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N°4085 du 05 septembre 2011

 

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TUNISNEWS
11 ème année, N°4085 du 05.09.2011
archives : www.tunisnews.net
 
 
20minutes.fr: TUNIS - La moitié des Tunisiens jugent la situation de leur pays "incompréhensible"
Gnet: Tunisie/ambiance pré-électorale : Encore le flou artistique
La Presse: L’opinion dans le brouillard
Le Temps: Election de la constituante - Garde-fous, pour un système fiable
Magharebia: Les partis tunisiens courtisent les électeursa
Swiss Info: Un spectacle prémonitoire sur la chute de Ben Ali
 
TUNIS - La moitié des Tunisiens jugent la situation de leur pays "incompréhensible"
 
 
Créé le 04/09/2011 à 12h57 -- Mis à jour le 04/09/2011 à 12h58
 
TUNIS - Plus de la moitié des Tunisiens (50,9%) jugent "incompréhensible" la situation générale de leur pays et se montrent insatisfaits de la situation économique et politique, à moins de deux mois de l'élection du 23 octobre, selon un sondage de l'agence TAP et l'institut ISTIS.
 
Interrogés sur leur évaluation de la situation du pays, 50,9% des Tunisiens la jugent "incompréhensible" (contre 52,6% au mois d'avril), 27,2% la considèrent "normale après une révolution", 13,7% ne ressentent aucun changement et 11% la qualifient de "douteuse".
 
Ce sondage a été réalisé conjointement par l'Institut de sondage et de traitement de l'information statistique (ISTIS) et l'agence de presse officielle TAP.
 
Il fait apparaître un pessimisme général, 57% des sondés se déclarant insatisfaits de la situation sécuritaire, et 61% mécontents de la situation économique (en hausse de 5 points par rapport à avril dernier). Le taux de satisfaction à l'égard du gouvernement provisoire chute de 10 points (21% contre 31% en avril).
 
A moins de deux mois de la première élection post Ben Ali, la perception générale des partis politiques est globalement mauvaise. Seuls 7% des personnes interrogées se déclarent satisfaits des performances des partis politiques, et 56,9% des sondés déclarent "n'apprécier aucun parti politique". Quelque 105 formations ont été légalisées depuis la chute du régime Ben Ali le 14 janvier, et le paysage politique tunisien est encore difficilement lisible.
 
En terme de notoriété, les islamistes d'Ennahda arrivent en tête (plus de 72% des Tunisiens déclarent spontanément connaître ce parti, au moins de nom), suivi des communistes du PCOT (24,5%), des centristes du PDP (22,3%) et du FDLT (gauche, 20,5%).
 
Mais les deux tiers des sondés considèrent que les partis politiques ne les représentent pas et ne reflètent pas leurs avis.
 
Si près de 60% méconnaissent le rôle et les attributions de la future assemblée constituante, 72% ont néanmoins l'intention d'aller voter le 23 octobre.
 
Les deux tiers d'entre eux n'ont pas encore décidé pour qui ils voteraient, et près de la moitié de ceux qui ont déjà arrêté leur choix n'exclut cependant pas de changer d'avis d'ici le scrutin.
 
Les Tunisiens sont appelés à élire une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution pour le pays.
 
Le sondage TAP-ISTIS a été réalisé au cours de la période du 15 au 28 août auprès d'un échantillon représentatif de 2.717 personnes selon la méthode des quotas.
 
Les sondages politiques seront interdits à partir du 12 septembre, en raison de leur manque de fiabilité et de l'absence de cadre légal dans ce domaine, a annoncé la semaine dernière l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).
 
 
(Source: 20minutes.fr le 4 septembre 2011)
 
Lien: http://www.20minutes.fr/article/780582/moitie-tunisiens-jugent-situation-pays-incomprehensible
 
 
Tunisie/ambiance pré-électorale : Encore le flou artistique
 
 
Publié le Dimanche 04 Septembre 2011 à 16:15
Après l’intermède ramadanesque, où l’intérêt pour la politique s’est un peu émoussé, la scène publique va de nouveau se réchauffer en prévision du rendez-vous du 23 octobre qui tient en haleine acteurs politiques et opinion publique.
 
Plus que quelques semaines nous séparent de la première échéance électorale, de l’après 14 janvier. Un rendez-vous crucial qui va déboucher sur l’élection d’une assemblée constituante, la deuxième dans l’histoire de la Tunisie après celle de l’indépendance. L’assemblée constituante postrévolutionnaire devra jeter les fondements de la nouvelle République démocratique, libre et plurielle, celle qui rompra avec de longues décennies de monolithisme et de despotisme. Hormis sa principale prérogative, l’élaboration de la constitution, l’assemblée constituante doit désigner un nouveau Président et un nouveau gouvernement intérimaire, chose qui marquera l’entrée de la Tunisie dans la véritable période de transition démocratique, que l’on souhaite courte, et sans accrocs.
 
A l’approche du scrutin, les spéculations et les surenchères vont bon train sur le poids de tel parti ou tel autre, sur les alliances attendues au sein de la constituante, sur les orientations et l’ancrage de la future constitution…des débats classiques, somme toute, qui iront crescendo lors de la prochaine période, notamment durant la campagne électorale . Au-delà de leur importance, ces débats ont tendance à verser, par moments, dans les tiraillements idéologiques, sur fond de calculs politiciens et électoralistes, dont le Tunisien n’en a cure. Ce qui lui importe, en revanche, c’est de connaître clairement les programmes ente lesquels il sera amené à choisir. Or, de ce côté-là, c’est encore le flou artistique qui règne, d’autant plus que les mêmes idées reviennent à l’envi, dans des termes vagues, sinon abscons.
 
Sur le plan politique, la quasi-majorité des partis reconnus prône un régime républicain et démocratique fondé sur l’alternance, avec des institutions solides, une séparation des pouvoirs, une presse libre, le respect des libertés publiques et individuelles, etc.
 
En matière économique, c’est l’économie libérale qui semble avoir le vent en poupe chez nos acteurs politiques, à quelques réajustements près, au gré du positionnement de chacun : droite, centre ou gauche. Aucun parti ne s’est prononcé jusque-là ouvertement pour une économie dirigiste, étatiste et vivant en autarcie. Les partis dans leur majorité se disent favorables à l’économie de marché, et à l’initiative privée. Les différences résident dans le rôle attribué à l’Etat. Un rôle crucial pour les uns, avec un Etat arbitre et régulateur de la vie économique, gardant entre les mains les secteurs stratégiques tels que les grands projets d’infrastructure, l’Education et la santé. Une place moins prépondérante pour les autres pour qui l’Etat doit se désengager totalement de la vie économique pour laisser l’économie de marché opérer sans restrictions, ni freins.
 
Sur le plan social, la promotion des valeurs de la solidarité et de la justice sociale reviennent tel un leitmotiv ; c’est de quoi nous mettre du baume au cœur. La Tunisie qui a vécu pendant des décennies des disparités criantes entre régions et couches sociales a besoin aujourd’hui d’un profond rééquilibrage, et d’un partage équitable des fruits de la croissance espérée. Mais comment y parvenir ? Comment transformer ces belles promesses en projets tangibles et générateurs de résultats ?
 
C’est là, où le bât blesse, nos acteurs politiques, toutes tendances confondues, sont en mal de pragmatisme. Ils peinent encore à apporter des réponses précises, claires voire budgétisées, aux différents problèmes posés. Les politiques doivent faire preuve dans les semaines et les jours à venir de pédagogie pour expliquer leur programme, et leur projet de société. Car, si les urgences sont connues de tout le monde, la manière de les régler n’est pas aussi évidente. Et n’oublions pas un postulat de taille : l’après 23 octobre est une deuxième période provisoire, caractérisée par une conjoncture difficile et vulnérable.
 
Indéniablement, lors de cette dernière ligne droite, de nombreux partis vont lever le voile sur leur programme. Dans ce foisonnement attendu, il faut que l’on puisse faire la bonne synthèse pour passer directement à l’action au lendemain des élections, quels qu’en soient les résultats. D’où l’intérêt qu’il y ait un minimum de complémentarité entre les propositions des uns et des autres. A défaut, des programmes antinomiques risquent de mener vers un blocage qui n’est nullement dans l’intérêt de la Tunisie. Les acteurs politiques doivent faire preuve de clairvoyance pour faire transcender l’intérêt de la nation, par rapport aux intérêts partisans étriqués. Toute concurrence politique doit se faire dans cet esprit responsable et patriote.
 
H.J.
 
(Source: Gnet le 4 septembre 2011)
 
L’opinion dans le brouillard
 
 
Une situation politique incompréhensible, des perspectives socio-économiques incertaines, des partis politiques désavoués, des médias de plus en plus décrédibilisés, un gouvernement en perte de confiance, une Ugtt qui ne trouve pas grâce aux yeux des sondés et une opinion publique désorientée : tels sont les principaux enseignements qui ressortent du sondage d’opinions d’été dont les résultats ont été rendus publics hier. Ce sondage réalisé conjointement par l’Agence TAP et l’Institut Isis, Institut de sondage et de traitement de l’information statistique au cours de la période du 15 au 28 août dernier, a concerné un échantillon représentatif de 2.717 personnes en âge de voter sélectionné selon la méthode des quotas avec quatre variables, le genre, le milieu, la région et l’âge. Les résultats de ce sondage sont venus confirmer l’appréhension des Tunisiens à l’approche des élections de l’Assemblée nationale constituante et semer le doute dans les esprits quant à la lisibilité d’un processus de transition pas tout à fait clair. Ils confirment, presque parfaitement, les résultats d’un premier sondage effectué par le même institut au cours du mois d’avril.
Le sondage essaie, d’après ses réalisateurs, d’apporter des réponses à certaines questions qui taraudent les esprits des Tunisiens et qui tournent autour de huit principaux axes à savoir, «la situation actuelle du pays, les risques perçus par la population tunisienne sur l’avenir du pays, l’opinion des Tunisiens sur les revendications sociales et leur impact, leur comportement vis-à-vis des médias après la révolution du 14 janvier, le paysage et la vie politique, leur perception du débat politique, le degré de connaissance du paysage politique et enfin les intentions de vote lors des prochaines élections». Un sondage qui tente de dresser un tableau général de la situation du pays jugée «incompréhensible par 50.9% des sondés contre 27.2% qui la jugent normale après une révolution, alors que 11.8% ne ressentent aucun changement et 10.1% la trouvent douteuse». Le peu de clarté qui, pour 56.2% des sondés caractérise la situation générale du pays, contre 24.6% qui la considèrent sur la bonne voie, et la dégradation de la situation économique (61% ne sont pas satisfaits) trouvent leur explication dans les performances du gouvernement jugées peu satisfaisantes par 48% des personnes interrogées. En effet, le taux de satisfaction à l’égard du gouvernement a régressé durant les trois derniers mois passant de 31% en avril à 21% en août. Elles s’expliquent aussi par le durcissement des revendications sociales et la recrudescence des grèves et des sit ins, la persistance de l’insécurité. «L’opinion négative sur les revendications sociales se retrouve, également, au niveau des performances de l’Ugtt» qui ne trouve pas grâce auprès de 64% des sondés, perdant ainsi 9 points entre avril et août.
Les partis politiques ne sont pas du reste et le sondage montre que «le niveau de satisfaction des Tunisiens par rapport aux partis politiques se situe à un niveau très faible (7%). Le taux d’insatisfaction vis-à-vis des performances des partis politiques est passé de 64% au mois d’avril 2011 à 70% au mois d’août 2011». Ce désaveu s’explique par le peu d’intérêt des Tunisiens vis-à-vis de la politique en général et qui «après avoir connu une réconciliation avec la politique juste après la chute de la dictature de Ben Ali, semblent s’en désintéresser. Le pourcentage de ceux qui ne s’y intéressaient pas dépassait 75% avant la révolution. Quelques mois après la révolution, cette proportion s’est limitée à 20%, actuellement elle se situe à 45.2%». Ce désintérêt est dû essentiellement à la prolifération des partis politiques que les deux tiers des sondés n’apprécient pas considérant par la même «qu’ils ne les représentent pas et qu’ils ne reflètent pas leurs opinions», mais aussi à l’incohérence de leurs discours, à l’absence de programmes et au manque de proximité citoyenne. Les interminables débats que leur proposent les médias, à leur tour en perte de confiance (24% seulement leur font encore confiance contre 34% il y a trois mois), ne les intéressent pas (53.9%). Et même ceux qui s’y intéressent les trouvent à 34% non satisfaisants. L’opinion de plus en plus défavorable à leur égard est une sorte d’appel au pied du nez aux médias pour rectifier le tir s’ils veulent reconquérir la confiance des Tunisiens.
Sur un autre plan, les personnes sondées ont, dans une majorité réconfortante (72%), l’intention d’aller voter le 23 octobre prochain et ce, «indépendamment de leur situation par rapport à la liste électorale et leur degré de connaissance vis-à-vis de la Constituante». Toutefois, les résultats du sondage indiquent que les deux tiers de ceux qui ont l’intention de voter n’ont pas encore arrêté leur choix. Et même ceux qui pensent avoir choisi pour qui voter pourraient dans une proportion de 47.5% changer d’avis le jour du scrutin.
Les menaces qui pèseraient sur le pays et les risques qu’il pourrait encourir sont au nombre de neuf. Avec en premier lieu le retour de l’insécurité qui pour un Tunisien sur deux, risquerait de tout remettre en cause et d’engager le pays dans une crise économique (49.5%) et de freiner ainsi son développement (43.1%). Le doute est perceptible dans une proportion de 37.7% chez les sondés quant à la transparence des prochaines élections et à la capacité du gouvernement provisoire de réaliser un scrutin équitable. Ce qui engendrerait pour 37.6% l’échec de la transition démocratique. Ce sentiment de doute empreint de pessimisme s’explique dans une assez large proportion (37.4%) par l’impression qu’ont les personnes interrogées que la révolution a été confisquée par les mouvements extrémistes et la peur de voir le gouvernement provisoire s’installer dans la durée (32.3%) avec comme corollaires le retour au régime du parti unique (27.5%) et l’installation d’un nouveau régime dictatorial (18.4%).
Huit mois après la révolution et l’euphorie qu’elle a suscitée, les Tunisiens ont le sentiment que leur pays va mal. Les espoirs semblent s’estomper et le doute s’installe dans les esprits. Les acteurs de la scène politique n’arrivent pas à convaincre et les médias retrouvent peu à peu les réflexes d’antan. Le paysage devient de plus en plus illisible ce qui ajoute encore à la confusion. Telles sont les conclusions qui pourraient être tirées de ce sondage. Des conclusions qui devront être prises au sérieux car elles nous interpellent tous tant elles reflètent le malaise général que vit le pays. Le temps qui nous sépare des élections doit être mieux exploité pour apaiser la crainte des Tunisiens et faire raviver l’espoir né de la Révolution.
 
 
 
Auteur : B. OUESLATI
 
(Source: "La Presse" (Quotidien - Tunisie) le 4 septemre 2011)
Lien: http://www.lapresse.tn/04092011/36143/lopinion-dans-le-brouillard.html
 
 
Election de la constituante
Garde-fous, pour un système fiable
 
 
 
 
«Chasse aux morts» et clin d’œil aux négativistes
 
 
Le compte à rebours a déjà commencé pour ce qui est de la date du 23 octobre. A l’Instance supérieure indépendante pour les élections, les préparatifs vont bon train jusque-là, même si ‘’le train qui vient à l’heure ne fait pas l’actualité’’. La nouveauté, il faut dire, concerne le coup d’envoi donné à la campagne de prolongation des inscriptions sur les listes électorales du 4 au 20 septembre.
 
 
Mieux vaut tard que jamais
 
Kamel Jendoubi le président de l’ISIE qui l’a annoncé hier lors de la conférence de presse, a précisé que cette prolongation ne retardera en rien les échéances de l’opération électorale, puisque des « bureaux de réception » ont été aménagés pour ce faire. Les retardataires pourront ainsi s’inscrire dans des centres de vote de leurs choix, mais en se référant au gouvernorat dont ils relèvent. Les citoyens qui souhaitent s’informer quant à l’opération d’enregistrement même celle d’un des leurs peuvent aussi s’adresser aux bureaux de l’ISIE ou en appelant le centre d’appel en composant le 1814. Idem pour l’application par SMS qui permettra aux Tunisiens disposant d’un téléphone portable de s’assurer de leur inscription sur la liste électorale de leur choix. Il suffit de composer le 1423 pour avoir l’information dont on a besoin. Le seul hic est que ces informations sont payantes.
 
(à 60 millimes la minute pour ce qui est de l’application par SMS).
 
La question des morts inscrits sur les listes électorales a été abordée lors de la conférence de presse. Le président de l’ISIE a rappelé, dans la foulée, que leur nombre a atteint les 118 et que les noms en question, ont été illico presto éliminés des listes d’électeurs potentiels. Sans oublier que, dès le début, l’ISIE a découvert que plus d’un million d’électeurs figurant sur les listes électorales de l’ancien régime sont des personnes décédées. «Il est certainement une marge d’erreur qu’on doit prendre en ligne de compte. Sans oublier le fait que des gens ont peut être voulu s’assurer de la fiabilité de notre système. Cela ne nous empêchera pas aussi de penser à des personnes que la réussite des élections ne réjouit pas.», avance Kamel Jendoubi qui a ajouté qu’au total, ils seraient 8000 bureaux de vote. Un nombre qui pourrait soit augmenter soit diminuer selon l’affluence des électeurs. Les urnes ont, en effet, une capacité d’assimilation limitée à 800 bulletins et qu’au-delà, l’ISIE crée un nouveau bureau de vote. Le but étant d’éviter les encombrements le jour des élections.
 
Les candidats aux élections
 
Des chiffres ont été avancés quant au nombre des listes électorales enregistrées depuis le 1er septembre, opération qui prendra fin le 7 du même mois. Kamel Jendoubi a précisé que le premier jour, on a noté l’inscription de 61 listes, un chiffre ayant atteint le nombre de 85 le deuxième jour. « On s’attendra à une nette augmentation de ce chiffre d’ici à la date du 7 septembre prochain. » signale notre interlocuteur.
 
D’autres questions ont porté notamment sur le site de l’ISIE non actualisé. A cette question l’universitaire, membre de l’ISIE, Arbi Chouikha a fait remarquer que ce sera le cas à partir de la semaine prochaine. « Le site de l’ISIE était un site vitrine. A partir de lundi prochain, celui-ci sera actualisé pour accueillir un espace pour les journalistes et pour répondre à toutes les questions des citoyens. » A rappeler que l’opération du ‘’monitoring des médias’’ a relevé la participation de 14 chercheurs dont la majorité sont des anciens étudiants de l’école de journalisme. Ces derniers observeront les médias pendant la campagne électorale et rédigeront des rapports quotidiens en signalant les dépassements médiatiques, suite auxquels l’ISIE réagira.
 
Mona BEN GAMRA
 
(Source: "Le Temps" (Quotidien - Tunisie) le 4 septemre 2011)
 
Les partis tunisiens courtisent les électeurs
 
01/09/2011
 
La campagne électorale bat son plein en Tunisie, mais certains experts s'interrogent sur les procédés utilisés par les partis politiques.
 
Par Mona Yahia pour Magharebia à Tunis – 01/09/11
 
Les partis tunisiens ont recours à de nombreux procédés pour s'attirer du soutien. Certains utilisent principalement la publicité dans les médias, d'autres inondent la population de cadeaux pour gagner des votes. Certains observateurs évoquent la possibilité d'une concurrence déloyale.
 
La distribution de fonds sous forme d'actions caritatives risque "d'entraîner une corruption dangereuse pour un système démocratique naissant et fragile, qui ne peut tolérer aucun abus", écrit Moncef Marzouki, leader du Parti du Congrès pour la République (PCR) dans une lettre adressée au parti Ennahda, au Parti Démocrate Progressiste (PDP) et au Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL).
 
Les actions philanthropiques semblent s'être multipliées au cours du mois du Ramadan sous dinombrables formes telles que des subventions pour l'Aid al-Fitr, des mariages collectifs et un soutien financier.
 
La majorité des partis, y compris ceux dont la campagne révèle une certaine richesse, est prête à divulguer ses sources de financement.
 
Fin juin, au milieu des débats sur un projet de loi sur le financement des partis politiques, le mouvement Ennahda s'est retiré du comité supérieur pour la réalisation des objectifs de la révolution. Le parti islamiste demandait le maintien de l'ancienne loi jusqu'aux élections de l'assemblée constituante, en octobre.
 
Le PDP s'est à son tour opposé à la loi sur les partis politiques, qui interdit tout financement des partis par les entreprises et hommes d'affaires et fixe un plafond sur les fonds privés.
 
"Le problème réside, à la base, dans le fait que le gouvernement n'a pas signé la nouvelle loi sur les partis politiques, en dépit de sa ratification par le comité supérieur pour la réalisation des objectifs de la révolution. La faiblesse du gouvernement, son refus de créer des problèmes sur des sujets qu'il a toujours considérés comme secondaires, laisse libre cours à l'injection d'argent en politique et à son exploitation à travers des actions apparamment charitables mais en réalité destinées à gagner des votes," explique Amine Mahfoud, professeur de droit public, à Magharebia.
 
Pour répondre à ces craintes de fraude électorale, la haute instance indépendante chargée des élections (ISIE) a demandé aux partis de signer un document soulignant les règles de conduite lors d'une campagne électorale. Ce code est destiné à "contribuer à créer des conditions propices à des élections justes, loyales et transparentes, à favoriser l'acceptation des résultats par tous et à maintenir la sécurité et la paix publiques".
 
"Ce document affirme le principe de confiance et de respect mutuels entre les différents acteurs du processus électoral," a expliqué Chafik Sarsar, membre de la commission, lors d'une conférence de presse le 23 août dernier.
 
Quant à la question de la publicité en politique, le dirigeant de l'autorité nationale pour la réforme de l'information et de la communication a appelé à une suppression pure et simple de toute publicité dans les médias audiovisuels. A la suite d'une réunion, le 25 août, avec le président par intérim Foued Mebazaa, Kamel Labidi a demandé aux partis politiques de ne pas reproduire "les erreurs commises dans d'autres pays, lors de périodes de transitions similaires".
 
De nombreux partis on condamné les récentes campagnes du parti d'union nationale, diffusées sur des chaînes de télévision et sur des radios privées, les médias publics les ayant refusées.
 
Un projet spécial visant à créer un comité de régulation des médias audiovisuels sera présenté à l'autorité chargée des réformes en Tunisie dans les jours à venir.
 
(Source: Magharebia.com le 1er septembre 2011)
Lien: http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2011/09/01/feature-01
 

Un spectacle prémonitoire sur la chute de Ben Ali

 

Le festival de la Bâtie s’ouvre le 2 septembre à Genève. Au programme, danse, musique et théâtre, rêves pailletés et pièces engagées. Pour le Tunisien Fadhel Jaïbi qui présente «Yahia Yaïch», les dictatures font toujours les affaires du monde occidental.

La Bâtie est légère et grave. Légère parce qu’elle chante et danse sur les rythmes des musiciens et chorégraphes, des talentueux, comme cette année Boris Charmatz, Meg Stuart, Miles Kane ou les Tindersticks.

Grave, parce qu’elle met à son affiche des pièces qui interrogent notre époque, son consumérisme effréné, ses révolutions, ses chamboulements politiques, mais ses rêves et ses espoirs également. Et là aussi, les artistes invités sont de marque: Massimo Furlan, Emma Dante, Angelica Liddell, Richard Maxwell… Ils viennent de Suisse et d’ailleurs, d’Italie, d’Espagne, des Etats-Unis et d’un pays aujourd’hui sous le feu des projecteurs: la Tunisie.

La Tunisie est présente à travers «Yahia Yaïch-Amnésia», un spectacle signé Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar, créé à Tunis en avril 2010. Troublante prémonition: la pièce raconte l’histoire d’un dirigeant politique qui apprend par les médias sa destitution et la perte de son pouvoir.

Depuis, le spectacle a été joué dans plusieurs villes d’Europe. Après Zurich, fin août, le voici à Genève, dans la cadre de la Bâtie. Entretien avec son auteur et metteur en scène Fadhel Jaïbi.

swissinfo.ch : De quel œil voyez-vous la réaction de l’Europe en général et de la Suisse en particulier face à la révolution tunisienne et à son effet sur les pays voisins?

Fadhel Jaïbi: Je pense qu’en Suisse, comme dans les autres pays d’Europe, c’est le «business» qui compte avant tout. Il y a une minorité de personnes extraordinaires qui sait tendre la main. Mais hélas les autorités au pouvoir agissent comme des affairistes: elles vont saupoudrer des aides aux pays en rébellion, qu’elles récupèreront par la suite au centuple. C’est du cynisme.

Je ne sais pas si l’avenir de la Tunisie est entre les mains des Tunisiens. Je sais en revanche que les dictatures, quelles qu’elles soient, font toujours les affaires du monde occidental.

swissinfo.ch: Lorsque Ben Ali est tombé, que vous êtes-vous dit, que vous étiez des auteurs-prophètes, comme les tragiques grecs ou comme Shakespeare et Brecht?

F.J.: Je n’ai pas cette prétention, ces auteurs-là sont tout simplement mes maîtres, ils m’inspirent, même si durant 40 ans de carrière je n’ai jamais mis en scène leurs pièces, ni aucun texte du répertoire d’ailleurs. Je suis toujours parti de la réalité sociale de mon pays car ce qui m’intéresse c’est «l’Homo Tunisianus», sa relation au groupe. Autrement dit, la responsabilité de l’individu face à la responsabilité collective. C’est le propre de la tragédie grecque à laquelle vous faites allusion. C’est aussi ce que j’essaie de faire sur scène.

En un mot, je me sens comme un artiste-citoyen qui pratique un théâtre de résistance. J’enfonce le même clou depuis maintenant plusieurs années, chaque fois avec un instrument différent: une fois avec un marteau, une fois avec un caillou, une fois avec une chaussure… mais c’est toujours très douloureux. J’exerce avec mes comédiens un contre-pouvoir et je continue à le faire malgré la révolution.

swissinfo.ch: Avez-vous changé quelque chose à votre spectacle depuis le départ de Ben Ali?

F.J.: Non, car il fallait que ce spectacle témoigne de ce que nous pensions du «tyran» avant sa chute. Nous avions élevé la voix bien avant la révolution. Il m’a donc semblé très important de garder aujourd’hui le ton vigilant adopté à la création de la pièce en 2010. Vous savez, «Yahia Yaïch» est un témoignage historique, mais il est aussi un moyen de faire réfléchir le public sur les potentialités extraordinaires de l’art.

Nous étions, à l’époque, confrontés à la résistance des pouvoirs publics qui ont fini par céder et par autoriser la tournée de la pièce. A travers nous, ils voulaient ainsi faire croire au monde qu’ils étaient démocratiques. En somme, ils nous ont utilisés comme alibi. C’est ce que j’explique toujours à la presse.

 

swissinfo.ch: Dans le titre de votre spectacle, il y a le mot «amnésia» qui insiste sur l’oubli. De quel oubli s’agit-il?

F.J.: A vrai dire, tous mes spectacles auraient pu s’appeler «Amnésia» car ils suggèrent tous une lutte contre l’oubli, contre cette « lobotomie» qu’exerce tout pouvoir dictatorial sur la mémoire. Il faut dire que le propre des régimes totalitaires c’est d’occulter l’Histoire, de la réinventer en sorte qu’elle serve leurs intérêts.

Or un pays avec une Histoire occultée est un pays qui n’a plus de passé, plus de présent et encore moins d’avenir. Ma démarche artistique consiste donc à réhabiliter la mémoire de la Tunisie, 33 fois occupée en 3000 ans. Ce pays n’est pas seulement arabe et musulman, mais turc, byzantin, espagnol, italien, punique… Une belle mosaïque, que personne ne peut nous confisquer.

swissinfo.ch: «Yahia Yaïch-Amnésia» constitue le deuxième volet d’une trilogie commencée avec «Khamsoun». Y aura-t-il un troisième volet? Et si oui, quel en sera le sujet?

F.J.: Vous me croirez ou non, mais depuis le début de notre projet, il était question de parler de la jeunesse tunisienne dans le troisième volet. Une jeunesse qu’on a méjugée en la traitant de démissionnaire et de cynique. Or en portant le fer contre l’ancien régime, elle a prouvé le contraire. Dans le troisième volet, je parlerai donc de la dualité de cette jeunesse, à la fois consumériste et militante, réaliste et rêveuse.

swissinfo.ch : La jeunesse c’est l’avenir. Etes-vous confiant dans celui de votre pays?

F.J.: Je vais peut-être vous étonner, mais j’ai un sentiment très mitigé. Vous savez, nous n’avons aucune expérience de ce genre de révolution. Il y a encore beaucoup de confusion sur le terrain comme dans les esprits. Tout ce que je sais c’est qu’il fallait passer par ce soulèvement pour arriver, je l’espère, à la démocratie. Je reste néanmoins prudent : ni porté sur un optimisme béat ni désespéré.

Ghania Adamo, swissinfo.ch
Genève