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22juillet01

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L'AMNISTIE GENERALE EN TUNISIE NE PEUT PLUS ATTENDRE
 
TUNISNEWS
Nr 433 du 22/07/2001
 
 .
  • LES TITRES DE CE JOUR:
  1. AVTT: Kidnappé par la police de Bizerte, Maître Samir DILOU en danger
  2. Le Monde:Le combat perdu du président Ben Ali
  3. Le Nouvel Observateur: Une lettre du président Ben Ali
  4. Elle: Tunisie,  la liberté à l’ombre
  5. Sadri Khiari: Alerte, putsch !
  6. Imen: Conduire sans assurance ou bien sans permis ?
 
UN NOUVEAU SITE D'INFOS DE PROXIMITE MAGHREBINE

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AVTT:
 Maître DILOU kidnappé, il est en danger

 
Date: Sat, 21 Jul 2001 20:33:17 GMT+1
 
Association des Victimes de la Torture en Tunisie
AVTT, Genève, le 21 juillet 2001
 
Kidnappé par la police de Bizerte, Maître Samir DILOU en danger
Maître Samir DILOU vient d'être kidnappé au poste de police de Bizerte, quelques jours à peine après sa libération au terme de dix longues années d'emprisonnement pour ses opinions politiques.
 
Samir a été convoqué, par oral, pour ''affaire le concernant'', le jeudi 19 juillet (le jour anniversaire de la Nuit de la Volonté, 19-07-1962 à Bizerte), par des policiers du poste de Rafraf, qui se sont présentés au
domicile de ses parents, sis au: 18, rue Arrayahine à Rafraf, du gouvernaurat de Bizerte, dans le Nord-Est du pays, à 45 Km au nord de la capitale Tunis.
 
Du poste de Rafraf, Samir a été transféré immédiatement à la Région de police de Bizerte, ou il se trouve depuis, et probablement pour tout le Week-end. La police a signifié, verbalement, à ses parents qu'une affaire l'attend à Sousse, à 140 Km au sud de Tunis, pour un motif fallacieux de ''règlement d'une affaire le concernant''. Ni Maître DILOU ni sa famille, ni son Avocat Maître Houcine BOUZAÏANE, du Barreau de Sousse, n'ont reçu de notification officielle. Il s'agit bel et bien d'un acte de kidnapping perpétré par les agents de la force publique, en l'absence de toute justification ou procédure légale.
 
Samir est sorti affaibli de cette dure épreuve du monde du calvaire carcéral. Selon sa famille, il serait souffrant de problèmes et douleurs rénaux, oculaires et dentaires, ainsi que de troubles du sommeil et d'amaigrissement général. Il devrait se rendre ce matin même à Tunis pour une consultation.
 
La torture, les mouvais traitements et les traitements cruels, dégradants ou inhumains sont monnaie courante dans les prisons tunisiennes. Nombre de prisonniers ont trouvé la mort dans des conditions suspectes. Les observateurs indépendants, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, mettent en cause l'administration carcérale, dans la dégradation, voulue, des conditions de la détention, qui est utilisé pour briser les détenus et les détruire moralement et physiquement.
 
La pratique de Kidnapping des anciens détenus politiques, à la sortie de prison, quelques heures ou quelques jours après leur sortie de prison, est une chose assez courante dans le système répressif tunisien. Les ''anciens'' détenus politiques et d'opinion accumulent les procès et donc les peines, successivement et parfois même simultanément, pour les mêmes chefs d'inculpation, devant différents tribunaux.
 
Maître DILOU, né le 30 décembre 1966, à Rafraf, est major de la première promotion de la Faculté de Droit de Sousse, où il obtint sa maîtrise de droit en 1989 et son Diplôme des Etudes Approfondies (DEA), et ou il entama la préparation de sa thèse de Doctorat de troisième cycle en Droit Privé. Maître DILOU, détenteur du Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat (CAPA) fut arrêté en 1991 avant de pouvoir exercer le métier qu'il a tant admiré.
 
Maître DILOU fut représentant des Etudiants au Conseil scientifique de la Faculté de Droit de Sousse, membre de la section locale, du Bureau régional et du Conseil d'Administration de l'Union Générale Tunisienne des Etudiants (UGTE), avant sa dissolution par décision arbitraire du ministre de l'Intérieur de l'époque, le sinistre Abdallah KALLEL.
 

L'AVTT:
 
-Exige la libération immédiate et inconditionnelle de Maître DILOU, et son rétablissement dans l'intégralité de ses droits civils et politiques, de façon à lui permettre le plein exercice de ses droits et de son métier.
 
-Exige sa prise en charge médicale par l'Etat tunisien, qui porte la responsabilité des agissements de ses services et agents, eu égard à la gravité de son état de santé, et conformément aux dispositions internationales et à la mise en cause de l'Etat tunisien dans la condamnation récente des tortionnaires exécutants, dans l'affaire dite Ali Mansouri.
 
-Urge la Commission des Droits de l'Homme et le Haut Commissariat des Droits de l'Homme des Nations Unies, d'user de leur prérogatives pour sauver Maître DILOU et les milliers qui croupissent dans l'horreur carcérale du ''jardin secret du président Ben Ali''.
 
-Urge la Commission Internationale des Juristes et le Rapporteur Spécial de la Commission des Droits de l'Homme sur la Protection des Magistrats et l'Indépendance de la Justice, d'intervenir pour libérer Maître DILOU et de demander l'arrêt immédiat des pratiques de kidnapping des anciens détenus, ainsi que la pratique de clonage des procès pour les mêmes chefs d'inculpation.
 
-Demande aux associations et organisations de défense des droits de la personne, à l'Ordre des Avocats Tunisiens et à l'Association Tunisienne des Jeunes Avocats, de mettre en place un système commun de protection et de suivi, permettant le contrôle des conditions de la relaxe au terme de la période d'emprisonnement.
 
-Demande, incessamment, aux magistrats tunisiens, de refuser de se plier aux ordres de la justice parallèle et de sauver l'honneur de leur métier. Le haut magistrat Mokhtar Yahyaoui a donné l'exemple, des centaines le font quotidiennement. C'est toute la société qui attend la justice.
 
 
 

pour l'AVTT
le Secrétaire Général
Abdel Wahab HANI
+41-(0)76 50 42 834
 
 
 
Dossier suivi par:
Mohamed Ali BENNOUR
+41-(0)76 52 69 756
Salim BEN HAMIDANE
+33(0)61 89 46 689
 
 
Le combat perdu du président Ben Ali

Florence Beaugé

 
22juillet01LE MONDE | 21.07.01 | 18h26 | analyse
Il a suffi du courage d'un juge, Mokhtar Yahyaoui, président de la 10e chambre civile au tribunal de Tunis, pour qu'un vent d'optimisme souffle à nouveau sur les milieux de l'opposition tunisienne. Non seulement un homme a fait à ses compatriotes la démonstration éclatante que "citoyenneté" n'est pas un vain mot en Tunisie, mais il a révélé l'état des fondements du régime. En dénonçant publiquement il y a quelques jours, dans une lettre ouverte au président Ben Ali, l'absence totale d'indépendance du pouvoir judiciaire en Tunisie, Mokhtar Yahyaoui a peut-être porté le coup le plus rude jamais asséné au palais de Carthage.

Qu'un haut magistrat, inconnu de l'opposition et des mouvements de défense des libertés, entre en rébellion et assume ses propos sans se cacher derrière l'anonymat constitue indiscutablement un tournant. La nouvelle a d'ailleurs provoqué une telle surprise à Tunis que personne, ou presque, n'a cru à la véracité de cette information pendant plus de vingt-quatre heures. "Pourquoi donc un juge s'amuserait-il à jouer les kamikazes ?", se demandaient les uns, tandis que les autres affirmaient, catégoriques : "C'est un piège." Il se confirme pourtant que les deux outils dont s'était emparé le président Ben Ali pour consolider son système sécuritaire - la justice et l'information - sont en train de lui échapper. Car la rébellion du juge Yahyaoui - qualifié par tous ceux qui le connaissent d'homme "travailleur, intègre, irréprochable" - est le reflet d'un large malaise au sein de la magistrature tunisienne. Déjà, le 27 mai, après une longue période de léthargie, l'Association des magistrats avait publié une résolution remarquée appelant à l'indépendance du pouvoir judiciaire. Et, le 5 juillet, quelque quatre-vingts magistrats avaient fait circuler sur Internet un manifeste - non signé - dans lequel ils se disaient prêts à se battre pour rendre à la justice tunisienne son honneur et sa dignité.

Attendue, la contre-attaque du pouvoir aux révélations du juge Yahyaoui a paru dérisoire : ce magistrat serait un ripou et un aigri, mû par une volonté de vengeance personnelle, si l'on en croit le communiqué publié par le ministère de la justice le 12 juillet... Mais qui le régime croit-il encore convaincre par ce genre d'affirmations ?

En maintenant ce style de riposte à l'heure d'Internet et des télévisions satellitaires, le palais de Carthage se bat contre des moulins à vent. Ce n'est pas l'argent mais l'information qui constitue, de nos jours, le nerf de la guerre. Or ce combat-là, le président Ben Ali l'a déjà perdu. Que peut-il contre Al Mustaquilla, chaîne de télévision privée basée à Londres, devenue en l'espace de trois mois le lieu d'expression privilégié des opposants tunisiens ? Le succès d'Al Mustaquilla est tel, en Tunisie, qu'on peut parler de phénomène de société. Chaque dimanche à la mi-journée, les rues se vident dans le pays, à l'heure de l'émission-phare de la chaîne, "Le Grand Maghreb". "C'est à croire, chaque fois, qu'un couvre-feu est instauré", rapportent de nombreux témoins.

Peu importe que le propriétaire d'Al Mustaquilla, Hachmi Hamdi, ait eu des alliances successives douteuses (l'islamisme, puis le "bénalisme", puis l'opposition). L'essentiel n'est pas là, mais les autorités tunisiennes ne l'ont toujours pas compris, de même qu'elles se refusent à admettre qu'on ne peut domestiquer les ondes comme on domestique les individus. Dans les coins les plus reculés de Tunisie, chacun a ainsi pu entendre, le 17 juin, Sihem Bensedrine, éditrice, journaliste et porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT, interdit), exposer dans le détail une affaire de corruption impliquant le beau-frère du président Ben Ali, Moncef Trabelsi. C'est parce qu'elle avait osé dénoncer le système mafieux qui prévaut en Tunisie - et non parce qu'elle s'était rendue coupable "d'outrage à magistrat et de diffusion de fausses nouvelles", comme l'indique la version officielle - que Mme Bensedrine, selon l'opposition, a été envoyée en prison à son retour de Londres.

DÉCALAGE GRANDISSANT

Combien de contestataires le régime placera-t-il sous les verrous, au motif que ces derniers se seront exprimés sur une chaîne étrangère, faute d'avoir eu accès aux médias de leur propre pays ? Combien de temps lui faudra-t-il pour comprendre que, pour chaque opposant arrêté, dix autres prendront la relève, lui infligeant des coups infiniment plus rudes ? "Cela me fait penser à l'époque du chah d'Iran, se souvient l'un d'eux. Il y avait une manifestation par semaine, de plus en plus importante, et de plus en plus durement réprimée. Eh bien, cela a continué ainsi jusqu'à ce que le chah finisse par tomber..." Toutes ces dernières années, la contestation n'a cessé de s'étendre en Tunisie, lentement mais sûrement. S'il est prématuré de parler de "printemps de Tunisie", il est indéniable que la prise de conscience générale sur le thème de "Nous méritons mieux que cela !" s'accélère.

Loin de reprendre l'avantage comme il le devrait et le pourrait, le pouvoir semble en décalage grandissant avec la société civile. Fidèle à un scénario prévu et redouté de longue date par l'opposition, le président Ben Ali vient de lancer l'idée d'un quatrième mandat en 2004. Il faut donc s'attendre à l'annonce prochaine d'une révision de la Constitution, celle-ci ne permettant pas aujourd'hui à M. Ben Ali de postuler une nouvelle fois à la présidence de la République. L'ironie de la situation tient au fait que c'est M. Ben Ali lui-même qui avait introduit en 1987, juste après son arrivée au pouvoir, un article limitant à trois le nombre de mandats du chef de l'Etat, pour une durée de cinq ans chacun.

Presque quatre mois après l'annonce solennelle d'un tournant en matière de libertés et d'information, rien ne paraît devoir changer en Tunisie. En censurant l'édition du Monde du 6 avril dans laquelle le nouveau titulaire du portefeuille des droits de l'homme et de la communication, Slaheddine Mâaoui, prenait cet engagement, le palais de Carthage discréditait d'entrée de jeu son ministre et son action. Quelle que soit la volonté de M. Mâaoui, l'intéressé ne pourra lutter contre le refus obstiné du pouvoir de procéder à des changements de fond. Et pourtant, il y aurait urgence pour le régime à accomplir bien autre chose que des "ouvertures en trompe-l'œil", comme les qualifie l'ancien député exilé en France, Khemmais Chammari.

Le bateau prend l'eau de toutes parts et les rats commencent à fuir le navire. Même les partis alibis de l'opposition légale lâchent le commandant et se rapprochent de l'opposition non reconnue. D'un bout à l'autre de l'échiquier politique, les démocrates s'entendent pour réclamer deux choses : une amnistie générale et le départ du président Ben Ali en 2004, précédé d'une transition pacifique.

Fait inédit : le secrétaire général de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT, centrale syndicale unique), Abdessalem Jrad, s'est démarqué du pouvoir et a annoncé à son tour, le 15 juillet, qu'il s'associait à la demande d'une amnistie générale. L'autisme du palais de Carthage et la discrète mais réelle connivence de l'Union européenne avec le régime seront-ils longtemps la seule réponse ?

Florence Beaugé

 
Yahyaoui lâché par ses pairs

 
L'Association des magistrats estime que le juge Yahyaoui "ne représente pas une position collective mais reflète un point de vue personnel".


22juillet01'Association des magistrats tunisiens (AMT) a adopté une attitude nuancée dans l'affaire du juge Mokhtar Yahyaoui, suspendu de ses fonctions après avoir adressé une lettre ouverte au président Zine El Abidine Ben Ali dénonçant «la situation catastrophique» de la magistrature tunisienne.

Dans un communiqué publié jeudi par le quotidien indépendant de Tunis «Assabah», l'AMT considère que la prise de position exprimée par M. Yahyaoui «ne représente pas la position collective des magistrats, mais reflète un point de vue personnel».

Liberté d'opinion

L'Association estime toutefois que le fait que M. Yayhaoui soit tenu de par sa fonction, par les obligations de «neutralité et de réserve, ne peut pas l'empêcher d'exprimer librement ses opinions selon sa perception des réalités et de prendre position dans des sujets inhérents à sa fonction».

L'AMT adhère par ailleurs à certaines requêtes du juge «rebelle». Elle rappelle ainsi qu'elle a eu précédemment à se prononcer sur la situation de la magistrature qui «a besoin que soient améliorées les garanties nécessaires pour renforcer (son) indépendance, en hâtant notamment la promulgation du nouveau statut des magistrats conformément aux critères internationaux de l'indépendance judiciaire et en élargissant la composition du conseil supérieur de la magistrature».

Une composition contestée

Dans un débat organisé mardi soir, pour la première fois, par la télévision tunisienne sur la démocratie en Tunisie, le secrétaire général du principal parti d'opposition, le Mouvement des Démocrates Socialistes (MDS), Ismail Boulehia, s'était élevé contre le mode de composition de cette haute instance judiciaire au sein de laquelle seuls trois membres sur onze sont élus, alors que dans des pays similaires à la Tunisie, avait-il déploré, au moins la moitié sont élus.

AP

 
Une lettre du président Ben Ali
Jean Daniel

 Semaine du 19 juillet 2001 -- N°1915 -- Edito/Jean Daniel

Le président tunisien m'écrit qu'il souhaite pour son pays une vie politique « démocratique, pluraliste et tolérante ». Deux gestes très simples lui permettraient de s'engager dans cette voie


Début d'une lettre personnelle du chef de l'Etat tunisien, datée du 10 juillet et qui m'a été portée le 12 : « J'ai été sensible aux échos positifs qui me sont parvenus au sujet de votre récente visite dans mon pays et des rencontres que vous y avez eues avec vos nombreux amis. »

Correspondance fort civile et qui ne saurait, on le comprend, me laisser indifférent. Non pas seulement parce que le président Ben Ali veut bien souligner plus loin dans sa lettre ma fidélité à l'égard de son pays - il m'est arrivé d'écrire que j'avais avec certains lieux, notamment en Tunisie, des liens qui ressemblent à des racines. Mais parce que cette lettre constitue à mes yeux rien de moins qu'un acte politique intéressant et peut-être davantage.

Le président tunisien est en effet informé de ce que je me suis rendu à Tunis à l'invitation du Collège international de Tunis de Mme Hélé Béji et sur le souhait public de M. Mohammed Charfi, qui fut l'un de ses ministres et qui est l'un de mes amis. Le président sait de même qu'au milieu des 400 à 450 Tunisiens qui assistaient à ma conférence il y avait des représentants de presque toutes les nuances de l'opposition. Il sait enfin que, selon des principes que j'ai eu jadis la douloureuse audace d'opposer à Bourguiba lui-même, j'ai précisé dans un éditorial dès ma rentrée à Paris ce fait essentiel : à savoir qu'il serait alarmant que la Tunisie, petit pays de grande ambition expérimentale, perdît le pari des droits de l'homme et celui de l'image démocratique après avoir gagné ceux de la lutte contre le fanatisme religieux, contre l'analphabétisme, contre l'inégalité des sexes et après avoir relevé le défi du sous-développement au milieu d'un ensemble régional en véritable crise.

Je répète cela depuis plusieurs années, à ma façon, qui est celle d'un homme depuis toujours engagé dans l'anticolonialisme mais qui a appris qu'une grande réforme, même à demi réussie, vaut mieux qu'une révolution qui échoue entièrement. A la façon aussi d'un homme qui jusqu'au bout entend donner ses chances à un peuple, à un régime et même à un homme avant de désespérer de l'avenir et de radicaliser des condamnations qui compromettent tout sursaut de possible révision. A la façon donc, et enfin, d'un homme qui saisit toutes les perches et accepte toutes les occasions offertes de réparer, de rassurer, de reconstruire, de rebâtir.

Or je vois dans la lettre du président - je veux y voir, j'ai décidé d'y voir - trois possibilités de ne pas désespérer en refusant le dialogue. La première, c'est le fait même que M. Ben Ali m'écrive, alors qu'on lui prête une certaine distance, sinon un certain mépris, à l'égard des esprits critiques et une nette impatience à l'égard des médias. La deuxième raison, c'est que le président, en n'excluant pas la possibilité de me rencontrer et même en la souhaitant, s'engage à mes yeux, puisqu'il connaît mes positions, à s'expliquer et notamment, bien sûr, à propos de la question des droits de l'homme.

La troisième raison découle de la deuxième. Le président tunisien me fait en effet observer : « Ainsi que vous le savez, nous nous employons à aménager les conditions propices, non seulement à la croissance socio-économique durable, mais aussi à l'épanouissement d'une vie politique qui soit à la fois dynamique, démocratique, pluraliste et tolérante, à la mesure des ambitions de nos concitoyens ainsi que de l'intelligence et du savoir-faire qui leur sont reconnus. »

Ce n'est certes pas la première fois que le président et certains de ses ministres font état de leurs sentiments ou de leurs intentions démocratiques. Mais enfin, le moment choisi est plutôt singulier. Le divorce entre ce que l'on prétend vouloir faire et ce qu'on laisse faire est devenu par trop criant. Parlant à un homme de presse, le président n'a pas pu imaginer que je n'avais pas constaté sur place une autocensure paralysante. Or seules les craintes de mes confrères à l'idée des réactions que susciterait leur libre expression peuvent expliquer cette attitude. S'il y a autocensure, c'est parce que l'on y redoute la censure.

Si je le comprends bien, le président Ben Ali me crédite d'une bonne foi pour lui évidente et d'une disposition à l'objectivité. C'est ce qui me permet de lui dire avec force que deux faits m'ont paru ces derniers jours graves, très graves. Il s'agit d'abord pour moi de cette véritable première que constitue en Tunisie la protestation d'un juge. Lequel, prenant les risques que connaissent bien ses collègues, est sorti du silence pour proclamer qu'il ne peut plus, en conscience, exercer son métier et que les pressions subies sont trop autoritaires. Ce qui revient à dire que la séparation des pouvoirs, par quoi se définit une démocratie, n'existe pas encore en Tunisie. Ce juge aurait dû être écouté, respecté. C'est une terrible erreur de la part du pouvoir de l'avoir transformé en martyr, au lieu de voir en lui un gardien des principes qui fondent une nation moderne. Un homme dont on peut déjà prévoir, en raison de la mesure qui le frappe, qu'il est destiné à jouer un rôle.

Evidemment, le cas de Sihem Ben Sédrine est lui aussi, dans le fait comme dans le symbole, d'une signification décisive (1). Cette femme a toutes les caractéristiques de celles qu'on appelle dans tous les pays des « patriotes » - ou des pasionarias. Mais je voudrais penser que dans l'entourage du président on pèse les conséquences de son maintien en prison, du silence que l'on oppose à ses dénonciations de la torture, et je souhaite de toutes mes forces que les autorités tunisiennes aient l'intelligente inspiration, la sagesse et surtout la prudence de la libérer. Il y a une chose que l'on ne semble pas comprendre autour du président : c'est que tout ce qui est dit en bien, et à juste titre, des résultats de la politique tunisienne souligne de plus en plus l'absurdité, l'injustice et l'aveuglement du déploiement de l'Etat policier. Comment justifier l'autoritarisme lorsqu'on prétend que les objectifs qui lui donnaient une sorte de légitimité sont atteints ?

Vous avez, Monsieur le Président, une responsabilité historique : celle d'un homme qui pourrait décider dès aujourd'hui et proclamer d'une manière solennelle que le temps est venu de passer d'un Etat autoritaire, hérité de Bourguiba et justifié par le danger islamiste, à une voie de transition démocratique. Je sais que le roi Hassan II s'en est avisé trop tard. Je me souviens qu'il m'avait reçu dans les mêmes conditions que celles que vous me proposez. J'avais accepté sur le conseil et la caution de mon ami Abderrahim Bouabid, l'un de ses plus prestigieux opposants. On m'a assuré que j'avais, avec d'autres, contribué, même légèrement, à faire libérer une partie des prisonniers politiques détenus dans la prison de Kenitra. Quelle joie, quelle fierté me seraient données à cette étape de mon parcours s'il était prouvé que je ne suis pas inutile lorsque j'incite à un arrêt des manquements insupportables aux droits de l'homme dans un pays, le vôtre, dont vous avez compris, ce dont je vous remercie vivement, très vivement, qu'il était aussi un peu le mien.

La femme selon Molière

« L'Ecole des femmes », comme « Tartuffe » bien sûr, devrait être imposée dans tous les programmes scolaires et les représentations théâtrales dans tous les pays musulmans, chez les loubavitchs et autres intégristes juifs, chez les mormons et autres sectes de ce genre. Car c'est une pièce prodigieusement pédagogique dans son comique même, mais surtout dans ce qu'elle suggère sournoisement. Car ce n'est pas le procès d'un ridicule ou d'une inconduite, c'est l'histoire d'un échec. Avec un ami, dans le mistral glacé d'Avignon, nous n'avons cessé de penser à l'islamisme en entendant Arnolphe enseigner à Agnès les principes et les obligations de soumission que la nature et la bienséance imposent aux femmes. Mais combien parmi ceux qui ont trouvé ces rappels joyeusement grotesques ont évoqué des souvenirs de propos formulés par des personnes rencontrées dans notre passé, nos voyages, notre entourage ? Pierre Arditi (merveilleux) réussit à camper un Arnolphe (vieillard de 42 ans, comme Molière lorsqu'il jouait son personnage) en amoureux pathétique, obstiné, désespéré, poursuivant sans cesse un absolu qui lui échappe, devenant une sorte d'Alceste de la domination et de l'exclusivité et un adorateur de l'innocence, dont il ne sait pas qu'elle va être la source de sa destruction. Mais l'innocente Agnès, dans sa fausse libération, n'exprime jamais son désir d'égalité que dans l'amour. Elle n'affirme en rien ses droits de femme ni sa singularité triomphante. On ne peut décidément pas écrire une pièce aussi profondément misogyne. Paradoxe ? C'est le mien chaque fois que je revois ce chef-d'oeuvre (malgré une fin bâclée et ridicule). Les femmes dans cette pièce sont condamnées à cocufier leur mari. C'est la loi. Personne n'y échappe. A chaque instant on nous le rappelle. Les jeunes s'aiment sans doute - mais pour combien de temps ? - et ils sont dans une passion qui fait de la femme une idole, jamais une égale. Une idole avant d'être une infidèle. Nous sommes en présence d'un procès de la vieillesse ridicule lorsqu'elle prétend aimer. C'est Molière qui n'approuve pas son propre amour pour Armande Béjart. C'est le pessimiste qui dénonce les extrêmes où peut mener une coutume non parce qu'elle est barbare ou immorale, mais parce qu'elle ne réussit pas. Les précautions sont vaines. Horace sera cocu, comme Arnolphe redoutait de l'être. Simplement la jeunesse d'Horace et la liberté d'Agnès procureront à cette dernière un empressement moins grand à remplir son rôle de coquette inégale et de séductrice inférieure. Autrement dit, la misogynie est pour Molière une attitude à la fois compréhensible et maudite. On trouve cela pratiquement dans toutes les vieilles traditions.

(1) Voir l'article d'Hélé Béji, p. 45.

J. D.


Nouvel Observateur - N°1915

 
Tunisie : la liberté à l’ombre

 Ci-joint article de Michèle Fitoussi paru dans ELLE du 9 juillet 01 sur Sihem et les libertés en Tunisie.
Nous sommes perticulièrement heureux de constater que de plus en plus de Français d'origine juive tunisienne rejoignent le camp de la liberté en Tunisie.
Il n'est jamais trop tard.
Bienvenue au club.
Mondher Sfar
 

9 juillet 2001

N° 2897

P. 16

INFOS HEBDO

 Tunisie : la liberté à l’ombre

Le beau soleil de la Tunisie cache de plus en plus mal la part d’ombre du pays. Censure, répression, passage à tabac, surveillance d’opposants et arrestations arbitraires font désormais partie du paysage.

Ainsi, l’incarcération récente de Sihem Bensedrine, 50 ans, directrice d’un magazine en ligne interdit, d’une maison d’édition fermée, et porte-parole du Conseil national des libertés non reconnu en Tunisie.

Arrêtée à sa descente d’avion après un séjour en Europe, pour avoir dénoncé la corruption et le système judiciaire de son pays, sur la chaîne arabe Almustaquilla, basée à Londres, elle a été conduite en prison pour femmes.

Le régime a franchi un nouveau pas contre les démocrates. « Il est honteux que Sihem soit emprisonnée, alors qu’elle n’a fait qu’exprimer ses idées », martèle Souhayer Belhassen, vice-présidente de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, elle-même journaliste privée de journal.

Depuis un bon moment déjà, Sihem Bensedrine, comme beaucoup d’autres opposants, sont dans le collimateur du gouvernement. Harcelée, tabassée, subissant des menaces dirigées contre elle et ses enfants, cette militante de choc, chef de file de l’opposition, n’en continue pas moins son combat pour les libertés.

Il faut la soutenir.

Michèle Fitoussi
 
Alerte, putsch !

Sadri Khiari

 

Une rumeur insistante circule depuis quelques jours selon laquelle des agents du régime contacteraient différentes associations et organismes professionnels ou économiques (donc n’ayant en principe aucune vocation politique !) pour les inciter – voire leur intimer l’ordre – d’exprimer publiquement leur désir irrépressible de voir l’actuel chef de l’Etat présenter sa candidature aux prochaines élections présidentielles et, bien entendue, de les remporter à quelques 99% des voix.

Cette information, si elle s’avérait fondée (et la presse des prochaines semaines ne manquera pas de nous éclaircir sur ce point), confirmerait l’intention déjà affichée par le parti au pouvoir de condamner notre peuple à une présidence à vie renouvelable automatiquement tous les 5 ans. Dans d’autres pays, cela s’appellerait un putsch ou un coup d’Etat permanent.

 Un précédent illustre existe dont il est bon de se souvenir. Un autre président de la république, neveu du grand et exécrable Napoléon Bonaparte, se trouvait au milieu du siècle dernier (le XIXème, en fait) dans une situation similaire. La constitution républicaine qui lui avait permis d’accéder au sommet de l’Etat lors des élections présidentielles du 10 décembre 1848, lui interdisait, à son grand désespoir, de prétendre à un second mandat. Pris au piège d’une loi fondamentale pour laquelle il n’avait que mépris et dont l’esprit et la lettre contrecarraient ses projets dynastiques, il résolu, le 2 décembre 1851, à la veille de la date fatidique à laquelle il devait rendre son tablier, de dissoudre toutes les institutions républicaines et d’enfermer à double tour tous les opposants probables. Douze mois, plus tard, il se fera Empereur des français.

Le règne de cet homme – qui ne fut pas éternel, qu’on se rassure ! – fut marqué par la répression, le népotisme et la corruption. Mais ce n’est pas en cela qu’il se distingue de notre prétendant Bonaparte à nous. Lorsqu’il fit son coup d’Etat, Napoléon III, disposait d’un large soutien populaire et, quoiqu’il eut recours à un référendum plébiscitaire comme celui qu’on nous prépare, c’est dans la rue qu’il trouvait sa légitimité.

Dans le cas qui nous préoccupe, le plébiscite factice n’aura d’autre fonction que de masquer le mécontentement populaire et c’est dans la rue que Zine 1er risque de perdre la légitimité qu’il n’a pas.

Sadri Khiari

Tunis, le 22 juillet 01

 
Conduire sans assurance ou bien sans permis ?
Imen

 

Le Chaouch de Ben Ali n’a pas pu résister devant les provocations de celui qui est prévu, par la politique du Chef, d’être également un Chaouch. « Pour ne pas salir l’image de la Tunisie » comme on le Chef dit et comme ses ambassadeurs et consuls le répètent incessamment, un juge ne doit pas penser à être rebelle. La révolte ne doit se faire qu’une seule fois et c’est fait le 7/11/1987. Il ne reste maintenant qu’à vivre sous les bénédictions de ce jour éternellement. Un juge est fait pour être un Chaouch = recevoir les ordres, les appliquer et embrasser la main source de miracles. De cette façon on ne salit pas l’image de la Tunisie.

Le Chaouch s’est pourtant révolté contre le juge rebelle, hors-la-loi, qui conduisait sa voiture sans assurance. Toutefois, notre détective privé, le Chaouch, a bien admis et avalé le fait que son Chef conduise la Tunisie sans permis (autorisation) … et depuis longtemps (sans autorisation du peuple à travers les urnes). Monsieur le Chaouch, il te suffit de voir la Tunisie se diriger vers l’impasse pour savoir que son chauffeur la conduit sans permis.
Oui … il est important d’assurer la voiture … surtout dans un pays où l’être humain lui-même n’est pas assuré … et même les assurances qui veulent l’assurer volontairement ne sont pas assurées. Bravo Monsieur le Chaouch de penser à la voiture, et dis-nous comment tu as assuré ton poste actuel au magasin RCD … faut-il applaudir au Chef d’une façon spéciale ?

Eh ! Monsieur le Chaouch, il faut bien faire son travail. Le sale juge hors-la-loi tel que tu l’as présenté à la Télé … tu aurais du le détecter depuis longtemps et le supprimer … un tel juge en exercice depuis longtemps ! Ce n’est pas sérieux … ce n’est pas bon pour l’image de la Tunisie. Il nous faut des juges tels que celui qui a été condamné aux Etats Unis. Pourtant il n’a fait que donner une bonne image à la Tunisie (surtout, il ne faut pas supprimer son salaire comme ton Chef l’a fait pour le rebelle … peut être l’augmenter … propose ça à ton Chef).

Réveille-toi, Chaouch, il faut détecter les sales plus tôt que ça. Faudrait-il toujours une lettre ouverte à ton Chef pour que tu réagisses !
Monsieur le Chaouch, Comment as-tu déchiffré cette lettre pour savoir toute la vie privée du rebelle … quel détective ! Quelle justice indépendante qui t’a donné accès à tout ! Mais réveille-toi quand-même, d’après les critères de saleté que tu as présentés à la Télé tu as beaucoup d’ouvrage à faire pour détecter tous les sales … surtout parmi tes amis. Pour ne donner qu’un exemple, dans l’environnement de ton Chef, une personne, ayant rempli seulement tes critères de saleté, doit être comptée parmi les prophètes.

 
Message envoyé à Tunisnews par Neji Jmel

 

J’ai deux remarques concernant la dernière lettre de Mr. Ajmi Riadh relative au sujet de la succession.

Sur la forme, j’avoue qu’en répondant à son interpellation des islamistes, j’ignorais son véritable identité. Il s’est avéré que Monsieur Ajmi est un réfugié politique tunisien depuis 1992. Donc, forcement une victime de Ben Ali ; je sais combien est fort choquant et blessant le fait d’accuser une victime d’être partisan ou aux services de son tortionnaire. Pour cette raison, je m’excuse profondément auprès de cher compatriote Ajmi et je suis ravie qu’il soit un adversaire de la dictature en Tunisie.

Sur le fond, je réitère mon ultime conviction que ce genre de débat est secondaire pour le moment. Il ne sert, dans l’état actuel, que l’intérêt du régime tunisien. Dans ce détournement capital de l’histoire de notre cher pays, l’opposition a d’autres pains sur la planche. Bien sûr cette politique de rassemblement n’est pas et elle ne pouvait pas être aux détriments des principes des uns et des autres. Le débat d’idées est important et primordial pour la l’évolution d’un peuple ; mais il peut attendre.

Merci

 
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