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En finir avec le « syndrome de Carthage », par Riad Ben Fadhel

  Mis à jour le samedi 20 mai 2000

Près de 80 % de la population propriétaire de son logement, une espérance de vie de soixante-douze ans, un faible taux de mortalité (27 pour 1 000), une école obligatoire qui scolarise autant les filles que les garçons (96 %), un droit à la santé et à l'éducation accessible à tous, une croissance économique incontestable, un niveau de vie qui s'est réellement amélioré, avec près de 2 500 dollars de revenu par tête d'habitant. Et tout cela avec pour voisins deux pays trublions autrement mieux dotés en hydrocarbures. Comment, mais comment diable la Tunisie, avec autant d'indicateurs au vert, a-t-elle réussi à gérer aussi dramatiquement son image et à mettre dans une gène certaine jusqu'à ses derniers soutiens sur la scène internationale ?

Autrement dit, si Merlin l'Enchanteur n'a jamais réussi à transformer le plomb en or, il semble qu'en Tunisie les miracles de l'alchimie gouvernementale aient réussi l'impossible : faire du plomb avec de l'or !

A titre d'exemple, et sur la base d'une analyse froide et lucide de ce qui est devenu l'affaire Taoufik Ben Brik, force est de constater que nous vivons une situation ubuesque : la mécanique gouvernementale s'est enrayée sur un dossier qui, somme toute, n'aurait jamais, mais au grand jamais, dû prendre les proportions qu'il a prises.

Le point d'orgue de ce psychodrame ayant été atteint, après un rappel sans précédent des troupes et une « mobilisabion patriotique », par la rencontre entre le chef de l'Etat tunisien et l'ensemble des responsables des partis politiques reconnus, syndicats et organisations professionnelles et patronales.

Il va sans dire que les différents médias de la place, dont la crédibilité laisse à désirer, reproduisent aussi bien les échos de cette mobilisation que les différents communiqués de soutien indéfectible à la personne du président victime d'un complot des forces du mal et de « certains médias français ». Complot orchestré par un Dark Vador qui aurait élu domicile dans ce pays avec qui nous, Tunisiens, entretenons une complexe relation d'attraction-répulsion : la France.

Mais, au-delà de ces péripéties, ce n'est pas tant le contenu des réactions tunisiennes qui pose problème, que le niveau exceptionnellement élevé de l'intervention publique puisque c'est de Carthage que ce dossier a été géré. Et pas par n'importe qui mais par le premier d'entre les Tunisiens, le président Ben Ali lui-même ! !

C'est précidément là que le bât blesse car, ailleurs, et pas nécessairement dans les pays du Nord, ce type d'affaire n'aurait jamais pris une telle ampleur et aurait été réglé à des niveaux administratifs largement inférieurs. L'affaire Ben Brik, par-delà la nécessité sans cesse renouvelée de se battre pour le respect du droit de chacun à s'exprimer et circuler librement, est révélatrice de la myopie grandissante de l'administration tunisienne. Cette dernière, recluse dans sa tour d'ivoire, est de plus en plus incapable de fournir des fusibles et contre-feux au président de la République.

Faire le constat du niveau disproportionné de l'intervention présidentielle dans la gestion de cette affaire nous amène légitimement à poser une question : pourquoi cette paralysie de l'administration tunisienne, incapable de défendre le président de la République lorsqu'il s'estime victime d'une campagne de dénigrement savamment orchestrée ?

Mais, au fait, cette administration tunisienne, dont la pertinence et le mérite professionnels ont souvent été relevés par les experts des différentes institutions financières internationales (par exemple la Banque mondiale), lui a t-on demandé de jouer ce rôle ? Au regard des dérives inévitablement liées à une gestion aussi pyramidale du pouvoir, avec tout ce que cela implique comme perte d'autonomie décisionnelle des différentes sphères administratives, il est bien évident que l'équipe politique de Carthage a été obligée de monter au filet, en lieu et place d'une administration démonétisée. Le désarroi de cette administration n'a d'égal que celui des jeunes capitaines d'industrie qui ne savent plus à quel saint se vouer tant l'opacité des circuits financiers et des privatisations est devenue la règle.

Il est temps aujourd'hui, alors que nous n'en sommes qu'aux premiers soubresauts, et près de treize ans après la transition pacifique qui a permis à la Tunisie de tourner avec doigté la page d'un bourguibisme trahi par la vieillesse et les luttes de sérail, de donner au pays un nouvel élan et de répondre aux aspirations diffuses d'une jeunesse lycéenne et étudiante sans repères et sans projet.

La Tunisie a toujours été forte de ses différences et de ses contrastes. Elle a besoin aujourd'hui d'un New Deal, d'autant plus que l'hypothèque islamiste a été écartée. Ben Ali, l'homme de la déclaration du 7 novembre 1987 et dont le mandat est constitutionnellement le dernier, a le devoir de préparer le passage de relais. Il le faut, pour que soit enfin démenti « le syndrome de Carthage » - auquel avait déjà succombé Bourguiba. Pour que la Tunisie ne soit jamais le pays des jasmins fanés.

Riad Ben Fadhel  est économiste ; il travaille dans le secteur de la communication. par Riad Ben Fadhel



Le Monde daté du dimanche 21 mai 2000


22mai00

Portrait :Taoufik BenBrik l'imprécateur

Journaliste sans journal, Taoufik Ben Brik n'est rien, qu'un « moustique qui empêche Ben Ali de dormir ». Pourtant, après six semaines de grève de la faim, il triomphe d'un pouvoir tunisien aux abois. Portrait d'un bandit d'honneur
  Mis à jour le samedi 20 mai 2000

QUAND on demande au directeur général de la très officielle Agence tunisienne de communication extérieure ce qu'il pense de Taoufik Ben Brik, il marque un temps de pause et hasarde : « Pour quand vous faut-il la réponse ? » Et quand elle vient, une demi-heure plus tard, la réponse est qu'il n'a, sincèrement désolé, « pas de commentaire à faire ».

Taoufik Ben Brik, il faut bien le dire, est trop encombrant pour un commentaire. Pendant la grève de la faim qu'il a poursuivie du 3 avril au 15 mai, ce journaliste tunisien de trente-neuf ans, interdit d'écriture dans son pays mais correspondant du quotidien français La Croix et de deux agences de presse européennes (Syfia et Infosud), s'est montré au monde entier tel que le président Ben Ali a eu le loisir de l'apprécier depuis dix ans : un étrange animal tenant à la fois du fauve, de la bourrique et du fou du village, bon vivant et Don Quichotte des causes perdues qui défie, obsessionnellement, ce que diplomates, politiques et touristes occidentaux ont coutume de considérer, sans doute par litote, comme « une douce dictature ».

Le voilà, impeccable, seigneurial, tout en noir, vêtu d'un élégant costume chinois, fronçant les sourcils avec un air pénétré en tirant sur sa cigarette. Il pesait 102 kilos, en a perdu 29, a embelli. « C'est la peur qui me faisait grossir, explique Taoufik Ben Brik. Car il ne faut pas s'imaginer que je n'ai pas peur. Quand j'écris, la peur m'emmène avec elle, elle ne me lâche pas. » Certains ont ironisé sur son allure prospère, à son arrivée à Roissy, après trente-deux jours passés sans se nourrir : pas assez fatigué, pas l'air malade. Mais ce n'est pas une grève de la faim qui peut venir à bout de cette nature explosive et joyeuse, cauchemar vivant de Ben Ali depuis son arrivée au pouvoir et militant à la mode méditerranéenne, tout en emphase et en outrances. Avec cet air de chat amusé qui passe en un rien de temps de l'innocence tranquille à la fureur, prêt à l'attaque.

A la Pitié-Salpêtrière, où il est hospitalisé depuis le 4 mai, il a pris ses aises. Au début, sa chambre et les environs s'étaient même transformés en un souk médiatique. Le matériel des équipes de télévision encombrait les couloirs, les visiteurs de toutes sortes rôdaient en attendant leur tour et lui, Taoufik, tenait salon. Depuis qu'il recommence à s'alimenter, il a élargi son domaine de la chambre aux cafés du boulevard de l'Hôpital, arpente en propriétaire les allées de la Pitié. Parfois il s'évade, avec sa soeur Najat. Sur l'avenue des Champs-Elysées, fief des touristes arabes de Paris, on le salue : « Merci, grâce à vous il y a des hommes, les Tunisiens relèvent la tête. »

Taoufik serre les mains, sourit gentiment. Puis avoue qu'il n'aime pas ça. Qu'il n'a pas envie d'être une statue. « Quand on me dit : »Vous êtes le Soljenitsyne méditerranéen«, je me retourne pour chercher quelqu'un derrière moi. » Son objectif est d'apparence plus modeste : « Etre simplement le moustique qui empêche Ben Ali de dormir. »

Quand il prononce le nom de Ben Ali, c'est tout juste s'il ne relève pas les babines. Il en a fait son obsession, sa raison de vivre, son gagne-pain. « Je suis devenu spécialiste en Ben Ali, en policiers, en violations de domiciles, en tabassages, en filatures. Je suis fan de lui, comme d'autres le sont de Maradona. » Pour Ben Ali, contre lui, sans relâche, être un moustique. Ou mieux, l'un de ces héros de romans et de films que Ben Brik raconte incessamment en y mettant tous les gestes comme s'il les habitait, chaque fois, du dedans. Zorba le Grec, Schéhérazade, Don Quichotte ou le clown des Feux de la rampe, de Charlie Chaplin, celui qui a perdu la faculté de faire rire. Sauf une dernière fois, lorsqu'il tombe, par maladresse, dans un tambour. L'hilarité emplit la salle, mais il est mort. « Ce clown m'émeut et me fascine, dit Taoufik. C'est ce qu'il me faudrait : ne pas mourir sur un champ de bataille, mais comme ça, la tête dan! s un tambour. »

Sa grève de la faim était, d'une certaine façon, l'ultime sortie du clown. Il l'avait débutée le 3 avril, pour protester contre la confiscation de son passeport, l'interdiction de voyager, le harcèlement dont lui et sa famille sont la cible. La parution en mars d'un rapport clandestin du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) sur la situation des droits de l'homme n'avait pas arrangé ses affaires. « J'en suis le rédacteur principal, dit Ben Brik. Ce n'est pas un rapport, c'est un attentat, un assassinat public. C'est le plus grand poème écrit depuis l'ascension de Ben Ali. »

 

CE fameux 3 avril, il apprend sa double inculpation par la justice tunisienne, pour « diffusion de fausses nouvelles » et « diffamation de corps constitué », en raison de deux de ses articles publiés en Suisse sur l'état des libertés en Tunisie. Le même jour, il commence sa grève de la faim, l'expliquant ainsi : « Vous avez déjà vu un chat qui cherche à s'enfuir ? Il ne s'éloigne pas, il fuit dans votre direction. Et il vous déroute. »

Entre Ben Brik et Ben Ali, c'est une vieille histoire. Ben Brik est devenu journaliste en 1988, près d'un an après l'arrivée au pouvoir de l'actuel président. Auparavant, il avait fait des études de droit, vite interrompues. « Je ne me voyais pas en avocat. Porter une robe et dire : Monsieur le Président... » Il avait vécu en écrivant des poèmes qu'il déclamait dans les universités, gagnant juste « de quoi passer du temps avec les gens qui, comme moi, aiment la nuit ». Parti pour le Canada en rêvant d'y étudier le cinéma, il n'apprend pas ce dont il rêve et rédige à la place un article sur un film du cinéaste tunisien Naceur Khémir. De retour en Tunisie, La Presse soir, organe gouvernemental, l'accueille. A la suite d'un dossier sur la liberté d'expression en Tunisie cosigné avec sa femme, Azza Zarrad, ils sont licenciés tous les deux.

En 1991, Taoufik Ben Brik est interdit d'écriture. Il obéit, envoie ses articles aux journaux et agences de presse étrangers. Ils feront l'objet d'un livre à La Découverte, début juin 2000, en coédition avec Reporters sans frontières et la maison d'édition tunisienne Aloès. L'un d'entre eux, « Regards d'artistes sur l'imposture de la démocratie tunisienne », publié dans Libération en 1992, ne plaît pas au ministère de l'Intérieur. « Ils m'ont fait signer un truc pour que je m'engage à ne plus jamais écrire sur les hommes. » Alors il écrit sur les animaux : un reportage pour l'agence Syfia sur la chasse à l'outarde, oiseau protégé dont raffolent les émirs saoudiens. Le ministère de l'intérieur le convoque à nouveau, lui interdisant d'écrire sur les animaux. Du coup, il se rabat sur les légumes, se rend avec un photographe au marché de gros de Bir el Kassaâ, où la police les attend. « Sur quel sujet pouvais-je bien écrire qu! i soit plus insipide que les légumes ? J'ai pensé d'abord aux minéraux, mais il y avait plus bas encore : les flics de Ben Ali. Alors je me suis spécialisé en flics. Ce n'est pas difficile de les connaître, ils sont toujours là où je suis... »

Ben Brik et la police ont en effet l'habitude de se rencontrer. Dans « Je suis un arc », le texte qui fit office, le 3 avril, de « déclaration de grève (de la faim) » dans les locaux de la maison d'édition Aloès, Taoufik Ben Brik récapitule ce qu'il a subi : interrogatoires, agressions par des agents de la sécurité, saccage de la voiture où se trouvaient sa femme et ses deux jeunes enfants, intrusion de policiers dans sa maison, téléphone coupé, provocations à l'encontre de sa famille et de ses proches. Quand il monte à Tunis dans l'avion qui doit l'emmener à Paris, les policiers l'insultent. Taoufik ne les entend pas. Le baladeur sur les oreilles, il écoute la Callas. A la Pitié-Salpêtrière, il l'écoute encore. « Si je vais bien, je mets Ella Fitzgerald. Sinon, il n'y a que la Callas qui peut m'apaiser. Quand j'ai la peur au ventre, elle me dit »Calma, basta«. »

Taoufik Ben Brik n'a arrêté sa grève de la faim que le 15 mai. Même après avoir obtenu gain de cause - un passeport, l'autorisation de voyager -, il avait décidé que, finalement, il pouvait bien continuer encore un chouïa. Au moins jusqu'au jour où son frère Jelal Ben Brik Zoghlami serait jugé en appel à Tunis, précisément le 15 mai. Celui-ci avait été condamné à la suite d'incidents survenus en avril devant le domicile de Taoufik. Dès lors, toute la famille s'était mise en grève de la faim. La mère, les frères, les soeurs. Chez ces Berbères originaires des montagnes du Nord-Ouest tunisien - Taoufik dit « le far-west » -, l'entêtement est un art de vivre. Taoufik aime rappeler que le nom de la tribu, Zoghlami, veut dire « homme libre » en berbère ; qu'ils sont guerriers depuis les temps anciens ; que son père avait lutté contre le protectorat français en créant le premier syndicat minier, en 1947 ; que ! sa mère a été la seule à ne pas lui demander d'arrêter sa grève de la faim. « S'il me revient, a-t-elle dit, je pousserai des youyous. S'il ne me revient pas, je pousserai des youyous. »

Le reste de sa famille craignait pour sa santé. Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, à qui Taoufik Ben Brik doit un appui inconditionnel, lui reprochait de ne pas savoir « arrêter une grève ». Or Taoufik a horreur des conseils. « Cela m'irrite. » Il n'aime pas non plus qu'on arrête les choses en cours de route. En guise d'exemple, il raconte qu'en 1982, il s'était rendu en Suède, à Uppsala, pour rencontrer Ingmar Bergman, dont il a lu tous les scénarios. Le cinéaste avait annoncé qu'il comptait se retirer du métier. « Je ne l'ai jamais trouvé, à Uppsala. Je voulais lui dire qu'il ne fallait surtout pas faire ça, qu'il devait continuer le cinéma. »

Mais Taoufik Ben Brik a fini par s'arrêter. Le même jour, son frère Jelal était mis en liberté provisoire, avant d'être définitivement relâché. Pour Taoufik, il était temps. L'opinion se lassait de lui. L'humeur n'était plus celle entourant son arrivée à Roissy où, comme il dit, « ils avaient l'air d'attendre Diana ». On s'était mis à trouver qu'il en faisait trop. Le « J'accuse » qu'il avait écrit à Jacques Chirac, dénonçant en lui « le plus fidèle soutien du régime ignominieux de Ben Ali », n'était pas du goût de tout le monde. Son obsession de se rendre en Algérie là où est mort Ali La Pointe, truand et révolutionnaire, commençait à énerver. La prolongation de sa grève était perçue comme un caprice. Robert Ménard se fâchait. Des opposants politiques tunisiens, à Paris et à Tunis, se désolaient en silence. Taoufik était en train de rater sa sortie. Il aurait fallu être « plus politique ».

 

BEN BRIK s'en fiche, n'en fait qu'à sa tête, ne lâche pas sa hallebarde, vocifère à tout bout de champ. La libération de son frère redore son blason. Le 16 mai, invité par le groupe parlementaire écologiste, il se rend au Parlement européen de Strasbourg. L'Europe en prend pour son grade, « bouclier » puis « blanchisseur de l'ignominie de Ben Ali ». Et la France y passe, qui lui rappelle « les collabos du temps de Vichy ». A son retour de Strasbourg, Taoufik n'est pas mécontent de ce qu'il appelle son « spectacle ». Depuis la Tunisie, son frère Jelal, à peine sorti de prison, est fier de lui. Pour Jelal, l'un des dirigeants tunisiens de l'OCR, organisation trotskyste, Taoufik est l'artiste de la famille, un trapéziste sans filet. « Taoufik n'est pas un politique, dit-il, c'est notre poète. »

Pour le pouvoir tunisien, l'affaire Ben Brik n'a rien de poétique. Les répercussions sont spectaculaires. L'image de la Tunisie, présentée encore récemment dans les affiches du métro parisien comme une « terre de sérénité », a pris un sérieux coup dans le monde entier. Des manifestations ont lieu au Maroc et en Algérie en faveur de Ben Brik, dernier journaliste libre de son pays. Le ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, a appelé le pouvoir tunisien à s'ouvrir à la démocratie. Jelal Ben Brik note « le fabuleux éveil de la société civile tunisienne », l'affirmation soudaine d'individus, d'organisations ou de partis politiques jusqu'ici clandestins. « Le mur de la peur s'est sérieusement fissuré », estime Kamel Jendoubi, opposant tunisien à Paris.

Signe notable des remous de l'affaire en Tunisie, ce grand moment de télévision : pour la première fois, le 4 mai, le président Ben Ali a donné une conférence de presse télévisée. Aux patrons de presse vraisemblablement médusés, il a, sans humour, dit son étonnement qu'aucun d'entre eux n'ait écrit sur l'affaire Ben Brik. Ajoutant que s'il avait été journaliste, il aurait « publié quatre ou cinq lignes sur cette grève ».

Taoufik Ben Brik est content. Il rappelle que la victoire n'est pas la sienne et rend hommage aux éditeurs, avocats, paysans, lycéens, militants des droits de l'homme ou « va-nu-pieds anonymes » qui, en Tunisie, n'ont jamais baissé les bras. Bientôt, il va rentrer chez lui. Il en rit d'avance. Ce n'est plus dans l'intérêt du régime qu'il lui arrive malheur. « Peut-être que Ben Ali va m'inviter ? Maintenant, je suis un bandit d'honneur. »

Marion Van Renterghem



Le Monde daté du dimanche 21 mai 2000


22mai00

Victoire d'un rebelle

  Mis à jour le samedi 20 mai 2000

TAOUFIK BEN BRIK

 

RESTÉ six semaines sans s'alimenter, Taoufik Ben Brik a arrêté sa grève de la faim le 15 mai, après avoir fait plier le pouvoir tunisien. Ce journaliste sans journal va pouvoir rentrer en Tunisie, victorieux. « Peut-être que Ben Ali va m'inviter ? » Rencontre, à l'hôpital parisien de La Pitié.




Le Monde daté du dimanche 21 mai 2000

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CENTRE  D'INFORMATION  ET  DE  DOCUMENTATION  SUR  LA  TORTURE
        CIDT-TUNISIE
Association de citoyens du monde pour le droit des Tunisiens à ne pas être
torturés
Membre du Réseau SOS-Torture de l'OMCT-Genève

    Comité d'honneur :
    M. Jacques  FRANÇOIS
    Mgr. Jacques  GAILLOT
    Dr. Hélène  JAFFÉ
    M. Gilles PERRAULT
    M. François DE  VARGAS
                                                Besançon, le  21 mai  2000
    Président :
    Jean-Marc MÉTIN


Moham! ed VI à Tunis, l'opinion marocaine est appelée à une extrême vigilance,

BEN ALI CHERCHERA A FAVORISER LA GUERRE CIVILE AU MAROC
APRES L'AVOIR ATTISEE EN ALGERIE


Mohamed VI sera donc à Tunis du 24 au 26 mai courant. Cette visite intervient
dans un contexte inquiétant au Maroc et dramatique en Tunisie. La répression
des manifestations de soutien aux luttes tunisiennes  lors de l'affaire du
RAID et de Ben Brik ainsi que l'annonce de Ben Brik persona non grata
s'expliquent mieux à la lumière de ce déplacement royal. En même temps, se
multipliaient après une période de grâce, interdictions et suspensions de
journaux, violences policières contre des mouvements sociaux et autres
indicateurs politiques que les Marocains et les autres Maghrébins espéraient
à tout le moins désormais un peu plus rares.
La levée des restrictions de mouvements de l'opposant Abdessalem Yacine est
en soi un bon pas vers une liberté retrouvée ! de tout un peuple. Après le
retour d'Abraham Sarfaty, l'élucidation de nombre de cas de "disparus",
l'indemnisation de victimes et autres gestes correspondant aux revendications
des militants marocains depuis des lustres, l'impression générale est à
l'optimisme.
Cela dit, les Marocains ne devraient pas perdre de vue l'expérience
tunisienne à ses débuts. L'optimisme était à son comble. Le général Ben Ali
avait réussi un coup de maître : se faire délivrer par l'ensemble des forces
politiques, toutes tendances confondues, carte blanche pour agir. Rares
étaient les personnes qui avaient su garder un minimum de distance par
rapport au discours du nouveau maître de Carthage. Rétrospectivement, on
mesure aujourd'hui à quel point cette attitude a contribué à exacerber les
tendances despotiques et fascisantes du général de renseignement. Le système
qu'il a construit depuis en érigeant la torture au rang de mode de
gouvernement a f! ait les ravages que l'on sait. Par le nombre de morts, la
dissolution des liens sociaux, l'encouragement des tendances égoïstes et
bestiales chez les citoyens, le mouchardage généralisé et le maillage
implacable de la Tunisie, on peut parler d'une guerre civile silencieuse qui
a ravagé le "pays proche" et qui ne semble pas encore être terminée. Or, il
n'y a pas pire calamité qui puisse frapper un peuple que la guerre civile.
Le général a tout fait ensuite pour exporter sa politique vers les pays
voisins. Il y a réussi au-delà de tout espoir avec l'Algérie. Il faut être
naïf ou aveugle pour ne pas voir la main du maître de Tunis dans
l'aggravation de la situation chez le voisin algérien, notamment par le
retour en force de la pratique de la torture et des exécutions sommaires qui
avaient disparu entre 1988 et 1991. Ben Ali a toujours prôné la confrontation
sanglante et s'est déclaré, comme d'autres, prêt à se battre jusqu'au dernie! r
Algérien.
Nous appréhendons qu'il ne tente le même coup avec le Maroc, où le courant
islamiste est comparable à ce qu'il était
en Algérie. Le Maroc négocie actuellement ce virage avec une inquiétante
hésitation. Or, tous les pays qui ont échoué à négocier convenablement ce
virage ont perdu la paix, beaucoup de vies humaines et des pans entiers de
leur avenir. L'Algérie, par exemple, mettra au moins un demi siècle à se
relever de sa guerre civile...lorsqu'elle se sera arrêtée.
Nous voudrions espérer que les militants marocains autant que les autorités
du roi Mohamed VI seront conscients des visées du général de Tunis. Nous ne
prétendons nullement dire au Marocains où se trouve leur intérêt, ils les
savent mieux que quiconque. Mais le Maroc doit se prémunir contre les
conseils de sévir-sans-merci que ne manquera pas de prodiguer le
policier-président qui occupe Tunis.
Le peuple tunisien subit une tortiocratie soucieuse! de faire des émules dans
la région et même au-delà. Nous espérons que les Marocains déjoueront le
funeste dessein.

                                    Khaled BEN M'BAREK, Coordinateur           
                                                                               
           &! nbsp;                                       
    Centre d'information et de documentation sur la Torture (CIDT-TUNISIE).
Association Loi 1901
23, rue Brulard F25000 Besançon. FRANCE. Tél/Fax : (33 3) 81 41 33 22 .
E-Mail : عنوان البريد الإلكتروني هذا محمي من روبوتات السبام. يجب عليك تفعيل الجافاسكربت لرؤيته.
    CCP N° : 6 458 94 X DIJON

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CAMPAIGN FOR HUMAN RIGHTS IN TUNISIA

 

 

In this newsletter:

*TAOUFIK BEN BRIK AT THE EUROPEAN PARLIAMENT

*EUROPEAN PARLIAMENT DELEGATION BACK FROM TUNIS

*REPORTERS SANS FRONTIERES WRITES TO TUNISIAN MINISTER CONCERNING NOUREDDINE AOUIDIDI’S FAMILY

*THE CNLT LAUNCHES A NATIONAL CAMPAIGN FOR THE ERADICATION OF TORTURE

*3 QUESTIONS TO BEN BRIK AFTER ENDING HIS 42-DAY HUNGER STRIKE

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TAOUFIK BEN BRIK AT THE EUROPEAN PARLIAMENT

(AFP)

Invited to the European Parliament at Strasbourg by the environmentalist parliamentary group, Taoufik Ben Brik, strongly criticised the attitude of the EU with regard to the situation in Tunisia. “Europe, and all its political powers, is not on the side of activist Tunisia. It has always been the shield of Ben Ali, and then the ‘launderer’ of Ben Ali’s ignominy (…) It is to them (the member states) that he owes his 13 years’ reign.”

Disappointed with the failure of the Greens and the Confederal Group of the European United Left’s attempt to include a vote for an emergency resolution on the human rights situation in Tunisia in the plenary session’s agenda (166 against, 109 for), Taoufik Ben Brik noted “I only have one thing to ask of the European Parliament: Leave us to fight alone against Ben Ali. At least, be neutral, stay away. We do not need you. We have genuine friends and prominent allies, namely the international organisations and the fearsome media shield which is the international press.”

The Socialist Group’s president Enrique Baron Crespo, opposed to an emergency resolution, expressed his wish to await the Tunisian President’s response to a letter from Nicole Fontaine, the European Parliament president, in which she stressed that “the respect of democratic principles and human rights is a fundamental element” of the association agreement between Tunisia and the EU.

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EUROPEAN PARLIAMENT DELEGATION BACK FROM TUNIS

A delegation of four members of the European Parliament, as well as a representative of France Libertes, a representative of Reporters Sans Frontieres, a Swiss lawyer and an Algerian lawyer travelled to Tunis last week in order to attend the trial of Jalal Zoghlami, Toufik Ben Brik’s brother. The delegation was welcomed at the airport by a large number of representaives of Tunisian organisations including the CNLT (National Council for Liberties in Tunisia), RAID (Rally for an International Alternative for Development, section of ATTAC), the lawyers’ union, the ATFD (Tunisian Association of Democratic Women) and others.

During their short visit, the delegation met with various organisations in particular the CNLT and RAID whose president Fathi Chamkhi was released from prison last week.

Speaking to French magazine Rouge, Alain Krivine, member of the European Parliament described the trial as “at the same time characteristic of what Tunisia justice is like and the exceptional effort made in view of the presence of international observers. Thus, the judge allowed Jalel to speak more or less as much as he wanted (…) At the same time there was the unjust aspect of Tunisia “justice”: Jalel was sent to prison following the accusation of 3 policemen who were never questioned! The lawyers requested that they should be heard as witnesses, but the judge refused. The total absence of any confrontation is typical of the “justice” of this country.”

As for the future, Alain Krivine stressed that “the mediatisation of Toufik Ben Brik’s hunger strike, the release of the members of RAID, today that of Jalel Zoghlami, constitue a series of victories which undermine, in an irreversible way, the Tunisian police system. People are less afraid. (…) All this must be consolidated.”

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REPORTERS SANS FRONTIERES WRITES TO TUNISIAN MINISTER CONCERNING NOUREDDINE AOUIDIDI’S FAMILY

REPORTERS SANS FRONTIERES Press Release

URGENT - PRESS FREEDOM
20 May 2000

Tunisia

Tunisian journalist on hunger strike in London


In a letter to interior minister Abdallah Kallal, Reporters Sans Frontières (RSF) said it was alarmed by the pressure being put on the family of Tunisian journalist Nurreddine Aouididi, who has been on hunger strike since 1 May. Robert Ménard, the RSF general secretary, asked the minister to "put an end to the harassment of members of Nurreddin Auididi's family in Tunisia because of the reports that he has had published in Arab newspapers". RSF recalled that another Tunisian journalist, Taufik Ben Brick, recently conducted a 42-day hunger strike in protest at the harassment by the Tunisian authorities of which he and his family have been victims.

According to the information collected by RSF, Nurreddin Auididi has been living in the United Kingdom since 1994, working for Arab newspapers published in London. His family has su! ffered harassment from the Tunisian authorities for several years because of his reporting. Several relatives have had their passports taken away. During the summer of 1999 Nurreddine Aouididi had interviews published with two opponents of President Ben Ali's government, Khemais Shamari and Mustapha Ben Jaffar.

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THE CNLT LAUNCHES A NATIONAL CAMPAIGN FOR THE ERADICATION OF TORTURE

Communique of the National Council for Liberties in Tunisia

National campaign for the eradication of torture

*In the framework of its action for the defense of fundamental human rights, and in the first place, its struggle for the respect of the physical integrity of individuals,

*On the occasion of the national day against torture, commemorated since last year by the CNLT, in honour of Nabil Barakati, who died on 8 May 1987, a symbol of all those who died under torture with all diverse political convictions,

*In memory of all those martyrs, so that the memory of their sacrifice for freedom and dignity may last forever.

*In view of the resolution of the CNLT’s general assembly and the objectives defined by our report on the sate of liberties in Tunisia, published on 15 March 2000,

*In view of the moral victory for our civil society and human rights defenders in Tunisia, constituted by the resolution of the United Nations Commission Against Torture, dated 10 November 1999, which denounces the Tunisian authorities for the case of martyr Faical Barakat,

the CNLT announces the launching of a national campaign for the eradication of torture, of maltreatment and all barbaric practices, unworthy of a civilised people and contrary to the fundamental principles of any democratic state.

This campaign aims for the effective application of all articles of the international convention against torture, and in particular those that defines the imprescriptibality of this crime, the punishment of those who have practised torture, the compensation of all victims, and the monitoring of prisons and police stations by independent human rights organisations.

The CNLT has appointed a commission to organise this campaign and to extend it to forces that strive for the same objectives in order to form a national committee in order to establish the truth and allow victims to regain their rights.

Tunis, 13 May 2000

Spokesperson of the CNLT

Dr Moncef Marzouki

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3 QUESTIONS TO BEN BRIK AFTER ENDING HIS 42-DAY HUNGER STRIKE

(Interview published in Le Monde dated 16 May 2000)

You have just ended your hunger strike. Do you believe that you have obtained what you wanted?

I am more than happy. It is as if I have just crossed the finish line of an unending marathon. To the end, I had the impression that I was the last in the race, and that I always had to do an extra lap. And now it’s over, I am satisfied. But this snatched victory is not mine, it is the victory of struggling Tunisia, of international press, this planetary media shield and of NGO’s. As for my brother Jalal, he is a free man today and I doubt that he would be detained again after 18 May, whatever the verdict of his appeal case.

You intend to return to Tunisia in around 10 days’ time. What are you expecting?

I would not like this collectively-obtained victory to be regarded as an affront by the Tunisian government. Very sincerely, I believe that we are acting for the good of President Ben Ali. We are helping him to shed the uniform of a policeman which he has been wearing for 13 years and exchange it for that for a politician. Are there in Tunisia male and female politicians who are ready to rush into the gap that has been opened and to bring the head of state to negociate in order to obtain even a semblance of democracy? That is the question. Politicians must, without delay, take over from associations of the defense of human rights and liberties. At the end of a war, we sit down to discuss matters.

You were intending to end your hunger strike in Algiers and not Paris. But the Algerian authorities did not allow you to travel there….

My Algerian colleagues have been a great comfort to me. They came to my aid, me, the Tunisian “fellag” (bandit). It is not this Algeria which refused me the right to go to that blessed land. The ban came from general Mediene, known as “Taoufik”, the head of military security. That will not prevent me from crossing the Algerian border and going there when I want to. L’Aures (mountains) is my home. My grandfather was born in West Algeria at Tebessa. As for me, I am and I feel Chaoui (Berber of the Aures mountains).

Interviewed by Florence Beauje

 

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CAMPAIGN FOR HUMAN RIGHTS IN TUNISIA

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