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Everyday, we contribute to a better information about our country, Tunisia

TUNISNEWS
11 ème année, N°4140 du 30.10.2011
archives : www.tunisnews.net
Luiza Toscane: Yosri Trigui risque une exécution imminente
Statement by Ennahdha Party Sidi Bouzid Branch
Mondher Sfar: Finie l'ère de la méfiance. - Tous ensemble pour édifier une Tunisie fraternelle
Le Parisien: Tunisie : retour au calme à Sidi Bouzid, tractations à Tunis
Lien: Les priorités politiques du nouvel homme fort de Tunisie
Le Figaro: Tunisie: l'Iran félicite le parti Ennahda
L'expression: Tunisie:analystes et chercheurs tunisiens unanimes à déclarer le caractère démocratique des élections de l'assemblée constituante
Gnet: Tunisie, G. Gray accorde un préjugé favorable au prochain gouvernement
WMC: Tunisie - Bourse: Ennahdha s'engage à améliorer le climat des affaires
Contrepoints: Entre Islam et Liberté : une conversation avec Habib Sayah sur la nouvelle Tunisie
Tekiano: Tunisie-Elections : Plus de 6000 cas d’irrégularités
Yosri Trigui risque une exécution imminente

Cinquante trois personnes risquent d'être exécutées à tout moment en Irak. Yosri Trigui, dont vous avez suivi le parcours et pour lequel vous vous êtes déjà mobilisé, pourrait faire partie de ce groupe.
Pour le sauver, et pour sauver TOUS LES AUTRES, merci de faire circuler et de signer l'appel d'Amnesty International
Luiza Toscane
Document - Irak. 53 personnes risquent d'être exécutées à tout instant en Irak
AU 311/11, MDE 14/041/2011 Irak 21 octobre 2011
ACTION URGENTE
53 PERSONNES RISQUENT D'ÊTRE EXÉCUTÉES à tout instant EN IRAK
La présidence irakienne a ratifié le 20 octobre le s condamnation s à mort de 53 personnes , dont cinq étrangers . Les condamnés ris quent d'être exécutés à tout moment.
Le secrétaire général du Collège présidentiel irakien, Nassir al Ani, a déclaré à la presse irakienne le 20 octobre que la présidence avait ratifié les condamnations à mort de 53 personnes, dont cinq étrangers. Il n'a pas fourni d'informations plus précises concernant les dates prévues pour les exécutions, les charges pour lesquelles les condamnations ont été prononcées, l'identité des intéressés ou la nationalité de ceux qui ne sont pas irakiens.
Seul le président irakien, Jalal Talabani, et ses deux vice-présidents, Tareq al Hashemi et Khudayr al Khuzaie, ont le pouvoir de ratifier des sentences capitales. Jalal Talabani a refusé dans le passé de ratifier les condamnations à mort. Toutefois, il a délégué son pouvoir de ratification à ses deux vice-présidents. C'est pourquoi les exécutions se poursuivent malgré son engagement personnel en faveur de l'abolition de la peine de mort. Lorsqu'une condamnation à mort est confirmée par la Cour de cassation, elle est soumise au Collège présidentiel pour ratification avant application. Maintenant que le Collège présidentiel a entériné les condamnations, les exécutions peuvent intervenir à tout moment.
Selon certaines informations, le porte-parole du Haut Conseil judiciaire, Abdelssattar Birakdar, a déclaré en septembre que 338 condamnations à mort avaient été prononcées et que trois exécutions avaient eu lieu depuis le début de l'année 2011.
La peine de mort a été suspendue pendant un certain temps en Irak à la suite de l'invasion du pays par la coalition menée par les États-Unis. Elle a été rétablie en août 2004. Depuis lors, plusieurs centaines de personnes ont été condamnées à mort et de nombreuses exécutions ont eu lieu. Amnesty International estime que la peine capitale est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit, et qu'elle constitue une violation du droit à la vie.
Dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après, en arabe ou en anglais :
demandez aux autorités irakiennes de ne pas procéder à l'exécution des 53 personnes dont la condamnation à la peine capitale a été ratifiée et de prononcer un moratoire immédiat sur ces sentences ;
demandez-leur de commuer toutes les condamnations à mort dans le pays ;
dites que vous reconnaissez que les États ont l'obligation de traduire en justice les responsables présumés de graves infractions, mais soulignez que la peine capitale constitue une violation du droit à la vie, ainsi que le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit, et ne doit pas être appliquée même pour les crimes les plus graves.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 2 DÉCEMBRE 2011 À :
Premier Ministre
Nuri Kamil al-Maliki Convention Centre (Qasr al-Ma'aridh)
Baghdad Irak
Formule d ' appel : Your Excellency, / Monsieur le Pr emier Ministre ,
Président :
Jalal Talabani
Convention Centre (Qasr al-Ma'aridh) Baghdad Irak
Formule d ' appel : Your Excellency, / Monsieur le Président,
Copies à :
Ministre des Droits humains
Mohammad Shayaa al Sudani
Convention Centre (Qasr al-Ma'aridh) Baghdad Irak
Formule d ' appel : Your Excellency, / Monsieur le Ministre,
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de l'Irak. (adresse(s) à compléter) :
Nom(s), adresse(s), numéro de fax, courriel, formule d'appel
Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
Noms : Inconnus Genre h/f : Inconnu
AU 311/11, MDE 14/041/2011 21 octobre 2011
 
Statement by Ennahdha Party Sidi Bouzid Branch

Following the sad events in Sidi Bouzid, we wish to clarify that:
1. We stand with the people of this region which had a pioneering role in igniting the flame of the revolution of 17 December 2010, against the defamatory campaigns on social networks and in some media against this heroic region and its people.
2. We respect the right to peaceful protest in all circumstances.
3. We stress the Party's rejection of all allegations which some tried to attribute to some of its leaders and deny the baseless fabricated statements undermining the dignity of Sidi Bouzid.
4. We believe the enemies of the revolution have seized the opportunity to drag the region into a wave of violence, after elections which the world has described as free and fair.
5. We condemn all forms of violence and vandalism, attacks on private and public properties and all attempts at spreading chaos and sinister rumours.
6. We call on all the region's sons and daughters to be vigilant and aware of the plots against the gains of the revolution and to work together for the success of the democratic process.
7. We call on all civil society actors and all political parties to assume responsibility towards current events.
Ennahdha Party Sidi Bouzid Branch

 
Finie l'ère de la méfiance.
Tous ensemble pour édifier une Tunisie fraternelle

par Mondher Sfar, Paris.
Un certain nombre de mes compatriotes m'ont fait part de leur desarroi devant le score impressionnant obtenu par le Parti Ennahda aux élections de l'Assemblée constituante. Je voudrais leur dire ici que ces appréhensions, si elles sont compréhensibles, sont toutefois injustifiées.
C'est mon devoir aujourd'hui de dire la vérité à mes compatriotes et leur apporter mon témoignage et ma réflexion en ce moment décisif de notre histoire.
J'ai connu les militants d'Ennahda durant mes 19 ans d'exil en France, et je peux dire que la Tunisie peut être fière d'eux. Je suis agnostique et j'ai publié deux ouvrages d'histoire et d'anthropologie sur le Coran, et j'affirme que je n'ai trouvé auprès d'eux que respect et compréhension pour ce que j'ai écrit, contrairement aux militants de mon bord ! Le long exil que nous autres avons tous connu ensemble, religieux ou laïques, a été pour nous une chance pour mieux nous connaître, nous rapprocher. Avec le temps nous avons mûri. Nous nous sommes débarrassés des jugements tranchés que nous portions les uns sur les autres, sur nos idées et nos personnes. C'est pour cette raison que nos compatriotes de Tunisie réagissent aujourd'hui avec tant de perplexité et d'appréhension. Ils n'ont pas connu l'expérience que nous avions connue dans l'exil. C'est pourquoi je voudrais les rassurer et leur dire qu'ils seront surpris par ces hommes et ces femmes admirables qui sont la fierté de notre pays.
Mais au-delà de ce considérations, il y a un second motif pour envisager notre avenir avec confiance et optimisme. Ce motif, c'est notre Révolution que nous avons peut-être trop oubliée sur la foulée de ces dernières élections. Eh oui chers frères et compatriotes, notre pays a fait une Révolution et qu'aujourd'hui, grâce au sacrifice de notre jeunesse, nous pouvons dire avec fierté que nous sommes libres et que nous avons redécouvert la solidarité et la fraternité entre nous. Le Tunisien après la 14 janvier ne ressemblera plus jamais à ce que nous étions avant cette date. Alors cessons d'avoir peur de nous-mêmes. Nous allons édifier la vraie Tunisie, celle qu'ont rêvée nos parents qui ont lutté contre le colonialisme, mais que les dictateurs ont ravie à leur peuple.
Cette vraie Tunisie, oeuvre du sacrifice de ses enfants, personne au monde ne pourra plus nous la confisquer, parce que nous sommes devenus tous maîtres chez nous, et que la Tunisie est devenue la patrie de tous ceux qui l'aiment, toutes catégories sociales confondues, et avec tous ses courants de pensée. La Tunisie rêvée par nos parents est devenue réalité. Oeuvrons tous ensemble pour soigner ses blessures, et la préserver pour les générations futures.
Mondher Sfar
Paris – le samedi 29 octobre 2011
Tunisie : retour au calme à Sidi Bouzid, tractations à Tunis

Malgré un retour à la normale, à Sidi Bouzid, samedi, le ministère de l'Intérieur tunisien a maintenu le couvre-feu pour une durée indéterminée après deux jours de violences post-électorales. Jeudi soir, cette ville berceau de la révolution tunisienne a été le cadre de manifestations, après l'annonce de la large victoire d'Ennahda à l'élection de l'Assemblée constituante le 23 octobre et l'invalidation du succès de listes locales.
Plusieurs milliers de contestataires ont attaqué et pillé des bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, le tribunal et le siège d'Ennahda. Un couvre-feu a alors été décrété pour ramener le calme.
C'est à Sidi Bouzid que la mort d'un vendeur ambulant, en décembre 2010, avait provoqué l'insurrection qui fit chuter contre un mois plus tard le régime du président Zine El Abidine Ben Ali.
Foule au marché du samedi
Samedi matin, la population de la ville et de la région se pressait comme d'habitude au grand marché hebdomadaire. Des équipes d'hommes, dont des militaires, procédaient au nettoyage des édifices vandalisés alors que les terrasses des cafés se remplissaient de monde. Quelques blindés stationnaient cependant encore aux abords du commissariat et du gouvernorat tandis que les lycées et collèges sont demeurés fermés. Les troubles des dernières 48 heures n'ont fait aucune victime selon le ministère.
Les violences de jeudi soir répondaient à l'invalidation par la commission électorale de six des listes de La pétition populaire, arrivée en tête notamment dans la circonscription de Sidi Bouzid. Vendredi soir, le millionnaire Hechmi Haamdi, qui est à la tête de La pétition populaire, avait appelé la population locale au calme lors d'une intervention sur la chaine de télévision Hannibal. Selon plusieurs journaux tunisiens, des nostalgiques de l'ancien président Ben Ali auraient cherché à attiser le mécontentement de la population de cette ville économiquement déshéritée.
Pas de retrait de la Pétition populaire
Interrogé à Londres où il réside, l'homme d'affaires tunisien, originaire de Sid Bouzid, nie avoir été lui-même un proche du régime déchu. Fort des 19 sièges obtenus par la Pétition populaire sur les 217 de la nouvelle Assemblée constituante, Hechmi Haamdi est revenu sur sa décision de se retirer du jeu politique. Il a proposé la mise en place d'une médiation pour renouer le dialogue avec les nouvelles autorités.
A Tunis, les islamistes d'Ennahda, vainqueurs de l'élection, s'activent en effet à mettre en place un gouvernement d'union nationale avec les formations politiques, essentiellement de gauche, les mieux représentées au sein de l'assemblée issue de l'élection. Les islamistes souhaitent aller très vite, en installant le nouvel éxécutif d'ici un mois, et insistent sur leur volonté de dialogue. «Nous respectons la volonté du peuple et toute liste qui a remporté des sièges, qu'elle soit indépendante ou partisane, mérite le respect», a déclaré vendredi le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi. Une réponse à ceux qui s'inquiètent des conséquences de la victoire des islamistes pour la démocratie et les droits des femmes.
Source: "Le Parisien" Le 29-10-2011
Les priorités politiques du nouvel homme fort de Tunisie

| 28.10.11 | 12h31 • Mis à jour le 28.10.11 | 12h56
Tunis, Envoyée spéciale - Agé de 60 ans, Rached Ghannouchi, de son vrai nom Rached Kheriji, qui fut étudiant à la Sorbonne en France, a cofondé au début des années 1980 le Mouvement de la tendance islamique (MIT) qui prendra plus tard le nom d'Ennahda ("renaissance"). Condamné à la prison à perpétuité, il s'exile d'abord à Alger, avant de s'installer en 1991 dans la banlieue de Londres. Le 30 janvier 2011, il est revenu en Tunisie. Son parti a remporté les premières élections libres de Tunisie. Le Monde l'a rencontré à Tunis quelques heures avant l'annonce des résultats définitifs, jeudi 27 octobre.
Vous avez été absent pendant vingt-deux ans de Tunis. A quoi attribuez-vous le succès d'Ennahda aux élections de l'Assemblée constituante ?
C'est le résultat naturel de la résistance de nos militants et aussi le fruit de la fidélité du peuple tunisien. Ben Ali a échoué à détruire la mémoire des Tunisiens. Cela prouve que, malgré notre absence qui a duré vingt-quatre ans et malgré la machine médiatique et policière qui a essayé de nous anéantir, la volonté populaire est plus forte.
Vous insistez sur la question identitaire, arabo-musulmane, tandis que le secrétaire général du parti, M. Jebali, déclare que les minorités chrétiennes et juives trouveront toute leur place en Tunisie. Y a-t-il un partage des rôles entre vous ?
Il n'y a pas de contradiction. La diversité religieuse n'est pas nouvelle dans le monde musulman où se trouvent les lieux de culte les plus anciens. La synagogue de Djerba a plus de 3000 ans, et certaines religions n'existent qu'en Irak, par exemple. Dans l'histoire des musulmans, nous avons connu des guerres politiques, pas de religion.
Le bureau de liaison avec Israël, à Tunis, restera-t-il fermé ?
Ce sera au gouvernement de décider. Mais nous sommes contre toute normalisation des relations avec Israël car c'est un Etat d'occupation qui n'a même pas pu trouver un accord avec l'OLP [Organisation de libération de la Palestine], les plus modérés, ni avec Arafat, ni avec Abou Mazen.
Vous voulez une coalition la plus large possible pour gouverner, mais existe-t-il cependant des partis, laïcs, avec lesquels vous ne voulez pas vous associer, des lignes rouges, pour vous, de désaccord ?
Nous sommes prêts à une coalition avec tous les partis qui ont été dans l'opposition à Ben Ali, peu importe leur idéologie. Nous pouvons discuter de tout. Mais nous excluons Hachemi Hamdi parce qu'il a été un allié de la dictature.
Réformerez-vous le code du statut personnel qui protège les femmes tunisiennes ?
Non, nous n'y toucherons pas. Nous pourrions même consolider les acquis de la femme, par exemple sur l'inégalité des salaires, ou sur la création de crèches sur le lieu de travail. Il y a aussi beaucoup de harcèlement sexuel. Nous voulons nous occuper de cela.
Quelles sont vos priorités en matière d'éducation ?
La priorité, aujourd'hui, ce ne sont pas les questions culturelles, qui prennent beaucoup de temps, mais les questions économiques et sociales. Nous n'avons qu'un an devant nous avant d'être de nouveau devant les urnes, et alors les Tunisiens nous demanderont des comptes. Nous voulons nous concentrer sur les questions qui ont un impact immédiat sur les citoyens comme la sécurité, le développement, assurer la stabilité, réformer la justice, et poursuivre les affaires de corruption en y mettant fin sous toutes ses formes.
Comment allez-vous gérer votre base, qui est parfois plus radicale et composer avec les salafistes ?
Il n'y a aucune preuve que la base d'Ennahda soit plus radicale que la direction. Si c'était le cas, cela se serait vu : la direction aurait changé lors des congrès. Cette accusation vient de nos adversaires politiques qui ont aussi utilisé, durant la campagne électorale, l'argument du double langage sans la moindre preuve.
S'agissant des salafistes, ils sont là. Nous avons quelques débats avec eux afin qu'ils changent leur vision de l'islam, comme le fait de dire que la démocratie est "haram" [interdite] ou "kafir" [mécréante]. Beaucoup d'entre eux n'ont pas voté. Nous, nous pensons qu'il n'y a aucune contradiction entre l'islam et la démocratie, l'islam et la modernité, l'islam et l'égalité des sexes. Les salafistes ont le droit d'avoir leur opinion. Même si elle n'est pas bonne, l'Etat n'a pas à s'en mêler, sauf s'ils commettent des violences.
Au lendemain du scrutin, vos partisans chantaient "république islamique" devant votre siège. Est-ce votre but, établir une république islamique ?
Nous sommes déjà selon l'article1 de l'actuelle Constitution un état musulman dont la religion est l'islam. Nous n'avons pas besoin de l'importer. Cet article fait aujourd'hui consensus dans tous les partis, nous ne voulons rien ajouter, rien retrancher. Tous les Tunisiens s'accordent sur leur identité arabo-musulmane.
Vous citez souvent le modèle turc de l'AKP [Parti pour la justice et le développement], mais la Turquie dispose de solides contre-pouvoirs avec l'armée notamment…
Il y a dix minutes, Recep Tayyip Erdogan m'a appelé pour me féliciter. Ici, tous les partis ne seront pas au gouvernement, il y aura aussi une opposition. Mais nous nous dirigeons vers un consensus de toutes les forces nationales afin de réussir cette nouvelle étape en Tunisie.
Qu'y a-t-il de religieux dans votre programme et, demain, dans votre gouvernance ?
Ce sont les valeurs islamiques basées sur l'égalité, la fraternité, la confiance et l'honnêteté. Ces valeurs-là sont l'essence de la charia et celle-ci n'a jamais quitté la Tunisie. La loi tunisienne en est en grande partie inspirée, surtout le code civil et le code du statut personnel. Même la partie importée de France, Napoléon l'a empruntée à la jurisprudence malékite…
Le ministre des affaires étrangères Alain Juppé a déclaré que les aides de la France seraient conditionnées à la question des droits de l'homme. Comment réagissez-vous ?
Nous n'avons pas besoin d'une telle parole pour respecter les droits de l'homme. Cela fait partie de nos valeurs et de notre religion, et les Tunisiens n'acceptent pas les aides conditionnées. Dans les accords entre Ben Ali et l'Union européenne figurait le respect des droits de l'homme, mais l'Europe a fermé les yeux. Nous souhaitons qu'elle les garde désormais bien ouverts…
Quel sera le rôle du nouveau président de la République ?
L'Assemblée constituante le désignera, il aura des pouvoirs importants, mais symboliques, comme ceux de l'actuel, Fouad Mebazaa. C'est un sujet de discussion avec nos partenaires.
Vous avez déclaré que vous ne briguiez aucun poste. Comment envisagez-vous votre rôle ?
Je me trouve beaucoup mieux dans l'univers de la pensée que dans celui de la politique. Ce qui m'intéresse, c'est de voir la Tunisie développer une démocratie qui marie l'islam et la modernité. Je serai très heureux quand je verrai cela. Je suis vice-président de l'organisation mondiale des savants musulmans, et s'il ne me reste plus à rien à faire en Tunisie, le monde musulman est vaste…
Propos recueillis par Isabelle Mandraud
(Source: lemonde.fr le 28 octobre 2011)
Tunisie: l'Iran félicite le parti Ennahda

Le ministre des Affaires étrangères iranien, Ali Akbar Salehi, a félicité le parti islamiste Ennahda, arrivé en tête des élections en Tunisie, et dit espérer que des relations seraient "bientôt" établies entre les responsables des deux pays.
"Nous félicitons Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda, et souhaitons le succès à la nation tunisienne", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Téhéran, a rapporté l'agence de presse officielle Irna. M. Salehi a dit aussi espérer que les responsables des deux pays se rendraient "bientôt" visite, selon la même source.
Le parti islamiste a remporté les élections du 23 octobre en Tunisie avec 41,47% des sièges, neuf mois après la chute de l'ex-président Ben Ali. Il dispose de 90 élus sur 217 au sein de la nouvelle Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution et de désigner ou élire un nouveau président de la République.
Source:"Le Figaro" Le 29-10-2011
Tunisie:analystes et chercheurs tunisiens unanimes à déclarer le caractère démocratique des élections de l'assemblée constituante

Les élections de l'assemblée constituante tunisienne ne cessent de polariser l'attention de nombreux chercheurs et analystes tunisiens qui ont déclaré unanimement le caractère démocratique de ce scrutin et son impact sur le futur paysage politique du pays.
Au delà du perdant et du gagnant, les dernières élections en Tunisie étaient culturelles et non politiques, a estimé Dr Mohamed Jouili, chercheur en sociologie à l'université de Tunis.
En se rendant en masse aux urnes, a-t-il ajouté, les électeurs ont voulu répondre à la question de l'identité à travers le conflit entre modernistes et islamistes. Estimant que leur identité était désormais en péril, les électeurs ont donné leur voix sur la base de cette équation, a-t-il, précisé.
Bien que déterminé à abolir de manière irréversible le legs hégémoniste de l'ancien régime, l'électeur tunisien n'a pas, selon le sociologue, voté sur les programmes politiques présentés par les formations politiques car tous les partis ont quasiment présenté les mêmes programmes et les fait les mêmes promesses.
L'électeur tunisien, a-t-il affirmé, a voté d'un point de vue strictement culturel ne prenant pas en considération la donne politique, sa préoccupation étant éminemment culturelle, de l'avis du Dr Jouili.
Les électeurs ont choisi leurs représentants du parti Ennahda car ce dernier répond à leurs préoccupations culturelles, à leur identité et à leur appartenance civilisationnelle.
L'historien tunisien Abdeldjalil Temimi s'est dit optimiste quant à l'entente politique entre Ennahda islamiste, le parti «le congrès pour la République» et le parti «Etakatol» dans le but de créer des perspectives futures pour la Tunisie à condition de ne pas exclure les autres partis qui avaient souffert sous le régime dictatorial ni les énergies agissantes du pays.
De son côté, le chercheur à l’université de Tunis Dr Moncef Ounes considère comme important l'établissement d'une relation consensuelle entre les partis qui étaient en bonne position dans le dernier scrutin pour faire face aux défis qui se présentent à la Tunisie et qu'un parti seul ne peut affronter.
Le nombre important de partis en Tunisie, a-t-il souligné, ne constitue pas un problème car une partie d'entre eux cessera systématiquement. Le plus important, a-t-il dit, est que les prochaines élections présidentielle, législatives et communales révéleront des partis qui ont de véritables projets et programmes.
Source: "L'expression" Le 29-10-2011
Lien: http://www.lexpressiondz.com/linformation_en_continue/141804-tunisie-analystes-et-chercheurs-tunisiens-unanimes-a-declarer-le-caractere-democratique-des-elections-de-l-039-assemblee-constituante.html
Tunisie, G. Gray accorde un préjugé favorable au prochain gouvernement

Manifestement incapable de se libérer de ses réflexes d’ancien colonisateur, et oubliant le blanc-seing qu’elle avait toujours accordé à l’ancien régime, la France a lancé une mise en garde à peine voilée aux gagnants des élections du 23 octobre, en annonçant qu’elle conditionnera sa future aide à la Tunisie au respect des droits de l’Homme et de la démocratie. Les Etats-Unis, eux, se démarquent de la position de leur allié, et annoncent qu’ils n’émettent pas de conditions préalables à leurs relations avec le prochain gouvernement issu des urnes. Tout en s’abstenant de commenter la position française, Gordon Gray dit que son pays "travaillera avec le prochain gouvernement tunisien démocratique, quelque soit sa composition". "Si nous avons des désaccords ou des inquiétudes, nous parlons avec le gouvernement, nous échangeons les points de vue, mais cela ne veut pas dire que nous émettons des conditions", a déclaré vendredi l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis, lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’ambassade.
"Les Etats-Unis soutiennent un processus démocratique transparent, nous n’avons soutenu aucun candidat, aucune liste. Les élections se sont déroulées d’une manière transparente. Le vrai travail commence maintenant, nous voulons soutenir le prochain gouvernement pour répondre aux aspirations du peuple tunisien", a-t-il relevé.
"Le peuple tunisien a parlé très clairement et très fort en faveur d’un avenir démocratique. Nous sommes confiants qu’il est capable d’avancer dans ce processus, il veut avoir un gouvernement démocratique dans le cadre du respect des droits de l’homme", a-t-il souligné.
Au sujet de la candidature de Hamadi Jebali, SG d’Ennahdha, au poste de Premier ministre dans le prochain gouvernement de Coalition, Gordon Gray a martelé que "les Etats-Unis soutiennent un processus et non un candidat", estimant normal que le SG d’un parti qui a gagné la majorité des sièges veut diriger le gouvernement. "Ce n’est pas une surprise que Hamadi Jebali aspire à devenir Premier ministre. C’est ce qui se passe dans les régimes parlementaires, à l'instar de la Grande Bretagne, lorsque Cameron a obtenu la majorité, la reine l’a chargé de former un gouvernement", a-t-il laissé entendre, affirmant que "les Etats-Unis souhaitent travailler avec des personnes choisies par la majorité du peuple tunisien pour former l’assemblée constituante".
Et de renchérir : "cette histoire de personnes n’intéresse pas le Tunisien moyen, peu importe pour lui, qui gagne et qui perd les élections, ce qui le préoccupe c’est sa poche ; c’est l’état de l’économie. Le prochain premier ministre doit faire des efforts pour relever les défis économiques et répondre aux attentes de la population. Les Etats unis veulent apporter leur assistance dans ce domaine".
Il a annonça la visite lundi prochain d’une délégation de 13 entrepreneurs américains. Par aillerus, le département d’Etat américain va accueillir le 15 novembre une conférence sur le tourisme et l’investissement en Tunisie avec la participation de Tunisiens, dont la diaspora vivant aux USA. Cette conférence va examiner trois domaines à savoir le tourisme, les technologies de l’information et la franchise. Les Etats-Unis vont participer, également, au salon sur franchise qui se tiendra du 7 au 9 décembre à Tunis.
Gordon Gray a confirmé avoir rencontré les dirigeants des grands partis, et le Premier ministre avant les élections, mais il a refusé de dévoiler la teneur de ces réunions, indiquant qu’elles ont porté sur les élections et les problèmes auxquels fait face la Tunisie. "Nous avons des relations avec plusieurs partis politiques, et des contacts avec leurs leaders, pour les écouter".
De l’aveu de Gordon Gray, les élections constituent "une réalisation historique" du peuple tunisien. " J’ai visite les bureaux de vote et j’ai aperçu beaucoup d’enthousiasme et des files d’attente bien ordonnées ; dans un sentiment patriotique de fierté. Après la fermeture des urnes, le Président Obama a félicité le peuple tunisien, a-t-il rappelé, attestant de la crédibilité et de la transparence des élections.
Les 50 observateurs de l’ambassade ainsi que ceux du centre Carter, du National Democratic Institute (NDI), et d’autres organisations "ont tous émis des rapports, ils ont relevé quelques irrégularités mais ont dit que les choses se son déroulées correctement. Aucune élection dans le monde n’est parfaite, même aux Etats-Unis, il y a quelques fraudes", a-t-il admis.
Le diplomate américain a refusé de commenter la situation en Libye et en Egypte mais estime que ces trois pays (NDLR : y compris la Tunisie) sont différents l'un de l'autre. "J’espère que la Libye et l’Egypte auront un processus électoral aussi démocratique, libre et crédible qu’en Tunisie".
Source:"GlobalNet" Le 29-10-2011
Tunisie - Bourse: Ennahdha s'engage à améliorer le climat des affaires

Une délégation de responsables du Mouvement Ennahdha, présidée par Monsieur Hamadi JEBALI, Secrétaire Général, a visité le jeudi 27 octobre 2011 le siège de la Bourse de Tunis pour une rencontre avec l’équipe dirigeante et des administrateurs de la Bourse de Tunis.
Au cours de cette rencontre, les responsables d’Ennahdha ont pris connaissance des activités de la Bourse de Tunis et son évolution, puis participé à un débat ouvert qui a permis un échange d’idées constructif sur, d’une part, les actions et les moyens à mettre en œuvre en faveur de la Bourse de Tunis, plateforme hautement symbolique du marché financier tunisien, et, d’autre part, donner enfin l’opportunité au marché financier de jouer pleinement son rôle dans la mobilisation de l’épargne nationale et son orientation vers le financement de l’investissement et du développement économique en vue, notamment de réduire le chômage et rétablir les équilibres régionaux, tout en préservant les équilibres globaux de l’économie et des finances publiques.
Les responsables d’Ennahdha ont réaffirmé leur intention, dans le cadre du prochain gouvernement, de s’appuyer sur le marché financier pour les besoins de financement de l’économie et de favoriser le développement de la Bourse ; invitant les professionnels de la Bourse à faire des propositions et à maintenir un canal de discussions et d’échange d’idées en vue d’un ciblage optimal des axes prioritaires du développement du marché financier.
Enfin, les responsables d’Ennahdha ont tenu à rassurer les hommes d’affaires et les investisseurs en exprimant leur volonté d’améliorer le climat des affaires, de favoriser l’entreprenariat et d’œuvrer vers une meilleure fiscalité, plus juste et plus souple.
Source: "wmc" Le 29-10-2011
Entre Islam et Liberté : une conversation avec Habib Sayah sur la nouvelle Tunisie

Le week-end passé la Tunisie a voté pour ses premières élections après la chute de Ben Ali. Le parti islamiste Ennahdha (Renaissance) est arrivé largement en tête. Qu’est-ce que cela va entraîner et quelles sont les perspectives pour cette démocratie naissante? Nous en avons discuté avec Habib Sayah, jeune responsable associatif libéral et candidat de la liste Sawt Mostakel à l’Assemblée Constituante dans la circonscription « France 1 ».
MF- Habib, tout d’abord quel est le positionnement de ta liste et quel était l’esprit de votre participation?
HS- Sawt Mostakel est une liste indépendante, à la tête de laquelle était candidate la militante des droits de l’Homme Amira Yahyaoui, dont j’étais également candidat avec Yossra Messai, Khalil Ben Mlouka et Imen Braham. La liste, dont le nom signifie en arabe « Voix Indépendante », se présentait aux élections de l’Assemblée Constituante pour les sièges réservés aux tunisiens résidant à l’étranger.
Face au manque d’intérêt des partis pour la question de la Constitution, nous avons jugé utile de proposer un projet de constitution qui garantisse le respect des libertés individuelles, ainsi qu’un régime respectant l’équilibre et la séparation des pouvoirs. En effet, les rares partis qui ont présenté des propositions constitutionnelles au milieu de leur programme qui ressemblait plus à un programme d’élections législatives, pensent la Constitution à la lumière de leurs propres intérêts partisans. Or, la Constitution, c’est les règles du jeu politique et il nous semblait inadmissible de confier son écriture aux seuls acteurs du jeu politique.
Bien que n’ayant pas remporté de sièges à l’assemblée, nous continuerons à défendre nos propositions constitutionnelles en dehors de l’hémicycle : liberté individuelle, égalité des sexes, sécularité de l’État, primauté de la Constitution etc.
Quelle est ta réaction face au succès d’Ennahdha? Crois-tu que ce soit un danger potentiel pour la Tunisie et que certaines libertés civiles risquent maintenant d’être limitées?
Le succès d’Ennahdha était en effet prévisible. Nul doute que le parti islamiste allait obtenir le plus gros score à l’issue de ces élections. Pour autant, il faut éviter de s’affoler et regarder les résultats à la loupe : Ennahdha est la première force politique du pays, mais elle n’a pas obtenu la majorité des sièges, encore moins des voix des Tunisiens ! Il ne faut pas parler de victoire d’Ennahdha, mais il faut surtout voir que 60 à 70% des électeurs ont voté pour des partis laïcs.
Si Ennahdha parvient à former un gouvernement d’union nationale, elle gouvernera avec face à elle plusieurs garde-fous : un gouvernement composé tant de laïcs que d’islamistes et une forte opposition laïque.
Cependant, face à un possible virage islamiste, ne risque-t-on pas de regretter Ben Ali?
En plus d’avoir une réelle opposition face à elle au sein de l’Assemblée et dans la rue, Ennahdha va devoir composer avec l’héritage socio-culturel des Tunisiens. En effet, la Tunisie est le seul pays arabe à avoir refusé l’inscription de la Charia dans sa constitution au moment de l’Indépendance. Cette tendance à la sécularisation est vécue par la majorité des Tunisiens comme un acquis, voire un véritable trésor qu’il faut conserver.
Ennahdha a su gagner la sympathie de nombreux tunisiens. Ce parti a fait une campagne remarquable, et possède à son actif plusieurs décennies de répression subie par ses militants. Mais le succès d’Ennahdha doit beaucoup aux lacunes de la stratégie des partis laïcs qui étaient trop divisés. La réalité est que les Tunisiens ne se laisseront pas priver de leurs libertés et qu’Ennahdha devra gouverner dans un régime démocratique. Un scénario à l’iranienne n’est donc pas envisageable, et les dirigeants d’Ennahdha sont conscients que les Tunisiens sont sur leurs garde car ils ont fait campagne en affirmant qu’ils maintiendraient les acquis de la femme tunisienne et ne reviendraient pas sur les libertés individuelles. N’est-ce pas Houcine Jaziri (porte-parole d’Ennahdha à Paris) qui a dit devant 200 étudiants tunisiens au mois de janvier : « Avec nous, tu vas dans les bars, tu vas dans les mosquées, tu fais l’homosexuel, la lesbienne, tu fais ce que tu veux. C’est la liberté. » ?
Le succès d’Ennahdha n’est pas significatif à l’heure actuelle. Mais ses dirigeants sont patients et savent qu’ils doivent agir en douceur sur les mentalités afin que dans 5 ans les Tunisiens soient en quelque sorte progressivement anesthésiés et de plus en plus perméables aux idées islamistes et moins attachés à leur liberté. Car toute remise en cause brutale des libertés de la part des islamistes susciterait l’opposition des Tunisiens.
À nous aujourd’hui d’accepter le jeu démocratique et d’agir sur les mentalités, que ce soit dans l’opposition démocratique ou dans la société civile, afin de maintenir l’exception tunisienne ; c’est-à-dire concilier Islam et liberté.
Quelle est ton opinion d’ensemble sur le processus de démocratisation? Es-tu satisfait où penses-tu que des erreurs ont été commises?
Les observateurs sont unanimes : ces élections sont une réussite historique. Malgré plusieurs dépassements, qui s’expliquent dans une démocratie naissante, le processus était impeccable pour un pays qui n’a jamais connu d’élections démocratiques.
On nous disait il y a quelques mois que les Tunisiens n’étaient pas prêts pour la démocratie, et on prédisait des débordements, des émeutes et même des attentats qui feraient échec au processus électoral. Mais lorsque nous avons vu ces millions de tunisiennes et de tunisiens de 18 à 110 ans heureux de faire la queue pendant plusieurs heures pour exprimer leurs choix politiques en présence de plus de 100 nouveaux partis, nous ne pouvions qu’être fiers. Nous avons franchi un cap civilisationnel, une nouvelle étape dans la conscience politique.
Quel est ton avis sur les partis laïcs de Tunisie? Quelles sont leurs limites et pourquoi ont-ils obtenu un score décevant?
S’il est évident que ces élections marquent le succès d’Ennahdha, on ne peut pas dire que la Tunisie a opté pour l’islamisme. En plus de relativiser la défaite des laïcs – car plus de 60% des Tunisiens ont opté pour autre chose qu’Ennahdha – , deux éléments permettent d’en comprendre les raisons : la division des partis non-islamistes et leur discours. La victoire d’Ennahdha est moins due à la popularité de l’islam politique qu’à des erreurs de stratégie politique commises par les laïcs.
Tandis que les islamistes étaient réunis autour d’un seul grand parti, les partisans de la sécularité se sont trouvés divisés entre plusieurs partis de taille moyenne (principalement le Ettakatol, le PDP, le PDM et Afek). Chacun ayant la prétention de gagner sa propre place dans l’Assemblée afin de construire sa légitimité, ils ont refusé de se rassembler dans des listes communes alors qu’ils appartiennent pour la plupart à la même famille politique. Ainsi divisés, la plupart de ces partis n’ont pas atteint la masse critique nécessaire pour obtenir des sièges dans les petites et moyennes circonscriptions. Résultat : dans une circonscription pourvue de 5 sièges, Ettakatol, PDP, PDM et Afek réunis pouvaient représenter 75% des voix. Ettakatol, ayant obtenu le plus grand succès parmi les laïcs, a recueilli des sièges, mais les voix accordées aux autres partis « progressistes » sont parties en fumée. La victoire d’Ennahdha s’explique donc surtout par le fractionnement des voix des laïcs. Ces derniers auraient pu réunir une majorité absolue des sièges à l’assemblée s’ils s’étaient unis en amont des élections.
L’autre explication de la défaite des laïcs se trouve dans leur communication, qui était souvent très agressive à l’encontre d’Ennahdha. Ils ont seulement réussi à faire peur au Tunisien qui a fini par assimiler la laïcité à un athéisme d’État et qui a donc fini par se tourner vers Ennahdha qui semblait avoir la posture la plus rassurante et qui a su mettre à son profit les attaques des laïcs en réagissant de manière intelligente et en continuant à se rapprocher de la population par un travail de terrain méticuleux… et non sans une certaine dose démagogie : organisation de mariages collectifs financés par le parti islamiste, distribution d’argent aux plus démunis etc.
Comment est-ce que tu juges le résultat du vote des tunisiens à l’étranger? Comment est-ce qu’on peut expliquer le succès d’Ennhadha même parmi les tunisiens qui vivent en Occident?
Le score d’Ennahdha dans des pays comme le Qatar, l’Arabie Saoudite ou les Émirats-Arabes-Unis s’expliquent parfaitement pour des raisons sociologiques évidentes. Dans les autres petites circonscriptions (Allemagne, Italie, Amérique et reste de l’Europe), le petit nombre de sièges (1 à 2 sièges par circonscription) est la principale raison de cette « vague verte » : les « progressistes » étant divisés n’ont pas pu obtenir individuellement un plus gros score que les islamistes réunis autour d’Ennahdha. En revanche, dans d’importantes circonscriptions comme France Sud et France Nord (5 sièges chacune), on voit qu’Ennahdha a dû partager les sièges avec les laïcs, mais a tout de même recueilli 40% des sièges avec seulement 30% des voix, du fait du mode de scrutin.
Aujourd’hui quelle est la coalition de gouvernement la plus probable et quel est ton avis à son égard?
Avec 40% des sièges à l’Assemblée, Ennahdha ne peut en effet gouverner seule. La coalition qui se dessine rassemblera certainement le Congrès Pour la République, un parti qui se dit de centre-gauche mais qui a un positionnement ambigu, prônant à la fois un État civil et un rapprochement avec Ennahdha. D’autre part, le leader d’Ettakatol, Mustapha Ben Jaafar souhaite briguer la Présidence de la République, sous le prétexte de l’union nationale. Or, il serait préjudiciable aux laïcs qu’Ettakatol se compromette pour une présidence honorifique en entrant dans un gouvernement où elle ne pèsera pas et dont elle subira les décisions, d’autant qu’Ennahdha se trouve aux antipodes des conceptions des militants d’Ettakatol. Ben Jaafar serait plus utile comme leader de l’opposition que comme caution laïque d’un gouvernement à majorité islamiste.
La grande question reste celle d’Al Aridha (la Pétition), une liste indépendante derrière laquelle se trouve Hachmi Hamdi, un conservateur qui a frayé avec Ennahdha dans les années 1980, et qui est devenu un ardent défenseur de Ben Ali après avoir offert les ondes de sa chaîne de télé (Al Mustakilla, diffusée à partir de Londres) à l’opposition. Personnage difficile à cerner, il a créé la surprise en obtenant plus de 10% des sièges alors que nul ne s’y attendait. La candidature d’Al Aridha, passée inaperçue n’était pas prise au sérieux et semblait folklorique. Quel sera son positionnement ? C’est difficile à dire, étant donné le nom du parti sur lequel elle s’appuie : le Parti Conservateur Progressiste ! Mais une plainte a été déposée en vue de l’annulation de cette liste en raison de l’opacité de son financement. Affaire à suivre…
NDLR : au cours des dernières heures Al Airdha a été disqualifié dans plusieurs circonscriptions et ce parti menace de boycotter l’Assemblée.
Si les islamistes ont remporté une victoire dans un pays laïc comme la Tunisie, que va-t-il se passer dans des pays comme l’Égypte ou la Libye, où les positions fondamentalistes sont bien plus enracinées ? Est-ce qu’on va assister à une dérive islamiste ?
La Tunisie n´est pas à l’abri du risque d´une dictature au nom d’Allah, à terme. Mais elle bénéficie d´un rempart constitué par son histoire et sa tradition libérale. Ce rempart est renforcé par l´éducation des Tunisiens.
L´Égypte est davantage en proie à ce danger, du fait de réalités sociologiques et d´ordre culturel, mais aussi parce que les brèches qui permettront la dictature religieuse existent déjà : la Charia est déjà l’une des sources du droit égyptien (la Tunisie étant le seul pays arabe à avoir sécularisé son droit). Mais j´ai confiance en la jeunesse égyptienne pour résister.
Pour ce qui est de la Libye, les 40 ans de dictature sous un régime obscurantiste ne laissent présager rien de bon, et on le voit déjà dans les déclarations récentes du CNT.
Tu es un libéral. D’un point de vue réaliste et pragmatique, quelle est ta vision d’un libéralisme « possible » en Tunisie?
Les Tunisiens sont attachés à leur liberté, j´en suis convaincu. La première étape consiste à rester vigilants afin que cette liberté ne soit pas sournoisement grignotée par nos gouvernants, que ce soit au nom de l’Islam ou par démagogie. Ensuite, il va falloir entamer un travail pédagogique à grande échelle pour développer la conscience politique des Tunisiens car la tentation de troquer sa liberté contre la sécurité et le confort immédiat est parfois trop forte.
La liberté d´entreprendre, n’est pas le droit fondamental le plus menacé, bien qu’il le sera si nous n’agissons pas sur le plan de l´éducation économique. Les Tunisiens ont hérité des français des concepts marxistes qui leur donnent une vision erronée des réalités économiques.
Le danger imminent est l’emprise d’Ennahdha sur les mentalités et la plus grande menace pèse sur les libertés individuelles au nom d’un islam moralisateur et rigoriste. La clé pour contrer cette influence orientale sur notre pratique de l’Islam se trouve dans la renaissance du libéralisme théologique initié en Tunisie par Cheikh Salem Bouhageb. Ce courant de pensée qui fut porté par Kheireddine Pacha, Abdelaziz Thaalbi, Tahar Haddad, Mohamed Charfi, et qui ont fait de la Tunisie ce pays moderne et respectueux de la liberté et de l´égalité des sexes, risque de s’éteindre si nous n´agissons pas. L´un de ses derniers représentants, Mohamed Talbi est en train de subir une campagne de dénigrement de la part d’Ennahdha, qui sait que l´arme qui permettra de décrédibiliser les islamistes se trouve dans le Coran. Aujourd’hui, je veux faire mienne la devise de Mohamed Talbi : « Je veux décrisper les gens, et je veux le faire au nom du Coran. La foi est un choix. Je ne cesserai jamais de dire que l’islam nous donne la liberté, y compris celle d’insulter Dieu… ».
Source: "Contrepoints" Le 29-10-2011
Lien: http://www.contrepoints.org/2011/10/29/52987-entre-islam-et-liberte-une-conversation-avec-habib-sayah-sur-la-nouvelle-tunisie
Tunisie-Elections : Plus de 6000 cas d’irrégularités

Même si le travail de traitement des bulletins d’observation n’est pas encore fini,M. Moez Bouraoui, le président de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections nous a livré, le vendredi 28 octobre, un rapport préliminaire, « qui ne se termine pas par des recommandations, comme il est d’usage, car nous avons encore des questions sans réponses », s’excuse-t-il d’emblée.
Dans une présentation en entonnoir, des aspects législatifs aux dysfonctionnements concrets, qu’il a eu du mal à suivre avec tout ce qu’il voulait dire, M. Bouraoui a assimilé les élections à un mariage : beaucoup de stress avant à cause de tout ce qui ne va pas dans le bon sens ; le jour J on oublie tout ça pour profiter de la liesse du moment ; et on se réveille le lendemain en voyant tout ce qui ne va pas. Le 23 octobre, c’était le « mariage de tout le monde, mais certains ont volé les ba9lawas» !
Manquements de l’ISIE et blocage de la banque centrale
Le rapport Atidien salue la création de l’Instance Supérieure Indépendantes des Elections (ISIE) comme «l’une des réformes essentielles entreprises en vue de concrétiser les objectifs de la révolution » et souhaite d’ailleurs préserver cet acquis en demandant à l’assemblée constituante que le mandat de l’ISIE soit reconduit. Mais il épingle aussi ses manquements, ses non-réactions, et son laxisme durant le processus électoral (notamment concernant le respect du décret-loi 35, l’utilisation de biens publics pour faire campagne, la publicité politique, etc.); nous n’y reviendrons pas.
Plus important, M. Bouraoui insiste sur le fait, que l’ATIDE, pourtant accréditée à suivre tout le processus électoral, se voit opposer un refus de la part du gouverneur de la banque centrale de Tunisie, pour la vérification des sources de financement des partis. Les sérieuses suspicions concernant trois partis et pas des moindres, notamment sur de l’argent en provenance de la Libye, ne peuvent donc être ni infirmées, ni confirmées.
En termes de gros cafouillages, l’ATIDE déplore aussi le fait d’avoir autorisé les inscriptions passives en pleine campagne pour mobiliser les Tunisiens à s’inscrire. Cela a entraîné une énorme désorganisation : les bureaux de vote à mettre en place au dernier moment, le besoin de personnel supplémentaire, ont conduit à des choix précipités qui ont affecté l’indépendance des bureaux de vote.
6000 irrégularités
Les 2000 observateurs mobilisés dans les bureaux et centres de vote par l’ATIDE ont relevé 6000 irrégularités sur le territoire tunisien, durant les premières élections libres du pays. Elles n’ont pas toutes la même importance, mais pour l’ATIDE, pas de catégorisation possible, une « irrégularité est une irrégularité ». Le rapport s’attarde principalement sur le déroulement des élections à l’étranger, car les données tunisiennes n’ont pas encore été toutes recoupées et vérifiées avant leur divulgation.
Lilia Rebei, observatrice en Suisse et par ailleurs trésorière de l’ATIDE, nous a tout de même donné des chiffres provisoires, et des exemples avec des preuves tangibles. Selon elle, les irrégularités ont concerné 1 bureau de vote sur 4 (et dans ce cas, une sur 5 portait sur des problèmes de scellés !), et 1 centre de vote sur 3 ! Bien sûr, de natures différentes, certaines donnent à réfléchir… 1 bureau sur 5 touché par des problèmes d’influence… Des cas de connivences entre les partis et les membres de bureaux qui ont parfois entrainé la fermeture de bureaux et l’intervention dans certains cas des forces de l’ordre : Ariana, Ben Arous, Béja, Jbenyana, etc.
A Sarcelles Pantin, une urne a dormi au domicile d’un des assesseurs du bureau de vote, et d’autres étaient ‘scellées’ avec du scotch !
Le plus inquiétant de ce qui nous a été révélé concerne les procédures de compilation et de centralisation des résultats. Non encadrées par des textes clairs, ces opérations ont donné lieu à de nombreux dépassements : entraves à l’observation, absence de badges identifiant certains opérateurs, présence illicite de personnes non accréditées, manque ou disparition de certains procès verbaux. A titre d’exemple, sur 20 PV, 14-15 étaient dans l’état de celui de la photo.
Pour pallier aux suspicions qui sont nées de ces opérations, l’ATIDE demande à l’ISIE de publier les résultats par bureau de vote afin qu’ils puissent être corroborés avec les observations faites sur place. Une demande légitime, même si elle n’aboutira pas forcément.
Source: "Tekiano" Le 29-10-2011