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TUNISNEWS
11 ème année, N°4030 du 05.06.2011
archives : www.tunisnews.net

AFP: Affrontements dans le sud-ouest tunisien: le bilan s'alourdit à 11 morts
AFP: Violences tribales en Tunisie: 7 morts en 3 jours, couvre-feu allongé
AFP: Naufrage de migrants libyen au large de la Tunisie: une vingtaine de corps repêchés
FTCR: Les jeunes migrants tunisiens de Lampedusa au Parlement Européen le 8 juin 2011
Le Télégramme: Lyon. Rassemblement contre la venue d'un ancien ministre de Ben Ali
Le Temps: Grève à Tunisie Télécom Et hop ! On coupe les lignes…
Kapitalis: L’avocat libanais Akram Azouri «aucun bien en dehors de la Tunisie»
La Presse: La liberté de la presse, principale garantie de la transition démocratique
Le Temps: Mustapha Ben Jaâfar « Il n’y a pas de place, en Tunisie, pour un parti religieux et qui, de surcroît, prétend parler au nom de l’Islam »
La Presse: Omar S’habou, «Je me définis comme un Bourguiba démocrate»
Le Figaro: Slim Amamou, l'e-révolutionnaire
NPA: Tunisie : un travail est un droit, bande de voleurs !
Affrontements dans le sud-ouest tunisien: le bilan s'alourdit à 11 morts
AFP / 05 juin 2011 22h02
 
TUNIS - De violents affrontements entre tribus rivales ont fait onze morts et plus de 100 blessés en trois jours dans la ville minière de Metlaoui, dans le sud-ouest tunisien, a indiqué dimanche soir à l'AFP une source autorisée au ministère de l'Intérieur.
 
Le dernier bilan est de 11 morts, avec 5 tués dimanche, a déclaré cette source.
 
Les forces de l'ordre ont interpellé 60 personnes et saisi deux fusils de chasse ainsi que des munitions, a-t-elle précisé.
 
Le couvre-feu établi samedi a été prolongé de 16h00 à 06h00 (15h00 GMT à 05h00 GMT).
 
Les violences qui ont débuté vendredi soir, dans ce bassin minier fortement touché par le chômage, auraient été déclenchées par une rumeur selon laquelle seules certaines tribus bénéficieraient d'embauches au sein d'une société locale d'exploitation du phosphate.
 
Les deux parties s'affrontaient armées de fusils de chasse, de barres de fer, de cocktails molotov, et des commerces de la ville ont été pillés ou brûlés. Des maisons ont été détruites à coup de bulldozer, selon l'agence officielle TAP.
 
Un précédent bilan dimanche à mi-journée faisait état de sept morts. Dimanche matin, un jeune d'une trentaine d'années a été tué à l'arme blanche, et un autre a succombé à ses blessures samedi soir, selon le ministère de l'intérieur. Un père et son fils étaient morts samedi lors d'une agression et deux hommes et une femme avaient été tués par balles la nuit précédente.
 
L'armée et la garde nationale ont déployé des renforts pour tenter de rétablir le calme dans la ville, située à environ 400 kilomètres au sud-ouest de Tunis.
 
Ce n'est pas la première fois que des tensions tribales ont lieu à Metlaoui depuis la chute du régime Ben Ali le 14 janvier. En mars, des affrontements avaient déjà fait deux morts.
 
Dans la même région de Gafsa, en avril, deux lycéens ont été tués et 43 personnes ont été blessées dans de violents affrontements.
 
Un millier de personnes, majoritairement des élèves, s'étaient battues munies de bâtons, d'armes blanches et de pierres autour d'un lycée de la ville de Sened, à 50 km à l'est de Gafsa, à la suite d'un désaccord entre lycéens appartenant à deux tribus rivales, selon le ministère de l'Intérieur.
 
Violences tribales en Tunisie: 7 morts en 3 jours, couvre-feu allongé

 

AFP / 05 juin 2011 16h10

TUNIS - Les violents affrontements entre tribus à Metlaoui, ville minière du sud-ouest tunisien, ont fait deux nouveaux morts, portant le bilan à sept tués et plus de 100 blessés en 3 jours et poussant les autorités à allonger le couvre-feu, a indiqué dimanche l'agence officielle TAP.

Le couvre-feu est prolongé de 16h00 à 06h00 (15h00 GMT à 05h00 GMT) selon la TAP qui cite les autorités locales, contre une précédente interdiction de circuler de 20h00 à 05h00 (19h00 à 04h00 GMT), décrétée samedi.

Parties d'une rixe entre deux jeunes vendredi soir, les violences entre factions tribales dans cette ville pauvre du bassin minier de Gafsa, à environ 350 kilomètres au sud-ouest de Tunis, ont déjà fait sept morts en trois jours.

Dimanche matin, un jeune d'une trentaine d'années a été tué à l'arme blanche, tandis qu'un autre a succombé à ses blessures samedi soir, a indiqué à l'AFP une source autorisée du ministère de l'intérieur.

Un père et son fils sont morts samedi lors d'une agression et deux hommes et une femme avaient été tués par balles la nuit précédente.

Des renforts de l'armée et de la garde nationale étaient attendus dimanche à Metlaoui pour tenter de rétablir le calme, selon l'agence officielle.

Les deux parties s'affrontaient armées de fusils de chasse, de barres de fer, de cocktails molotov, et des commerces de la ville ont été pillés ou brûlés. Des maisons ont été détruites à coup de bulldozer.

Ce n'est pas la première fois que des tensions tribales ont lieu dans cette ville depuis la chute du régime Ben Ali le 14 janvier.

En mars, une rumeur sur le recrutement au sein d'une société locale d'exploitation du phosphate d'une tribu aux dépens de l'autre avait déjà mis le feu aux poudres, dans une région fortement touchée par le chômage.

Dans la même région de Gafsa, en avril, deux lycéens ont été tués et 43 personnes ont été blessées dans de violents affrontements.

Un millier de personnes, majoritairement des élèves, s'étaient battues munies de bâtons, d'armes blanches et de pierres autour d'un lycée de la ville de Sened, à 50 km à l'est de Gafsa, à la suite d'un désaccord entre lycéens appartenant à deux tribus rivales, selon le ministère de l'Intérieur.

 
Naufrage de migrants libyen au large de la Tunisie: une vingtaine de corps repêchés

(AFP) – Le 5 juin 2011

TUNIS — Les autorités tunisiennes ont lancé dimanche les opérations de recherche des corps de plus de 200 migrants africains disparus jeudi après le naufrage d'un chalutier libyen, et une vingtaine ont déjà été récupérés, a déclaré à l'AFP un responsable de la garde maritime.
"Nous sommes arrivés sur place ce matin vers 06H00 (05H00 GMT) et nous avons déjà repêché une vingtaine de corps", a expliqué le lieutenant-colonel Tahar Landoulsi, chef de la garde maritime à Sfax (sud).
"Il y a beaucoup de cadavres dans le bateau, mais nous ignorons combien", a-t-il ajouté.
Les mauvaises conditions météo avaient jusqu'à présent empêché d'entamer les opérations de recherche au large des îles Kerkennah (sud), où s'est produit le drame.
Ces migrants partis de Libye tentaient de rejoindre l'île italienne de Lampedusa à bord d'un chalutier. Leur embarcation est tombée en panne mardi à 20 miles (36 km) des îles Kerkennah.
Quelque 577 personnes ont pu être secourues, dont 92 femmes et 21 enfants, mais entre 200 et 270 migrants ont probablement péri, le chalutier surchargé ayant finalement chaviré jeudi sous le poids des passagers après des bousculades pour tenter de monter à bord des bateaux de sauvetage.
Les migrants rescapés ont été transférés vers le camp de réfugiés de Choucha (sud), situé à proximité de la frontière tuniso-libyenne, à plus de 300 km de Sfax.
 

Communiqué de presse

Les jeunes migrants tunisiens de Lampedusa

au Parlement Européen le 8 juin 2011


 

« Nous demandons à l’Europe une mesure de régularisation de notre situation administrative qui nous permet de vivre, de travailler, d’aider nos familles et nos régions à se sortir de la situation critique qu’elles vivent. Nous ne pouvons rentrer chez nous sans que cela nous soit gravement préjudiciable, sans que cela ne compromette nos espoirs d’assurer des possibilités de vie décente à nos familles malgré la période difficile qui s’annonce, et sans que cela soit une menace à la stabilité et à la sûreté de nos régions sinistrées. L’Europe ne nous a pas aidé à nous débarrasser de la dictature, nous demandons qu’elle ne nous interdise pas de franchir nos premiers pas vers la construction d’une vie meilleure pour nous et pour les nôtres, librement »

 

Le 8 juin 2011 une délégation de migrants tunisiens arrivés à Lampedusa après la fuite du dictateur Zîne El-Abidîne Ben Ali se rendront à Strasbourg, lors de la session plénière du Parlement Européen. Ils viendront de plusieurs villes où se trouvent des collectifs de migrants tunisiens de Lampedusa (Paris, Marseille, Nice, Vintimille, Le Mans, Nantes…) et porteront leur revendication principale : La régularisation de leur situation administrative par l’octroi d’une protection temporaire telle que prévue par la Directive 2001/55/CE du Conseil Européen du 20 juillet 2001.

Ils seront accompagnés de représentants d’associations qui les soutiennent, animeront un débat dans l’enceinte du Parlement Européen avec des parlementaires et tiendront un point presse. Le voyage est organisé par la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR).l'Association des Travailleurs Maghrébins en France (ATMF) – l'Association Démocratique des Tunisens en France (ADTF ex ATF-Paris), l'Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT-IDF),

 

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Omeyya Sedik +33699875623 - Mouhieddine Cherbib 0615577914


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Lyon. Rassemblement contre la venue d'un ancien ministre de Ben Ali

5 juin 2011 à 17h10-
Quelque 300 Tunisiens, selon les organisateurs, se sont rassemblés aujourd'hui à Lyon et ont empêché Mohamed Jegham, ancien ministre tunisien du président déchu Ben Ali, de tenir une conférence, en dénonçant "les vieux loups" qui "rôdent toujours".
Mohamed Jegham, qui a été notamment ministre de l'Intérieur et ministre de la Défense nationale jusqu'en 2001, a fondé récemment un parti, baptisé El Watan, et est entré en campagne. Selon Abdelaziz Chaambi, l'un des initiateurs de la manifestation lyonnaise, "il a été renvoyé par le peuple et il essaie de revenir par la fenêtre". Des Tunisiens de tous âges, certains portant des drapeaux, ont bloqué les entrées de la salle où devait se tenir la conférence, dans le 7e arrondissement.
"RCD (le parti de Ben Ali, ndlr) dégage" et "les vieux loups rôdent toujours", pouvait-on lire sur des affiches placardées sur la porte d'entrée, qu'ils avaient fermée avec un cadenas. "Nous dénonçons la complicité de Jegham et aussi de l'Etat français qui lui a accordé un visa pour venir faire une tournée en France", a ajouté M. Chaambi, président de l'association "les amis de Mohamed Bouazizi", du nom du vendeur de légumes qui s'était immolé par le feu en décembre 2010, déclenchant la révolution tunisienne.

Grève à Tunisie Télécom
Et hop ! On coupe les lignes


Depuis deux ou trois jours, les services de Tunisie Télécom ont procédé à la coupure des lignes téléphoniques et des abonnements ADSL à des milliers de clients sans préavis. Renseignement pris : ces clients ont dépassé les délais de règlement de leurs factures du 1er trimestre 2011. C’est une procédure ordinaire qui se termine généralement par le rétablissement immédiat des lignes coupées sitôt que l’abonné règle sa facture impayée.


Mais le problème est que Tunisie Télécom est à présent en grève depuis plus d’un mois ; ce qui est impossible pour ces milliers d’abonnés de payer leurs dus tant que les bureaux régionaux et locaux de cette institution restent fermés. D’autres clients affirment être victimes depuis le déclenchement de la grève à Tunisie Télécom d’interruptions successives sur les lignes du téléphone fixe et sur le réseau ADSL, quand bien même ils n’auraient pas de factures impayées.
Si cette désicion de couper les lignes entre dans les stratagèmes des grévistes pour exercer des pressions sur les autorités compétentes pour les amener à satisfaire à leurs revendications syndicales, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils ont tort en agissant de la sorte, puisque ces milliers de clients privés des services du téléphone fixe et d’Internet vont subir les graves conséquences de cette décision prise automatiquement et sommairement sans que l’intérêt général ne soit pris en compte, surtout en cette période d’examens de fin d’année où nos enfants ont le plus besoin des services Internet pour leurs révisions !
C’est une pratique irresponsable et très nuisible aux droits des citoyens qui nous rappelle celle des administrations sous l’ancien régime et que nous croyons révolue à jamais depuis la Révolution. D’autant plus que les services Internet sont devenus indispensables dans notre vie quotidienne et dont on ne peut se passer facilement. Force est de constater que la plupart de ces clients victimes de cette coupure subite sont prêts à régler leur situation de bon cœur auprès de Tunisie Télécom. D’ailleurs, certains ont payé leurs factures en question auprès des bureaux de la poste ; mais ils attendent avec impatience le rétablissement de leurs lignes coupées qui apparemment va encore tarder à cause de cette grève illimitée et qui s’étend malheureusement jusqu’aux services techniques de Tunisie Télécom.
Que les employés de cette institution de services fassent la grève, c’est leur droit ; mais il aurait fallu assurer une permanence au niveau des services de dérangement et de rétablissement des lignes pour ne pas entraver les intérêts du client qui ne doit en aucune manière servir de tremplin ou d’otage pour aboutir à des fins qui ne le concernent pas ! Espérons que cette grève prendra bientôt fin et que les malheureux clients verront bientôt leurs lignes d’Internet rétablies, surtout que ces clients ont des abonnements en cours avec les fournisseurs des services Internet et que suite à la coupure opérée récemment par Tunisie Télécom ces abonnements ne sont pas exploités !

Hechmi KHALLADI
(Source: “Le Temps” (Quotidien – Tunisie) le 5 juin 2011)

http://www.letemps.com.tn/article-56468.html

2500 cas de contamination à la bactérie «Eschrichia Coli» : 19 morts, dont 18 en Allemagne
On attend les touristes allemands… pas la bactérie
 



Après les années de panique terrorisant la planète entière sous formes de calamitées : vache folle, grippe porcine et grippe aviaire, voilà qu’une autre bactérie vient susciter la crainte des gens et semer la zizanie en Europe pour se répandre un peu partout dans le monde : il s’agit de la bactérie « Escherichia Coli » (Eceh) qui s’est manifestée en Allemagne pour se propager aussitôt dans quelques pays européens.
Des cas ont été signalés en Autriche, en République Tchèque, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, en Norvège, en Espagne, en Suède, en Suisse, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

L’épidémie en question a causé jusqu’à présent la mort de 19 personnes dont 18 en Allemagne. En fait, on recense déjà 2500 cas. Une bactérie tueuse d’origine végétale ? Pour le moment les scientifiques ne trouvent toujours pas de réponses exactes ni de solutions pour parer à cette endémie et trouver la solution idoine. Les analyses ne permettent pas pour l’instant « d’incriminer » les légumes. Les concombres, le premier légume à avoir « inculpé », vient d’être disculpé par les scientifiques. Mais après quoi ? De lourdes pertes ont été supportées par les agriculteurs et les producteurs européens de légumes. Même si la piste des concombres a été semble-t-il abandonné, la psychose guette les consommateurs européens. Selon les dernières infos, les Allemands sont sur une nouvelle piste : il semble que 17 personnes contaminées aient pris leur repas dans un même restaurant situé dans le Nord de l’Allemagne. Signalons qu’après contrôle, l’établissement en question a été « innocenté ». Les recherches se poursuivront quand même pour élucider et découvrir l’origine de l’épidémie pouvant éventuellement émaner d’un fournisseur, d’un transporteur ou autres.

Entre temps et en attendant la fin des enquêtes et des analyses scientifiques, c’est la trouille. Tous les fruits et autres légumes produits en Europe sont aujourd’hui suspectés.

D’ailleurs, même chez nous, on commence à s’interroger si l’épidémie guette notre pays ? Certains s’inquiètent même de la provenance des légumes et des fruits qu’on trouve sur nos étalages et notamment dans les super et hyper marchés. L’épidémie peut-elle migrer jusqu’en chez nous? Un comité de veille ou de suivi vient d’être créé en Tunisie pour pister la situation, sensibiliser les citoyens sur les moyens de prévention afin de parer à toute méchante éventualité. Pour le moment, on touche le bois tout en prenant les précautions élémentaires. Cela dit pas de panique.

(Source: “Le Temps” (Quotidien – Tunisie) le 5 juin 2011)

L’avocat libanais Akram Azouri, qui assurera la défense de Zine El Abidine Ben Ali, affirme que ce dernier n’avait
«aucun bien en dehors de la Tunisie». C’est, donc, aux autorités judiciaires d’apporter la preuve du contraire.
 




L’ex-président a fait appel à un avocat libanais de renom pour assurer sa défense devant les tribunaux tunisiens et internationaux. «Je ne représente que (l’ex) président», a déclaré Me Akram Azouri, interrogé pour savoir s’il assurait également la défense des proches du chef d’Etat déchu.

Tout en affirmant n’avoir pas encore eu accès au dossier, Me Azouri a ajouté avoir commencé à prendre des «mesures» pour dénoncer la «médiatisation» des décisions de gel des avoirs de l’ex-président dans plusieurs pays, assurant que M. Ben Ali n’avait «aucun bien en dehors de la Tunisie». «Si ces autorités ne disent pas de quels avoirs il s’agit, c’est considéré comme un acte de diffamation», a-t-il assuré.
Kadhem Zine El Abidine, représentant du ministère de la Justice, qui parlait, le même jour, au cours d’un point de presse au siège du Premier ministère, à Tunis, a affirmé que les affaires et les accusations relatives au président déchu et ses proches, ont atteint, jusqu’à ce jour, 88 affaires, dont 28 au sujet desquelles les juges d’instruction ont émis des commissions rogatoires et des mandats d’amener internationaux et ont été déférées devant le tribunal militaire.

Les accusations portent sur des crimes «d’homicide volontaire, d’incitation des gens à s’armer les uns contre les autres, d’abus de pouvoir, de malversation, de trafic de pièces archéologiques, de blanchiment d’argent et de violation de la réglementation sur les marchés publics».
 
D’un autre côté, le représentant du ministère de la Justice a affirmé que deux autres actions en justice ont été intentées à l’encontre du président déchu et de sa famille et seront bientôt examinées devant le tribunal militaire. La première concerne les montants en devises et objets précieux trouvés dans le palais de Sidi Dhrif, près de Sidi Bou Saïd, au nord de Tunis. La seconde est en rapport avec les quantités de drogues et d’armes trouvées dans le palais de Carthage.

L’avocat libanais de Ben Ali pourra-t-il défendre son client devant le tribunal militaire de Tunis? Non, a répondu le responsable du ministère de la Justice. Car, a-t-il expliqué, l’article 141 du Code de procédure pénale tunisien stipule que les prévenus qui ne se présentent pas au tribunal ne bénéficient pas de la défense et aucun avocat ne peut les représenter.
 
(Source: “Kapitalis” le 5 juin 2011)

La liberté de la presse, principale garantie de la transition démocratique


"La liberté de presse, principale garantie de la transition démocratique", tel est le signe sous lequel a été placé le 2e congrès du syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) qui a ouvert ses assises, hier, en fin de matinée, à Tunis, et au terme duquel un bureau exécutif du syndicat sera élu pour le mandat 2011/2014.

Ce congrès, dont les travaux se tiennent les 4 et 5 juin 2011, se déroule en présence des représentants de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), de l'Union des journalistes arabes (UJA) ainsi que de plusieurs journalistes et communicateurs tunisiens.

La première séance du congrès a été l'occasion de retracer les péripéties du journalisme en Tunisie sous l'ancien régime, passant en revue les exactions commises à l'encontre de certains journaliste lors de l'exercice de leur devoir professionnel.

Les intervenants ont été unanimes à mettre l'accent sur la nécessité d'instaurer des mécanismes permettant de promouvoir la profession journalistique, dès lors qu'elle constitue un fondement essentiel pour la consécration de la démocratie et un baromètre du degré de maturité des peuples.

"Notre rôle majeur est de promouvoir le paysage médiatique afin qu'il soit à l'aune d'une étape qui reflète l'élan révolutionnaire que connaît le peuple tunisien", a précisé le président du syndicat national des journalistes tunisiens, Néji Baghouri, ajoutant que "la liberté d'information et d'expression est une revendication inaliénable."

De son côté, le président de l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication,M. Kamel Laâbidi, a appelé à la nécessité de faire preuve de solidarité et de plaider en faveur de la concertation et le dialogue entre tous les journalistes, l'objectif, a-t-il indiqué, "étant de rehausser la profession journalistique et d'en promouvoir le rendement."

A cette occasion, les représentants du FIJ et de l'UJA ont fait part de leur solidarité avec les journalistes tunisiens dans leur militantisme pour l'instauration d'une presse libre en phase avec les revendications prônées par la révolution tunisienne.

La séance a été marquée par la présentation d'un exposé exhaustif des rapports moral et financier du syndicat et par l'élection du journaliste du quotidien "La Presse", Sofiène Ben Farhet, en tant que président du 2ème congrès du Snjt

Il est à rappeler que les élections du bureau exécutif du syndicat auront lieu aujourd’hui à Tunis, alors que le vote s'effectuera à partir de 09h00 jusqu'à 16h00.
Trois listes ainsi que plusieurs journalistes indépendants seront en lice pour le poste de membre du nouveau Bureau du Snjt.
 
(Source: “La Presse ”(Quotidien – Tunisie) le 5 juin 2011)

Mustapha Ben Jaâfar
Questions/ Réponses
« Il n’y a pas de place, en Tunisie, pour un parti religieux et qui, de surcroît, prétend parler au nom de l’Islam »


Mustapha Ben Jaâfar, Secrétaire général d’Attakattol (FDTL) fait un tour d’horizon de la situation en Tunisie : la Constituante, le positionnement vis-à-vis de la France… L’essentiel à ses yeux est qu’on peut faire de la politique « sans manigances » ni « compromis »…Et pour une question d’identité, il affirme qu’Attakattol est plutôt au ‘’centre-gauche’’.


Le Temps : Le 22mai vous avez annoncé, lors d’un meeting, que dans une semaine, c’est-à-dire, le 1er juin votre programme électoral sera fin prêt. Il tarde à venir semble-t-il.

Mustapha Ben Jaâfar : La date des élections a été reportée. Nous allons donc prendre beaucoup plus de temps pour apporter plus de précision à ce programme qui se prépare à feu doux par une équipe de jeunes compétences dans tous les secteurs politique, social, et culturel. Nous prévoyons une rupture avec la dictature par la réforme des institutions avec la mise en place de pouvoirs séparés, une justice indépendante et une information libre. Nous pensons que l’Etat doit reprendre son rôle de Stratège et de régulateur dans le secteur économique car nous ne pensons pas que la liberté du marché puisse apporter la solution aux injustices qui ont marqué l’ère Ben Ali. Il faudra également s’attaquer aux priorités telles que le problème du chômage qui nécessite un grand effort d’investissement de l’Etat par la création d’un vrai climat d’affaires encourageant l’entreprise privée nationale et internationale. Cela nécessite aussi et fondamentalement une réforme radicale du système éducatif transformé par la démagogie de Ben Ali en véritable fabrique de diplômés chômeurs. Les domaines de la culture et du sport ne sont pas en reste, car c’est à l’école dans des clubs de jeunes et de terrains de sport qu’on forme notre jeunesse et qu’on la prépare à un avenir meilleur.

Etes-vos confiant pour la réussite de ces élections de la Constituante ? Ou alors êtes-vous déçu à cause du report de la date du 24 juillet ?

Les élections sont un point de départ qu’il faut réussir. C’est pour cela que nous ne nous sommes pas laissé entraîner à FDTL par le débat sur la date. La priorité est pour l’organisation d’élections démocratiques et transparentes. Par ailleurs nous sommes déçus, car nous voulions passer à une autre étape de légitimisation des institutions au plus tôt. Mais cela ne doit pas se faire aux dépens de la qualité des élections. Il s’agit de jeter les fondations de la Tunisie nouvelle. Nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Des voix s’élèvent aujourd’hui avançant qu’on aurait pu rééditer la Constitution de 1959 au lieu de la refaire. Histoire de gagner du temps. Qu’en pensez-vous ?

Toutes les hypothèses peuvent être soumises à la discussion. Nous pensons à Attakattol, et en respect à la Révolution et à ses martyrs, qu’il est important de faire un geste fort en tournant la page de la Constitution de 1959 tellement manipulée qu’elle devient méconnaissable.

Vous avez envoyé dernièrement une lettre au Président français. Est-ce qu’on a besoin de la France de Sarkozy?

On a besoin de la France tout court. On ne peut pas vivre à l’écart du monde en autarcie cloisonnée. Aujourd’hui 80% de nos échanges économiques se font avec les pays de l’Europe avec une dominante du sud de l’Europe, la France, l’Italie et l’Espagne. C’est vital pour la Tunisie de garder de meilleurs rapports avec la France. Mais il faut que cela se fasse d’une manière équilibrée sur la base de l’intérêt national qu’on défend bec et ongles dans le respect des valeurs fondamentales de démocratie et des droits de l’Homme.
 
Est-ce qu’on peut avoir une idée sur le contenu de cette lettre ?

C’est une protestation contre les traitements infligés à nos concitoyens qui fuyant la misère se sont jetés à l’eau, au péril de leur vie, pour rejoindre le nord de la méditerranée. En même temps c’est un appel au Président français pour traiter nos concitoyens en vertu de la déclaration des droits de l’Homme. On a insisté sur le fait qu’il ya d’autres solutions pour aider la Tunisie dans la phase délicate qu’elle traverse notamment par la signature des contrats formation travail, en laissant la liberté à nos concitoyens par la suite, de rentrer chez eux ou de rester en Europe dans la dignité. J’ai, par ailleurs, souligné le paradoxe qui fait que la Tunisie reçoit des dizaines de milliers de réfugiés fuyant la Libye sous le feu de l’OTAN et que l’Europe riche est incapable de recevoir quelques milliers transitant par la Méditerranée.

D’après-vous, le printemps Arabe va-t-il obliger l’Occident à changer son regard vis-à-vis de nous ?

C’est une revendication ancienne du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL). On a toujours critiqué la vision européenne qui privilégie la sécurité et la stabilité aux dépens des libertés et de la démocratie. Nous pensons que la vraie stabilité ne peut être acquise qu’avec une démocratie participative. Aujourd’hui la preuve est faite que démocratie et culture arabo-musulmane se conjuguent pour aller à l’encontre de certaines idées reçues qui ont la vie dure et qui ont considéré que l’Islam et la démocratie sont incompatibles.

L’Occident, il faut dire, a failli à ses devoirs puisque d’une manière ou d’une autre aurait soutenu les dictatures pour que Ben Ali puisse imposer son système dictatorial sur la Tunisie. Cela nous a coûté pas mal de sacrifices.
 
Vous avez critiqué le gouvernement Ghannouchi. Est-ce que le gouvernement Caïd Essebsi est au dessus des critiques ?

Aucun gouvernement n’est au-dessus des critiques. Les deux gouvernements provisoires n’ont pas réussi à un moment crucial de donner des signaux qui rassurent l’opinion publique en un temps où le Tunisien a perdu sa confiance dans le régime Ben Ali. Nous avons senti que le gouvernement Ghannouchi a privilégié la continuité aux dépens du changement. Le résultat est qu’on n’a pas pu éviter le gâchis. On a notamment perdu un temps précieux et été obligé de reporter la date des élections qui sont un passage d’une situation de transition à la légitimisation de nos institutions. Le gouvernement Essebsi a rectifié le tir, en ce sens où il a montré qu’il est question de faire une rupture avec le passé et en acceptant qu’une institution indépendante représentant les forces vives de la société copilote cette phase transitoire.

D’aucuns considèrent que la révolution égyptienne a pris de l’avance par rapport à la nôtre. On n’a pas encore extradé Ben Ali et accéléré les processus pour récupérer l’argent du peuple volé. Le silence complice du gouvernement Essebsi n’est –il pas préjudiciable?

On ne peut pas comparer deux situations différentes. Il est vrai qu’en Egypte on a marqué quelques points en matière de poursuite contre les symboles de la dictature, mais je pense que la Révolution tunisienne est en train d’avancer non pas d’une manière spectaculaire mais sûre. Cela est dû à l’attitude de notre armée qui s’est comportée en armée républicaine respectueuse de la Révolution et des martyrs. Reste que nous déplorons certaines lenteurs dans les réformes nécessaires aux systèmes sécuritaire et judiciaire. Nous déplorons également la lenteur de la commission indépendante chargée de réglementer le secteur des médias. Nous ne comprenons pas qu’à ce jour il n’y ait pas de règles concernant le financement des partis politiques.

Puisqu’on y est, où est-ce que vous vous positionnez dans le paysage politique et par rapport à ceux qui ne sont pas de votre bord : les islamistes ?

On ne peut pas prendre en compte les schémas occidentaux qui ne correspondent pas forcément à notre situation. Mais bon si l’on prend le modèle français Ettakattol sera au centre gauche. Nous correspondons à la véritable image de la société tunisienne qui est une société de modération enracinée dans sa culture et son histoire arabo-musulmane mais ouverte sur les autres civilisations extérieures dans le respect des valeurs universelles des libertés de la démocratie et de l’égalité homme/femme.

Hamadi Jébali, le Secrétaire général d’Ennahdha, a annoncé lors d’une conférence de presse la semaine écoulée que son parti est « civil ». Comment réagissez-vous à cela ?

On peut soulever certaines contradictions dans les propos des uns et des autres. Il faut dire qu’Ennahdha soumis à des critiques et suscitant certaines peurs essaye d’y remédier en affirmant qu’il est un parti civil. C’est ce que nous avons toujours demandé. Car il n’y a pas de place en Tunisie pour un parti religieux qui prétend parler au nom de l’Islam qui est une référence commune en terre d’Islam. Il va falloir aujourd’hui, juger tout le monde sur ses actes. Les élections sont une occasion historique pour savoir s’il s’agit d’un double langage ou d’une question de changement réel. Cela ne concerne pas uniquement Ennahdha mais tous les partis idéologiques de droite ou de gauche.
 
Vous êtes présidentiable. Est-ce que la présidence vous tente pour autant ?

Il n’est pas encore temps d’y répondre. Pas avant les élections de la Constituante. Pour le moment l’essentiel pour moi est de faire gagner à Attakattol la place qui convient compte tenu de son combat contre la dictature et de sa capacité de participer à l’édification de la Tunisie nouvelle. Le jour venu, je resterai comme avant au service de l’intérêt national.

Croyez-vous vraiment qu’on peut faire de la politique sans user de manigance et sans compromis ?

Oui cela est possible. Je vous remercie pour cette question car je pense et sans flagorneries que cela correspond à Attakattol qui sur ses trente ans de combat en a donné la preuve. Il a toujours été question pour nous de respecter les valeurs fondamentales et l’action politique qui pour nous doit être conjuguée avec éthique. Et c’est en s’inspirant de ces valeurs que nous avons décidé de nous engager au service de la Révolution et des objectifs définis par ses martyrs.

Est-ce que le militantisme politique et celui des droits de l’Homme sont compatibles ?

En militant des droits de l’Homme je peux vous le confirmer. Il faut savoir mettre la casquette là où il faut quand il le faut. Il ne faut pas oublier qu’au temps de Ben Ali le combat était pour la liberté et les droits de l’Homme, car politique et opposition étaient interdits… Un militant des droits de l’Homme n’est pas moins citoyen qu’un militant syndicaliste ou politique tant qu’il est capable d’éviter les confusions des genres.
 

(Source: “Le Temps” (Quotidien – Tunisie) le 5 juin 2011)

Entetien avec : Interview de Omar S’habou, président du Mouvement réformiste
«Je me définis comme un Bourguiba démocrate»



Omar S’habou n’est pas né de la dernière pluie et on peut dire sans se tromper que sa carrière est bien remplie tant ses champs de prédilection et d’intérêt sont larges et nombreux : le journalisme, la politique et la spiritualité.

Le journaliste a dirigé plusieurs organes de presse du Parti socialiste destourien (PSD) du temps de Bourguiba : l’Action dont il était le rédacteur en chef, Dialogue, une revue hebdomadaire qu’il a dirigée avant de fonder sa propre revue, Le Maghreb (1981-1990), ce qui était là sa manière de s’insurger contre le despotisme grandissant de Bourguiba vers la fin de son règne.

Entre-temps, parti à Paris poursuivre et approfondir ses études (DEA), il en profita, encore et toujours, pour exercer le métier qui l’a toujours passionné à Jeune Afrique, réalisant de grands reportages sur la révolution iranienne.

Le politique a fait un bref passage de 4 mois au ministère de l’Intérieur en tant que directeur général des affaires politiques en 1980.

A l’ère Ben Ali, la répression l’a touché : arrêté à plusieurs reprises, condamné en 1991 à 12 mois de prison pour avoir rencontré des dirigeants de l’opposition en exil, il finit par s’exiler pendant dix ans en France, où il a été élu président de la Ligue du Maghreb pour la démocratie.

De retour, enfin, après le 14 janvier, il fonde son parti le Mouvement réformiste tunisien (MRT) et s’apprête à lancer le Maghreb qu’il a converti en quotidien.

Le spirituel ne regrette pas les pérégrinations qui l’ont amené à connaître de près plusieurs religions et courants spirituels dont le bouddhisme, le taoïsme et surtout le bahaïsme dont il est revenu avec la certitude que l’Islam couvre les fondements spirituels de toutes les autres religions. Nous avons rencontré Omar S’habou sur son propre territoire politique et médiatique, dans un immeuble haut standing de trois étages, à Montplaisir, à Tunis où il coache ses poulains politiques et ses combattants de la plume.

Interview


Pourquoi avez-vous décidé de fonder un parti politique, le MRT ?

Je veux contribuer au rassemblement du peuple destourien qui est actuellement orphelin, et quand je dis peuple destourien j’exclus, évidemment, tous ceux et celles qui ont vampirisé le courant réformiste destourien à qui la Tunisie doit tant.

Vous allez donc remplacer Bourguiba
Je n’ai jamais prétendu à cela, mais c’est une démarche qui s’inscrit dans cet esprit, toutes proportions gardées, bien sûr.


Votre parti milite pour que le Tunisien soit ancré dans sa tunisianité. Qu’entendez-vous par tunisianité ?

Je refuse tout simplement de limiter l’identité tunisienne à la dimension arabo-musulmane. Le processus historique est beaucoup plus large que cette unique dimension, fût-elle la plus importante, la plus chère à mon cœur et celle qui a imprimé de ses profondeurs l’identité tunisienne d’aujourd’hui; mais réduire notre identité à la composante arabo-musulmane me semble une négation partielle du moins de notre histoire et de nos spécificités.

Votre parti se propose de remplacer le concept de la laïcité par la neutralité de l’Etat. Pouvez-vous expliciter davantage ce concept ?

C’est simple, nous refusons d’importer un débat qui n’est pas le nôtre et au sujet duquel les controverses demeurent interminables dans le pays même où il est né.

Pourquoi serions-nous obligés de l’importer, d’autant plus que nous l’avons affublé d’un terme désastreux en langue arabe (ilmania) qui a exacerbé les tensions et qui a favorisé les procès d’intention, puisque laïc est devenu synonyme d’athée !

Donc, nous avons choisi de lui substituer le concept de neutralité de l’Etat ou de l’Etat civil, et nous avons fondé cette conception des choses sur des versets coraniques qui interdisent toute immixtion d’une tierce personne ou d’une autorité dans la relation verticale entre Dieu et l’homme.

Comment votre parti appréhende-t-il le type de régime de la nouvelle République ?

Je suis un fervent défenseur du régime semi-présidentiel, je ne crois pas que le tissu politique actuel de notre pays, qui se caractérise par un émiettement des partis (plus de 80), soit de nature à favoriser un parlementarisme qui nous prémunit contre l’instabilité gouvernementale. Le régime semi-présidentiel, dans la mesure où il permet l’élection du président de la République au suffrage universel, et non par le Parlement, présente l’avantage d’assurer la permanence de l’Etat et le fonctionnement dans la durée de ses institutions. En même temps, le Parlement a suffisamment de prérogatives pour contrôler le chef de l’exécutif et le confiner dans ses strictes prérogatives constitutionnelles.

Dans votre plateforme vous comptez substituer, dans les plus brefs délais, l’anglais au français comme 2e langue de base à côté de l’arabe, pourquoi donc ? N’est-ce pas là consacrer la langue seulement comme un outil et non comme une culture également ?

Le français nous a été imposé par l’histoire, et nous l’avons adopté comme outil d’ouverture sur le monde occidental. Il n’est pas un organe de dépendance organique avec la France. Je considère qu’aujourd’hui l’outil linguistique, qui nous permet une ouverture non plus seulement sur le monde occidental mais sur l’ensemble du monde est l’anglais.

La greffe de l’anglais ne sera pas faite ex-nihilo, mais elle va s’ajouter à un substrat culturel occidental. Cela dit, je ne préconise pas le remplacement brutal mais progressif.

Votre parti se réclame de la pensée bourguibienne réconciliée avec la démocratie, mais il y a aussi cette dimension despotique bourguibienne.

Je crois toujours à la dimension réformiste de la pensée bourguibienne, mais je me suis insurgé contre son autoritarisme et sa conception plutôt despotique dans l’exercice du pouvoir, la preuve j’ai rompu avec son régime en 1980 pour créer la revue Le Maghreb (1981-1990) qui aura été un support incontestable du mouvement démocratique tunisien.

Donc, je revendique ma filiation par rapport à la pensée réformiste tout en récusant l’aspect dictatorial et je me définis comme un Bourguiba démocrate.

Pensezdémocrate -vous qu’en 2011 le peuple va voter pour un parti qui se réclame de Bourguiba ou pour un Bourguiba ?

Je pense qu’il y a au sein de notre peuple un lien non négligeable qui reste imprégné du réformisme bourguibien et qui peut se retrouver dans cette façon de voir.

Dans la plateforme politique du MRT, vous ne cachez pas votre ambition de briguer les leviers de commande. Mais est-ce réaliste, vu que votre parti n’a que deux mois d’existence?

La vocation naturelle d’un parti est d’accéder au pouvoir pour concrétiser ses idées quel qu’en soit l’âge. Pour ce qui est de Omar S’habou, son parcours politique et médiatique est bien antérieur au parti qu’il a constitué. Il a, si vous voulez, une légitimité en soi. Le parti peut bénéficier de la longévité du parcours de son fondateur.

Maintenant en tant que parti, que pensez-vous des chiffres sur la présence des partis sur les plateaux de télévision, Ennahdha, Ettajdid et le PDP occupant, selon un certain sondage, la tête de liste…
Dès lors qu’il n’y a pas de loi organisant la campagne électorale, on ne peut faire de reproche à qui que ce soit. Ce n’est ni normal, ni exemplaire, au vu de ces chiffres, mais cela indique l’urgence qu’il y a à créer une institution comme celle qui veille, en France, à réguler la représentativité des partis et de leur activité dans les médias de manière équitable.


Maintenant, parlons de la situation politique actuelle ? Comment l’analysez-vous ?

Je la ramène à une dialectique que je considère positive entre les forces qui veulent faire aboutir la révolution à son terme et les forces qui ne l’entendent pas de cette oreille, qui peuvent se manifester à travers des institutions, des corps constitués, des personnes et des cartels d’intérêts.

Donc, ce que je constate c’est que cette dialectique est en train d’être soutenue par ce que j’appelle un pacte consensuel implicite de l’écrasante majorité des Tunisiens, et c’est grâce à ce pacte que malgré tout l’Etat est encore debout et la Tunisie aussi.

Etes-vous pour le report de l’élection de la Constituante au 16 octobre 2011?

Oui bien sûr, absolument. Parce que les raisons avancées par l’Instance des élections sont logiques, irréfutables, convaincantes et incontournables.
Seuls ceux qui ont des arrière-pensées électoralistes sont frappés de cécité.

Comment évaluez-vous le rendement de la justice concernant les affaires de corruption et de malversations ?

Il est insuffisant et incompréhensible, je ne comprends toujours pas pourquoi ce n’est pas le parquet qui poursuit, de par sa fonction naturelle, les cas de corruption.

Faut-il imputer cette lenteur à un pouvoir occulte ?

Je ne sais pas. Je me limite à constater que ce fait est à la limite de l’absurde.

Êtes-vous satisfait, d’autre part, de la situation sécuritaire ?

Si on prend les choses au cas par cas, la situation peut paraître dramatique, mais au vu de l’ensemble du pays, les forces de l’ordre, toutes catégories confondues, et l’armée nationale sont en train d’avancer dans l’instauration de la sécurité. Cela est dû, à mon sens, à un changement de paradigme qui est en train de s’opérer dans la neutralité même des forces de l’ordre.

Maintenant, en se focalisant sur Omar Shabou, l’homme. D’aucuns s’interrogent sur les zones d’ombre de votre parcours spirituel. Qu’en dites-vous ?

Mon rapport à la religion a connu un tournant décisif à l’âge de 24 ans, quand j’ai décidé, à propos du Coran, d’en avoir définitivement le cœur net : est-il une œuvre divine ou humaine ?

Après trois lectures approfondies du Coran, j’ai fini par admettre que le saint Coran est bien l’œuvre d’une autorité divine en raison des «Iâjaz» (miracles) de toutes sortes qui l’imprègnent. J’ai commencé alors à appliquer à la lettre ses préceptes et recommandations dont le «Haj» que j’ai effectué à l’âge de 30 ans, mais j’ai continué à m’intéresser à la spiritualité universelle. J’ai toujours eu soif de percer les mystères de l’invisible et de l’au-delà.

Cette soif m’a conduit à approfondir mes connaissances des autres religions comme l’hindouisme (krishna), le bouddhisme (shakiamuni), le taoïsme (l’ouste), l’ismaélisme et le bahaïsme.

J’ai découvert dans cette spiritualité certains préceptes universels, qui répondent à ma vision de la vie, jusqu’à ce que je découvre en 1995, qu’elle est une mystification, puisqu’elle prétend, entre autres, que l’humanité allait entrer en masse dans ses rangs dès l’année 1990. Ce qui est une parfaite absurdité démentie par les faits: ceux qui en sortent sont toujours plus nombreux que ceux qui y entrent.

Toutefois, je ne regrette pas d’avoir fait toutes ces pérégrinations spirituelles.

J’ai acquis la certitude que l’Islam est la religion qui couvre les fondements spirituels de toutes les autres. Mais, j’ai une lecture tunisienne du Coran et de l’Islam, celle qu’ont initiée les cheikhs Mohamed Nakhli, Taher et Fadhel Ben Achour, puis les Haddad, Bourguiba et que poursuivent les Mohamed Talbi, Hichem Djaïet, Raja Ben Slama, Abdelmajid Charfi, Olfa Youssef et autres.

Pour terminer êtes-vous optimiste quant à l’avenir du pays ?

Je suis fondamentalement optimiste. S’il y a un seul peuple arabe qui puisse réussir dans la construction d’une société démocratique, c’est bien le peuple tunisien, grâce à son génie propre, grâce aux réformes structurelles initiées par Bourguiba au lendemain de l’indépendance.

Etes-vous candidat à l’élection présidentielle ?

Ne bousculons pas les choses. Il est encore tôt pour me prononcer. Aujourd’hui le plus urgent est de contribuer activement à la pleine réussite de la transition démocratique et de doter la Tunisie d’une Constitution digne des aspirations de son peuple.

(Source: “La Presse ”(Quotidien – Tunisie) le 5 juin 2011)
http://www.lapresse.tn/05062011/30615/je-me-definis-comme-un-bourguiba-democrate.html
 

La «catastrophe» touristique tunisienne



Le mois de juin est déjà entamé, le soleil inonde les transats sur les plages, les moteurs des piscines tournent en rond, et toujours pas l'ombre d'un touriste en Tunisie.
Le petit pays qui marche sur un fil depuis sa révolution de janvier traverse, quatre mois après, une crise sociale, économique et politique.
Dans le même temps, la Tunisie doit assurer à ses touristes un semblant d'équilibre économique, la sécurité dans les rues et le sourire aux lèvres de la population. Un exercice d’équilibriste sans filet pour des Tunisiens qui depuis trente ans se sont reposés sur le levier du tourisme.
Selon le site Business.news, une conférence des professionnels du secteur du tourisme s'est tenue à Tunis le 2 juin 2011. A cette occasion, certains ont qualifié la saison 2011 de «catastrophique» pour la Tunisie, enregistrant par rapport à 2010, une baisse record de l’ordre de 50% selon La Presse.tn.
Organisée par la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), la Fédération des agences de voyage (FTAV) ainsi que plusieurs professionnels du tourisme, la conférence a tenu à faire le point sur ce qui s'annonce depuis le début du printemps comme un désastre économique.
Alors que la saison touristique a commencé depuis plus d'un mois, les hôtels tunisiens restent vides et enregistrent tous les jours des annulations dans leurs réservations.
Les motifs avancées par les professionnels sont multiples: la menace d’attentats, le conflit Libyen aux portes du pays, les grèves à répétitions, l’image médiatique du pays… Autant de raisons pour annuler un séjour d'une ou deux semaines. L'impact sur l'emploi illustre l'ampleur des répercussions:
«Sur 104 établissements à Sousse et Kantaoui, 30 ont fermé. 5.000 emplois sont menacés actuellement alors que 5.000 personnes qui devaient reprendre le travail ne l’ont pas fait à cause de la conjoncture», précise le représentant de la fédération régionale de l’hôtellerie, Boubaker Bouzrara.
Sur l’île de Djerba, dont la population locale dépend essentiellement du tourisme, 27 hôtels ont fermé sur les 76 que comptent la région. Le président de la fédération tunisienne des agences de voyages a par ailleurs annoncé que la baisse des réservations pour la saison est évaluée entre 50 et 60% par rapport à l’année 2010.
Cette année, les habitués des côtes tunisiennes auraient jeté leur dévolu sur l’Espagne, la Grèce, ou encore la Turquie. Les prix proposés en Tunisie, actuellement compris entre 25 et 90 dinars la nuit (entre 12 et 45 euros), ne suffisent plus pour rivaliser.
Les professionnels ont légitimement demandé aux dirigeants actuels un rééchelonnement de leurs dettes et des facilités de payement pour certaines factures.
(Source: “SlateAfrique” le 5 juin 2011)
 

Slim Amamou,
l'e-révolutionnaire


 

PORTRAIT - Figure de proue de la «révolution du jasmin», ce jeune blogueur a été brièvement incarcéré dans les jours qui ont précédé la chute de Ben Ali pour avoir tenté de déjouer la censure. Nommé secrétaire d'État dans le premier gouvernement de transition, il a depuis lors renoncé à ses fonctions.

05Juin11f Le 6 janvier dernier, Slim Amamou est devenu une icône. Blogueur impénitent et subversif, il est arrêté avec son copain Aziz Amami alors que la mobilisation populaire ne cesse de s'amplifier en Tunisie. Il passe une semaine en prison jusqu'à ce que Zine el-Abidine Ben Ali, président honni, ne prenne la fuite. Trois jours plus tard, Slim est propulsé secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports dans le gouvernement de l'ex-premier ministre Mohamed Ghannouchi. Fin mai, Slim a renoncé à ses fonctions avec le sentiment d'avoir rempli sa mission. «J'ai accepté d'entrer dans ce gouvernement avec l'idée de peser sur les décisions. J'en suis sorti parce que nous avons défini un agenda politique clair. Cet automne, au plus tard, nous aurons des élections pour une Assemblée constituante. Le processus de démocratisation est sur les rails.»

Slim était la semaine dernière à Paris. Invité du secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports pour un colloque à la Sorbonne en compagnie d'Aziz et de trois autres de ces jeunes internautes tunisiens, figures de proue, eux aussi, de cette «révolution du jasmin» qui fut aussi une révolution Facebook. Sans ces cybermilitants qui, un mois durant, relayèrent sur les réseaux sociaux les images de la répression et les slogans contestataires, la dictature policière de Ben Ali serait peut-être encore en place.

En Tunisie, ces dernières années, la Toile était devenue une bouffée d'oxygène, seul espace de liberté. Apparus en Tunisie au début des années 2000, les réseaux sociaux ont explosé en 2009. Cette année-là, Ben Ali se présente pour un cinquième mandat consécutif. Slim a alors 32 ans. Il se découvre une conscience politique. Il comprend que, en Tunisie comme ailleurs, Internet peut devenir un levier du changement. Il écrit un article sur son blog. «Pour dire que j'étais dégoûté de ces élections.»

Système de censure

Ben Ali sera reconduit avec, comme d'habitude, un score stalinien: 89, 62% des suffrages. Mais la communauté Internet s'organise. Le cyberespace se transforme peu à peu en forum de discussions politiques et d'échange d'informations qui échappe à tout contrôle. En se connectant sur Facebook, Twitter ou YouTube, les Tunisiens découvrent enfin le vrai visage du régime: le gigantesque hold-up commis par le clan présidentiel sur l'économie tunisienne, le racket, la corruption, les passe-droits, le népotisme… Ben Ali est furieux. Il charge son éminence grise, Abdelwahab Abdallah, qui a la haute main sur la planète médiatique tunisienne, de lancer une contre-attaque. Ce sera «Ammar 404», sobriquet donné par les Tunisiens à ce système de censure qui tente de museler tout support «détracteur». En vain. La génération Facebook a du talent. La Tunisie compte plus de trois millions et demi d'internautes et quelques virtuoses. Slim, par exemple, dont l'adresse à contourner la censure lui vaudra d'être surnommé «Slim 404». À coups d'ironie, d'impertinence et de «flashmob» - ces «manifestations éclair» qui prennent de court la police -, le jeune homme s'impose vite comme l'une des bêtes noires de l'ancien régime.

Les cyberactivistes ne sont d'abord que des témoins. Mais la vague de contestation qui démarre en décembre 2010 va vite en faire des acteurs clés de l'insurrection. Face au silence des médias officiels après l'immolation de Mohammed Bouazizi, le 17 décembre à Sidi Bouzid, Slim et ses amis se mobilisent pour faire circuler l'information en temps réel. «En somme, nous avons fait le travail que les médias ne faisaient pas. Sofiene Chourabi, un journaliste, est allé sur place et a filmé les événements. De nombreuses personnes nous fournissaient également des images prises avec des téléphones portables que nous nous chargions de faire circuler sur le Net. Cette couverture rapide des événements a contribué à ce que le mouvement de contestation s'étende de ville en ville, jusqu'à Tunis. Nous étions bien organisés. La censure n'arrivait plus à suivre. Les gens se sentaient tellement concernés que, pour un site censuré, dix autres se créaient (1).»

«Un terrain glissant»

Slim et Aziz n'ont pas subi de tortures physiques en prison. «Nous étions des sortes de VIP, explique Slim. Sans doute parce que nous étions protégés par la communauté internationale du Web. En revanche, j'ai été impressionné par les scénarios des policiers qui te font croire, avec du bruitage, des agents qui courent dans les couloirs, qu'ils sont en train de torturer tes parents, tes amis…» Les deux jeunes gens ont revu récemment leurs «tortionnaires». «On a bu un verre avec eux et échangé nos numéros de téléphone, raconte Aziz. Je peux leur pardonner pour ce qu'ils m'ont fait, mais pas pour ce qu'ils ont fait aux autres.»

Slim n'est plus ministre. Mais il reste un symbole. Charge qu'il assume avec un flegme dénué d'esbroufe et un sourire charmeur. Pendant trois jours, il a enchaîné les interviews avec les médias français, passant d'un grand hebdo à un plateau de télévision. Slim a déjà l'habitude. De passage à Tunis, plusieurs ténors de la classe politique française ont souhaité le rencontrer: Juppé, Besson, Guéant, Montebourg, Delanoë… Flatté? «Un peu au début, admet-il laconiquement. Depuis, c'est devenu un boulot où il s'agit de convaincre.»

Slim a beau être un héros, il n'a pas la grosse tête. Ses camarades ont fait ce qu'il faut pour cela, l'accablant de critiques lorsqu'il a accepté de participer à un cabinet de transition truffé d'apparatchiks de l'ancien régime. Aziz ne lui a pas vraiment pardonné. «Slim s'est décrédibilisé, dit-il. Notre rôle était de jouer les garde-fous, pas de cautionner le gouvernement.» Slim reconnaît que ces attaques «ont été dures à encaisser» et que «le pouvoir isole». Un «terrain glissant» dont il s'est éloigné sans regrets ni remords. «C'était une expérience importante, mais fatigante.»

À en croire Slim et Aziz, leur amitié est demeurée intacte, mais, à l'instar de la jeunesse tunisienne tout entière, les deux jeunes gens «cultivent désormais leurs différences». Comprendre: les engueulades. Aziz, explique Slim, «est un anarchiste pur jus qui rêve d'une rupture totale avec l'ancien régime et de poursuivre le combat révolutionnaire. Moi, je suis aussi un anarchiste, mais tendance pragmatique. Je suis convaincu qu'une nouvelle forme de gouvernance est possible mais qu'il nous faut aussi composer avec un système qui a corrompu et compromis une large partie de la société tunisienne». Dissous en mars dernier, le RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), le puissant parti de Ben Ali, était un «ascenseur social». Avec près de trois millions de membres, il représentait plus de la moitié du corps électoral. Comment la Tunisie pourrait-elle se passer de ses cadres expérimentés, et pour la plupart compétents, sans risquer de paralyser l'administration et de gripper la machine économique?

«La révolution est finie»

Tout comme Aziz, Slim «se fiche de la religion». «Cette révolution a été faite par des bons vivants qui ne s'intéressent pas à l'idéologie». Les islamistes sont bien organisés, admet Slim, mais «ils n'ont joué aucun rôle dans le mouvement de protestation». À l'approche du scrutin, le jeune homme se dit persuadé que la jeunesse tunisienne, moderne et éduquée, ne se laissera pas manipuler, «bien que nos médias aient toujours du mal à jongler avec la liberté».

L'inflation politique - plus de quatre-vingts formations ont déjà été enregistrées - tout comme la sclérose de l'ancienne classe politique n'entament pas son optimisme. «La majorité de la population est âgée de moins de 30 ans. Le sort de la Tunisie repose sur la capacité des jeunes à prendre le pouvoir.» Slim veut les y encourager. Il a créé une petite boîte d'informatique qui «va travailler sur des projets technologiques liés à la démocratisation, car pour l'instant, les réseaux sociaux font toujours office de presse d'information en Tunisie». Slim se dit confiant. «La révolution est finie. Les changements sont irréversibles. Le défi, aujourd'hui, c'est la reconstruction du pays.»

(1) «Dégage. La Révolution tunisienne» aux Éditions du Layeur.

(Source: “Lefigaro.fr” le 5 juin 2011)

Lien: http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2011/06/05/10001-20110605ARTFIG00178-slim-amamou-l-e-revolutionnaire.php


Tunisie : un travail est un droit, bande de voleurs !


dimanche 5 juin 2011
Publié dans : Revue Tout est à nous ! 21 (mai 2011)
Plus de quatre mois après l’immolation de Mohamed Bouazizi qui a donné le signal de départ à la révolution tunisienne, le RCD est toujours présent dans la vie politique, les structures d’auto-organisation peinent à exister.
Malgré la prochaine élection d’une Assemblée constituante, le danger de contre-révolution n’est pas écarté.
C’est par le slogan « Un travail est un droit, bande de voleurs ! » que la révolution tunisienne a démarré le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. S’il couple des revendications politiques et sociales, c’est parce qu’à un contexte de crise économique particulièrement dur dans ce « maillon faible » du système capitaliste mondialisé, s’ajoutait un contexte politique de répression, d’absence de libertés, de corruption généralisée et de népotisme. Avec ce mélange explosif, les premières expressions de colère populaire ont très vite pris des allures d’insurrection dans les régions les plus démunies avant de se généraliser et se transformer en authentique processus révolutionnaire.
La crise de plein fouet
L’économie de la Tunisie est presque entièrement tournée vers la sous-traitance en vue de l’exportation. Avec 1 250 entreprises françaises en Tunisie et près du tiers des échanges commerciaux effectués avec la France, la dépendance est extrêmement forte. Et, dans les pays du Sud, les conséquences de la crise économique mondiale ont été beaucoup plus graves que dans les grandes métropoles impérialistes : il est notamment plus facile de licencier des salariés et de fermer des usines là où l’État de droit est inexistant. La dictature est aussi un système politique qui aggrave l’exploitation des travailleurs.
Ainsi, la crise économique mondiale a été subie de plein fouet par les travailleurs en Tunisie, avec des fermetures d’usines dès 2008, des suppressions d’emplois et un durcissement des conditions de travail, déjà pénibles auparavant (jusqu’à 48 heures de travail hebdomadaire). Le chômage (jusqu’à 50 % dans la région de Sidi Bouzid) et la précarité expliquent le désespoir et l’absence de perspectives pour une jeunesse instruite à un niveau équivalent à celui des pays européens. S’y ajoutent les humiliations quotidiennes subies depuis des décennies, la corruption qui envahit toutes les couches de la société tel un cancer généralisé et un népotisme de plus en plus insupportable pour la population.
Au début, ce sont donc les travailleurs et chômeurs des villes pauvres qui se sont reconnus dans les premières manifestations de colère de Sidi Bouzid et s’y sont joints. Pendant les deux premières semaines, les limites géographiques de la révolte respectaient celles d’une Tunisie divisée par une ligne verticale en régions de « l’intérieur » dont l’unique lot est celui de la misère, du chômage et de la marginalisation, et régions côtières qui, pour des raisons historiques et des logiques claniques, s’en sortent moins mal.
L’organisation inégale de la classe ouvrière, la très faible mobilisation des habitants des grandes villes pendant ces deux premières semaines, ont maintenu la mobilisation au niveau d’émeutes ou de révoltes, même si l’implication des militants de la gauche de l’UGTT a préparé le terrain pour l’émergence d’un authentique processus révolutionnaire.
Répression et mobilisations
Face à cette colère sociale, le régime a dû faire des concessions et des promesses – que personne n’a crues. Mais sa principale réponse était la répression, qui s’est très vite amplifiée et durcie à mesure que la mobilisation se renforçait, aboutissant à un cycle de répression – radicalisation. Et c’est cette répression sanglante qui a déclenché la mobilisation dans les autres régions. Début janvier, la gauche de l’UGTT a réussi à ce que la centrale laisse aux unions régionales qui le souhaitaient la liberté d’appeler à la grève générale. Et une partie de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie y a vu l’occasion de se débarrasser de ce régime mafieux qui les rackettait systématiquement et a rejoint le mouvement.
À partir de là, la mobilisation générale avait pour objectif d’en finir avec le clan Ben Ali et les manifestations se sont amplifiées et étendues sur tout le territoire jusqu’à aboutir au départ étonnamment rapide du dictateur. Les revendications politiques – dénominateur commun – ont ainsi pris le dessus sur la dénonciation des injustices sociales.
Immédiatement après la chute du dictateur, l’aspect social a été occulté. Aujourd’hui, la bourgeoisie toujours au pouvoir ne souhaite évidemment pas l’approfondissement de la révolution, qui se ferait à ses dépens. Sur le plan des libertés et de la démocratie, l’approfondissement de la révolution signifierait le renforcement et la généralisation des formes d’auto-organisation (dont les comités locaux de protection de la révolution) très hétérogènes pour le moment mais qui avantageraient les couches populaires. Sur le plan social, le renforcement de ces formes d’auto-organisation signifierait aussi le retour au premier plan de la question des injustices sociales, c’est-à-dire le fond de cette révolution parfois présentée de manière réductrice comme uniquement démocratique. Et la bourgeoisie peut compter sur ses soutiens impérialistes, une partie de la petite bourgeoisie soucieuse de son confort et de sa sécurité, ainsi que les figures du régime de Ben Ali, toutes gagnantes au développement de la contre-révolution.
Ainsi, la dimension sociale de la révolution est, sous les deux gouvernements de Ghannouchi et sous celui de Béji Caïd Essebsi depuis le 27 février, totalement dénigrée par les ministres, les médias dominants et les opportunistes de tous bords, qui dénoncent des préoccupations « bassement matérielles qui nuisent à la stabilisation économique du pays ».
Une propagande anti-UGTT et anti-PCOT s’est alors développée dans la presse écrite et audiovisuelle ainsi que sur les réseaux sociaux ; le PCOT pour être le seul parti de la gauche radicale un peu connu de la population ; l’UGTT pour avoir joué un rôle hautement politique dans l’accompagnement et l’organisation de la révolte qui, grâce à ses militants les plus radicaux, s’est transformée en révolution. Il faut par ailleurs rappeler que le rôle de l’UGTT est complexe, entre la radicalité d’une partie importante de sa base et la sclérose de sa direction bureaucratique.
L’UGTT a par ailleurs été après la chute de Ben Ali la colonne vertébrale du « Conseil national de sauvegarde de la révolution », comprenant tous les partis n’ayant pas participé aux gouvernements Ghannouchi, différentes associations de chômeurs, de jeunes, de défense des droits humains. Ce conseil se voulait – et aurait pu être – un instrument de contrôle des activités du gouvernement provisoire. Mais son extrême hétérogénéité (depuis des organisations d’extrême gauche jusqu’aux très conservateurs islamistes d’Ennahdha) l’a empêché d’avoir un poids réel, et la défection – de fait – de la direction de l’UGTT l’a considérablement affaibli. De plus, ce Conseil étant un cartel d’organisations, il ne représente pas la réalité des mobilisations dont les structures d’auto-organisation à la base se multiplient.
Le RCD toujours présent
Les manœuvres du Premier ministre Béji Caïd Essebsi se sont multipliées pour tenter de se donner une façade acceptable pour la population mobilisée et hautement vigilante, tout en préservant les intérêts de l’État-Parti RCD toujours en place. Ainsi, sa décision de dissoudre le RCD et la police politique n’a été que symbolique, puisque la police politique est toujours présente sur le terrain et continue d’avoir les mêmes pratiques, et que les anciens dirigeants du RCD ont non seulement été autorisés à former de nouveaux partis mais conservent aussi leurs places dans les institutions de l’État et certaines grandes entreprises. Les forces contre-révolutionnaires tentent aussi – sans succès réel jusque-là – de diviser les travailleurs en ravivant des conflits tribaux ou des sentiments régionalistes.
L’offensive des forces pro-Kadhafi à la frontière tunisienne peut aussi inquiéter. Car mis à part un communiqué du gouvernement pour dénoncer la violation du territoire tunisien par les forces de Kadhafi, il n’y a eu aucune réaction officielle à l’autre violation possible que proposent les forces impérialistes pour s’implanter encore plus dans la région.
Par ailleurs, sur le plan institutionnel, pour vider le Conseil national de sauvegarde de la révolution de son intérêt, le gouvernement a mis en place une « Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution » chargée de proposer une loi électorale pour les élections de l’Assemblée constituante le 24 juillet. C’est une instance pléthorique, au rôle purement consultatif, à laquelle n’appartiennent pas formellement les partis les plus radicaux (la LGO et le PCOT) et certaines organisations ancrées dans les mouvements populaires (dont les structures d’auto-organisation des travailleurs et les associations de chômeurs). Néanmoins, les exigences de la rue et l’ampleur des mobilisations ont obligé cette « Haute Instance » à soumettre au gouvernement des propositions en phase avec le mouvement. Elle a ainsi proposé que les dirigeants du RCD (de tout le règne de Ben Ali) se voient interdire de participer aux élections. La fin de non-recevoir de la part du Premier ministre à cette proposition a été fortement contestée par les membres de cette « Haute Instance » dont le gouvernement tire le peu de légitimité dont il dispose.
Assemblée constituante
L’organisation de l’élection d’une Assemblée constituante est une victoire en soi vu l’histoire de la Tunisie. Mais plusieurs voix s’élèvent aujourd’hui en faveur de son report avec quatre arguments principaux :
- aujourd’hui, les seuls qui soient prêts, organisés et dotés des moyens nécessaires pour mener leur campagne électorale sont les forces contre-révolutionnaires (la bourgeoisie, les restes du RCD et les islamistes). Il faudrait donc résoudre d’abord la question de la participation des figures de l’ancien régime à ces élections.
- Il ne faudrait pas offrir sur un plateau une campagne électorale pour les islamistes (prêts à s’allier avec les anciens dirigeants du RCD), en organisant ces élections la veille du ramadan.
- De plus, les examens universitaires de fin d’année rendraient moins disponible pour la mobilisation une partie de la jeunesse, principale puissance de cette révolution.
- Enfin, il faudrait donner aux partis nouvellement constitués, ainsi qu’à ceux qui étaient contraints à la clandestinité sous Ben Ali, le temps de s’organiser et de se préparer à ces élections.
L’organisation et la coordination du mouvement ouvrier peuvent effectivement nécessiter plus de temps, surtout à cause de la méfiance qui règne aujourd’hui (et qui est alimentée par le gouvernement et les médias dominants) à l’égard de l’ensemble des partis politiques accusés d’opportunisme. Mais l’avenir de ce processus révolutionnaire est aussi et surtout dans les structures d’auto-organisation à la base. Ces structures sont aujourd’hui fragiles et leur rôle inégal selon les régions et les entreprises. Mais leur développement, leur généralisation et leur radicalisation sont des enjeux fondamentaux. C’est l’urgence – telle que l’expriment les militants révolutionnaires – afin que même les élections soient un rendez-vous s’inscrivant dans le processus révolutionnaire et pas simplement une échéance institutionnelle au résultat libéral prévisible. Et c’est la responsabilité des forces révolutionnaires de construire et renforcer ces mobilisations, donc d’être présentes parmi les travailleurs, sur les lieux de travail et dans les quartiers populaires, pour participer à la généralisation de ces structures d’auto-organisation. Enfin, la création d’un outil politique défendant les intérêts de la classe ouvrière au sens large sera la conséquence de cette généralisation et de cette radicalisation des structures d’auto-organisation. C’est ce qui donnera sa légitimité à cet outil et renforcera celle des organisations qui y auront contribué. Et c’est possible car, malgré l’omniprésence de la question des élections, les mobilisations sociales se poursuivent. Dans les régions de l’intérieur ainsi que dans les principaux quartiers populaires des grandes villes, la population exprime sa déception face à cette révolution qui n’a rien changé à sa situation économique et promet « une deuxième révolution ». Les mobilisations sociales reviennent donc au premier plan – même si elles peuvent connaître des moments de reflux. Grèves, manifestations et occupations d’usines se multiplient. Les principales revendications portent sur les créations d’emplois, les titularisations, les augmentations de salaires, l’amélioration des conditions de travail ainsi que l’exclusion des patrons corrompus et compromis avec le régime de Ben Ali. Les menaces de lock-out qui pèsent sur nombre de travailleurs expliquent en partie les moments de reflux que la mobilisation peut connaître. Mais l’exemple de la grève des éboueurs montre à lui seul le niveau de mobilisation : dix jours de grève finalement victorieuse, pour en finir avec le système de sous-traitance qui signifiait pour ces travailleurs précarité et discrimination salariale.
Mais malgré la combativité et la vigilance générales, le RCD est encore au pouvoir et la prise du pouvoir par les révolutionnaires n’est pas encore à l’ordre du jour. La contre-révolution s’organise, les ruines de l’ancien régime peuvent être ravalées, avec le concours de la petite bourgeoisie, de la bourgeoisie nationale et de ses soutiens impérialistes.
C’est donc au changement de ce rapport de forces que les révolutionnaires s’attèlent aujourd’hui, comme préalable incontournable au changement d’orientations dans les assemblées et les salons ! Ils sont conscients que les victoires partielles obtenues jusqu’ici (chute de Ben Ali, exclusion de ministres appartenant au RCD, dissolution du RCD et de la police politique, exclusion de gouverneurs, délégués, dirigeants d’entreprises publiques et privées) l’ont été grâce aux mobilisations, dans la rue et sur les lieux de travail. Et ce sera encore dans la rue, bien sûr, et par la grève, les manifestations, les occupations, que les opprimés changeront le rapport de forces et écriront – comme ils l’ont fait jusque-là – leur Constitution, et dessineront le profil de la société de demain : une société où le travail sera un droit fondamental et où la bande de voleurs n’aura plus pignon sur rue.
 
(Source: “Nouveau Parti Anticapitaliste” le 5 juin 2011)