الأربعاء, 31 كانون1/ديسمبر 2008 06:00

8 ème année, N° 3144 du 31 decembre 2008

 

8 ème année, N° 3144 du 31.12.2008
 archives : www.tunisnews.net  
 
 
ALTT: La police agresse une défenseure des droits humains
AFP: Gaza: manifestations en Tunisie malgré l'interdiction de la police
Reuters: USA - Un juge refuse la libération de deux détenus (l’un d’eux est tunisien) de Guantanamo
AFP: Tunisie: plus de 100 millions d'euros en subvention de l'UE
Abdo Maalaoui: L’Obama de la Tunisie sera-t-il le Président de la République de Kacem ? Inconnu encore de la très grande majorité de tunisiens  ?
Alyssa : Les Carnets de Voyage de Alyssa : l’Iran, 30 ans après …
Le Monde: Point de vue  - La violence n'est pas une fatalité
Alain Gresh: Gaza, « choc et effroi »

 
Liste actualisée des signataires de l'initiative du Droit de Retour :
http://www.manfiyoun.net/fr/listfr.html

Celles et Ceux qui veulent signer cet appel sont invités à envoyer leur: Nom, Pays de résidence et Année de sortie de la Tunisie sur le mél de l'initiative :
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ASSOCIATION DE LUTTE CONTRE LA TORTURE EN TUNISIE
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الجـمـعـيـة الـتـونـسـيـة لـمـقـــــــــــــاومة الــــتــعــذيـــب

La police agresse une défenseure des droits humains

Ghezela M'hammdi, 30 ans, défenseure des droits humains, a été victime le mardi 23 décembre 2008 d'une agression policière qui lui a occasionné une double fracture de l'os nasal nécessitant, selon le médecin qui l'a examiné à l'hôpital régional de Gafsa, 30 jours de repos sauf complications.
L'agression a eu lieu dans l'enceinte même du siège du gouvernorat de Gafsa, quand la victime a été chassée par une équipe de policiers dirigée par Mohammed Youssfi chef de la police politique et quand Faker Fayala, chef du district de police de Gafsa, s'est jeté sur elle et l'a roué de coups de poing sur le visage et de coups de pied sur toutes les parties du corps.
Le seul tort de Ghezala M'hammdi est d'avoir demandé à rencontrer le gouverneur, autorité de tutelle, pour protester auprès de lui contre son licenciement de l'association de développement de Gafsa–Ksar d'une manière abusive.
Aujourd'hui, malgré les soins dont elle a bénéficié, la victime a informé que son état de santé se dégrade de plus en plus.
L'Association de lutte contre la torture en Tunisie :
Exprime son soutien à Ghezela M'hammdi et exige que les soins médicaux appropriés lui soient garantis.
Rappelle que ces agressions barbares continuent en Tunisie dans l'impunité totale.
Tient Faker Fayala personellement et les autorités pour responsables de tout ce qui peut atteindre la santé de Ghezala M'hammdi.
Appelle les autorités compétentes à ordonner une enquête afin que Faker Fayala et tous les responsables de cette agression soient traduits en justice.

Tunis le 30 décembre 2008
Pour l'association
La présidente
Radhia Nasraoui

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Pour contactez l'association : 97524669/ 98351584/ 21029582/ 98339960
Gaza: manifestations en Tunisie malgré l'interdiction de la police
 
AFP, le 30 décembre 2008 à 17h49

TUNIS, 30 déc 2008 (AFP) - Des avocats, des opposants et des syndicalistes ont bravé mardi en Tunisie l'interdiction de manifester pour exprimer leur colère contre les bombardements aériens d'Israël contre Gaza, a-t-on appris de sources
concordantes.
A l'appel de leur conseil de l'ordre, des centaines d'avocats, selon les organisateurs, sont sortis du palais de Justice de Tunis et parcouru quelques centaines de mètres avant d'être contenus par les forces de l'ordre.
Des slogans de solidarité à la gloire de Gaza ont été scandés et un drapeau israélien brûlé au milieu de la foule, ont indiqué des témoins à l'AFP. Les manifestants, en robes noires pour la plupart, ont été dispersés par la police.
Une autre manifestation, à l'appel du Parti démocratique Progressiste (PDP), a été bloquée par les forces de l'ordre, selon un responsable du parti.
"Nous avons appelé à une marche pacifique de protestation contre le massacre de Palestiniens à Gaza mais la police en force a empêché l'accès au lieu du rassemblement", a indiqué à l'AFP Maya Jribi, présidente du PDP.
Quelques dizaines de militants ont réussi à se regrouper devant le siège du parti, criant leur colère contre les raids israéliens et protestant contre l'interdiction de manifester. Ils ont provoqué quelques échauffourées avec la police.
Les manifestations de rue sont interdites de facto en Tunisie pour des raisons de sécurité et des renforts de police étaient visibles mardi à Tunis.
Des sources syndicales ont fait état d'actions de protestation dans plusieurs autres régions du pays, en particulier à Sfax (sud), Kasserine (ouest) et Kairouan (centre).
La Tunisie a condamné officiellement les bombardements lancés samedi par Israël sur la bande de Gaza, et qui ont fait au moins 360 morts et 1.700 blessés selon un bilan palestinien.

USA - Un juge refuse la libération de deux détenus (l’un d’eux est tunisien) de Guantanamo

 
Reuters, le 31 décembre 2008 à 02h10

WASHINGTON, 31 décembre (Reuters) - Un juge américain s'est opposé mardi à la libération de deux détenus de Guantanamo et a confirmé que le gouvernement américain avait le pouvoir de les maintenir en détention, un mois après avoir ordonné la remise en liberté de cinq autres prisonniers.

Le juge de district Richard Leon a estimé que le gouvernement américain avait produit suffisamment de preuves justifiant le maintien en détention du Yéménite Moath Hamza Ahmed Al Aloui et du Tunisien Hicham Sliti en tant qu'"ennemis
combattants" liés à Al Qaïda ou aux taliban.

Le gouvernement américain, qui a salué cette décision, accuse Aloui d'avoir été garde du corps d'Oussama ben Laden et d'avoir suivi un entraînement dans des camps d'Al Qaïda et des taliban. Aloui dément ces accusations.

Sliti rejette également les accusations portées contre lui, selon lesquelles il aurait aidé à former un groupe terroriste et aurait reçu un entraînement militaire dans un camp d'Al Qaïda.

Le mois dernier, Leon avait ordonné la libération de cinq Bosniaques d'origine algérienne retenus à Guantanamo, invoquant une insuffisance de preuves contre eux. Trois d'entre eux ont depuis regagné la Bosnie.

Le président élu Barack Obama a affirmé vouloir fermer le centre de détention de la base navale de Guantanamo, et le Pentagone étudie comment appliquer une telle mesure. Des procès ont cependant déjà été programmés pour une date postérieure à la prise de fonction d'Obama, le 20 janvier.

 

Tunisie: plus de 100 millions d'euros en subvention de l'UE
 
 

AFP, le 31 décembre 2008 à 16h54

TUNIS, 31 déc 2008 (AFP) - L'Union européenne (UE) a accordé à la Tunisie des subventions d'un montant global de 106 millions d'euros pour l'appui des secteurs économiques dits "stratégiques", a-t-on indiqué mercredi de source officielle à Tunis.
Un premier don de 30 millions d'euros servira à "la mise en place d'un système de gestion budgétaire par objectifs" et devrait permettre d'améliorer la gestion des finances publiques. Trente-trois millions d'euros accordés au Fonds tunisien de
dépollution industrielle devrait "bonifier une ligne de crédit" de l'Agence française de développement en faveur des entreprises, a-t-on ajouté.
Un autre don de 30 millions d'euros servira à renforcer les capacités institutionnelles pour une plus grande convergence les normes européennes.
Un quatrième subvention (10 millions d'euros) vise à "alléger un prêt accordé par la Banque européenne d'investissement (BEI) au Groupe chimique tunisien.
Octroyé au titre de la dite "facilité d'investissement voisinage (FIV)", le cinquième don d'un montant de trois millions d'euros, est une contribution à la réalisation de 19 stations d'épuration et 130 stations de pompage financée par la Banque de coopération allemande, a-t-on précisé de même source.
Les accords relatifs à ces subventions ont signés par le ministre du Développement et de la coopération internationale, Mohamed Nourri Jouini et le chef de la Délégation européenne à Tunis, Adrianus Koetsenruijter.
La Commission européenne a accordé au total plus d'um milliard
d'euros en subventions à l'économie tunisienne dans le cadre de
l'accord d'association et de libre-échange signé en 1995.
Le Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier
Voeux
A l’occasion du nouvel an 2009, le Comité vous présente ses meilleurs vœux de bonheur et de bonne santé. Il souhaite également à la classe ouvrière française en particulier, et au peuple français en général, de nouveaux acquis sociaux, économiques et politiques.
Tout en vous remerciant vivement pour votre solidarité militante avec la population et les détenus du bassin minier en Tunisie, nous comptons  beaucoup sur votre soutien à l’appel qui débutera le 13-01-2009.

Pour le Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier Massaoud Romdhani et Abderrahmène Hedhili
 

 

L’Obama de la Tunisie sera-t-il le Président de la République de Kacem ? Inconnu encore de la très grande majorité de tunisiens  ?

 

 

Abdo Maalaoui, Montréal / Canada

 

Suite au cri de cœur que j’ai lancé pour aider la région de Gafsa, publiés par  Tunisie Watch et Tunisnews, j’ai reçu un appel important du chef du cabinet de la Présidence de la République de Kacem qui m’avais informé que le Président de la République de Kacem voulait me voir en urgence.

 

Le Service de protocole de son Excellence s’occuperait de mon transport et tout ce qui s’en suit ! l’heure de la rencontre était gardée confidentielle, l’important est que je reste à la disposition de son Excellence toute la journée.

 

À l’heure H, j’ai reçu l’ordre de descendre immédiatement de chez moi. on m’informait qu’une voiture présidentielle m’attendait à la porte en avant de ma maison et qu’il était inutile de composer le 911 ou informer par Internet tout le réseau dormant que j’ai à ma disposition en cas de danger immédiat !!! J’ai vite compris que le Service de Sûreté Nationale de la République de Kacem est une mélange des anciens comploteurs.

 

L’unique alternative qui me restait est d’affronter ma destinée …J’ai pris place dans la voiture, je ne voulais pas poser de questions sur ma destination ! Est-ce que ça va être le paradis ou l’enfer !!! J’ai senti que le chauffeur a reçu l’ordre de changer et de camoufler son trajet, le temps est devenu très long.  J’ai commencé ma prière, j’ai compris que l’Apocalypse va se défoulé sur la terre !

 

Comme un éthéromane, j’ai décidé de parler à Dieu et de le rappeler que tout ce qu’ai fait dans le passé, est pour aider les pauvres et les miséreux, et surtout empêcher que des gens habilles et malveillants vident encore la caisse de la  Banque Centrale en la dénudant !

 

À certain moment, des agents m’ont ordonné de descendre vite malgré que le passage était extrêmement glissant ! On m’a fait rentrer dans un restaurant semblant à la caverne d’Ali Baba et les quarante voleurs, j’ai vite compris que c’est le quartier général du Président de la République de Kacem et ses serviteurs. Le lieu bourdonnait d’activités exécutées durant la noirceur. On m’a présenté à son Excellence le Président de la République de Kacem qui était entrain de manger son plat préféré qui est le «couscous diahry » ! Il m’avait invité avec sa voix grave de partager le repas de l’amitié. Mes oreilles n’ont pas cru, à ce que je viens d’entendre et de ce que son Excellence vient  de prononcer ?  

 

De go !!! Je viens de comprendre que je paniquais pour rien, au contraire, son Excellence le Président de la République de Kacem, malgré tout ce que j’ai entendu sur lui, il reste un homme généreux et serein! Après les présentations d’usage, il m’avait demandé, texto : Pourquoi l’opposition tunisienne ne l’a pas encore critiquée ? Après les centaines d’articles que j’ai écrit, il me demandait qu’il est temps de commencer de le juger et de s’acharner sur sa République projetée ! 

 

J’ai demandé à son Excellence s’il peut me parler un peu de sa République de Kacem, de son équipe, de sa mission, de ses objectifs, de ses programmes d’activités et de ses raisons ! Il m’a référé immédiatement à son blog : « la République de Kacem » qui est sous la tutelle de son Ministère de la Propagande et de la Désinformation.

 

Actuellement, il a un gouvernement fantôme dont les divers Ministères ont des bureaux secrets en Tunisie mais des bureaux officiels à l’étranger ! J’ai retenu quelques noms de Ministères de la souveraineté, tels que Mme Nasraoui, Ministre de l’Injustice et des Suspects, M. Moheddine Cherbib, Ministère des Prisons et des Exilés, Dr Amri El Sahbi remplace le Ministère de la Santé par le nouveau Ministre de la Maladie et des Torturés, l’actuelle directrice la Ligue des Femmes Démocrates sera Ministre de la Classe moyenne et de la Petite Bourgeoisie, etc… Il m’avait informé que bientôt les postes de Wallis devraient être élus comme les maires et les autres bandits !

 

À certain moment, je lui ai posé la question sur ce que sa République de Kacem apportait comme changement ? Son Excellence le Président de la République de Kacem m’avait informé qu’il abolira le Ministère de l’Intérieur pour voir comment il peut le remplacer par le Ministère de l’Amour Infini ! Il m’a annoncé aussi qu’il vient de visiter plusieurs pays surtout en Amérique Latine et les Caraïbes qui n’ont plus besoin d’armée et qu’il va remplacer ce « gros et gras » Ministère par un nouveau Ministère des Pompiers et des Tunisiens Stressés !!!

 

Je lui ai demandé de me parler des Élections 2009, il m’avait fait un scope, il m’a demandé de garder l’information  secrète seulement d’informer mes lecteurs « les opposants virilisants et les grandes gueules retranchés. Monsieur le Président de la République de Kacem  a négocié secrètement son soutien au Président de la République actuelle mais qu’après les prochaines élections il sera le futur Président de la République de Kacem parce qu’il compte changer le nom de la République de Tunisie par la République de Kacem en Tunisie. Il lance à tous les opposants de ne pas le soutenir dans sa lutte pour accéder au  pouvoir puisque l’entente officielle est déjà signée et paraphée, comme il l’a fait Poutine avec le nouveau Président actuel de la Russie !!!    

 

Il m’a promis qu’il créera un gouvernement mixte dont 90 % des postes seront réservés à tous les opportunistes, seulement 10% des postes resteront pour les «barbus et les foularés». Il m’a offert le poste de Ministre de la Pauvreté et de la Misère de Tunisie!

 

Pour fêter cette rencontre historique, il m’a offert un plat de «Mloukhiya» et il compte sur ma conviction de vieux opposant pour vous informer !!!

 

En rentrant chez moi complètement bouleverser et ému surtout que j’ai reçu la promesse d’accéder à un poste prestigieux celui de Ministre de la Misère et de la Pauvreté. Votre futur Président de la République de Kacem est un visionnaire, il ne veut aucun bien à la Tunisie. D’après les experts tunisiens et internationaux, ils trouvent que plus on vole la Tunisie plus cette dernière deviendra prospère ! La majorité des tunisiens sont membres du Système D sauf quelques ses mauvais « honnêtes citoyens » qui  représentent qu’une minorité. Ces derniers feront partie de futur Ministère de la Misère et de la Pauvreté.  Je sais que j’ai accumulé une longue et grande expertise internationale dans le domaine. Je suis certifie ISO et je possède un Ph.D – «Doctorat Es Misère» de l’Université de la Vie !!!

 

Par fidélité et la promesse que j’ai fait acte au Président de la République de Kacem que les prochaines fois, je vais le démolir et mettre toutes les activités de sa République de Kacem à nu !!! Ce que le Président de la République de Kacem voulait !  ceux et celles, aux tunisiens de l’intérieur et de l’extérieur qui espèrent à un haut poste pour remplacer un jour l’actuelle République de Tunisie, je vous informe que les places sont disponibles et que vous n’avez besoin d’aucun diplôme, seulement il suffit de devenir un Ex-RCD ! Par contre les membres du Parlement et du Sénat seront formés que par des opposants purs et durs pour garder en permanence les conflits afin que le futur Président de la République de Kacem puisse longtemps régner !!! Ohé ! Ohé ! Ohé !
 


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Les Carnets de Voyage de Alyssa : l’Iran, 30 ans après …
 
By Alyssa

Chers amis Nawaatiens,

Si je devais décrire l’Iran en peu de mots je dirais que tout le pays souffre, autant les hommes que les femmes que les enfants, d’une dépression collective. De tout le temps que j’y ai passé, plusieurs semaines en traversant le pays du sud au nord et d’est en ouest, je n’ai pas vu une seule fois des enfants jouer au football, des hommes jouer aux dominos ou aux échecs, pourtant une vieille pratique, des femmes rire de bon cœur.

Au pays des mollahs et des Ayatollah, je me suis trouvée face à des contradictions qui dépassent l’entendement. En tant que musulmane de tradition sunnite, j’ai pu mesurer à quel point certains peuvent dévier de la substance de la religion pour canaliser leur ardeur vers l’accaparement d’un pouvoir que Bani Umayya auraient usurpé aux héritiers légitimes de la maison du prophète, soit les descendants de Ali et Fatima, et établir ainsi une succession au trône par les liens du sang.
Je n’aborderai pas ici une question qui nécessite une plus profonde connaissance de l’Islam et de son histoire, du premier schisme, ni de la vision si ouverte et tolérante des Ismaélites, pourtant chiites eux aussi et dont je me sens proche dans leur approche spirituelle, mais les aberrations qui font fi du bon sens, et celles qui sont les conséquences d’une rigidité extrême qui a appelé un autre extrême.

La vengeance de Hussein

Meshhed, la ville sainte par excellence, car elle abiite le tombeau du dernier des Imams et descendant de Hussein (il y en a eu 12 chez les shiites iraniens) Mussa ibn Ali Al Reza. Ici on l’appelle Haram Mutahhar et on s’y rend en pèlerinage comme à La Mecque. Le tchador y est de rigueur et si vous avez un cheveu qui dépasse votre coiffe, des “policiers et policieres” zélés et armés d’un plumeau vous rappellent à l’ordre. Ici ce n’est pas “cachez moi donc ce sein” mais ce poil que je ne saurais voir. Partout dans les cours intérieures on trouve des réceptacles contenant la “turbet el Hussein” des morceaux de terre que j’avais pris pour des savonnettes! et que les shiites placent devant eux pendant la prière sur un petit napperon portant l’inscription “thaar al Hussein” -la vengeance de Hussein- et sur lequel on pose le front pendant le Sujud pour se rappeler la souffrance du martyr de Kerbala. Dans toutes les rues, des banderoles portent les messages de haine et de malédiction sur les assassins et leur descendance. Depuis sa naissance un enfant shiite est nourri par ce sentiment de haine et de désir de vengeance et de martyre. Leur slogan favori dit: “vis comme Ali et meurs comme Hussein”, et très souvent, le “ibriq” des ablutions quand on va aux toilettes porte le nom de Umar.

Jamais sans mes enfants

Dans le parc de Nobonyad à Tehran je fais la rencontre de Parvin qui prend des photos de sa fille. Je comprends tout de suite qu’elle vit à travers elle ses rêves refoulés. La petite Shirin est une vraie star, pas seulement par la beauté ou les habits derniers cri que sa mère va chercher à Dubaï, mais elle adopte toutes les pauses avec un naturel et une grâce déroutante. Parvin m’apprend qu’elle lutte depuis 6 ans pour divorcer sans succès. Auparavant elle vivait heureuse avec son mari et ses enfants tous nés à San Diego aux USA mais lorsque sa mère est diagnostiquée d’un cancer en stade avancé, la famille décide de revenir en Iran pour la voir avant sa mort. Après les obsèques elle aborde avec son mari la question de leur retour aux USA, mais depuis leur arrivée a Téhéran il a énormément changé, devenu pratiquant (il n’y a aucun mal à cela), mais veut que ses enfants grandissent dans un pays musulman. Il a pris possession des passeports des enfants et lui a dit qu’elle est libre de retourner toute seule aux USA. Il savait bien qu’elle ne partirait jamais sans ses enfants!

Parvin veut m’inviter chez elle, je lui demande d’obtenir la permission de son mari, nous échangeons nos numéros de téléphone et convenons de nous revoir dans l’après-midi. Elle vient me chercher et je fais la connaissance de sa famille. Je suis la bienvenue, parce que musulmane. Je reste plusieurs jours où nous passons notre temps entre shopping et “party” entre femmes, il n’y a pas d’autres distractions. Dans le salon de beauté où nous nous préparons pour fêter le divorce de Mehri, je fais la rencontre de plusieurs femmes dont les histoires sont aussi dramatiques: Mehwesh essaie de divorcer d’un mari polygame, mais sans succès, le juge lui avait dit que si son mari allait voir ailleurs c’est parce qu’elle n’était pas une bonne épouse! Sahar qui est fréquemment battue par son mari qui rentre ivre a aussi fait une demande de divorce, mais en vain, le juge lui a répondu que son mari était malade et que c’était son devoir de l’aider et non de l’abandonner, mais le juge avait pris contact avec elle en dehors de la cour et lui avait offert de faciliter son divorce si elle acceptait de lui accorder ses faveurs et coucher avec lui. Le malheur de la justice iranienne c’est que la fonction de magistrat est interdite aux femmes, elles ne peuvent être qu’avocates, mais pas juges. Alors comment Mehri avait-elle pu divorcer? Son mari se droguait et elle a dû prouver qu’il en devenait impuissant! Tout est affaire de sexe ici!

Le Mariage du plaisir

Une pratique moins courante que l’on croirait, car aucune famille normale ne consentirait à donner sa fille en mariage pour quelques semaines, quelques mois. La jeune fille elle-même ne rêve que d’un prince charmant qui serait a elle pour toujours. A l’origine, le but du mariage du plaisir était de prévenir que les veuves et divorcées souffrant de manque ne s’adonnent à la prostitution en attendant de retrouver un époux durable. J’ai même eu la chance de tomber sur un livre de loi ancien qui détaillait les devoirs de ce “père” temporaire qui épouserait une veuve avec enfants, puisque ceux d’une femme divorcée restent avec leur père. Dans l’Iran d’aujourd’hui, il n’y a que des veuves joyeuses : avec ce puritanisme forcé et ma foi d’apparence, elles sont tellement sollicitées que leur prix est exorbitant et seuls des hommes assez fortunés peuvent se les garantir. Sauf qu’aucune de ces femmes rencontrées ne souhaite convoler pour un mariage durable: pensez donc! elles peuvent accueillir tous les jeunes frustrés qui s’ils sont impécunieux ne manquent pas d’ardeur et sont plus généreux et plus gentils.

Tehran Underground

 Je sors un soir avec Rostam l’ainé des fils de Parvin, il me parle de son désir de retourner aux States et me dit: papa ne comprend rien à l’Islam. Si c’est juste une barbe et un tchador, accompagné d’une répression alors je ne veux pas être musulman! Nous attendions le bus avec d’autres jeunes dont un avait les cheveux longs. Un des pasdarans (gardiens de la révolution qui sillonnent les rues) lui avait demandé pourquoi il laissait pousser ses cheveux, ce dernier avait répondu que ça lui plaisait et qu’en tout cas ses cheveux étaient plus propres que la barbe de certains! Il a été frappé sauvagement avec une batte de baseball et embarqué au poste de police. Le malheur c’est que de tous ceux qui regardaient, surtout les adultes, personne n’était venu à son secours. Rostam est dégoûté par cette lâcheté aussi et me dit: “ceux qui pendant la Achura pleurent Hussein en se flagellant et se donnant des coups de sabre sur la tête sont tous des malades mentaux. Que peuvent-ils pour Hussein? Rien, il est mort depuis 1400 ans! mais ils peuvent faire quelque chose pour les nouveaux Hussein, nous, leurs propres enfants, et personne ne bouge! Tu veux savoir comment vit la jeunesse iranienne aujourd’hui? À Téhéran au moins? Comment on décompresse? les “X party” où on s’enferme pendant 2 jours et se défonce à l’ecstasy! Sinon on pète un câble ! Je lui demande s’il y a participé, il me dit oui, mais n’a pas touché à la drogue parce qu’il ne veut pas faire de la peine à sa mère. Nous buvons notre jus d’Anar (pommegrenade) puis il sort son portable et me dit: “tu peux voir quelque chose de vraiment hard? C’est pris pendant une X party” il me tend son portable, la vidéo montre des jeunes filles et garçons nus… Il me dit “ça se passe dans les sous-sols, on doit faire très attention à qui participe, on s’envoie les invitations via SMS avec des mots codés, mais le lieu est connu au dernier moment. On a peur de la délation, il y a eu beaucoup de descente de ces pasdarans, et on se retrouve en prison, quelqu’un vend la mèche alors on est plus prudent et ceux qui s’annoncent pour la fête sont orientés vers les gares puis on prend divers autobus et on va directement avec les guides et une fois sur place, on est tous enfermés, ainsi pas de mauvaises surprises. De toute façon, on n’est jamais trop nombreux dans un lieu, les parties se font dans différents endroits simultanément.

L’île de la tentation

Ici comme beaucoup ailleurs la virginité des filles est recherchée, mais l’explosion démographique que connaît le pays, le chômage et les effets de l’embargo aggravent la crise économique et les mariages sont coûteux. Ici comme ailleurs on veut bien être musulman mais on ne récite pas “mariez-vous pauvres, Dieu vous enrichira”. La frustration couplée à la répression ont jeté les jeunes dans les bras les uns des autres, et ceux qui ne succombent pas à l’homosexualité et qui sont légion d’ailleurs, filles comme garçons, donc ceux qui restent malgré tout hétérosexuels ne peuvent aller contre l’attraction des corps et se retrouvent secrètement sous les ponts, dans les parkings, dans les arrière-boutiques, et surtout sur l’île de Kish au large de Bandar-e-Magam dans le golfe persique ou l’autorité des mollahs ne les atteint pas. En dehors de son statut de zone franche où l’on fait du business, on y va aussi bien pour des “parties” qui n’ont rien à envier à Ibiza, pour s’approvisionner en contraceptifs, interdits sur le continent par les Mollahs qui prônent que la pilule est anti islamiques et sa prise est assimilée à un crime (ne tuez pas vos enfants par peur de la pauvreté, Dieu pourvoit a vos besoins et les leurs), on peut aussi s’y refaire une virginité ou se faire avorter. Mais dans l’île de Kish ne viennent pas que les Iraniens, on y trouve aussi beaucoup de jeunes des pays arabes environnants…

Caviar Connection

En route vers l’Azerbaïdjan, je fais halte dans la ville de Resht sur les bords de la mer Caspienne. Le lendemain je pars visiter les villages alentour et surtout voir la mer qui me manque depuis un long moment. Dans le village de Bandar Anzali se trouve le centre de production du Caviar. Je me renseigne pour en acheter un peu, mais c’est peine perdue. Le caviar est monopole de l’Etat et il n’y a pas un gramme en vente libre dans aucun supermarché. Il est disponible uniquement en duty free dans les aéroports. De toute façon, c’est trop cher pour les Iraniens; je me renseigne sur le prix, le meilleur ocyetr se vent a 320$ les 100 gr! Je décide de rebrousser chemin et m’arrête dans un petit café pour boire un the chaud. Là, un homme m’aborde et me demande si je suis toujours intéressée par la marchandise. Je le scrute puis fais oui de la tête. Il me dit avoir deux qualités: le russe en beluga et l’iranien en ocyetr, mais que ça se vend par boîte de 350 gr au minimum, il n’y a pas de 100 ou 200 gr. Je veux le meilleur. Il me demande de le suivre, nous embarquons dans sa voiture, il donne un coup de fil et nous roulons environ une demi-heure au nord, nous entrons dans une banque montons a l’étage, on ferme la porte. Le banquier m’accueille chaleureusement et me dit: ceci est une transaction privée, personne ne doit être au courant. Je lui dis que je comprends parfaitement. Il sort la calculette et me dit: vous demandez le meilleur, le prix est de 300$ par boîte de 350 gr, soit presque 4x moins que le prix officiel en duty free. Je dis OK mais veux tester. Pendant que l’autre homme va chercher la marchandise, je suis intriguée et demande au banquier pourquoi il fait ça. Il m’apprend qu’en tant que cadre il gagne l’équivalent de 250$ par mois. Comment voulez-vous payer une maison, entretenir une famille, offrir de bonnes études à vos enfants avec si peu? Avec un sourire il me dit: “si le gouvernement nous offre de meilleurs salaires, nous n’aurions pas à faire cela ; mais vu la situation nous sommes tous des trafiquants dans ce pays. Tout ce que vous voyez dans ici date du temps du Shah, alors où part l’argent du pétrole? C’est une mafia qui dirige le pays et les mollahs ne pensent qu’à s’enrichir, alors on fait ce qu’on peut pour survivre”!

Le caviar arrive, excellent, les dollars passent vers le banquier qui me tend sa carte de visite et me dit: “à votre service! quand vous voudrez, nous pouvons aussi vous fournir depuis l’étranger!”
Poignée de main, puis je quitte les lieux avec ma marchandise.

En rejoignant mon hôtel, il est déjà tard. Je me renseigne sur les transports pour Ardebil mais décide finalement d’aller vers Tabriz. Là j’insiste pour avoir un frigo dans ma chambre en expliquant que c’est pour mes médicaments, en fait c’est pour le caviar qui doit rester toujours au frais!
Trois jours après, je pars vers Arzinjan la frontière turque, en me posant la question si on va fouiller mes bagages. Après, le contrôle des frontières, un officier me demande d’avancer vers une table et me fait signe d’ouvrir ma valise. Je prends mon accent le plus british et me retourne vers un autre policier en lui disant : I need to go to the ladies’ room! could you please watch my luggage for a moment? Il m’indique les toilettes et me dit: Yes Madam.

Je reviens des toilettes et reprends mes bagages. Mon sympathique gardien me demande d’où je viens, feuillette mon passeport. L’autre agent, qui attend toujours, me demande d’avancer pour contrôler mes bagages, mais mon gardien le houspille et se tourne vers moi en souriant: It’s OK Madam you may leave. Will you come back to Iran? je reponds: Inch’Allah ! Il m’escorte jusqu’a la sortie pendant qu’un autre agent ouvre le portail juste ce qu’il faut, environ 1 mètre, pour me permettre de passer de l’autre côté. Cela fait drôlement penser à une porte de prison. En face c’est la police turque qui m’accueille avec une main tendue: Welcome to Turkiye! Dans mon cœur je crie YEEEEEES!

(Source : nawaat.org, le 28 décembre 2008)
Lien :
http://www.nawaat.org/portail/2008/12/28/les-carnets-de-voyage-de-alyssa-liran-30-ans-apres/
 

Point de vue
La violence n'est pas une fatalité
 

Des morts qui se comptent par centaines, les blessés peuplent les hôpitaux de Gaza et les mots encombrent les ondes et les images. Qu'elles maudissent, s'indignent, justifient, condamnent, appellent à la vengeance ou à la raison, ces pauvres paroles s'envolent au vent mauvais de l'inertie qui règne depuis des décennies.

La trêve est rompue, dit-on. Interruption momentanée d'une guerre chaude, voici ce que furent ces six mois où Gaza n'a cessé de survivre, l'existence de ses habitants étant enfouie dans ces tunnels qui charroient les biens nécessaires à la vie ou à la mort. Retour aux réalités les plus crues. On peut détester le Hamas et son refus affiché de l'existence de l'Etat d'Israël, on peut et on doit aussi rejeter cette violation assumée par tous de s'en prendre aux civils. Bref, on peut dénoncer une nouvelle fois l'engrenage de la violence et se livrer à la comptabilité minutieuse des responsabilités ou jeter l'anathème sur l'interlocuteur de demain.
En attendant les violences se poursuivent, ouvertes comme ces derniers jours, sournoises quand elles asphyxient tout un peuple déjà embastillé. Nous sommes envahis par la honte car rien n'était imprévisible et nous connaissons les remèdes à cette maladie qui ronge cette région du monde et déchaîne les passions partout ailleurs. Sommes-nous si irrésolus, si dénués de sens commun pour laisser faire ainsi ?
Ici et maintenant, au sein même de l'Union européenne, nous venons de conforter les autorités israéliennes en leur accordant un statut encore plus privilégié. La bonne conscience fera que l'on déversera quelques centaines de millions d'euros au bénéfice des Palestiniens, qui serviront à reconstruire ce que l'occupant aura détruit et que l'on recommencera encore et encore cet investissement sans fin et, surtout, sans dividendes. Comme si la paix, ou la guerre d'ailleurs, dépendait d'un argent qui dissimule l'impuissance. Pourtant jamais conflit ne connut de solutions plus évidentes ; des négociations de Taba, à l'initiative de Genève en passant par la proposition de paix de la Ligue arabe, à quelques détails près, tout est déjà écrit et les cartes n'attendent que d'être précisées. Mais pour faire vivre la paix autrement que sur du papier, il faut en terminer avec les faux équilibres. La politique israélienne n'a plus pour but d'assurer la sécurité de cet Etat.
Bien sûr, cette exigence est légitime et elle est toujours présente dans la pensée de ce peuple et de ses dirigeants. Mais aucune "raison de sécurité" ne peut justifier l'accaparement des terres palestiniennes, de l'eau et le refus de laisser la Cisjordanie et Gaza se développer. Le Hamas n'est plus qu'un alibi commode. Il y a longtemps que derrière le discours sécuritaire se cache, à peine, une volonté d'agrandir le territoire et de convaincre les Palestiniens de s'en aller. Au-delà de l'impératif éthique qui interdit de déposséder un peuple de son existence, il en va de la pérennité d'Israël.
Soit Israël admet enfin l'existence d'un Etat palestinien pleinement souverain et installé sur la totalité de la Cisjordanie et de Gaza, soit la sécurité d'Israël ne durera pas plus longtemps que sa puissance militaire, dont la guerre du Liban a commencé à montrer la relativité. Sont-ils bien conscients de l'avenir ceux et celles qui font de cet Etat le poste avancé du monde occidental ? Sont-ils bien conscients que chaque mort à Gaza, c'est un peu plus de haine aveugle contre le reste d'un monde jaugé à la dimension de ses mensonges et de son double discours ?
Sont-ils bien conscients que cette guerre permet aux régimes arabes de maintenir leurs peuples sous l'emprise de la dictature et de refuser toute évolution démocratique ? Il n'est plus utile de se lamenter, encore moins de faire des belligérants des fanatiques irréductibles alors que nous avons les moyens de mettre un terme à ce conflit.
Et l'Union européenne la première : qu'elle applique les accords passés, qu'elle change de politique et cesse de faire d'Israël son allié privilégié. C'est le seul moyen pour que le gouvernement israélien comprenne qu'il est un Etat comme les autres, avec ses droits mais aussi avec ses responsabilités. Alors, peut-être, la communauté internationale trouvera les ressources politiques nécessaires pour faire appliquer ce qui n'est jamais que le droit de chaque peuple à vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues. Pour les Palestiniens aussi.

Patrick Baudouin est président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).
Michel Tubiana est président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme (LDH).
 
(Source: "Le Monde" (Quotidien - france) le 31 decembre 2008)
 
 

Gaza, « choc et effroi »

par Alain Gresh
Samedi 27 décembre, l’aviation israélienne a mené des raids meurtriers contre Gaza. Selon les autorités israéliennes, les lieux visés étaient des centres de commandement du Hamas et de ses forces armées. Le bilan de cette journée s’élève à plus de 270 morts et plusieurs centaines de blessés. De nombreux civils ont été touchés, comme le rapporte le correspondant du New York Times à Gaza, Taghreed El-Khodary (« Israeli Attack Kills Scores Across Gaza ») :
« A l’hôpital de Shifa, de nombreux corps gisaient devant la morgue, attendant que leur famille vienne les identifier. Beaucoup étaient démembrés. A l’intérieur, la famille d’un bébé de cinq mois qui avait été grièvement blessé à la tête par un éclat d’obus. Débordé, le personnel de l’hôpital semblait incapable de fournir une aide. A la station de police de Gaza, au moins quinze agents de la circulation qui s’entraînaient ont été tués sur le coup. Tamer Kahrouf, 24 ans, un civil qui travaillait sur un site de construction à Jabaliya, dans le nord de Gaza, explique que ses deux frères et son oncle ont été tués sous ses yeux quand l’aviation israélienne a bombardé un poste de sécurité aux alentours. Kahrouf est blessé et saigne de la tête. »
Victime depuis plusieurs semaines d’un blocus total, Gaza (et ses médecins bien sûr) est dans l’impossibilité de soigner les blessés dans des conditions normales.
Le site Free Gaza a recueilli de nombreux témoignages d’étrangers et de Palestiniens sur place qui donnent une idée de l’ampleur des attaques.
Le Hamas a riposté en tirant plusieurs dizaines de roquettes sur Israël. Un Israélien a été tué et plusieurs ont été blessés à Netivot et Ashkelon.
Le dimanche 28 au matin, les agences de presse annonçaient que l’armée israélienne massait ses troupes terrestres autour de Gaza. Les bombardements avaient repris, les raids israéliens ayant cette fois touché notamment une mosquée et une station de télévision. Selon le ministre de la défense Ehoud Barack, il ne saurait être question d’un cessez-le-feu : « Il faut changer les règles du jeu » (« Israel resumes Gaza bombardment », Al Jazeera English, 28 décembre).
Vendredi, Israël avait de manière exceptionnelle rouvert brièvement trois points de passage et laissé passer plusieurs dizaines de camions. Selon un commentateur israélien qui défend le point de vue de son gouvernement, cette ouverture faisait partie d’actes de « diversion et de camouflage mis en place par le gouvernement ces derniers jours » pour prendre le Hamas par surprise. Le choix d’un jour de shabbat aussi. Le même commentateur, Ron Ben-Yishal, explique le 27 décembre sur le site Ynet la stratégie israélienne : « Shock Tretment in Gaza ».
« Ce qui a commencé à Gaza samedi matin est apparemment une action limitée visant à obtenir un cessez-le-feu à long terme entre le Hamas et Israël selon des termes favorables à Israël. Ces termes comprendraient la fin des attaques au mortier et à la roquette ; la fin des attaques terroristes à travers la frontière de Gaza ; des négociations sérieuses pour la libération de Gilad Shalit ; et un arrêt du renforcement militaire du Hamas.
Le moyen pour garantir les objectifs mentionnés est, littéralement, un “traitement de choc”. Ainsi, le Hamas ne sera plus capable d’être à l’initiative, et c’est Israël qui prendra l’initiative et montrera au Hamas qu’il répondra de manière “disproportionnée” chaque fois que les résidents du Negev occidental seront frappés. A ce stade, nous ne parlons pas de renverser le régime du Hamas, mais plutôt de formuler de nouvelles règles du jeu et d’un effort pour pousser le Hamas à accepter un nouveau cessez-le-feu. »

Sur le site en ligne du quotidien Haaretz, Amos Harel signe un commentaire intitulé « IAF strike on Gaza is Israel’s version of ’shock and awe’ ».
« Les événements le long du front sud qui ont commencé à 11h30 samedi matin ressemblent fort à une guerre entre Israël et le Hamas. Il est difficile de dire où (géographiquement) et pour combien de temps la violence va se poursuivre avant une intervention de la communauté internationale pour l’arrêt des hostilités. Toutefois, la salve d’ouverture israélienne n’est pas une opération “chirurgicale” ou une frappe limitée. C’est l’assaut le plus violent sur Gaza depuis que ce territoire a été conquis en 1967. »
Cette offensive se place aussi dans le cadre, si l’on peut dire, de la campagne électorale israélienne. Des élections générales auront lieu le 10 février 2009 et chacun des candidats fait de la surenchère. Même le parti de gauche Meretz a appelé, avant le déclenchement de l’attaque israélienne, à une action de l’armée [1]. En revanche, Gush Shalom, l’organisation d’Uri Avnery, a fermement condamné l’action israélienne et les soi-disant partisans de la paix, comme Amos Oz, qui la soutiennent. Rappelons qu’en février 1996, le premier ministre d’alors, Shimon Pérès, avait lancé une offensive contre le Liban (« Raisins de la colère ») – restée célèbre pour le massacre de Cana, une centaine de réfugiés libanais tués – dans l’espoir de gagner les élections qui se préparaient. Résultat : Benyamin Netanyahou avait remporté le scrutin et était devenu premier ministre. Samedi soir, un millier de personnes ont manifesté à Tel-Aviv contre les attaques israéliennes.
Il est intéressant de noter que les commentateurs israéliens, comme la plupart des commentateurs de la presse occidentale, omettent de signaler la raison la plus importante de l’échec du cessez-le-feu de six mois, qui a duré du 19 juin au 19 décembre. Comme nous l’a confirmé Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas la semaine dernière, l’accord comprenait, outre le cessez-le-feu, la levée du blocus de Gaza et un engagement de l’Egypte d’ouvrir le passage de Rafah. Or, non seulement Israël a violé l’accord de cessez-le-feu en lançant une attaque qui a tué plusieurs personnes le 4 novembre, mais les points de passage n’ont été rouverts que très partiellement, et le blocus s’est même renforcé ces dernières semaines. La population, qui était largement favorable à l’accord en juin, exige aujourd’hui une clarification : ou la guerre, ou l’ouverture inconditionnelle des points de passage et l’arrêt du chantage permanent qui permet à Israël d’affamer à petit feu (et de priver de soins) la population. Celle-ci ne s’y trompe pas, qui accuse Israël, ainsi que le rapporte le site d’Al-Jazeera en anglais : « Gazans : Israel violated the truce » (Mohammed Ali).
Le président Nicolas Sarkozy a réagi par un communiqué. « Le président de la République exprime sa plus vive préoccupation devant l’escalade de la violence dans le sud d’Israël et dans la bande de Gaza. Il condamne fermement les provocations irresponsables qui ont conduit à cette situation, ainsi que l’usage disproportionné de la force. Le président de la République déplore les importantes pertes civiles et exprime ses condoléances aux victimes innocentes et à leurs familles. Il demande l’arrêt immédiat des tirs de roquettes sur Israël ainsi que des bombardements israéliens sur Gaza, et il appelle les parties à la retenue. Il rappelle qu’il n’existe pas de solution militaire à Gaza et demande l’instauration d’une trêve durable. »
Dans un communiqué publié à la suite de son entretien avec Aboul Gheit, ministre égyptien des affaires étrangères, Bernard Kouchner a réitéré les mêmes positions, ajoutant toutefois que la France demandait « la réouverture des points de passage », un point ignoré par M. Sarkozy.
La sénatrice Nathalie Goulet, membre de l’Union centriste, membre de la commisssion des affaires étrangères, a publié la déclaration suivante : « Comme toujours, Israël fait un usage excessif de la force dans l’indifférence de la communauté internationale, qui laisse se dégrader la situation à Gaza depuis des mois et des mois. Il ne faut blâmer ni l’Iran ni le Hamas, mais l’inertie de la communauté internationale, le soutien sans faille de la politique américaine à Israël et l’intolérable “double standard” des organisations internationales. Israël viole depuis quarante ans des dizaines de résolutions onusiennes, sans embargo, sans sanctions et en toute impunité.
La situation est insupportable pour les habitants civils de Gaza depuis des années. La situation n’a fait que se dégrader, avec son cortège d’humiliations et une soif de vengeance. Œil pour œil rendra le monde aveugle, disait Gandhi. Cela fait trop, trop longtemps que nous sommes aveugles et sourds aux souffrances du peuple palestinien. »

Les attaques ont aussi suscité les habituelles condamnations des pays arabes. Une réunion urgente de la Ligue arabe devrait avoir lieu dimanche. L’Egypte a déclaré qu’elle tenait Israël pour responsable ; cette affirmation est peut-être une réponse à des informations de la presse israélienne affirmant que Le Caire aurait donné son feu vert à une opération limitée à Gaza visant à renverser le Hamas (« Report : Egypt won’t object to short IDF offensive in Gaza », par Avi Issacharoff, Haaretz, 25 décembre). Un autre article de Haaretz publié le 28 décembre, et qui décrit la campagne de désinformation du gouvernement israélien avant l’offensive contre Gaza, explique que Mme Livni, la ministre des affaires étrangères, avait informé le président Moubarak de l’attaque (« Disinformation, secrecy and lies : How the Gaza offensive came about », par Barak Ravid). La complicité du Caire est confirmée par un rapport de Y-net, « Egypt lays blame on Hamas », par Yitzhak Benhorin (27 décembre), qui reprend les déclarations du ministre égyptien des affaires étrangères Aboul Gheit, expliquant que son gouvernement avait prévenu le Hamas et que ceux qui n’avaient pas écouté ces mises en garde portaient la responsabilité de la situation (sur les raisons de la politique égyptienne, lire sur ce blog l’entretien avec Khaled Mechaal).
Dans ces conditions, il est douteux que ces condamnations arabes aboutissent à des résultats. La seule initiative spectaculaire et efficace que Le Caire pourrait prendre serait de rouvrir le point de passage de Rafah, ce qu’elle ne veut faire à aucun prix – pour l’instant, elle s’est contentée d’ouvrir le passage aux blessés palestiniens. Et, selon l’agence de presse Maan, aucun blessé ne s’est présenté, les médecins palestiniens affirmant que le transport des blessés graves est impossible, à moins que l’Egypte n’envoie des hélicoptères (« Not one Gazan at Rafah crossing despite Egyptian promise to treat wounded, country to send medical supplies instead », 27 décembre).
Au-delà du blocus, il faut rappeler que :
- le refus de la communauté internationale de reconnaître le résultat des élections législatives de janvier 2006, qui ont vu la victoire des candidats du Hamas, a contribué à l’escalade israélienne ; ainsi que le refus d’entériner réellement l’accord de la Mecque entre le Fatah et le Hamas ;
- l’Union européenne et la France en particulier, quelles que soient leurs prises de position, encouragent concrètement la politique israélienne, notamment en récompensant Israël par le rehaussement des relations entre Israël et l’Union européenne, malgré les violations répétées par Israël de tous ses engagements (diminution du nombre de check-points, démantèlement des colonies « illégales », etc.)
- enfin, rappelons cette vérité d’évidence trop souvent occultée : la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est sont maintenant occupés depuis plus de quarante ans. C’est cette occupation qui est la source de toutes les violences au Proche-Orient.
 

Notes

[1] « Leftist Meretz issues rare call for military action against Hamas », par Roni Singer-Heruti, Haaretz, 25 décembre.
 
(Source: Le blog "http://blog.mondediplo.net" dimanche 28 décembre 2008)
Lien: http://blog.mondediplo.net/2008-12-28-Gaza-choc-et-effroi
 

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