier.
Le parti a néanmoins reçu une claire mise en garde, car les juges ont reconnu que les accusations lancées à l'encontre du parti et de son chef, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, étaient bien fondées en le privant d'une partie de son financement public pour cette année. Chose rare, le président de la Cour, Hasim Kiliç, a exhorté l'AKP avant d'annoncer la décision très attendue depuis quatre mois à "bien analyser" l'arrêt des juges.
En n'interdisant pas l'AKP, les juges contribuent ainsi à une détente à l'intérieur du pays qui a été ébranlé par un attentat non-revendiqué dimanche à Istanbul qui a fait 17 morts. M. Erdogan a tenu après l'arrêt des juges à réaffirmer l'attachement de sa formation aux "valeurs de la République", dont la laïcité, pilier de la constitution turque. Il a aussi souligné la nécessité de "renforcer la paix sociale en Turquie", ajoutant que l'AKP agirait de façon à "rassembler tous les Turcs", quelle que soit leur appartenance politique. Ses propos ont été salués par la presse libérale qui l'ont appelé "à tirer les leçons de la décision" des magistrats et de lâcher du lest. "C'est une très bonne décision, elle adresse un avertissement qui empêchera Erdogan de se transformer en tyran", estimait Ahmet Hakan dans le journal à gros tirage Hürriyet.
M. Erdogan en particulier a été tenu pour responsable d'avoir abusé de sa victoire électorale de 2007, notamment en insistant en vain à légaliser le port du voile islamique dans les Universités, l'un des arguments avancés par la justice pour fermer l'AKP. Nombre de représentants du camp laïc restaient toutefois inquiets, estimant que la crise n'est pas terminée entre les partisans du gouvernement et les masses fidèles au dogme laïciste du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk.
"Comment est-ce qu'un parti reconnu coupable d'acivités antilaïques va pouvoir continuer à gouverner", s'interrogeait Can Dündar du journal libéral Milliyet.
La plupart des quotidiens, y compris le pro-gouvernemental Zaman, invitaient les cadres de l'AKP à une "auto-critique". "La crise en Turquie n'est pas issue des visées prétendues islamistes de l'AKP. Le problème est un problème de parti unique", estimait la politologue Nuray Mert, en exhortant l'AKP à "partager le pouvoir politique". L'arrêt de la Cour a en tout cas soulagé les marchés en Turquie, la bourse d'Istanbul ouvrant jeudi matin sur une hausse de 4,51%. Les milieux économiques craignaient qu'une éventuelle fermeture de l'AKP, qui semblait pourtant acquise il y a quelques semaines, n'entraîne la Turquie dans une période de forte instabilité économique et politique avec de possibles élections anticipées. L'Union européenne s'est également dite soulagée, tout en maintenant la pression sur Ankara pour une relance des réformes qui devraient permettre à la Turquie musulmane mais strictement laïque d'adhérer, à terme, à l'Union.
AFP

 

Les milieux économiques turcs soulagés par la non interdiction de l'AKP
 
AFP, le 31 juillet 2008 à 10h49
Par Nicolas CHEVIRON

ISTANBUL, 31 juil 2008 (AFP) -
Les milieux économiques turcs se sont sentis soulagés quand la Cour constitutionnelle a décidé mercredi de ne pas interdire le parti au pouvoir accusé d'activités antilaïques, épargnant ainsi au pays une longue période d'instabilité, selon les analystes.
Mercredi, peu avant l'annonce du jugement de la Cour, la Bourse d'Istanbul avait déjà anticipé une décision favorable au Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, clôturant en hausse de 5,59% (+ 2,188,56 points), à 41.342,30 points.
Le détente des marchés s'est confirmée jeudi, avec une hausse de 4,51% (+ 1.865,35 points) à l'ouverture, l'indice IMKB atteignant 43.207,65 points.
"Cela faisait déjà une ou deux semaines que les investisseurs misaient sur une décision de ce type, qui n'affecterait pas trop les marchés", a affirmé à l'AFP Haluk Bürümçekçi, chef de la division analyses pour la banque Fortis.
"Le rebond devrait être limité, car après quelques jours, les investisseurs seront à nouveau plus sensibles à la conjoncture internationale, qui n'est pas favorable", prévient toutefois l'analyste.
Une opinion partagée par Rifat Hisarciklioglu, le président de l'Union des chambres de commerces et des bourses de Turquie (TOBB), qui appelle à "se concentrer sur l'économie sans perdre de temps, alors que les marchés internationaux sont en plein tangage et ne savent pas où ils vont".
"Il est temps à présent de se remettre au travail. Dans un contexte de crise financière internationale qui va en s'approfondissant (...), de concurrence mondiale qui s'accélère, chaque jour de retard pour prendre les mesures qui assureront notre avenir est une perte", déclare-t-il dans un communiqué.
La puissante organisation patronale TÜSIAD a elle aussi salué avec soulagement la décision des juges de se contenter d'adresser un avertissement à l'AKP, avec la suppression d'une partie de ses financements publics.
"La démocratie turque a réussi un important examen de passage", s'est félicité la TÜSIAD.
"Depuis le premier jour du procès, nous avons insisté sur le fait que la fermeture des partis n'était pas une solution dans les démocraties, qu'elle nuirait à la culture démocratique en créant une crise et une incertitude politique", a-t-elle rappelé.
Une incertitude qui aurait eu des conséquences néfastes pour l'économie, selon Seyfettin Gürsel, économiste de l'université stambouliote de Galatasaray, interrogé par l'AFP.
"Je pense que si la Cour avait dissous l'AKP, il y aurait eu un choc des taux de changes, une poussée de l'inflation, une réaction de la Banque centrale qui aurait encore augmenté ses taux d'intérêts alors que la croissance est déjà molle", a estimé M. Gürsel.
Après avoir traversé en 2001 la plus grave crise financière de son histoire, la Turquie a connu, sous la direction de l'AKP une période de forte croissance (9,9% en 2004, 7,6% en 2005, 6% en 2006) qui s'est progressivement tassée jusqu'à passer, avec 4,5%, sous l'objectif officiel de 5% en 2007.
"A terme, sans qu'on puisse parler d'une crise majeure, car d'une manière ou d'une autre l'AKP serait resté au pouvoir, il y aurait eu une augmentation du chômage et un tour de vis de plus pour l'économie", a poursuivi l'universitaire.
AFP
 

La presse turque soulagée par la survie de l'AKP, appels au compromis
 
AFP, le 31 juillet 2008 à 09h10

ANKARA, 31 juil 2008 (AFP) - Une grande partie des journaux turcs exhortaient jeudi le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à "tirer les leçons" d'une procédure d'interdiction à laquelle son parti au pouvoir a échappé et de s'engager dans la voie du compromis pour apaiser les tensions dans le pays.
"La balle est maintenant dans le camp d'Erdogan (...) qui doit tirer les leçons de la décision de la justice", et réduire les tensions entre partisans du gouvernement et milieux pro-laïcs, estimait un commentateur du journal libéral Milliyet.
La plupart des journaux relevaient que la décision de la Cour constitutionnelle, qui a rejeté mercredi une demande d'interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP), a "soulagé" la Turquie, tout en adressant un "fort avertissement" à ce parti pour qu'il n'agisse pas contre les principes laïques.
"C'est une décision bizarre, l'enfant accusé de vouloir mettre le feu à la maison a été reconnu coupable mais on s'est contenté de le priver d'argent de poche", estimait un autre éditorialiste de Milliyet.
Six juges sur 11 se sont prononcés en faveur d'une interdiction de l'AKP, accusé d'"activités anti-laïques", mais une majorité de sept juges était nécessaire pour interdire le parti.
Le journal à gros tirage Hürriyet invitait également le Premier ministre à "chercher la voie du compromis" pour réduire les inquiétudes des pro-laïcs qui soupçonnent le gouvernement d'islamiser petit à petit le pays.
"La Cour a ouvert la voie à Erdogan, mais lui-même va-t-il pouvoir ouvrir la voie à la Turquie?", s'interroge Rusen Cakir, un spécialiste de l'AKP, dans le journal Vatan.
Pour l'analyste, l'AKP doit "tendre la main à l'opposition" parlementaire pour mettre fin aux tensions exacerbées par cette procédure.
La presse pro-gouvernementale saluait pour sa part la décision des juges qui a évité à la Turquie, selon elle, d'être mis au ban des pays démocratiques.
"La Turquie a gagné" titrait ainsi le quotidien Yeni Safak.
"Une fermeture de l'AKP n'aurait eu qu'une seule explication: un coup d'Etat judiciaire", estime le quotidien Zaman qui appelle tous les partis à être plus "vigilants" à l'avenir.

AFP
 

Washington salue la démocratie turque, après la décision sur le parti AKP


AFP, le 31 juillet 2008 à 00h44
WASHINGTON, 30 juil 2008 (AFP) - Washington a dit sa confiance mercredi en la démocratie turque après la décision de la cour constitutionnelle turque de ne pas interdire le parti AKP au pouvoir.
"Nous avons confiance en la Turquie et confiance en le peuple turc et sa démocratie", a dit le porte-parole du département d'Etat Sean McCormack.
La Cour constitutionnelle turque a rejeté mercredi une demande d'interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, issu de la mouvance islamiste mais en rejetant l'étiquette, évitant à la Turquie une crise politique majeure et de nouvelles tensions avec l'Union européenne.
"La Cour a rendu un avis et nous allons continuer à travailler avec ce gouvernement. Nous travaillons plutôt bien avec eux", a poursuivi M. McCormack.
Les Etats-Unis encouragent la Turquie "à utiliser ce moment pour revigorer ses efforts (d'intégration) à l'UE" et à poursuivre ses efforts de "réforme économique et politique" basée sur la
Constitution turque et la démocratie laïque.
"Je sais que cela impose aux deux parties d'avancer, l'UE doit aussi revigorer ses efforts", a dit M. McCormack.
Une interdiction de l'AKP, considérée à l'avance par l'UE comme contraire aux règles démocratiques, aurait pu provoquer de nouvelles turbulences dans les relations, déjà compliquées, entre l'UE et la
Turquie. La décision de la Cour turque devrait donc permettre à Ankara de poursuivre sur le même rythme -lent- son processus
d'adhésion.

AFP
 

AKP: l'UE, soulagée, ne va pas pour autant accélérer l'adhésion turque
 
AFP, le 31 juillet 2008 à 12h19
Par Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS

BRUXELLES, 31 juil 2008 (AFP) - Le rejet de l'interdiction du parti AKP au pouvoir à Ankara enlève une épine du pied des Européens qui craignaient une crise profonde avec un partenaire stratégique, mais n'augure pas d'une avancée plus aisée du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
La décision de la Cour constitutionnelle turque de mercredi "constitue un soulagement", a déclaré le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, dont le pays préside l'Union européenne (UE).
Il a ainsi résumé le sentiment de l'UE. Les Européens redoutaient un scénario catastrophe qui aurait pu aller jusqu'à l'arrêt des négociations d'adhésion de la Turquie au bloc, commencées en 2005.
Mais même si "bien sûr, c'est une bonne nouvelle, cela ne va pas accélérer proprement dit le processus d'adhésion", a estimé Katinka Barysch, analyste au Centre for European Reforms de Londres.
"Par contre, cela va libérer les responsables de l'AKP qui vont pouvoir se concentrer sur les choses que l'UE réclame depuis plusieurs années et pour lesquelles l'AKP était trop occupé: réformes économiques, réforme du système judiciaire, liberté religieuse, etc...", a-t-elle ajouté.
D'ailleurs, les responsables européens ont immédiatement appelé mercredi le gouvernement turc à relancer les réformes, au point mort depuis plus d'un an en raison d'une succession de crises politiques liées à l'opposition entre les défenseurs acharnés de la laïcité, dont l'armée, et les islamistes conservateurs au pouvoir.
"J'encourage à présent la Turquie à reprendre avec toute son énergie les réformes pour moderniser le pays", a dit le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn. L'interdiction de l'AKP aurait certainement entraîné des législatives anticipées, qui auraient encore repoussé les réformes demandées.
D'une manière générale, les Européens attendent de voir et ne devraient que poursuivre comme prévu la lente avancée des négociations d'adhésion.
L'UE "attentive au fonctionnement démocratique des institutions, continuera à suivre avec attention la situation en Turquie", a ainsi résumé la présidence française.
"L'UE et les Etats membres devraient envoyer maintenant un signal positif" à la Turquie, a contesté l'eurodéputé allemand Cem Özdemir, dans un communiqué.
"L'UE a été beaucoup critiquée pour sa réticence (envers la Turquie) et pour le ralentissement des négociations, accusée d'avoir en un sens contribué à la crise" en donnant du grain à moudre aux opposants du Premier ministre favorable à l'adhésion, a de son côté noté Kirstie Hughes, consultante sur la Turquie.
"Les Etats membres qui soutiennent l'adhésion de la Turquie devraient donc pousser pour dire (...) +nous devons soit accélérer ce processus, ou alors nous aurons l'air stupides+", l'Europe donnant l'impression "de ne pas être sérieuse" dans ses promesses à Ankara, a-t-elle ajouté. Mais cette accélération n'est pas l'option envisagée par les
27.
La France, dont le président Nicolas Sarkozy est notoirement opposé à l'adhésion turque, souhaite ainsi ouvrir "deux, voire trois chapitres d'ici à la fin de l'année", a répété mercredi M. Jouyet.
A ce jour, seuls 8 des 35 chapitres thématiques qui jalonnent les négociations d'adhésion ont été ouverts --et un fermé-- à raison d'un ou deux par présidence.
A ce rythme, que Kirstie Hughes qualifie de "ridiculement et absurdement lent", il faudrait environ dix ans pour ouvrir tous les chapitres. Mais en plus, 18 chapitres sont de facto gelés, dont huit en raison de la non reconnaissance de Chypre par Ankara, et cinq par la France qui les considère comme "directement liés" à une
adhésion.

AFP

ANALYSIS-Turkish AK Party court victory is double-edged sword
Reuters, le 31 juillet 2008 à 14h33
By Paul de Bendern

ISTANBUL, July 31 (Reuters) - Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan and his ruling AK Party have scored a victory in court over hardline secularist foes but they will need to quickly heal divisions to avert another crisis.
The Constitutional Court narrowly voted on Wednesday against closing the AK Party for Islamist activities and instead fined it for undermining the country's secular principles, a warning shot not to cross the state's red lines again.
The verdict against banning a democratically elected party rescued Turkey from political chaos, which would have likely brought a halt to European Union membership talks. A closure would also have hit vital reforms and economic growth.
The turmoil had already wiped several billion dollars off the value of the Istanbul stock exchange and hurt foreign direct investment in Turkey's $700 billion economy.
"It's like a soccer game, you can write every detail about the way the match was played, but at the end of the day what matters is the score and here the AK Party won," said Cengiz Candar, a leading Turkish columnist and author.
"The important thing is how Erdogan will modify himself and his policies after all that has happened. His speech last night carried optimism that he will be more flexible and engaging and that Turkey must forge ahead on the EU road," he added.
Erdogan said the AK Party, criticised in the past for failing to seek consensus on deeply divisive issues, would undertake its responsibility to prevent a recurrence of past events and embrace all Turks. He urged others to do the same.
The court challenge was the latest salvo in a decades-old battle between a powerful secularist elite, which has traditionally controlled Turkey's key institutions, and popular religious-leaning parties, today in the shape of the AK Party.
The case was sparked by a government-led reform to lift a ban on students wearing the Muslim headscarf at university. The elite, including army generals and judges, see the garment as a symbol of political Islam and a sign that the AK Party wants to move Turkey towards a more observant Muslim society.
The court case ensures that any relaxation of religious practice in public has been put on hold indefinitely, including the headscarf reform -- a victory for hardline secularists.
SIGH OF RELIEF
Turkey has stumbled from one political crisis to the next over the past few years, each time further polarising the country between secular Turks, backed by generals and judges distrustful of the current government, and increasingly prosperous pious Muslims who are the backbone of the AK Party.
Each side claimed victory in Wednesday's ruling. Erdogan said it was a win for democracy, while opposition leaders said it had taught the government a lesson not to seek confrontation.
Key to Erdogan's success will be whether the man known for his combative and autocratic style of leadership will begin to engage in compromise politics, a rare notion in Turkey, and thus disarm hardline secularists of their greatest weapon in portraying him as a divisive Islamist.
"If Prime Minister Erdogan can learn a few lessons from the Constitutional Court verdict, the political polarisation and divisions which have prevailed in the country in the last year may begin to dissolve," said Hasan Cemal, a columnist at liberal newspaper Milliyet.
Erdogan will need to move fast to make up for the lost time the party devoted to defending itself in court and pursuing controversial policies, which forced the government onto the defensive and steered it from its reformist path.
Many Turks felt let down by Erdogan's failure to live up to his election promises in 2007 to bring his party to the centre ground of Turkish politics and carry out democratic and economic reforms, including some required to join the EU.
The case has revealed the flaws in the Turkish democratic system. Being able to shut down a democratically elected party on charges of undermining secular principles of a predominantly Muslim country has angered many in Turkey and abroad.
Even the Constitutional Court, seen as one of the last lines of defence for the elite, said it felt uncomfortable having to rule on banning a governing party and called for reforms to political party laws.
SECULARIST SETBACK
Critics viewed the court challenge as a "judiciary coup" attempt by hardline secularists to remove Erdogan, Turkey's most popular politician, from power and crush his party.
Opponents threw him in jail in 1999 for reading a Islamist poem and scuppered his chances of becoming president in 2007.
Last year the military failed to stop the ruling party from electing former Islamist Abdullah Gul as president.
Turkey has had four military coups in the last 50 years.
"I hope this verdict paves the way for governments to be checked by the normal, usual means of democracy," Sahin Alpay, a politics professor at Istanbul's Bahcesehir University, wrote in religious-leaning newspaper Zaman.
And a widening probe into a shadowy, ultra-nationalist organisation, called Ergenekon, suspected of plotting assassinations and violence to spark a military coup has forced the military onto the defensive for the first time in years.
Two senior retired generals have been arrested in connection with Ergenekon and lower rank former army officers are already indicted on charges of seeking to overthrow the government.
"Those (including military) who want Erdogan out of politics and the AK Party banned will not give up because of yesterday's verdict," Candar said.
"But Ergenekon provides leverage to Erdogan and diminishes the former standing of the military as an institution and spokesman of (hardline) secularists against the government."
(Editing by Mary Gabriel)
 

Turkey's Islamic ruling party narrowly avoids ban
 
 
Associated Press, le 31 juillet 2008 à 02h13

By CHRISTOPHER TORCHIA, Associated Press Writer

ISTANBUL, Turkey (AP) _
Turkey's top court narrowly voted against disbanding the ruling party over accusations it is plotting to impose Islamic rule, but the judges cut off millions of dollars in state aid to a party locked in a power struggle with the secular elite.
 
Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan speaks to the media in Ankara.
Photo: AP
Slideshow: Pictures of the week
The decision Wednesday averted political chaos, at least in the short term, for a country seeking to join the European Union. But the case exposed the vulnerabilities of Western-style democracy in Turkey, where the fate of an Islamic-oriented governing party with strong electoral backing lay in the hands of a panel of 11 judges.
The Constitutional Court delivered a strong - though unspecified - warning to the ruling Justice and Development Party in its decision to deprive it of half of its state funding. The party will lose about $15 million this year.
"It is a serious warning," court chairman Hasim Kilic said. "I hope that this outcome will be assessed and that the necessary measures will be taken."
Kilic said six of the 11 judges wanted to dissolve the party of Prime Minister Recep Tayyip Erdogan, one less than the seven votes needed to impose a ban.
"The fact that there wasn't unanimity among the judges reflects the divisions that we have in society concerning the party," said Omer Faruk Genckaya, an analyst at Bilkent University in Ankara, the capital.
The decision represented a reprieve for Erdogan and his allies in an overwhelmingly Muslim country with a secular system. A ban on the party would have triggered a sharp escalation in political turmoil in the NATO member, where a bomb attack Sunday killed 17 people in Istanbul.
A ban would have severely damaged Turkey's image as a democracy because the ruling party won a landslide victory in elections last year. EU leaders had said the ruling party's viability should be decided in elections, not courtrooms.
"The great uncertainty that was blocking Turkey's path has been lifted with this decision," Erdogan said after the verdict. "Our party, which was never the focal point of anti-secular activity, will continue from now on to defend the republic's basic values."
European leaders voiced relief at the ruling and urged Turkey to press ahead with EU-backed reforms that have languished, partly because of the political infighting and partly from Turkish skepticism about the need for changes.
"It needs a new civil and democratic constitution as soon as possible. The articles of the Turkish constitution that allow closing down political parties should be changed immediately," said Joost Lagendijk, chairman of the Turkey-EU delegation in the European Parliament.
Lagendijk urged the ruling party to show more "sensitivity" to concerns of its Turkish critics as well as "clear signs" that it is committed to the secular ideals of the state.
State Department spokesman Sean McCormack reacted to the court's decision by saying the US would continue to work with the government and encouraging it to "reinvigorate its efforts with the EU."
The court case was the latest battleground between the pious Muslims who run the government, but embrace aspects of Western political and economic systems, and the secular establishment that draws support from the military and judiciary.
The rift has evolved over the last century since national founder Mustafa Kemal Ataturk jettisoned Islam as a guiding force in society and politics, instead imposing a strictly secular system amid the ruins of the Ottoman Empire.
In announcing the court decision, Kilic appealed for politicians to seek consensus and said the case exposed the need for legal reforms that will elevate Turkish democracy, which has endured weak coalitions and several military coups over the decades.
Mustafa Ozyurek, deputy chairman of the main opposition party, noted a majority of the judges had effectively agreed the ruling party was a focal point for anti-secular activities.
If the ruling party "draws a lesson from this decision, then there will be no problem," said Ozyurek, a member of the Republican People's Party. "But if it does not, then Turkey will be dragged into chaos once again."
Gen. Yasar Buyukanit, the military chief, did not comment directly on the verdict, but stressed the role of the military as a guardian of secularism.
In March, Turkey's chief prosecutor asked the Constitutional Court to disband Erdogan's party and bar him and 70 other party members from joining any other political party for five years. President Abdullah Gul was also on the prosecutor's list.
Prominent leaders in the government have backgrounds in political Islam, and the party itself is a successor to parties that were banned in the past. Those leaders now say they are not following an Islamic agenda, citing the EU-backed reforms as proof.
The judges began hearing the case Monday, a day after two bombs exploded on a packed Istanbul square. It was the deadliest attack in Turkey in almost five years. Turkish officials blamed Kurdish separatists, who denied responsibility.
The timing of the attack raised speculation over a possible link to the political fight. Prosecutors are preparing a case against alleged coup plotters, including retired army officers, who are accused of trying to bring down the Islamic-oriented government by fomenting chaos in Turkey.
This year, the ruling party attempted to lift a decades-old ban on the wearing of head scarves at universities, but the top court overturned that bill, saying it was anti-secularist. Chief prosecutor Abdurrahman Yalcinkaya cited the head scarf bill as proof the government was trying to scrap secularist principles in the constitution.
Associated Press
 

Danemark/caricatures: des associations musulmanes saisissent la Cour suprême

AFP, le 31 juillet 2008 à 10h19
COPENHAGUE, 31 juil 2008 (AFP) -
Sept associations musulmanes au Danemark, déboutées précédemment par deux instances judiciaires, ont décidé de saisir la Cour suprême pour faire condamner les responsables du quotidien danois Jyllands-Posten qui avait publié douze caricatures controversées de Mahomet.
Ces associations ont été déboutées en juin par la Cour d'appel qui avait confirmé un jugement antérieur du Tribunal de première instance d'octobre 2006.
L'une des douze caricatures, la plus critiquée, montrait Mahomet la tête recouverte d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée.
"Nous estimons que les musulmans ont été injustement traités, et c'est pourquoi nous voulons porter cette affaire devant la Haute Cour", a déclaré jeudi à l'AFP Assaad Bilal, porte-parole de Det Islamisk Trossamfund i Danmark, une des sept associations plaignantes.
Celles-ci avaient jusqu'au 14 août pour faire un ultime recours après le rejet de leur plainte en juin par la Cour d'appel.
"Nous avons demandé à notre avocat, Michael Havemann, de demander au ministère de la Justice que notre cas soit traité par la Cour suprême", a-t-il ajouté, réclamant toujours "la peine la plus lourde possible" pour l'ex-rédacteur en chef de Jyllands-Posten, Carsten Juste et son chef des pages culturelles Flemming Rose.
La Cour d'appel avait estimé en juin que le dessin le plus controversé de Mahomet (celui avec le turban) était "de caractère satirique", soulignant que "des actes terroristes ont été commis au nom de l'islam, et qu'il n'est pas illégal que ces actes fassent l'objet d'une représentation satirique".
Pour M. Bilal, le journal danois a présenté "injustement le prophète Mahomet comme belliqueux et terroriste et a par conséquent porté atteinte à l'honneur de tous les musulmans".
"Nous envisageons toujours de saisir en fin de compte la Cour européenne des droits de l'Homme", a-t-il encore dit tout en ajoutant qu'en cas de rejet devant la Cour suprême, les associations avaient "d'autres plans", qu'il n'a pas voulu dévoiler.

Entretien avec Violette Daguerre -
 
Guerre contre le « terrorisme » : Quelle justice pour les prisonniers musulmans?

 

Silvia Cattori

Violette Daguerre, née au Liban en 1955, docteur en psychologie, préside la « Commission arabe des droits humains » qu’elle a contribué à fonder. Elle s’est particulièrement engagée depuis 2001 pour exiger la fermeture du camp de torture de Guantánamo Bay. Elle évoque dans cet entretien les difficultés à faire réagir les médias, les ONG, les politiciens, quand il s’agit de ces victimes arabes et musulmanes, déshumanisées par la propagande de guerre et désignées comme « terroristes ».

Silvia Cattori : Quand avez-vous commencé à croire que, par votre lutte, vous pouviez réussir à

contraindre l’administration Bush à libérer les prisonniers de Guantánamo ?

Violette Daguerre : Le combat de la « Commission arabe des droits humains » [1] pour dénoncer les conditions de détention à Guantánamo et exiger la fermeture de ce camp, a commencé aussitôt que nous avons appris sa mise en fonction, fin 2001. Nous avons tout de suite adressé une lettre à l’ambassade des États-Unis à Paris, en collaboration avec le Centre de l’indépendance de la Justice, basé au Caire, puis une lettre à l’ambassade des États-Unis au Caire, demandant la permission d’envoyer trois experts pour visiter les détenus de Guantánamo. Demande qui s’est heurtée à un refus.

J’ai également adressé, le 18 mars 2002, une lettre à M. Louis Joinet, à l’époque Président-rapporteur du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, lui demandant de considérer la détention des détenus de Guantánamo comme arbitraire.

Il a fallu attendre le 11 janvier 2003 pour qu’un collectif se constitue, à l’occasion d’un colloque que nous avions organisé à Paris. Nous étions alors également préoccupés de défendre les ONG caritatives et humanitaires, notamment arabes et musulmanes qui commençaient à être inquiétées par l’administration de Bush, sous couvert de « lutte contre le terrorisme ». Il nous a semblé urgent qu’un collectif se mette en place pour rassembler les efforts et constituer une pression plus soutenue. Dès lors, nous avons commencé, notre association et des ONG de plusieurs pays avec des militants européens et arabes des droits humains, à collaborer pour en finir avec les cages de Guantánamo Bay.

Certaines ONG, comme « Global Policy Forum » [2] aux États-Unis, ont appuyé notre démarche. D’autres ont préféré travailler seules. Mais, avant d’en arriver là, il a fallu lutter contre vents et marées, dans un contexte très défavorable. Défendre des prisonniers musulmans, que les États et les médias, associaient au « terrorisme », comportait le risque d’être soupçonnés de sympathiser avec eux. Ainsi, Maître Wendell Beliw, un des premiers avocats états-uniens que nous avons contacté, a fini par payer le prix de son engagement lorsque, en mai 2008, il a été mis lui-même sur la « liste noire » des États-Unis. Cette crainte a dû sûrement dissuader beaucoup de militants des droits de l’Homme.

Certains, parmi nous, ont fait l’objet d’enquêtes de la part des services de renseignements. Ce qui montre, encore une fois, que se constituer en contre-pouvoir en défense des droits humains, n’est pas chose facile. Mais est-ce qu’on a le droit de faiblir lorsqu’on veut agir efficacement sur ce terrain ? Aujourd’hui, notre association, se félicite de n’avoir pas cédé à la peur et aux intimidations ; et d’avoir été capable de continuer à lutter dans ce contexte hostile.

Silvia Cattori : Les médias ont-ils, durant cette période, contribué à tenir l’opinion à distance des souffrances que cette guerre contre les arabes et les musulmans générait ?

Violette Daguerre : Sûrement, au début surtout. Mais, par la suite, une distinction plus nette s’est faite entre ceux des politiques et journalistes qui présentaient ces lieux de détentions comme un mal nécessaire - et qui apportaient, d’une manière ou d’une autre, leur appui aux thèses de l’administration Bush - et ceux qui ont commencé à nous aider à soutenir publiquement le point de vue que nous défendions.

Nous avons continué patiemment notre combat, d’abord solitaire, sans nous laisser décourager par ces campagnes anti-arabes et antimusulmanes. Nous avons engagé des frais importants pour faire du tapage médiatique et publier des encarts publicitaires, dans des organes de presse comme « The Nation », « Libération » et « Le Monde diplomatique », afin d’alerter l’opinion sur les conditions inhumaines des détenus et exiger la fermeture du « camp de la honte ».

Silvia Cattori : Il a donc été très difficile, au départ, de vous faire entendre ?

Violette Daguerre : Certainement, il y a eu énormément de difficultés pour modifier la perception de l’opinion sur ce sujet. La désinformation était à son comble à propos de ces « terroristes » qualifiés par l’administration Bush, d’« ennemis combattants », et contre lesquels on avait conçu un statut spécial pour les tenir à l’écart du monde.

Il y a eu beaucoup d’obstacles, ou de réticences, même de la part de ceux qui étaient censés soutenir cette cause, comme le montre l’attitude adoptée au début par « Reporters sans frontières » (RSF) à l’égard du journaliste emprisonné Sami El Haj [3]. Quand nous avons été informés par le directeur d’Aljazeera, M. Mohammad Jasem al Ali, que ce journaliste était détenu à Guantánamo, nous avons immédiatement contacté le secrétaire général de RSF, M. Robert Ménard. Nous nous attendions à ce que son association apporte tout de suite un appui à Sami El Haj et engage une campagne pour le faire libérer.

M. Ménard nous a d’abord répondu qu’il allait vérifier la véracité de cette détention. Deux jours plus tard, il a exprimé son refus de soutenir ce journaliste parce que le Département d’État des États-Unis leur avait « confirmé » que Sami El Haj avait des liens avec l’organisation terroriste Al –Qaïda [4].

Cet exemple vous montre combien il était difficile de faire face à la mauvaise foi de tous ces acteurs qui donnaient crédit à l’administration Bush, malgré tout ce que les images montraient d’inquiétant au sujet des violations des droits humains. Il a fallu attendre 2005 pour que RSF finisse par modifier sa position.

Silvia Cattori : À quel moment votre action a-t-elle commencé à apporter des résultats concrets aux prisonniers eux-mêmes ?

Violette Daguerre : Pas avant octobre 2003, quand l’administration états-unienne s’est vue obligée d’améliorer leurs conditions de détention, à l’issue de la permission donnée à une délégation du CICR de visiter Guantánamo Bay. Même si cela a été dû principalement à la résistance des prisonniers eux-mêmes, qui ont entamé des grèves de la faim très dures et qui ont pu obtenir par la suite (vers juin 2004) le droit à une consultation médicale. Je crois que le fait que nous ayons maintenu une pression continue contre les violations de leurs droits par l’administration Bush, a contribué à soutenir moralement les détenus, dont 24 sont tout de même des mineurs.

Par la suite, et après que des avocats militaires aient été nommés en 2003, des avocats civils de nationalité états-unienne ont été autorisé à entrer à Guantánamo pour la première fois en 2004. Dès lors, le transfert de détenus vers Guantánamo a été stoppé. Et des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour remettre en question le statut légal du camp.

N’oublions pas que, jusqu’à fin 2004, il y a eu 24 tentatives de suicide, appelées, « Self-Harm », par l’administration de la prison. Des cas de tuberculose ont été diagnostiqués, des agressions physiques par des chiens dressés et plus de 12 méthodes de torture qui ne laissent pas de traces ont été révélés.

Silvia Cattori : Combien de prisonniers ont-ils pu sortir de Guantánamo, en partie grâce à vos interventions ?

Violette Daguerre : Sans fausse modestie, je dois insister sur le fait que Guantanamo n’est plus restée, depuis sa quatrième année, la seule affaire des ONG. Car, suite aux efforts de la société civile mondiale, le Parlement européen, l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, des sénateurs et des membres du Congrès états-unien, le CICR, ainsi que le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme, sont tous devenus partie intégrante de la campagne pour la fermeture de Guantánamo. Et, fait inhabituel, plusieurs ministres de pays alliés des États-Unis ont exprimé publiquement leurs protestations à l’égard de l’existence de ce camp. Dès lors, les actions visant à obtenir la fermeture de Guantánamo sont devenues l’affaire d’une majorité d’États démocratiques, des ONG et des organisations intergouvernementales, même si elles n’ont pas été conduites collectivement.

Les partisans du maintien de Guantánamo se sont alors trouvés isolés. Grâce à cette mobilisation, 600 prisonniers ont pu en sortir. Il reste toujours 265 détenus aujourd’hui, dont le dernier libéré il y a quelques jours est un Qatari. Parmi eux, près de 200 n’ont pas de dossier d’accusation juridique cohérent. C’est pourquoi l’administration Bush cherche maintenant à se débarrasser d’eux, plutôt que d’avoir à les juger.

Silvia Cattori : Pourquoi des prisonniers sont-ils sortis de Guantánamo et d’autres pas ?

Violette Daguerre : La pression de certains États, la coordination entre services de sécurité des Etats concernés, et les programmes de réhabilitation mis en place à l’échelle locale, ont joué dans le choix de la majorité des détenus libérés. Il y a eu aussi des cas de détenus qui ont recouvré leur liberté suite à la mobilisation de gens qui travaillaient dans l’action humanitaire, l’enseignement, les médias.

Mentionnons que, dès sa prise de fonction, le nouveau ministre de la défense, Robert Gates, a demandé au président Bush de mettre à l’écart certains faucons du Bureau de détention. M. Bush a partiellement accepté cette demande, et l’équipe actuelle tente de trouver une solution qui lui permette de sauver la face.

Silvia Cattori : Quelle est la nationalité des détenus restants ?

Violette Daguerre : Sur les 265 prisonniers encore à Guantánamo, il y aurait 98 Yéménites, 25 Algériens, 16 Chinois, 13 Saoudiens, 9 Syriens et quelques prisonniers originaires du Soudan, de la Mauritanie, d’Ouzbékistan, de Somalie, d’Indonésie, d’Égypte, du Koweït, de Libye, de Tunisie, sans oublier les Afghans et les Pakistanais.

Silvia Cattori : Quelles sont les ONG « occidentales » qui se sont montrées neutres, hors de tout soupçon ?

Violette Daguerre : Elles sont nombreuses, sauf celles sous influence, liées aux intérêts des États-Unis. Il est bien connu que ce pays finance massivement ce que nous appelons des « one man organisations ». C’est-à-dire des organisations qui se réduisent à une personne qui engage quelques fonctionnaires bien payés et qui opèrent dans le sens de la politique gouvernementale. Ce genre d’organisation s’illustre assez aisément à ses débuts, mais plus difficilement lorsque les choses commencent à apparaître plus claires aux yeux de l’opinion publique. Là, il ne leur est plus possible de justifier l’injustifiable, surtout pour des soi-disant ONG qui prétendent défendre les droits humains. Il faut aussi préciser que les dossiers défendus ne sont malheureusement pas toujours les mêmes, selon que l’on se trouve au Nord ou au Sud de la planète. Réalisme ne va pas de pair avec idéalisme.

Il reste que les ONG qui se sont distinguées pour leur rôle dans la fermeture de Guantanamo sont : ACCR, l’ACLU, l’ACHR, AI, Reprieve, et Cage Prisoners [5].

Silvia Cattori : L’intervention de M. Bernard Kouchner pour la libération de certains prisonniers a été évoquée. Qu’en est-il ?

Violette Daguerre : Je commence par démentir formellement l’intervention du ministre français dans la libération de détenus de Guantánamo, qui étaient des médecins ou de simples volontaires dans l’humanitaire. Les 6 prisonniers français libérés l’ont été sans son appui, et déjà avant qu’il ne

devienne ministre. En outre, il a toujours affiché, par le passé, des positions agressives à l’égard des détenus musulmans accusés sans preuves de terrorisme. À ma connaissance M. Kouchner n’a jamais élevé de protestations en faveur des ONG humanitaires inscrites sur la « liste noire ».

Ceci est malheureusement le cas de plusieurs personnalités françaises ; elles interviennent sélectivement dans les dossiers des droits de l’homme, en fonction de leur vision politique des réalités, et conformément à leurs intérêts.

Il ne faut pas oublier que la perception est subjective et la mémoire est sélective. Que l’on est conditionné par la culture dans laquelle on baigne, l’éducation que nous avons eue, les positions idéologiques et bien d’autres paramètres qui font que l’affectif a son mot à dire, et non pas seulement la raison et les principes universels qui devraient nous guider.

Silvia Cattori : À partir de quand les Parlementaires nationaux et européens ont-ils exigé la fermeture du camp de détention de Guantanamo ?

Violette Daguerre : À partir, me semble-t-il, de la deuxième année à titre individuel, et de la troisième année en tant que groupes parlementaires. En 2006, le Parlement européen a voté la fermeture de Guantánamo. Ce qui n’empêche que les parlementaires restent très peu visibles, même lorsque l’on organise une action à l’échelle nationale.

Silvia Cattori : Que faire pour les ex-détenus et les détenus qui attendent encore leur libération mais qui risquent d’être persécutés dans leurs pays alignés sur Washington, comme la Tunisie et le Maroc ? Connaissez-vous des cas où ces revenants ont été maltraités ?

Violette Daguerre : On rencontre des situations diverses. Si certains ex-détenus ont été bien traités par leur gouvernement, comme au Soudan, d’autres ont été maltraités ou emprisonnés, en effet, comme en Tunisie et au Maroc. La Tunisie a condamné deux ex-détenus à, respectivement, 3 et 7 années de prison. Et, au Maroc, un ex-détenu, libéré en même temps que Sami El Haj, est toujours en prison.

Des prisonniers tunisiens qui sont toujours emprisonnés à Guantánamo demandent à être extradés vers un autre pays que la Tunisie. Et la recherche d’un pays d’accueil est d’ailleurs l’une des raisons qui retarde la libération de certains détenus de Guantánamo. Il reste près de 60 prisonniers originaires de la Chine, d’Ouzbékistan, d’Algérie, de Syrie, de Libye, de Tunisie, d’Egypte, qui risquent d’être arrêtés et torturés à leur retour chez eux.

Ce qui contraste avec le cas des ex-prisonniers ayant pu bénéficier d’un programme de réhabilitation et de rééducation, comme en Arabie saoudite ; ou ayant été pris en charge par les ONG et leur gouvernement, comme au Soudan.

Silvia Cattori : Quels pays européens ont-ils accepté, ou vont-ils accepter, de recevoir ces revenants qui ne veulent plus retourner chez eux par peur d’être emprisonnés, ou que leurs pays refusent ?

Violette Daguerre : Jusqu’à maintenant, il y a trois pays qui sont prêts à en accueillir : la Lituanie, la Grèce et l’Albanie. Nous espérons que l’Irlande, l’Angleterre, Djibouti et d’autres pays se joignent à eux. De toute manière, une fois sortis du camp, leur calvaire n’est pas terminé ; il faudra continuer à les aider à soigner leurs blessures physiques et psychiques et à se réinsérer dans leur société. Il va falloir s’atteler notamment à la mise en place d’un programme pour accueillir par exemple les nombreux détenus yéménites.

Silvia Cattori : Pensez-vous que quelque chose de positif émergera de ce désastre ? Une volonté de s’unir - par delà les croyances politiques et religieuses - pour exiger justice et réparation pour le mal fait par cette guerre de l’ « Occident » qui a assimilé l’Islam au « terrorisme » ?

Violette Daguerre : La soi-disant « guerre contre le terrorisme » a fait beaucoup de dégâts et de victimes. Il va de soi que des associations comme la nôtre vont tout faire pour que ceux qui ont commis des crimes et violé les droits humains, non seulement d’individus, mais de groupes humains et de peuples, soient punis. Et pour que les victimes obtiennent réparation morale et matérielle du préjudice subi. C’est un combat de tous les jours et ce n’est pas gagné d’avance. Surtout lorsqu’on voit les manœuvres d’instrumentalisation de la justice internationale par les grands faiseurs de la politique.

On peut tout de même espérer que puisse émerger, par delà le mal engendré, une conscience politique plus aiguisée ; une volonté plus déterminée à combattre toutes les formes d’injustices qui rongent notre monde ; et une société civile à l’échelle mondiale plus étendue, plus solidaire, plus combative et plus forte des expériences passées et des échecs essuyés.

Silvia Cattori, journaliste suisse.

[1] Voir : http://www.achr.eu
Mme Violette Daguerre accompagnait M. Sami El Haj à Genève, lors de la Conférence publique qu’il a donnée le 27 juin 2008, à l’invitation de la Fondation « 
Alkarama for Human Rights ».

[2] Voir : http://www.globalpolicy.org

[3] Voir : http://www.samisolidarity.net

Voir également : « Sami El Haj, journaliste d’Al-Jazira, témoigne », Réseau Voltaire, 25 juillet 2008.

[4] Voir : « Reporters Sans Frontières se souvient (tardivement) de Sami Al Haj », Réseau Voltaire, 17 février 2006.

[5] Voir les sites :
http://www.ccr-ny.org
http://www.aclu.org
http://www.reprieve.org.uk
http://www.cageprisoners.com

 

(Source: Réseau Voltaire (France), le 30 juillet 2008)

Lien : http://www.voltairenet.net/article157838.html

 


 

Refus d’octroi de la nationalité : Entretien du CCIF avec les membres de la famille
 

Par le Collectif Contre l’Islamophobie en France

Après que le Conseil d’Etat ait décidé à travers son arrêt en date du 27 juin 2008 de confirmer la décision du ministère des affaires sociales de refuser la nationalité française à l’épouse d’un ressortissant français au motif « d’une pratique radicale de sa religion », le CCIF a souhaité en savoir plus sur cette affaire en prenant contact avec la famille. Le CCIF n’a pas pour vocation de faire l’apologie d’une tenue ni de la dénigrer d’ailleurs.

Il s’inscrit uniquement sur le plan du droit et des libertés. En l’espèce, il s’agissait de comprendre quelles informations ont été retenues par le Conseil d’Etat pour motiver sa décision.Nous nous sommes rendus au domicile de la famille. Nous avons tout de suite été touchés par l’accueil, la gentillesse, la générosité, la modestie et la simplicité de chacun. La discussion était intéressante, diverse voir contradictoire dans le respect des opinions de chacun. La première question qui nous venait à l’esprit était de savoir les raisons pour lesquelles ils ne voulaient pas rencontrer les journalistes ?

Cela aurait pu constituer une opportunité pour s’exprimer devant l’opinion publique. Ils en reçurent certains nous précisent ils mais ils ne voulaient pas accorder leur confiance à d’autres parce qu’ils « déforment les propos et nous n’avons aucune possibilité de vérifier ce qui va être dit sur notre compte par la suite ». Trois heures de discussion ne nous ont pas permis de déplorer des propos ou des attitudes que l’on pouvait qualifié objectivement de radicales. Nous avons alors demandé ce qui avait pu selon eux motiver la décision du Conseil d’Etat. La réponse ne semblait souffrir d’aucun doute.

Les conclusions des rapports de polices et sociaux indiquent que le comportement en société de madame est considéré comme incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française. Madame F. s’exprime très bien en français. Elle est mariée à un français. Elle vit depuis huit ans en France et elle n’a pas revu son pays d’origine depuis six ans. « J’aime ce pays » dit-elle. On peut le croire aisément puisqu’elle a fait le choix de venir y vivre. Elle y a d’ailleurs toutes ses attaches. Ses parents vivent également en France depuis trente six ans et ses frères et sœurs ont eux-mêmes la nationalité française. Cette situation permettrait presque à elle seule de comprendre qu’elle veuille rejoindre le destin commun d’une famille qui a choisi de faire de la France son pays d’adoption et de cœur.

Elle portait le voile avant de se marier et de venir en France contrairement à ce qui a été dit et surtout souligné dans le rapport d’enquête. L’apprentissage en commun de la religion musulmane l’a amené ainsi que son mari à plus d’orthodoxie dans leur pratique personnelle mais cela n’a eu aucune incidence dans leurs rapports avec les autres. Nous avons dit orthodoxie et pas radicalité car ce dernier suppose que cette femme vit recluse, sans contacts extérieurs. C’est d’ailleurs ce que le rapport de la Direction Départementale des Affaires Sanitaire et Sociale (DDASS) avance.

La tenue : élément central d’appréciation Madame F porte désormais le niqab et non pas la burqa comme l’affirme la DDASS. Mais cette dernière ne pouvait pas le savoir étant donné que l’entretien que ses agents ont eu avec Madame F s’est déroulé à son domicile et qu’elle était alors « habillée à l’européenne » (sic). Elle leur a surement expliqué comment elle s’habillait à l’extérieur mais ils ont imaginé un « visage grillagé » (sic). Leur imagination les a-t-elle mené consciemment ou non à faire un lien avec les femmes d’Afghanistan que l’on voit dans les médias ?

La responsable du bureau de la nationalité qui rencontre Madame F dans son bureau ne fait pas cette erreur et ne relève donc pas ce « grillage ». Mais elle décrit avec minutie (longueur, couleur etc) la tenue avec laquelle Madame F s’est présentée. L’importance qui est donnée dans les différents rapports à la tenue vestimentaire non seulement de Madame mais également de Monsieur (totalité du rapport des services de police, plusieurs paragraphes dans les rapports des services sociaux et administratifs) suppose que pour être français il est préférable d’être habillé à la convenance des autorités administratives que de savoir s’exprimer dans la langue du pays dont on souhaite acquérir la nationalité.

A tel point que le rapport tient à préciser que Monsieur est vêtu d’un pantacourt resserré au dessus des chevilles mais surtout que sa barbe est « d’une largeur approximative de deux mains » !!!! A partir de quelle taille la barbe serait acceptable pour qu’une conjointe puisse obtenir la nationalité française? Pourquoi tant d’insistance sur la tenue de ce couple ? Ce sont des informations qui n’auraient pas suffit à fonder une décision de refus mais les rapporteurs devaient être convaincus que les préjugés entourant cette tenue ne pouvaient laisser insensible l’opinion voir les juges de l’administration. Le mode de vie du couple. C’est le point crucial de cette enquête qui aurait motivé le refus. L’enquête sociale semble avoir été faite en plusieurs temps.

 

Une première enquête avec un rapport succinct indique que Madame F communique aisément, lit et écrit le français. Elle est même considérée comme suffisamment assimilée pour accomplir seule les démarches de la vie courante !! Dans le paragraphe consacré à l’insertion dans la communauté française il est indiqué que Madame F vit dans un milieu composé de nationalités différentes et que les échanges se font en français. Cependant, l’enquêtrice ne semble pas apprécier que Madame F ne soit pas inscrite dans un club sportif !! En effet, Madame F explique que de s’occuper de ses trois enfants en bas âge ne lui laisse pas beaucoup de temps pour se consacrer au sport dans un club même si elle en fait chez elle.

D’ailleurs, cette impossibilité n’est pas seulement appliquée au sport puisqu’elle précise que pour les mêmes raisons elle n’a pas d’engagement religieux non plus. A l’heure où l’on considère que certains parents ne sont pas assez sensibles à l’éducation de leurs enfants, cette qualité essentielle ne semble pas servir Madame F. Dans le rapport faisant suite à une enquête complémentaire, nous apprenons que le couple prend ses décisions ensemble, que madame sort souvent seule ou avec ses enfants, qu’elle conduit le véhicule de la famille, qu’elle fait les achats seule et utilise la carte bancaire et qu’elle n’a pas de problèmes de couple.

Le couple indique voir des films de cinéma en famille. Madame maitrise l’outil informatique et est à l’aise avec internet. Elle ne travaille pas parce qu’elle s’occupe de ses enfants mais aimerait un jour avoir une activité professionnelle. Mais l’enquêtrice ne semble pas se satisfaire des réponses de Madame F qui était selon elle « à l’aise pendant l’entretien ». Elle souhaite interroger le mari seul. L’entretien avec le mari allait il avoir une incidence sur le jugement de l’enquêtrice ?

En tout état de cause les réponses du mari qui lui précise se rendre régulièrement à la prière, considérer que l’égalité entre les hommes et les femmes et le droit de vote sont des points positifs, que l’islam lui semble mal compris en France, ne semblent pas convenir à l’enquêtrice. Elle n’a pas ressenti la même chose pour Monsieur. Elle considère qu’elle a été obligée d’insister pour obtenir des réponses précises puis conclut son rapport en indiquant que « compte tenu du doute ressenti …..je maintiens l’avis défavorable ». Provocation ? Mais le plus choquant d’un point de vue déontologique est la demande de l’enquêtrice qui, après avoir invité le couple à s’assoir, demande à Madame F de bien vouloir retirer son voile.

Madame F s’est exécutée et à ce moment est entré dans le bureau un homme prétextant la recherche d’un dossier ! Visiblement cette manœuvre était destinée à observer la réaction du couple. Ne semblant pas convaincue par la réaction du couple, l’enquêtrice s’est alors permis de demander une fois seule avec Madame F, si cela ne l’a pas gêné. En tout état de cause, ce genre de provocation est indigne d’une administration qui se dit respectueuse de tous.

Le Collectif Contre l’Islamophobie en France

(Source: « Oumma » (France), le 22 juillet 2008)

Lien: http://www.oumma.com/Refus-d-octroi-de-la-nationalite

 

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